— Tu as perdu… Tu n'avais aucune chance de toute manière…
Dans le silence de la mine, où se répétaient encore les échos des derniers combats mêlés aux plus anciens, le murmure rauque, à peine inaudible, fut pourtant parfaitement perçu par les personnes les plus proches.
— Je suis ta raison de vivre… Ton échec.
— Tu n'es plus rien, à peine l'ombre de la grandeur passée du seigneur que tu as jadis vénéré.
— Seigneur dont l'heure viendra plus tôt que tu ne le penses… Gandalf.
Le vieux magicien haussa un sourcil broussailleux avant de se redresser au dessus du corps brisé de Rasmus qui eut un rire écharpé :
— Tous ces combats que tu as menés, ces vains sacrifices que tu acceptais de commettre pour le bien de l'unique mission qui ne t'ait jamais été donnée… Et te voilà, je ne sais combien de millénaires plus tard, incapable de terminer ce pour quoi tu as été envoyé en Terre du milieu, si loin du Valinor et de ce qu'il reste de tes plus proches amis…
— Je ne prendrai pas ta vie. C'est aux hommes que cette terre a été donnée il y a si longtemps. C'est à leur justice que tu répondras, Rasmus.
— S'il s'agit vraiment de leur combat, alors pourquoi être intervenu encore une fois ? Sont-ils vraiment libres s'ils ne se montrent pas capable de défendre seuls leur peuple ?
Cette fois, le magicien ne répondit pas et se contenta de lancer un regard en coin à Vidalinn qui arrivait, épaulé du jeune nain à qui Gandalf avait sauvé la vie en le soignant d'une blessure mortelle. Rasmus, toujours allongé, accueillit d'un reniflement dédaigneux les deux nouveaux arrivants, ceux qui l'avaient mis dans cet état.
— Non seulement tu es intervenu, mais, en plus, c'est à un résidu elfe et un nain ignare que tu as confié la tâche de me détruire… Tu étais à cours de semi-homme cette fois-ci ? Bien que j'en ai aperçu un parmi les nains… Et aucun humain… Es-tu certain que cette terre appartient bien à ceux qui le prétendent ?
— Ce combat-là était le dernier qui te concernait et qui concernait les pouvoirs de jadis… Ce n'était pas aux humains de le conclure, mais à tous ceux qui cohabitent avec eux sur ces terres. Ceux qui continueront, quoiqu'il arrive, de faire rempart entre les forces qui t'ont fait naitre et cette civilisation humaine tournée vers un avenir qui ne te concerne pas. Ceux, aussi, qui préserveront jalousement les richesses des grands peuples passés.
En réponse, Rasmus eut un rire condescendant, mais il n'eut pas la force de se soustraire à la poigne des hommes de Salìa qui, sur un signe de Gandalf, vinrent pour le menotter et l'emmener vers l'un des hélicos. Silencieusement, Vidalinn vint près du magicien pour souffler entre ses dents :
— Il est trop dangereux pour être gardé en vie.
— Le procès de la petite Orianne Traàjadottir a le mérite d'avoir attiré l'attention sur lui. Je pense qu'il est bon que les humains se souviennent de ce contre quoi la GITM les protège.
Vidalinn eut un rire mesquin et il haussa les épaules :
— La GITM… Corrompue jusqu'à la moelle et insouciante de sa propre fonction… Je l'ai détruite jusqu'à dans ses fondations les plus profondes…. Elle n'est plus. Et je me suis arrangé pour qu'elle ne soit plus capable de renaître de ses cendres…
— Il le faudra pourtant, puisque tu en es maintenant à la tête.
Comme le plus vieux tournait les talons en jugeant le sujet clos, Vidalinn expira doucement avant de répondre d'une voix grave :
— Nous avons déjà discuté de ça, Gandalf, et je ne-
— Tu en es l'héritier, Vidalinn. Cette organisation que tu as appris à haïr a été bâtie par tes ancêtres. Ceux-là même que Rasmus a évincé pour en prendre le contrôle. Tu n'es pas seulement un soldat ou un meneur d'homme. Tu es l'un des derniers gardiens des reliques du passé de ce monde. Mais n'ais crainte, tu n'es pas seul dans ce combat. Je sais que certains hobbits ont encore beaucoup à apporter. Tout comme quelques membres de la race des nains pourraient te surprendre…
Il s'était tourné vers Vidalinn pour parler, mais, une nouvelle fois, il fit demi-tour pour se diriger vers la porte en faisant un clin d'œil à Argon en passant près de lui. Vidalinn garda un silence pensif, contrarié, et le magicien clôtura avant de sortir de la salle :
— Un nouvel âge arrive. Un âge nouveau pour la GITM et pour les peuples de la terre du Milieu qui se mêleront plus volontiers entre eux que par le passé.
Il disparut sans ajouter un mot, laissant derrière lui un Vidalinn songeur. Après un court silence, Argon se racla la gorge pour proposer gentiment :
— Si tu as besoin d'aide, pour garder le passé ou je ne sais qu'elle tâche il t'a-
— Oublie. Ce ne sera déjà pas facile, je n'ai pas besoin de gamin comme toi dans les pattes en plus...
Il s'était montré sec, mais, tellement habitué à être rabroué constamment par les siens, Argon ne fit pas mine d'avoir entendu son éclat et il le suivit en exposant sérieusement :
— Une fois que Bilbo m'aura appris à lire le Khudzul et le Sindarin, je pour-
Il se tût brusquement, alors qu'ils rejoignaient les soldats de Salìa et les rebelles de Dale et, intrigué par son soudain mutisme, Vidalinn lui lança un regard curieux. Il fronça les sourcils lorsqu'il vit le visage du jeune nain se décomposer et, suivant son regard, il avisa une procession arriver vers eux, portant un corps qu'ils déposèrent à même le sol de marbre de la somptueuse mine.
— C'est auprès de ses ancêtres que Khaenïn aurait voulu reposer…
Sans un mot, Vidalinn suivit Argon quand il s'approcha du groupe de nains qui s'écarta à son approche pour le laisser s'agenouiller auprès du corps de son grand-père, mort au combat.
— C'est à la victoire qu'il nous menait. Les orcs ont remarqué qu'il était notre leader et c'est sur lui qu'ils se sont déchainés… Il en a emmené beaucoup dans sa chute…
— Je n'en doute pas.
Dans un souffle douloureusement serré, Argon entendit à peine les nains de Dales lui raconter la mort de Khaenïn et, distraitement, il lui prit les poignets pour les croiser sur la poitrine du vieux nain qui semblait sereinement dormir.
— Argon… La fille de Khaenïn, Aska, a été évacuée. Tu es son petit-fils… Quels sont tes ordres ?
Encore agenouillé prêt du corps de son grand-père, Argon lança un regard derrière lui, vers celui qui venait de parler comme si ses derniers mots lui avaient labouré la gorge. Il était le petit-fils de Khaenïn, oui, le chef des nains rebelles de Dale. Tant que le cadavre de son grand-père était encore chaud, personne ne poussera l'affront à revendiquer sa place, et, donc, Argon était légitiment en droit de commander ce petit groupe. Mais pour combien de temps avant que les nains de Dale ne décident de faire comprendre, à lui ou à Aska, que le droit du sang devait, aussi, se gagner ?
Levant les yeux, il croisa ceux de Baldur, qui lui lança un sourire mauvais, et, frissonnant, il se remit sur pied. Plus loin, Vidalinn l'observait gravement, surpris, de une, de savoir que l'irritant petit rebelle qui le collait depuis un moment avait en réalité la charge du clan de Dale, curieux, de deux, de voir quelles seraient ses premières directives en tant que chef.
— Regroupez les blessés. Tous les soins doivent avoir été donnés avant la nuit. Que l'on brûle les corps des orcs à l'extérieur et que l'on déblaie les salons funéraires d'Erebor pour nos propres morts. Que leur lieu de repos soit à la hauteur de la cause qui a pris leur vie.
