— Ca va… C'est pas super confort mais j'ai connu pire… Et puis Dwalin continue de me donner des dossiers à travailler, donc je ne m'ennuie pas…

Assis sur le sol de sa cellule démeublée, face à Thorin qui avait ramené un sac de viennoiseries, Fili lui offrit une attitude détachée malgré sa colère, pas ravi du tout d'être là et ne le cachant pas, mais prenant son mal en patience tant bien que mal.

— Et toi ? Comment ça va ?
— C'est plus grave que ce que je pensais… Tu sais déjà que je suis déclassé, pour l'instant. Balïn a été contraint de me retirer mon grade et je ne suis plus autorisé à participer aux conseils…
— Mais tu es toujours accepté à l'Agence, ça aurait pu être pire… Et toi, au moins, tu n'es pas en cellule pour un temps indéterminé...
— Je te raconte pas l'ambiance… Même si j'ai toujours de bons soutiens, ceux qui se prônent « anti-monarchistes » s'y donnent à cœur joie… Je n'ai plus le droit au moindre faux-pas…
— Je suis désolé… Je n'aurais pas dû-
— Si. Cette rencontre avec Daïn était une bonne chose et je ne le regrette pas malgré la situation dans laquelle cela nous met…
— Tu… Tu ne penses pas que ce sont les Sangs-Dêchoirements qui nous ont tra…

Il se tut lorsque le regard de Thorin revint sur lui, grave, mais si confiant que le blond sentit ses doutes s'évaporer :

— Fili… Toi le premier, tu ne crois pas qu'il y a une chose plus condamnable encore que seul un certain sang-dêchoirement sait ?

Le blond ne répondit pas, mais l'étau qui comprimait sa poitrine se soulagea imperceptiblement lorsque Thorin passa une main tendre sur sa joue :

— Tu l'as dit… Les mecs en qui tu places ta confiance ne la trahissent pas. Je sais que jamais Daïn n'aurait fait une chose pareille, donc, par déduction, de nous quatre, seul son fils aurait pu contacter Dwalïn… Or, s'il avait voulu nous détruire ou te faire beaucoup de mal, Kili Aceped aurait simplement eu à ajouter quelques détails à propos de votre… relation.

Sans répondre, pas même pour dénier cette relation que son oncle n'était même pas supposé soupçonner, Fili détourna les yeux et Thorin continua d'une voix très basse :

— Où se trouve son téléphone ?
— Je l'ai confié à Bofur, en espérant que je ne le regretterai pas, mais je n'avais pas d'autre choix que de lui faire confiance sur ce coup-là… Pourquoi ?
— Je dois parler avec Daïn.
— Si tu fais ça et que ça se sait, on aura plus qu'à plier bagage et repartir d'où l'on vient, si on ne nous lynche pas avant.
— Si je ne le fais pas, le prêtre de Morgoth vaincra.
— Comment ça ?
— Je sais qu'il est derrière tout ça… Et il a beaucoup plus d'alliés bien placés que je ne le pensais… Il prend de l'avance et, maintenant que l'agence est en ébullition à mon sujet, le gardien se retrouve seul face à lui, c'est tout ce qui compte… Là est le vrai combat et, agence ou sang-dêchoirement, quelqu'un doit se dresser. Nous sommes hors jeu tous les deux… Pas Daïn.
— Tu es loin d'être hors jeu, Thorin… Au contraire, maintenant que tu es rejeté par l'Agence, tu deviens un pion libre qui n'est plus régit par aucune règle… Balïn t'a dégradé, ce que beaucoup verraient comme le châtiment ultime, mais tu es libre de tes actes et tu n'as plus vraiment de compte à rendre…

Fili venait de parler avec conviction et Thorin lui envoya un regard pensif en répondant avec une grimace :

— Un jeu dangereux… Je suis maintenant attendu au tournant et je n'ai pas le droit à l'erreur, toi encore moins. Je suis officiellement dégradé, mais je ne peux pas me permettre un nouvel écart. Mes appuis se sont dérobés et j'ai pratiquement toute l'Agence à dos mais, au moins, cette affaire m'a permis de discerner exactement combien sont dignes de confiance et, malheureusement, ils se comptent sur les doigts d'une main.

