— Elle est fossilisée ?
— Endormie dans son carcan de pierre depuis plusieurs siècles, oui, attendant celui qui la délivrera…
Avec déférence, celui qui se faisait passer pour Gandalf posa sa main sur le bloc de nacre opalin tiède qui semblait pulser doucement. En son cœur, le joyau d'Erebor se distinguait à peine.
— Nous ne sommes pas les premiers à venir ici…
Mal à l'aise, Thorin observa le petit sanctuaire dans laquelle ils se trouvaient. Plusieurs traces de passage étaient discernables et le bloc lui même semblait avoir essuyé quelques forçages. Explosifs ou outils d'orfèvres, beaucoup de méthodes avaient, en vain, été mises en œuvre pour déloger l'Arkenstone.
A son tour, Thorin s'approcha, sous le regard avide du mage qui, pressant, proposa d'une voix à peine maitrisée, suave et profondément charismatique :
— Appelez-là…
— Comment ?
— Laissez-parler votre instinct, monsieur Durïn. Votre destin est lié à cette pierre autant qu'à Erebor. Interagir avec elle est dans votre nature.
Attiré par la pierre qu'il sentait plus qu'il voyait, il fit un pas vers la stèle mais il se retint et, toujours sur ses gardes, il demanda :
— N'était-il pas question de venir ici pour confondre le prêtre de Morgoth ?
— Je gage qu'il est embusqué, attendant que la pierre soit à sa portée. Il ne se montrera pas avant.
— Et le gardien ?
— Il est lié à l'Arkenstone lui aussi et, donc, à vous, dans une moindre mesure. Je n'ai aucun doute qu'il sait qu'une intrusion a eu lieu dans le sanctuaire. S'il n'a rien à vous reprocher, il vous laissera prendre la pierre, sinon, nous ne tarderons pas à le rencontrer. Il sera certainement un allié de taille face à notre ennemi.
Thorin hocha la tête puis, doucement, il s'approcha de la stèle et, sans hésiter, il posa sa main sur la nacre. Il ressentit quelque chose, comme si la volonté de la pierre entrait en contact avec lui et, avec douceur, il l'appela. Son appel raisonna en lui, vibrant dans le plus profond de son être. Il la sentit pulser en réponse et, comme si elle fut soudainement faite de cire, la nacre chauffa jusqu'à devenir plus malléable.
— Elle répond ! Dans quelques minutes, la nacre sera entièrement fondue et l'Arkenstone sera à-
— Main en l'air, tous les deux.
La voix, polaire, trancha la frénésie de Saroumane qui, à l'instar de Thorin, se tourna vers l'entrée de la petite salle.
Thranduil s'y tenait, le regard plus tranchant que la glace, une aura dangereuse flottant autour de lui et, surtout, un flingue solidement tenu de ses deux mains pointé sur Thorin qu'il épingla des yeux en sifflant d'un ton mortel :
— Tu fais un pas en arrière, Durïn.
— Thranduil ? Qu'est-ce que tu-
— Recule.
L'ordre était bien trop sérieux pour que le brun se risque à résister et, respectueux, il montra ses paumes désarmées en reculant. Sans perdre de temps, Thranduil sortit une paire de menottes et, agilement, il entrava Thorin à l'une des grilles de fer forgé anciennes qui ornaient les murs de la petite salle. Il se tourna ensuite vers le vieillard qui, à son tour, montra ses mains en remarquant sur le ton de l'évidence :
— Thranduil… Je me demandais justement lequel de vous deux, entre toi ou ton père, avait abordé Thorin pour le coiffer au poteau et lui prendre l'Arkenstone au moment où la pierre serait convoquée…
— Retourne-toi et pose les mains contre le mur, Gandalf.
— Ce n'est pas le moment, Thranduil !
A l'exclamation sèche de Thorin qui cherchait à se débattre malgré son entrave, le blond ne répondit pas et se contenta de braquer son arme sur le mage qui, sagement, obéit en lui tournant le dos et continuant de sa voix profonde :
— Que ferais-tu avec une telle gemme ? Quoique, je ne sais même pas si la question se pose… Entre l'offrir à ton père pour retrouver son regard ou bien l'utiliser pour le surpasser, la réponse semble évidente… Toutefois, je te conseille de ne pas faire d'erreur, Thranduil, c'est un jeu dangereux auquel tu joues.
— Thranduil, ne fais pas ça.
