« Il s'agit, en effet, d'une proposition qui m'a été faite par Gandalf.
— Vous voulez dire que vous seriez prêt à prendre vous-même place sur le trône d'Erebor ?
— Non. Je veux dire que j'accepterai de prendre en charge l'intérim de l'agence suite à la récente démission de Balïn Cleastorn et, ce, à la seule condition que son frère, le directeur de la section lupine et, traditionnellement, le premier à recevoir ce rôle, reste sur sa décision de ne pas s'y souscrire.
— Vous agissez donc à contrecoeur ? »

Face au journaliste carbonisé aux UV qui affichait son assurance dans un sourire blanchi, Oropher répondit d'un simple regard qui en disait long sur la bassesse qu'il pensait d'une telle conversation. Regard qui suffit à faire perdre contenance au présentateur du journal télévisé de la matinée qui fut incapable de s'interposer lorsque le blond, franchement agacé, conclu l'interview d'une voix polaire :

« Monsieur, si vous permettez… Il n'est pas question de moi et de mes états d'âmes… Si j'ai accepté de vous rejoindre ce matin, ce n'est pas pour perdre mon temps à répondre à ces questions sans importance mais pour mettre vos spectateurs au fait de ce qu'il se passe actuellement. Monsieur Balïn Cleastorn, qui assurait depuis plus de huit ans maintenant le rôle de premier grade de l'Agence a posé sa démission ce matin suite aux événements de la nuit.
— Justement, parlant de ces événements, pensez-vous que-
— Taisez-vous, je n'ai pas fini. »

Le journaliste ferma les lèvres sans ajouter une syllabe et Oropher, l'ignorant, se leva :

« L'on m'a donc proposé l'intérim en attendant que la situation se clarifie. Ma réponse officielle vous sera communiquée dans l'heure. En ce qui concerne les événements de la nuit, je vous remercie de ne pas aborder le sujet avec moi, ce n'est pas pour cela que je suis venu et je suppose que vos nombreux experts avancerons je ne sais combien d'inepties à ce propos tout au long de la journée sans prendre en compte ce que j'aurai eu à dire... »

Sans ajouter un mot, il sortit de l'écran et Thorin, scotché face à l'émission, haussa un sourcil, à l'instar des nombreux téléspectateurs, certainement. Une telle sortie serait sans aucun doute autant discutée que toute la pagaille actuelle. D'abord Thorin qui tente de s'emparer de l'Arkenstone, puis Gandalf qui sauve le monde, puis Balin qui démissionne, suivit de Dwalin qui refuse publiquement de reconnaître Gandalf comme héro national et, pour finir, Oropher qui vient faire sa diva sur les plateaux télévisés… Mais à quoi jouait-il, par Mahal ? Et, surtout, dans quel camp ?

Il sortit de ses pensées en entendant une porte claquer, suivit, rapidement, du bruit de la douche et, préférant bouger pour occuper ses pensées, il se leva pour rejoindre son coin cuisine. Machinalement, il retrouva au fond de son congel des viennoiseries qu'il avait eu la bonne idée d'entreposer là dans un moment d'égarement et qu'il balança dans le four en tentant de réfléchir à la situation.
C'était cata, surtout si Oropher était du côté de Saroumane. Thorin s'était un peu renseigné durant la nuit et avait appris que ce mage était vraiment très doué pour prendre possession de l'esprit des plus puissants. Toutefois, si Oropher s'était montré sincère et que, comme il l'avait dit, il s'occupait de remettre les choses dans l'ordre, il y avait encore une chance pour que ça s'arrange.
Entre ça, le tout nouveau grand amour de Fili pour le fils adoptif de Daïn, la démission de Balïn, volontaire ou forcée, Thorin l'ignorait, annoncée quelques heures plus tôt, Thranduil un peu trop seul dans sa douche à son gout, la prise de position très controversée de Dwalin et la réelle identité du gardien qui avait de quoi le chambouler un peu, il se sentait crépiter.
Sensation qui s'évapora lorsque Thranduil apparut devant lui, flottant légèrement dans les vêtements amples prêtés par Thorin.
Lui qui était, d'ordinaire, toujours très bien apprêté, cintré dans des costumes de qualité, les cheveux lisses et coiffés, l'on pouvait dire que le contraste était brutal, très. Son air négligé donné par le sweat de Fili et par le simple slim sombre appartenant à Thorin que le blond avait piqué il ne savait pas où, était souligné par ses cheveux encore humides et emmêlés qui lui tombaient sur les épaules et encadraient son visage à la moue grave. Toutefois, il gardait son attitude plutôt pimbêche que Thorin appréciait malgré tout et, très agréable, comme salutation, il remarqua en fronçant les sourcils :