Fili soupira et, distraitement attrapa une viennoiserie en demandant d'un ton neutre :

— Où en sont les recherches de Gandalf ?
— Elles arrivent à terme, dans peu de temps, peut-être aujourd'hui, il aura localisé l'Arkenstone.
— Tu comptes finalement passer outre le gardien ?
— Gandalf va dans cette direction…
— Tu n'as pas l'air convaincu…

Le brun haussa les épaules et il admit simplement :

— Disons que… L'empressement de Gandalf est discutable mais j'ai hâte que les cartes et les visages se dévoilent… Si j'annonce avoir trouvé l'Arkenstone, le temps des courbettes sera révolu et, enfin, je saurai exactement quel sont les objectifs de chacun, c'est l'idée que je partage avec lui.
— Des nouvelles d'Oropher ?
— Je ne saurais dire si c'est une surprise ou non, mais l'affaire actuelle ne semble pas vraiment le toucher. Il n'a rien annoncé à mon sujet dernièrement et ne semble pas condamner mes actes.
— Vu de quoi il est lui-même capable, je ne pense pas qu'apprendre que tu joues ton propre jeu puisse le décevoir, au contraire, et-
— Durïn.

Coupant la parole de Fili, sans qu'ils ne l'aient entendu venir, la voix froide de Thranduil s'éleva dans la cellule et les deux autres se remirent sur pied.

— Monsieur Greenleaf, enchanté, j'ai beaucoup entendu parler de vous… Je suis Fil-
— Fili Durïn. Difficile de vous ignorer au vu de vos derniers éclats...

Coupant, encore une fois, la parole de Fili sans même vraiment l'écouter, Thranduil s'en désintéressa pour regarder Thorin dans les yeux. Oropher n'aurait pas fait mieux, se dit simplement le brun en retenant un sourire amusé :

— Je dois vous parler, Durïn.
— Je vous écoute, Greenleaf.
— Pas ici…
— Fili est digne de confiance.
— Certes, sauf que cela ne concerne pas que vous, mais aussi mon père et c'est quelque chose qui gagnerait à ne pas être évoqué au sein de la brigade lupine…

Le ton était impératif, mais, pour la forme, Thorin fit mine d'hésiter. Toutefois, semblant bouder, Fili se rassit en tailleur, tournant le dos à Thranduil, pour attraper le sac de viennoiserie en congédiant son oncle d'un marmonnement que seul Thorin entendit :

— Tu as raison… Les visages se dévoilent et je n'ai pas l'impression d'être le seul à miser sur les bonnes personnes…

Le grand brun retint un sourire et, haussant les épaules, il suivit Thranduil qui repartait déjà. La porte de la cellule se verrouilla automatiquement derrière lui et les gardes, qui s'étaient éloignés pour laisser à Thorin plus d'intimité avec son neveu, revinrent immédiatement se mettre en faction.
En silence, ils marchèrent jusqu'à sortir des locaux mais, à peine eurent-ils fait quelques pas à l'extérieur qu'une belle voiture de sport s'arrêta à leur hauteur et, dignement, Oropher en sortit, ignorant superbement son fils qui s'était figé avec effroi, pour se tourner vers Thorin, direct :

— Monsieur Durïn, j'aimerai m'entretenir avec vous.
— A quel propos ?

Sèchement, Thranduil avait parlé en faisant un pas en avant, provoquant. Toutefois, ennuyé, Oropher darda sur lui un regard impatient :

— Rien qui ne te concerne, Greenleaf, tu peux disposer.

Le blond accusa l'ordre avec un éclat furieux dans le regard et, crispé, il manqua de s'écarter sans insister mais Thorin intervint à son tour :

— Vous comprendrez, monsieur, qu'à l'heure actuelle, il m'est primordial de bien choisir mes alliés et votre fils a ma confiance.
— Pas la mienne, qu'il parte.
— J'ai d'abord des choses à entendre de sa part. Des choses qui vous concernent.

Peut-être aurait-il dû réfléchir, avant d'ouvrir sa gueule de cette manière, fut avec certitude ce qu'il lu dans le regard noir de Thranduil, en écho à ses propre réflexions. Mais Thorin commençait à en avoir plein la soupe de la situation et de toutes ces incertitudes qui concernaient l'Empereur, si bien qu'il se disait que, finalement, percer l'abcès de cette manière pouvait se montrer productif. Ou pas.
De pâle, Thranduil devint livide lorsque le regard d'Oropher, lentement, vint sur lui mais, Thorin, fermement, lui attrapa le poignet pour prévenir toute tentative de fuite, tout en se plaçant discrètement entre lui et son père au cas où se dernier décide, encore une fois, de s'en prendre physiquement à lui. Le brun, qui n'avait jamais vraiment usé de tact et subtilité, avait la sensation qu'il était temps qu'Oropher s'explique et que, si jamais Thranduil avait des soupçons à son propos, il voulait y confronter son père directement. Pour faire bref il était temps que les masques tombent.

