Hello guys !
Comme je vous ai un peu teasé avec le cododo (merci pour ce mot qui m'a beaucoup plu , Aurelia-love-Saga), j'envoie donc la suite pour ne pas vous faire attendre plus.
Je n'ai pas grand chose à rajouter, à part que je vous remercie du fond du coeur, tous autant que vous êtes (si si y a assez de place, serrez-vous un peu) et que j'espère que vous serez nombreux à aller au bout de cette fiction.
Bonne lecture !
Musique : If everyone was listening - Supertramp
If everyone was listening
Gabriel, Sam
Gabriel émerge du sommeil alors que le jour s'annonce déjà clair entre les arbres. Son corps se réveille peu à peu et avec lui, son lot de sensations plus ou moins agréables. Il ne comprend pas tout de suite pourquoi il ne sent plus son bras gauche, ni pourquoi il se sent oppressé au niveau de la poitrine.
Ce n'est qu'en ouvrant un œil et qu'il aperçoit le tissu bleu du sweat de Sam devant son nez que tout lui revient en mémoire. Il se souvient du stupide jeu des questions, du brun qui s'approche soudainement beaucoup trop près et de lui qui perd le contrôle. Il se souvient de la panique obstruant sa gorge et pourtant il n'a pas sombré. Pas cette fois.
Il se redresse à peine pour ne pas réveiller son ami, mais quelque chose l'en empêche. Le brun a passé un bras autour de son cou pendant la nuit, et sa main est recroquevillée contre la poitrine de Gabriel, raison pour laquelle il a du mal à respirer. Quand à lui, il est allongé sur son bras gauche et les doigts de sa main droite sont encore crispés sur le pull de Sam.
Ils sont si proches que Gabriel peut sentir le souffle régulier de son ami sur son front, et la chaleur de son corps qui traverse toutes les couches de vêtements pour le réchauffer. Il essaye à nouveau de se redresser mais Sam grogne en resserrant sa prise sur lui, et il se retrouve brusquement prisonnier d'un ours ensommeillé bien plus fort que lui.
Il soupire et repose sa tête dans le creux de l'épaule de son ami. Ce n'est pas si désagréable. L'odeur de Sam se mélange à celle du feu de bois et de la lessive, et sa tiédeur lui donne l'impression d'être blotti dans un cocon douillet. Et il se prend à espérer que Sam se réveille le plus tard possible.
Il ne sait pas vraiment qui lui a pris hier soir, à Sammy. Tout se passait bien, Gabriel maîtrisait les choses et puis... Tout était parti en vrille en un instant. Parce que Sam avait voulu voir ce qu'il lui cachait, parce qu'il savait ou du moins, il se doutait.
Sauf que Sam s'y était mal pris, vraiment mal pris, et ça lui foutait des frissons dans le dos rien qu'à y penser. Bien sûr, il était plein de bonnes intentions, évidemment. Comme tout le monde, comme Inias par exemple. Mais il n'avait pas pu s'empêcher de se sentir agressé, comme si le jeune homme allait révéler ses secrets au monde entier sans lui demander son avis.
Et il avait eu peur, une angoisse brutale qui l'avait paralysé quand il s'était rendu compte qu'il était incapable de se défendre. Une chose en entraînant une autre, un tas de craintes irrationnelles avaient refait surface à cet moment là et son corps s'était automatiquement préparé à vivre un événement traumatisant qui n'était jamais arrivé.
Sam n'avait pas insisté. Il ne lui avait pas crié dessus, n'avait pas levé la main sur lui autrement que pour l'envelopper de sa chaleur. Pour le soutenir. Pour se faire pardonner, aussi.
Gabriel avait senti dans sa voix qu'il s'en voulait, qu'il s'était laissé emporter par l'instant. Qu'il n'aurait pas dû. Il avait senti dans sa manière de le serrer contre lui qu'il était sincère. Et il a été reconnaissant, soulagé que Sam lui laisse une porte de sortie.
L'obscurité étouffante qui menaçait de l'engloutir avait fait demi-tour, contré par les gestes maladroits mais tellement importants de son ami.
Gabriel se sent bien, maintenant. Il regarde la poitrine de Sam se soulever et s'abaisser au rythme de sa respiration et il songe qu'il n'avait pas autant dormi depuis longtemps. C'est que les bras de Sam sont plutôt confortables. Alors peut-être, peut-être seulement si Sam lui laisse de l'espace et du temps, peut-être alors qu'il réussira à lui parler. Mais pas maintenant. Pas maintenant. Il n'est pas prêt.
Il se rendort sans vraiment s'en rendre compte et se réveille seulement quand Sam remue contre lui, qu'il sent les muscles de son bras rouler derrière sa nuque et que sa respiration s'accélère légèrement avant qu'il n'ouvre les yeux. Pour tomber directement dans ceux de Gabriel. Et Gabriel trouve adorable la rougeur qui apparaît sur son nez avant de s'étaler sur ses pommettes.
