— Je vous ai déjà dit que vous ne pouviez rien faire pour lui ! Alors posez cette arme et écoutez-moi !
— Vous dites Bilbo en danger et vous voulez que je m'attarde à écouter vos conneries d'un autre temps ?
Un éclaire passa dans le regard de Gandalf, mais il prit sur lui pour ne pas se laisser piquer par les mots de Thorïn, qui fit mine de se diriger vers la sortie de la petite cave, peu intéressé par ce qu'il avait à lui dire, mais le plus vieux lui barra la route en grondant sourdement :
— Il n'est pas le seul à être en danger ! Votre peuple a toujours besoin de vous ici, les orcs sont certainement déjà en train de se réorganiser et-
— Raison de plus pour ne pas rester ici.
Peu intimidé malgré l'aura menaçante du vieil homme, Thorïn voulu passer, mais Gandalf avait encore des choses à lui dire et il resta ferme, demandant abruptement :
— Et si je vous dis que l'avènement de la prophétie aujourd'hui n'est pas dû au hasard… Et que ça vous concerne personnellement ?
— En quoi ?
— Parce que si vos neveux sont les derniers descendants de Durïn, vous, vous êtes la réincarnation du deuxième grand roi sous la Montagne. Voilà pourquoi.
oOo
— N'étions-nous pas censés être en soutient de Stirnir ?
— Ha… Tient… Maintenant que tu le dis…
Cachant difficilement un sourire moqueur, Azog répondit distraitement à Bolg, n'ayant pas manqué, du versant où il se tenait et ce malgré la pluie et l'obscurité, la manière dont les ombres avaient proprement été exterminées et pulvérisés par les renforts de Thorïn.
— Pauvres fous… S'ils pensent que dix nains supplémentaires feront la différence…
Il eut un soupir peiné, puis, tendrement, il se tourna vers son fils pour susurrer gentiment :
— Maintenant que l'autre n'est plus là, on va pouvoir faire les choses à ma manière… Rappelle les troupes, fait les sortir de la ville, et prépare les canons, qu'on puisse commencer à jouer… Ils connaissent trop bien ces ruines, mais si on les déloge et qu'on les disperse, on n'aura qu'à les cueillir dans la montagne…
Bolg eut un grognement satisfait et il s'inclina avant de tourner les talons et distribuer ses ordres tandis que, lorgnant distraitement ses griffes affutées, l'orc pâle huma à plein poumon l'odeur de la poudre et du sang que la pluie ne parvenait plus à couvrir.
Grandiose, la suite allait être grandiose.
Que ce soit en moyens ou en effectif, les orcs avaient largement l'avantage. Bientôt, la race des nains ne serait plus et celle des orcs deviendrait souveraine des royaumes les plus riches et luxueux jamais connus.
oOo
— Je l'avoue… Le terme de réincarnation était peut-être un peu fort… Disons plutôt… descendant, ou héritier ? Ou successeur. Voilà. Vous êtes son successeur.
Apaisant, Gandalf se pencha sur Thorin qui s'était assis au sol, saisit de vertiges.
— C'est quoi vos conneries ? Et que vient faire le deuxième grand roi dans cette histoire ?
Gandalf soupira et, alors que les fusillades se faisaient de moins en moins fortes à l'extérieur, il s'assit au sol, non loin du nain et sortit une pipe, très ancienne, qu'il bourra avec dextérité :
— C'est une longue histoire. Mais je vais vous la raconter, car elle vous concerne personnellement. Vous, et votre hobbit.
Thorin haussa un sourcil, un seul, invitant le plus vieux à continuer, ce qu'il fit sans détour :
— En 2941 du troisième âge du premier temps, j'ai monté une expédition pour-
— « Vous » avez monté ?
Il échangèrent un regard poignant et Gandalf se racla la gorge, avant de reprendre :
— Hem. En 2941 du troisième âge, une expédition a été montée. Elle comprenait une douzaine de nains, et un hobbit cambrioleur…
— Dans le but de…
— Déloger le dragon qui s'était emparé d'Erebor, et reconquérir, ainsi, la montagne.
Thorin fit la moue, mais il n'interrompit plus le vieillard qui reprit :
— Cette aventure, d'apparence dérisoire, face aux mouvements gigantesques de ce monde, fut pourtant l'élément déclencheur de l'un des plus gros bouleversement de cette terre…
— En quoi ?
