— Merde ! Merde ! Merde !
Lobélia, dans son délire, avait foutu le camp mais Bilbo, lui, se retrouvait seul dans la Montagne et le glandu qu'il était n'avait pas profité de l'ouverture pour prendre le maquis en douce. Au lieu de ça, le voilà maintenant à s'enfoncer toujours plus profondément dans les galeries pour éviter les troupes orcs qui s'y dispersaient. C'était la merde.
Bien entendu, il n'avait pas encore trouvé la moindre issue et doutait bien d'en trouver une. Tout ce qu'il lui restait à faire était donc de dénicher une bonne cachette et d'y faire le mort le temps d'avoir une meilleure idée, ou bien d'avoir une idée tout simplement.
Un courant d'air l'enveloppa, portant en lui ce murmure strident qui lui donna la chair de poule. Il avait les orcs aux trousses et, autour de lui, ces présences vaporeuses qui reléguaient les troupes d'Azog au rang de simples terreurs des bacs à sables. Mais l'une des deux menaces était plus tangible que l'autre et, malgré l'horreur que lui inspiraient ces présences invisibles, il continua de s'enfoncer toujours plus loin.
Du moins, c'était ce qu'il aurait fait sans poser de question, s'il n'avait pas entendu cette exclamation de douleur étouffée poussée par une voix qui le pétrifia. Une voix qu'il n'était pourtant pas certain d'avoir bien discernée dans le tumulte des grognements orcs. Mais le cri de Bolg porta jusqu'à lui.
— Maintenez-le ! Brisez lui les jambes s'il le faut mais il ne doit pas nous échapper.
Le cœur gelé par un très mauvais pressentiment, non sans se traiter d'abruti, Bilbo revint discrètement sur ses pas. Très discrètement. Caché en hauteur dans la minuscule galerie supérieure qu'il avait initialement suivie pour s'enfuir, il se colla à la paroi pour discerner ce qu'il se passait parmi les orcs en contrebas.
— Ho… Non…
C'était bien la voix de Fili qu'il avait entendue parmi les autres. Il avait été trainé jusqu'ici par la troupe de Bolg et avait profité de la première ouverture, la seule qu'il avait eu depuis qu'ils avaient mis la main sur lui, pour tenter de fuir. Mais ses ravisseurs s'étaient montrés trop rapides et l'avaient maitrisé avec une violence non contenue. Jeté au sol par un coup aussi fourbe que brutal, il était trop fier pour y rester et tenta de se redresser. Mais un coup de pied de bolg lui cueillit les flancs et, à nouveau, sa voix perça dans un cri de douleur qui agressa les sens de Bilbo.
A ce moment, tout lui revint en tête. La prophétie, les craintes d'Argon, celles, cachées, de Thorïn. Les objectifs très claires de la GITM et, surtout, son manque totale de scrupule. Quelques semaines plus tôt, Bilbo ne se serait nullement sentit inquiet quant au futur que ses anciens collègues réservaient à Fili. Aujourd'hui, il n'avait plus aucun doute et un frisson glacé descendit le long de son échine.
Ils n'allaient pas seulement le tuer. Avant ça, Fili servirait d'appât. Autant pour Thorïn, que la GITM souhaitait détruire, que pour Kili. Aucun des deux n'avaient la moindre chance d'y résister et se jetteraient dans la gueule du loup sans réfléchir au moment où ils sauraient où se trouve Fili. Il était, d'ailleurs, surprenant qu'ils ne soient pas encore là, se disait Bilbo qui, désespérément, étudiait la situation pour mieux la tourner à son avantage.
Mais il était tout seul, avec un vieux livre et un pauvre flingue face à ces monstres armés de mitrailleuses et de leur soif de sang et de haine. Il avait déjà eu le bonheur de vivre un tête à tête avec Azog. Ce fut, certes, plutôt bref, mais assez intense pour lui faire passer l'envie d'en vivre un autre.