Après une franche hésitation provocante qu'Argon ne souleva pas, les nains se mirent en branle, lançant à Vidalinn un regard mauvais en passant près de lui pour sortir du hall dans lequel ils se trouvaient.
— Khaenïn était ton grand-père ? Je me souviens l'avoir rencontré, il y a quelques décennies, voir même un siècle ou deux…
A la remarque soufflé d'un ton sans grande compassion, Argon fronça sombrement les sourcils en se tournant vers Vidalinn qui leva les mains pour se défendre :
— Ils nous sont tombés dessus alors que les équipes que je supervisais déblayaient simplement un temple du deuxième temps… Avant que Thorïn n'entre dans le combat, vous nous attaquiez pour un oui ou pour un non, sans jamais cibler vos attaques. Le simple fait de voir le sigle de la GITM vous mettait dans une fureur noire et, pourtant, les trois-quarts de nos chercheurs n'ont rien à voir avec les manigances de Rasmus… Regarde Bilbo…
— Il y a certainement une raison à ça… Et tu n'y es pas inconnu…
— Je n'ai pas à me justifier.
— Tout comme je n'ai pas à répondre des actes des nains…
Vidalinn leva les yeux au ciel et il se désintéressa de la conversation pour s'approcher de l'ouverture qu'un éboulement avait créé dans le hall où ils se trouvaient et, distraitement, il observa comment les hommes de Salìa et les nains de Dale coopéraient pour chasser les derniers orcs et apporter les premiers soins aux blessés. Fatigué, il apprécia le calme du grand hall, même s'il soupira lorsqu'Argon s'approcha pour demander d'un ton innocent :
— Tu as donc plus de deux siècles ?
— Et toi, n'es-tu pas censé avoir des ordres à donner ? Ou un titre à défendre ? Je doute que les nains de Dale acceptent ton autorité très longtemps.
Eludant la question, Vidalinn s'était franchement tourné vers Argon qui haussa les épaules pour répondre simplement :
— La prophétie vient de nous donner trois rois. Je n'ai aucun titre à défendre. Thorïn, Fili ou Kili feront ça bien mieux que moi. Et je t'ai déjà dit que je ne resterai pas ici.
— Une prophétie dont vous vous souvenez à peine et vous donnez déjà toute votre confiance à trois types qui n'ont jamais régné… Thorïn a passé son existence à simplement survivre, il n'a pas été formé ni ne sait comment-
— Thorïn est notre roi. Il est aussi prêt à prendre la tête de notre peuple que toi tu l'es à diriger la GITM… Mais je répète que ça ne me concerne pas parce que je ne r-
— Tu ne resteras pas ici, j'ai compris.
Ennuyé, Vidalinn avait répondu sèchement, espérant clore la conversation, mais, curieux, Argon repris comme s'il ne l'avait pas entendu :
— Je pensais que les derniers elfes, du moins, les vrais… Ou les purs, je ne sais pas comment on di-
Le regard réfrigérant de Vidalinn le coupa à peine, mais, presqu'intimidé, il embraya tout de même :
— Bilbo m'a dit qu'ils ont quitté la Terre du milieu au terme du troisième âge du premier temps. Il paraît que tu n'as qu'un très faible pourcentage de sang elfique dans les veines, tu es plus humain qu'autre chose et je pensais que tu avais à peine trente ans, comment cela se fait-il que tu sois en réalité si vieux ?
Vidalinn poussa un nouveau soupir exaspéré en réponse mais, de manière surprenante, il consentit à lâcher du bout des lèvres :
— Les gênes charriés par le sang elfique sont bien trop puissants pour être estompés, même après des centaines de générations.
— Tu es immortel ?
— Bien sûr que non. J'ai simplement quelques atouts par apport aux humains, mais il ne doit me rester qu'un siècle ou deux à vivre, si je compare avec mes proches…
— Comme moi…
Argon avait répondu très distraitement, comme perdu dans ses pensées et Vidalinn apprécia le trop bref silence qui suivit. Silence vite rompu par une nouvelle question :
— Tes deux parents sont aussi des descendants elfes ? Ou bien juste l'un des deux ? Si c'est le cas, ça n'a pas dû être facile pour toi de voir vieillir celui qui était humain… Ni de voir plusieurs générations de ta famille se succéder…
Vidalinn ne répondit pas aux dernières remarques pensives et Argon comprit qu'il gagnerait à ne pas continuer sur ce sujet. Il garda un court silence, se reprochant son manque de tact, mais il ne tînt pas longtemps avant de demander à nouveau :
— Tu partiras au Valinor toi aussi ? Penses-tu que je pourrai venir ?
Argon se contenta du simple regard très éloquent de Vidalinn avant de continuer d'un ton certain :
— Je sais qu'un nain s'y est déjà rendu. Bilbo m'a dit qu'un elfe s'était lié d'amitié avec un membre de la lignée de Durïn, durant la dernière grande guerre du troisième temps, et qu'il l'avait emmené avec lui au Valinor.
— Ce ne sont que des légendes.
— Erebor aussi.
Le nain avait répondu du tac au tac et le plus vieux haussa les épaules, avant de demander à son tour :
— Comment as-tu appris tout ça ? Tu as à peine passé deux jours avec Bilbo…
— Je l'ai écouté…
— Tu dois bien être le premier… Je suppose que tu l'as surtout inondé de questions…
Argon fit la moue, mais demanda aussitôt :
— De quelle lignée es-tu issu ? Gandalf vient de te dire que-
— Je ne sais pas. Ma grand-mère a perdu ses parents et son héritage lorsqu-… Bref. Je ne suis issu d'aucune lignée.
Surpris de voir Vidalinn s'ouvrir, même aussi brièvement, Argon eut un temps de surprise, mais il reprit d'un ton réconfortant :
— Bilbo m'a dit que le roi Aragorn s'était marié avec une-
— Cela ne m'importe pas.
Maintenant totalement, fermé, Vidalinn lui tourna le dos et, si Argon se tut, se fut pour se redresser à l'arrivée de Thorïn et Kili, accompagnés de Gandalf.
— Où est Bilbo ?
Vidalinn avait presque aboyé sa question sur Thorïn, mais ce fut Gandalf qui répondit gentiment :
— Il est en sécurité, avec Fili. Je me suis personnellement assuré qu'ils aient bien reçu les soins nécessaires. Ils se reposent maintenant.
— Tu devrais montrer plus de respect à notre roi.
C'était Argon qui venait de parler. Il avait retrouvé cette intonation féroce qui avait déjà surpris Vidalinn lorsqu'il avait été question de récupérer son épée elfique. Thorïn, trop habitué à se faire détester par Vidalinn, et à le détester en échange, ne se montra pas offusqué. Gentiment, il congédia Argon pour rester seul avec Kili, Vidalinn et Gandalf afin de discuter de la suite, mais, contre toute attente, Vidalinn parla au nom du jeune nain :
— Il représente les rebelles de Dale maintenant, peut-être a t-il son mot à dire.
A la paire de regard surpris qui se posa sur lui, Argon baissa tristement les yeux et, encore, ce fut Vidalinn qui parla :
— Khaenïn, son grand-père a été t… Est décédé. Les rebelles s'en sont remis à Argon, pour l'instant.
— Et c'est à vous que je m'en remets, vos majestés.
Vidalinn ne manqua pas l'éclat qui brilla dans le regard d'Argon lorsqu'il leva les yeux vers Kili mais le nain brun, lui, l'ignora. Kili était bien trop bouleversé par ce qu'il était arrivé à Fili, ce qu'il avait manqué de lui arriver, de manière irrémédiable, pour percevoir ce qu'il se déroulait autour de lui. Mais les paroles d'Argon le sortirent de sa torpeur, comme il commençait, doucement, à se rendre compte de ce qu'il venait de se passer et de ce que cela impliquait. Ils n'étaient plus des nains errants. Ils n'étaient plus des criminels recherchés, du moins, certainement qu'ils le seraient toujours, mais cela n'avait plus d'importance. Thorïn était roi. Argon, usant de la voix des rebelles de Dale, le reconnaissait sans même chicaner.