Le plus vieux soupira, une longue bouffé de fumée sortit de ses narines, et il rouspéta :
— Si vous ne cessez pas de me couper la parole, on n'y arrivera jamais !
— Si vous cessez de parler à deux à l'heure, on irait plus vite !
Il lui lança un regard courroucé, avant de souffler méchamment :
— Vous êtes comme lui… Et il ne m'avait pas particulièrement manqué…
Le nain fronça les sourcils, mais Gandalf continua rapidement :
— L'anneau de pouvoir a été trouvé pendant cette expédition. Par le hobbit. Mais je ne l'ai su que trop tard… Sauron, son propriétaire, s'éveillait à peine et désirait ardemment le retrouver. Ce fut alors que commença l'une des plus importantes guerres de ce monde, la dernière qui opposa les peuples libres à ceux des détritus de Morgoth…
Sans intervenir, Thorïn se contenta d l'écouter attentivement, et Gandalf continua en remontant le fil de ses souvenirs, maintenant distrait :
— L'amour est une chose étrange, vous savez… Car c'est ce qui a changé, à jamais, le destin d'Erebor et de ses occupants…
— Comment ça ?
L'homme lui lança un regard agacé, mais il continua de bonne grâce :
— Parce que, contre toute attente, le cambrioleur s'est épris du grand Roi, qui lui retourna ses sentiments et l'invita à rester à Erebor. Le hobbit ne s'en est, donc, jamais retourné dans la Comté. Et l'anneau de pouvoir resta dans la mine d'Erebor, leur offrant à tous deux une vie anormalement longue.
— Mais… ?
— Mais le seigneur noir n'ignorait pas où se trouvait son anneau et il persécuta la montagne pour le récupérer. Toutefois, même s'il y a mis toutes ses forces, il fut défait par le roi Elessar à la porte noir et son nom devint une légende, avant d'être oublié. A l'instar de l'anneau…
— Pas par tout le monde, à ce que je vois…
Ils échangèrent un regard perçant, et Gandalf concéda :
— Le Tiers Âge était le mien. J'étais l'Ennemi de Sauron, envoyé pour aider les hommes à lutter contre lui. Au couronnement d'Aragorn, j'ai pensé ma tâche achevée et je m'en suis retourné vers les miens.
— Pourquoi êtes-vous revenu ?
— Parce que Sauron s'est présenté à nouveau.
— Comment ?
— Il utilise différentes formes et aime se jouer des peuples libres… Il a fait sa réapparition plusieurs millénaires auparavant, sous les traits d'un homme âgé, mais avisé, et, plutôt qu'utiliser la force brute pour fouiller les Gadolah et récupérer son arme la plus puissante, il a attendu et s'est infiltré dans la GPRM prenant le contrôle pour la corrompre de l'intérieur et la détourner de son but premier afin de la focaliser sur Erebor, usant du juteux appel des trésors nains pour appeler à lui les pires mercenaires de cette terre…
— Rasmus ?
— En effet, c'est cette identité qu'il a prise… Il est faible maintenant, mais sa force de corruption ne fait que croître…
Thorin garda un silence, avant de reprendre prudemment :
— Et Bilbo ? En quoi ça le concerne ?
Gandalf prit le temps d'éteindre sa pipe, avant d'annoncer froidement :
— Sa destinée est liée à la votre, comme celle du cambrioleur l'a été à celle du dernier grand roi… Parce que l'histoire aime se répéter… Le tombeau des âmes mêlées est celui où gisent les deux amants et, avec eux, l'anneau de Sauron ainsi que la pierre Arkane.
Thorïn fit la moue. Il n'était pas vraiment le genre de personne à prêter crédit à la destinée et aux prophéties et il n'aimait pas l'idée de ne former une paire avec Bilbo simplement pour satisfaire l'histoire. Mais le plus vieux sembla lire dans ses pensées et il lui parla plus gentiment :
— Il n'est pas question d'un destin immuable auquel vous êtes voués, quoiqu'il arrive. Simplement un parallèle qui se forme entre votre histoire et celle du roi et du cambrioleur, qui donne raison à la prophétie annoncée par le roi Telcontar.
— En quoi ?
— Je ne sais pas encore… Mais je sens qu'il a lui aussi son rôle à jouer dans cette histoire…
oOo
Foutues montagnes. Foutu orage. Foutue pluie, bordel de merde. Et puis la pierre blanche, elle n'était pas censé montrer la route, cette salope ?