D'ailleurs, un nouveau frisson s'empara de lui lorsque l'objet de ses pensées avança à son tour dans la salle.
Azog marcha jusqu'à Fili qui, vaincu, était resté au sol. Le neveu de Thorïn tenta de se débattre, mais le grand orc pâle se pencha sur lui pour lui attraper la gorge et le soulever sans peine au dessus du sol malgré ses ruades. Il l'étudia un instant, puis un rictus cruel étira ses lèvres :
— Emmenez-le dans la salle du trône. Que quelques unités préparent un accueil digne de ce nom à Thorïn et au fils de Lily. Et localisez-moi le tombeau des âmes mêlées avant la nuit ! Rasmus vient chercher son bien…
Sans écouter le reste des ordres d'Azog, qui avait presque jeté Fili dans les bras de son fils, Bilbo s'éloigna en silence. Il se dirigeait vers la salle du trône. Il gardait en mémoire ce qu'il avait vécu lorsqu'il y avait mis les pieds. Mais, malgré la peur que cela lui inspirait toujours, il ne pouvait pas faire autrement.
Son pouls était affolé et son cœur comprimé d'effroi. Il avait bien entendu les ordres qu'Azog avait donnés. Fili était peut-être condamné, mais pas Kili et Thorïn. La priorité aurait été de prévenir son amant. Mais Bilbo avait vu les clous, énormes et pointus, que Bolg avait emmenés avec lui. Azog avait l'intention de crucifier Fili.
Bilbo devait empêcher ça avant que ça n'arrive.
oOo
— Dispersez-vous dans les ruines et tenez bon ! Les renforts arriveront bientôt !
Hurlant ses ordres, Thorïn se plaqua contre une ancienne tour éboulée avec Eldur et deux autres soldats. Galvanisés par l'arrivée de Rasmus, les orcs avaient attaqué Dale de nouveau. C'était maintenant un fouillis chaotique de fusillades et de mêlées brutales.
— Thorin, le X-16 a pu partir. Il n'y a plus aucun non combattant ou blessé critique parmi nous dorénavant.
C'était une bonne nouvelle et Thorin hocha la tête, soulagé. Le nain qui venait de faire son rapport hésita un instant, avant d'avouer rapidement :
— Thorin, votre fils, Kili, a refusé d'embarquer lorsqu'il a appris que nous étions attaqués.
Ça, c'était une moins bonne nouvelle. Mais prédictible. La mâchoire crispée, il hocha la tête et demanda tout en rechargeant son arme :
— Où est-il ?
— Il a rejoint nos troupes sur le flanc Est. Argon est avec lui.
— Argon n'était pas supposé faire parti des blessés graves ?
— Il a refusé d'embarquer lui aussi.
Encore, Athor opina. Même blessé et affaiblit, Argon ne serait pas de trop si jamais Kili se laissait happer par cette même folie qui avait pris possession de sa mère. Une folie dangereuse et furieuse qui avait déjà mené à la mort un certain nombre de ses ancêtres. Et c'était comme si Kili était mort en même temps que Fili. Il n'avait plus vraiment de notion d'instinct de survie.
— Très bien. Rejoint-le. Donne lui ma position et fait lui savoir que, si les choses tournent mal de son côté, il se repli avec ses combattants dans l'arène. Le plus gros de nos troupes s'y trouve en ce moment. L'important est de tenir en attendant le retour de Dwalïn, pas de reprendre la ville.
Le nain s'inclina et, aussitôt qu'il s'effaça, le combat reprit de plus belle pour Thorïn. De l'autre côté, sur le flanc Est, Kili et Argon avaient pris possession d'une petite tourelle de laquelle ils dominaient un secteur conséquent. Toutefois, malgré l'avantage, ils étaient isolés des autres et peu nombreux, face aux cohortes qui arrivaient toujours plus nombreuses, tel un raz de marée.
