— Je le lui avais bien dit, à Dwalin…

Assis en tailleur sur le sol de sa cellule, travaillant le souffle et la méditation après avoir enchainé plusieurs heures de renforcement musculaire, d'étirement et d'assouplissement afin de mettre son temps d'immobilisation à profit pour faire travailler son corps en profondeur, Fili, très concentré, n'avait pas entendu la porte de la cellule s'ouvrir.

Surpris, il se leva pour faire face au lieutenant Goskoor, l'un de ceux qui avaient fermement contesté son arrivée directe au poste de lieutenant. Peut-être, justement, parce que l'arrivée de Fili avait empêché une promotion de Goskoor, du moins, c'était ce que Bofur répétait pour expliquer la raison pour laquelle ce quadragénaire ne portait pas Fili dans son cœur.

Il retint un soupir blasé. En deux jours qu'il était là, il s'était bien attendu à recevoir ce genre de visite et, sans rien exprimer, il ne dit rien face au lieutenant qui s'était adossé à la porte, les bras croisés sur sa poitrine et le sondant d'un regard mauvais :

— Si peu de temps avant de foutre la merde…
— Si peu de temps avant d'avoir des résultats, aussi…
— Des résultats ? Lesquels ?

Vu la bassesse de la conversation qui venait, Fili préféra ne pas répondre et, lui tournant le dos, il termina de s'étirer, ravi de sentir l'ensemble de ses muscles répondre à la perfection à ses sollicitations. Toutefois, il se crispa lorsque, sans prévenir, l'autre marcha sur lui pour l'attraper violement à la nuque et le projeter en avant afin de le plaquer face contre le mur, pressant cruellement ce point si sensible à la jonction de la tempe et de la mâchoire.

— Un peu de respect, Roy… Maintenant que t'es déclassé, tu n'es plus en mesure de pavaner ainsi… Laisse-moi te donner une petite leçon d'humil-
— Me touche pas !

Etourdi par la douleur, sans lui laisser le temps de finir sa phrase, Fili avait joint les deux mains et, d'une puissance et d'une précision inouïe, il balança son coude en arrière, percutant l'abdomen de Goskoor qui, dans un râle de douleur, lâcha le blond en se pliant en deux. Fili fit volte face et, presque avec nonchalance, il termina d'un coup de pied juste sous l'arrête de la mâchoire qui projeta son adversaire au sol quelques mètres plus loin. Goskoor se réceptionna lourdement sur le dos, le souffle coupé, aux pieds de Kili qui arrivait à ce moment et qui analysa la scène d'un regard surpris. Simplement, le brun serra le poing et, d'une prise assurée, il frappa Goskoor, qui, étourdi, s'était redressé sans le voir, à la tempe. Assommé, le lieutenant s'écroula pour de bon et, sans s'occuper de lui, le fils de Daïn l'enjamba avant de marcher vers Fili.

Avisant son regard grave et sa démarche menaçante, le blond eut le reflexe de faire un pas en arrière, maintenant inquiet. Il tenta de se défendre lorsque le Sang-Dêchoirement, à son tour, lui crocheta la gorge, avec bien plus d'adresse et de force, pour le plaquer une nouvelle fois contre le mur de la cellule en se penchant sur lui, extrêmement sérieux, froid et agressif :

— Maintenant, Roy, tu vas me dire qui est le gardien de l'Arkenstone, tout de suite.

Il ponctua sa phrase en lui collant le canon de son arme à feu sous le menton et Fili se défendit d'une voix sèche :

— L'épervin aussi connaît son identité, pourquoi prends-tu le risque de venir jusqu'ici plutôt qu'aller lui parler à lui ?
— L'épervin a disparu il y a deux heures. Et Thorin est sur le point de faire une grosse connerie, il faut absolument l'arrêter !

Acculé, il serra les lèvres et, réticent à parler, il se déroba, agressif :

— Pardonne-moi, mais je ne sais pas si tu as remarqué, je ne suis pas franchement libre de mes mouvements en ce moment… Je ne sais pas qui est l'épervin et je n'ai aucune idée de ce qu'a Thorin en tête ni où il se trouve, donc si tu veux bien partager ta scien-
— Qui est le gardien ?

Spontanément, Fili ouvrit la bouche pour prendre une respiration laborieuse lorsque, sans pitié, Kili le priva de son souffle d'une poigne d'airain, affolant son rythme cardiaque. Diantre, il était supposé passer un sale quart d'heure, pourquoi prenait-il autant de plaisir à se faire ainsi bousculer par son amant ? Kili le savait : s'il avait posé la question poliment, aucun doute que Fili aurait consenti à y répondre, mais là… Il ne put s'empêcher de résister à nouveau :

— Pourquoi cet acharnement soudain envers le gardien ?
— Je dois le trouver, il est en danger et l'Arkenstone aussi…
— Que se passe-t-il ?
— C'est moi qui pose les questions !

