— A l'Agence ?
— Dans les catacombes qui courent dessous, précisément… Les anciennes mines de la grande Erebor d'autrefois… Les sous-sols sont truffés de galeries anciennes… Un vrai labyrinthe ancestral blindées de pièges d'un autre temps… J'aurai dû y penser plus tôt, c'est tellement évident…
— Vous voulez dire que, depuis le début, l'Arkenstone se trouve juste sous nos pieds ?
Gandalf hocha la tête, assis face à Thorin qui l'avait rejoint dans son bureau et il se redressa, fébrile :
— Nous seulement elle est juste là, mais, en plus, elle est à notre porté…
— A notre porté ?
— Je sais maintenant comment rejoindre la salle où se trouve l'Arkenstone.
— Trouver l'emplacement de l'Arkenstone est une chose… D'autre y sont parvenus, mais sans résultat…
— Je n'ai aucun doute que, pour vous, la pierre se révèlera.
Gandalf s'était montré plus pressant et, sur la réserve, Thorin remarqua en pianotant distraitement sur la table du bout des doigts :
— Certains m'ont mis en garde à ce propos…
— Quel propos ?
— M'emparer de l'Arkenstone dans un tel climat, malgré les réticences du gardien et des dirigeants de l'Agence…
— Ho… Je vois…
Le vieillard sembla cerner qui était à l'origine de ces doutes car, avec douceur, il lui répondit gentiment :
— Thorin… N'avez-vous pas encore compris ? Posséder l'Arkenstone, le titre et les responsabilités qui vont avec sont incompatibles avec ce qu'Oropher attend de vous…
— Il semble penser le contraire…
— Car il ne se rend pas compte de ce que tout cela implique. Mais s'il a tenté de vous mettre en garde c'est qu'il essaie, d'une certaine manière, de vous garder prêt de lui comme on mettrait en laisse son animal de compagnie…
Le brun fronça les sourcils et Gandalf se redressa en se rattrapant de cette voix patiente :
— Ce n'est pas péjoratif mais je crains que, entre l'empire et l'affection d'Oropher ou bien Erebor, il vous faudra faire un choix…
— Un choix qui semble vite vu…
— Vraiment ? Il est pourtant question d'un père contre un trône…
Thorin lui rendit un regard incisif et, sans rien ajouter, Gandalf se leva en concluant simplement :
— Si, comme vous le dites, le choix est vite vu, dans ce cas, je vous attends ce soir à l'entrée du souterrain Est. Je vous déconseille de prévenir qui que ce soit, mieux vaudrait qu'une telle entreprise ne tombe pas dans des oreilles indiscrètes…
— Et si le prêtre de Morgoth nous y attend ?
— C'est la raison pour laquelle il est indispensable que je vous accompagne…
— Vous pourriez lui faire face ?
— Je pourrai au moins sentir sa présence et prévenir le danger.
oOo
— Putains de ronces… Putains de ruines… Putain de brouillard !
Claquant des dents, maugréant depuis quelques heures maintenant mais, pourtant, continuant son exploration en buttant contre les caillasses qui trainaient au sol, Tauriel avançait lentement, une lampe torche dans une main, un flingue greffé dans l'autre.
Cela faisait des siècles qu'Orthanc tombait gentiment en ruine et la forêt de broussailles et de ronce qui l'entourait peinait largement la belle rousse qui, tous les dix mètres, lançait une insulte bien sentie à l'attention de Kili qui, elle n'en doutait pas, était certainement très occupé à déhancher son fabuleux corps dans une boite de nuit, à moins qu'il ne soit déjà reparti avec un beau gosse pas trop farouche. Quel connard…
Pendant ce temps, elle, la pomme de terre de service, elle se tapait la randonnée pédestre dans l'un des lieux les plus craints et détesté de la région. Fallait vraiment que ça tombe sur elle…
Pendant le vol qui l'avait amené à la piste la plus proche de la tour, elle avait fait ses recherches à propos d'Isengard. Quelques décennies plus tôt, un siècle, pour être exact, le fameux mage qui créchait maintenant à Erebor, Gandalf, s'était rendu ici pour mettre un terme aux agissements de Saroumane, un autre mage qui avait commencé, et bien avancé, des rituels noirs et proscrits par la nature elle-même.