Submergés, ils ne tardèrent pas à reculer, mais il s'avéra que l'évolution des combats leur coupa toute retraite.
— Kili, nous allons nous faire tailler en pièce !
Pâle, Argon récupéra ses carreaux fichés dans la gorge d'un orc qui faisait au moins de fois sa taille. Rechargeant son arbalète, Kili était perdu dans ses réflexions et, lorsque des grognements se firent entendre à quelques rues de leur cachette, il souffla à la dizaine de nains qui les entourait :
— On se disperse. Des nains seuls sont plus difficiles à discerner qu'une cohorte. Restez par groupe de deux ou trois. On se retrouve aux arènes ! Argon.
A peine eut-il finit de donner ses ordres que les nains s'éclipsèrent furtivement, seul Argon resta avec Kili qui mit son arme en joue :
— On va leur offrir une petite avance…
— C'est de la folie, Kili ! A deux, nous ne tiendrons pas cinq minutes !
— Cela sera suffisant pour qu'ils puissent traverser la moitié de la ville en sécurité.
La voix était mortellement basse et concentrée. Argon déglutit et hésita. Mais, comme Kili l'avait deviné, il ne le laisserait pas seul, quelle que soit sa destination, alors il chargea son arbalète à son tour en assurant :
— Si dans cinq minutes on est encore debout, on échange. Je serai celui qui donne les ordres et toi, tu me suivras sans protester.
Sa voix avait changée et Kili lui lança un regard surpris. Argon était dans le genre doux et effacé. Un gentil garçon qui peinait à s'affirmer. Mais le danger et, surtout, la promesse qu'il avait faite à Fili, celle de protéger Kili, faisait ressortir son côté dur et autoritaire. Le fils de Thorin ne répondit pas, car un régiment orcs apparut dans la rue qu'ils couvraient à ce moment. Ils mirent tous les deux en joue, cachés dans l'éboulement d'une ancienne maison, et, leurs armes mortellement silencieuses prêtes à faire feu, ils échangèrent un dernier regard.
Ils étaient une dizaine face à eux. Le temps qu'ils se rendent compte qu'ils étaient attaqué, quatre orcs étaient déjà au sol. Au moment où ils trouvèrent l'origine de l'attaque, trois étaient encore debout. Ils n'eurent pas le temps de riposter.
— Maintenant, on rejoint l'arène.
Ils n'avaient pas pris le risque de descendre dans la rue pour récupérer leurs carreaux, et, pressant, Argon tira le bras de Kili. Autour d'eux, les grognements des orcs fusaient de tous les côtés. Mais Argon connaissait des passages que tous ignoraient et, suivit de Kili, il se dirigea vers l'un d'entre eux. Mais une nouvelle troupe d'orcs arrivait en face et Argon eut le reflexe de se jeter sur le côté pour se cacher de leur vue. Pas Kili, qui se mit simplement à couvert et, sans sommation, troqua son arbalète pour son arme d'assaut qui, dès la première salve, fit d'épouvantables ravages. Argon poussa un juron et vint en soutient, affolé de voir à quel point Kili semblait ignorer le danger. Pire, même, comment il partait sciemment à sa rencontre. Ce fut lui qui lui attrapa le bras quand la situation commença à dégénérer pour eux et que plusieurs balles les frôlèrent de trop près pour que ce soit sans risque. Il le traina en arrière, ripostant comme il le pouvait, et le poussa dans la ruine d'une bâtisse immense dont il connaissait chaque recoin. Les orcs commencèrent à fouiller le bâtiment, mais Argon avait guidé Kili jusqu'à la cave par une trappe dérobée et, de là, ils trouvèrent un tunnel caché derrière une tapisserie qui tombait en lambeaux. Pour leurrer l'odorat des orcs, Argon jeta au sol une lampe qui contenait une huile malodorante. L'odeur, âcre et agressive, se diffusa dans la salle, gommant celle des deux nains qui s'enfuirent par les souterrains.
