— Est-ce la même empreinte que celle que Greenleaf avait déjà notifiée il y a quelques années ?
— Oui, la signature est effectivement la même. Cela dit, il fallait s'y attendre…

Pianotant distraitement sur le bois de son bureau, Thorin grimaça et, assis face à lui, Gandalf expliqua d'une voix douce :

— J'ai relevé une activité assez régulière, je peux donc affirmer que notre prêtre est bien actif et, aussi, est en contact avec les Raa'z. Ils lui fournissaient les sujets certainement.
— Savons-nous où est Azog maintenant ?
— Depuis qu'il a filé entre les doigts de votre neveu, il y a trois jours, il fait profil bas, mais il reste une menace.
— Bien entendu…
— Et ce n'est pas tout…

Le ton était bien plus bas et, intrigué, Thorin se redressa. Gandalf garda un bref silence, mais il chuchota vivement :

— La nécromancie est un art occulte, vous savez… Faire parler les morts, les manipuler, les faire revenir à la vie… Du moins, une certaine forme de vie dont personne ne voudrait…
— Est-ce vraiment possible ?

Sceptique, Thorin resta tout de même courtois et Gandalf hocha simplement la tête :

— A votre place, je ne douterai pas de cette pratique, elle pourrait causer votre perte, celle d'Erebor et, dans une plus grande envergure, celle de nombreux peuples, de la région ou non.
— Mais votre rôle à vous, c'est de vous opposer à ça…
— Certes, mais, permettez moi de vous donner un conseil d'ami : Ne comptez que sur vous face à ce genre de chose…

Thorin apprécia le conseil d'une grimace et Gandalf se redressa, parlant toujours d'une voix plus basse :

— Il est fort probable que… Le prêtre de Morgoth ait localisé l'Arkenstone…
— Comment pouvez-vous assurer cela ?

Gandalf soupira et détourna le regard :

— Vous savez que le tombeau de vos ancêtres a été profané il y a deux ans de cela ?

Thorin ne répondit pas, une impression désagréable lui coula le long du dos, plus encore lorsque Gandalf se tourna vers lui pour le regarder dans les yeux :

— J'ai retrouvé les restes de votre père, le dernier gardien connu, dans la planque des Raa'z…

Muet, Thorin se contenta de serrer furieusement le poing et Gandalf continua sans attendre de remarque de sa part :

— Je ne pourrai dire si le nécromancien est parvenu à exploiter sa dépouille, mais-
— J'aimerai qu'il retourne à sa sépulture et qu'un office soit prononcé pour le repos de son âme.
— Je m'assurerai de cela, mais je suis navré, monsieur Durïn, cela tardera certainement car il me faut étudier exactement-
— Qu'importe. Il ne restera pas souillé plus longtemps et je veux qu'il retrouve la paix au plus tôt.

Montrant les crocs, presque agressif, Thorin ne semblait pas prêt à laisser la moindre concession de ce côté à Gandalf qui poussa un soupir imperceptible.

— Soit. Je m'occupe des funérailles.
— Qu'elles soient discrètes.
— Cela va de soit. Je vous ferai savoir, à vous et votre neveu, lorsque mes sortilèges de purification seront prêts. Je pense que Thraïn sera heureux d'avoir votre présence à ses côtés pour ce dernier voyage.
— Merci… Qu'il en soit de même pour les autres dépouilles… Il faudrait contacter leurs proches… Les avez-vous identifiées ?
— Beaucoup d'anciens magistrats, des Sangs-Dêchoirements, des Raa'z… Je sais que chacune de ces victimes avaient quelque chose qui l'intéressait, mais j'ai confié le dossier aux lupins, ils sont spécialisés pour démêler ce genre de puzzle.

Thorin, quelque peu chamboulé par la récente évocation de son père et de ce que sa dépouille avait subit, garda le silence mais il leva son regard vers Gandalf lorsqu'un léger sourire flotta sur ses lèvres :

— Qu'y a-t-il ?