Et il reconnaissait Kili aussi. Touché, le brun carra les épaules et planta son regard dans l'œil valide de Vidalinn, pour demander avec aplomb :
— Nous devons discuter avec la GITM quant à l'exploitation et la réhabilitation de Kazad-dûm.
Vidalinn se tendit aussitôt, avant de ruminer sombrement :
— Ainsi, Bilbo vous a parlé de-
— Et il a obtenu de moi que je ne tente rien tant que ses proches ou que son ex étaient sous le joug de la GITM. Ce qui n'est plus le cas. Je crois même que c'est au tour de la GITM d'être sous le joug de l'ex… Et parlant de ça, nous avons aussi quelques détails à régler avec ceux que Bilbo a longtemps considéré comme sa famille… Il est question d'un héritage familial volé avec l'aide d'un acte de décès signé par la GITM… Car voler les héritages est ce que vous faites de mieux…
Vidalinn et Thorïn échangèrent un regard glacial, mais l'elfe ignora sa Némésis pour se tourner vers Kili et cracher à contrecœur :
— Tu es le fils de Lily… Azog lui a dérobé de nombreux papiers concernant… Ses droits. Mais ils ne concernent qu'une partie du site. Le reste appartient à-
— Ce royaume appartient à notre peuple.
Dangereux, Thorïn s'était dressé face à Vidalinn qui lui répondit sur le même ton :
— La Moria a été bâtie grâce au savoir conjoint des nains et des elfes, tu n'es pas le seul à pouvoir en réclamer les ruines ! Contente-toi de t'enterrer dans cette montagne maudite, nain. Déblayer et recenser les trésors de la Moria prendra quelques décennies, tant que ce sont des experts qui s'en chargent. On ne va pas en plus faire venir habiter des parasites de ta race entre deux chantiers !
— Non. Mais ces chantiers appartiendront aux parasites de ma race, et pas aux rapaces de la GITM.
— Pourquoi ne pas coopérer ?
La question naïve d'Argon ne passa pas inaperçue et Vidalinn lui aboya dessus :
— Parce que j'ai eu ma dose de nain pour le siècle à venir et qu'il est hors de question que ces balourds ne viennent piétiner les reliques de toutes les ruines naines qui leur tombent sous la main.
— Ne t'en prend pas à Argon, Vidalinn. Il paraît qu'il t'a sauvé la vie…
A la remarque froide de Kili, Vidalinn leva les yeux au ciel, désabusé :
— Sauvé la vie ? Il est simplement apparu comme une fleur à temps pour se faire empoisonner par Rasmus… De nous deux, c'est lui qui me doit la vie.
— Franchement ? Ça doit bien être la seule personne qui a une dette envers toi de ce côté là…
— Ne te vante pas d'avoir tué mes compagnons, Thorïn.
A la petite remarque mesquine du nouveau monarque d'Erebor, le combattant elfique avait répondu d'un grondement bas, très bas, qui portait une lourde promesse de mort. Très lourde. Promesse qui amena un silence glacé dans la salle et que personne n'osa rompre tant que les deux guerriers s'affrontaient, encore, du regard. Toutefois, Gandalf intervint en se raclant la gorge :
— Vidalinn, Thorïn. Comme je vous l'ai dit à tous les deux, séparément, un nouvel âge commence pour les races non humaines de la Terre du Milieu. Les nains pourront se reconstruire, se réorganiser et rechercher, à nouveau, la grandeur et l'éclat qu'ils possédaient autrefois. La GITM se réorganisera elle aussi, de manière à recenser et pérenniser les trésors de jadis. Tandis que la race humaine ira de l'avant, vous serez les gardiens des temps passés et vous devrez, pour cela, collaborer…
Il lança un bref regard aux deux leaders qui se faisaient toujours face, et il soupira en avouant du bout des lèvres :
— Ceci dit, il serait bon que vous ne collaboriez pas directement l'un avec l'autre. Je suppose que Bilbo saura bien faire le mortier entre v-
— Jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il a fait le mauvais choix en suivant Thorïn.
— Je refuse de laisser ce type roder autour de Mon petit-ami.
— Tu as peur que je te le reprenne ?
Personne n'entendit le soupir lourd de Gandalf qui, désabusé, préféra s'éloigner de la dispute. Il sortit du hall, étudiant les décorations érodées qu'il avait connues lorsqu'elles sortaient des forges et des ateliers de tailleurs de pierres.
Cela faisait si longtemps… Il avait reçu, à l'aurore de son existence, l'ordre de contrer le pouvoir de Sauron, qui émergeait lui aussi. Il avait naïvement cru que sa mission s'était soldée par la victoire d'Aragorn mais, hélas, il s'était leurré et n'avait pu gouter pleinement au repos. Rappelé sur cette Terre qu'il avait pensée ne plus jamais revoir lorsqu'il l'avait quittée, accompagné de Galadriel, il y a si longtemps que même les constellations avaient changé, il avait cru pouvoir en finir rapidement. Après tout, son ennemi était tellement faible, dorénavant.
Mais Sauron s'était montré bien plus insidieux, et d'une intelligence trop malsaine pour que Gandalf se montre capable de la percer avant qu'il ne soit trop tard. Dans ses recherches initiales, à aucun moment il avait pensé se tourner vers la GITM pour y débusquer son ennemi, au contraire, il s'était pleinement fié à elle et, manipulateur, Rasmus s'était appliqué à le piéger, lui dérobant la vérité et le savoir que ne possédait déjà plus la GITM.
Quand Gandalf avait compris où se terrait le mal, Rasmus avait déjà, et ce depuis longtemps, repris intégralement les rênes de la GITM, qu'il avait corrompu jusqu'à dans son essence même. Et sa tâche s'était, alors, montrée d'une envergure telle que le vieux magicien avait cru ne jamais pouvoir la mener à terme. Il lui avait fallut, à lui aussi, de longs siècles d'élaboration, de rencontres et de clés déposées derrière lui. Comme il l'avait fait avec Aragorn il y a si longtemps, Gandalf s'était refusé d'intervenir pleinement, car il préférait que l'action et, surtout, la victoire, appartiennent aux nouveaux acteurs de ce monde. Il aurait, certainement, pu tuer Rasmus, raser la GITM puis la reconstruire sur ses cendres en y mettant Vidalinn, ou un autre, à la tête, puis repartir. Mais cela n'aurait déposé aucune base tangible. Cela n'aurait permis ni à Vidalinn de réclamer justement la gestion de la GITM, ni au peuple des nains de retrouver sa dignité et ses monarques.
Non, il avait fait justement, cela avait pris du temps, certes, mais cela offrait une légitimité et un nouveau prestige à ceux dont les ancêtres avaient, avant eux, contré les forces du mal.
Il restait, toutefois, une chose qui n'appartenait pas à ce temps, ni au précédents. Quelque chose dont le pouvoir et la malignité avait rappelé Sauron des ombres où il aurait dû rester. Dans les profondeurs de cette montagne, où des êtres qui devraient ramper avaient appris à marcher, gisait l'essence même du mal que Gandalf se devait de combattre. Fut oublié ce qui aurait dû être détruit et qui ne cesserait jamais d'engendrer ses immondices ni d'insuffler colère, haine et vitalité au sein même de la race des orcs. Race qui perdurerait tant que l'anneau serait.
Il appartenait à Gandalf de s'aventurer dans le tombeau des Âmes-Mêlées pour en extraire la source même d'un mal qui n'était pas à ce monde.
Et ce serait, enfin, le dernier combat d'une longue guerre qui ne lui avait laissé aucun répit. Après cela il pourrait enfin, s'en retourner auprès des siens.
oOo
— Et tu as accepté ?
