— Je vais bien, Thorin. Je suis en sécurité, ne t'inquiète pas. Daïn m'a accepté chez lui, je te rejoindrai quand ce sera plus safe, mais, comme toi, ma tête a été mise à prix par l'Agence… Mieux vaut que je reste à couvert pour l'instant.
Assis sur le bord du grand lit de Kili, dans la chambre de ce dernier et, aussi, installé entre les jambes du brun placé derrière lui qui terminait de panser la blessure au bras qu'il s'était fait en combattant contre les Raa'z, Fili discutait au téléphone avec Thorin à qui il expliquait la situation. Son oncle était resté plus longtemps que prévu dans le sanctuaire pour s'assurer que jamais la pierre ne tomberait entre de mauvaise mains, grâce à l'intervention de Daïn qui, en s'occupant des Raa'z, lui avaient ôté une sacré épine du pied et offert un large champ de manœuvre.
— Je n'ai pas de nouvelles de Thranduil, non. Il s'est séparé de nous dès qu'il l'a pu. Il voulait s'assurer d'entraver le plus possible les actions de Saroumane tant qu'il le pouvait.
Ecoutant la réponse de Thorin, il tourna sa tête sur le côté lorsque, ayant terminé son ouvrage, Kili dégagea sa crinière blonde et se pencha sur lui pour embrasser langoureusement sa nuque et ses épaules sans un mot, tout en laissant indolemment ses mains descendre le long de l'abdomen découvert. Fili ne réagit pas et, maitrisant sa voix, il continua d'un ton clair :
— Officiellement, la version qui est donnée est que tu as tenté de t'emparer de l'Arkenstone pour la partager avec les Raa'z et les Sangs-Dêchoirements, les ennemis d'Erebor et, depuis le début, tes alliés secrets avec qui tu conspires pour prendre le pouvoir. Mais Saroumane, qui se fait autant passer pour Gandalf que pour le gardien de la pierre, s'est dressé contre toi, Daïn et Thranduil. Il accuse ce dernier de trahison envers l'Agence en usant de la relation qu'il a avec Oropher comme motif de revanche, tout le monde y adhèr… Hem.
Ecorchant son dernier mot, il se racla la gorge lorsque, sans prévenir, continuant d'outrager ses épaules de baisers ardents, la main de Kili entreprit un massage entêtant beaucoup trop bas pour qu'il garde l'esprit clair et, attrapant le poignet du brun afin de l'immobiliser, il profita de la réponse de Thorin pour se recomposer un timbre de voix totalement normal :
— Ce sont les Sangs-Dêchoirements qui l'ont retrouvé. Il est quelque peu bousculé, mais il va bien. Gandalf, le vrai, sera bientôt en état de nous rejoindre et, avec un peu de chance, de faire basculer les choses en notre faveur.
Il n'ajouta rien et retint son souffle lorsque, d'une pression autoritaire, Kili se dégagea et lui attrapa l'épaule afin de le jeter sans douceur dos sur le lit tout en se plaçant entre ses jambes qu'il écarta brutalement en s'agenouillant face à lui. Sans se compromettre, Fili tenta de lutter tout en continuant la conversation d'un ton détaché :
— Je ne sais pas en ce qui concerne Oropher… Il ne s'est pas prononcé ou, alors, les Sangs-Dêchoirements l'ignorent, il-
Il ferma les yeux en serrant les lèvres, tentant de retenir un juron bien senti lorsque, sans prévenir, la bouche de Kili se posa entre ses jambes et sa prise sur le téléphone se fit plus sèche tandis que son autre main fusa pour se perdre dans la crinière sombre de son amant. Toutefois, sans trêve, il reprit, le souffle court mais la voix maitrisée :
— Il avait raison, finalement, à propos de tout ça… c'est lui et non Gandalf que tu aurais dû écouter…
Il profita de la réplique de Thorin pour écarter le téléphone de son visage tout en basculant la tête en arrière, pris de vertiges alors que les lèvres de Kili entreprirent un rythme absolument étourdissant. Puis il se racla la gorge pour répondre avec bienveillance :
— Non, Thorin… Tu ne peux pas te reprocher ça, tu ne pouvais pas savoir… Personne n'aurait pu prévoir une chose pareille… vois, même Oropher et le Gardien ont été leurrés… Et puis ce n'est pas comme si…
Par Mahal… Kili…
Sentant qu'il commençait à perdre l'usage de la parole et la lucidité de ses pensées, malgré la conversation au sujet grave, il conclut précipitamment d'une voix hachée :
— Oui…Je vais faire ça et je te tiens informé… Promis… Oui, Thorin, moi aussi… A très vite…
A peine eut-il raccroché presqu'au nez de son oncle, il jeta le téléphone et s'abandonna totalement aux lèvres de son amant démentiel, le corps arqué, entièrement à la merci du plaisir qui lui était conféré. Toutefois, quelques minutes plus tard, lorsqu'il sembla arriver à son paroxysme, le brun abandonna son jeu et glissa une main impérieuse entre ses cuisses ouvertes, l'amenant à tressaillir fortement, tout en venant embrasser sa gorge pour souffler d'un ton impérieux à son oreille un ordre qui le fit frémir d'un ardent plaisir anticipé.