- Bonjour, Sammy. S'amuse-t-il en le regardant se débattre avec les sentiments contraires qui traversent ses yeux l'espace d'une seconde.
Il faut quelques minutes au brun pour remettre les événements en place mais il finit par se détendre avant de se frotter les yeux d'un air engourdi.
- Salut, Gabe. Sourit-il doucement. Comment tu te sens ?
- Beaucoup mieux. Avoue le blond, avant de céder à la tentation de l'embêter un peu. C'est parce que tu es très confortable, quoiqu'un peu... Étouffant.
Sam avise à ce moment là le bras possessif qu'il a passé autour de son cou pendant la nuit et rougit de plus belle en le libérant de son étreinte.
- Oh, pardon...
Gabriel n'a pas vraiment envie de se lever mais il se force tout de même à s'arracher à la chaleur de Sam pour s'asseoir en grimaçant. Il a l'impression de s'être fait rouler dessus par un camion. Il voit Sam se redresser sur ses coudes et lui jeter un regard inquiet.
- Ça va ?
- Ouais. Je me fais vieux, c'est tout. Le rassure Gabriel d'un sourire.
Mais le brun a encore l'air embêté, et il s'assoit complètement pour le fixer en se tordant les mains.
- Pour hier soir... Je suis désolé. Et, hum...
Gabriel hausse les sourcils. Il se redresse soudain sur ses genoux et tend la main pour ébouriffer les cheveux de Sam qu'il adore voir changer de couleur.
- C'est bon. Ça va, Sammy... Le coupe-t-il dans son élan, peu désireux de remettre le sujet sur la table.
Il profite de la mine confuse du garçon pour se lever et étirer ses muscles douloureux. La brise matinale hérisse les cheveux sur sa nuque et il se frictionne les bras pour essayer de retrouver un peu de chaleur. Enroulé sous la couverture avec Sam, il ne s'était pas rendu compte de la fraîcheur de l'atmosphère.
- Petit dèj' ? Lance-t-il à son ami qui s'extirpe à son tour de son duvet.
Sam hoche la tête et la journée démarre sur une note légère qui se poursuivra jusqu'à la nuit. Gabriel se sent étrangement bien, et la présence de son compagnon tend à lui faire oublier les événements de la veille. Il essaye d'en tirer le positif, de voir le bon côté des choses : il est quelque part soulagé que le brun ait su voir derrière ses sourires. C'est un peu comme s'il n'était plus totalement obligé d'être quelqu'un d'autre avec lui. Il sait que ce n'est qu'un minuscule pas, que Sam est loin de savoir toute la vérité mais au moins, il a l'air d'accepter cette part de lui.
Pour l'instant du moins, il a toujours peur de le faire fuir s'il lui dit tout. Alors il essaye de minimiser, comme il le fait tout le temps et avec tout le monde. Il sait bien que ce n'est pas sain, que ça l'empoisonne mais il craint trop de perdre la petite chose fragile qu'il a l'impression de voir fleurir entre eux.
Sam a la délicatesse de ne plus reparler de la veille pendant toute la journée même s'il est évident que des centaines de questions lui brûlent les lèvres, par exemple lorsqu'il jette des coups d'œils réguliers à son ami quand celui-ci reste silencieux un peu trop longtemps, ou quand Gabriel retrousse ses manches, dévoilant les pansements qui entourent ses poignets fins.
Il se tait alors que le blond sait qu'il meure d'envie de parler, mais son silence permet paradoxalement à Gabriel de s'ouvrir un peu plus. Quelque chose s'est libéré en lui, et comme Sam les a déjà vus, il complexe un peu moins à l'idée de montrer ses bras. Il termine même la journée en manche courte sans penser un seul instant à ce que son compagnon pourrait en penser et au fond de lui, il sent que le poids qui pesait sur sa poitrine s'est un tout petit peu allégé.
oOo
Ce soir, près du feu, Sam est occupé à allumer le réchaud pour faire cuire leur repas pendant que Gabriel termine de monter la tente. Il a posé son téléphone sur une pierre et celui-ci diffuse de la musique depuis plusieurs minutes, et le petit blond ne peut s'empêcher de se balancer en rythme avec la mélodie, ce qui fait beaucoup sourire son ami qui le regarde faire sans qu'il ne s'en rende compte.
- Tu m'avais caché tes talents de danseur.
Gabriel sursaute un peu en entendant la voix de Sam juste derrière lui et se retourne en posant ses mains sur ses hanches.
- J'ai beaucoup de talents cachés, figure-toi. Réplique-t-il en le regardant.
- Comme quoi ? Demande le brun, amusé.