D'une voix plus grave, Thorin tenta d'interpeler le blond lorsque celui-ci, gardant on arme pointé sur le vieillard, s'approcha de la stèle, dans laquelle l'Arkenstone était maintenant nettement perceptible, accessible.
— Si tu t'empare de la pierre, Thranduil et que tu en prends la responsabilité envers Erebor, ton père n'aura d'autre choix que de reconnaître ta supériorité sur Thorin…
La voix de celui qui se faisait passer pour Gandalf avait soudainement changé, interpellant Thorin. Elle était maintenant plus douce, plus envoutante, comme si elle s'était faite murmure s'infiltrant jusque dans le cœur de Thranduil qui, baissant son arme pour se focaliser sur la pierre maintenant à porté de sa main, avoua dans un souffle :
— C'est ce dont je rêve depuis mon enfance et la raison pour laquelle, sans relâche, j'avais moi aussi recherché l'Arkenstone… Pour l'offrir à mon père ou, sinon, l'utiliser contre lui.
— Thranduil…
Tentant de faire entendre sa voix, Thorin chercha ses mots, mais il se figea lorsque, avec un grand respect, le blond posa sa main sur la pierre, traversant sa stèle qui semblait faite d'air :
— Toutefois, j'ai compris qu'Oropher n'a rien à attendre de moi, et moi de lui encore moins… Cela fait un moment que j'ai accepté l'idée que cet homme n'est personne pour moi et que je ne lui dois rien… Je me fous de lui et de ce qu'il pense de moi, ce n'est pas pour prendre la pierre que je suis venu ici, mais pour la mettre hors de la porté de Thorin et, surtout, de celui qui l'utilise dans l'ombre pour s'emparer du pouvoir de l'Arkenstone et d'Erebor…
Sa voix s'était faite plus dure et Saroumane écarquilla les yeux lorsque, après une dernière caresse sur l'Arkenstone, Thranduil retira sa main pour la poser sur la stèle gazeuse. Immédiatement, la nacre, qui s'était faite si malléable, devint de glace, solide et inaltérable.
Thorin retint son souffle, interloqué, et il ne comprit ce qu'il s'était passé qu'au moment où le vieux mage recomposa sa voix pour remarquer d'un ton rauque, fébrile et pressant :
— L'épervin ! Enfin, tu te dévoiles…
Sans lui répondre, Thranduil resta attentif à la manière dont la pierre fut, peu à peu, voilée à nouveau par la nacre qui se faisait plus opaque et dure de seconde en seconde et le plus vieux continua en se redressant, l'étudiant attentivement de son regard luisant :
— Finalement, je suis à peine surpris de te savoir, depuis le début, le gardien de l'Arkentsone… Quel jeu magistral tu auras mené jusqu'au bout au nez et la barbe de tous ceux qui s'étaient laissés dire que tu étais simplement entré à l'agence et que tu t'intéressais tant à l'Arkenstone par bravache contre ton père… Tu cherchais, en réalité, la meilleure manière de protég-
— Ne bouges pas.
Sans vraiment l'écouter, Thranduil braqua son arme sur lui lorsque le mage fit mine de se détourner du mur. Celui eut un sursaut, comme une pulsion qu'il maitrisa de justesse avant de se reprendre, restant sagement immobile dos au blond pour continuer d'une voix envoutante et prévenante :
— Nous sommes venus ici pour t'aider, Thranduil. Notre ennemi sait qui tu es, tes jours sont comptés si tu t'obstines à nous tourner le dos… Laisse Thorin prendre la pierre pour la mettre en sécurité.
— C'est ici qu'elle est en sécurité. Et elle ne sortira pas de son carcan tant que notre ennemi sera toujours en service.
Il écopa, sans le voir, d'un regard intense de Saroumane et, se détournant de la stèle, Thranduil ne montra aucune attention à Thorin lorsque celui-ci s'adressa à lui d'une voix douce pour insister :
— Nous ne sommes pas tes ennemis, Thranduil…
— Ca, tu ne le sais pas toi-même, Durïn. Certes, si la pierre te reconnais, personne d'autre que toi ne pourrait en user, mais qui sait à qui cela profitera ?
— Thranduil, crois-moi, si Thorin s'empare de la pierre maintenant et qu'il l'active, le prêtre de Morgoth ne sera plus en mesure de la menacer et cette histoire sera terminée. Nous devons faire vite !