oOo
Poussant un long soupir désabusé, Thorin coupa la conversation avec Fili. Rassuré, d'un côté, de savoir celui qu'il considérait comme son fils en sécurité, inquiet, de l'autre, par ce que l'avenir leur réservait.
Il était revenu chez lui, appréciant cette brillante idée qu'il avait eu, sans vraiment l'anticiper ou le faire exprès, de ne pas partager son adresse actuelle avec les membres de l'Agence. Il avait ainsi un peu de répit pour remettre les choses au clair puis, certainement, il plierait bagage afin de rejoindre Daïn ou, peut-être, partir pour de bon de cette ville maudite malgré les récents espoirs qu'on lui avait fait miroiter. Quel con il avait été d'y avoir cru…
Assis en tailleur à même la moquette épaisse et onctueuse qu'il avait faite installer sur le sol après avoir constaté que lui et son neveu, à la mode d'Ered Luin qui s'était bien imprégnée en eux, n'utilisaient jamais aucun meuble, il se laissa tomber en arrière en soupirant à nouveau.
La meilleure chose à faire serait, peut-être, d'entrer en contact avec Oropher et tout lui raconter. Avec un peu de chance, l'empereur n'avait pas été entièrement corrompu par le poison de Saroumane… Mais l'histoire avait montré que même les rois les plus lucides s'étaient laissés bernés par ce mage et les choses se présentaient assez mal. Comme Thranduil l'avait dit, Oropher n'était pas sans failles, et pas les moindres. Si cela faisait quelques années que Saroumane et sa langue vénéneuse s'évertuait à les combler à sa manière, l'on pouvait dire que l'empereur était, malheureusement, totalement acquis à sa cause sans même en être conscient.
Ses pensées, quittant Oropher, volèrent immédiatement vers Thranduil et une effroyable émotion très désagréable lui comprima la poitrine lorsqu'il le revit, gisant au sol, tremblant d'épuisement et le regard si vide. Même la mort n'aurait pas ôté autant de choses de ces yeux qui brillaient habituellement d'une multitude d'émotions aussi violentes que contradictoires…
Ce jeune blond avait du cran Thorin ne pouvait que le constater. Avoir servit la pierre autant d'années, supporter autant de rancœur et de brimade de la part de son père alors que, dans l'ombre, il opérait un travail que nul autre que lui n'aurait pu mener à bien, le choix de l'Arkenstone en était la preuve, démontrait cette force et ce dévouement dont il était capable. Thorïn ne l'en appréciait que davantage.
Ce fut la raison pour laquelle un franc sourire aussi ravi que séduit barra ses lèvres lorsque, semblant faire écho à ses pensées, l'on toqua à sa porte.
A peine inquiété par l'idée qu'une personne soit parvenue à déjouer ses systèmes de sécurité et ait pu pénétrer dans l'immeuble malgré le digicode, au milieu de la nuit, il se leva et, sans vérifier, déverrouilla la porte pour l'ouvrir franchement. Face à lui, épuisé, mal en point et semblant avoir dépassé ses limites, Thranduil lui lança un regard éteint et justifia du bout des lèvres :
— Je… Ils ont mon adresse et me recherchent… Je ne savais pas où aller…
Sans un mot, Thorin effaça l'épaule et verrouilla derrière Thranduil qui fit quelques pas dans son appartement. Il sembla, soudain, soulagé de se retrouver pris dans ce cocon de sécurité et de confort qui émanait de l'habitation du brun et il s'immobilisa, respirant enfin. Ces dernières heures s'étaient certainement montrées éprouvantes pour lui et, d'une certaine manière, Thorin ressentit de la gratitude envers lui : Finalement, enfin, Thranduil le considérait, tout de même, assez digne de sa confiance au point de venir rechercher la sécurité chez lui alors qu'il était dans un tel état de faiblesse. Certes, peut-être n'avait-il nulle autre part où aller, mais un type comme lui préférerait certainement rester à la rue pour y crever plutôt qu'afficher ainsi sa vulnérabilité à n'importe qui. Et Thorin n'était pas, ou plus, n'importe qui, apparemment.
