— Ne fais pas cette tête. Tu as dit que tu voulais discuter ailleurs, alors voilà… Je te sers un verre ?
— Non. Et ce n'est pas parce que je viens chez vous que vous pouvez vous montrer aussi familier, Durïn.

Lançant un regard franchement défiant à Thorin qui referma derrière lui la porte de son appart en retenant un sourire séduit, Thranduil parcourut rapidement des yeux l'agencement des lieux.
Plutôt simple et aéré. Thorin avait l'air d'être ce genre de personne qui changeait souvent de place car les affaires, à peine déballées, semblaient prêtes à repartir aussitôt.

— Je t'écoute.

Passant devant le blond, Thorin lui désigna quelques canapés regroupés dans un coin de l'immense pièce qui, mis à par un espace cuisine sur un côté, était presque vide et Thranduil prit place en soupirant. Sans relever le ton provoquant appuyé par le tutoiement, il commença en annonçant directement :

— Personne ne t'a caché que nous sommes infiltrés par de nombreux organismes.
— Non.
— L'un d'eux est plus inquiétant que d'autres. Nous soupçonnons qu'un prêtre de Morgoth se trouve parmi nous.

Thorin lui rendit un long regard, pas vraiment ravi de l'information. Les prêtres de Morgoth, qui préparaient activement le retour de leur seigneur ténébreux, étaient de véritables plaies et coupables de beaucoup de crimes très très inquiétants pour la paix dans le monde. Il pianota sèchement sur l'accoudoir de son fauteuil, avant de demander simplement :

— « Nous » ? Combien de personnes sont conscientes de cela ? Et comment ces soupçons vous sont-ils venus ?

Thranduil haussa les épaules et s'avachit dans le canapé :

— Peu sont au courant… Balïn, Gandalf, quelques troisièmes grades comme Terra, Ophélia et moi ainsi que les deux deuxièmes grades. C'est Gandalf qui a tiré l'alarme en premier lorsqu'il a constaté une activité anormale du côté d'Isengard. Tu as parlé, tout à l'heure, de mon éclat contre les Thanatos, cet événement m'a permis d'être témoin des mêmes activités et de tirer les mêmes conclusions que Gandalf, sauf que, cette fois-ci, ça ne se passait pas à des milliers de kilomètres d'Erebor, mais en son centre.
— Des activités anormales ?
— Nécromancie.
— Merde…

Ca n'était pas bon. Seuls les prêtres de Morgoth trempaient dans ce genre d'abomination et apprendre qu'une telle immondice se trouvait, aussi, dans sa ville lui donna la nausée.

— Tu te doutes que nous nous occupons de cette affaire avec le plus de tact et de subtilité possible. Le prêtre de Morgoth peut être n'importe qui et sait que nous sommes conscients de sa présence parmi nous, mais il est hors de question que nous lui fournissons plus d'informations… J'ai passé plus de temps à tenter de le débusquer et à essayer de lui cacher tout ce que nous découvrions qu'à faire mes recherches sur l'Arkenstone. Mais il est à la hauteur de la réputation qu'ont les siens…

Thorin resta pensif un instant, puis il se leva et, pour s'occuper les mains, il partit chercher deux verres et une bouteille qu'il ramena à Thranduil. Le blond, cette fois-ci, ne refusa pas le verre qui lui était tendu et, le prenant, il continua, plus fermement :

— L'épervin est parmi nous et-
— Parmi-nous ?
— Il s'agit d'une personne de l'Agence. Notre rôle n'est pas de le débusquer, mais de faire en sorte que personne ne le trouve.

Thorin lui lança un regard agacé que Thranduil soutint fièrement, avant de boire une première gorgée tandis que l'autre demandait sans patience :

— Tu me sors comme ça que le gardien, à l'instar du prêtre de Morgoth, est une personne que nous côtoyons tous les jours ?
— Excuses-moi de ne pas avoir pris le temps de sortir les violons…
— Et tu le savais ? Tu connaissais déjà l'identité du gardien ?

Thranduil ne répondit pas, se contentant de poser son verre. Excédé, Thorin se redressa, et, sans sommation, lui attrapa le col de la chemise pour le plaquer contre le dossier du fauteuil et gronder d'une voix très basse :

— Mon neveu a risqué sa vie pour récupérer une information qui ne nous mène à rien et que tu possédais déjà. A quoi joues-tu Greenleaf ?

Un éclair passa dans le regard de Thranduil qui, presque avec délicatesse, posa sa main sur le poignet du brun. Puis, d'un mouvement d'une souplesse effarante, prenant Thorin au dépourvu, il échangea les positions pour le surplomber et parler sur le même ton :

— Non. Cette information n'est pas inutile et non, je ne la possédais pas. Je ne peux pas dire qui est l'épervin, même si je sais que ce code désigne une personne de nos services. Que Smaug ait été mis au courant de l'identité du gardien n'est pas une chose anodine et dénuée de conséquences.
— Peut-être que le gardien lui a communiqué son identité dans l'espoir que les choses se passent ainsi… Après tout, les Sang-Dêchoirements et les Raa'z ont bien morflé, hier.

