Hola amigos !

Après ma petite semaine de vacances où j'ai eu le temps d'écrire, je vous laisse ce chapitre un peu différent, en espérant qu'il vous plaise ! Ouep, je me répète mais tout le monde sait qu'on ne publierait jamais si on trouvait nos textes parfaits !

Merci encore et toujours de votre soutient indéfectible et de vos commentaires qui me font bien rires (se reconnaîtront) ou qui m'encouragent à continuer.

Bisous.

Musique : Casual affair - Panic! At the Disco


Casual affair

Raphaël, Inias

Après le départ de son frère, Raphaël s'était retrouvé seul dans sa chambre d'hôtel et plus démuni qu'il ne l'avait encore jamais été.

Leur rencontre avait été brève. Comme à son habitude, Gabriel avait bâti un mur d'illusions entre lui et le monde, l'excluant de toute tentative d'effraction dans sa vie privée.
Il avait pourtant été accessible, répondant à certaines questions futiles pour mieux esquiver celles qui touchaient au cœur du sujet. Raphaël n'avait pas été dupe et en écourtant la conversation d'une excuse fallacieuse, il avait eu la désagréable impression que son cadet lui filait entre les doigts comme une anguille d'un filet.

A ce moment là, il ne lui avait pas touché un seul mot de son voyage. Autant dire que le brun était tombé des nues quand il avait reçu un message le lundi matin lui expliquant qu'il pouvait plier bagages et rentrer chez lui car son frère ne reviendrait pas avant une bonne semaine. Gabriel avait été bref et concis, peut-être pour tenter de minimiser la réaction de son aîné, et lui avait simplement écrit qu'il partait faire un roadtrip avec l'un de ses amis à l'est de la Californie. Un roadtrip.

Raphaël avait senti le sang bouillir dans ses veines. Cela faisait presque une semaine qu'il sacrifiait le temps qu'il aurait dû consacrer à sa thèse pour essayer de comprendre et d'intervenir dans la vie bancale de Gabriel. Et ce dernier se permettait de le planter du jour au lendemain sans explication ou presque pour partir en voyage. A ce stade, Raphaël estimait que c'était pire que de se foutre de sa gueule. Et son téléphone qui sonnait dans le vide. Qu'est-ce que son frère avait dans le crâne, au juste ?

C'est à ce moment là qu'il envisagea d'en parler au reste de sa fratrie. Seul, il ne pouvait pas gérer un Gabriel qui refusait de se laisser aider et qui fuyait ses responsabilités comme la peste.

Inias lui avait laissé son numéro de portable.
Après avoir longuement hésité, il l'avait appelé lundi midi pour tomber sur son répondeur. Le jeune homme l'avait rappelé dans la soirée en s'excusant du délais et en lui expliquant qu'il travaillait toute la journée. Il lui avait proposé un verre et Raphaël avait accepté, espérant trouver des réponses là où son frère ne montrait que des zones d'ombres.

Les deux hommes s'étaient retrouvés dans une brasserie non loin de l'hôtel de Raphaël le soir même. N'ayant pas prévu de rester plus de quelques jours sur place, le brun n'avait pratiquement rien à se mettre. Pas qu'il ait jamais prêté grande attention à son apparence, il espérait simplement que la brasserie qu'avait choisie l'ami de Gabriel ne serait pas trop habillée pour son simple T-shirt noir et son vieux jean délavé. Après tout, il n'y connaissait rien, lui qui sortait si rarement que les quelques amis qu'il avait pu se faire au début de son cursus l'avaient laissé de côté, lassés de se heurter à un mur à chaque proposition de sortie ou de fête, et qui passait l'essentiel de son temps le nez dans ses manuscrits ou dans ses livres médicaux.

Il avait cependant été rassuré en voyant l'endroit, simple et discret, coincé entre deux restaurants qui l'étaient moins. Il avait vérifié l'adresse et poussé la porte, sentant la vague de malaise habituelle l'envahir quand les regards se tournèrent vers lui avant de reprendre l'objet de leur attention.

Il n'eut pas besoin de chercher longtemps qu'Inias s'avançait vers lui pour le guider à sa table. Ils échangèrent une brève poignée de main et Raphaël se laissa glisser sur la banquette matelassée qui faisait face à la chaise du jeune homme.

- Qu'est-ce que tu bois ?