— Ca sent le brulé…

Thorin lui répondit d'un simple clin d'œil en shootant dans le four pour en ouvrir la porte :

— T'inquiète pas, princesse, je gère…
— Tu espères me faire manger un truc que tu as cuisiné toi-même ?

Récupérant les pains au chocolat et les croissants qui avaient, peut-être, pour certains, passés une minute, ou deux, de trop dans le four, Thorin rebondit sur la remarque sans tenter de se montrer aimable lui non plus :

— Je n'espère rien du tout… C'est pour moi que je fais ça. Si tu as faim, tu te débrouilles…
— Dieu merci…

Toutefois, il ne repoussa pas la corbeille garnie et fumante que lui présenta Thorin en le regardant dans les yeux pour demander, plus sérieux :

— Comment te sens-tu ?

Il haussa les épaules sans répondre en piochant le premier petit pain de la corbeille et Thorin insista :

— Des nausées ? Epuisement ? Vertiges ?
— Quoique je ressente, que pourrais-tu y faire ?

Semblant d'aussi bonne humeur que d'habitude, il avait répondu en détournant le regard et Thorin leva les yeux au ciel. Dévoiler son identité secrète, combattre un mage noir à ses côtés, passer la nuit dans ses bras après une trop brève étreinte pas vraiment ambiguë ne suffisait, apparemment, pas à Thranduil pour abaisser ses barrières… Bien… Le contraire l'aurait étonné et, à vrai dire, si le blond l'avait salué d'un « Bonjour chéri, j'espère que tu as bien dormi, en ce qui me concerne, tu m'as visité en rêves et ce fut fa-bu-leux. » il aurait été grandement déstabilisé et, peut-être, franchement apeuré.

Laissant Thranduil finir son déjeuné, il retourna dans la salle de bain pour y récupérer un coffret en bois avec lequel il revint sans un mot. Voyant la boite, le blond haussa un sourcil curieux mais, comprenant rapidement de quoi il s'agissait, il leva les yeux au ciel :

— Les remèdes de Numénor… Il n'y a qu'en Ered-Luïn que l'on y croit encore…
— On n'y croit pas seulement… C'est une médecine que l'on pratique quasi quotidiennement et à laquelle tout le monde est plus ou moins formé à Belegost… Du moins, pour les soins communs… En ce qui concerne ton cas, je ne sais pas si mes compétences suffiront, mais le minimum que je connais pourrait te faire beaucoup de bien…
— Quoi ? Tu comptes me purifier en me trouant la peau ?

A la remarque mesquine, Thorin répondit d'un sourire assuré en ouvrant sa boite pour en vérifier le contenu. Il lui restait une petite trentaine d'aiguilles métalliques de tailles diverses, ce qui était amplement suffisant pour une séance d'acupuncture et il répondit simplement :

— C'est l'idée, oui… Je suppose que l'attaque de Saroumane t'a fait beaucoup de mal, énergiquement parlant. Si on ne l'aide pas, ton corps ne sera pas capable de s'en remettre seul, crois-moi…
— Il aura tout autant de mal à récupérer d'une séance de soins prodigués par toi que de ce qu'il s'est passé hier…