Toujours installé au dessus de Thorin qu'il maintenait durement contre le fauteuil, Thranduil se redressa en haussant les épaules :

— Pourquoi aurait-il fait une chose pareille ? Nous connaissons le pseudonyme de l'épervin car nous avions surpris qu'il était en contact avec les Sangs-Dêchoirements… S'il avait voulu les trahir ou les détruire, il aurait pu trouver une meilleure solution moins risquée pour lui…

Thorin fronça les sourcils et posa naturellement une main sur la cuisse du blond, proche de la sienne. Thranduil dégagea sèchement l'intruse en gratifiant le plus grand d'un regard noir avant de se remettre sur pied, tandis que le brun demanda d'un ton suspicieux :

— Tu veux dire que… Le gardien travaille pour l'Agence, mais est en contact avec les Sangs-Dêchoirements ?

Thranduil, toujours debout face à lui, croisa les bras sur son torse en répondant à l'affirmative :

— C'est une déduction que nous pouvons tirer de cette affaire, oui. Ca et, aussi, malgré le fait qu'il ait des lien avec Daïn, ce dernier ne sait pas avec qui il a vraiment affaire. Les Raa'z non plus. Au vu de l'acharnement dont ils ont fait preuve pour acquérir son identité, nous ne pouvons pas ignorer qu'ils sont, eux aussi, dans la course pour l'Arkenstone… C'est mauvais...
— Sais-tu ce qu'il veut ? Le gardien ? Quel est son plan ?

Le blond haussa les épaules en attrapant son verre :

— Comment pourrais-je le savoir ?
— Tu connais mieux la situation actuelle d'Erebor que moi…

Le blond soupira, mais il fit la moue :

— Chercher à comprendre le gardien, c'est aussi chercher à déterminer le jeu de l'Arkenstone. C'est quelque chose qui nous dépasse… Quoiqu'il arrive, je décide de considérer l'épervin comme un allié et, s'il estime que communiquer avec Daïn est une bonne chose, soit. Voyons en quoi nous pouvons lui être utile et concentrons nous sur le prêtre de Morgoth. Plus que voir Daïn accéder au pouvoir à ta place, il est une véritable menace et aucun doute que l'épervin est conscient de ça et cherche à s'en protéger par tous les moyens. Je n'ai pas à t'expliquer ce qu'il se passerait si jamais c'est un prêtre de Morgoth qui prend le pouvoir à Erebor, n'est-ce pas ?
— Ca n'arrivera pas.

Thranduil hocha la tête et Thorin se leva à son tour en posant son verre sur la table. Il s'approcha ensuite du blond pour remarquer dans un sourire charmant :

— Tu vois, finalement… Ce n'est pas impossible pour nous de collaborer…
— Impossible, non. Pénible, oui.

Le ton n'était pourtant pas aussi froid que les mots et Thorin fut ravi de constater que Thranduil resta immobile lorsqu'il s'approcha un peu plus, même s'il ne put cacher la tension qui s'empara de son corps.

— Je sais que tu me reproches beaucoup de choses sans que je n'en sois vraiment responsable, mais peut-être pourrions-nous passer outre ? Je suis certain qu'il est possible que nous nous entendions très bien sur certains points.
— Certains points ?
— A toi de me dire lesquels…

Il ponctua sa proposition sans équivoque en glissant ses doigts sur la nuque maintenant raide de Thranduil qui lui lança un regard aussi effaré que stupéfait. Aussi prude que Thorin se l'était imaginé. Parfait.

C'était un cas désespéré, oui, mais qu'est-ce qu'il était attrayant… Thorin se sentait un peu démuni face à ça et avait bien du mal à se sortir le jeune blond de ses pensées. Surtout maintenant qu'ils partageaient le même souffle et que ses belles lèvres entrouvertes ne se trouvaient qu'à quelques centimètres des siennes. Si seulement l'autre lui donnait la permission de l'embrasser, ou, mieux, en prenait l'initiative, ce serait... Trop facile… Il ne montra pas sa frustration lorsque, sans surprise, Thranduil se contenta, pour toute réponse, de poser sa main sur son torse pour le repousser avec une douce fermeté. Puis, sans un mot, il récupéra ses affaires et sortit de l'appartement, laissant derrière lui Thorin seul avec son désir.

oOo

— Gloïn Ydrian, vous êtes en état d'arrestation.
— Pour quel motif ?
— Voulez-vous la liste complète ou simplement que je vous rappelle où nous vous avons trouvé, lourdement armé et baignant dans le sang de types tués par ces armes qui portent vos empreintes…

D'un ton blasé, Fili s'arrêta près du lit de la salle de soin de la brigade Lupine pour présenter au roux plusieurs armes à feu sous sac plastiques scellés.
L'autre grimaça en essayant de se redresser malgré les menottes qui le tenait au lit aux draps blancs et le blond continua :

— Nous vous avons trouvé agonisant au casino de Smaug. Vous avez de la chance que nous ayons pris la peine de soigner vos blessures.
— Ferme ta gueule, morpion… Je sais que ce n'est pas par charité que vous faites ça et- hey !