Gabriel affiche un petit sourire en coin et lui offre un hochement de sourcil suggestif, rien que pour le plaisir de le voir rougir.
- Je sais faire plein de choses avec ma langue... Dit-il en le regardant dans les yeux.
Il se mord les joues en voyant celles de Sammy changer de couleur et il continue avec un air très sérieux.
- Par exemple... Je peux toucher mon nez.
Sam pouffe de rire en levant les yeux au ciel.
- Impressionnant...
- N'est-ce pas. Sourit Gabriel avant de le contourner pour aller chercher son téléphone.
- Qu'est-ce que tu fais ? Interroge le brun en l'entendant passer la musique, manifestement à la recherche de quelque chose.
Gabriel lève un doigt en l'air pour le faire patienter puis repose le téléphone à sa place, l'air satisfait. Il s'approche de son ami et lui tend la main alors que la musique démarre.
- Tu veux constater mes talents de danseur par toi-même, Sammy moose ?
Il le voit hésiter, puis finalement s'approcher pour prendre sa main sans sembler savoir quoi faire ensuite. Sûr de lui, Gabriel l'attire contre lui et guide l'autre main de Sam sur son épaule avant de poser la sienne sur sa hanche. Il le sent un peu mal à l'aise face à cette soudaine proximité et blague pour détendre l'atmosphère.
- On est pas au bal de promo, détends-toi Samantha.
Le corps de Sam est un peu raide contre le sien mais son trait d'humour à le mérite de faire rire le brun qui se relâche légèrement alors que Gabriel commence à bouger. La musique est à la fois lente et rythmée, suffisamment pour permettre au petit blond d'entraîner son ami dans quelques pas pendant lesquels Sam s'accroche à lui plus qu'il ne danse.
- J'ai peur de te marcher sur les pieds. Avoue-t-il sans lâcher le sol des yeux.
Gabriel glousse et lâche sa hanche pour lui relever le menton.
- Regarde-moi, au lieu de regarder tes pieds, et arrête d'y penser.
Sam obéit et tente de suivre le mouvement du mieux qu'il peut, mais ce n'est pas un exercice qu'il a l'habitude de faire et il a du mal à coordonner sa grande carcasse avec le rythme de la musique, et ses gestes sont un peu mécaniques.
- Laisse-toi aller. Lui conseille Gabriel qui a l'impression de danser avec une souche.
- Facile à dire... Grommelle Sam qui en plus de s'emmêler les pieds, ne parvient pas à suivre la mélodie.
Gabriel rit doucement et s'arrête avant de le lâcher. Sam le regarde avec un air interrogateur et légèrement penaud.
- Je suis vraiment nul, hein ?
- Laisse-moi te guider. Sourit le blond. J'ai l'impression que tu résistes. Tu dois lâcher prise et tu verras que ça te semblera facile.
Sam n'a pas l'air convaincu mais il concède à une deuxième tentative. Gabriel remets la musique depuis le début et reprends les mains de son ami.
- Regarde-moi. Lui rappelle-t-il alors que les yeux du brun plongent automatiquement vers ses pieds.
Sam s'humidifie les lèvres et essaye de se détendre pour laisser le petit blond mener les choses. Plus facile à dire qu'à faire. Il n'a pas l'habitude de ne rien contrôler. Il se laisse néanmoins bientôt envoûter par la musique qui flotte dans le silence et par le regard doré que Gabriel pose sur lui et qui fait écho à son sourire. Ils ne font que se déplacer lentement de droite à gauche, d'avant en arrière mais Sam commence à comprendre ce que son ami voulait dire.
- C'est mieux. Apprécie ce dernier. Tu es un tout petit peu moins raide.
Le blond déplace la main qui était sur sa hanche et vient la caler au creux de ses reins, Sam frissonne en lui jetant un regard en biais quand Gabriel appuie.
- Respire. Lui conseille-t-il. Tu es tout contracté.
Sam souffle par le nez en roulant des yeux. La chaleur de la main de son compagnon irradie par-dessus le tissu de sa chemise.
- J'ai de quoi être tendu, je te signale que ce n'est pas tous les jours que je danse avec un...
Il s'interrompt brusquement et détourne les yeux pour fixer un point au-dessus de la tête du petit blond, le rouge aux joues.
- Avec un mec ? Complète Gabriel en levant la tête pour tenter d'accrocher son regard. Et c'est si terrible que ça ?
Sam secoua la tête sans le regarder.
- Non...
Ce n'est pas si terrible parce que ce n'est pas n'importe quel garçon, c'était Gabriel. Et avec lui, il faisait des choses qu'il n'oserait jamais faire en temps normal ou avec quelqu'un d'autre. Gabriel rendait ces choses à la fois banales et exceptionnelles. Comme maintenant, alors que le fait de danser de cette manière avec un autre homme l'aurait rebuté il y a peu, il y trouvait une sorte de réconfort et de complicité avec le petit blond. Il est d'ailleurs tiré de ses pensées quand ce dernier le lâche et que la chaleur de sa main laisse place à la fraîcheur du soir. Il remarque alors seulement que la chanson est terminée.