Le blond se contenta d'envoyer un regard sec à celui qu'il prenait pour Gandalf en s'éloignant de la stèle et le mage, toujours face au mur, approfondit en reculant d'un pas :
— Cela fait des années que ça dure… Des années que tu ne connais pas le répit, que tu te sens traqué et menacé par des ennemis que ton père lui-même ne pourrait affronter…
— Vous êtes en état d'arrestation, tous les deux. Vous n'aviez pas à venir ici sans la permission de l'Agence, quelque soit votre place dans la lignée de succession ou bien votre rôle dans l'Histoire de la Terre de Milieu.
Il avait parlé en avançant vers Thorin, qu'il jaugea d'un regard sévère et, derrière lui, se détournant du mur pour lui faire franchement face, Saroumane continua de sa voix si séduisante :
— Même si je gage que tu as pris cet appel comme une malédiction, je suppose que ce n'est pas pour rien que la pierre t'a appelé, toi, au vu de la virtuose avec laquelle tu l'as défendue.
— J'ai été à bonne école…
— Certes… Maintenant que j'y pense, il s'avère que ça coule de source… Qui d'autre que le fils d'Oropher en personne, descendant d'une race et d'une lignée aussi prestigieuse qu'oubliée, aurait pu mener à bien une telle mission malgré ce que semble penser ton père de toi ? Cela faisait quelques mois que j'avais déjà des doutes à ce propos, mais tu as su te couvrir habilement…
A quelques mètres de Thorin, dos à Saroumane, Thranduil se figea pour remarquer d'une voix plus froide encore, crispé :
— En quoi une telle information vous concernait, Gandalf ? Ce combat n'est pas le votre.
— Ce combat est le mien, gardien… Je sais de quoi cette pierre est capable et je pourrai guider Thorin afin de l'aider à libérer toute la puissance et les secrets qu'elle renferme…
— Non. Je ne laisserai pas Thorin prendre la pierre, il n'est pas prêt.
— Mais toi, tu l'es, Thranduil… Tu es prêt à le guider et le conseiller… Tu es le gardien de l'Arkenstone, ce rôle t'appartient et tu as, de ce fait, ta place près du trône… Tant que tu aides Thorin à y accéder... Et puis… N'ai-je pas ta confiance ? Je suis déçu de constater que tu as préféré porter cette tâche si lourde seul plutôt que de demander mon aide à nouveau. Mais, dorénavant, tu n'es plus seul, remets-toi à moi et partage ton fardeau…
Les mots s'étaient faits de miel, susurrés d'une voix qui ne laissait aucune place au doute, séduisants et apaisants. Pris sous le charme, Thranduil s'immobilisa, mais Thorin remarqua d'une voix suspicieuse :
— Gandalf, il était simplement question d'attirer et débusquer le prêtre de Morgoth en venant ici… Et d'écouter ce que le gardien avait à nous dire… C'est chose faite et, malgré tout le respect que je vous porte, je vous demanderai de ne pas remettre la volonté de Thranduil en question.
Quelque chose clochait, il le sentait. Gandalf, depuis le moment où il avait assuré avoir découvert le sanctuaire de l'Arkenstone, s'était montré très versatile dans ses réactions et ses discours, ajouté à ça son attitude face à Thranduil qui était plutôt alarmante. Quelque soit la raison, il le poussait à prendre la pierre, par tous les moyens et, rien que pour ça, la confiance que lui vouait le brun s'ébréchait un peu plus de minute en minute.
Inquiété lui aussi par l'empressement du mage, comme si le charme s'était rompu aux mots de Thorin avec qui il partageait le ressentit, Thranduil, sur ses gardes, reprit doucement son revolver en main, maintenant braqué.
L'ambiance se fit soudain plus lourde, plus froide, et personne ne bougea durant quelques secondes, avant que celui qui se faisait passer pour Gandalf ne fasse un pas vers Thranduil, amical :
— Tu n'as aucune idée de ce qu'il risque de se passer, Thranduil… Fais-moi confiance et donne à Thorin l'autorisation de récupérer la pierre…
— Non.
Comme étreint par une funeste prémonition, Thorin sentit son corps réagir face à un danger invisible qui se levait autour d'eux et, commençant à se débattre pour vérifier la solidité de son entrave, il souffla d'une voix grave, inquiet :
— Thranduil…
Planté face à lui, le blond semblait ressentir la même chose car il s'était intégralement figé, livide, et n'osait pas se tourner pour faire face au mage qui se redressait, prenant en taille, sa prestance et son aura se densifiaient en crépitant. Il n'en fallut pas plus à Thorin pour comprendre, enfin.