Brusquement, Fili l'avait attrapé au col pour le presser sur le matelas sans considération pour ce corps qu'ils avaient trouvé criblé de balle et, dans un feulement dangereux, il affirma :

— Pour toi, c'est lieutenant Roy… Appelle-moi « Morpion » une seule fois encore et tu iras purger ta peine indéfiniment à Dol-Mara. Maintenant, tu vas me dire exactement-
— Lâchez-le, monsieur Roy, sinon, je demande à ce que vous soyez relevé de vos fonctions et, croyez-moi, je serai écoutée.

Lâchant sa prise, le blond se redressa pour faire face à une sublime rousse qu'il n'avait jamais rencontrée et qui dardait sur lui un regard farouche. Se redressant, il commenta simplement :

— Mademoiselle Tauriel Fayenna… Vous n'avez pas la permission de venir ici.
— Au contraire. Cet homme est mon client et mon devoir est de veiller à ce que ses droits soient respectés… Ce qui ne semble pas être le cas. Par ailleurs, je vous passe les salutations de celui qui vous a offert ces jolis souvenirs.

Du menton, elle désigna la pommette violacée et la lèvre fendue du lupin qui lui répondit d'un sourire charmant :

— J'espère qu'il se remet bien de son éclat au casino.

Son sourire à elle était aussi somptueux que dangereux et il ne chercha pas à approfondir. Il ne résista pas lorsqu'elle annonça qu'elle souhaitait discuter seule avec son client et, désœuvré, il quitta l'aile réservée aux soins. Approchant de son bureau, il fut percuté par Bombur qui déboula sans prévenir:

— Lieutenant ! Il y a eu une fusillade ! Les Raa'z ont attaqué les Sangs-Dêchoirements !

S'étant pris le mur par la bousculade, il se massa le front en grommelant mais il suivit son homme qui le traina pour le balancer dans une voiture avant de prendre place au siège conducteur :

— Bofur se doutait que les Raa'z ne resteraient pas inactifs après ce qu'il s'est passé hier. Il a eut du flaire car ils ont fait une attaque fulgurante chez Daïn ! Les Sangs-Dêchoirements n'étaient pas prêts !
— Que c'est-il passé ?
— On ne peut que deviner, ça vient juste de se passer. Mais ça a été un massacre.

Le blond fronça les sourcils et, de manière surprenante, une pointe d'inquiétude lui vrilla les entrailles. Certes il s'était fait joliment tabassé la veille, mais sa brève rencontre avec Kili ne l'avait pas laissé indifférent. Du moins, il avait espéré le revoir. Lui qui se moquait souvent des gouts de Thorin, il était parfaitement conscient qu'il ne valait pas mieux de ce côté-là… Il soupira :

— Ils imaginent certainement que ce sont eux qui ont récupéré l'enveloppe de Smaug. Avec un peu de chance, ils ne m'ont pas repéré… Ils veulent reprendre ce qui leur a échapper et mettre les Sangs-Dêchoirements sur le carreau. Ca peut-être une véritable aubaine pour nous…

Pensivement, il regarda la route qui défilait, réfléchissant rapidement à la situation. Que les Raa'z ne semblent pas l'avoir compter dans l'équation était une bonne chose, mais cela n'allait certainement pas durer très longtemps. Toutefois, il pouvait certainement profiter encore un peu de cet anonymat pour marquer un nouveau point. Où alors, il les laissait s'entretuer une bonne fois pour toute.

Mais même si les Sangs-Dêchoirements étaient une menace pour les affaires de Thorin, celui-ci avait bien laissé entendre à Fili qu'il ne désirait pas la mort de celui qui était son cousin. Il espérait encore, au fond de lui et sans le faire savoir à l'agence, trouver une entente avec Daïn. Seul Fili était conscient de cela et, par conséquent, il n'était pas supposé espérer la mort des leaders Sangs-Dêchoirements. Il devait donc décider de ce qu'il allait faire, tout de suite.
Le téléphone de Bombur sonna et le roux décrocha pour écouter rapidement ce que son interlocuteur avait à dire, puis il raccrocha :

— Daïn s'en est tiré, mais les Raa'z ont choppé Kili Aceped comme il couvrait la retraite des siens. S'ils ne l'ont pas tué, c'est qu'ils espèrent le faire parler et il sait où se trouve l'Arkenstone et, aussi, que toi, tu connais l'identité du gardien !

Fili serra les lèvres, puis il attrapa son propre téléphone.

— Ok. Envoie la localisation à la brigade lupine. On intervient, je veux le plus d'hommes possible sur le coup.


Merci d'avoir lu !

J'aimerai retoucher le chapitre suivant avant de le poster mais il devrait tout de même arriver le WE prochain.

J'espère que ça continu de vous plaire !

Merci aux reviewers, assidus ou autre (notamment Cassandra, à qui je ne peux pas répondre en mp)
Kiss kiss bisous !