Hi !
On avance progressivement, je ne peux pas vraiment en dire plus sans dévoiler la suite alors voilà.
MERCI encore et toujours du fond du coeur.
Musique : Hazy Shade of Winter - Gerald Way, Ray Toro
Enjoy.
Hazy Shade of Winter
Gabriel
Gabriel sortait de l'hôpital une journée après son admission. La médecin lui avait fait comprendre que son rôle s'arrêtait aux points aux points de suture qui refermaient ses poignets et que la suite dépendait de lui et de sa motivation à se faire aider. Elle avait ajouté en regardant Inias et Raphaël qui patientaient dans le couloir, qu'il n'était pas seul et qu'il avait la chance d'avoir des gens bien sur qui compter, qu'elle savait à quel point cela semblait difficile et irréalisable pour le moment mais qu'il finirait par s'en sortir s'il acceptait les mains qu'on lui tendait.
Il était rentré chez lui avec Inias, son frère avait pris une chambre dans un hôtel à quelques rues. Il n'avait rien dit mais Gabriel savait qu'il lui en voulait. De ne lui avoir rien dit pour ses études, pour son travail, pour son état actuel, pour avoir failli le perdre alors qu'il n'imaginait pas une seconde qu'il allait aussi mal. Et il savait que Raphaël s'en voulait aussi. Énormément. Ils s'étaient quittés après une conversation houleuse et stérile, son aîné annonçant malgré sa colère qu'il resterait quelques jours en ville pour lui.
Inias n'avait pas décroché un mot depuis qu'ils avaient quitté l'hôpital. Gabriel lui jetait des coups d'œil angoissés, ne sachant pas comment aborder la conversation. Son ami avait les yeux fixés sur la route, la mâchoire serrée et ses doigts tapotaient nerveusement le volant tandis qu'il patientait en attendant que la signalisation passe au vert.
- Inias ? Souffla-t-il timidement en profitant du feu pour attirer son attention.
Le brun tourna la tête vers lui en haussant les sourcils, affichant un léger sourire qui ne trompa pas Gabriel.
- Tu m'en veux ? Demanda le blond, se tordant les doigts entre ses cuisses.
Inias fronça les sourcils.
- Quoi ? Non, Gaby... Bien sûr que non.
Il prit sa main en redémarrant et l'obligea à dénouer ses doigts crispés pour les glisser dans les siens.
- Je ne t'en veux pas. Continua-t-il en caressant le dos de sa main avec son pouce. Je suis juste un peu... Dépassé par tout ça.
Gabriel baissa les yeux vers leurs mains enlacées.
- Je sais... Je suis désolé.
- Tu n'as pas à l'être pour... Tu... Pourquoi tu ne m'as jamais parlé de tes frères ? Demanda Inias en lui jetant un coup d'œil.
Gabriel serra brièvement sa main sans répondre et perdit son regard vers l'extérieur.
- Parle-moi, Gaby. S'il te plait. Insista doucement son ami en se garant devant son immeuble quelques minutes plus tard.
Le brun éteignit le contact et détacha sa ceinture pour se tourner complètement vers lui. Gabriel avait posé son front contre la vitre et regardait le ciel virer au gris, prémices de l'orage qui s'annonçait et qui devait rafraîchir l'atmosphère étouffante qui stagnait sur la ville depuis plusieurs jours.
- Je ne sais pas quoi te dire. Répondit-il d'une voix éteinte.
Gabriel jouait distraitement avec les doigts de son ami qui les serra doucement pour le ramener sur terre, sentant sa gorge se nouer à la vue des bandages immaculés qui tranchaient avec sa peau.
- Trois frère, Gaby, c'est... Il y a une raison particulière ?
Le blond haussa les épaules et se tourna enfin vers lui.
- Je pensais les préserver. Je voulais les préserver.
Inias soupira.
- Il faut que tu arrêtes de faire ça. De penser que tu es un poids pour les autres.
Reniflement ironique, Gabriel détourna à nouveau les yeux.
- Bien sûr que si. Personne n'a envie de se coltiner un dépressif suicidaire.
- Gaby ! S'offusqua le brun en le regardant.