— Les arènes sont par là !
En courant, même si son souffle était saccadé et son visage très pâle, lui qui n'avait que trop peu récupéré de sa blessure mortelle, Argon tira Kili derrière lui. Mais le brun s'immobilisa, son regard damné fit froid dans le dos du plus jeune.
— Rejoint Thorïn, Argon. Envoie lui mon affection et ma gratitude pour tout ce qu'il a fait pour moi. Dis-lui que jamais je n'aurai pu espérer un meilleur père.
Interloqué, Argon ouvrit la bouche, sans savoir quoi dire, et, décidé, Kili vérifia ses munitions avant de tourner les talons.
— Kili ! Que fais-tu ?
Stupéfait, Argon attrapa le bras du fils de Lily pour l'immobiliser et, froid, Kili se tourna vers lui :
— J'ai essayé, Argon. Je te promets que j'y ai cru. Mais… J'ai tellement mal. Je ne peux pas…
La voix mourut dans un sanglot à peine maitrisé. Argon n'eut aucun mal à comprendre de quoi parlait le plus vieux et sa prise sur son bras se fit plus faible. Kili n'en profita pas pour se dégager. Au contraire, tête basse, il resta face à Argon à qui il expliqua d'une voix que les émotions menaçaient de briser par leur intensité :
— Il a toujours été là pour moi… Il ne m'a jamais jugé et il… Il n'a jamais cessé de m'aimer. Jamais. Depuis le premier jour. Quand je suis arrivé dans sa vie, il m'a accepté et m'a accueilli. Ma guérison, c'était à lui que je la devais. Autant celle du corps que de l'âme.
Il poussa un lourd soupir avant de reprendre, le regard rivé au sol :
— J'aime Fili, Argon. Je l'aime si fort... J'ai été tellement stupide… Je pensais que… Quand j'ai rompu… En réalité, j'avais tellement peur. Quand il m'étreignait en me murmurant ces mots si doux… Ces moments que l'on passait ensemble et ces sensations que l'on découvrait l'un et l'autre… J'y ai mis un terme car j'avais si peur… Je ne savais même pas de quoi.
Une larme s'écrasa au sol sans qu'Argon, la poitrine douloureusement serrée, ne sache quoi répondre.
— Et ce n'est que maintenant qu'il n'est plus là que je me rends compte qu'en réalité, ce qui me faisait si peur, c'était de découvrir qu'il avait pris tellement de place dans ma vie qu'il m'était devenu indispensable. Mais j'avais connu tellement d'horreurs avant ça... J'avais une plaie béante à la place du cœur et découvrir une telle dépendance m'a terrifié. Je ne savais pas de quoi il s'agissait. Je ne savais pas qu'il s'agissait d'amour. Mais maintenant, je le sais. Et je me rends compte qu'en réalité, c'était la meilleure chose qui aurait pu m'arriver… Et j'ai tellement mal.
Se séchant nerveusement les yeux, il fit encore demi-tour en assurant d'une voix qui était maintenant froide et implacable :
— D'abord mes parents et, maintenant, Fili… Je tuerai Azog ou alors je mourrai en essayant. Je ne suis plus qu'une chose brisée, de toute manière…
— Je viens avec toi.
Déterminé, Argon fit un pas en direction de Kili, mais le brun secoua négativement la tête :
— Non. Toi, tu retournes auprès de Thorïn. C'est quelque chose que je veux faire seul.
Argon s'immobilisa face au refus, son esprit tournant à plein régime. Il hésitait, franchement, à outrepasser la promesse qu'il avait faite à Fili. D'un côté, s'il tentait de soulager la douleur du brun en lui révélant que celui qu'il aimait était toujours en vie, mais aux mains de l'ennemi, Kili risquait de faire une très grosse bêtise pour le retrouver. Mais, s'il se taisait, Kili ne prendrait plus la moindre précaution et seul son désir de vengeance guiderait ses pas jusqu'à la tombe. Aucune des deux options ne plaisait à Argon qui gratifia Kili d'un regard terne et résigné.