Inias attendit patiemment que Raphaël lui réponde. Ce dernier observait les lieux avec intérêt. Sa manière de fixer chaque chose le temps d'un battement de cils et de s'en désintéresser tout aussi rapidement pour passer à autre chose, ainsi que la façon qu'il avait de pencher légèrement la tête quand on s'adressait à lui évoquait à Inias l'image d'un oiseau. Un oiseau à la curiosité timide mais à l'esprit vif et aux yeux intelligents.

- De l'eau gazeuse. Répondit enfin Raphaël sans sembler se rendre compte du temps qu'il avait mis à répondre.

Il remarqua le haussement de sourcil surpris de son voisin mais ne s'en formalisa pas. Il attendit que le serveur apporte leurs verres pour parler. Il avait déjà remarqué le regard curieux du jeune homme sur lui à l'hôpital, le même qu'il avait ce soir, et il ne comptait pas lui laisser la chance de lui jouer son numéro de charme comme il avait dû le faire avec son frère.

- Est-ce que vous étiez au courant que Gabriel comptait partir ?

Un léger sourire moqueur s'étira sur les lèvres d'Inias qui prit le temps de boire une gorgée de cognac avant de lui répondre.

- On pourrait peut-être laisser tomber le vouvoiement, non ?

Il vit Raphaël pincer les lèvres avant de hocher rapidement la tête sans pour autant modifier sa question. Il semblait vouloir instaurer le plus de distance possible entre lui et le jeune homme sans qu'Inias sache vraiment pourquoi.

- Et bien... Dit-il. Je l'ai su il y a quelques jours.

- Il me l'a dit ce matin. Lâcha Raphaël un peu abruptement.

- Ça ne m'étonne pas... Répondit son interlocuteur en s'adossant à sa chaise, le regard attentivement fixé sur lui alors qu'il faisait machinalement tourner le liquide dans son verre. Il a dû penser que tu l'en empêcherais.

- Il n'en fait qu'à sa tête. Rétorqua Raphaël avec un reniflement agacé avant de terminer son verre d'une traite.

- C'est vrai. Concéda Inias en sirotant tranquillement le sien.

Il l'observa par-dessus son verre sans pouvoir s'en empêcher. Le regard de Raphaël ne se posait que brièvement sur lui avant de voler autre part. Il ne le regardait jamais dans les yeux quand il lui parlait et si ce détail avait tendance à irriter Inias en temps normal, il l'interpellait chez le brun. Il n'avait pas l'air d'être à l'aise ici, avec lui et même l'agacement qu'il ressentait à l'instant pour son frère était tempéré, comme s'il craignait de s'exprimer trop haut. Sa retenue l'intriguait d'autant plus qu'il semblait vouloir se faire remarquer le moins possible alors qu'il ne passait pas inaperçu avec son visage d'ange et ses cheveux longs ramenés en chignon lâche sur sa nuque.

- Quelle est la vraie nature de votre relation ? Demanda-t-il soudainement. Je ne crois pas que vous soyez de simples amis.

Inias s'attendait à cette question même s'il n'était pas certain que le brun ose la poser. Il prit le temps de réfléchir à ses mots avant de répondre. Beaucoup de choses avaient changées depuis quelques jours.

- Nous sommes amis avant tout. Dit-il prudemment. Et il nous arrive de coucher ensemble.

Raphaël fronça le nez – tic qu'il partageait avec son frère, remarque Inias – et le toisa un instant.

- Vous n'êtes pas amis, dans ce cas.

Inias secoua la tête. A force, il avait l'habitude d'expliquer sa drôle de relation et de se heurter à toutes sortes de réactions plus ou moins compréhensives.

- Si. Gabriel n'est pas amoureux de moi, nous ne sommes pas ensemble.

- Je ne couche pas avec mes amis. Répliqua tout de même Raphaël avec un air buté.

- Mmh... Inias croisa les doigts sous son menton et le regarda fixement, un petit sourire au coin des lèvres en cherchant comment dérouter le brun qui n'avait pas l'air d'avoir envie d'accorder le moindre crédit à son histoire. Alors tu couches avec qui ?

Raphaël lui rendit un regard neutre et ne prit pas la peine de lui répondre. Il ne comptait pas se laisser impressionner par cet homme qui, par l'assurance dont il se drapait comme d'une cape et la provocation qu'il arborait comme une couronne, tentait de prendre l'ascendant sur lui. Il resta résolument silencieux jusqu'à ce que l'autre reprenne avec plus de sérieux.