- Je ne te torture pas plus. Rit doucement Gabriel en s'éloignant pour aller chercher son téléphone.
- Attends... La voix de Sam retint le jeune homme dans son élan. Je veux bien en essayer une autre, ça peut toujours servir...
Gabriel hausse les sourcils, surpris mais ravi, et fouille dans son téléphone à la recherche d'une chanson adaptée. Il hésite à mettre un slow mais il ne veut pas non plus faire fuir Sam alors il choisit quelque chose de moins ambigu mais qui lui permettra tout de même de rester proche du garçon.
Sam est déjà un peu plus motivé quand la deuxième chanson démarre et il se place correctement dès le début, hésite moins à poser ses mains sur le blond et se laisse aller comme il le lui a demandé. La musique est longue, il se demande si Gabriel l'a fait exprès. Mais il s'en fiche après tout, il est bien. Un peu comme quand il s'est réveillé avec son ami dans les bras ce matin. Sa proximité le trouble autant qu'il l'apprécie, il s'en rend compte dans des moments comme ceux-ci. Et il commence à comprendre ce qu'il affectionne chez le jeune homme. Maintenant qu'il le sait fragile sous son air assuré, il a envie de le protéger. Pas à la manière d'une créature faible et sans défense, plutôt avec l'envie de le soutenir et de le voir véritablement heureux. Gabriel lui apporte beaucoup de joie et il aimerait en faire autant.
Ils se rapprochent inconsciemment au fur et à mesure que le temps égraine les secondes et les notes, un peu perdus chacun dans leurs pensées. Quand la musique fait place à une autre, Gabriel a les deux bras autour de la taille de Sam et le brun entoure ses épaules, la joue contre son crâne. Ni l'un ni l'autre ne font vraiment attention au changement, trop perdus dans la douceur de l'instant. Gabriel fermerait presque les yeux, la tête calée contre l'épaule de son ami, le parfum de sa peau à quelques millimètres de ses narines. Il aimerait que ce soit aussi simple que ça tous les jours, que sa vie se résume à une danse avec Sam, où le brun le serre entre ses bras pour la deuxième fois de la journée. Il est chanceux aujourd'hui.
Prisonniers de leur bulle, ils ne se rendent pas compte que l'intensité du foyer a diminuée. Ils sont tirés de leur torpeur quand le feu s'éteint tout à fait, les plongeant dans le noir complet de la nuit, éclairés seulement par quelques étoiles qui percent à travers les nuages. Ils s'immobilisent un instant sans comprendre. La musique s'est tue et Gabriel peut seulement entendre les battements de cœur de Sam tout contre son oreille. Il relève un peu la tête pour le regarder et une idée folle lui traverse l'esprit. Et s'il l'embrassait, là, comme ça ? Enlacés comme ils le sont, il n'aurait qu'à se hisser sur la pointe des pieds pour poser ses lèvres contre les siennes.
Mais déjà Sam s'arracha à son étreinte en jurant dans sa barbe, le laissant seul pour aller voir le feu dont il ne reste que les braises rougeoyantes. Gabriel reste debout au même endroit et se contente de le regarder en ravalant sa déception. C'est sans doute mieux comme ça, après tout. Il ne veut pas prendre le risque de tout gâcher entre eux.
Une fois que Sam a rallumé les braises, l'instant magique est brisé et les choses redeviennent comme avant. Le brun recommence à faire à manger comme si rien de tout cela ne s'était passé et Gabriel s'assoit de l'autre côté du feu, s'enroulant dans son duvet pour remplacer la chaleur de son ami. Il a un peu de mal à reprendre une conversation normale quand Sam lui parle, il tente en vain d'avaler les désillusions bloquées dans sa gorge. Puis le brun dit quelque chose qui fait enfin sens dans son cerveau, mais pas de la meilleure des manières.
- Tu te rends compte que demain, c'est déjà notre dernier jour ?
Gabriel avale sa salive de travers. Déjà ? Il compte dans sa tête. Merde, Sam a raison, la semaine est passée beaucoup trop vite à son goût...
- Oh, waw. Déjà ? Répond-il faiblement. C'est dingue.
- J'ai pas vraiment envie de rentrer. Soupire Sam en triturant mollement sa nourriture. Il y a encore tellement de choses à visiter.
Gabriel hoche la tête en s'enfonçant un peu plus sous son duvet. Moi non plus, j'ai pas envie de rentrer, Sammy. Mais je ne pense pas que ce soit pour les mêmes raisons...
A suivre...
