Hello tout le monde,

Ça y est, je suis à nouveau lancée et j'en profite pour poster ce chapitre avant de partir en vacances. En fait, j'ai remarqué que j'étais beaucoup plus inspirée quand il s'agissait d'écrire sur Gaby, ne m'en voulez pas ^^

Ce chapitre est un peu différent car composé de beaucoup de flash back afin d'aider à la compréhension de l'histoire et du personnage. J'espère que ça vous plaira quand même !

Bonne lecture !

Warning : T pour mention de comportement autodestructeur, sang.

Musique : (Feels like) Heaven - Fiction Factory


(Feels like) Heaven

Gabriel

L'annonce du départ de Gabriel avait été plutôt chaotique, c'était le moins qu'on puisse dire.

Il voyait encore Inias le regarder avec des yeux médusés avant de tenter de lui démontrer par A plus B que sa décision était complètement irresponsable compte tenu de l'état dans lequel il était.

- Tu viens de sortir de l'hôpital, Gaby ! Tu ne peux pas partir comme ça avec un mec que tu ne connais même pas ! Tu dois profiter de ta semaine de vacances pour te reposer.

- Je ne suis pas en sucre. Répliqua le blond avec un claquement de langue agacé. Je ne vais pas rester enfermé ici pendant une semaine alors que j'ai l'occasion de me changer les idées. Et Sam n'est pas un inconnu.

Assis sur son lit, le visage fermé et les bras croisés, Gabriel observait son ami faire les cent pas dans son appartement, l'air furieux.

- Et tu as pensé à ton frère ? Il est venu exprès pour te voir et ça fait deux jours que tu l'ignores ! Tu ne peux pas continuer à fuir indéfiniment.

- Je ne fuis pas. Répliqua Gabriel entre ses dents. Je veux simplement changer d'air. Je parlerai à Raphaël à mon retour.

Inias secoua la tête en soufflant.

- Sam ne sait rien de toi. Imagine... Imagine une seconde qu'il ait à gérer la même situation que j'ai dû gérer avant-hier. Comment crois-tu qu'il va s'en sortir ? Vous serez au milieu de nulle part, tu...

- Ça suffit. Trancha froidement le blond en se levant pour lui faire face. Tu sais quel est le vrai problème ? Ce n'est pas Sam, ni même mon « état », comme tu dis.

Il pointa un doigt sur sa poitrine et plongea ses yeux brûlants de colère contenue dans ceux de son ami. Cela faisait plus d'un quart d'heure qu'Inias tentait de le raisonner et il commençait à en avoir plus qu'assez. Assez pour lui balancer des vérités qu'il retenait depuis trop longtemps et qui l'étouffaient peu à peu.

- Le seul vrai problème, c'est que tu es jaloux que ce soit avec lui que je parte et pas avec toi. Tu as peur que je t'échappe et tu... Tu te sers de ce que j'ai fait pour essayer de me garder près de toi. C'est dégueulasse. Souffla-t-il.

Inias le fixa avec un air aussi choqué que blessé, incapable d'articuler un seul mot face à ses accusations, et encore moins de se défendre. Parce qu'il savait parfaitement qu'il y avait une part de vérité dans les paroles de Gabriel. Son silence suffit à confirmer ses pensées au petit blond qui se détourna de lui avec la cruelle impression d'avoir été trahi.

- Sors de chez moi. Articula-t-il en espérant dissimuler sa voix tremblante.

- Gaby...

- Tu n'as pas le droit de me faire ça ! Cria-t-il en se retournant, les yeux brillants de larmes. Tu n'as pas le droit de te servir de ce qui ne va pas chez moi pour me garder pour toi ! Je ne suis PAS à toi ! Je croyais qu'on était amis et... Tu étais censé...

Sa voix se brisa malgré lui dans un éclat et il s'étrangla dans les sanglots qui lui obstruaient la gorge.

- Laisse-moi tranquille. Hoqueta-t-il en le repoussant alors qu'Inias tentait, désemparé, de le rassurer. S'il te plait, va-t-en.

- Je ne peux pas te laisser comme ça... Murmura le brun en conservant néanmoins une distance suffisante pour qu'il ne se sente pas piégé.

Il le connaissait sur le bout des doigts et il savait qu'en temps normal, il ne l'aurait jamais laissé dans une telle situation, de peur qu'il ne fasse une crise d'angoisse violente ou pire... Mais cette fois, c'était différent, il était le seul fautif et il ne pouvait pas réparer ce qu'il venait de causer.

- Je n'ai pas envie de me foutre en l'air, si c'est ce que tu penses. Siffla Gabriel en le fixant. Je compte bien profiter de mes vacances avec Sam. Tu peux partir.