— Je serai curieux d'entendre ces choses, moi aussi.

Le regard que Thranduil lança à Thorin était noir et profondément acerbe, toutefois, le plus jeune ne fit pas mine de se dérober lorsque, finalement, Oropher leur présenta sa voiture et, suivant Thorin, il y prit place lui aussi, sans décrocher un mot durant le trajet qui suivit dans une ambiance tendue.

Sans surprise, Oropher les amena à son manoir, dans un salon privé, et, refusant de s'asseoir, Thranduil croisa les bras sur son torse en détournant les yeux lorsque, face à lui, son père s'avachit souplement dans un fauteuil de cuir en le perçant de son regard implacable :

— Nous t'écoutons, Greenleaf… Quelles sont les accusations que tu me portes, cette fois-ci ?
— Je n'ai pas parlé d'accusation à votre propos, monsieur…
— Quoi alors ?

Crispé, le blond leva son regard, toujours suintant de colère, vers Thorin qui prit la peine de se sentir un minimum coupable, puis lui répondit d'une voix claire, mais sèche :

— Je pense que vous êtes manipulé par le prêtre de Morgoth…
— Pardon ?
— Il est en contact avec vous, influence vos actes et, ce, depuis un moment.

Un éclat passa dans le regard d'Oropher qui, immédiatement, montra les dents en se redressant :

— Comment oses-tu ? De toutes tes calomnies, c'est celle-ci que tu-

Il se leva mais s'immobilisa lorsque, sans se montrer agressif, Thorin se plaça devant Thranduil qui, instinctivement, avait bondit en arrière. Oropher se redressa, le regard étincelant, mais son fils se défendit d'une voix rauque :

— Vous n'êtes pas sans faille ! Et notre ennemi est bien plus puissant que ce que vous imaginez, surtout sur le plan de la manipulation. Je n'ai pas dit que vous étiez dans son camps, mais je le soupçonne d'être entré en contact avec vous et de vous utiliser pour parvenir à ses fins sans que vous en soyez conscient ! Vous, mais, aussi, Thorin, et, ce, depuis le moment où il est arrivé. C'est de cela que je voulais le mettre en g-
— Ca suffit, Thranduil, tu m'ennuies… Tu garderas tes craintes pour toi, dorénavant…
— Mais écoutez-moi, par-
— Tait-toi… J'avais encore espoir d'entendre quelque chose de pertinent de ta part… Mais ceci semble malheureusement être le meilleur dont tu sois capable… Quelle pitié que vous lui ayez donné votre confiance, monsieur Durïn…

Se détournant de Thranduil qui, estomaqué, lui renvoya un regard saccagé, Oropher se tourna vers Thorin pour lui proposer un verre. Mais le brun refusa et, impatient, l'empereur insista :

— Monsieur Durïn… Je comptais vous proposer de fermer les yeux quant à votre écart vis à vis de Daïn, que je respecte moi aussi… Mais je ne serai pas aussi clément envers tous les choix que vous faites…
— Vous aviez pourtant laissé entendre que votre proposition n'avait pas d'autre condition que de m'avoir comme héritier… Thranduil n'est pas-
— Je me fous de Thranduil… Je parle de votre décision de vous emparer de l'Arkenstone en passant outre la volonté de son gardien. C'est à lui que nous devons nous fier, personne d'autre. Il a prouvé, jusqu'à maintenant, être la meilleur référence à suivre quant à la gemme et ce n'est clairement pas le moment de passer outre… C'est pourtant ce que vous vous apprêtez à faire et je le condamne…

A côté de lui, Thranduil, qui avait gardé ses lèvres closes malgré un regard fulminant, haussa un sourcil face au reproche d'Oropher qui, ignorant totalement son fils, retourna s'asseoir dans son fauteuil pour jauger Thorin avec une lueur dangereuse dans les yeux :

— J'ai déjà fort à faire pour rattraper votre dernier éclat… Si vous désirez profiter de notre collaboration, je vous déconseille fortement de continuer votre partie en solo, n'oubliez pas que je vous ai proposé mon aide… Une aide sur laquelle vous pouvez compter, malgré ce que certains vous dirons à tord… Thranduil, tu connais la sortie, j'aimerai continuer la conversation avec Thorin seulement. Merci de m'avoir fait, encore, perdre mon temps.