Le ton était plus taquin que réellement sincère et Thorin apprécia l'idée que Thranduil était presque capable de faire des blagues. Il ne releva pas et lui lança un regard plus sérieux :

— Tu as besoin de soins, Thranduil. Ce genre de soin en particulier, pas la médecine lourde et bourrine que vous affectionnez dans l'Est. Si tu ne veux pas que je sois celui qui te les donne, soit, je te trouverai quelqu'un d'autre, mais j'estime que c'est quelque chose qui doit être fait si tu ne veux pas souffrir de séquelles…

Provoquant, le blond lui rendit son regard, mais, finalement, il détoura les yeux en haussant les épaules pour répondre tout simplement :

— J'accepte.

Thorin retint un soupir de soulagement et ce fut à son tour de lever les yeux au ciel lorsque, repoussant les affaires posées sur la table pour s'y asseoir, le blond ajouta sèchement en pointant son indexe sur lui :

— Mais tu n'en profites pas.
— Je suis désolé, mais si je veux faire les choses correctement, il me faudra poser les mains sur toi…
— Tu sais ce que je veux dire…

Retirant son sweat pour garder son T-shirt trop large que Thorin lui retira non sans lui lancer un clin d'œil provoquant, il s'allongea sur le dos en le gratifiant d'un regard menaçant. Innocent, Thorin demanda en glissant sa main sur son avant-bras pour prendre le poignet abîmé et en jauger le pouls :

— Tu n'as pas aimé ce qu'il s'est passé entre nous, hier soir ?
— J'aimerai que tu me demandes l'autorisation, la prochaine fois.
— La prochaine fois ?

Thranduil ne répondit pas et Thorin, maintenant concentré sur les pulsations, trop faibles, qu'il sentait à peine et de manière irrégulière, n'insista pas. Même s'il ne put s'empêcher d'ajouter sournoisement lorsqu'il reposa le bras :

— Si tu te le demandes, saches que moi, j'ai beaucoup apprécié…
— Je ne te l'ai pas demandé.
— Mais tu voulais savoir.

Il reçut un regard impétueux comme toute réponse et, encore, ils gardèrent le silence. Thorin en profita pour diagnostiquer l'état global de l'organisme en y laissant courir ses mains à plat, s'attardant sur les zones qui l'interpelaient le plus et tentant de ne pas se montrer trop heureux d'explorer ainsi ce corps joliment ciselé, aux angles agréables et à la peau douce qui l'attirait plus que la décence l'autorisait.

— Décontracte toi.
— Je suis décontracté.
— Tu rigoles ? Il va falloir faire mieux que ça…

L'autre soupira et roula légèrement ses épaules en tâchant de relâcher la tension de son corps sans ajouter un mot et Thorin termina rapidement de faire le point.
Comme attendu, l'énergie de Thranduil était au plus bas, ses organes en veille, complètement déréglés comme s'ils étaient en état de choc, et, surtout, l'intégralité de ses circuits vitaux était chamboulée à l'extrême. Certaines zones, comme la nuque, l'épaule et les poignets, celles qui avaient été directement en contact avec les maléfices de Saroumane, étaient anormalement chaudes, presque brulantes et, certainement, très douloureuses, Thorin y ressentait un véritable blocage et son épiderme était presque craquelé, comme nécrosé. Sans oublier la faiblesse de son pouls et la froideur du reste de sa peau…
Si rien n'était fait, son état général se dégraderait très rapidement... Mais c'était un maitre qui lui faudrait pour le remettre d'aplomb... A son niveau, Thorin serait juste capable de le stabiliser quelques jours.