- Quoi ? Gabriel haussa les épaules. C'est le cas, non ? Le médecin l'a pas dit comme ça mais c'est ce que ça voulait dire.
Inias le regarda plusieurs secondes, la gorge serrée.
- Elle a aussi dit que tu avais les moyens de t'en sortir.
Il vit la mâchoire du blond se contracter tandis qu'il refusait toujours le contact visuel.
- Tu crois ? Lâcha-t-il d'un ton débordant de sarcasme. Et si je n'ai pas envie de m'en sortir ?
Le cœur d'Inias rata un battement et il ouvrit la bouche, à court de mot devant ceux qu'il avait toujours eu peur d'entendre.
- Gaby, s'il te plaît... Murmura-t-il d'une voix défaite.
- Désolé... Soupira Gabriel en le regardant. C'est juste que... Que je ne me sens pas... Pas...
- Pas quoi ? Demanda doucement Inias en caressant ses doigts, l'encouragea à se confier.
- Je sais pas vraiment... Pas légitime ? Il y a des gens qui ont des problèmes bien plus graves.
- Gabriel...
Inias posa son autre main sur sa joue pour capturer son regard doré dans le sien.
- Oublie les autres, c'est de toi dont on parle. Tu as le droit de ne pas aller bien et tu as aussi le droit de ne pas affronter ça tout seul.
Le petit blond baissa les yeux en soupirant et posa son front contre son épaule. Le brun l'enlaça et embrassa ses cheveux.
- Tu devrais appeler Raphaël.
Gabriel maugréa contre son T-shirt, lui tirant un léger sourire. Il le repoussa un peu pour le regarder.
- Il fait partie des solutions.
- Il m'en veut.
- Oui. Inias hocha la tête. Mais c'est normal, tu ne crois pas ? Tu lui as menti sur un tas de choses.
Gabriel renifla et se rassit correctement dans son siège.
- Je ne lui ai simplement pas dit la vérité. Il se serait inquiété et puis il aurait raté sa thèse à cause de moi. Ce n'est pas ce que je voulais.
- C'est du mensonge pas omission. Remarqua Inias. Et ton frère a l'air intelligent et déterminé, je pense qu'il aurait su faire la part des choses. C'est maintenant que tu le mets devant le fait accompli qu'il risque de paniquer.
- Super... Soupira le blond en regardant la pluie qui commençait à tomber à l'extérieur. S'il loupe sa thèse à cause de moi, je vais m'en vouloir toute ma vie.
Inias leva les yeux au ciel et jeta un coup d'œil au temps.
- Il ne la loupera pas. Ou en tout cas pas à cause de toi. Allez viens, on rentre.
Il se contorsionna dans sa voiture pour ôter son manteau qu'il lança sur la tête de son voisin.
- Et couvre toi, c'est pas le moment de tomber malade.
- Oui maman. Ironisa Gabriel en ouvrant la portière, se servant de la veste comme parapluie jusqu'à atteindre le porche de l'immeuble.
oOo
Le lendemain, Gabriel n'avait toujours pas appelé son frère qui s'était lui aussi muré dans le silence, mais avait tourmenté Inias toute la journée pour qu'il le laisse retourner au bar le soir même afin de voir avec le patron pour reprendre ses services, et rassurer par la même occasion sa collègue à qui il n'avait pas eu le courage de répondre aux nombreux messages.
A force de demandes incessantes et d'œillades suppliantes, Inias avait cédé. Il l'avait autorisé à passer en fin de soirée dans son lieu de travail à condition que ses services ne reprennent qu'en début de la semaine suivante pour lui laisser le temps de se reposer. Gabriel avait accepté un peu à contrecœur mais il avait finit par se rendre à l'évidence : il était épuisé aussi bien physiquement que mentalement.
Inias avait élu domicile chez lui pour une durée indéterminée, mettant ses autres activités en stand-by pour veiller sur son ami. Assis sur son lit, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter en voyant l'heure tourner.