Avant que le brun ne puisse parler à son tour ou bien, tout simplement, accrocher le regard de Thranduil pour lui exprimer ses regrets, le plus jeune, aussi soulagé que démoli, tourna les talons et partit sans demander son reste.
Thorin laissa passer quelques secondes, avant de parler d'un ton de reproche :

— Il a bien plus de valeur que ce que vous lui en prêtez…
— Qu'importe, je me fous de ce qu'il vaut ou pas. Nous devons maintenant nous concentrer sur-
— Si ses soupçons avaient été portés par un autre, l'auriez vous écouté ?

Il ne sembla pas apprécier de se faire couper ainsi la parole, mais il ne releva pas. Détournant le regard pour le perdre à travers la vitre finement ouvragé, Oropher bu une gorgée du verre qu'il avait auparavant proposé à Thorin avant de répondre d'une voix neutre :

— Ce sont des soupçons que je partage, bien entendu et ce depuis bien longtemps. Je pensais que, si je jouais le jeu de notre ennemi sans montrer mes doutes, peut-être commettrait-il une faute et me permettrait de le confondre… Malheureusement, il est bien plus maitre manipulateur que je ne le suis, je le reconnais aussi. Mais soyez sans crainte, je suis extrêmement vigilant envers les personnes que je côtoie, de même que celles qui vous abordent…
— Vous n'êtes pas le seul à vous soucier de mes relations… Ca doit être de famille…

Ennuyé, Oropher posa son verre en admettant simplement :

— D'une certaine manière, vous n'avez pas tord… Comme vous le pensez, je reconnais qu'il serait improbable que Thranduil soit un prêtre de Morgoth… Et j'admets qu'il est dans le vrai, quant à ses insinuations et ses déductions. Il doit être, au sein de l'agence, peut-être l'une des personnes les plus lucides à propos de la situation dans sa globalité, mais c'est, malgré tout ce que j'ai investi en lui, le mieux qu'il puisse faire face à ça et ce n'est pas assez... Il n'est pas en mesure de vous protéger. Moi, je le suis…

Attentif aux mots d'Oropher, Thorin haussa un sourcil.
Lorsque Thranduil parlait de son père, une colère sourde, mêlée à la rancœur et la déception trahissait aussi bien la haine, l'admiration et le regret que le blond ressentait. Thorin avait fini par deviner que Thranduil, malgré la fureur de façade dans laquelle il se drapait face à Oropher, gardait, toujours et malgré tout, l'espoir d'être à la hauteur de ses attentes.
Par contre, lorsqu'Oropher parlait de son fils… Il n'y avait rien. Il semblait le connaître plutôt bien, finalement, mais il ne l'évoquait que comme un gradé de l'Agence trop ambitieux par apport à son potentiel. Rien d'autre. Mise à part la déception qui pointait lorsque leur lien venait dans la conversation, son jugement sur le plus jeune n'était altéré en rien. Pas de haine, de déception ou de rancœur… Pas même du respect.
Il n'éprouvait véritablement rien pour son fils et cela fit, d'une certaine manière, plutôt mal à Thorin qui, de plus en plus, prenait ce fait en compte lorsqu'il était question d'Oropher. Toutefois, des deux, le brun ne savait pas lequel était le plus à plaindre, et surtout, en détresse, entre celui qui ne recevait pas d'amour et celui qui n'en avait pas à donner…

Il soupira mais, tout de même curieux sur le sujet et, le plus vieux ne semblant pas si réticent à parler de Thranduil, tant que ce n'était pas en tant que fils, Thorin insista :

— Vous me reprochiez pourtant d'avoir mis ma confiance en lui…
— Vous êtes maitre de vos propres choix, monsieur Durïn… Je ne vous reproche rien, mais certaines de vos décisions m'affligent… Thranduil est plus focalisé sur l'idée de prendre sa pâle revanche sur moi ou de prouver je ne sais quoi à je ne sais qui, qu'autre chose, cela m'étonne à peine qu'il vous approche dans l'idée de vous pousser à vous défier de moi, j'espère que vous saurez rester clairvoyant à son propos…
— De nous deux, je pense être le plus clairvoyant à son propos…

Acceptant, finalement, un nouveau verre qu'Oropher lui tendit sans rien exprimer, Thorin s'assit dans le fauteuil face à lui en se reprochant, tout de même, la décision qu'il avait prise d'impliquer Thranduil dans la conversation. Il craignait franchement que le beau blond ne le lui pardonne pas une chose pareille et qu'ils en reviennent au point de départ malgré les évolutions qu'ils avaient eues. Toutefois, la confrontation ne s'était pas montrée dénuée d'intérêt, au contraire, cela avait permis de débloquer certaines choses et, surtout, d'éclairer Thorin sur la vision qu'avait Oropher de la situation. Il bu une gorgée du vin prestigieux qui lui avait été servi, avant de demander d'un ton plus concerné :