Après des heures à cavaler dans les sentiers escarpés des Gadolah, en pleine nuit et armé d'une simple lampe de poche. Se tordant les chevilles moult fois dans les roches qui se dérobaient, quand ce n'étaient pas les ronces qui lui lacéraient la peau et la patience, on ne pouvait pas vraiment dire que le hobbit avait encore envie de passer son temps à résoudre des énigmes alors que le ciel s'éclaircissait doucement.
Et pourtant, il allait devoir s'y résoudre, s'il désirait pénétrer dans cette foutue montagne. Ou simplement en trouver la porte.
Trouver la pierre blanche n'avait pas été un problème, le ruisseau vert non plus. Par contre, le remonter de cent mètres n'avait pas été si simple. Avec la pluie, le cours d'eau avait gonflé, dangereux et violent, et Bilbo avait dû s'accrocher à la paroi pour grimper un chemin très étroit, éloigné de l'eau d'à peine quelques centimètres, quand il n'avait pas eu à y tremper les pieds, et il en était éprouvé. Son épaule blessée lui faisait aussi mal que le jour où Azog y avait planté les griffes, et ce n'était pas peu dire.
Mais, en échange, dans une petite vallée encaissée, couverte d'une végétation agressive et étouffante, il avait trouvé la pierre. Ce qui n'était pas si compliqué, vu qu'elle était vraiment très grande, d'un blanc presque transparent et polie d'une manière étrange. Comme un prisme.
Qui n'indiquait rien du tout.
Epuisé, fourbu, trempé, frustré et sentant une vilaine migraine poindre, il s'assit contre la pierre, à l'abri du vent, les paupières lourdes. Après tout, il n'avait pas vraiment dormi la nuit précédente (la faute à qui ?), avait passé une journée très intense intellectuellement parlant, ainsi que nuit horrible à cavaler dans les montagnes. Donc oui, il était fatigué. Et il en avait le droit.
De toute manière, la question ne se posa pas car, sans même se rendre compte que la pluie avait cessée, il s'endormi comme une masse, pour se réveiller, à peine une heure plus tard, en éternuant violemment, les yeux agressés par la lumière du soleil levant qui tapait sur la pierre. Ebloui, il se leva pour s'éloigner du rocher qui scintillait, puis il fronça les sourcils, semblant comprendre :
Reflétés, les rayons du soleil qui touchaient la pierre étaient canalisés et renvoyés vers un seul point. Une faille dans la montagne.
L'autre porte.
Et Bilbo retint un gémissement de désespoir : Il allait devoir escalader au moins cinq cents mètres pour la rejoindre.
Bien entendu, ce n'était qu'une promenade de santé pour qui s'appelait Thorïn ou Vidalinn, mais ça ressemblait à un challenge insurmontable pour Bilbo qui, malgré son épaule blessée, serra les dents et remonta ses manches.
Il eut besoin d'une heure et arriva à terme les mains en sang et de fort mauvaise humeur. Toutefois, il ne prit pas le temps de faire une pause et, avec appréhension, s'engagea dans le tunnel noir. Il savait, d'après les indications du livre, dans quelle direction aller et, s'enfonçant dans la galerie d'albâtre, il sentit, peu à peu, son cœur battre de plus en plus fort alors qu'il se préparait à pénétrer dans Erebor.
oOo
— Les orcs ont cessé le combat ! Ils sont en train de fuir !
— Pardon ?
Fronçant les sourcils, Thorïn se redressa lorsqu'un soldat pénétra dans l'ancienne bibliothèque où il était, avec Gandalf, occupé à réfléchir à la meilleure chose à faire pour se débarrasser de Rasmus une bonne fois pour toute.
Pas vraiment rassuré par la nouvelle, il échangea un très bref regard avec le vieillard, qui confirma ses craintes en soufflant du bout des lèvres :
— Il va bombarder la ville…
— Dale est encerclé… Si on sort, ils nous recevrons… C'est du un contre trois, nous n'aurons aucune chance…
— Vous n'en aurez pas plus en restant dans les ruines…
Thorin soutint son regard, avant de concéder d'une voix blanche :
— Très bien… On évacue…
oOo
— Tu en vois combien ?
— Une dizaine simplement sur ce flanc, mais je pense qu'il y en a autant sur le versant en face…
Allongé à côté de Dis, légèrement en surplomb au dessus d'un groupe d'orcs qui installaient leurs armes de destruction massive, Kili serra le poings en entendant de quelle manière le chant des mitraillettes au sein des ruines cessa pour laisser place à un silence glaçant. L'aube se levait à peine, avec elle, une brume opaque qui s'effilait mollement, laissant apparaître à la vue des deux éclaireurs, l'ampleur du désastre qui les attendait.