Conscient de cela, prévenant, il s'approcha pour prendre sa veste en demandant gentiment :
— As-tu mangé ?
— Je n'ai pas faim.
— Une douche ?
— J'ai surtout besoin de récupérer…
Le brun hocha la tête face à ce qui ressemblait plus à une supplique qu'autre chose et, simplement il fit un signe en direction de l'ancienne chambre de Fili. Sans que son neveu en soit vraiment conscient, il veillait à garder le lit toujours fait au cas où le blond, pour une raison ou pour une autre, avait besoin de venir passer quelques nuits chez lui et, chancelant légèrement, Thranduil s'y dirigea en jugulant un vertige. Le suivant du regard, Thorin ajouta :
— Je vais te trouver des vêtements propres…
C'était infime, mais Thranduil portait encore sur lui l'odeur de la peur, de la douleur et, surtout, cette puanteur aussi caractéristique qu'indéfinissable que laissait derrière elle la magie du sang. Le blond ne refusa pas la proposition et, une fois dans la chambre, il récupéra sans un mot le jogging gris, le T-shirt sombre et le pull noir de Fili que Thorin lui mit dans les bras en tentant une dernière fois :
— Si tu as besoin de quoique ce soit…
— Ca va aller…
Il allait prendre la poignée pour fermer la porte, mais Thorin, encore, s'assura en le regardant dans les yeux :
— Es-tu blessé ?
— Je… je ne crois pas… Pas physiquement en tout cas… Pour le reste, je ne sais pas…
Ses derniers mots s'éteignirent dans un murmure et, sans insister, Thorin fit un pas en arrière avant de fermer la porte avec douceur. Une bonne nuit de sommeil et, certainement il serait à nouveau en forme, du moins, le brun l'espérait, mais il craignait tout de même les séquelles dues à une telle attaque.
Bien. Maintenant, ils étaient irrévocablement dans le même camp, voire, même, dans la même équipe, c'était le bon point de leur mésaventure.
Incapable de dormir après tout ça, préférant s'occuper, il retourna dans sa grande pièce commune pour, à nouveau, s'y asseoir à même la moquette en récupérant son ordinateur.
Il ne tint pas plus de dix minutes sur les sites d'informations. C'était un scandale d'état qui venait d'exploser et, malgré l'heure, les flashs info et chaines en continu avaient de quoi parler. Thorin, assoiffé de pouvoir, aurait tenté de s'emparer de l'Arkenstone malgré les réticences de « Gandalf », avec l'aide des Sang-dêchoirements et des Raa'z qui se seraient alliés à eux…
Tous les médias s'extasiaient d'avoir pu compter sur la clairvoyance de Gandalf et la force incorruptible de l'Agence pour empêcher ça. On se demandait bien qui les avait « payé », tiens…
Il ferma l'ordinateur et se laissa tomber en arrière, furieux envers lui-même d'avoir rendu possible une telle situation.
Perdu dans ses idées noires, il sursauta lorsque son téléphone vibra et fronçant les sourcils, il se redressa lorsqu'il vit qu'un numéro inconnu était affiché. Il laissa passer quelques intonations avant de porter le téléphone à son oreille. Il sut immédiatement qui était son interlocuteur et, instinctivement, son corps entier se crispa :
— Oropher.
— Durïn.
Un court silence ponctua la simple salutation d'Oropher qui reprit ensuite d'une voix sévère :
— Gandalf vient de m'expliquer la situation.
Le brun retint sa respiration et, prudemment, choisissant attentivement ses mots, il répondit :
— S'il vous a donné sa version, dois-je craindre ou bien espérer quelque chose de votre appel ?
