— « L'épervin »… C'est tout ce qu'il était écrit dans l'enveloppe, rien d'autre.
— Azog ou Daïn savent certainement de qui il s'agit… Ces familles ont pris l'habitude de donner des noms de code à tout le monde pour pouvoir s'exprimer plus librement, je ne doute pas que tu auras bientôt le tien…
— Peut-être que le lieutenant Sacquet…
— Il est sur le coup à ce sujet, ne t'inquiète pas.
Assis à même le sol de l'appartement de Thorin, Fili grimaça lorsque son oncle, les doigts imbibés d'une pommade glacée, commença à malaxer son flanc gauche qui était maintenant marbré d'un noir violacé.
— Ce type n'a pas volé sa réputat- ho ! Par Mahal…
Retenant un juron, il se plia en deux lorsque la main de Thorin effleura simplement une côte et il gémit en tentant de maitriser sa respiration :
— Je suis certain que c'est cassé…
— La douleur pulse parce que tu t'es refroidi. Mais les radios sont claires… C'est un énorme hématome et il n'y a rien que l'on puisse faire.
Posant le front sur son genoux, Fili reprit le contrôle de son souffle, tressaillant simplement sous le massage de Thorin qui s'appliqua à faire rentrer la pommade dans sa peau et il fut soulagé de ressentir un certain apaisement.
— Les Raa'z et les Sangs-Dêchoirements sont en guerre, maintenant. Je doute qu'ils s'allient à nouveau à Smaug sans une très bonne raison et aucun d'eux ne sait qui est le gardien, pour l'instant…
— Smaug, lui, le sait.
— Comment l'aurait-il apprit ?
— Aucune idée.
— Le gardien lui aurait dit ?
Ignorant la réponse, Thorin lui tapota l'épaule pour l'inviter à se retourner pour lui faire face et Fili obéit en levant le visage tuméfié pour le présenter à son oncle.
— La vache… Il ne t'a pas loupé…
Le blond grimaça lorsque le plus vieux lui appliqua la pommade sur le visage et il reprit pensivement :
— Ceci dit… C'était un coup de maitre… Le gardien ne t'a peut-être pas encore appelé, mais si c'est vraiment lui qui a donné son identité à Smaug, il vient de nous retirer une sacrée épine du pied. L'alliance des Raa'z et des Sang-Dêchoirements, même fragile, était une véritable menace pour nous… L'intervention de Smaug vient de réduire tout ça à néant et, en plus, ils ont chacun perdu au moins une quinzaine de leurs meilleurs hommes… Beaucoup d'autres sont en garde à vu chez les forces lupines et ils ne sont pas prêts d'en sortir.
— Tu as fait du bon travail, Fili.
La voix était douce, mais le plus jeune n'entendit pas vraiment de sincérité et il se tourna vers Thorin qui se releva sans ajouter un mot.
— J'ai fait quelque chose de mal ?
Le brun lui tourna le dos pour ranger la boite à pharmacie le visage sombre et, comme Fili se levait à son tour pour lui faire face, il concéda simplement :
— Non, Fili. Tu n'as rien fait de mal et tu es maintenant considéré comme un héro au sein des lupins, félicitation, il me semble que c'était l'un de tes vieux rêves, ce genre de chose.
Fili se contenta de froncer les sourcils face à l'absence d'émotion de la voix, et il se raidit lorsque Thorin posa sa main sur sa nuque pour la presser gentiment :
— Toutefois, Fili… Sache une chose. Ca ne me fait pas plaisir de te voir rentrer dans cet état-là…
Le blond fut déstabilisé, mais il reprit contenance pour lui envoyer un sourire charmeur :
— C'est le prix à payer pour être un héro.
— Tu n'as pas besoin d'être un héro. Tu n'as rien à prouver, à personne. Pas même à toi et à moi encore moins.
Thorin le lâcha pour s'éloigner, mais Fili se redressa pour parler avec aplomb :
— Je ne cherche pas à prouver quelque chose, Thorin. Je ne fais pas ça par manque de reconnaissance, tu le sais !
L'autre s'arrêta pour lui faire face et le regarder dans les yeux. Il ne dit rien lorsque Fili avoua en détournant le regard :
— C'est juste que… J'aime ça… Vraiment.
— Tricher au Blackjack, crapahuter sur les toits, te faire tabasser par un Sang-Dêchoirement furieux et te faire tirer dessus… Effectivement, ça envoie du rêve.
