— Stop. STOP !

Criant, Bilbo avait attrapé le cuir flasque qui pendait des flancs de la petite dragonne, sans le moindre effet. La créature aveugle se dirigeait avec une détermination de locomotive folle vers la sortie, déployant déjà ses ailes dont les jointures craquaient bruyamment.

— La porte est fermée, Lobélia ! Si vous continuez ainsi, vous vous fracasserez contre la roche !
— Aucune pierre, aucun mur ni aucune porte n'a jamais arrêter Smaug le magnifique, alors il en sera de même pour moi. La mort et le feu, voilà ce que je suis !

Bilbo pesta en réponse et il la suivit en courant presque, puis il eut une illumination, comme un sursaut qui le prit. Son pied se crocheta à ce moment dans un cailloux et il s'étala au sol, mais il s'en rendit à peine compte. Bouche bée, allongé à terre, il regarda la dragonne qui était prête à foncer dans la paroi rocheuse pour la traverser par la force.

Soudain, clairement, la deuxième strophe de la prophétie s'imposa à son esprit :

« Par les roches et l'oubli,
Scellée est la porte d'Erebor »

Le torse de la dragonne sembla s'enflammer soudainement, alors qu'elle accélérait encore, battant les ailes et se projetant férocement en avant, du feu liquide commençait à couler de sa vieille gueule.

« Mais par le feu et la mort,
A nouveau sera franchie. »

La roche explosa lorsque la bête la percuta avec une force insoupçonnée au vu de son corps chétif. De la lave enflammée qu'elle cracha devant elle, elle fit fondre la pierre qui lui résistait, continuant d'avancer à travers les éboulements anciens, de ses épaules encore vaillantes, elle défonçait les stalactites qui entravaient le chemin qu'elle traça comme si elle s'enfonçait dans une motte de beurre.
La chaleur des flammes qu'elle crachait en continu devint vite insupportable pour Bilbo qui se jeta sur ses pieds pour reculer afin de s'éloigner de la fournaise.

Sans mal, la dragonne déchira la paroi de pierre, à coup d'épaule, de griffes ou même de crâne. Paroi sur laquelle elle avait craché son feu pour lui faciliter la tâche et, lorsque, victorieuse, elle émergea à la surface, qui explosa, sur un flanc de montagne escarpé sur lequel elle s'accrocha en soufflant, Bilbo resta, bras ballants et cœur comprimé par une épouvante oppressante.

Essoufflé, Lobélia déploya la nuque, gonflant ses larges poumons.

Dans la clarté de la nuit étoilée, le long rugissement de la dragonne libérée tonna comme un coup de tonnerre, roulant contre les flancs des montagnes, son échos fut répété dans les vallées encaissées, faisant vibrer l'air et trembler la roche.

oOo

— Au sol ! Au sol ! Maintenez-le au sol !

Vidalinn évita de justesse un agent qui l'aurait jeté à terre et il contre-attaqua. Sa main fusa, ses doigts tendus percutèrent une trachée, qui implosa. Il enchaina son mouvement d'un coup de pied bien placé, mais ses opposants étaient bien plus nombreux. Il esquiva un coup, se baissant de justesse, pour attraper une arme sur un cadavre encore chaud d'un homme qu'il venait de tuer à main nue et, baissant sa garde, il ne se concentra que sur Rasmus, qui le regardait, plus loin, avec un sourire vicieux accroché aux lèvres.

Sans perdre de temps, il ajusta et tira. Mais son ennemi esquiva les trois balles avec une facilité bluffante et Vidalinn fut, à ce moment, plaqué au sol.

Quelques secondes auparavant, grâce à la clé que Dwalin lui avait initialement glisser dans les mains, il avait pu se libérer au moment qu'il avait jugé opportun, mais les choses ne s'étaient pas déroulées comme prévu et, sentant, à nouveau, ses mains liées dans son dos, il jura lorsqu'il comprit qu'il venait de gâcher son unique ouverture.

Maintenu au sol, il ne put bouger lorsque Rasmus s'approcha et, sans un mot, le frappa d'un coup de pied brutal qui lui coupa le souffle. L'homme se pencha ensuite sur lui pour s'emparer de sa crinière blonde et le soulevez du sol en parlant froidement :

— Ça, Vidalinn, c'était la fois de tro-

Il ne pu finir, car, à ce moment, les sirènes se mirent en marche alors qu'une explosion violente se fit entendre à l'extérieur.