Comptant user de toutes les techniques auxquelles lui et Fili s'étaient formés en Ered-Luïn, il commença par faire le maximum simplement par apposition des paumes et des doigts sur les zones les plus sensibles et relancer ce qui pouvait l'être. Dix minutes à peine passèrent avant que Thranduil, impatient, ne commence à se plaindre :

— C'est comme ça que tu comptes réparer les dégâts d'un mage noir ? Tu as de l'espoir…
— C'est comme ça que je vais rallonger ton espérance de vie, qui, je ne pense pas te l'apprendre, a été divisé par six après l'attaque de Saroumane et qui continue de se réduire d'heure en heure…
— Attaque qui n'aurait pas eu lieu si certains avaient écouté les craintes d'autres…

A la remarque sèche de Thorin, Thranduil avait répondu plus sèchement encore et, intensifiant son action sur l'abdomen, le brun répliqua sans patience :

— Certains auraient écouté les craintes d'autres si d'autres s'étaient montrés un peu plus présents…
— D'autres se sont montrés extrêmement présents et ont fait part tous les jours de leur réserve vis à vis des actions de certains… Mais certains n'en font qu'à leur tête…
— Actions qui, au final, s'avéraient contrôlées par un ennemi commun dont d'autres ignoraient l'identité.
— D'autres ignoraient l'identité, mais pas la présence ni l'influence et savaient que le champ d'action était trop limité pour agir librement…
— Tu savais pourtant que j'étais dans ton camps… Depuis le début.
— Tout comme je me doutais que tu avais déjà été abordé par notre ennemi par le biais d'Oropher et il s'avère que je n'avais pas tord…
— J'aurais pu t'aider… Si tu m'avais tout dit, j'aurais été à la hauteur…

N'essayant pas de cacher le reproche dans sa voix, s'éloignant de Thranduil pour récupérer sa boite et en sortir ses aiguilles, il lui lança un simple regard lorsque le blond se redressa pour s'assoir sur la table et répondre farouchement :

— Que voulais-tu que je te dise ? Il était hors de question de sortir la pierre ou d'entrer en contact avec toi en ce sens tant que notre ennemi ne s'était pas dévoilé et que j'ignorais qui tirait véritablement les ficelles, d'autant plus que je savais Oropher influencé… Si, par toi et Oropher, Saroumane avait pris possession de la régence de la ville et de l'artefact de pouvoir qu'est l'Arkenstone, ce serait devenu une situation sans issue.

Sentant venir le mélodrame, Thorin préféra désamorcer la bombe en assurant avec admiration :

— Je ne te reproche rien de ce côté-là, tu t'en es bien sorti…
— Tu parles… Encore une fois, j'ai tou-
— De nous deux, je suis celui qui a le plus merdé…

S'approchant, Thorin posa sa main sur son épaule pour l'inviter à se rallonger et Thranduil, le visage fermé, se laissa aller. Toutefois, lorsque le brun lui prit le poignet pour y planter la première aiguille, le plus jeune résista franchement, instinctivement, avec un sursaut inquiet. Habitué à ce genre de réaction Thorin insista gentiment :

— Ca ne fait pas mal, Thranduil, promis… Tu ne la sentiras à peine.
— Je n'ai jamais vraiment aimé les aiguilles…

Peu désireux de le forcer, Thorin eut le reflexe d'écarter sa main sans faire de commentaire, mais le blond détourna simplement le visage en prenant une inspiration :

— Tu peux y aller.

Sans attendre, avec précision, il inséra sa première aiguille en silence et profita de la docilité de Thranduil malgré la manière dont il s'était intégralement crispé, pour enchainer avec les suivantes assez rapidement. Il ne se concentra que sur les points les plus importants pour l'instant, conscient que plusieurs séances seraient nécessaires pour venir à bout du traumatisme. Sage, Thranduil ne broncha pas lorsque, une fois toutes la petite dizaine d'aiguilles installée, Thorin recula d'un pas et, seulement, le blond demanda un peu sèchement :

— Et maintenant ? Je reste combien de temps comme ça ?
— Pas plus de quarante minutes, ne t'inquiète pas…
— Pardon ? Quarante minutes ? Et je dois rester allonger tout ce temps ?
— Ca ne devrait pas te tuer…

Véritable drama-queen, Thranduil soupira lourdement, amusant Thorin, surtout lorsqu'il maugréa :

— Et je fais quoi, pendant quarante minutes ?
— On peut discuter, si tu veux… Tu ne m'as toujours pas parlé de ton enfance…
— Chaman et psy… t'es vraiment complet, comme garçon… Merci mais je décline, j'ai d'autre choix ?
— Il y a bien autre chose que j'aimerai essayer.
— C'est non.