Le ton était toutefois plus chaleureux et Fili ne put retenir un sourire franc avant de se défendre d'un ton malicieux :
— Je n'ai pas triché au Blackjack. Les gains que j'ai ramenés, je les ai gagné honnêtement…
Thorin lui rendit un simple regard blasé, avant que le sourire de son neveu ne se propage aussi sur ses lèvres et il ne put s'empêcher de rire :
— Toi alors… Tu n'en loupes pas une… Tu es le seul agent capable de profiter d'une filature dans un casino pour faire des gains et, surtout, qui prend le temps de changer la mise avant de remplir sa mission… Tu auras de quoi t'acheter un bel appart au centre ville avec ce que tu as empoché, c'est déjà ça de pris. J'espère que l'ennemi que tu t'es fait dans la foulé en vaut la peine.
oOo
— De plus, nous n'avons aucun moyen de savoir si les Raa'z savent, ou non, qu'on a perdu l'enveloppe… Mais s'ils pensent que nous l'avons, ils ne resteront pas inactifs.
Assis face à son bureau, Daïn poussa un long soupir et, face à lui, Kili, qui venait de parler le regard sombre, jouait à faire tourner un petit couteau autour de ses doigts avec une dextérité bluffante. Le plus vieux étudia le visage morne son fils adoptif avant de reprendre d'une voix ennuyée :
— Et ce petit blond… On a une idée de son identité ?
Assise à côté de Kili, ce fut Tauriel qui répondit en sortant une petit fiche :
— C'est bien un lupin… Lieutenant Roy.
— Lieutenant ? Ce type sort de nulle part, pourtant. Comment se fait-il que nous ne l'ayons jamais remarqué ?
A la question agacée de Kili, Tauriel eut un petit sourire en coin plutôt éloquent auquel le brun répondit d'une grimace, et elle reprit :
— Il est arrivé à Erebor il y a dix jours.
Kili haussa un sourcil. Dix jours seulement ? Déjà promu au grade de lieutenant et, surtout, qui commence directe en se jouant d'Azog, de Smaug et de lui même, avec autant de facilité ? Okay… donc Kili allait devoir reconnaitre que, si ce blond était reparti avec l'enveloppe, ce n'était pas simplement dû à la chance… Il soupira en retenant une grimace à cause de ses côtes blessées, puis il parla simplement :
— Il y a de grands risques qu'il sache, dorénavant, qui est le gardien.
— A l'instar des autres parasites de l'Agence… Nul doute qu'il leur a refilé l'information au moment où il l'a pu.
Kili ne répondit pas et Daïn soupira encore :
— Cette avance que nous avions… La menace que nous représentions… Envolées… En une seule nuit.
— Ce sera réparé, papa, je te le promets ! Je retrouverai le lupin. Et nous avons toujours plus d'avance qu'eux vis à vis de la localisation de l'Arkenstone que nous connaissons !
— Certes, mais tant que nous n'avons pas le gardien, la gemme reste hors de notre portée…
Le jeune brun serra le poing en crispant la mâchoire et il fut à peine rassuré lorsque Daïn annonça simplement :
— Le bon point, c'est que Thorin n'a pas encore la pierre. Cela confirme bien ce que je pense et le gardien partage mes doutes.
— Certes…
Il n'ajouta rien mais, à peine quelques secondes plus tard, il reprit :
— Que fait-on, maintenant ?
— Nous devons régulariser la situation avec les Raa'z. Ils sont maintenant une menace non négligeable, mais je m'en occupe. Toi, Kili, essaie de retrouver ton joueur de Blackjack, qu'il comprenne que, jusqu'à maintenant, il ne pouvait compter que sur sa chance et son anonymat. Il faut que tu récupères l'identité du gardien. Tauriel, je te laisse reprendre contacte avec l'épervin, il a certainement des choses à nous dire à propos de tout ça…
— Certainement, mais encore faudra-t-il qu'il accepte de me parler.
— La dernière fois, il avait émit l'idée qu'un prêtre de Morgoth était infiltré dans l'Agence et convoitait, aussi, l'Arkenstone. Je suppose que le gardien ne dévoilera rien à personne tant qu'une telle menace pèse sur Erebor et, si, comme l'épervin le pense, personne au sein de l'Agence n'est capable de venir à bout d'une telle calamité, alors nous allons nous en occuper.
— Pour ensuite libérer le champ et permettre à Durïn de récupérer la pierre ?
— Pour offrir un futur meilleur à Erebor, Kili. C'est tout ce qui compte.
Le brun haussa les épaules, avant de reprendre avec mauvaise humeur :
— L'épervin travaille à l'Agence… Ca devrait être plus simple pour lui que pour nous d'y trouver un prêtre de Morgoth.