L'autre haussa les épaules :

— C'est une remarquable partie qui se joue entre le gardien et le prêtre… Tous les deux savent que l'autre existe et qu'il est dans l'Agence… Mais c'est tout. L'un veut la pierre, l'autre la protège, ils ne connaissent pas leur identité mutuelle, ne combattent que par avancée de pions intercalée, font une course effrénée aux indices et savent chacun que leur mission ne pourra être menée à bien qu'une fois que l'adversaire sera hors jeu et qu'il auront perdu au moment ou leur identité sera révélée... Cette ville est clairement scindée en deux camps, mais personne ne sait vraiment qui joue pour qui…
— Remarquable, oui…

Thorin ne partageait pas son engouement, il se sentait plutôt largué et il n'apprécia pas ce simple rôle de pion. Si ça avait été une partie de loup-garou, il était certain d'avoir tirer la bête carte du villageois, juste bon à regarder les autres jouer et faire ses déductions sans aucune certitude...
Sauf qu'il voulait jouer, lui aussi : entrer dans la partie et la dominer. Mais Gandalf avait raison sur un point : la mission de l'un ne pouvait être menée à bien tant que l'adversaire était en jeu. Donc si Thorin voulait bien faire, le mieux serait de joindre toutes ses forces à l'épervin et évincer le prêtre une bonne fois pour toute.
Sauf que faire face à un mage n'était clairement pas de son ressors, plutôt celui de Gandalf. Devait-il en conclure que son rôle se limitait à aider ce vieux fou ? L'idée lui était désagréable.

— Que peut-on faire pour clarifier la situation ?

Au soupir lourd de Thorin, Gandalf répondit avec certitude :

— Il faudrait confondre le prêtre…
— Facile à dire, cela fait des années que l'Agence s'y essaie.
— Certes. Mais les choses bougent. Lentement, mais surement. Je suis certain que si nous trouvons l'Arkenstone, cela fera sortir notre ennemi… Surtout qu'il s'agit de vous… Celui pour qui elle s'activera volontiers, le prêtre sait bien à qui il a dorénavant affaire et se montrera plus audacieux, il fera des erreurs... Nous pourrons l'affronter de face, c'est ce que vous faite de mieux, il me semble… Plus que les intrigues et la stratégie…
— Cela dépend de l'adversaire…
— Vous avez de bons alliés…

Thorin fit la moue avant de demander :

— Certes… Encore faut-il trouver l'Arkenstone et passer outre son gardien… Nous n'avons pas la moindre piste.

Gandalf ne répondit pas et, suspicieux, Thorin se pencha vers lui :

— En avez-vous une ?
— J'en ai peut-être une… Les découvertes dans la planque des Raa'z ne sont pas dénuées d'intérêt… Toutefois, il me faudra plusieurs jours pour les analyser et les décrypter…
— Pensez-vous que les Raa'z aient maintenant la localisation ?

Gandalf grimaça :

— C'est une possibilité que nous devons craindre, effectivement. Je vous donnerai mes résultats dans une dizaine de jours.
— Ne pouvez-vous faire plus vite ?
— Non.

oOo

— Vous ne m'avez pas demandé la permission d'entrer, Durïn…
— Même si je la demandais, Greenleaf, je ne pense pas l'avoir, donc…

Pas vraiment gêné, Thorin vint s'asseoir face au bureau de Thranduil qui s'était redressé en le toisant méchamment.

— Je vous ai déjà dit que je n'ai rien à vous dire…
— A quel sujet ?
— Tous ceux que vous aurez la mauvaise idée d'aborder…

Pas encore ennuyé, mais sentant poindre une certaine touche d'exaspération en lui, Thorin retint un soupir. Cela faisait quelques jours qu'il avait essayé de faire parler Thranduil à propos de son père et qu'il attendait, depuis, que le blond fasse un pas vers lui. Sans succès. Il commençait à se dire que le plus jeune était un peu trop du genre à se faire prier pour amorcer le moindre pas dans sa direction sans concession.

Il était donc temps de parler de ces concessions, s'il y en avait, qui n'étaient certainement pas anodines… Direct et pas d'humeur à tourner autour du pot, Thorin croisa les bras sur son torse en accrochant le regard de son interlocuteur :

— Si je te dis que je compte refuser l'offre d'Oropher ?

Braqué, lui rendant son regard, Thranduil haussa les épaules, impassible :

— Qu'est-ce que ça peut me faire ? Que tu acceptes ou non, ça ne changera rien pour moi…

Cette fois-ci, Thorin ne retint pas son soupir et, serrant les dents, il demanda plus sèchement :

— Quoi alors ?