Cela faisait maintenant une demi-heure que Gabriel avait quitté l'appartement en lui assurant avec son éternel sourire flegmatique qu'il pouvait se débrouiller seul et Inias avait décidé de lui faire confiance. Lui faire confiance sans pour autant parvenir à ôter la boule qu'il avait dans le ventre. Qui savait ce qu'il pouvait se passer quand il était seul. Il l'avait laissé une fois et il avait vu le résultat. Comment ne pouvait-il pas s'inquiéter désormais ? Il n'était pas certain de parvenir à dormir sur ses deux oreilles le jour où il devrait inévitablement rentrer chez lui en laissant son ami seul à nouveau.
Il soupira et se tassa un peu plus au fond du lit qu'il occupait, son téléphone à portée de main. Gabriel n'avait toujours pas appelé son frère. Raphaël n'avait pas donné de nouvelles non plus même s'il le savait tout proche. Le futur médecin devait être en train de digérer tous les bouleversements qui apparaissaient soudainement dans sa vie, peut-être même en avait-il parlé à ses deux autres frères. Inias était d'ailleurs étonné que ces derniers ne prennent pas de nouvelles de leur petit frère. Leur famille était peut-être plus déchirée qu'il ne le pensait, ou que son ami avait bien voulu lui dire.
Par réflexe, il attrapa son téléphone et alluma son écran pour vérifier qu'il n'avait pas reçu de message. Au moment où il allait le reposer sur les draps, l'appareil vibra entre ses doigts, affichant l'arrivée d'un SMS.
Je rentre.
L'angoisse fit place au soulagement. Gabriel était parti moins d'une heure et il avait déjà besoin d'avoir un œil sur lui, de vérifier qu'il allait bien, de le sentir dans ses bras. Les événements qui s'étaient produits trois jours plus tôt avaient déclenché quelque chose d'irrationnel chez lui, balayant même son indéfectible sang-froid ; la peur de perdre son ami. De celle qui l'empêchait de dormir, de manger ou même de respirer correctement quand il n'était pas là.
Ça ne lui ressemblait pas. Il avait toujours été quelqu'un d'exagérément calme, pas du genre à s'affoler à la moindre occasion mais plutôt à poser les choses afin d'y réfléchir sereinement. Le genre à chercher comment désamorcer la bombe plutôt que de céder à la panique.
Avec Gabriel, c'était différent. Il avait le cœur qui battait trop vite depuis qu'il l'avait retrouvé en sang dans sa salle de bain.
Pour s'occuper l'esprit en attendant son retour, il décida de préparer à manger ou du moins, de préparer le seul plat qu'il savait cuisiner. Il espérait que Gabriel ne lui en voudrait pas de lui faire des pâtes à la carbonara pour la troisième fois en trois jour. Il pouvait toujours utiliser l'excuse du médecin qui avait regardé son ami d'un œil critique avant de décréter qu'il avait intérêt à prendre du poids avant de perdre un os.
Perdu dans ses pensées, il n'entendit pas la porte d'entrée s'ouvrir et sursauta en sentant des bras entourer sa taille et le menton du blond, sur la pointe des pieds, se poser sur son épaule. Un soupir dans son cou suivit d'un froncement de sourcil.
- Encore ?
Inias regarda la casserole avec un air désolé, le rire de Gabriel lui chatouilla la joue.
- Je t'offrirai un livre de recettes un de ces quatre.
Le brun lâcha sa spatule pour lui faire face.
- Ca a été ?
Gabriel hocha la tête et remonta ses mains pour encadrer son visage, glissant ses doigts sur sa nuque pour l'inciter à pencher la tête vers lui, scellant leurs lèvres quand ils furent assez proches. Ils ne s'embrassaient jamais en dehors des instants intimes qu'ils partageaient, Inias aurait dû le repousser pour conserver l'accord tacite sur lequel reposait le fragile équilibre de leur amitié. Il aurait dû mais le geste de Gabriel avait quelque chose d'un peu désespéré. A moins qu'il ne se trouve des excuses pour ne pas avoir à quitter la douceur de ses lèvres sur les siennes. Il passa ses bras autour de sa taille pour l'enlacer un peu plus fort.
Il ne le repoussa pas non plus quand le petit blond le poussa contre la table, ni quand ses mains s'attelèrent à défaire sa ceinture, encore moins quand il l'implora avec la voix brisée, plus vraiment lui-même. Il se contenta de donner, de le tenir, de le retenir. D'être sa boué de sauvetage et d'aimer son rôle. Peut-être un peu trop.