Bien que si puissant, Oropher n'était pas sans failles, non. Mais soit Thorin l'avait surestimé, soit Saroumane le sous-estimait, quoiqu'il en soit, l'un des deux faisait une grosse bêtise en attendant quelque chose de lui. Même en sachant ça, le brun espérait sincèrement que la proposition du blond, qui concernait la protection de ses arrières, tenait toujours.
L'autre eut un silence et, encore, sa voix, plutôt froide, reprit :
— Que s'est-il passé, exactement ?
— Demandez plutôt ce qu'il se passe… Tout ce que vous avez entendu jusqu'à maintenant sont des mensonges… Gandalf est l'ennemi embusqué que nous craignions.
L'autre eut un claquement de langue agacé et, impatient, il le reprit :
— Thorin… Cela fait peu de temps que vous êtes parmi nous, mais vous ne pouvez ignorer qu'il est le défenseur de la flamme d'-
— Non. Gandalf, celui que vous admirez, a été défait par Saroumane il y a un siècle... Et Saroumane, au lieu de continuer ses méfaits dans l'ombre, a enfermé Gandalf et se fait passer pour lui auprès des hommes dont il abuse la confiance. Il est le prêtre de Morgoth que nous recherchions, il est allié avec les Raa'z, il est aussi puissant que nous le redoutions, peut-être plus et, cette nuit, il s'en est pris au véritable gardien lorsque celui-ci a tenté de s'interposer. Je n'ai pas pu l'en empêcher. Le seul point positif, est que la pierre est maintenant hors de sa portée.
— Saroumane ? Voyons, Thorin, votre version-
— Demandez à Daïn, il tiendra le même discours… D'autant plus que Gandalf, le vrai, a été retrouvé, prisonnier à Orthanc… Oropher… Vous savez exactement pourquoi je suis revenu et je sais quel respect vous portez à Daïn… Pourquoi aurai-je tenté de prendre ainsi la pierre de force, qu'est-ce que cela m'aurait apporté ? Je vous demande, s'il vous plait, de réfléchir à ce que je vous dis…
Un silence lui répondit mais, comprenant que c'était beaucoup à digérer, Thorin se remit sur pied et, en silence, il marcha jusqu'à la chambre close de Fili.
— Si ce que vous dites est vrai, Durïn, c'est très grave. Mais comment vous croire ? C'est votre parole contre la sienne…
— Repensez à toutes les mises en garde que vous m'avez dites… Elles s'avèrent toutes horriblement pertinentes… Sinon, je n'ai pas la moindre preuve, je le crains… Toutefois, nous allons rapatrier le « vrai » Gandalf ici. Nous espérons que son témoignage-
— Vous êtes bien sot de croire que, si vous me dites bien la vérité, mettre un vieillard face à lui changera quelque chose… Il a main mise sur Erebor maintenant. Et vous êtes en disgrâce. Il nous faudra plus que ça…
« Nous »… Un soupir imperceptible franchit les lèvres de Thorin. Oropher était, bel et bien, aussi fort et clairvoyant que ce que l'on disait de lui. Sentant que sa confiance lui était acquise, il ouvrit discrètement la porte pour faire quelques pas vers le lit où reposait Thranduil. Allongé sur le flanc, ce dernier, profondément endormi, avait le visage serein et la respiration régulière. Si ce n'étaient les marques violacées qui marbraient la peau de sa gorge, rien dans son attitude abandonnée ne laissait présager la violence des événements de la soirée.
Ainsi dénué d'expression, ses beaux traits de visage détendus et son regard d'ordinaire si violent caché par ses paupières closes, il semblait, maintenant, extrêmement jeune, innocent et pur. Une gravure, ne put s'empêcher de penser Thorin au moment où, reprenant, Oropher demanda à nouveau :
— Que s'est-il passé, exactement ?
— Je me suis rendu au sanctuaire avec Saroumane et-
— Avez vous convoqué la pierre ?
— Oui mais le gardien est intervenu… Lui aussi a été leurré par Saroumane. C'était un piège, justement, pour le débusquer et le mettre hors jeu… Toutefois, l'intervention des Sang-Dêchoirement a empêché Saroumane de prendre la pierre et m'a permis de la révoquer.
— Vous avez révoqué la pierre ? Ceci est un acte qui vous honore…
Laissant son regard effleurer la courbure délicate de l'épaule découverte du blond, joliment attachée à la nuque qui semblait ciselée dans du marbre blanc et sur laquelle Thorin se désespérait de poser ses lèvres, il haussa les épaules et ne dit rien lorsqu'Oropher ajouta d'une voix prudente, comme s'il pensait déjà connaître la réponse :
— Où est le gardien ? Est-il toujours en vie ?