— J'ai cru qu'il allait se mettre à pleurer quand j'ai évoqué ceux qu'il avait perdu-
— Fait attention à ce que tu dis, Thorïn… J'étais déjà avec Vidalinn quand certains de ses plus proches amis se sont faits tuer par… Bref. Je sais à quel point il en a souffert.
A la remarque sèche de Bilbo, allongé dans son lit, Thorïn le regarda dans les yeux pour demander franchement :
— Penses-tu qu'il soit le seul à avoir injustement perdu l'un des s…
Il allait s'emporter, mais il se reprit en détournant le regard, conscient que cette dispute-là ne concernait pas Bilbo et qu'il n'avait pas à le prendre à parti. Surtout qu'il était difficile de compter les points dans ce genre de cas. Quoiqu'il arrive, tout le monde était perdant et faire le malheur de l'autre n'était pas un remède efficace pour épancher sa propre douleur.
— J'ai accepté, oui, sous condition. La GITM peut fouiller la partie supérieure de la Moria, les nains gardent l'ancien royaume. En ce qui concerne Erebor, en contrepartie de l'aide apportée aujourd'hui, nous permettons à la GITM d'avoir accès à nos sites de fouilles et à nos découvertes qui concerneront l'histoire de la Terre du Milieu.
Le hobbit hocha la tête, plutôt sombrement, et il prit une courte inspiration avant de répondre dans un sourire forcé :
— C'est… C'est une bonne chose, je suis ravi. Tu sais que… Je n'avais pas l'intention de quitter mon poste, je crois. Surtout maintenant que la GITM s'investie dans les fouilles anciennes des périodes où je suis spécialiste… Même si, je devrai… Après tout, je suis un agent supérieur de la GITM et je ne devrai pas m'en aller… Mais on pourrait toujours trouver…
Il bafouilla, sans savoir quoi dire. Après tout, il craignait que Thorïn n'émette une réserve vis à vis de son souhait, même s'il ne savait pas trop ce qu'il voulait : Retrouver son métier passionnant, ses recherches, sa raison de vivre. Ou bien tout plaquer pour rester avec Thorïn, partager son existence agitée, son peuple parfois exécrable et intolérant et ne s'occuper que des découvertes de la mine. Sans répondre immédiatement, le nain vint s'asseoir sur le lit pour poser sa main sur la sienne :
— Je n'en doute pas… J'ai déjà demandé à Vidalinn que tu sois le responsable des recherches qui concernent Erebor et la Moria… Surtout la partie sur leurs échanges avec le reste de la Terre du milieu lors des quatre premiers âges. Après tout, j'ai eu le loisir de remarquer que le sujet te passionnait particulièrement…
Faisant référence au temps de recherches qu'ils avaient faites ensemble à Minas Tirith, Thorïn s'était fait plus enjôleur, mais le hobbit fit une moue offusquée :
— J'y mettais du cœur, monsieur, parce que j'avais, très régulièrement, le canon d'une arme à feu posé sur ma tempe, je tiens à vous le rappeler…
Autant amusé par le ton suintant de mauvaise foi que par le retour du vouvoiement, Thorïn eut un sourire et il se pencha sur son amant en demandant d'une voix mutine :
— Le hobbit est-il, encore, de mauvaise humeur ?
— Non. Le hobbit en a simplement marre que l'on fasse des choix à sa place…
— Tu viens de me dire que tu ne voulais pas quitter la GITM. Et moi, je voulais te garder près de moi… Cela me semblait le consensus idéal…
Etonné, Bilbo fronça les sourcils et, patient, Thorïn s'allongea sur le dos à côté de lui, les yeux perdus au plafond :
— Bilbo… Si j'ai demandé une telle chose, ce n'est pas pour t'envoyer au loin… Tes recherches sur Erebor, tu les feras à Erebor et nulle part ailleurs. Surtout pas à Fondcombe.
— Ho… Je pensais que…
Se sentant bête d'avoir cru, un instant, que Thorïn parlait de le faire partir sans état d'âme, il resta muet et le nain, les yeux toujours accrochés au plafond, eut un rire amusé :
— Nos bibliothèques auront de quoi t'occuper une vie entière sur le sujet une fois qu'elles seront exhumées et, en attendant, tu auras la charge du sanctuaire cachée de Dale…
— Ho…
Adossé contre un oreiller épais amené à Erebor par les équipes de soin qui avaient transformé, pour un temps, la mine en centre hospitalier, Bilbo eut un instant de silence. Son regard fit distraitement le tour de la vieille chambre poussiéreuse, délabrée et isolée dans laquelle il avait été installée pour les soins, mais, soudainement, il bondit. Son bras en écharpe collé au torse, il fit mine de sortir du lit en s'exclamant :
— La bibliothèque oubliée ! Elle contient tout le savoir et la mémoire des premiers hommes ! Je dois absolument y retourner-
— Holà, non ! Tu restes-là !
Plus vif encore, Thorïn lui crocheta la taille pour le plaquer fermement sur l'épais tapis propre qui avait été posé là pour recouvrir la pierre qui leur servait de lit et il se dressa au dessus de lui pour le surplomber :
— Tu auras tout le temps que tu veux pour t'occuper de ces livres. Mais pas maintenant. Tu as une promesse à tenir avant…
Sans comprendre, il fronça les sourcils, plus encore lorsque, magnétique, le nain se pencha sur lui pour frôler ses lèvres des siennes. Son souffle s'échoua contre sa bouche lorsqu'il murmura d'un ton distrait :
— « Survis à cette guerre, et tu pourras me toucher à nouveau »…
Leurs lèvres s'ourlèrent dans un sourire complice, et Bilbo leva sa main valide pour la glisser sur la nuque du plus grand :
— Je t'avais promis de te faire gouter la paix.
— Penses-tu le pouvoir ?
Il haussa l'épaule, caressant distraitement la peau de Thorïn du bout des doigts, et il admit en riant contre ses lèvres :
— Je le peux. Si tu écoutes et fais ce que je te dis. Et, surtout, si tu ne fais pas ce que je te dis de ne pas faire.
— Ce sont là de lourdes conditions…
— J'ai peur que tu n'en sois pas capable, mais ça vaut le coup d'essayer. La récompense sera belle…
— Je n'en doute pas, je commence déjà à la cerner…
Bilbo lui répondit d'un bref sourire qui fut vite recueilli par la bouche de Thorïn. Avec douceur, le plus grand vint caresser, à son tour, la nuque du hobbit, mais, de peur de raviver les blessures qu'Azog avait incrustées dans sa chair, blessures que le monarque avait pu apercevoir en assistant Gandalf dans ses soins, il resta chaste et fit attention à ne pas dépasser les limites de son amant.
Bilbo et ses proches étaient en vie, Erebor avait, non seulement, été retrouvée mais, aussi, reconquise. Il était comblé et n'avait besoin de plus pour l'instant. Lorsqu'il rompit le baiser, Bilbo intensifia sa prise sur sa nuque pour tenter de suivre sa retraite, mais, à nouveau, Thorïn s'allongea à côté de lui, sur le dos.
— Je crois que… Je ne sais pas ce que je dois faire maintenant… J'ai l'impression qu'Argon se montre bien plus dégourdi que Fili, Kili et moi réunis… Ne serait-ce que pour prendre une infime partie de notre peuple en charge…
— Argon a été élevé par un chef, il sait ce qu'il doit être fait. Fili n'est pas capable de quoique ce soit en ce moment, Kili est en état de choc et je pense que c'est aussi ton cas… Donne toi du temps et n'écoute pas ce que te dit Vidalinn. Je suis certain qu'il est aussi égaré que toi maintenant… Tous les deux, même si vous êtes, enfin, là où vous étiez appelés à être, n'aviez encore jamais expérimenté ce rôle qui vous incombe. Mais vous serez parfait.
— Arrête de me comparer à ton ex, s'il te plait.
A la remarque lâchée pensivement, Bilbo eut un sourire amusé qui interpella Thorïn :
— Quoi ?