Le regard venimeux de son ami lui perfora le cœur plus sûrement qu'un coup de poignard. Gabriel ressemblait à cet instant à une bête traquée et blessée, n'hésitant pas mordre ceux qui tentaient de l'approcher de trop près. Inias savait qu'il n'y avait plus aucun moyen de lui faire entendre raison, il avait perdu sa confiance plus rapidement qu'il ne l'avait gagnée.

- Laisse-moi au moins t'expliquer... Insista-t-il en désespoir de cause. Je ne veux pas que tu penses ça de moi.

Gabriel décida d'ignorer sa détresse et secoua fermement la tête. Il était trop en colère pour écouter ses explications.

- On en discutera la semaine prochaine. En attendant...

Inias se mordit les lèvres en le regardant et se détesta de le faire pleurer. Il voulait simplement le protéger, son seul tort était de l'aimer un peu trop pour le faire correctement. Il se résigna à le laisser tranquille en sachant pertinemment que le jeune homme aurait besoin de temps avant de revenir vers lui. Il espérait simplement qu'il reviendrait. Auquel cas, il s'en voudrait longtemps d'avoir gâché leur amitié aussi bêtement.

Une fois la porte fermée, Gabriel se laissa glisser le long du mur et ramena ses jambes contre lui en tremblant de rage. Il avait mal au cœur et il avait la désagréable sensation d'avoir été manipulé par la personne en laquelle il avait le plus confiance.

Il pleura longtemps avant de trouver la force de se trainer jusque sur son lit pour tomber dans un sommeil sans rêve.

Il était plongé dans ses pensées quand un tas de mèches brunes remua sous le duvet situé de l'autre coté du feu. Sam était en train de se réveiller. Il essuya rapidement ses joues et se leva pour aller défaire la tente, autant pour reprendre contenance que pour dissimuler ses yeux rougis.

Le manque de sommeil ne l'avait pas arrangé. Il avait dormi à peine deux heures avant que le soleil ne pointe le bout de son nez pour le réveiller. Depuis, il avait entretenu le feu en attendant que son compagnon ne s'éveille. Et ses pensées s'étaient égarées comme elles menaçaient à nouveau de le faire à l'instant.

Le lendemain matin, c'était le vibreur de son téléphone qui l'avait tiré du sommeil. Il ouvrit un œil endormi et tendit la main vers l'appareil pour le ramener devant son visage. Il venait manifestement de rater deux appels de son frère. Il grogna et se retourna pour fermer à nouveau les yeux quelques minutes. Il avait plus dormi en une nuit qu'il ne l'avait fait ces derniers jours et paradoxalement, il se sentait d'avantage fatigué en se réveillant.

Un troisième appel de son frère finit par le faire émerger définitivement quelques minutes plus tard. Il se redressa en s'étirant de tout son long et décrocha en répondant d'une voix engourdie.

- Allo, Raph ?

- Gabriel. Ça fait trois fois que j'essaye de t'appeler.

Le petit blond jeta un œil à son horloge murale. Il était neuf heure. Son frère avait enfin la décence de l'appeler à une heure correcte. Mais pour qu'il l'appelle par son prénom entier, c'est qu'il ne devait pas être d'humeur joyeuse.

- Bonjour à toi aussi, Raphaël. Tu sais qu'il y a des gens qui dorment à cette heure-ci ? D'autant plus un dimanche.

- Combien de temps est-ce que tu comptes encore m'éviter ? Je ne vais pas pouvoir rester indéfiniment.

Gabriel soupira bruyamment et s'extirpa de son lit pour aller se faire couler un café, indispensable pour affronter son dragon de frère.

- On peut se voir aujourd'hui, si ça te chante. Dit-il en étouffant un bâillement.

- Si ça me... Il l'entendit étouffer un juron avec un sourire satisfait. Quand est-ce que tu es disponible ?

- Mais toujours, pour mon grand frère chéri. S'amusa Gabriel en riant de l'entendre pester.

- Tu es déjà debout ?

Gabriel sursauta et tourna la tête vers le grand brun qui se tenait derrière lui, le visage encore chiffonné de sommeil et les cheveux en pétard. Il rit doucement devant ce spectacle sans pouvoir s'empêcher de trouver Sam adorable.

- Pas depuis très longtemps. Mentit-il. On dirait que tu as bien dormi ?

- J'ai eu froid. Marmonna le garçon en se frictionnant les bras. Et j'ai mal partout.

- Moi aussi. Avoua le blond. Mais il paraît qu'il faut soigner le mal par le mal.

- Je ne vais jamais réussir à tenir ce rythme pendant une semaine. Gémit Sam en le regardant piteusement.

Gabriel éclata franchement de rire et posa ce qu'il était en train de faire.

- Il va pourtant falloir marcher encore une journée et... Ne me regarde pas comme ça, il y a un bus qui nous attend ce soir.