— Il est avec moi… Mais j'ai peur qu'il ne se remette pas facilement… Et maintenant que Saroumane connaît son identité, il n'aura plus de répit.
— Venez, tous les trois. Vous, votre neveu et l'épervin serez en sécurité chez moi. Je fais venir une voiture. Où êtes-vous ?
Bien moins confiant que ce qu'il laissait paraître, ayant bien imprégné cette funeste leçon que Saroumane lui avait donnée, Thorin ne sauta pas immédiatement sur la proposition, sans pour autant montrer ses craintes :
— Je vous remercie, Oropher, mais nous ne serons que deux. Fili est déjà en sécurité chez Daïn.
— Bien, qu'il y reste. J'organiserais une rencontre avec les Sangs-Dêchoirements dans la journée. Toutefois, le mieux serait que Ganda- Saroumane, ne sache rien de cela et continue de me considérer comme son allié. Ainsi, je parlerai contre vous au matin et resterai dans son conseil, mais je vous demanderai de faire profil bas de votre côté. Du moins, pendant un temps. Vous avez tenté de faire les choses à votre manière et avez échoué, toutefois, rien n'est perdu tant que vous me laissez faire, dorénavant…
Badass… Oropher était bien plus qu'un soutient, mais un pilier au vu du bourbier dans lequel il se trouvait et, s'asseyant délicatement sur le bord du lit, il passa une main sur la joue de Thranduil, endormi et il ne put s'empêcher de demander, résigné :
— Quelles sont vos conditions ? Je doute que vous fassiez ça par charité…
— Toujours les mêmes… Cette histoire est l'occasion pour moi de vous montrer ma bonne foi et mes moyens… Bien entendu, je n'ai pas l'intention de disparaître une fois que vous serez sur le trône, où bien n'importe où qui vous plaira, j'espère que vous l'avez bien compris…
— J'ai aussi compris que mon accession au trône ne dépend, dorénavant, que de vous. Si je veux rester à Erebor, je n'ai d'autre choix que d'accepter votre offre.
— J'espère que l'idée vous enchante plus que ce que votre ton laisse entendre…
Glissant une longue mèche blonde et soyeuse entre ses doigts avant de la placer derrière une oreille légèrement effilée, signe de lointaines origines grandioses, Thorin ne répondit pas tout de suite, son regard rivé sur Thranduil qui s'était pourtant montré assez clair vis à vis de ça. Etait-il pensable qu'il fasse une croix sur lui dans le simple but de nouer une alliance avec Oropher afin de monter sur le trône ?
Surtout que, après tout, en tant que gardien, Thranduil était, au moins autant que son père, la seule personne capable de lui donner la légitimité, ou non, de régner en parlant au nom de l'Arkenstone. Finalement, ce n'était pas l'un ou l'autre qu'il devait avoir, mais les deux.
Ca tombait vraiment mal… Il soupira et, suivant la courbe de la mâchoire d'un doigt léger, frôlant à peine la peau opaline et trop froide à son gout, il demanda d'un ton plus provocant, changeant de sujet :
— Vous ne me demandez pas l'identité du gardien ?
Il n'eut pas de réponse et, insistant, il demanda encore, d'une voix plus conciliante :
— La connaissez-vous déjà ?
Encore, la réponse tarda mais, finalement, Oropher consentit à reconnaître :
— Je suppose qu'il y a une bonne raison qui explique pourquoi Thranduil est, lui aussi, évoqué dans l'affaire… Qu'il vienne, il sera accueilli chez moi en ce titre qu'il a magistralement honoré à l'insu de tous, même de moi.
— Je lui ferai part de votre proposition lorsqu'il se réveillera. Mais je ne le forcerai pas à revenir chez vous s'il ne le désire pas. Vous comprendrez qu'il pourrait émettre quelques… Réticences, à titre personnel.
— Personnel ou non, le plus sage serait d'accepter mon offre… Aucun de vous deux n'êtes en sécurité et je crains que notre ennemi ait déployé les Raa'z pour vous faire taire une bonne fois pour toute. Mettez un pied hors de votre cachette et vous êtes morts… Tentez de faire entendre votre voix, et plus personne ne vous écoutera jamais… Donnez-moi au moins la zone dans laquelle vous vous trouvez, que j'y renforce la sécurité.