— Rien… Simplement… Cette phrase que tu viens de dire… Je m'étais un jour demandé si tu étais, potentiellement, capable d'être le petit-ami de qui que ce soit et d'agir en tant que tel…
— J'ai peur que tes critères à ce propos ne soient pas très… quoique… Tu t'étais demandé ça avant ou après t'être pris une balle de Vidalinn pour t'être détourné de lui ?
Le hobbit ne répondit pas mais Thorïn n'eut aucun mal à deviner sa réponse et il retint un rire léger qui fit pétiller son regard gris. Bilbo le remarqua et il se sentît fondre. Il n'avait encore jamais vu Thorïn relâcher, même un minimum, cette tension si lourde qu'il semblait porter en permanence et, encore une fois, il se dit que tous les choix qu'il avait pris et qui concernaient ce nain avaient été les bons.
Et puis, tout de même, en plus de rafler le monarque d'Erebor, il se retrouvait en charge du savoir sacré des premiers gardiens de ce monde. Il n'était pas vraiment perdant dans l'histoire, malgré le fait qu'il soit considéré comme mort par les autorités officielles et que, Vidalinn le leur avait appris, son meurtre était incombé à Thorïn. Il ne savait pas ce qui serait plus facile, entre innocenter son amant ou bien persuader les autorités qu'il était bien en vie. Ça allait être tarte, tient.
Dans tous les cas, il lui fallait empêcher Thorïn, ou même Vidalinn, de réduire ses parents, du moins, ceux qui s'étaient faits passés pour tel, en charpie tant qu'il ne leur avait pas posé quelques questions.
oOo
— Six jours ? Mais… Que s'est-il passé ?
— Beaucoup de bien, jeune roi… Beaucoup de bien… Tu te trouves actuellement dans les appartements royaux d'Erebor. Du moins, ce qu'il en reste… Thorïn a déjà fait savoir au monde entier que le peuple des nains clame sa souveraineté sur Erebor et la Moria. Des dizaines de nains sont déjà arrivés, des centaines se sont regroupés aux monts de Fer en attendant de trouver un moyen sûr de rejoindre les Gadolah…
Assis sur son lit, Fili ferma les paupières un instant. Déboussolé, il posa une main bandée sur sa tempe, cherchant à trier les informations que Gandalf lui donnait tout en soignant son autre main :
— Cela veut dire que… Nous avons gagné ? Et nous avons trouvé la Moria aussi ? Qu'en est-il de la GITM ? De Rasmus ? D'Azog et son fils ? Et… De cette chose qui… Qui rôdait dans la salle du trône ? Et puis… Kili ?
De peur d'entendre quelque qu'il ne voulait pas entendre, il avait posé sa dernière question du bout des lèvres tout en tendant sa main bandée à Gandalf. Retirant le tissu avec douceur, le magicien eut un sourire avenant :
— La GITM a retrouvé sa vocation d'origine. Ses membres les plus influents sont ici actuellement. Vidalinn et Bilbo ont beaucoup à faire avec le cataloguement et la numérisation des ouvrages que vous avez découverts à Dale, ainsi que ceux des bibliothèques d'Erebor qui ont survécus aux âges. Rasmus et son engeance ne sont plus. Et Kili va bien. Je suppose qu'il trépigne de l'autre côté de la porte en attendant de recevoir enfin l'autorisation de venir te voir…
Au regard curieux et étonné qu'il écopa, Gandalf expliqua sérieusement :
— Tu n'étais pas en état de recevoir la moindre visite, ces six derniers jours. D'ailleurs, si ça ne tenait qu'à ma parole de soignant, encore deux jours de repos ne seraient pas de trop…
— Cela fait six jours que Kili attend mon réveil ? Vraiment ?
Le ton était grinçant mais Gandalf choisi d'y répondre d'une boutade :
— Je ne pourrai dire s'il désire te revoir pour te tuer pour de bon et ainsi te faire passer le gout de lui faire si peur…
Les yeux baissés, Fili ne fit pas mine d'avoir entendu et il ne répondit pas tout de suite, si ce n'est d'un chuchotement que Gandalf ne fut pas certain d'avoir entendu :
— J'ai cru mourir dans cette salle…
— La mort a bien failli te happer, effectivement…
Il releva son regard gris pour croiser celui, sans âge, du magicien à qui il dit brusquement :
— Etait-ce vraiment la mort ? Ou bien quelque chose de pire ? Dites-moi, Gandalf… Il y avait quelque chose dans cette salle et ce n'était pas un être de chair ou de sens…
Se raclant la gorge, le magicien se garda de répondre immédiatement et il se concentra sur la main percée. Etudiant la manière dont se faisait la cicatrisation, il eut une moue satisfaite et attrapa un onguent épais, mais Fili insista en cherchant son regard :
— Je ne suis pas fou ! La dernière chose dont je me souvienne… Ce que j'ai ressenti va au delà de l'expérience des mots ! C'était comme si… Ce n'était pas ma vie, mais ma mort que l'on me dérobait !
Soupirant, Gandalf délaissa la blessure pour regarder le plus jeune dans les yeux et, inquiet, le blond demanda :
— Que se serait-il passé si j'étais mort dans cette salle ?
— Un désagrément auquel il vaut mieux ne pas penser, croit-moi…
Récupérant les bandages souillés, le plus vieux se mit sur pied, changeant de conversation :
— Tes blessures sont propres. Laissons-les cicatriser à l'air libre, mais tâche de les désinfecter régulièrement.
Clôturant-là la discussion, il sortit de la pièce et, toujours assis sur le lit, Fili resta silencieux un moment.
Ses derniers souvenirs étaient plutôt flous, mais il en était bien content et préférait ne pas chercher absolument à savoir ce qu'il s'était passé juste avant qu'il en tombe dans cet état comateux qui venait de durer six jours.
Il resta immobile quelques minutes puis, impulsivement, il écarta les couvertures pour se mettre sur pied. Un vertige le pris et, trop faibles pour supporter son corps, ses jambes flanchèrent. Il se rattrapa au lit pour s'éviter une chute et pour reprendre son souffle puis, à nouveau, il se redressa, plus lentement. Vacillant légèrement, il se dirigea vers la lourde porte de pierre qu'il ouvrit en pestant contre ses forces qu'il n'avait plus.
Il ne montra pas la moindre expression lorsqu'il constata que le grand couloir de marbre maculé de poussière était vide, contrairement à ce qu'il avait osé espérer.
Sur le seuil de sa chambre, il resta interdit. Lui revinrent en mémoire ces murmures qu'il avait entendu dans la salle du trône, la torture qu'il avait endurée entre les murs de cette mine et, soudain, l'envie, non, le besoin, urgent, de sortir d'ici le prit au tripes.
Il reflua cette sourde terreur qui commença à pulser insidieusement en lui, et, reculant, il préféra retourner dans la salle close qui lui faisait dos plutôt qu'affronter seul les grand couloirs d'Erebor, mais il sursauta lorsqu'une voix chaleureuse le héla :
— Fili !
Il haussa un sourcil lorsqu'il vit Argon venir vers lui, en forme malgré une démarche raide qui témoignait la gravité des blessures qu'il avait écopée une semaine plus tôt.
— Fili…. Hem… Votre majesté… Je suis tellement ravi de te revoir !
Maladroitement, le jeune nain s'était arrêté face au roi blond qui resta silencieux, hésitant quant à la conduite à tenir. Un silence inconfortable s'étendit mais, le rompant Argon avança sur lui pour l'étreindre gentiment :
— Je te dois la vie, Fili… Je n'oublierai jamais.
Le plus vieux accepta l'étreinte malgré sa confusion, mais, même s'il ne se rappelait pas de tout, il se souvint des derniers instants qu'il avait passés avec Argon, juste avant sa capture. Il soupira et passa un bras autour des épaules du brun en retour :
— Argon… Je suis ravi de te savoir en vie… Je n'aurais pas parié là dessus lorsque nous nous sommes séparés…
— Moi non plus, je l'avoue.