- Je comprends que ça puisse être difficile à concevoir mais c'est comme ça que ça se passe.

- Tu dis que Gabriel n'est pas amoureux de toi. Et de ton côté ?

Inias ouvrit la bouche et la referma, pris de cours. Dans un sens, c'était un prêté pour un rendu pour son indiscrétion, mais l'esprit analytique de Raphaël était plus fin qu'il le pensait et il fut surpris qu'il le perce à jour aussi facilement, renversant insidieusement le rapport de force avec l'air de le savoir parfaitement.

- Je ne suis pas amoureux de lui. Répondit-il trop vite et trop fort pour être crédible.

Il s'en rendit compte, Raphaël s'en rendit compte mais aucun des deux ne fit de commentaire. Les yeux du brun parlaient pour lui.

- Comment était Gabriel la dernière fois que tu l'as vu ? Reprit Raphaël en croisant ses bras sur la table.

Inias avait rapidement retrouvé sa contenance et son sourire confiant mais une légère tension s'était installée entre les deux hommes.

- Plutôt bien. Répondit-il. Mais pas assez à mon goût pour partir une semaine comme ça. Il est trop instable.

Raphaël soupira, c'était ce qu'il craignait d'entendre. Et son frère le savait parfaitement, raison pour laquelle il était désormais hors de portée.

- Et tu as eu des nouvelles, depuis ?

- Non... Inias baissa les yeux sur son verre vide. On s'est engueulés.

- A quel propos ? Osa le brun en le regardant.

Son interlocuteur ne répondit pas. Il jeta un coup d'œil au comptoir avant de tourner les yeux vers lui.

- On peut continuer cette conversation chez moi. Proposa-t-il.

Raphaël plissa les yeux, soupçonneux devant ce brusque changement de sujet.

- Je suis bien ici.

Inias eut un sourire amusé qui éclaira ses prunelles sombres.

- Je ne vais pas te manger. Même si tu sembles plutôt appétissant.

Raphaël se maudit de rougir aussi facilement et lui lança un regard noir qu'il espérait convaincant malgré la température élevée de ses joues.

- Non merci.

- Tant pis. Sourit encore Inias. Un autre verre ?

Le brun secoua la tête et ramena sa veste contre lui. Il était là pour parler de Gabriel, pas pour subir les avances ambiguës de son amant qui semblait prendre ça pour un jeu où Raphaël ne se sentait clairement pas en position de force.

- Je n'ai pas l'intention de perdre mon temps. Cingla-t-il en se levant. Je suis là pour Gabriel, et parce que je pensais que tu étais son ami.

Il l'abandonna ainsi à sa table, frustré et troublé par l'attitude trop légère d'Inias. Il ne lui restait plus qu'à appeler ses aînés en espérant qu'ils acceptent de lui accorder un peu de temps et d'attention pour leur expliquer les choses.

Cependant, il n'avait pas fait dix mètres dans la rue qu'il entendit la voix d'Inias derrière lui.

- Attends, Raphaël ! Pardonne-moi, je ne voulais pas te froisser.

Le concerné haussa les épaules et continua sa route sans se retourner. Il avait assez de son air suffisant de mâle dominant pour la soirée, voire pour le reste de sa vie.

Mais le jeune homme le rattrapa, l'air penaud, et se mit à marcher à sa hauteur sans toutefois essayer de le toucher pour le retenir comme il l'avait fait à l'hôpital. Il avait cru remarquer que, contrairement à son frère, le brun craignait le contact.

- Je suis désolé. Vraiment. Continua-t-il devant le silence de Raphaël. Bien sûr que je veux aider Gaby. Je ne supporte pas de le voir dans cet état mais je pensais que tu l'avais déjà compris.

Raphaël s'arrêta brusquement, forçant Inias à faire de même. Au-dessus d'eux, le grondement de l'orage roula sur la ville, annonçant l'averse imminente qui menaçait depuis le début de la journée, s'accumulant dans des nuages sombres et lourds. Le ciel se tarderait pas à se déchirer pour rafraîchir l'atmosphère irrespirable qui flottait dans les rues.

- Je comprends surtout que la morale est un principe qui te fait cruellement défaut. Gabriel a besoin d'un soutient, pas d'une cage, et encore moins d'un amant possessif et volage.