— J'aimerai d'abord être assuré de pouvoir vous faire confiance… J'ai déjà fait une erreur presque fatale face à Saroumane, je ne recommencerai pas.
— Je comprend vos réticences, mais comment puis-je vous convaincre ?
— Vous ne pouvez pas. Mais j'en parlerai demain avec votre fils, il vous connaît mieux que moi. Sa décision sera la mienne.
Sans rien ajouter, il raccrocha, rangea son téléphone et, sans qu'il ne puisse l'en empêcher, sa main remonta le long de la mâchoire pour descendre effleurer la nuque qu'il caressa du bout des doigts en retenant ce désire pulsant de se pencher sur lui pour prendre cette peau si fine entre ses lèvres. A la place, d'un murmure, il remarqua :
— Il t'a trouvé magistral…
— J'ai entendu…
N'en doutant pas, Thorin retint un petit sourire amusé et il continua à voix basse :
— Que penses-tu de tout cela ?
L'autre eut un soupir paresseux et, attrapant sa main dont les doigts s'étaient déployés pour profaner la peau de sa gorge plus franchement, il roula pour se mettre sur le dos et lui lancer un regard encore un peu gazeux. Le voyant ainsi alanguis entre les oreillers sur lesquels s'éparpillaient ses longues mèches blondes donna un coup de chaud à Thorin, même s'il chassa immédiatement les pensées non appropriés qui menacèrent de parasiter son esprit et, plutôt, il l'écouta avec attention :
— Tu as raison de te défier, personne n'est sûr… Si Oropher est aussi lucide qu'il semble le prétendre, alors il n'insistera pas, règlera certains problèmes de son côté et ce sera à toi de le recontacter. Toutefois, s'il se montre pressant et persuasif, nous pourrons craindre qu'il est, effectivement, sous l'emprise de Saroumane, qui cherche à nous amadouer par son biais… Ce serait une catastrophe car cela signifie que, en réalité, Saroumane est le vrai maitre de son empire et, par conséquent, d'Erebor… Dans ce jeu, Oropher est la Dame, puissant et dangereux, mais nous devons absolument savoir de quelle couleur il est car s'il s'avère qu'il est assujetti à Saroumane et œuvre à sa cause, il devra être neutralisé... Pour finir, l'heure est très malvenue pour parler de ça. J'ai encore beaucoup de sommeil à rattraper, merci d'avoir presque tenu trente minutes avant de t'inviter dans ma chambre, mais j'aurai préféré que tu t'abstiennes…
Thranduil n'était apparemment pas le genre de personne qui se laissait déranger en pleine nuit sans montrer les dents. Heureusement pour Thorin, il était trop épuisé pour réellement le lui faire comprendre. Il n'insista pas et se leva pour sortir, mais Thranduil, toujours allongé sur le dos, au lieu de la lâcher, serra la main qu'il tenait pour l'inviter à se tourner à nouveau vers lui et le regarder dans les yeux malgré la pénombre de la pièce :
— Ma décision sera la tienne ?
Thorin ne répondit pas. Ce n'était pas comme s'il y avait beaucoup à ajouter, de toute manière.
Son choix était pris et c'était Thranduil. Il n'en doutait ni le cachait plus.
Ce dernier le comprit, sembla hésiter, voulu parler mais ne trouva pas les mots et, à la place, il le remercia d'une douce pression sur la main qu'il tenait.
Son regard si puissant témoignait la gratitude qu'il ressentait pour ce choix et luisait dans la pénombre, soutenant celui du brun qui, encore une fois se laissa charmer par cette vision de Thranduil langoureusement avachit sur le matelas, sa main au poignet marbré tenant la sienne et ses belles lèvres légèrement entrouvertes captant irrémédiablement son attention. Thorin, cette fois-ci, ne chercha ni à étouffer, ni à chasser, l'envie qui lui prit les tripes et, avec douceur, il s'approcha à nouveau pour poser ses mains de part et d'autre de son visage et se pencher sur le plus jeune qui lui renvoya un regard suspicieux en se pressant sur le matelas sans un mot.
Il n'eut aucune hésitation, aucune retenue lorsque, s'abaissant, il combla la distance qui les séparait pour poser sa bouche sur celle de Thranduil.