Il n'y avait pas eu de témoins mais certains disaient que la bataille entre les deux mages avait été terrible et Gandalf ne l'avait remporté que de justesse. Il avait ensuite affirmé, et confirmé, la mort de Sarouman puis s'était fait son bonhomme de chemin jusqu'à l'Agence d'Erebor.
S'il avait été un mage aussi clairvoyant qu'on le disait, ça aurait été pour Daïn qu'il avait travaillé, se disait Tauriel, mais elle était trop occupée à pester après les ronces, Kili, les beaux mecs et les corps fabuleux pour réfléchir à ce sujet.
Plusieurs heures lui furent nécessaires pour passer la forêt de broussailles, déchirée par des gouffres profonds desquels montaient des rumeurs qui lui glacèrent les poils entre les omoplates. Si elle survivait à ça, elle retournerait à Erebor pour chopper Kili, le ramener ici et le balancer dans l'un de ces gouffres.
Par soucis de précaution, elle rangea son petit révolver et, pour se rassurer, attrapa le fusil d'assaut qu'elle avait amené avec elle, au cas où. Mage ou pas mage, personne ne rigolait longtemps face à un tel engin.
Quand elle atteignit, enfin, la porte noire d'Orthanc, le Soleil déclinait. Du moins, elle le devina malgré le voile continu de brume noire et venimeuse qui semblait stagner en continu au dessus de la zone. Elle gravit les marches taillées dans la roche noire, à peine érodées et toujours lisses et brillantes, à l'instar de la totalité de la construction elle même. Face à la porte scellée, elle hésita, mais, se disant qu'elle n'avait pas fait tout ce chemin pour rien, elle y posa la main pour l'ouvrir. La pierre était froide mais, surtout, rien ne bougea et, excédée, elle donna un coup de pied dedans, sans résultat, puis, gardant son sang-froid, dans le plus grand des calmes, elle fit un pas en arrière, pointa le fusil d'assaut sur la porte, puis tira.
La détonation fendit l'air, la pierre explosa et, satisfaite, elle récupéra sa torche pour pénétrer dans le bâtiment.
Au moins, si elle devait faire une mauvaise rencontre, ça ne tarderait pas, dans la mesure où toute la région était prévenue de son arrivée.
Privilégiant l'efficacité au détriment de la discrétion, elle sortit une fusée éclairante qu'elle déclencha avant de la lancer devant elle et, rassurée de voir distinguer une grande salle unie, elle avança pas à pas. Toutefois, elle se figea lorsque, semblant répondre à son intrusion, elle entendit un bruit sourd dont l'écho se répercuta dans la vaste pièce creuse de la tour, noyant l'origine du son. Attentive, elle recommença à mettre un pied devant l'autre pour faire quelques foulées et s'immobilisa encore lorsque le bruit se fit entendre à nouveau. Irrégulier, d'une certaine manière, mais suivant un rythme assez particulier, comme une succession de coup et de silence qui se suivait. Elle fronça les sourcils mais, soudain, elle bondit lorsqu'elle comprit : Du morse ! Quelque chose ou, plutôt, quelqu'un, communiquait en morse !
Sans lâcher son fusil d'assaut, elle récupéra sa fusée éclairante qui se consumait au sol et, sur ses gardes, elle se dirigea vers l'origine du bruit, qu'elle détermina être un signal de SOS.
Avec précaution, elle suivit une galerie qui semblait s'enfoncer dans les profondeurs et, après quelques dizaines de minutes de marche rendue pénible par l'eau glacée et stagnante qui lui atteignait les mollets, elle déboucha dans ce qui avait, certainement, autrefois servi de geôles.
L'appel s'était tu mais, sûre de son ouïe, elle s'immobilisa dans le couloir pour chuchoter du bout des lèvres :
— Il y a quelqu'un ?
Dans le silence du lieu, sa question eut bien plus de répercussion qu'elle ne l'avait pensé et elle eut le reflexe de mettre son fusil en joue lorsque l'écho lui revint. Toutefois, elle discerna un nouveau son étouffé et se dirigea, toujours sur ses gardes, vers la cellule la plus délabrée en grinçant des dents.