Inias accepta la critique sans broncher. Il fourra ses mains dans ses poches et baissa la tête.

- Je sais qu'il n'a pas besoin de ça. C'est pour ça que je veux que tu puisses l'aider, toi et tes frères.

- Tu n'y mets pas beaucoup du tiens. Répliqua le brun en restant sur la défensive.

Inias leva les yeux en sentant une première goutte s'écraser dans sa nuque. Il tendit la main tandis qu'un craquement éclatait dans l'air. Une seconde plus tard, les nues s'ouvraient en deux pour déverser des trombes d'eau glacée et ils furent trempés des pieds à la tête en moins d'une minute alors que la température chutait brusquement.

- Viens !

Inias s'éloigna en courant dans la rue et Raphaël, qui n'avait rien d'autre que sa veste en toile pour se couvrir, dû se résoudre à le suivre pour ne pas finir mouillé et frigorifié jusqu'aux os.

Quand il trouva refuge dans le hall de l'immeuble du jeune homme, il dégoulinait de partout et il tremblait piteusement de froid en regardant autour de lui avec défiance. Inias était déjà occupé à sortir ses clefs de sa veste détrempée.

- Tu comptes rester là ou tu veux venir te sécher en haut en attendant que l'orage se calme ?

Raphaël jeta un coup d'œil à l'extérieur et à la pluie battante, aux éclairs qui zébraient le ciel par intermittence. Avait-il vraiment le choix ?

- Je monte. Déclara-t-il à contrecœur.

L'appartement d'Inias était spacieux et bien agencé. Sur les murs, des affiches et des photos de courses de moto, quelques trophées sur les étagères, des piles de CDs. Une dizaine de plantes grasses et de cactus trônaient dans la pièce de vie, ajoutant une touche de couleur à la sobriété des murs blancs. Dans un coin, des bottes de moto étaient posées sous un porte-manteaux orné d'un blouson de cuir et d'un casque, mettant un terme quant aux derniers doutes sur les activités du jeune homme.

- C'est ton métier ? Ne put s'empêcher de demander Raphaël qui, au lieu de dégouliner dans le hall d'entrée, dégoulinait à présent sur le paillasson.

Inias retint un éclat de rire en se tournant vers lui. Raphaël avait l'air misérable avec ses vêtements qui lui collaient au corps, ses mèches noires plaquées contre son visage et son expression farouche le défiant de faire le moindre commentaire là-dessus.

- Oui. Répondit-il. Entre, ne reste pas dans l'entrée, je vais te chercher une serviette. Et ne t'en fais pas pour le sol, je devais laver de toute façon.

Quand il revint de la salle de bain avec plusieurs serviettes, le brun avait migré du paillasson au milieu de la pièce avec l'air de ne pas savoir où se mettre. Inias lui tendit une serviette et lui désigna la pièce d'eau.

- Si tu veux te changer, je peux te prêter des vêtements et faire sécher les tiens en attendant.

Le jeune homme crû un instant que Raphaël allait refuser tout net mais le brun sembla réfléchir avant de hocher la tête.

- C'est gentil, je te remercie.

Inias sourit et disparu dans la cuisine pour le laisser se changer et prendre ses aises chez lui. Il en profita pour se mettre aux fourneaux et leur cuisiner un plat chaud, le seul qu'il savait parfaitement faire et qui ne demandait aucune capacité en cuisine : les spaghettis sauce carbonara.

Raphaël entra timidement dans la cuisine quelques minutes plus tard, guidé par l'odeur et les grondements de son estomac. Il flottait un peu dans le pull et le jogging que lui avait prêté Inias et qui sentaient une lessive différente de la sienne. Le tissu du sweat était un peu rêche contre sa peau mais il n'avait pas osé lui demander un T-shirt, il était déjà suffisamment gêné d'abuser de son hospitalité alors qu'il avait une très mauvaise opinion de lui quelques minutes auparavant. Pourtant, sa méfiance et son agacement s'étaient évanouis devant l'amabilité du jeune homme qui lui avait ouvert sa porte et il était disposé à lui pardonner son écart au bar.

- Qu'est-ce que tu cuisines ? Demanda-t-il en s'approchant. Tu as besoin d'aide ?

Inias secoua la tête en souriant, Raphaël se demandait s'il était toujours d'humeur aussi légère.

- Non merci. Je te cuisine la spécialité du chef, ou autrement dit, le plat préféré de Gaby.