— Thranduil, part d'ici, tout de suite.
L'ordre du brun avait été chuchoté avec urgence mais l'ouïe fine du blond le perçut et son regard maintenant angoissé se leva pour croiser le sien, une fraction de seconde, avant qu'il n'y réponde en se propulsant vers la sortie de la salle. Mais le vieillard projeta sa main sur le mur et la herse d'acier qui fermait l'accès aux galeries s'abaissa à l'instant, les piégeant à l'intérieur du sanctuaire avec Saroumane, qui ne se soucia plus de se faire passer pour le gentil. Sa voix, si grave et si puissante, roula dans la salle lorsqu'il tonna en se grandissant :
— Cela fait des décennies que je prépare ce moment et que je fais en sorte d'imprégner ce lieu de ma magie à ton insu… Ce n'est pas aujourd'hui que tu m'échapperas, épervin… Maintenant que Durin a activé la pierre, tout ce qu'il manque, c'est l'autorisation du Gardien et si tu refuses de la donner, alors c'est ton pouvoir que je prendrais… La pierre sera mienne et le pouvoir d'Erebor avec elle…
Face à la porte close, Thranduil ne perdit pas de temps et, sans hésiter, il prit la clé des menottes en main avant de se ruer sur Thorin qui ne pouvait se libérer seul. Il eut à peine le temps de glisser la clé dans la serrure que son regard épouvanté croisa celui de Thorin au moment où une volute d'ombre, comme une tentacule régit d'une volonté propre s'enroula autour de sa gorge et serra fort, puis, sans qu'il ne puisse se défendre, il fut propulsé en arrière avec une violence brute, soumis à une force qui le dépassait. Quatre autres volutes émanèrent de Saroumane et vinrent s'enrouler autour de ses poignets et chevilles, le clouant au sol et, immobilisé, privé de son souffle, il tenta de se débattre, sans succès.
— Toi, tu ne bouges pas.
Vers Thorin, qui avait réussi à récupérer la clé pour se libérer, Saroumane tendit le bras et, immédiatement, le fer des grilles qui ornait les murs se délia pour s'enrouler autour de son poignet. Le brun pesta et résista mais, encore entravé, il fut incapable de porter secours à Thranduil qui feula de rage lorsque, épinglé au sol et maitrisé de force par les ombres qui le tenaient, il ne put se soustraire à Saroumane qui approcha en dardant sur lui un regard brillant :
— Echec et mat, gardien. Le jeu se termine ici et maintenant et, encore une fois, il s'avère que tu n'es, finalement, pas à la hauteur.
— Lâche-moi !
Grondant et se débattant sauvagement malgré les liens qui se resserraient un peu plus à chaque mouvement, drainant ses forces de manière surnaturelle, Thranduil ne s'avoua pas vaincu et, ivre de colère, le regard noir, il montra les dents à Saroumane lorsque ce dernier s'accroupit pour poser une main sur son épaule raide.
Ce qu'il se produisit ensuite n'était pas visible à l'œil nu mais Thorin, qui assistait à la scène, grinça des dents lorsque, au contact, Thranduil s'arqua en poussant une exclamation de douleur. L'œil voilé de colère, il se débattit de plus belle et, intensifiant sa prise, Saroumane remarqua d'une voix rauque, aggravée par l'effort :
— Cela ne te sers à rien de résister… La douleur n'en sera que décuplée.
— Ne me touche pas !
Feulant d'une voix ou se mêlait supplique et fureur, Thranduil cherchait à se dérober ou le repousser, mais les volutes d'ombre qui le tenaient fortifiaient leur prise à chaque seconde qui passait et, pis, elles semblaient s'infiltrer en lui, fourrageant au plus profond de son être pour y traquer la moindre parcelle le reliant à la pierre tandis que Saroumane, infiltrant sa volonté dans celle du plus jeune, dispersait son pouvoir en lui pour débusquer celui qui le liait à l'Arkenstone. Il fouillant aussi bien sa chaire, ses veines que son esprit, abusant de son organisme, souillant son âme qu'il pénétra de son pouvoir maudit, violant ses pensées et, acculé, Thranduil se démenait pour lutter sur tous les fronts et continuer de se dérober à lui, le repousser par sa colère brute, jetant toutes ses forces dans ce combat sur un terrain où il n'était pas maitre.