— Thorïn a été prévenu ?
Grinçant des dents, la naine acquiesça nerveusement :
— On vient de l'informer par radio, il avait déjà commencé à planifier une évacuation et une contre-attaque…
— Une contre-attaque ? Sait-il vraiment à quoi s'attendre ?
— Nous-même ne le savions pas au moment de le contacter…
Figée, elle observa la manière dont les orcs préparaient leurs prochains mouvements : d'abord, déloger les nains en les bombardant avec des armes capables de réduire une montagne en poussière, puis profiter d'être sur les hauteurs pour faucher ceux qui chercheraient à sortir…
— Kili, prend à nouveau contact avec Thorïn ! Dis lui qu'ils se feront pulvériser s'ils sortent de la ville !
— Ils se feront pulvériser s'ils restent aus- Ho putain de merde, Mahal sa mère !
Lorsque le premier canon tonna, déchirant le silence, éventrant la terre qui s'ouvrit dans une explosion gigantesque, alors qu'une partie des ruines vola en éclat, Kili se jeta sur ses pieds, bouches bée, il ne sentit même pas la calotte que lui donna Dis en marmonnant méchamment :
— Langage… C'est comme ça que Thorïn t'a éduqué ?
La voix était blanche et ses mains tremblaient, mais elle fit la première chose qui lui vint à l'esprit : elle sortit son arme et poussa un cri de guerre, puis elle sauta.
Elle atterrit au milieu de la quinzaine d'orcs en dessous d'eux qui n'eurent pas le temps de lancer leur bombe et, bientôt rejointe par Kili, les nains de la comp agnie et la dizaine de rebelles qui étaient avec eux, ils parvinrent à prendre le contrôle du canon alors que, sur la ville, s'abattait un déluge de feu.
oOo
— A couvert ! Nori, charge les enfants et les non combattants dans l'X-16 et dégage les d'ici tant qu'il est temps ! Eldur, rassemble tous les nains présents dans Dale, nous sortirons par le Nord.
Le sol tremblait sous leurs pieds et, autour d'eux, les bâtiments volaient en éclat sous la puissance du feu ennemi qui bombardait la ville sans répit. Plaqué contre un mur pour se préserver des éclats, Thorïn distribuait ses ordres en hurlant pour couvrir le bruit assourdissant des explosions et les nains se mirent en branle pour organiser rapidement une contre-attaque.
oOo
— On est repéré, un groupe d'orcs arrive par ici !
Serrant les dents en entendant le cri de Gloïn qui faisait le guet, Kili se tourna vers Dis, pressant :
— Sais-tu faire marcher ce truc ?
— Peut-être en activant ce levier…
Faisant pivoter l'engin prêt à tirer, elle le pointa vers le sentier par lequel arrivaient leurs ennemis et, sans hésiter, elle l'enclencha. La détonation fut terrible et jeta les nains à terre. Lorsqu'ils se relevèrent, ils constatèrent avec plaisir que la menace venait d'être réduite en charpie, mais qu'ils avaient, aussi, attiré l'attention de toutes les troupes d'Azog qui se trouvaient dans le périmètre.
— Ok… Ralentissez-les, je vais tenter de leur ouvrir un passage…
Avec l'aide de Kili, elle chargea à nouveau le canon, puis visa les avants postes orcs, au nord de Dale, de manière à faciliter l'évacuation de Thorïn et des rebelles. Toutefois, leurs ennemis, toujours plus nombreux, furent bientôt sur eux et, exposés, ils durent quitter la place pour se mettre à couvert, non sans saboter le canon avant de partir en suivant un sentier de montagne raide.
— Ho… Putain de merde…
En échos à l'exclamation de Dis, ils stoppèrent net lorsqu'ils se retrouvèrent au bord d'un à pic monstrueux, leur retraite immédiatement coupée par les orcs qui les mirent en joue à moins de dix mètres d'eux.