Le discours du brun lui avait fait mal, pas seulement à cause de la peine latente qui en avait émané. Et le dernier refus lui vrilla douloureusement les entrailles. Il avait, pourtant, eu un fol espoir, au moment où Kili avait accepté, la veille, de sortir de la ville et s'éloigner de la guerre avec lui. Un espoir qui avait teinté le futur d'indistinctes couleurs qu'il ne connaissait pas, mais qu'il avait ardemment rêvé toute sa vie. Un futur dans lequel, lui, le pauvre soldat des montagnes, analphabète et trop gentil, aurait été celui qui aurait donné à Kili le gout du rire et du bonheur. Mais il se rendait compte, alors que le brun s'éloignait d'un pas souple et rapide, que cette tâche n'appartenait qu'à une seule personne. Une personne à qui il avait fait une promesse.
Il soupira, puis il prit son courage pour ravaler les larmes qui menaçaient de labourer sa gorge, et il courut à la suite du brun :
— Kili !
Encore, il lui attrapa l'épaule et le plus vieux voulut se débattre, mais Argon se montra ferme et d'une voix qu'il maitrisa au mieux, il demanda en le regardant dans les yeux :
— Tu n'y connais vraiment rien, n'est-ce pas ?
Le regard de l'autre se fit perplexe. Argon, se noyant dans les pupilles noisette, troublées et damnées, compris qu'il avait perdu le brun. Qu'il n'avait jamais eu la moindre chance de lui faire oublier Fili. Alors, désolé, il souffla :
— En amour… Tu n'y connais rien.
— Pourquoi tu-
— Tu n'es pas le seul à être amoureux, Kili. Cette passion que tu ressens, qui t'amène à osciller entre haine et désespoir. Entre béatitude et terreur… Ce sentiment qui te fais prendre des décisions inconsidérées… Ne fais pas l'erreur de te croire seul à le ressentir.
Kili avait froncé les sourcils et Argon continua :
— Pourquoi penses-tu que Bilbo soit toujours avec nous ? Pourquoi Thorïn a partagé avec un agent de la GITM des informations secrètes ? Pourquoi Dwalïn a accepté de collaborer avec Vidalinn et pourquoi celui-ci nous vient maintenant en aide ? Et, surtout, pourquoi Fili a…
Il ne put finir sa phrase. Il ne se sentait plus capable de mentir à Kili sur ce point là et il brulait de lui révéler la vérité. Il voulait lui retirer cette lueur si terne de son regard. Le brun ne répondit pas et, d'un chuchotement, Argon clôtura :
— Pourquoi, moi, je suis encore à crapahuter dans cette ville maudite, alors qu'il y a deux jours à peine, j'étais encore entre la vie et la mort… Pourquoi je te suivrais où que tu ailles…
Il y avait quelque chose, dans l'intonation d'Argon, qui interpella Kili et, à nouveau, ils échangèrent un long regard. Ils étaient proches l'un de l'autre et, prit d'une impulsion, Argon ne chercha pas à contrer le désir qui grondait dans ses veines depuis qu'il avait rencontrer Kili.
Hésitante et timide, la main qui était sur l'épaule du plus grand glissa pour crocheter la nuque et, fermant les yeux, il vint poser ses lèvres sur celles, entrouvertes, de ce mec qui lui faisait tourner la tête.
Le baiser fut bref et Argon se sépara en frémissant, déconcerté d'avoir sentit, même subtilement, Kili y répondre. Le fils de Thorïn ne le repoussa pas et, encore, ils se regardèrent dans les yeux. Argon vit une multitude de choses briller dans ceux de celui qui lui faisait face et, grillant sa dernière carte, il parla avec passion :
— La mort d'Azog ne te comblera pas, Kili… La vengeance ne soulagera pas ta douleur… S'il te plait… Reste caché avec moi… Je t'aim-
— Non, Argon.