Toutefois, la prise était trop forte et, pulsant en lui, il sentait la magie de Saroumane prendre possession de son sang, drainant sa force et sa volonté jusqu'à ce que, soudain vaincu, il s'immobilise, inerte et offert, le regard voilé d'une pellicule terne, satisfaisant le mage qui se montra plus acharné encore à s'emparer de toutes les bribes de magie que l'Arkenstone avait distillées pour communiquer avec lui.
Le blond n'eut absolument aucune réaction lorsque, ayant enfin parvenu à récupérer son arme, Thorin se libéra en tirant une salve de balle contre l'acier qui l'emprisonnait. Concentré sur Thranduil, Saroumane mit trop de temps à réagir et il fut à peine capable de parer lorsque, d'un coup de pied magistralement violent, le brun le sépara du gardien maintenant inconsciemment, en le propulsant au sol plusieurs mètres plus loin. Thorin enchaina immédiatement en le mettant en joue et il tira sans attendre mais, d'un geste de la main, Saroumane dévia les balles et, du sang coulant de son nez, il ordonna en criant vers la galerie :
— Qu'on me débarrasse de lui !
Comprenant la merde dans laquelle ils se trouvaient, extrêmement concentré, Thorin se déplaça immédiatement de manière à protéger le corps inanimé de Thranduil lorsque la grille qui fermait la salle se déverrouilla et il eut à peine le temps de se pencher pour récupérer l'arme du gardien que plusieurs Raa'z se dispersèrent dans le sanctuaire en le mettant en joue. Sage, il s'immobilisa et Saroumane en profita pour assurer d'une voix mielleuse :
— Soit raisonnable, Thorin… Nous pouvons toujours non entendre, toi et moi…
— Je ne vois pas en quoi…
— Il est dit que de grandes choses peuvent être accomplies si le roi et le gardien de l'Arkenstone œuvrent ensemble…
Se remettant sur pied, Saroumane porta la main devant lui pour observer la manière dont ses phalanges s'articulaient, puis, avec un sourire ravi, il s'approcha de la stèle en se parlant d'un ton bas :
— Il ne m'a pas tout donné, mais cela devrait suffire…
Sans rien ajouter, il posa sa main sur la nacre glacée et il eut une moue satisfaite lorsque la stèle sembla se ramollir à son contact, seul Thorin remarqua la manière dont Thranduil, malgré l'inconscience, crispa les doigts.
— Tu as déjà fait le plus gros du travaille, Durïn… Appeler et activer cette pierre était tout ce que tu avais à faire, finalement, et c'était la seule raison pour laquelle je t'ai fait revenir vivre à Erebor… Faire en sorte qu'Oropher lui-même exige ton retour pour accélérer les choses et étouffer les soupçons ne fut pas très compliqué, il a vraiment un faible pour toi et à un gros désir d'affection à combler… C'était trop facile.
Thorin ne broncha pas et Saroumane, continuant de forcer ses mains dans la stèle comme si elle était faite de beurre, parla de sa voix si grave :
— Toutefois, je sais que tu peux faire bien plus encore… L'épervin est hors jeu et je suis le nouveau gardien, dorénavant… Je te propose donc une alliance, Thorin… Si tu me laisse user de la pierre, je t'offrirai le trône d'Erebor et bien plus encore… Tu n'as pas idée de ce que l'on pourrait faire si l'on s'allie, toi et moi… Du pouvoir que cela te procurerait et qui relègue les propositions d'Oropher à une bien moindre mesure…
— Sinon ?
Faisant mine de considérer sérieusement la proposition susurrée d'une intonation de miel, il s'abaissa jusqu'à toucher, à son tour, l'épaule de Thranduil. Il le sentit trembler sous ses doigts, brulant et glacé en même temps et, baissant les yeux, il vit ceux, tristement voilés et ternes, fixant sans ciller un point devant lui, rendus brillants par les larmes, du jeune blond dont l'esprit semblait avoir déserté le corps.