Fili fut littéralement soulevé du sol par la poigne de Kili et il vit des étoiles lorsque l'autre intensifia sa prise. Ce mec était si bandant, par Mahal… il retint un sourire gourmant et, sans répondre, il préféra attaquer. Prenant appuie sur le mur derrière lui pour ceindre la taille de Kili de ses jambes, il usa d'une torsion effarante de souplesse pour inverser les places, mais c'était sans compter sur l'adresse de Kili qui répondit d'une prise agile afin de couper son élan et le jeter au sol. Fili s'arrangea pour l'entrainer dans sa chute, enroulant ses jambes autour de son bassin tout en dégainant une petite lame en céramique qui ne le quittait jamais et que ses abrutis de collègues n'avaient pas remarquée.

Il tomba sur le dos et, immédiatement, menaça Kili à la gorge lorsque celui-ci se réceptionna au dessus de lui avec souplesse, amortissant la chute en lâchant son arme et posant ses mains de part et d'autre de son visage, à quelques centimètres du sien. Fili voulut pousser sa chance et inverser les positions pour dominer le brun, mais, sans prévenir, ce dernier se pencha pour embrasser brutalement ses lèvres avec fougue et passion, si bien que, finalement, il lâcha sa lame pour glisser sa main sur la nuque de Kili.
Ce mec le rendait fou, vraiment.

Toutefois, bien trop rapidement, le brun se redressa, pressant :

— Je voudrais bien pousser l'interrogatoire puis te prendre à même le sol de cette cellule, lupin, mais il y a urgence.
— Tu m'as manqué, toi aussi. Ca fait deux jours que je tourne en rond là-dedans et que je rêvais qu'une telle… situation, se produise… Encore une fois, ton intervention surpasse mes fantasmes.
— Je n'ai appris que ce matin que tu avais été enfermé ici par les tiens… Je t'aurais peut-être rendu visite plus tôt, sinon.

Maintenant plus doux, se remettant sur pied, Kili lui tendit sa main et Fili l'accepta. Une fois debout, il ne la lâcha pas et il écouta le brun lorsque celui-ci continua vivement :

— C'est très grave. Nous avons identifié le prêtre de Morgoth, il s'agit de Gandalf. Ou, du moins, celui qui se fait passer pour lui…
— Pardon ?
— Saroumane… Lorsqu'ils se sont battus à Orthanc, c'est Saroumane qui, en réalité, a vaincu Gandalf et il l'a enfermé là-bas… Il s'est ensuite fait passé pour lui et, le temps aidant, personne n'a été en mesure de le reconnaître lorsqu'il est revenu à Erebor…
— Mais… Thorin est parti avec lui pour trouver l'Arkenstone !
— Je sais ! Daïn est déjà en route mais cela fait des décennies que Saroumane prépare ce moment. Il a certainement eu le temps de piéger les galeries ! Tout ce qui lui manque, c'est l'invocation pour sortir la pierre, qui ne répondra qu'à Thorin, et seul le gardien peut lui donner l'autorisation ou bien l'en empêcher !
— Donc ce n'est pas encore joué ! Si le gardien intervi-
— C'est un piège ! Le gardien ignore qui est le prêtre de Morgoth et, quand il sentira que Thorin convoque l'Arkenstone, il rappliquera immédiatement. Ni Thorin, ni le gardien, ne se méfie de Gandalf mais il est essentiel que jamais Saroumane ne découvre l'identité du gardien ! S'il parvient à le mettre hors jeu en le neutralisant et vampirisant son pouvoir, il n'aura aucun mal ensuite à se faire passer lui-même pour le gardien et, au vu de la place qu'il a aujourd'hui à Erebor, il n'aura aucun souci à condamner Thorin pour l'évincer et retourner la ville contre lui, il a déjà commencé à préparé le terrain afin de le décrédibiliser en lui mettant tout le monde à dos, même Oropher !

Fili sentit, immédiatement, son cœur se comprimer d'effroi. Thorin ne lui avait pas caché que la seule chose qui lui permettait de faire face à un prêtre de Morgoth, c'était la présence et l'expérience de Gandalf… Il s'avérait en fait qu'il était totalement seul face à Saroumane qui avait déjà triomphé de Gandalf. Le vrai Gandalf.
Thorïn n'avait pas la moindre chance et si le gardien s'était montré si prudent et si secret jusqu'à maintenant, c'était certainement qu'il estimait, lui aussi, ne pas être de taille face à un mage noir. Il devait aller le prévenir et l'aider, tout de suite.
Sans hésiter, il se tourna vers Kili, déterminé :

— Où se trouve la pierre ?
— Qui est le gardien ?