— Que se passe-t-il ?
— Le bâtiment des archives est sous attaque !

D'une voix pressante, un agent, un talkie en main, venait de répondre, lorsqu'une deuxième explosion fit trembler l'air.

Rasmus donna immédiatement ses ordres, délaissant Vidalinn qui, au sol, reprit son souffle, les sourcils froncés et un fin filet de sang coulant de sa lèvre.
La salle se vida immédiatement alors que, dans Fondcombe, plusieurs explosions continuaient d'enflammer les bâtiments, affolant la population.

Le soldat blond, une fois seul, attendit quelques instants, avant de s'agenouiller au sol, tâchant de reprendre son souffle, mais il sursauta lorsque la porte fut défoncée, et, ingrat, il se contenta de siffler furieusement :

— Et après la peste, le choléra…
— Ta gueule, princesse, ou je te laisse là.

Sortant un poignard cranté, Dwalin attrapa sans ménagement le bras de Vidalinn, plongeant la lame dans la serrure de ses menottes pour la faire sauter, puis il se redressa, mettant le blond sur pied et lui fichant un pistolet dans la main en annonçant d'une voix pressée :

— Parlant de princesse, la mienne est en train de nous sauver le cul, là, donc grouillons-nous avant qu'ils ne reviennent par ici ou bien que ça chauffe pour elle.
— Rasmus respire encore.
— Et ce ne sera pas toi qui l'arrêteras, du moins, pas maintenant.

Vidalinn réceptionna une veste militaire qui lui envoya Dwalin, et il l'enfila en répondant méchamment :

— Il est bien plus dangereux que ce que nous pensions. Nous ne pouvons nous permettre de le laisser en vie !
— Ce n'est pas en mourant que tu le- Ho… Putentraille.

S'engouffrant dans les couloirs au pas de course, ils s'arrêtèrent lorsque, face à eux, Rasmus les attendait. A ses pieds, Orianne, la lèvre en sang et la pommette noircie, était agenouillée, ligotée.

— Tentative loupée d'évasion au côté d'un nain et d'une gamine inoffensive… Tu es tombée bien bas, Vidalinn… Posez-vos armes, tous les deux.
— Orianne, je t'avais dit de-
— Fais ce qu'il te dit, Dwalin.

Lui coupant la parole, elle le supplia presque, mais il nota une drôle d'intonation dans sa voix et, prudent, il jugea judicieux de faire ce qu'elle disait. Il laissa tomber son flingue, invitant Vidalinn à en faire de même et, confiant, Rasmus sourit de plus belle.

— Enfermez-les. Nous les exécuterons dans une heure. Et trouvez-moi Heljar, j'aimerai m'expliquer avec lui au sujet de son dernier petit mensonge…

Orianne fut mise en joue le temps que les deux autres soient menottés, puis il furent tous les trois jetés dans une cellule sécurisée.

— Orianne ! Pourquoi n'es-tu pas partie lorsque tu as-
— Parce qu'on ne peut pas faire confiance aux nains…

Sifflant entre ses dents, Vidalinn fit rouler une épaule, la position de ses bras était rendue inconfortable à cause des liens qui les entravaient toujours, et Dwalin se tourna vers lui, rugissant :

— On a choisi de te venir en aide alors qu'on avait la possibilité de parti-
— Une aide bien utile, je t'en remercie Dwalin, grâce à toi et votre brillante intervention, nous voilà bien avancer, et la gamine que tu es venue délivrer s'est faite prendre avec nous.
— Je me suis laissée prendre parce que j'avais un truc à te dire, Vidalinn.

La voix claire d'Orianne tinta distinctement dans la salle et les deux soldats, interloqués, se tournèrent vers elle. Elle soupira, avant d'annoncer en regardant Vidalinn dans les yeux :

— J'ai un message pour toi, qui devait t'être remis urgemment.
— Un message de qui ?

Complètement abasourdi Vidalinn la sondait avec méfiance et elle récita simplement :

— « Tu n'es pas seul dans ce combat qui te dépasses. Laisses-toi emmener dans une cellule et restes-y à l'abri, je me charge du reste. »

Vidalinn et Dwalin échangèrent un regard déboussolé et, à la question tacite, Orianne haussa les épaules :

— Une très belle sylvaine m'est tombée dessus pendant que j'installais les explosifs… Elle a l'air de bien te connaître, elle n'arrêtait pas de te traiter de connard et de dire que tu allais mourir bêtement si elle n'intervenait pas pour « Te sauver le cul ». Elle a toute une armée avec elle.