Il y eut un instant de flottement, et, comprenant soudain la raison de l'immobilité de leurs assaillants, qui ne semblaient pas avoir l'intention de les exécuter alors qu'ils le pouvaient aisément, la sœur de Thorïn attrapa fermement l'épaule de Kili, qu'elle jeta en arrière en crachant méchamment :
— N'y pensez même pas…
En réponse à son grondement intimidant, un guerrier immense s'avança pour parler d'une voix caverneuse :
— Donnez nous l'enfant de la prophétie, et on vous laissera tous partir sain et sauf…
D'effroi, Kili écarquilla les yeux, surtout lorsque, suite à l'injonction, la totalité des nains s'avancèrent de manière à le laisser en arrière, bien caché derrière eux, et Dis tint bon face aux orcs qui les menaçaient. La scène sembla se figer, mais, soudain, fendant ses troupes, Azog vint à leur rencontre, un impitoyable sourire victorieux illuminant son visage effroyable.
Lorsqu'elle le vit, la naine se redressa en feulant, et il se contenta de lui lancer un regard surpris :
— C'est étrange… Tu ressembles a une pauvre créature que j'ai déjà tué il y a quelques décennies…
Le ton était narquois et Dis se hérissa, mais, intimidée, elle ne répliqua pas, se contentant de le lorgner en silence, son cœur battant d'effroi alors qu'elle se demandait s'il y avait un moyen de sortir Kili de là. Car elle ne doutait pas que, pour eux, c'était rapé. Il n'était de toute manière pas pensable qu'ils livrent le fils de Liam et Lily sans combattre, tout comme il était peu envisageable qu'ils parviennent à se défaire de leurs agresseurs qui s'amassaient autour d'eux, les piégeant au bord du ravin, alors que la ville continuait d'être bombardée et que Thorïn n'était pas prêt à leur envoyer du renfort, s'il savait seulement ce qu'il se passait de leur côté…
Putain de merde, Mahal sa mère, comme disait si bien Kili…
Puis elle eut une idée. Une idée stupide, bien entendu, mais elle n'était pas vraiment le genre de fille capable de réfléchir dans l'urgence.
— Tu veux voir l'accomplissement de la prophétie, connard ?
Azog sembla perplexe, plus perplexe que Kili lorsqu'elle attrapa ce dernier au col pour le mettre en joue en plantant son regard déterminé dans celui de l'orc :
— Dans ce cas… Laisse-nous partir… Sinon, pour la deuxième fois consécutive, elle avortera, par ta faute…
— Dis, par Mahal, qu'est-ce que tu fous ?
Indécis, les nains ne savaient pas sur quel pied danser et, hésitant à se défaire de la poigne pas si assuré de la mère de Fili, Kili se laissa faire docilement, et elle répondit à son chuchotement de la même manière :
— Tait-toi, j'improvise.
Ennuyé, Azog fit la moue en croisant les bras, puis il planta son regard cruel et immonde dans celui de Kili, dont le corps se glaça soudain d'épouvante, amusant l'orc :
— Je vois que tu te rappelles de moi, gamin…
Un vertige s'empara du jeune nain qui s'accrocha instinctivement à Dis, le souffle court et le regard emprisonné par celui de l'orc qui fit un pas en avant en se léchant les lèvres. Immédiatement, la naine se plaça devant le plus jeune, mais, sans s'occuper d'elle, Azog eut une moue condescendante :
—Kili… J'avais hâte de te revoir… Au moins pour vérifier que tu ais bien profité de mon enseignement…
Dis fronça les sourcils, notant la peau blême du plus jeune et l'éclat prédateur qui luisait dans les yeux de son ennemi lorsqu'il prit la peine de s'adresser à elle pour l'informer d'un ton gourmand :
— Récupérer un gamin qui sache lire le Khudzul a été une très bonne initiative de la part de la GITM… Encore fallait-il que le-dit gamin parle un minimum le langage courant pour qu'on comprenne ses traductions, ce qui n'était pas vraiment le cas… Et, malheureusement pour lui, j'étais le seul à savoir parler Khudzul… Mais pas le professeur plus patient…
Le visage de Dis se décomposa et, agrippé à elle, Kili ne put détacher son regard de celui qui avait eu la charge de lui apprendre à parler le langage courant quand, alors qu'il venait d'être témoin de la torture puis de la mort de sa mère, il s'était retrouvé pris au piège de la GITM.
Son corps se mit à trembler d'effroi, un court instant, avant qu'il ne se raidisse dangereusement, puis, du bout des lèvres, il ne put qu'affirmer d'une voix blanche, soudain menaçante et mortelle :
— C'est toi… C'est toi qui as assassiné mes parents…
Azog fit une grimace, mais il le reprit cruellement :
— La naine, c'est moi qui l'ai achevé, je l'avoue, et ce fut un plaisir… Malheureusement, le nain, c'est Dalvar qui s'en est chargé…
Dis eut une exclamation étranglée à l'annonce du nom, et Kili fronça les sourcils en grinçant des dents, une soudaine fureur ardente et violente mua en lui tel un raz de marée, alors qu'il avait, enfin, devant lui, l'une des personnes qui avaient fait de lui un orphelin.