Thranduil haussa un sourcil, ne faisant pas mine de comprendre le sens de sa question et Thorin, impatient, reprit :

— Que dois-je faire pour avoir ta coopération ?
— Qu'en ferais-tu ?
— A toi de me le dire...

A son tour, Thranduil soupira et, détournant le regard, il fit la moue :

— Navré, Durïn, mais, d'une manière ou d'une autre, je ne suis pas à vendre ou à gagner, quel que soit le prix que tu y mettes.

— Il n'est pas question de prix, Greenleaf… J'aimerai seulement que tu cesses de me considérer comme ton ennemi… S'il-te-plait…
— Comment alors ? Comme mon parfait grand-frère que je dois prendre en exemple tout en faisant bien attention de ne pas sortir de son ombre ?

A la remarque acerbe, Thorin ne répondit pas et ils s'affrontèrent du regard. Celui de Thranduil était, encore, bouleversant et magnétique, le brun se laissa happer.

Comme le silence s'éternisa, il se pencha vers l'autre pour assurer d'une voix grave :

— Tu peux me reprocher ce que tu veux, Greenleaf, mais pas ça. Je ne suis pas responsable de ce que ton père recherche en moi qu'il n'a pas vu en toi…

Thranduil ne répondit pas, mais la remarque semblait plutôt mal passer, sans surprise, et Thorin, impatient, insista gentiment :

— Je ne suis pas ton ennemi...

Encore, un silence s'étendit et, rompant le contact visuel, le blond se racla la gorge avant de céder pour parler d'une voix plus détachée et moins agressive, comme s'il acceptait difficilement de s'ouvrir, même un minimum en embrayant directement :

— Il y a cinq jours, quand tu es venu me demander des informations à propos d'Oropher… Tu as dit que certaines personnes te poussaient dans ses bras…
— C'est donnant-donnant, Greenleaf, j'accepte de répondre à toutes tes questions, mais j'aimerai que tu en fasses de même.
— Tu seras déçu, Durïn, je n'ai pas grand chose à t'apprendre.
— Laisse-moi en juger et dis moi exactement qui est Oropher.

L'autre sembla se braquer à nouveau mais, plus doux, Thorin insista :

— S'il te plait, Thranduil... Parle-moi.

Le plus jeune soupira, sembla se rétracter mais, finalement, contre toute attente, il détourna le regard et consentit à parler du bout des lèvres, pianotant sur la table avec ses doigts :

— Je ne le connais pas si bien, tu sais. Il me parlait peu et ne m'écoutait pas… Il m'a toujours reproché la mort de ma mère, qui n'a pas survécu à ma naissance, mais malgré ça, il avait essayé de faire de moi celui sur lequel il avait projeté sa soif de grandeur… Il s'était rapidement avéré que je n'étais pas à la hauteur de ses attentes, l'héritier parfait, sur la même longueur d'onde que lui qui l'aurait comblé de fierté…
— Il t'a chassé ?

Thranduil haussa les épaules, franchement réticent à parler mais résumant en quelques mots une histoire qui semblait pourtant très lourde :

— En quelque sorte... Je me suis retrouvé à la rue et je suis reparti de rien.
— Tu es rentré à l'Agence par bravache ? Certains disent que ton moteur est la rancœur que tu lui portes…

Le blond leva le regard pour croiser celui de Thorin qui le sondait avec attention et, plus sec, il répondit d'un ton inexpressif :

— Est-ce de mon père que l'on parle ? Ou de moi ?

La conversation avait dérapé, effectivement… Sur un sujet qui l'intéressait autant, de toute manière et, lui rendant son regard, le brun affirma d'un ton prudent, sans se cacher :

— Dans la mesure où, entre vous deux, j'ai l'impression que ce sera soit l'un, soit l'autre, mais pas les deux, il faut bien que je m'assure de faire le bon choix…
— Un choix qui semble vite vu, pourtant. Pourquoi hésites-tu entre un empereur qui ne connaît aucune limite et qui a le pouvoir de t'offrir tout ce que tu désires et juste… Moi ?
— Parce que je ne suis jamais lucide lorsqu'il est question de choisir entre un mec qui m'adule et un autre qui me déteste… Et tu ne sais rien de ce que je désire donc n'essaie pas de comprendre mes choix ou de les faire à ma place…