Dwalin écarquilla les yeux, et Vidalinn poussa, soudain, un soupir désespéré :

— Ho non… Pas Salia…
— Salia ?
— Mon ex… Elle est à la tête d'une branche de mercenaires indépendants aux havres gris et a juré de détruire la GITM…
— Enfin une qui a de la jugeote…

Vidalinn lui lança un regard noir, et se défendit vivement :

— J'ai juré la même chose, c'est simplement que… Nous n'avons pas les mêmes méthodes…

A peine eut-il fini sa phrase qu'une explosion surpuissante fit trembler tout le bâtiment et les jeta à terre. Ils y restèrent, entendant éclater à l'extérieur plusieurs fusillades furieuses.
Une véritable guerre sembla se déchainer dans les locaux de la GITM et, même, dans Fondcombe. De là où ils étaient, ils entendaient les sirènes de la ville hurler, des dizaines d'hélicoptères brasser le vent au dessus et un brouhaha qui montait de combats acharnés.

En silence, Orianne s'était glissée jusqu'à Dwalin, pour s'asseoir contre son dos et mettre dans ses mains liées un crochet qu'il utilisa pour déverrouiller les menottes de la jeune naine. Elle reprit le crochet et il la guida ensuite pour qu'elle puisse le libérer et, tous les deux se mirent sur pied, ignorant Vidalinn qui leur lança un regard mauvais.

— Je pense que les méthodes de ton ex sont plus efficaces que les tiennes…
— Nous n'avons pas les mêmes moyens… Elle a une force armée presque supérieure à celle de la GITM qui lui obéit au doigt et à l'œil et moi, j'ai deux zouaves qui n'ont aucun sens des priorités…
— De nous trois, le boulet, c'est toi.

Fier de sa répartie, Dwalin avait rétorqué dans un sourire tandis qu'Orianne s'étirait en annonçant nonchalamment :

— Salìa veut que l'on reste à l'abri le temps qu'elle nettoie les bâtiments…
— Elle ne sait pas à quoi nous avons affaire… Libère moi, Dwalin, et sortons d'ici avant que son éclat ne fasse fuir Rasmus loin d'ici !
— Me donne pas d'ordre.

Vidalinn poussa un juron mais, gentille, Orianne s'agenouilla derrière lui pour le libérer, sous le regard amusé de Dwalin qui demanda d'un ton curieux :

— D'où viennent ses soldats ?
— Des anciens de la GITM qui savent quel est son vrai objectif, principalement, ou bien des gens qui ont été conquis par la cause de Salia.
— Et pourquoi intervient-elle maintenant ?

Se massant les poignets, Vidalinn se leva et s'étira à son tour en répondant avec impatience:

— Comment veux-tu que je le sache ? C'est une femme qui ne fait que ce qu'elle veut, quand elle le veut.

Sans ajouter un mot, il tendit la main à Orianne et, comprenant l'ordre tacite, elle y mit son petit crochet. Concentré, il s'agenouilla face à la porte, les sourcils froncés et racontant distraitement :

— Je l'avais contacté, il y a quelques semaines, lorsque j'ai fuit la GITM après avoir sauvé Bilbo-
— C'est Thorin qui a sauvé Bilbo.
— Ta gueule. Elle a entendu tout ce que j'avais à lui dire, mais ne m'avait pas encore donné de réponse. Je crois qu'elle m'en veut encore pour… Certains choix que j'ai fait…
— Elle doit certainement regretter certains des siens aussi… Ceux qui concernent le couple que vous formiez.

Vidalinn poussa un éloquent soupir ennuyé, puis il se redressa lorsqu'un déclic caractéristique se fit entendre au niveau de la serrure. Après avoir lancé un regard à Dwalin, il ouvrit délicatement la porte, la fusillade au dehors ne se calmait pas, au contraire.

— Nous devrions rester ici, Vidalinn… La demoiselle ne va pas tarder à venir délivrer le héro en détresse…
— Je n'ai pas besoin d'elle.