Souriant, Argon s'éloigna et Fili se passa une main dans les cheveux, surprenant le regard effaré qu'Argon lança à sa paume blessée, même si le plus jeune fit rapidement mine de regarder ailleurs.
— Tu sais, Argon… Je suis désolé pour… mon attitude.
— Il n'y a rien à-
— Fili !
Fili ne remarqua même pas le salut d'Argon qui, sentant qu'il était dorénavant de trop, s'éclipsa sans ajouter un mot quand Kili vint vers son frère adoptif.
— Fili, par Mahal… Je…
Il ne trouva pas ses mots et, faces à faces, les deux nains échangèrent un regard lourd, chargé d'émotions aussi intenses que bouleversantes. Sans savoir quoi dire, Fili vit comment les yeux sombres de Kili se voilèrent lorsque le brun fit un pas en avant pour agripper la simple tunique qu'il portait sur lui.
— Tu m'avais promis, Fili ! Tu avais promis de me revenir ! Pourquoi a-t-il fallut que tu t'exposes ainsi ? Tu imagines ce qui aurait pu-
Il ne termina pas sa phrase et ravala ses mots lorsque, froidement, Fili posa ses mains sur les siennes pour l'inciter à le lâcher. Il entendait, derrière cette fureur de façade, les larmes, le désespoir, la détresse et la peur que le plus jeune avait ressentis ces derniers jours et qu'il ne parvenait pas à maitriser, mais quelque chose se rompit en lui. Il avait trop subi, dernièrement, pour garder son calme une fois de plus et, amèrement, il le repoussa en martelant sèchement, libérant, enfin, la rancœur qui le tenait face à celui qu'il aimait tellement fort qu'il en avait mal :
— Assez, Kili ! Je n'ai pas de compte à rendre ! Cela fait des semaines que je me montre prêt à tout pour retrouver une relation épanouie avec toi, sans que tu ne fasses jamais mine de le remarquer. J'en ai assez d'attendre le moindre signe de ta part et de guetter la moindre approbation !
— La moindre approbation ? Et comment qualifies-tu ce baiser que nous avons échangé avant que tu ne partes ? Du vent ?
Il se maitrisait tant bien que mal, mais les larmes écorchaient maintenant sa voix et Kili, pour garder bonne figure, se dressa face à Fili en serrant les poings quand celui-ci répondit d'un ton agressif en avançant sur lui pour empoigner sa gorge d'une main faible :
— Ecoute bien. Je crève d'amour pour toi, c'est un fait que je ne pourrais cacher même si je le voulais. Mais cela ne veut pas, ou plus, dire que j'accepte de tout endurer pour tes beaux yeux.
— Je te demande simplement de survivre ! Est-ce si-
Il avait répondu dans une supplique, mais Fili, lancé, affirma ce qu'il ruminait depuis un moment maintenant, conscient, seulement aujourd'hui, des raisons pour laquelle leur couple avait échoué une première fois :
— On ne s'appartient pas, Kili ! Quels que soient nos sentiments, ils ne concernent que nous et nous n'avons rien à nous prouver mutuellement ! Je ne te dois rien. Ce n'est pas parce que je t'aime et que c'est réciproque que nous devons nous justifier d'une manière ou d'une autre !
— Justifier ? Je suis peut-être nul et stupide, incapable de savoir et comprendre ce que je veux vraiment. Je t'ai peut-être fait souffrir par mon silence, ma maladresse et mes non-dits… Mais toi…
— J'ai simplement fait un choix. Et tu m'en veux car il ne te concernait pa-
— Tu as fait dire à Argon que tu étais mort !
Cette fois-ci, les larmes ruisselaient sur ses joues blêmes et Fili fut heurté par la douleur encore latente qui émanait de ses pupilles brulantes. Sa poigne sur la gorge du plus jeune se crispa, mais il ne la lâcha pas, même lorsque Kili attrapa durement son avant-bras :
— Tu n'as pas à te justifier, non. Je comprends très bien par quel égoïste élan tu lui as fait promettre une telle chose… Tu crèves d'amour pour moi, dis-tu… au point qu'il t'est plus facile t'appréhender ta propre mort que la mienne. Mais il ne t'est pas venu à l'esprit qu'il en allait de même pour moi ? Que j'aurai pu, pour toi, braver une armée d'orcs et des maléfices antiques ?
La mâchoire serrée, Fili ne répondit pas et, le forçant à le lâcher, Kili fit un pas en avant en lui écartant le bras :
— Tu savais quel choix j'aurais fait au moment où j'aurais appris ! Tu n'avais pas à décider pour moi ! Tu n'as pas à prendre la moindre décision à ma place !
— Je ne pensais pas y survivre ! Etait-ce égoïste de refuser de t'emmener dans ma chute ?
Encore, le brun s'approcha en le regardant franchement dans les yeux :
— Je suis seul à pouvoir décider de cela. Et, crois-moi, Fili, il y a bien une chose que j'ai appris lorsque je t'ai cru mort : Si tu tombes, je tombe avec toi. Que tu le veuilles ou non.
Il lâcha sèchement l'avant-bras du plus vieux qui allait répondre mais, plus vif, Kili lui attrapa la tunique pour l'attirer à lui, assenant une nouvelle fois contre ses lèvres :
— Si tu tombes, je tombe avec toi. Mais saches que je ne laisserai plus jamais une telle chose arriver. Mais s'il n'est pas question de se justifier, alors tait-toi et embrasse moi. Tu m'es revenu, c'est tout ce qui compte.
Fili avait déjà attrapé ses hanches pour le presser contre lui lorsqu'il embrassa sa bouche dans un baiser pétri de désespoir et de passion. Baiser qui prit rapidement en fougue et en température, surtout lorsque leurs langues se joignirent pour une dance langoureuse et affamée. L'attente, la frustration, les non-dits, la jalousie puis, terribles, la peur et la mort donnèrent à l'étreinte une fièvre urgente et brûlante.
Ils étaient en vie, ils étaient rois et ils étaient unis à nouveau.
Ils ne rompirent le baiser que le temps nécessaire pour ouvrir la porte de la chambre de Fili dans laquelle ils s'introduisirent en se tenant la main.
oOo
— Condamné ?
— Détruit, même. J'ai décidé que le tombeau des âmes mêlées gagnerait à être oublié pour de bon, ainsi que les artefacts qu'il possédait en son sein.
— Le cercle d'or et l'Arkenstone ? Vous avez délibérément détruit ce tombeau et ses objets sans prendre la peine de me consulter ?
A la question agressive de Thorin, Gandalf leva les yeux eu ciel pour expliquer calmement :
— Ces deux objets, Thorïn, vous auraient causé plus de mal que de bien, croyez-moi.
— Mais pourquoi avoir condamné, même détruit, le tombeau ? Peut-être avait-il des choses intéressantes à nous apprendre…
Gandalf se tourna vers Bilbo, qui venait de souffler tristement sa question, et il lui envoya un clin d'œil tout en se dirigeant vers la sortie :
— Rien que vous ne savez déjà, Bilbo.
Ils le regardèrent partir sans ajouter un mot et, soupirant, Bilbo se tourna vers Thorïn :
— J'avais vraiment espéré pouvoir descendre dans cette salle mentionnée par la prophétie…
— Il n'y a plus rien à tirer de cette prophétie. Autant aller de l'avant… Parlant de ça, comment se passent les cours ?
— Très bien, Kili est un très bon professeur. Il faut dire, tout de même, que Fili et Dis sont de bons élèves. Les autres étudiants sont plus lents, mais ces deux-là sont maintenant capables de déchiffrer des phrases complexes… Argon ne tardera pas à les rejoindre vu les efforts qu'il y met… Leur niveau en lecture du Khudzul surpassera bientôt le tien si toi tu ne fais pas plus de progrès…
Bilbo avait terminé sa remarque mesquine en tournant le dos au monarque qui haussa un simple sourcil. Ils étaient dans une annexe de la grande bibliothèque d'Erebor, où les livres de la petite bibliothèque de Dale avaient été ramenés pour que Bilbo puisse les trier et les cataloguer. Vidalinn repartait bientôt pour Fondcombe, et, avec lui, tous les ouvrages qui ne concernaient pas la race des nains ou leurs royaumes.