Un éclat passa dans le regard de Thranduil et, semblant plus intéressé par Thorin que par la conversation précédente, il demanda d'un ton curieux, abaissant sa garde :

— Pourquoi ? Si ce n'est le pouvoir et Erebor, que désires-tu ?
— J'ai aussi d'autres aspirations que ni l'argent, ni le pouvoir, ni Oropher ne peuvent me donner…

Il ponctua sa réponse d'un petit sourire en coin et Thranduil lui rendit un regard déstabilisé avant de lever les yeux au ciel, sans répondre, même pas pour le rappeler à l'ordre.
Aucun des deux ne parla durant un petit moment et, le sondant attentivement, changeant de sujet, Thorin fini par demander d'une voix plus grave, reprenant la remarque du blond qui s'était fatalement désigné comme « Juste » lui :

— Ce n'est pas parce que ton père n'a pas su reconnaître ta valeur que tu décevras tous ceux qui émettent de l'intérêt pour toi, tu sais ?

Thranduil accrocha à nouveau son regard et il remarqua dans un sourire creux, le premier depuis que Thorin le connaissait, pas vraiment franc, mais absolument craquant :

— Je n'ai pas l'habitude que l'on émette de l'intérêt pour moi…
— Ca m'étonnerait fort…
— Pas ce genre d'intérêt…
— Parce que tu es imperméable aux gens, tu ne peux pas le voir et je suppose que ceux qui ont essayé de t'aborder dans ce sens ne l'ont fait qu'une seule fois…
— Bien entendu.

Cela semblait être parfaitement normal pour Thranduil et Thorin haussa les épaules, taquin :

— Tu tiens ça de ton père ?

Après tout, maintenant qu'il était conscient de leur filiation, Thorin se demandait comment, diantre, il avait bien pu passer à côté de ça. Malgré tout ce qu'Oropher reprochait à Thranduil, ce dernier, par certains aspects, lui ressemblait fort. Par exemple, cette distance qu'il semblait entretenir avec le monde entier, hors de porté et intouchable, Oropher la cultivait avec brio lui aussi. Analyse qui fut certifiée lorsque le blond lui lança un regard hautain, détaché, mais plutôt intimidant, exactement comme… Bref.

— N'amènes pas Oropher dans un sujet comme celui-ci, s'il te plait.

Thranduil avait répondu sèchement en écho à son regard sévère, mais le coin de ses lèvres s'étira dans un sourire amusé, le rendant encore plus charmant, lorsque Thorin lui envoya une moue innocente avant d'admettre de bonne foi :

— Effectivement, ça ne le concerne pas. Il est simplement question de toi. Et moi.

La manière dont le blond lui rendit son regard, toujours impassible, mais vibrant d'une nouvelle attention, ne le laissa pas indifférent, loin de là. Il ne répondit pas et Thorin, constatant que Thranduil semblait plus accessible sur n'importe quel autre sujet que son père, même ce sujet-là, pourtant délicat, poussa sa chance et demanda directement une question qui lui tenait à cœur :

— As-tu déjà… Eu quelqu'un ? N'importe qui… Inconnu, collègue, mec, fille…

Le blond serra les lèvres, mais, sans se montrer gêner, même un minimum, par la conversation qui dérapait franchement, il répondit un peu plus sèchement :

— Je ne suis ni tactile, ni patient, ni franchement concerné par les gens. Du moins, je n'ai encore jamais rencontré personne qui me donne envie de l'être. Et toi ? Pourquoi ne t'intéresses-tu pas plutôt à Ophélia ou n'importe qui d'autre qui serait prêt à te sauter dessus si tu en donnes la moindre occasion ?

Whao ! La vache !