Dwalin leva les yeux au ciel, retenant un petit rire :

— Quel ton plein de rancœur ! Laisse-moi deviner : C'est elle qui t'a plaqué et tu l'as très mal vécu ?
— Ferme-là un peu.
— A moins que ce ne soit toi qui l'ais plaqué, pour Bilbo qui, manque de chance, t'a plaqué pour ton pire ennemi et toi, du coup, tu l'as dans l'os. Les personnes qui peuvent vivre aussi longtemps que toi ne courent pas les rues… Tu dois certainement déjà être en train de te demander comment la récupérer sans avoir l'air pathétique…

Patient, Vidalinn prit sur lui pour ne pas encastrer Dwalin dans le mur le plus proche et, face à la porte, il hésitait à sortir, au risque de se retrouver, désarmé et sans protection, au milieu d'un champs de bataille.

Toutefois, il n'eut pas à attendre longtemps car, peu à peu, le vacarme dans le bâtiment se calma et, lorsque le silence reprit ses droits, ils sortirent, sur leurs gardes, pour se trouver face à un groupe armé qui les mit en joue.

Dociles, Orianne et Dwalin levèrent les bras tandis que Vidalinn, lui, serra les poings en demandant d'un ton tranchant :

— Où en sont les combats, et où est Rasmus ?
— Calme ta joie, Vidalinn, ce n'est pas toi en charge de l'opération, personne n'a de compte à te rendre.

La voix, aussi belle et mélodieuse que pouvaient l'être celles des descendants elfiques, était pourtant dure et implacable.
S'avançant vers eux, une très belle femme aux oreilles effilées, au visages aux traits fins et joliment ciselés, à la silhouette svelte et aux courts cheveux argentés, marchait d'un pas léger et silencieux tout en rechargeant son arme.

Elle s'arrêta face à Vidalinn pour le regarder dans les yeux :

— On vient de te sauver la vie. Commence par nous montrer un peu de gratitude.
— J'étais ici pour tuer Rasmus. Ma vie n'a que peu d'importance à côté de-

Mais il ne put finir sa phrase car, d'une baffe sèche, elle frappa sa joue sans sommation, avant d'attraper sa tunique d'une poigne féroce :

— Je ne suis pas venue à ton secours pour t'entendre dire ce genre de chose. Je t'ai sauvé la vie. Nous sommes quittes maintenant. Alors réjouis-toi et fait pas chier.
— Dis moi où est Rasmus ?

Peu intimidé, il lui prit les poignets pour la forcer à le lâcher et elle recula, le regardant dans les yeux. Il sembla lire la réponse dans son regard, car il poussa un soupir lourd :

— C'est pas vrai… Vous l'avez laissé s'enfuir ?

Elle pinça les lèvres, maintenant blême, mais se justifia rapidement :

— Le vieillard est monté dans un hélico au moment où nous avons lancé l'assaut. Nos traceurs indiquent qu'il se rend à l'Est…
— Vers les Gadolah…

Elle acquiesça à l'intervention de Dwalin, avant d'enchainer :

— Il n'est plus une menace, Fondcombe est sous mon contrôle, maintenant. Je vais prendre la tête de la GITM et commencer son démantèlement.
— Ho non… Tu vas réparer tes conneries et lancer tes troupes à la suite de Rasmus, il doit être neutralisé au plus vite, c'est la priorité ! S'il se rend dans les Gadolah au vu de l'état actuel des choses, on court tous un grand danger !

Vidalinn avait fait un pas vers elle, mais elle le toisa du regard, répondant dans un rire chantant :

— Rasmus ? Dangereux ? Le cœur nerveux de la GITM est ici ! Qu'il aille se crasher dans les Gadolah, il n'est plus rien !
— C'est là que tu te trompes… Il est le ciment de cette organisation… Laisses moi prendre le commandement, j'ai bien plus d'expérience que toi là-dedans. Prendre le contrôle d'un bâtiment ne suffit pas à gagner une guerre !

Elle l'observa froidement, avant de demander d'une voix polaire :

— Tu es en train de me dire que tu veux que je te cèdes mes troupes et la GITM ? Pour te rendre dans les Gadolah, en plus ? Je sais qui s'y trouve en ce moment. Et je te préviens : je n'ai pas l'intention d'aller sauver le cul de ton petit-ami ! Qu'il y crève, c'est la meilleur chose qui puisse lui arriver !