— Peut-être peut-on remettre en cause l'efficacité de mon professeur personnel…
Piqué, Thorïn avait répondu en attrapant un lourd amas de feuilles aux lignes joliment calligraphiées et le plus petit se tourna sèchement vers lui :
— Ton professeur n'a rien à se reprocher ! Si seulement tu étais plus assidu et plus concentré pendant les classes, tu serais capable d'apprendre très vite toi aussi !
— Tu sais bien que j'ai pas mal de choses à faire, plutôt urgentes dans le genre. La lecture n'est pas dans mes priorités, monsieur Sacquet.
— Elle devrait… En tant que monarque, tu-
— En tant que monarque, j'ai la chance de pouvoir compter sur de nombreux spécialistes et linguistes bien plus conciliants que toi.
— Plus conciliants ?
Vexé à son tour, Bilbo s'approcha pour lui prendre les feuilles des mains en le regardant dans les yeux :
— Je sais me montrer très conciliant, monsieur le grand roi sous la montagne.
Il lui répondit d'un haussement de sourcil peu convaincu et le hobbit fit volte face en râlant, emportant la pile de feuilles avec lui :
— Bien entendu, si par « conciliant », sa majesté entend « se plie à ses quatre volontés avant même qu'il ne les exprime », il risque de gouter à l'amer gout de la déception…
— Je ne suis pas déçu.
— J'espère que ces linguistes et spécialistes dont il parle ne sont pas « trop » conciliants…
— Tu t'adresses à moi à la troisième personne maintenant ?
Croisant les bras sur son torse, Thorïn s'appuya contre la table sur laquelle Bilbo posa les parchemins et celui-ci répondit en étudiant les feuilles.
— Rien n'est trop bon pour son altesse.
— Certes.
Même s'il refusait de l'affirmer, Bilbo était plutôt susceptible et, malheureusement pour lui, son amant aimait quand il se froissait de la sorte. Il savait que ce n'était jamais vraiment sérieux et que le plus petit, au fond, s'amusait lui aussi à défendre un honneur qui n'était en rien bafoué face à une personne qui n'avait pas forcément l'habitude d'être contredite par ses proches. Ces joutes verbales étaient quelque chose dont ils n'arrivaient pas à se passer.
— Encore un traité à propos de ces fameux Silmarillon… étrange, comme formulation, je ne connaissais pas… Vid et son équipe vont vraiment avoir de quoi faire…
— Pauvre « Vid »…
— Il n'est pas à plaindre, c'est passionnant !
Il n'avait pas entendu la manière dont Thorïn s'était joué de la contraction utilisée pour nommer son ex plus que le souci de savoir l'autre crouler sous le travail. Le roi ne répondit pas et il attrapa une feuille au hasard qu'il étudia un instant.
— Difficile d'imaginer une terre sur laquelle se promenaient des arbres poètes…
— Les ents, oui ! Remarquables créatures, dommage que-
Il se tût pour lancer un regard suspicieux à son amant qui attrapa une autre feuille pour la lire avec attention et, interpellé par le silence, Thorïn leva son regard vers le plus petit :
— Un problème ?
— Ces feuilles sont écrites dans la variation alpha du langage courant, Thorïn.
Il posa sa feuille en haussa les épaules, parlant sur le ton de l'évidence :
— La variation la plus étudiée et connue… La connaître et la manier n'a rien de spectaculaire…
— Ho si, Thorïn. La version la plus enseignée en université est la delta… Déchiffrer l'Alpha, surtout sur un parchemin de cet âge, signifie que tu as été initié à l'alphabet Anirique.
— Tu sais déjà que je peux lire le Sindarin et le Kudhzul. Tu penses vraiment que l'Alphabet Anirique puisse représenter la moindre difficulté ? Surtout que tu te doutes bien que je n'ai pas côtoyé les universités communes, peu m'importe la version qui y est enseignée…
Ils échangèrent un bref regard et Bilbo se tourna franchement vers lui :
— Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu pouvais lire la version Alpha ?
— Amaghị ko Emi mna ọ wa nitosi okan rẹ…
Une phrase. Complexe. Dans la version Alpha du langage courant… Et cette voix, bon dieu ! Un accent un peu heurté, certes, mais ce n'était certainement pas le genre de langue qui se pratiquait beaucoup à l'oral et ça restait tout de même parfaitement compréhensible : « Je ne savais pas que cela te tenait tant à cœur… ». Il sentit ses entrailles se liquéfier, lui qui appréciait cette langue plus que toutes les autres et, machinalement, il le reprit en s'approchant doucement :
— C'est « Amaghị ko Emi m'na ọ wa nitosi okan rẹ ». Les liaisons se font toujours de manière un peu chantante.
— Ko Emi m'na ọ-
Mais avant qu'il ne puisse travailler sa prononciation, les lèvres du linguiste vinrent s'écraser sur les siennes et Thorïn accueillit le baiser en refermant ses bras sur la taille du plus petit.
— Bilbo, as-tu fini avec le- Ho, pitié, il y a des chambres pour ça.
— Vid, quelle bonne surprise…
Pas vraiment embarrassé, Thorïn laissa ses mains glisser sur la taille de son amant qui s'éloigna de lui lorsque Vidalinn, la mine fermée, les rejoignit pour jeter un œil sur la pile de parchemins et de livres qui trônaient sur la table.
— Le plus vite ces documents seront triés et le plus rapidement je pourrai partir de ce trou… Si sa majesté pouvait éviter d'interférer ainsi en retardant un travail que seul Bilbo est capable d'accomplir, je luis en serai grandement reconnaissant…
Ca leur avait beaucoup couter au début, mais, au fil des jours, les deux anciens ennemis apprenaient à interagir l'un envers l'autre sans forcément utiliser insultes ou aux menaces de mort comme ponctuation.
— Ce sont les derniers. Dans quelques jours, tout sera chargé et tu pourras partir…
— Bien.
A son tour, il attrapa une feuille qu'il survola du regard.
— Jamais nous n'avons eu à disposition autant de documents concernant Valinor et les histoires des temps qui ont précédés ceux que nous connaissons…
Il avait parlé d'un ton religieux que Bilbo apprécia et qui enchérit avec passion :
— Encore moins des documents aussi bien conservés et lisibles… Tous les récits des premiers temps y sont relatés, c'est passionnant !
Il ne vit pas comment Thorïn et Vidalinn, moins passionnés que lui de l'histoire ancienne, trop nébuleuse et inconcrète pour eux qui avait déjà tant de chose à gérer plutôt qu'apprendre les noms des anciens rois, levèrent les yeux au ciel. Toutefois, Vidalinn termina sa lecture en remarquant distraitement :
— Etrange formulation…
— Oui, j'ai remarqué aussi, mais je ne sais pas ce que-
— Ca ressemble à des traductions littérales… Beren je ọkunrin kan ati sibẹsibẹ… Ca ne te dit rien ?
Là où l'accent de Thorïn était diaboliquement guttural et sexy, celui de Vidalinn était foutrement mélodieux et sensuel. Le nain lança un regard mauvais au blond, surtout lorsqu'il nota l'éclat qui brilla dans le regard de Bilbo lorsque son ex avait parlé dans la version Alpha. Acerbe, il répondit avant l'historien, qui ne semblait pas avoir mis le doigt sur le problème et qui pédalait dans la semoule :
— C'est exactement la même construction utilisée en sindarin « Beren na var maður talàë ennþa ». « Beren n'était qu'un homme, et pourtant… ». Ces papiers ne sont pas des originaux.