Si jamais c'était un piège qui résulterait par un mauvais moment à durée indéterminé pour elle, un certain brun en entendrait parler…
Elle parvint face à une grille de fer rouillé, mais encore solide et, restant à une distance décente, elle réitéra à nouveau :
— Hé ho ! Je viens en ami…
— De qui ?
La voix rocailleuse qui lui répondit, faible, mais claire, la fit bondir en l'air et, se reprenant rapidement, elle pointa son fusil d'assaut devant elle, vers l'origine de la voix, en haussant les épaules :
— Tout le monde tant qu'on ne me prend pas la tête…
— Dans ce cas, baissez-votre arme, mademoiselle…
Elle n'obéit pas et, aboyant presque, elle demanda :
— Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?
Après tout, la rousse n'était pas si sereine que ça… Elle n'oubliait pas qu'elle se trouvait sur le territoire de feu un mage noir pas super sympa qui avait périt en ce lieu et que, certainement, certaines de ses abominations lui avaient survécu. Toutefois, elle ne se sentait pas en danger et fronça les sourcils lorsqu'elle entendit le bruit d'une chaine raclant la pierre comme l'autre se mit en mouvement en répondant à sa dernière question :
— J'étais venu ici pour mener un combat qui me dépassait… Contre des forces que je n'ai su arrêter à temps et qui se sont retournées contre moi… Il y a presque un siècle de ça, maintenant…
Elle haussa un sourcil et, baissant son arme, elle ajusta la luminosité de sa lampe, un très mauvais pressentiment lui vrillant maintenant les entrailles, elle demanda encore :
— Qui êtes-vous ?
Le rayon lumineux, qu'elle avait affaiblie pour ne pas heurter les yeux de l'autre, accrocha un homme d'apparence âgée, un vieillard, à la longue barbe grise et aux amples vêtements gris qui présentait beaucoup de similitudes avec Gandalf, dont le profil était plus noble et le regard tout aussi luisant. Il semblait être enchainé ici depuis une éternité et, pourtant, il n'avait pas l'air de souffrir de l'écoulement du temps et, sans voix, elle baissa sa lampe lorsqu'il se redressa pour souffler d'un souffle rauque :
— L'on m'appelait Gandalf… Même si je suis conscient que l'ennemi qui, jadis, m'a enchainé ici, sévit aujourd'hui sous mon nom pour obtenir la confiance des hommes libres et parvenir à ses funestes fins…
— Votre… Votre ennemi ?
— Il est aussi le votre, certainement… Saroumane s'est allié à la cause de Morgoth, j'ai fait l'erreur de ne le voir que trop tard…
Elle cligna des yeux. Une fois, puis deux. Enfin, s'accrochant à sa lampe, elle s'approcha, pour demander dans un sourire nerveux :
— Vous voulez dire qu'il existe quelque part une personne qui se fait passer pour Gandalf mais qui est en réalité Saroumane, un prêtre de Morgoth ? Que veut-il ?
Encore elle entendit la chaine racler le sol lorsque le magicien bougea pour annoncer gravement :
— Il cherche, d'une manière ou d'une autre, des artefacts de pouvoir qui lui permettrait de rendre à son maitre endormi sa puissance de jadis. Son pouvoir ne doit pas être sous estimer mais, plus encore, sa force de persuasion et la manipulation sont les plus grandes de ses armes. Je n'ai nul doute qu'il est, dans l'ombre, au contrôle de pays entier actuellement et qu'il attend, patiemment, son heure…
« Ho… bordel de merde… Par pitié, dites moi que l'on capte dans ce pays de merde, j'ai un appel important à passer… » Fut la première pensée lucide qui traversa l'esprit de la belle rousse.
oOo
Merci d'avoir lu !
Et merci aux reviewers du chapitre précédent.
Dans la mesure où c'est pas forcément le genre de fic que l'on peut voir trainer sur ce fandom (les UA pour l'univers de Tolkien, c'est presque un sacrilège, je sais, mais je trouve que les personnages vont si bien dans ce genre d'histoire), je suis contente d'avoir des retours à son propos :)
Le prochain chapitre arrivera certainement en début de semaine prochaine (ou plus tôt, je ne sais pas encore)
Au prochain chapitre : Kili s'infiltre pour retrouver Fili dans les geôles et lui poser quelques questions à propos de la réelle identité du gardien.