- Hum. Le brun s'empourpra un peu, mal à l'aise. Je ne vais pas rester plus longtemps, c'était déjà sympa de m'abriter mais je...

- Tu rien du tout. Le coupa Inias. Tu as vu le temps ? Il va pleuvoir jusqu'à demain. Et puis j'ai fait à manger pour deux. Je veux parler sérieusement de Gaby.

- Bon...

Raphaël tira sur ses manches trop longues sans savoir quoi faire.

- Pourquoi a-t-il arrêté la fac ? Demanda-t-il pour meubler le silence.

Inias posa la casserole sur la table et sortit deux couverts avant de lui répondre.

- Il disait que ça ne lui convenait plus. Qu'il reprendrait quelque chose qui lui plairait vraiment. Puis il a trouvé ce job et je ne crois pas qu'il ai cherché autre chose depuis.

Il invita Raphaël à s'asseoir et remplit son assiette avant de s'installer en face de lui. Le brun se mordillait les lèvres en fixant son plat.

- Ça ne m'étonne pas. Finit-il par répondre. C'est notre père qui voulait qu'il fasse du droit, pas Gaby. Ça ne l'a jamais intéressé. Ce qui l'intéressait, c'était l'art.

Inias haussa les sourcils.

- L'art, vraiment ? Quoi exactement ?

Raphaël fit un vague geste de la main.

- Un peu de tout. Il aimait beaucoup le théâtre même s'il n'a jamais pu en faire. Et il dessine, il peint, il aime la photographie aussi.

- Il dessine bien. Confirma Inias. J'ai vu quelques uns de ses dessins mais pas ses peintures.

- Il ne les montre pas souvent. Sourit doucement Raphaël. Il trouve toujours que ce n'est pas assez bien.

Inias laissa passer quelques secondes en réfléchissant. L'expression de Raphaël s'était assombrie quand il avait évoqué son père.

- Pourquoi votre père voulait-il absolument que Gabriel fasse du droit ?

Le brun eut un petit rictus amer et tripota un instant ses pâtes avec sa fourchette sans les manger.

- Parce qu'il était lui-même avocat et qu'il n'imaginait pas notre avenir autrement qu'à la tête de son cabinet. Malheureusement pour lui, le droit n'intéressait aucun de nous quatre.

- Il a dû mal le prendre... Grimaça Inias.

Raphaël poussa un bref soupir qui en disait long en repoussant ses lardons sur le bord de son assiette.

- Michel et Lucy n'en ont toujours fait qu'à leur tête et puis à deux, ils étaient plus forts. Quand ils sont partis, ils n'ont demandé l'avis de personne et ils s'en sont sortis grâce à ça. J'ai eu plus de mal à me défaire de son emprise mais grâce à ma mère, j'ai pu choisir quand j'en ai eu l'âge la voie de la médecine. Pour Gaby... C'était plus compliqué. Il n'a presque pas connu notre mère, Michel et Lucy n'étaient plus là, j'étais rarement à la maison... Il a toujours été tête en l'air, dans son monde. Notre père n'a pas eu besoin de beaucoup le forcer pour le pousser dans cette voie. Gaby n'y a toujours vu qu'une façon de se libérer de son contrôle. En faisant ce que mon père voulait, il s'assurait une certaine tranquillité. J'aurais dû me douter que ça ne durerait pas.

Inias avait suivi la tirade de Raphaël avec attention. Certaines pièces commençaient à trouver leur place dans le puzzle complexe qu'était Gabriel.

- Et maintenant ? Demanda-t-il. Votre père crois toujours que Gaby fais des études pour reprendre son cabinet ?

- Je pense. Répondit le brun. Mais pour être honnête, je garde mes distances avec lui. Michel et Lucy refusent de le voir depuis des années. Je crois que Gabriel est encore celui qui l'a vu le plus souvent depuis la mort de notre mère.

- De quoi est-elle morte ? S'enquit Inias. Enfin, tu n'es pas obligé de répondre...

Raphaël balaya ses paroles d'un geste de la main.

- Ça fait longtemps, Gaby avait deux ans. Elle a développé une tumeur cérébrale peu après sa naissance et quand ils l'ont découvert, il était déjà trop tard. Quand il l'a su plus tard, Gabriel a longtemps été persuadé que c'était de sa faute et notre père n'a rien fait pour le démentir. C'était beaucoup plus simple ainsi de lui faire faire ce qu'il voulait.