Même si, soudain figé, le blond ne répondit pas au baiser qui sembla le prendre au dépourvu, il ne le repoussa pas non plus et, avec une certaine délicatesse, Thorin l'embrassa à nouveau, plus intense. Audacieux, il glissa sa langue entre les lèvres légèrement entrouvertes du plus jeune qui tressaillit, avant d'ouvrir la bouche plus franchement et, timidement, il lui rendit le baiser avec sensibilité. Il se laissa d'abord guider par le brun qui, ravi, fit attention à ne pas se montrer trop exigeant tout en s'imprégnant de son gout et de sa texture mais, bien vite, le blond, grisé, se redressa en s'accrochant à ses épaules pour se perdre dans l'étreinte sans pudeur ni retenue, s'avérant aussi passionné, impétueux et délicat dans ce genre d'échange que dans ses discutions. Une perle, vraiment. Refusant de se laisser submerger, Thorin lui répondit avec fougue tout en repoussant les couvertures afin de le rejoindre sur le lit et le couvrir de son corps en glissant avec délicatesse une main sur sa nuque, évitant soigneusement de brusquer cette zone qui souffrait encore des maléfices de Saroumane. Il l'embrassa de plus belle et, adorant la manière dont il le sentait réagir sous lui, un somptueux mélange de candeur, de force, de complexité, de retenue et d'impétuosité, il attrapa son t-Shirt pour le remonter afin de passer une main sur le ventre ferme à la peau douce qui se contracta sous sa main. Il ne savait pas si c'était une particularité de Thranduil ou si c'était dû à l'altercation contre Saroumane, mais il trouvait son corps encore trop froid pour que ce soit sain et, se pressant contre lui pour partager sa chaleur, il rompit le baiser dans un sourire conquis :
— Pas mal, pour un type qui se dit « non tactile » et qui se plaint que je l'importune en pleine nuit…
— C'est de l'abus de faiblesse…
— Je pourrais te reprocher la même chose…
Se séparant pour s'allonger à côté de lui, sentant que l'autre était trop faible pour vraiment profiter de ce genre de chose, Thorin remonta sa main pour la glisser sur sa nuque et l'inviter à s'approcher. Thranduil résista d'abord, mais il ne fut pas difficile à convaincre et, sans un mot, il vint se blottir contre lui, posant sa tête sur l'épaule du plus vieux qui garda sa main posée sur sa hanche, aux anges. Ce n'était, finalement, pas pour rien qu'il avait irrémédiablement craqué sur ce connard… Maintenant que les barrières s'abaissaient et qu'il se laissait doucement apprivoiser, Thranduil se révélait être, au fond, véritablement fondant. Et en plus, il était le gardien de l'Arkenstone. Donc, lié à lui, le premier héritier, d'une certaine manière…
Si le plus jeune ne s'était pas trouvé au delà de ses limites, dans un tel état de faiblesse et, aussi, si l'ambiance était plus propice à ça qu'au branle bas de combat, Thorin ne se serait pas gêné pour lui prendre un deuxième baiser, ni un troisième et bien plus si affinité et, ce, jusqu'à ce que l'aube ne les surprenne.
Bientôt, se dit-il…
Ravi de le sentir contre lui, mais tout aussi frustré, il perdit son regard au plafond et, sentant que, épuisé, Thranduil sombrait à nouveau dans un sommeil lourd, enlaçant inconsciemment la taille de Thorin, il se retint de lui poser toutes les questions qui lui tournaient en tête.
Pourquoi, en tant que gardien, s'était-il ainsi dérobé à lui dès le début, au lieu de lui expliquer la situation ? Comment la pierre était entrée en contact avec lui, quand et que voulait-elle ? Pourquoi a-t-il préféré entrer en contact avec les Sangs-Dêchoirements plutôt que compter sur l'agence ?
Et, surtout, à quel point ce rôle de gardien avait joué, et jouait encore, dans leur relation ?
Il en avait bien d'autres qui allaient attendre une nouvelle discussion passionnante, mais il se rendait compte que, finalement, beaucoup étaient justifiées.
Il était, surtout, notable que, malgré tous les efforts qu'il déployait depuis des années, Saroumane n'avait toujours pas la pierre, le gardien y avait veillé…
oOo
Merci d'avoir lu !
On reverra Fili et Kili au prochain chapitre.
Il est pour l'instant très long, le prochain, donc j'hésite à le couper en deux ou bien le poster comme ça, c'est en court de réflexion, on verra bien mardi prochain