Peut-être aurait-il directement dû commencer par là, finalement, au lieu de bourriner du côté d'Oropher… Ceci dit, ce n'était pas vraiment une surprise, finalement, mais, face à la flagrante mauvaise volonté de Thranduil, Thorin s'était dit qu'aborder un tel sujet aussi intime que privé avec lui serait plus difficile encore que de lui soutirer la moindre information à propos de son père. En fait non…
Damn, ce type le prenait vraiment au dépourvu… Mais maintenant qu'ils étaient-là, autant continuer la conversation, il parviendrait certainement à obtenir les informations qu'il recherchait s'il parvenait à amadouer, même un minimum, le fils renié de l'empereur de l'ombre. Et, surtout, il n'allait pas se cacher que cela faisait un moment qu'il désirait aborder ce sujet-là avec Thranduil.
La subtilité était certainement de mise, dans ce genre de discussion avec un type pareil, mais Thorin préférait jouer avec ses propres cartes et, choisissant de se montrer direct plutôt que de parler en sous-entendu, après tout, le blond se montrait remarquablement franc lui aussi, il concéda en haussant les épaules :

— Je ne vais pas justifier mes gouts mais c'est toi qui m'intéresses. Je ne me rappelle pas avoir déjà rencontré un tel condensé de force, de doutes, de pugnacité et de magnétisme dans une seule personne…

Comme il l'avait pressenti, Thranduil n'était certainement pas le genre de personne qui recevait beaucoup d'attention ou de compliments, de la part de qui que ce soit et son regard changea, une fraction de seconde. Mais le blond, s'il fut touché, le cacha bien et répliqua d'un ton grinçant :

— Magnétisme… Tu penses m'avoir comme ça ?
— J'espère que ce ne sera pas si facile…

Thranduil lui rendit un regard sérieux mais, avisant le sourire séduit de son interlocuteur, il se permit légèrement de se montrer moins sur la défensive et il détourna les yeux, le visage fermé :

— C'est ce que tu aimes ? Les relations compliquées et te faire des mecs qui te donnent l'impression que même les défis les plus improbables sont à ta hauteur ?

Thorin eut un sourire en coin, ravi de voir Thranduil sortir un minimum de sa carapace. Vu la difficulté qu'il avait eu pour l'aborder et pour obtenir plus de trois mots à la suite de sa part qui ne soient pas une agression verbale, le brun apprécia plus que de raison de parler de ça avec lui. Ressentant tout de même une certaine appréhension, la peur de voir son interlocuteur se rétracter au moindre faux pas qui graciait la situation, il secoua négativement la tête :

— Effectivement, j'aime le défi et j'ai tendance à m'embarquer dans des relations vraiment compliquées, mais ce n'est pas exactement ce que j'apprécie.
— Quoi alors ?
— J'aime quand le défi oblige à sortir ce qu'il y a de mieux en nous et à faire des efforts insoupçonnées pour une cause qui apporte bien plus que ce que l'on peut espérer au début. Je me passerai bien des bas et de l'aspect compliqué, mais, parfois, il faut y passer pour que la relation s'avère généralement plus passionnée, solide et magistrale que simplement compliquée
— Poétique… Tu as rencontré beaucoup de types qui t'ont fait vivre ça ?

Thranduil faisait mine de se montrer ennuyé par la conversation et venait de parler en regardant ses ongles. Thorin ne se gêna pas pour étudier attentivement son visage si noble et, sans hésitation, il répondit la certitude qui s'imposait en lui :

— Même si c'était le cas, tu restes celui qui sortirait du lot.
— En quoi ?

Thorin haussa les épaules et il détourna le regard pour assurer simplement :

— Je ne peux pas encore le dire. Cela dépend de toi et de ta décision…

Il accrocha à nouveau le regard de son interlocuteur et, sans rien exprimer, Thranduil resta impassible. Un silence concentré les enveloppa puis le blond lui envoya un léger sourire, le premier vraiment sincère depuis que Thorin le connaissait et qui manqua de le déconnecter totalement de la conversation que reprit Thranduil sans transition, fermant fermement la parenthèse :

— Oropher n'a pas menti, lorsqu'il t'a fait savoir qu'il recherchait un héritier. Cet homme est seul. Complètement seul. Il ne compte que sur lui, n'aime que lui et ne supporte que sa propre présence… S'il a aimé ma mère, il y a quelques décennies, et qu'elle a certainement comblé le manque viscéral qui a toujours été en lui, ce n'est plus le cas maintenant et tout ce qui lui reste à ronger, ce sont des regrets et son empire à contrôler. Mais tu te doutes que, même pour un mec comme lui, posséder un tel pouvoir ne sert à rien s'il n'a aucune raison de le faire fructifier. Il pourrait tout arrêter du jour au lendemain, ça ne changerait rien.