Le soulagement intense qui s'inscrivit sur les traits du brun renforcèrent l'hilarité de Gabriel qui secoua la tête en repoussant à deux mains les mèches blondes qui dansaient devant ses yeux. Il remarqua à cet instant que Sam le fixait d'un air étrange.

- Quoi ?

Le jeune homme sembla hésiter et Gabriel sentit la brise fraîche effleurer ses avant-bras nus. Il tira brusquement sur ses manches avant que le brun ne se mette à parler et se détourna pour continuer à démonter la tente. Le sang bourdonnait désagréablement à ses oreilles et il avait la sensation déchirante d'avoir fait voler en éclats la fragile complicité qui s'était instaurée entre eux.

Tout en s'affairant, il sentait le regard de Sam lui brûler la nuque mais celui-ci ne lui posa aucune question. Il se contenta de l'aider à faire les préparatifs et semblait avoir oublié cet incident au moment de repartir.

Les heures qui suivirent furent relativement silencieuses, lourdes en comparaison de l'atmosphère de la veille. Il planait une sorte de malaise que ni l'un ni l'autre des deux garçons ne savait comment briser. Gabriel était la plupart du temps plongé dans ses souvenirs, regardant le paysage défiler comme derrière la vitre d'un train, voyageur absent.

Il lui fallu quelques minutes, en ouvrant les yeux, pour se rappeler où il était. Les événements se mélangeaient dans sa tête, flous et imprécis. Il se souvenait avoir téléphoné à Inias, il se souvenait du trajet en voiture, de la torpeur qui lui engourdissait les membres, de l'immense fatigue et cette envie de se laisser glisser.

Du sang, aussi. Beaucoup trop de sang. Sur ses mains, sur le carrelage, sur son T-shirt. Il ne savait pas qu'un corps humain pouvait contenir autant de sang.

Il remontait le fil de ses souvenirs minute par minute. Pourquoi y avait-il autant de sang partout ? Qu'avait-il fait ?

Il se redressa un peu sur son matelas et se cala tant bien que mal contre la tête de lit. Ses yeux glissèrent de ses mains à ses bras bandés, à ces fils transparents qui reliaient son corps à la machine qui bourdonnait à côté de lui. Il ne comprenait pas. Ou il comprenait trop bien.

Il détacha le sparadrap qui refermait le bandage de son bras gauche et inséra ses doigts sous le pansement pour le détacher, déroulant impatiemment la gaze qui tomba en spirale sur son drap et dévoilant sa peau nue.

L'appréhension s'était envolée avec le dernier bout de tissu. Son absence de réaction ne l'étonna pas, il avait déjà vécu ça. Déjà vu le bourrelet rouge et boursouflé qui courait de l'intérieur de son poignet à la moitié de son avant-bras, rafistolé avec des fils bleu nuit qui empêchait son sang de s'écouler à nouveau en dehors de lui. Il n'avait pas besoin d'arracher son autre bandage, il savait.

Il était toujours là. Pourquoi ?

La seconde d'après, il étouffait.

Il chercha des yeux un repère tandis que le sang se mettait à battre dans ses oreilles avec un tempo assourdissant. Il avait beau ouvrir la bouche, l'air n'entrait plus ni ne sortait de sa gorge obstruée. Ses pensées, confuses, l'assaillaient de toute part, accompagnant la douleur lancinante qui lui perforait la poitrine. Ses yeux se remplirent de larmes alors qu'il basculait sans contrôle dans un puits sans fond qu'il connaissait par cœur et qui n'était que souffrance.

Souffrance.

Quelque chose se recroquevilla au fond de lui pour tenter de se protéger. Il n'était à l'abris nulle part. Il avait mal à en crever et il était certain que cette fois, il allait y rester. Son cœur allait finir par exploser dans sa poitrine. Ça aurait pu durer des heures, des jours, comme quelques secondes. Il ne voyait rien d'autre que l'obscurité malgré ses yeux écarquillés. Et s'il finissait finalement par crever là, sans que personne ne s'en rende compte ?

Une main se posa soudain sur sa poitrine, fraîche et assurée, le repoussant contre son matelas tandis qu'une autre cueillait sa joue. Puis une voix, lointaine au début puis de plus en plus proche. Suffisamment, enfin, pour lui permettre de reprendre pied dans la réalité.

- Mr Novak, regardez-moi. Est-ce que vous parvenez à me voir ?

Gabriel papillonna des yeux devant la lumière aveuglante des néons et voulu lever une main devant son visage, main retenue par celle du médecin.

- Mr Novak ? Gabriel ? Je suis là. Est-ce que vous êtes avec moi ?

- Eteignez... Murmura-t-il d'une voix rauque qu'il reconnu à gorge lui donnait l'impression d'être une terre aride.

La médecin le lâcha une seconde pour aller éteindre le plafonnier avant de revenir s'asseoir près de lui.