Quand il se rhabilla un peu plus tard, il n'avait aucun regret. Juste le cœur un peu serré devant le regard pas encore tout à fait brillant de son ami. Il aurait aimé lui offrir tellement plus.
Il le laissa prendre ses distances comme il le faisait à chaque fois que les brumes de l'orgasme se dissipaient et se tourna vers la cuisinière.
- Tu aurais simplement pu me dire que tu voulais manger autre chose que des pâtes carbo. Souffla-t-il d'un air dépité en regardant la casserole carbonisée.
- J'ai vu Sam ce soir.
Gabriel se baladait dans l'appartement sans rien d'autre sur le dos que l'une des chemises qu'il lui avait volé et qui lui tombait sur les cuisses. Inias se tourna vers lui et l'observa tandis qu'il ouvrait la fenêtre, cigarette à la main.
- Depuis quand tu fumes ?
- Depuis que tu laisses traîner tes paquets chez moi. Répondit le blond en se penchant légèrement, couvrant sa cigarette d'une main, briquet dans l'autre pour l'allumer.
La flamme éclaira un instant son visage, dessinant des ombres douces sur les courbes de son visage avant qu'il ne se redresse pour souffler une bouffée de fumée qui s'éleva en tourbillonnant dans l'air frais de la nuit. Le cœur d'Inias venait de rater plusieurs battement sans qu'il sache pourquoi. Incapable de détacher son regard de lui, il l'observa, le regard dans le vide, l'air à la fois si jeune et trop usé, trop sérieux et si fragile. L'évidence le frappa de plein fouet, lui tordant douloureusement les tripes.
Merde.
- Tu as vu Sam ? Reprit-il en essayant de maîtriser les tremblements de sa voix.
Gabriel prit le temps de tirer sur sa cigarette avant de répondre.
- Je le revois demain.
Inias le connaissait assez pour savoir que toute son angoisse était concentrée dans cette seule déclaration. Il le connaissait assez pour savoir à quoi il pensait.
- Tu n'es pas forcé d'en parler. Ça viendra plus tard, si vous continuez à vous voir.
- Je ne veux pas tout gâcher. Et puis je le connais à peine mais...
- Mais il te plaît. Termina Inias à sa place, ignorant son stupide cœur qui venait de se pincer.
Gabriel sourit un peu, terminant inconsciemment de lui broyer le cœur dans la poitrine.
- Ouais, je crois bien.
- C'est super. Répondit son ami avec un sourire qui n'atteint pas ses yeux.
Voilà. Il avait voulu jouer à ce jeu qu'il savait pourtant risqué et il avait perdu. Il avait perdu et il venait simplement de s'en rendre compte. L'aurait-il réalisé s'il n'avait pas failli le perdre lui aussi ou aurait-il continué de se bercer d'illusions en pensant que les choses allaient rester en l'état indéfiniment ? Que personne ne viendrait jamais briser la bulle qu'ils s'étaient confectionnés à deux pour se protéger du monde extérieur ? Il venait de prendre conscience qu'il ne pouvait pas enfermer Gabriel comme un oiseau en cage. Que ce dernier n'aurait pas forcément envie de passer le reste de sa vie avec lui.
Malgré leur relation ambiguë, Gabriel ne l'avait jamais vu autrement qu'un ami et Inias n'avait jamais pensé que les choses puissent aller plus loin entre eux. Ils avaient trouvé un équilibre qui leur convenait et qui n'avaient jamais été remis en question puisque ni l'un ni l'autre n'avait éprouvé le besoin de le faire.
Qu'en était-il désormais qu'Inias se rendait compte que la balance ne penchait plus de son côté ?
Merde.
Il n'avait pas droit de gâcher ce qui avait l'air de rendre Gabriel heureux. Pas alors qu'il tanguait dangereusement au bord du gouffre et que ce Sam serait peut-être celui qui le ferait tomber du bon côté.
Il se racla la gorge et se força à reprendre contenance.
- La dernière fois tu me disais que tu avais une idée de sortie. Qu'est-ce que c'était ?
A suivre...