Il resta pétrifié quelques secondes, avant de pousser un hurlement de rage et, dégainant deux courtes lames, il se jeta sur l'albinos qui eut un sourire indulgent.
C'était trop facile, décidément. Comme si ces nains avaient décidé de lui faciliter la tâche…
Avec amour, il dévia la première lame et attrapa, tout simplement, la deuxième, prenant le contrôle du brun qu'il mit au tapis d'un puissant coup de tête.
— Putain, le con !
Dis et les nains prirent les armes à leur tour mais, maitrisant, au sol, Kili qui se débattait, Azog susurra d'un ton velouté :
— Tuez-les. Tous.
Avec l'énergie du désespoir, Kili tenta de reprendre le contrôle malgré la poigne de l'orc qui le clouait à terre tandis que les balles fusèrent en direction de Dis et des rebelles qui ripostèrent furieusement, forçant leurs agresseurs à se mettre à couvert et Dis, aidée de trois nains, s'interposèrent entre Azog et sa proie, récupérant Kili. Coincés au bord de l'abîme, ils n'eurent d'autre choix que de charger leurs ennemis qui ouvrirent le feu sans pitié.
Puis, venant du ciel, une première déflagration se fit entendre, suivit du vrombissement particulier d'un moteur d'avion.
Plongeant en piqué, l'Embraer, piloté par Fili, lâcha une première slave de balle sur les orcs qui furent fauchés par la puissance destructrice de l'avion, qui remonta le long du flanc de montagne pour mieux prendre les troupes d'Azog à revers, les forçant à fuir le périmètre en déchainant l'intégralité de sa puissance de feu sur eux.
Galvanisés, Dis, Kili et les nains attaquèrent de plus belle et repoussèrent les quelques ennemis restants, tandis que, fusant sur les canons accrochés aux montagnes, Fili réduisit en charpie la force de frappe orc, détruisant, en moins de quelques minutes les principaux bastions de la GITM, avant de survoler les troupes naines piégées à Dale, qu'il couvrit pour leur ouvrir un passage à travers la marée orc, permettant aux rebelles de sortir du charnier et se disperser dans la montagne pour reprendre le contrôle des environs.
Debout sur le promontoire, Dis ne put dire quelle était cette sensation bluffante qui l'étreignait alors que son fils venait, ni plus ni moins, de retourner une situation désespérée à leur avantage, et ce, en moins de quinze minutes.
Décidément, avoir un avion de combat ici était, comme l'avait prédit Thorïn, un véritable atout. C'était presque de la triche.
Elle avait peur, bien entendu, alors que Fili était suspendu dans les airs, offert aux balles de leurs ennemis et cible maintenant principale des lance-roquettes. Sans parler des conditions de vol, même si l'Embrear était bien plus facilement manipulable en montagne que le mini-explorer.
Mais jamais elle n'avait été aussi fière de toute sa vie et ce fut Kili qui lui attrapa la manche pour la trainer derrière lui alors qu'ils fuyaient avec le reste des soldats en direction d'un lieu plus sûr.
oOo
— Lance-roquettes, tenez vous prêts…
Répondant à l'ordre de Bolg, plusieurs orcs posèrent un genoux au sol, pointant leurs armes destructrices sur l'avion de combat qui les narguait, voltigeant entre les sommets. Sa puissance de feu était si intense que Fili se montrait capable de pulvériser les flancs de montagnes simplement en frôlant la gâchette, noyant les orcs sous un déluge de pierre.
— Non. Baissez vos armes.
Arrivant derrière eux, l'ombre d'Azog couvrit les guerriers, et il continua d'une voix ferme :
— C'est le neveu de Thorïn. Rasmus ne tolèrera pas qu'on le tue… Rendez-vous auprès des éclaireurs et trouvez sa piste d'atterrissage… Il ne restera pas indéfiniment en l'air…
En attendant, on se met tous à couvert…
oOo
Merci d'avoir lu !
J'espère que ça reste clair et cohérent,
N'hésitez pas à dire ce que vous en pensez,
Et si vous appréciez la direction que ça prend !
Merci à ceux qui ont laissé une review !