Ecoeuré par les souvenirs qui remontaient en lui, Raphaël repoussa son assiette à peine entamée. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas abordé le sujet avec quelqu'un et il se rendait compte en posant des mots dessus, qu'il aurait dû prévoir l'attitude de son petit frère. Leur père avait instillé la culpabilité en lui alors qu'il n'était qu'un enfant afin de pouvoir le manipuler à sa guise et s'assurer un héritier dans son domaine.

Mais Gabriel était un enfant sage et toujours de bonne humeur. Raphaël avait fini par se dire qu'il avait oublié cet épisode grâce à sa nouvelle indépendance, alors qu'il n'avait fait que le refouler au fond de lui jusqu'à ce que la culpabilité finisse par le ronger jusqu'à la moelle, faisant ressortir d'autres facettes plus sombres de sa personnalité.

Il aurait dû le prévoir mais il avait préféré regarder ailleurs et se concentrer sur sa propre vie pour ne pas voir son petit frère se consumer lentement et avec le sourire.

Il finit par se lever.

- Je vais rentrer chez moi, maintenant. Merci pour tout.

- Je ne suis pas certain que tes vêtements soient secs. Répondit Inias en le regardant. Tu peux rester là cette nuit si tu veux. Je dormirai dans le canapé.

Raphaël secoua la tête.

- Je dois rentrer demain matin et je compte partir tôt. Je vais laisser tes affaires dans la salle de bain.

Inias se leva tandis que le brun disparaissait dans la salle d'eau. Merde, il était juste en train d'en savoir plus sur la vie de Gabriel en une soirée que pendant l'année passée avec lui. Et puis Raphaël avait quelque chose de particulièrement attirant, comme pouvait l'être la lumière pour un papillon. Sa timidité maladive qui contrastait avec son caractère et sa manière de savoir exactement ce qu'il voulait, sa façon d'évoluer sans remarquer les regards qui se posaient sur lui. Il était beau sans en avoir conscience et Inias n'avait pas envie de le voir partir maintenant.

S'il devait être totalement honnête avec lui-même, il devait avouer qu'il ne voulait pas se retrouver seul après le départ de Gabriel, après les trois jours qu'il avait passé à l'ignorer superbement et pendant lesquels il avait changé de compagnie tous les soirs. Il ne cherchait pas vraiment à réparer son cœur en miettes mais plutôt à l'oublier le temps d'une nuit.

Raphaël lui plaisait comme n'importe qui aurait pu lui plaire après quelques verres mais Raphaël était le frère de Gaby. L'aurait-il seulement regardé s'il n'avait pas inconsciemment voulu provoquer une étincelle de jalousie chez son ami ?

Quand le brun sortit de la pièce avec ses vêtements humides sur le dos, il l'attendait.

- Il pleut encore. Tenta-t-il. Tu n'as rien pour te protéger.

Raphaël sourit un peu en désignant son corps.

- Trempé pour trempé... Je ne suis pas très loin.

- Tu es sûr que tu ne veux pas rester encore un peu ? Ça ne me dérange pas, je...

Il s'arrêta tout seul en voyant que le brun le regardait avec un drôle d'air. Il se retint de détourner le regard, mal à l'aise devant celui de Raphaël qui semblait lire en lui et deviner chacune de ses pensées.

- Il vaut mieux que je rentre. Dit-il en se tournant vers la porte. Merci pour ton accueil.

- Raphaël...

Il n'avait pas l'intention de prononcer son nom comme une supplique mais son assurance l'avait abandonnée maintenant qu'il était sur le point de se retrouver seul avec lui-même.

Quand le brun se tourna à nouveau, la main sur la poignée et l'air hésitant, il dépassa les limites qu'il s'était fixées et tendit la main vers son visage pour effleurer sa mâchoire avant de franchir la distance qui le séparait pour poser ses lèvres contre les siennes.

Il s'attendait à ce que Raphaël le repousse, mais pas à voir autant d'effarement dans ses yeux, ni de... Peur ? Il avait peur de lui ? Il se demanda pendant une seconde ce qui avait pu lui arriver pour qu'il craigne autant le contact quand il se prit une main dans la figure.

Le temps qu'il comprenne ce qu'il venait de se passer, la porte avait claquée et Raphaël était parti.

Merde.

A suivre...