La voix de Kili était maintenant douce. Une douceur qui figea Argon, aussi enjôleuse et mortelle que celle d'un serpent qui hypnotise sa proie. Froide, la main du plus grand vint caresser la joue du rebelle, récupérant une larme qui roulait sur sa peau de pêche.
— J'apprécie ta… Proposition et je suis conscient de la valeur de ce que tu m'offres. Tu es quelqu'un de bien, Argon, et j'espère que tu rencontreras un jour une personne qui te mérite et qui saura prendre soin de toi. Mais je ne suis pas cette personne-là. Et nos routes se séparent maintenant.
Kili n'eut aucune hésitation lorsqu'il vint clamer les lèvres d'Argon pour un baiser furieux. Un baiser dans lequel il déversa toute sa haine, sa rancœur et sa douleur. Un baiser d'adieux, que le plus petit peina à contenir. Etourdi, il ne sut quoi dire lorsque Kili se sépara de lui pour suivre la galerie vers le Nord sans se retourner. Mais il devait l'arrêter. Il n'avait pas le droit de le laisser partir. Pas vers la mort qu'il recherchait.
Sauf qu'il n'avait pas les mots pour le retenir. Il ne lui restait plus qu'une solution.
Il devait lui dire la vérité.
oOo
Un miracle. C'était tout ce don Bilbo avait besoin à présent. Ils étaient des centaines d'Orcs maintenant, dans la montagne, qui pillaient et souillaient les trésors innombrables d'Erebor. Une vingtaine d'entre eux avait trainé Fili dans la salle du trône. Salle maudite et ténébreuse dont les murmures qui s'en échappaient glaçaient le cœur de Bilbo. Il y avait bien quelque chose là dedans. Quelque chose terrible qui fut ravie de l'arrivée de l'un des deux derniers enfants de Durïn.
Le prince blond le sentit et l'effroi le pétrifia un instant. Mais, lorsque Bolg donna l'ordre de le plaquer contre le mur effrité d'une pierre depuis trop longtemps corrompue, il se débattit avec l'énergie du désespoir. Mais, affaiblit, désarmé et submergé par la force et le nombre de ses ennemis, il fut maintenu sans pitié contre la paroi glacée qui surplombait le trône d'argent. Il retint un hurlement de rage et d'impuissance lorsqu'il avisa Bolg, qui s'approcha avec un sourire cruel, un maillet énorme dans une main, deux clous d'acier dans l'autre. Encore, il tenta de se débattre, mais deux orcs le maintenait, appuyant ses bras en croix contre le mur, un troisième avait empoigné sa gorge d'une prise effroyablement puissante et douloureuse, le contraignant à l'immobilité.
Autour d'eux, la chose qui avait corrompu ce lieu semblait jubiler. Son chant rauque, susurré dans la première variation de la langue commune, n'était pas compréhensible pour les orcs ou pour Fili, mais tous en saisir la violence et la haine de ses propos par son intonation malsaine. Bolg, avec une douceur exécrable, caressa la paume fermée du blond pour l'obliger à déployer ses doigts, logeant la pointe du clou monstrueux dans la paume.
— « Lorsque les deux derniers enfants de Durïn
Abreuveront de sang le trône d'argent. »… La partie de la prophétie que je préfère.
Le sang gicla à ce moment, en même temps que le hurlement de Fili, portant une souffrance qui ne pouvait être contenue. Un quatrième orc dut venir en soutient pour immobiliser le prince nain qui tentait de se dérober à la douleur qui pulsa dans sa main, remontant le long de son bras et de son échine. Sans pitié, Bolg leva à nouveau son maillet qu'il abattit avec un plaisir non feint. Le corps entier de Fili s'arqua quand l'acier transperça la chaire, les muscles et l'os.