- Vous parvenez à me voir et à m'entendre correctement ?

Gabriel hocha la tête même si tout continuait de tanguer autour de lui.

- Comment est-ce que vous vous sentez ?

- Fatigué... Répondit-il avec un pâle sourire qui sembla néanmoins rassurer la médecin.

- C'est normal, après une telle crise d'angoisse. Vous avez de la chance que je passe dans le coin.

Gabriel opina en détournant le regard.

- Merci. Dit-il d'une voix éteinte.

Du coin de l'œil, il vit la femme brune retourner sa main pour examiner son bras nu avant de sortir une nouvelle bande de gaze de sa poche pour lui refaire son pansement.

- Je sais que vous ne voulez recevoir d'aide de personne, Gabriel. Je le sais parce que je connais ce regard. Mais je sais aussi que c'est la deuxième fois que vous venez ici, et que cette fois, votre ami ne vous a pas trouvé par hasard. Vous n'êtes pas dans cette chambre par hasard. Vous avez appelé à l'aide, même si c'est encore dur pour vous de l'accepter.

Gabriel ferma les yeux et s'enfonça un peu plus dans son oreiller.

- Je ne veux pas voir de psy.

La médecin termina de poser un bout de sparadrap sur son pansement avant de le regarder.

- Vous n'êtes pas fou, Gabriel, ou peu importe l'idée que vous vous faites de votre maladie. Personne ne vous forcera à faire quoique ce soit à moins que vous ne nous y forciez. Un troisième séjour à l'hôpital suffira à conclure que vous êtes un danger pour vous-même. Je fais déjà une exception parce que je vous fait confiance, je sais que vous êtes intelligent, qu'inconsciemment, vous avez envie de vous en sortir. Je n'ai pas raison ?

Gabriel resta silencieux, la mâchoire serrée et les yeux fixés sur la vitre, sur le soleil qui filtrait à travers les stores électriques.

- Les visites commencent dans dix minutes et votre ami attend de vous voir. Il a l'air de beaucoup tenir à vous.

La médecin tourna les talons sur ces paroles et referma la porte derrière elle, laissant le jeune homme dans un mutisme buté. Il n'avait même plus le courage de feindre un sourire pour recevoir Inias.

- Gabriel ? Tu es avec moi ?

La voix de Sam le fit sursauter et il se rendit compte qu'il marchait seul depuis plusieurs secondes, le grand brun s'étant immobilisé quelques pas en arrière, les yeux rivés sur la carte du parc. Gabriel se tourna vers lui avec un sourire confus.

- Excuse-moi, tu disais ?

Sam désigna une bifurcation sur leur chemin.

- Je pense que si nous passons par là au lieu d'emprunter le chemin que nous avions convenu, nous pourrions raccourcir le trajet jusqu'au bus d'une bonne dizaine de kilomètres.

Gabriel rebroussa chemin et rejoint son compagnon pour lire par-dessus son épaule.

- Hum... Tu as raison. Alors on prend à gauche au lieu d'aller tout droit ?

Le jeune homme hocha la tête en rangeant la carte.

- Tu me fais confiance ?

- Evidemment, Sammy ! Répliqua le petit blond en lui lançant un clin d'œil. Autrement je me méfierais en me demandant si tu ne me ferais pas par hasard le coup du raccourci.

- Le coup du raccourci ? Sam haussa les sourcil en le regardant, sceptique.

- Bah... C'est comme le coup de la panne mais version randonnée, tu vois. Se justifia Gabriel.

Sam roula des yeux en dissimulant son sourire sous un soupire et se remit en marche. La réaction du garçon était tout ce que le serveur attendait et il le suivit avec le cœur un peu plus léger, heureux que le malaise entre eux se soit dissipé bien que Gabriel savait que son compagnon ne tarderait pas à lui poser des questions.

En attendant, il profita de leurs dernières heures de marches de la journée pour rattraper le temps perdu dans la matinée et papoter de tout et de rien avec le brun, ce qui lui permis également de lui sortir ses idées noires de la tête.

En s'asseyant enfin dans le bus à côté de Sam en début de soirée, il en profita pour rallumer son téléphone et consulter ses messages, espérant ne pas se retrouver inondé de SMS assassins de la part de son frère. En fait, il n'en avait qu'un seul, de la part d'Inias.

Je suis tellement désolé, Gabriel.

Je me suis comporté comme le pire des connards alors que je me suis toujours promis de te protéger de ce genre de personne, et je m'en veux énormément. J'espère que l'on pourra se voir à ton retour, et j'espère aussi que tu profites de la compagnie de Sam, tu le mérites.

Ne me laisse pas, s'il te plait. Tu me manques.

Gabriel soupira et éteint son appareil sans répondre. Il penserait à ça plus tard.

A suivre...