Vidalinn serra le poing, soudain profondément agacé, mais il resta calme et répondit d'une voix patiente :

— De une, je parle simplement de diriger les opérations. De deux, si tu sais qui se trouve dans les Gadolah, alors je n'ai pas à t'expliquer en quoi c'est capital de s'y rendre et, de trois, Bilbo n'est pas mon mec, mais mon ex. Si tu as des questions, je propose d'y répondre en vol, le voyage est long jusqu'aux Gadolah et nous n'avons pas de temps à perdre.

Il avait tenté de se montrer convaincant, mais elle continuait de le regarder d'un regard méfiant, avant de croiser ses bras sur sa poitrine et parler méchamment :

— Ok, Vidalinn. Je vais te faire confiance et je prends le risque de te croire sur parole. On fait comme tu dis, parce que je sais que tu es doué pour ça, pas par affection. Mais je te préviens : Je suis celle qui a reprit le contrôle de la GITM, et elle reste sous mon contrôle, à l'instar de mes forces armées. Toi, je t'emmène simplement comme conseiller et pour te voir mourir si jamais on a la chance qu'une telle chose arrive enfin. Et, s'il s'avère que ce connard de Bilbo a encore un œil sur toi, je vous tue, tous les deux.

La menace était à prendre au sérieux et, en réponse, Vidalinn donna un vilain coup de coude à Dwalin, à côté de lui qui retenait difficilement un fou rire.

oOo

— C'était quoi, ça ?
— Une éruption volcanique ?
— Fermez-la.

Extrêmement attentif, Azog sonda l'obscurité des montagnes qui l'entourait.

Le grondement de la dragonne continuait de se répercuter tout autour d'eux, dans un silence abasourdi. De longues minutes s'écoulèrent sans que personne n'émette le moindre son tandis que le rugissement se fracassait contre les flancs escarpés des Montagnes.
Puis, lorsque le calme revint, Azog se retourna pour faire face à Fili, ligoté et agenouillé au sol, le visage tuméfié, ses cheveux sales et défaits pendaient sur ses épaules ensanglantées et son regard, farouche et sauvage, soutenait durement celui de l'orc qui s'approcha de lui.

— Il est temps de retrouver ton trône, petit prince.

Le blond voulut se débattre, mais des bras s'emparèrent de lui pour le forcer à se mettre debout et le maintenir sur ses pieds.

— Mes amis… C'est l'heure d'entrer dans cette montagne ! Et nous avons une bête à abattre, gardez les lances missiles à porté de main ! Je veux aussi les rapports des équipes chargées de récupérer le fils de Lily !

oOo

— Thorin, les éclaireurs signalent que les troupes orcs se dirigent vers l'origine de l'éruption !
— Ce n'était pas une éruption…

Grinçant des dents, Thorin traversa la place principale de Dale pour pénétrer dans la tente où s'étaient réunis les chef de guerres encore en vie suite à la première attaque.
Une petite dizaines de personnes étaient là, dont sa sœur et Gandalf, qui se tourna vers lui, le visage grave :

— Thorin, vous ne pourrez affronter un dragon. Les balles ne perceront pas le cuir, et ces bêtes ne sont pas sensibles au feu ou aux explosions ! De plus, les orcs sont plus près que nous de la montagne, même si vous partez maintenant, vous ne pourrez y être avant eux !

Thorin ne répondit pas, inquiet et la poitrine serrée, il vint étudier la carte des montagnes qui trônait sur la table. Il ne voulait pas répandre ses craintes face aux rebelles de Dale, qui lui reprocheraient son attachement à un hobbit mais, là, tout de suite, ses pensées n'étaient obnubilées que par Bilbo.

Si, par miracle, il avait survécu au dragon et qu'il était toujours dans la montagne, alors il y serait coincé avec les orcs.

La perte de Fili lui ouvrait déjà un trou béant dans la poitrine, alors si la douleur de la mort de Bilbo, ainsi que tout ce qu'il avait osé projeter dans un futur à ses côtés, s'y ajoutait, alors il n'aurait pratiquement plus rien à perdre.