— Et que pensez-vous de ses derniers soupçons ? Le prêtre de Morgoth m'aurait déjà abordé et manipulé, selon vous ?
— C'est une hypothèse que je partage et que nous ne pouvons ignorer. C'est la raison pour laquelle je vous mets en garde : ne tentez aucune partie solo et soignez plus attentivement vos activités. L'accident vis à vis de la fuite sur votre entrevue avec Daïn en témoigne, vous êtes surveillé et aucune de vos actions ne restera sans conséquence… C'est une partie qui se joue et, pendant que vous vous égarez, notre ennemi place ses pions et installe l'échiquier comme bon lui semble.
— Si je ne prends aucun risque, il y a peu de chance que j'aille bien loin…
— Idem si vous en prenez trop… Restez humble et patient, monsieur Durïn. Certes, la pierre vous octroiera un droit que nul ne pourra vous refuser, mais réfléchissez bien à la manière dont vous comptez vous en emparer, rien ne doit être laissé au hasard ou à l'improvisation lorsqu'il est question de régner… Je suis surpris de remarquer que même Greenleaf à plus de jugeote que vous sur ce point-là...

Reprit comme un collégien l'aurait été par un sévère prof de langue ancienne qui reprocherait une déclinaison mal employée, Thorin soupira, avant de justifier clairement, point par point, en le regardant dans les yeux :

— Pour l'instant, il est plus question de faire sortir le prêtre de Morgoth en le narguant que de prendre la pierre, n'aillez crainte sur ce sujet… Je ne suis pas aussi pressé qu'on le dit à mon propos et je saurai attendre… Je ne m'emparerai de la pierre que lorsque je serai prêt et que le moment sera opportun. Toutefois, si je veux mettre un terme à tout ça et forcer notre ennemi à se révéler, je dois prendre le risque d'aborder la pierre en laissant courir ces bruits à mon propos afin de l'attirer à moi. S'il me pense aussi pressé, orgueilleux et avide de pouvoir que ce qu'il se dit à mon propos, il y a des chances que je le prenne au dépourvu…

Oropher haussa un sourcil étonné, avant qu'un sourire amusé ne vienne étirer ses lèvres fines :

— Vous êtes de la partie, vous aussi, définitivement… C'est dangereux et audacieux, mais je préfère ça… Contrairement à moi, vous êtes du genre à agir de front, c'est tout à votre honneur, monsieur Durïn, j'ai tendance à l'oublier et cela me surprend agréablement à chaque fois. Toutefois, vous vous doutez bien qu'il s'agit d'un combat que vous pourrez ne pas remporter s'il s'avère que notre ennemi ait plus d'un tour sur vous et qu'il ait déjà anticipé votre jeu…
— Quelle aide pouvez-vous donc me donner, dans ce cas ?
— Aucune si vous persistez dans cette voie-là. Je viens de vous le dire, nos méthodes divergent… Comme vous, j'ignore la réelle nature de notre ennemi et ce dont il est vraiment capable. Toutefois, permettez-moi d'insister : Comptez sur moi pour assurer vos arrières. Vous et votre neveu pourrez vous replier dans ma demeure si les choses venaient à mal tourner.

C'était déjà énorme, Thorin en était conscient. Un allié comme Oropher dans une lutte comme celle-ci n'était pas à prendre à la légère et Thorin sentit un poids considérable se soulever de sa poitrine. Après tout, il n'était pas aussi serein qu'il le laissait paraître, surtout au vu des craintes que semblaient partager Thranduil et Oropher. Il eut un léger soupir soulagé puis, dans un sourire narquois, il releva d'une voix neutre :

— Sont-ce mes leçons qui commencent ?

L'autre lui répondit d'un sourire franc et il opina, sans se cacher :

— Vous n'avez pas encore accepté mon offre, certes, mais vous ne l'avez pas rejeté non plus… Vous avez encore beaucoup à apprendre, Thorin, et vous guider est un réel plaisir…

Répondant à son sourire, Thorin se rendit compte que le plaisir était partagé. Cet homme était, certes, ce qu'il était et beaucoup de choses lui étaient reprochables, mais chacune de ses conversations était enrichissante et très intense. Finalement, la seule chose qui amenait Thorin à freiner des quatre fers face à lui était Thranduil. Rien d'autre que Thranduil.


oOo

Merci d'avoir lu.

Prochain chapitres, deux révélations !
- Où se trouve l'Arkenstone ?
- Qui est le prêtre de Morgoth ?

Certains d'entres vous ont-il déjà des idées ou des doutes à ces propos ?