Caché derrière une colonne à moitié détruite, séparé de la salle du trône par plusieurs cohortes d'orcs et de trolls qui semblaient jouir de la scène épouvantable, Bilbo, impuissant, s'arrachait les cheveux.
Ce fut lorsqu'un troisième cri résonna dans la mine qu'il se décida à agir. Tant pis s'il se condamnait lui-même. Sortant son arme ridicule, il tira sans réfléchir à la suite.
Un premier orc tomba au sol, les traits figés dans une surprise douloureuse. Un deuxième orc suivit sa chute. Le troisième, sur ses gardes, esquiva la balle. Un troll chargea dans la direction du tir, mais Bilbo courait déjà. C'était peu. Mais la diversion fut efficace. Délaissant Fili, évanoui, Bolg sortit de la salle du trône en crachant ses ordres. Une cinquantaine d'orcs, de trolls et de gobelins prirent le hobbit en chasse.
Un miracle, maintenant, était tout ce don il avait besoin.
Courant aveuglément, il prit une bifurcation et, dans un hoquet de terreur, il se stoppa net. L'élan de sa course le fit glisser encore sur quelques mètres, et ce fut la poigne monstrueuse d'Azog qui le réceptionna. Son hurlement d'épouvante fut étranglé lorsque, avec aisance, l'orc le souleva quelques dizaines de centimètres au dessus du sol, un sourire victorieux étirant ses lèvres :
— Enfin nous nous retrouvons… Il me fallait au moins un hobbit irrévérencieux pour savourer au mieux ma victoire. Et il y a justement quelques stèles ici dont j'aimerai beaucoup avoir la traduction rapidement…
Etouffé, Bilbo fut incapable d'articuler le moindre mot. Il tenta de se débattre, mais des points noirs parasitèrent sa vision et, à bout de force et de souffle, il se sentit sombrer dans l'inconscience. Il s'écroula au sol quand Azog le lâcha, mais un sourire vint flotter mollement sur ses lèvres lorsque, à l'entrée de la mine, un rugissement puissant fit trembler les murs de gré. Lobélia revenait hanter sa montagne.
oOo
— TU M'AS DIT QU'IL A ÉTÉ TUE !
— Si je t'avais dit qu'il était encore en vie tu te serais jeté dans la gueule du loup sans réfléchir !
— Ne me-
— FILI EST UN APPÂT MAINTENANT ! L'amour que tu lui portes causera ta perte si tu écoute aveuglément ton cœur !
— Tait-toi, Argon. Tait-toi !
Le coup qui ponctua l'ordre de Kili fut suffisamment puissant pour jeter le jeune nain au sol. Se massant la mâchoire, Argon se redressa. Kili était dans une fureur noire et encore, le mot était faible. Apprendre que Fili était en réalité en vie, et qu'il avait fait promettre à Argon de mentir à ce propos lui avait fait l'effet d'être percuté par un train. Sans pitié pour ses émotions bouillonnantes, l'espoir mêlé à la colère d'avoir été dupé, à son deuil qui volait en éclat et la joie de savoir son amour envie, Argon se remis debout en assurant :
— Ils ne le tuerons pas tant que tu ne seras pas en vue, laisse moi-
— Je n'ai plus rien à attendre de toi !
Sans attendre une réponse du rebelle, il tourna les talons, mais Argon le rattrapa :
— Où vas-tu ?
— Je vais le chercher.
— Non.
Avec une force qu'il ne se soupçonnait pas, il le plaqua contre le mur pour assurer fermement :
— Kili, tu fermes ta gueule et tu rejoins Thorïn. Si tu mets un pied dans cette montagne et qu'ils te choppent, ils vous tueront tous les deux ! Laisse moi m'occuper de Fili.
— Ils te tueront !
— La vie est la seule chose que j'ai à perdre.