Holala… Enfin ! Apprivoiser ce type n'était pas la chose la plus évidente, mais il ne pouvait que constater qu'il commençait à entrevoir des résultats. C'était bien plus que ce qu'il avait espéré en venant ici, que ce soit concernant les informations sur Oropher ou bien l'accessibilité de Thranduil et il poussa sa chance :

— Pourquoi moi ?

Thorin se rendit-compte que sa question était extrêmement déplacée au moment où il la posa et le regard de Thranduil étincela lorsque le blond montra les dents :

— Tu ne crois pas que ça fait des jours que je me demande exactement la même chose ? Pourquoi toi ? Qu'as-tu que moi je n'ai pas ?

La glace s'était rompue, dans le mauvais sens du terme, et le plus jeune s'était jeté sur ses pieds, le visage crispé, les mains posées sur la table et les yeux noirs. Thorin se leva à son pour lui répondre calmement :

— Il n'est pas question de moi et encore moins de toi. Simplement de ce qu'Oropher recherche et, pour répondre à ta question, peut-être que la réponse, est, tout simplement, la première place dans la ligne de succession du trône d'Erebor…

Thranduil serra les lèvres mais son regard était toujours aussi vibrant et il secoua négativement la tête :

— Il a vu quelque chose en toi… Il a déjà le monde dans sa paume et il se fout de régner autant qu'il se fout d'Erebor. Du moins, officiellement. Il aime avoir le pouvoir, mais pas celui qui le clouerait à une ville excentrée et qui l'obligerait à gérer des problèmes d'intendance. Ce n'est pas le trône d'Erebor qui l'intéresse, mais celui qui est appelé à siéger dessus.

Ho mazette… Il en avait, des choses à dire, ce jeune homme, finalement… Personne d'autre que Thranduil n'avait pu lui présenter les choses de cette manière… Personne d'autre que Thranduil ne pourrait, non plus, le conseiller au mieux à ce sujet, dommage qu'il soit si délicat et, surtout, aussi touché par la situation… Thorin remuait le couteau dans la plaie, il le savait, mais, même si ça ne l'enchantait pas, il n'avait pas le choix et il insista :

— Dois-je voir cet intérêt comme une menace ?
— Pas pour Erebor. Pour toi, je ne sais pas… Cela dépend des choix que tu prendras face à lui.
— Si je refuse, comment le prendra-t-il ?
— Comme une provocation, ou un défi… Mais il ne s'en prendra pas à toi, même si ce serait très désagréable pour toi et ton neveu s'il vous retire tout son soutien. Il cherchera à te convaincre tant qu'il pensera avoir des cartes en main. Mais je pense que, tant que tu ne le déçois pas et que tu te montres à la hauteur de ses attentes, tu n'as rien à craindre de lui.
— Si je le déçois ? Comment ?

Thranduil haussa les épaules et se laissa tomber sur sa chaise en remarquant simplement :

— Si je savais comment faire pour ne pas le décevoir, jamais il aurait pris la peine de te faire venir ici… S'il t'a choisi, il a certainement ses raisons et, dans ce cas, je doute que tu ne le déçoives, quoi que tu fasses.

Thorin resta debout face à lui et, avec un peu plus de tact, il chercha ses mots pour demander en détournant les yeux :

— Donc… Tu estimes que… Il serait dans mon intérêt de…
— Accepter de devenir son héritier ?

Leurs regards s'accrochèrent à nouveau et Thorin ne répondit pas. Il avait bien deviné que le sujet coutait beaucoup à Thranduil qui garda les lèvres closes, sans répondre. Il lu dans son regard si puissant que la réponse était affirmative, mais le blond n'était pas prêt à le concéder à voix haute.
Le brun retint un soupir et, s'asseyant, il décida qu'il n'avait pas besoin de plus pour l'instant et, plus doux, il proposa distraitement :

— A ton tour… Que voulais-tu savoir ?
— Qui aimerait te voir associé à Oropher ?

La question avait fusé et étonna Thorin qui demanda d'un ton curieux :

— En quoi cela te-
— C'est à mon tour de poser les questions.