Son Sindarin était clair et déliée, même si troublé par son accent khazad qui, loin de rebuter Bilbo, le fit soudain douter de son sens des priorités.
— Adlan Oenn thaebeth « Beren var maður og ennþá », n'essaie pas de parler une langue si tu ne sais pas la prononcer, nain.
— Thorog ash akjart'ah, elfe.
A la remarque exaspérée que Vidalinn venait de lui faire en Sindarin, Thorïn répondit sèchement en Khudzul des mots que Bilbo préféra ne pas comprendre et il se racla la gorge.
— Je crois savoir de quel livre ces textes sont la traduction. Ce serait très intéressant pour les linguistes et les historiens de pouvoir comparer les deux versions. Il faut simplement que je vérifie s'il s'agit bien du livre auquel je pense, je reviens tout de suite….
Emportant quelques feuilles avec lui, il s'éclipsa rapidement et, une fois seuls, les deux guerriers se jaugèrent du regard, avant que Vidalinn ne se détourne pour remarquer d'un ton léger :
— Il ne l'a encore jamais admis, mais il craque complètement quand on lui parle dans une langue supposée oubliée ou difficilement maitrisable…
— J'ai cru le comprendre, oui.
Encore, ils échangèrent un nouveau regard, moins agressif et, sur un ton narquois, Vidalinn demanda subitement :
— Sait-il que tu as des notions de la langue de Numénor ? Il risque de ne pas s'en remettre…
— Parce que j'ai des notions de cette langue inconnue ? Personne n'en a jamais vu le moindre texte…
— Thorïn… N'oublies pas que nous avons pratiquement grandi ensembles, toi et moi… Je sais que ton grand-père en avait des ouvrages en Ered-Mithrin et qu'il connaissait les clés de cet alphabet. Il aurait été fou de ne pas les apprendre à ses descendants. Et il serait d'ailleurs intéressant que tu t'y remette car je n'ai aucun doute que certains livres par ici sont écrit dans cette langue légendaire…
Thorïn lui lança un regard soupçonneux, sans répondre immédiatement. Effectivement, Vidalinn, qui était à peine plus vieux que lui, était peut-être l'une des personnes encore en vie qui le connaissait le mieux. A force de le combattre et de chercher à le débusquer, il avait certainement appris quelques informations qu'aucuns de ses proches ne soupçonnaient. Mais Thorïn ne releva pas et, sous une apparente nonchalance, il demanda distraitement :
— Que sont devenus les ouvrages de mon grand-père ?
— Je n'en sais rien. Azog les a peut-être brulé, ou bien, avec un peu de chance, il n'en a pas saisi l'importance et ils sont toujours en Ered Mithrin. J'ai tenté de les retrouver, mais ce n'était pas franchement facile de marchander avec l'orc. Peut-être que maintenant, il serait possible de retourner-
— Ered Mithrin, et tout ce que ces montagnes possèdent encore, son sous la juridiction de Fili. La GITM n'a rien à y faire.
Vidalinn prit sur lui pour ne pas rétorquer ce qui lui vint immédiatement en tête face à l'affirmation obtus du nain et, plutôt, il tourna les talons pour sortir de la salle, estimant n'avoir plus rien à y faire.
— Une dernière chose, Vidalinn…
A la remarque menaçante, le blond s'immobilisa pour faire face au roi d'Erebor qui le toisa froidement :
— J'ai appris que tu avais démoli deux de mes lieutenants…
— Tu dois certainement en connaître la raison… Après quinze jours à vivre au milieu de ces brutes infectes, c'était quelque chose qui commençait à me démanger salement…
Pas vraiment ravi d'évoquer le sujet, Vidalinn avait croisé les bras sur la poitrine, réticent à l'idée de s'excuser ou se justifier face à Thorïn qui fit un pas vers lui pour assener froidement :
— Argon peut se défendre tout seul. Si toi, un elfe ennemi, intervient dans ce genre d'histoire, tu lui feras plus de mal que de bien. Il a déjà de nombreux rivaux à dos. Et en plus tu te mets à tabasser ceux qui revendiquent son titre… Il pourra difficilement se montrer crédible après ça.
— De une, il se fout d'être crédible puisqu'il ne compte pas rester à Erebor, à raison, d'ailleurs… De deux, ce n'était pas seulement son titre qui était menacé. Ce gamin est livré à lui-même au milieu de ces abrutis en rut et-
— Ne vient pas me dire que tu fais dans l'humanitaire. Encore moins qu'il s'agit d'un gamin, surtout si les rumeurs qui vous concernent sont fondées…
— Les rumeurs ?
Se redressant, Vidalinn lui envoya un regard perplexe et Thorïn fit un pas en avant, sans entendre sa question faussement naïve. Sa voix portait un certain reproche lorsqu'il constata simplement :
— Tu est rapidement passé à autre chose…
— En quoi est-ce un problème ? Bilbo a fait son choix, je ne vais pas me lamenter pendant des jours à ce sujet.
— Et tu tapes maintenant chez les nains… Tu dois vraiment être désespéré…
Vidalinn resta droit et ne répondit pas à la remarque, il allait faire demi-tour, mais il se ravisa et se tourna à nouveau vers Thorïn pour reconnaître d'un ton narquois :
— J'ai toujours eu un faible pour les petites choses convoitées, inexpérimentées et innocentes qui viennent me trouver sans savoir à quoi s'attendre mais qui apprennent très vite et finissent par se révéler… Plutôt surprenantes… Tu dois savoir de quoi je parle, tu te doutes bien que tous ces petits trucs que connais Bilbo et qui te font ressentir des choses comme aucun amant avant lui, c'est moi qui les lui ai appris…
— Je ne veux pas parler de ça avec toi.
— Tant mieux.
A nouveau, il fit mine de se détourner mais Thorïn le repris encore :
— Ne joue pas avec lui, Vidalinn. Nous devons beaucoup à ce jeune nain, et, comme tu viens justement de le faire remarquer, il est inexpérimenté et livré à lui-même.
Vidalinn ignora sa menace non équivoque, même s'il prit la peine de s'immobiliser avant de passer la porte :
— J'espère que ça te rassure si je te dis qu'il rentre avec moi à Fondcombe… Nain ou pas, je ne compte pas laisser un mec comme lui dans la nature… Et j'ai pas mal de choses à lui apprendre, je ne doute pas qu'il se révèlera très doué dans de nombreux domaines, autant érudits que martiaux. Ou autre…
— Ca ne me rassure qu'à moitié... Je ne peux m'empêcher de le plaindre, mais c'est certainement ce qu'il veut…
— Oui, c'est ce qu'il veut. Crois-moi, il a su se faire comprendre de ce côté-là.
— Prend soin de lui… J'espère ne jamais apprendre qu'il s'est fait tirer dans le dos comme l'un de tes ex…
Partant pour de bon, Vidalinn lui répondit d'un simple doigt d'honneur qui ne fit ni chaud ni froid au monarque d'Erebor.
oOo
The end !
Wahou ! 35 chapitres, commencée en Mars 2016, c'était tout de même assez gros à écrire et il y a eu une bonne part de recherches, notamment pour la linguistique.
Je vous apprend d'ailleurs, que dans ce chapitre, les phrases dans les autres langues sont de bêtes mixes de traduction google de différentes langues que j'ai faite, je n'ai pas du tout de connaissance en Sindarin ou Khudzul ou autre.
J'espère vraiment que cette fin vous a plu !
Comme je le dit à la fin de chaque fanfiction, s'il y a des intéressés qui se présentent, je veux bien ajouter des petits bonus sur tel ou tel sujet, même si je ne promets pas l'immédiateté.
Et sinon, s'il y a des requêtes pour d'autres choses (une certaine fic sur un certain sujet, sur le fandom Tolkien ou autre), je peux toujours essayer :)
Et, surtout, merci à tous ! C'est la première fois que je dépasse les trois cents reviews, ça me fait vraiment plaisir !
A plus!