— Au contraire. Ce sont des adversaires qui excellent dans l'art de la manipulation et du mensonge. Il peuvent prendre n'importe quelle apparence et sont impossibles à distinguer d'une personne commune. L'épervin seul ne peut l'identifier et ses soupçons se portent sur l'intégralité du personnel de l'Agence. Surtout, il nous a fait savoir que le prêtre l'avait repéré et il commence à lui mettre la pression… Je doute que notre ami l'épervin, notre seul contact au sein de l'Agence, soit opérationnel encore très longtemps…
oOo
Le soir tombait mais Thorin, qui arpentait les couloirs d'un pas vif, n'était pas encore prêt à rentrer chez lui. La journée avait été vraiment longue et il n'était pas ravi à l'idée de faire des heures sup, mais s'il voulait conserver l'avance que l'action de Fili leur avait permis de prendre, mieux valait mettre les bouchées doubles et, surtout, concéder à quelques… Sacrifice et concessions. En soupirant, il s'arrêta face à une porte sur laquelle il toqua et, sans attendre, il pénétra dans le bureau de Thranduil, qui lui lança un regard noir.
— Je ne vous ai pas donné la permission d'entrer, Durïn.
— Il faut qu'on parle, Greenleaf.
Sans rien ajouter, il ferma la porte puis marcha jusqu'au bureau en attrapant une chaise sur laquelle il s'assit pour faire face à Thranduil qui se redressa en croisant les bras sur son torse.
— Peut-être que votre nouveau papa se montrerait plus conciliant à l'idée d'une conversation avec vous…
— Mon nouveau papa n'a pas travaillé sur le dossier de l'Arkenstone ces dernières années pour rendre une bouillasse de brouillons vide de sens et d'informations…
— C'est vide de sens et d'information simplement car vous ignorez tout du sujet que vous traitez…
— Je ne crois pas, non.
Ils s'affrontèrent du regard, avant que Thorin ne sorte l'enveloppe que lui avait amenée Fili et il la jeta sur le bureau, face à Thranduil :
— L'épervin, ça vous dit quelque chose ?
— C'est un cas vétérinaire, il me semble, qui induit une boiterie chez les équins en particu-
— Ne te fous pas de ma gueule, Thranduil.
Le regard clair du bond, gorgé, encore une fois, de ce raz de marée d'émotions bridées et violentes, revint transpercer celui de Thorin qui se laissa happer. Toutefois, la voix du brun ne montra aucune expression lorsqu'il continua sèchement :
— Seuls Balïn et Gandalf sont au courant de ça : Smaug avait en sa possession l'identité du gardien et il a amené les Raa'z et les Sangs-Dêchoirements à se déchirer pour ça, mais c'est nous qui l'avons récupérer... J'espère ne pas faire une connerie en vous parlant de ça mais, maintenant, je vous demande, Greenleaf, savez-vous de qui il s'agit ?
Encore, ils s'affrontèrent du regard, mais Thranduil haussa les épaules :
— Même si je le savais, Durïn, pourquoi vous partagerai-je une telle information ?
Thorin serra les poings, exaspéré, mais, refoulant sa colère, il se mit debout pour poser ses deux mains sur la table, ancrant son regard impatient dans celui de Thranduil sur qui il se pencha, sa voix, grave et menaçante, roula dans sa gorge lorsqu'il gronda :
— Sais-tu de qui il s'agit ?
Sans faire mine de se sentir intimidé, Thranduil lui rendit son regard avec autant de pugnacité dans le sien et, encore une fois, Thorin pu lire une multitude de chose dans ces yeux si profonds. A commencer par un franc « Va te faire *** ». Si sexy…
Damn, vraiment, Thorin avait un sacré faible pour les connards, plus encore lorsqu'ils avaient du cran, c'était d'un triste…
— Les codes qu'utilisent les familles entre elles sont, justement, voués à ne pas être connu de nous. L'épervin pourrait être n'importe qui…
— J'espère que tu en sais plus que ça… J'ai encore un peu d'estime pour toi simplement parce que je connais le rôle que tu as eu dans l'éradication de la guilde des Thanatos. Mais ça ne risque pas de durer à ce rythme…
Le regard de Thranduil étincela et il serra les lèvres, sans broncher lorsque Thorin s'approcha encore :
— Si tu sais quelque chose, Thranduil, je te déconseille de me le cacher.
Cette fois-ci, le blond détourna les yeux et il se leva gracieusement pour lui tourner le dos. Thorin pu en profiter pour glisser son regard sur la nuque élégante que dévoilait la queue de cheval peu soignée qu'il avait certainement fait à la va-vite et dont le bout des mèches platines tombaient dans le creux de ses reins.
Lorsqu'il se tourna à nouveau vers lui, son expression était indéchiffrable, mais il semblait avoir pris sa décision, car il annonça simplement :
— Je préfère ne pas en parler ici.
Merci d'avoir lu !
La suite mardi prochain !
Merci aux reviewers assidues, j'espère que ça continue de vous plaire ;)