Le brun serra les lèvres, maintenant agacé, mais il consentit à répondre :

— Balïn voit la chose de manière positif, à l'instar de Gandalf.
— En quoi cette histoire concerne Gandalf ? De quoi avez-vous parlé ?

Ses questions semblaient vraiment lui tenir à cœur, même si Thorin n'en percevait pas la raison et il haussa les épaules :

— Gandalf estime simplement que ce serait un sacré atout.

Thranduil fit la moue et il lâcha avec précaution, dans un souffle :

— Je crois que…

Il se tut sans en ajouter plus et se racla la gorge avant de changer de sujet :

— Tu avais dis qu'il y avait d'autres choses que tu voulais évoquer avec moi ?

Thorin, qui avait été interpellée par sa précédente hésitation, mit un certain temps avant de comprendre qu'il faisait référence à la dernière fois qu'il était allé le trouver dans son bureau et il haussa les épaules :

— Plusieurs oui. Mais, tout de suite, certaines me tiennent plus à cœur que d'autres…
— Vraiment ? Lesquelles ?

La question de Thranduil était plutôt naïve et le blond s'en rendit compte lorsqu'il croisa le regard plus intense de Thorin.
Il n'exprima rien mais, patient, il se redressa et, encore, ce charmant, mais trop léger, sourire étira sensiblement ses lèvres fines, avant qu'il ne parle d'un ton plus dur :

— Tu viens de le remarquer, Durïn… C'est soit l'un, soit l'autre, mais pas les deux…

Séduit par la manière plutôt pugnace dont il acceptait de s'ouvrir à lui dans ce sens là, Thorin lui rendit son sourire en demandant d'une voix taquine :

— Insinues-tu que tu accepterais de te diner un soir avec moi et, pourquoi pas, plus si affinité, si je me détourne de ton père ?

Le regard que Thranduil lui rendit était, toutefois, bien trop sérieux par apport au ton que prenait la conversation et le blond, sans malice, répondit d'une voix sûre :

— A toi de me dire, Durïn, ce que tu ferais si tu te détournes d'Oropher et qu'il réponde en te privant de son aide…
— Je te demanderai de me dire, Greenleaf, qui de vous deux a le plus à m'apporter…

Le blond haussa un sourcil, déstabilisé par la question qui n'avait pas lieu d'être tant la réponse était évidente, mais Thorin semblait sérieux et, finalement, Thranduil garda le silence.
Encore, ils s'affrontèrent du regard et, prenant son mutisme pour un aveu, estimant la conversation close, Thorin se leva.

Un choix, donc. Entre Oropher et Thranduil.
Diantre, les deux personnes pour qui il avait le plus d'intérêt à Erebor et qui avaient le plus à lui proposer de deux manières radicalement différentes… Si seulement Thranduil et Oropher pouvaient être en bons termes, du moins, en termes « normaux » parent-enfant, Thorin se serait fait une place en tant que gendre… Ca aurait été parfait…

A la place, il avait d'un côté, Oropher, qui ne s'était privé d'étaler tout son pouvoir, vertigineux, pour appâter Thorin alors que, de l'autre, Thranduil n'avait, jusqu'à maintenant, rien laissé paraître de son jeu et encore moins de ses objectifs.
Mais une personnalité comme il les aimait, un putain de sourire et un attrait quasi viscérale que ressentait Thorin lorsqu'il était en sa présence... Attrait sur lequel il aurait accepté de faire une croix si jamais le blond lui avait mis un stop direct à sa première tentative de flirt. Ce que Thranduil n'avait fait ni à la première, ni aux suivantes et, même s'il n'avait pas répondu très franchement, il n'avait pas donné l'impression d'y être imperméable alors qu'il semblait parfaitement conscient de ce que lui proposait Thorin. Rien d'ambigu, donc. Et, maintenant, malgré ça, en plus, il s'ouvrait au dialogue… Et le brun ne doutait pas qu'il avait encore beaucoup de choses à lui dire…

Ni tactile, ni patient, ni franchement concerné par les gens… Du moins, jamais personne ne lui avait encore donné envie de l'être…

Décidément trop tentant.


Merci d'avoir lu !

Prochaine épisode courant semaine prochaine !
Il sera unique consacré à Kili et Fili ;)