Argon était trop piètre menteur pour que Kili soit duppe et le fils de Thorïn le reprit avec véhémence :
— Ne parle pas comme ça, Argon. La vie est trop-
Il se rendit compte qu'il allait affirmer exactement le contraire de ses actes et se reprit. Argon eut un petit sourire supérieur qui éclaira son visage si sombre et, gentiment, il posa sa main sur la nuque raide de Kili :
— S'il te plait… Fili a fait ça parce que, justement, il avait peur que tu n'agisses mal… Il s'est laissé prendre en espérant de tout son cœur que toi, tu en réchappes… Quel que soit l'issu, il ne pardonnera pas que toi aussi tu-
— Pourquoi serait-il celui qui déciderait de ça ? Pourquoi lui aurait-il le droit de se mettre en danger, et moi non ?
— Parce que c'est l'unique manière qu'il connaisse pour prouver l'affection qu'il a pour toi ! Soit plus fort que ça, Kili. Ce n'est pas en fonçant tête baisser que tu résoudras le problème ! Ce n'est pas en te tuant que tu rattraperas l'erreur dont tu te plaignais, mais en faiant l'incommensurable effort de survivre à ça pour accueillir Fili comme il se doit une fois que je l'aurai libéré !
Maintenant agacé, Argon venait de parler plus sèchement. Des mots qui lui firent mal, mais qui sonnèrent trop juste pour Kili qui se tut. Le rebelle sentit que l'autre allait céder et, gentiment, il lui fit faire demi-tour :
— Les arènes sont très proches, tu peux les rejoindre par les galeries. Prend à droite sur les deux prochaines bifurcations, puis suit la canalisation jusqu'au bout.
Indécis, Kili semblait osciller entre l'obéissance placide ou, alors, le refus de son ordre et de son aide. Et, comme Argon s'éloignait à son tour en direction du Nord, il l'interpella :
— Comment comptes-tu t'y prendre ? Ils sont des centaines…
— Je vais miser sur ma connaissance du terrain et ma discretion naturelle…
Il avait parlé sans vraiment y croire, s'éloignant encore, mais Kili le rejoignit :
— Je vais chercher de l'aide auprès de Thorïn. Ne fais rien d'irresponsable en attendant. Contente toi de le localiser. Prend mon téléphone, je n'ai plus beaucoup de batterie, mais il possède une clé qui lui permet de capter en toute circonstance. Et prend ça aussi.
Machinalement, il se débarrassa de sa réserve de carreaux pour la donner à Argon qui le remercia en silence et, avant de le laisser partir, il lui prit les épaules pour l'attirer à lui.
— Merci… Rien ne t'oblige à faire ça… Tu n'as pas idée de ma… gratitude.
— Reste à l'écart de la montagne… Si jamais ils t'attrapent toi aussi, ils n'auront plus aucune raison de garder Fili en vie.
Kili opina et, sans rien ajouter, Argon s'en alla, le visage sombre, mais déterminé. La gorge serrée, le fils de Lily fit demi-tour pour rejoindre les arènes, mais il ne fit que quelques mètres. Il s'immobilisa à nouveau et, poussant un juron, il vérifia la charge de son fusil d'assaut et, le regard mauvais, il fit demi-tour pour suivre Argon sans faire le moindre bruit. Fili l'avait sauvé, sur tout les plans. Tous les jours qu'il avait passé en sa présence avaient été salvateurs.
C'était maintenant à son tour de lui venir en aide. Et à personne d'autre.
oOo
A ceux qui lisent encore malgré cet effroyable retard, je suis navrée.
Je me suis mise directement sur l'écriture du chapitre suivant, je vais donc essayer de le poster dans les dix jours.
Pour la petite info, j'ai commencé à écrire ma propre fic originale et je me suis pas mal investie dedans. Le temps que je passais à écrire des fanfictions a été utilisé pour elle. Mais je ne peux pas décemment abandonner mes fics en cours.
Ce sera la même histoire que Koop, en remixé, avec une partie qui se passe dans un monde fantasy et une autre, en mode réincarnation, dans notre monde contemporain.
Voilà voilà.