— Sinon ? Je te laisserai deux options : soit je vous offre tous les deux à mes amis ici présents qui s'occuperons de vous faire taire et je ferai en sorte que l'Agence vous commémore comme héros sacrifiés d'Erebor. Vous vous seriez dressés face aux Raa'z qui convoitaient la gemme et, malheureusement, entre vous sauver la vie et mettre l'Arkenstone en sécurité, j'aurai eu un choix à faire... Je remettrai ensuite la pierre à ton neveu, ainsi que, en tant que gardien, mes conseils avisés que, je l'espère, il aura la sagacité d'écouter s'il ne veut pas finir comme son oncle…
Thorin lui répondit d'un regard noir, absolument pas ravi de voir que Fili était mentionné par leur ennemi, mais il ne répondit pas. Sous sa main, il sentit comment les tremblements de Thranduil se calmaient et il fut soulagé de voir, peu à peu, l'iris de l'œil redevenir plus opaque, plus claire. L'autre continua en tentant de fourrager, non sans difficultés, dans la stèle qui lui résistait de plus en plus :
— Soit je vous fais arrêter tous les deux pour trahison. Et, crois moi, de nous trois, ce sera ma parole qui sera écoutée. Cela fait des années que je monte l'agence et les Sangs-Dêchoirements l'un contre l'autre, des semaines que je prépare le terrain pour que, à la moindre étincelle, tout Erebor te tombe dessus et lynche Daïn tout en me reconnaissant digne d'assurer l'intérim lorsqu'il s'avèrera que c'est à moi que l'Arkenstone s'est ouverte… Après tout, beaucoup pensent déjà que je suis le gardien, et il se trouve maintenant que c'est le cas… Une fois à la tête d'Erebor, je serai enfin en condition pour-
Avec douceur, tout en écoutant Saroumane d'une oreille, le brun passa sa main le long de l'épaule de Thranduil lorsque celui-ci, vacillant, tenta de se redresser. Le blond lança un regard catastrophé même si encore nébuleux, autour de lui avant de croiser les yeux de Thorin, lui partageant sa douleur, sa peur mais, surtout, sa force et sa détermination. Surpris par le soudain mutisme de Saroumane, le brun se tourna vers le mage qui, les sourcils froncés, semblait éprouver des difficultés à se faire obéir de la stèle.
— Qu'est-ce que… ?
— Le véritable gardien n'a pas besoin d'être à proximité du sanctuaire pour s'en faire obéir… Tu n'aurais pas dû bâcler ton travail, Gandalf…
Alors que la voix saccadée et éraillée de Thranduil résonnait dans la pièce, le mage jura et tenta de se dégager, mais la nacre autour de la pierre s'était considérablement durcie, paralysant son bras qui y resta pris. Dans un hurlement de rage, Saroumane se débattit en ordonna d'une voix furieuse :
— Maitrisez Durïn et amenez moi le gardien !
A bout de force, Thranduil resta au sol, concentré sur Saroumane qui usait de tout le pouvoir qu'il lui avait volé pour surpasser le peu qui lui restait et qu'il utilisait pour l'immobiliser le temps que Thorin, ses deux armes en main, ne tente désespérément de défendre leur vie face aux Raa'z qui obéirent à l'injonction sans attendre.
Toutefois, en une fraction de seconde, le chaos sembla s'abattre dans le sanctuaire lorsque, de manière inattendue, Kili et Fili, surarmés, déboulèrent en tirant sur tout ce qui bougeait, prenant les Raa'z totalement par surprise.
— Thorin ! D'autres Raa'z sont ici ! Daïn et les Sangs-Dêchoirements s'occupent de couvrir notre retraite, nous ne pouvons pas rester là, c'est un cul de sac et nous risquons de nous retrouver pris au piège !
Fili s'était approché, couvert par Kili qui, avec méthode et efficacité, termina de réduire en charpie les derniers Raa'z avant de s'en prendre à Saroumane. Toutefois, au moment ou le brun braqua son arme sur lui, le mage parvint à se dégager de la stèle et il cria une simple syllabe gutturale, sa voix grave se répercutant dans la salle puis, dans un éclat, il disparut. Les balles de Kili firent exploser la roche qui se trouvait juste derrière.
Moins d'une seconde suffit à Thorin pour jauger la situation puis, d'un ton qui ne tolérait pas de réplique, il ordonna aux plus jeunes :
— Escortez Thranduil à l'extérieur. Je vais révoquer la pierre puis je vous rejoins.
oOo
Merci d'avoir lu !
Le prochain chapitre devrait arriver Vendredi/Samedi
Ils ont tendance à rallonger significativement d'ailleurs, les chapitres suivants font au moins le double des premiers.
Et au prochain chapitre : Allez... après 16 chapitres, on commence enfin à rentrer dans le Thorin/Thranduil annoncé ;)
Au fait, je n'avais pas répondu à ta review, Alys Lestrades mais, pour ta question concernant Fili et Kill et leur lien de fraternité, c'est quelque chose qui sera évoqué plus tard dans la fic... ;)