Il avait répondu du tac au tac et Fili serra les lèvres. Toutefois, face à Kili qui pulsait, littéralement, le danger, la force et la détermination, il se dit qu'il serait plus intéressant d'allier leurs forces et, sans le quitter des yeux, il concéda :

— Tu connais déjà le gardien… Et tu viens de me dire que ça fait deux heures qu'il a disparu… Je suppose qu'il a simplement foncé tête baissée dans le piège de Saroumane et qu'il va les rejoindre devant l'Arkenstone…

Un éclat de surprise brilla dans le regard de Kili qui se redressa et, immédiatement, il fit demi-tour. Sans un mot, Fili le suivit, mais le brun se tourna vers lui une dernière fois, glissant sa main tendrement sur sa nuque, très sérieux :

— Sort d'ici maintenant, lupin, et tu en subiras les conséquences…

Fili s'était immobilisé et il n'exprima aucune émotion, parfaitement conscient de ça. S'évader de sa cellule après avoir assommé un officier, quelque soit la raison, ne lui permettrait pas forcément de briller d'une très longue carrière au sein de la brigade lupine, à moins qu'il ne reste dans les geôles à vie... Surtout que, comme Kili, il était conscient, au fond de lui, que cela faisait des décennies que Saroumane avait préparé son terrain en distillant son poison au sein de l'agence, corrompant aussi bien le cœur doux de Balïn que celui, réputé d'airain, d'Oropher… Cela ne faisait aucun doute que Thorin, considéré comme un simple pion, serait évincé au moment où le mage noir aurait récupéré ce qu'il recherchait et personne ne penserait à se dresser contre lui.
Toutefois, il n'était pas question qu'il reste là et, sans hésiter, il passa devant Kili :

— Ils m'ont déjà emprisonné pour avoir fait ce que je pensais être juste… Ca ne m'empêchera pas de recommencer.

Kili lui répondit d'un sourire amusé et, très naturellement, il enroula un bras autour de sa taille tout en marchant dans les couloirs jonchés des gardes de nuit qu'il avait déjà assommé à l'aller.

— Certes, toutefois, au lieu de pourrir en cellule, rejoint moi, la prochaine fois qu'ils te choppent…
— Tu me proposes de changer de camps ?
— Les lupins n'ont rien à t'apporter…
— C'est pour Thorin que je me bats…
— Et, par deux fois, l'on constate que les Sangs-Dêchoirements servent mieux ce combat que la brigade lupine qui, au contraire, l'entrave… Je te conseille de prendre mon offre au sérieux…
— A choisir, je crois que je préfère rester ton ennemi… J'ai un peu de mal avec les relations plan-plan entre collègue de boulot…
— Et mois donc… Mais j'aimerai bien, aussi, t'avoir tout à moi, rien de plan-plan, je t'assure… Donc à choisir-
— Tu peux toujours devenir mon prisonnier…
— Ou toi le mien…

Fili ne lui répondit pas et il s'immobilisa lorsqu'il constata que, au lieu de se diriger vers la sortie, très à son aise dans les locaux endormis de la brigade, Kili se dirigeait vers les sous-sols. Celui-ci sentit son trouble et il expliqua simplement :

— L'Arkenstone se trouve dans les mines désaffectés, elle sont juste sous nos pieds…

Le blond haussa un sourcil surpris et, s'excusant, il désigna un autre couloir du pouce :

— J'ai quelques armes à récupérer, j'en ai pour trois minutes…
— J'espère que tu as tes sabres… Je suis curieux de les voir à l'œuvre…

A la remarque susurrée d'un ton peu ambigu, Fili lui répondit d'un clin d'œil moins ambigu encore. Toutefois, il ne fit que quelques pas avant de se figer lorsqu'il avisa, recroquevillé au sol, le corps sans vie d'un jeune garde de la brigade qui gisait dans une mare de sang. Effaré, il s'assura immédiatement du décès en prenant le pouls, puis, abandonnant totalement l'attitude mutine qu'il venait d'avoir, un sourd grondement menaçant monta dans sa gorge :

— Aceped… Certaines choses sont intolérables et je ne peux te-
— J'apprécie que tu me parles sur ce ton, mon cœur, mais ce n'est pas moi.

S'approchant à son tour, Kili s'accroupit à côté de Fili pour analyser le cadavre et assura ensuite en le regardant dans les yeux, plus sérieux :

— Ce n'est pas moi, crois-moi. Je n'ai tué personne en venant ici, ce n'est pas quelque chose que je fais sans très bonne raison. Prend le maximum d'arme au plus vite et ne trainons pas. Les Raa'z sont déjà dans le secteur.


oOo

Merci d'avoir lu !
La suite mercredi prochain.

Au prochain chapitre : L'épervin révèlera son identité, certains l'ont peut-être déjà deviné ;)