Mais le sort de Bilbo ne lui était pas encore connu et il comptait bien mettre tout en œuvre pour lui porter secours, tout comme il était d'une importance primordiale qu'il offre à Kili toute la protection nécessaire.
Si la montagne était bien ouverte et que la prophétie était bien amorcée, alors il lui faudrait jouer serré pour empêcher Rasmus de se proclamer roi des Eredîms, ce qui serait une catastrophe pour la race des nains et pour la paix de la Terre du milieu.

Son portable vibra à ce moment et, s'excusant, il s'écarta pour répondre d'un ton pressant :

— Dwalin ? Quelles sont les nouvelles à Fondcombe ?

Il y eut un court silence et, curieuse, Dis s'approcha de son frère qui écoutait, les sourcils froncés, tout ce que son ami avait à lui dire. Il lui fit ensuite part de la situation dans les Gadolah avant de raccrocher, pour annoncer d'une voix grave :

— Aux armes. Nous allons prendre la montagne d'assaut.
— Thorin, vous ne-

Soucieux, Gandalf s'approcha pour tenter de le raisonner tandis que, autours d'eux, les généraux s'activèrent et, un sourire dangereux aux lèvres, Thorin justifia :

— Une armada d'hélico de combats, tous chargés, arrivent ici. Nous allons leur préparer le terrain.

oOo

— Kili, tu es là ! Nous te cherchions partout !

Essoufflé, Argon vint s'installer sur le toit d'une petite maison écroulée, à côté du brun qui lui lança un regard sans vie :

— Argon… Je te croyais cloué au lit...
— La médecine du magicien fait des miracles ! Il a remis sur pied deux tiers de notre armée ! Et puis je suis plus résistant qu'il n'y paraît.

Il ponctua sa phrase d'un clin d'œil malicieux, mais qui jura avec sa peau encore si pâle et ses traits tirés par la douleur et la fatigue.

— Tu devrais partir avec la prochaine évacuation…
— Je ne fais plus parti des prioritaires, ma vie n'est plus en danger… Mais il est prévu que je parte avant l'aube normalement, au troisième voyage de l'X-16. Et… Tu devrais venir avec moi, Kili…

Il avait parlé maladroitement en détournant le regard, conscient de l'importance capitale du départ de Kili, mais conscient, aussi, que celui-ci était aussi butté que son père adoptif.

— Pourquoi ? Veux-tu que je fuie ?
— J'aimerais que tu vives et…
— En quoi ça t'importe ?
— Tu sais que je t'apprécie…
— Et toi, tu sais qui j'appréciais…

Lugubre, Kili s'était levé et se tenait debout, dangereusement proche du vide qu'il regardait sans le voir, mais Argon n'osa pas lui demander de reculer et il concéda dans un chuchotement :

— Justement. J'ai fait la promesse à Fili de te garder en vie…

Vivement, Kili se tourna vers lui, son regard enflammé semblait damné. Une damnation de douleur, d'incompréhension et d'injustice qui semblait avoir poignarder le jeune brun jusqu'au plus profond de son cœur. Il resta silencieux, et Argon reprit, tentant de l'amadouer :

— Et tu sais à quel point ta vie lui importait, Kili… Il était prêt à tout pour toi… Et ses derniers mots te concernaient… Si tu veux lui faire honneur, vient avec moi, en sécurité. La GITM te cherche, si la chose que nous venons d'entendre est bien un dragon et que la montagne s'est ouverte, alors il faut que tu t'en éloignes le plus possible. Viens avec moi… La mort de Fili le prouve : vous n'étiez pas les enfants de la prophétie…

Avenant, Argon lui tendit la main, l'invitant à le suivre. Il avait fait la promesse à Fili d'écarter Kili et de le mettre à l'abri, et rien ne lui tenait plus à cœur. Les orcs ne devaient pas s'affirmer en tant que toi des Eredîms. Même s'ils avaient Fili, Kili, lui, était encore hors de leur porté et Argon s'était juré que, tant qu'il vivrait, il ferait tout pour qu'il ne tombe pas entre leurs mains.

Kili le regarda longuement, semblant hésiter, puis il se tourna à nouveau vers l'origine du rugissement qu'ils avaient entendu plus tôt mais, docile, il consentit à prendre la main qui lui était tendue.

— Fili aurait pu mourir pour moi s'il en avait eu l'occasion, je le sais… Alors je vivrai, pour lui.


Merci d'avoir lu !

J'espère que ça continu de vous plaire !
Et maintenant, place à l'action ;)