L'injonction avait fusé et Thorin haussa un sourcil en s'approchant pour remarquer d'une voix étonnée :

— Tu ne m'as même pas laissé le temps de te dire en quoi ça consiste…
— Pardonne-moi de me méfier de tes idées… Elles ne sont pas toujours lumineuses…
— Tu peux toujours me laisser une chance de me rattraper… Je me sens responsable de l'état dans lequel tu te trouves et j'aimerai l'arranger.
— Ce n'est pas ce que tu essaies de faire en ce moment ?

Levant les yeux au ciel, Thorin prit à nouveau le poignet du blond pour analyser le pouls et cacha une grimace lorsqu'il constata que la réaction à ses soins n'était pas encore assez franche. Il reposa le bras en avançant avec précaution :

— Tu es le gardien et, cette nuit, la pierre m'a bel et bien reconnu comme héritier d'Erebor. Cela veut dire que, d'une certaine manière, nous sommes liés, toi et moi…
— Ho pitié… Moi qui pensais que tu étais déjà à fond, niveau drague…

Encore, la voix était plus taquine que sérieuse et, peu à peu, Thorin put remarquer comment le plus jeune respirait plus librement, apaisé et soulagé. Les blessures de la nuit étaient délicates à panser et bien au delà des compétences du brun, mais d'autres plaies, plus anciennes et plus profondes, réagissaient franchement à ses soins. Le blond le cachait très bien, mais une très lourde tension courait profondément dans son corps. Tension qui ne datait pas seulement des événements de la nuit mais qui semblait collée à lui depuis plusieurs années et à laquelle le brun s'attaqua sans en parler à Thranduil. Des cicatrices à l'âme, certainement dues à une enfance peu facile, dont Thorin se désespérait d'entendre l'histoire. Sans relever sa dernière remarque, il continua simplement :

— Ce que je veux dire, c'est que le lien que nous avons, c'est la magie que l'Arkenstone a distillée en nous, celle que j'ai utilisé pour appeler et révoquer la pierre et que toi tu utilises pour communiquer avec elle…
— Et donc ?
— Je crois que… J'ai compris, au contact de la pierre, comment user de cette magie et… Peut-être… pourrai-je l'utiliser pour…

L'idée était un peu délicate à formuler mais, semblant comprendre, un éclair passa dans le regard de Thranduil qui se redressa pour lui faire face, les sourcils froncés et le visage grave :

— Je te l'interdis.
— J'aimerai simplement te partager ma propre magie et convoquer ce qu'il reste de la tienne pour la réactiver.
— C'est non, Thorin. Tu n'as aucune idée de ce que j'ai ressenti lorsqu'il est… entré en moi. Plus jamais. Personne.

Comprenant ses réticences, Thorin préféra ne pas insister et, à la place, il l'invita à se rallonger à nouveau.

— Soit. Je ne pense pas me tromper en assurant être le seul à pouvoir te proposer ce genre de chose…Donc, si jamais tu changes d'avis… N'hésites pas.
— Aucune chance. Il reste combien de temps ?
—Trente-cinq minutes.
— Tu ne peux pas abréger ?
— Non.

Thranduil était vraiment très doué dans l'art de la chiantise, Thorin devait lui reconnaître au moins ça. Le pire, c'était que ça lui semblait être parfaitement naturel, un vrai don. Mais le brun ne se reconnaissait aucun maitre de ce côté-là et, insistant, il croisa les bras sur son torse en s'adossant à la table pour demander en le regardant dans les yeux :

— Combien de temps as-tu vécu avec Oropher ?
— Assez longtemps pour ne pas regretter la vie dans son manoir.
— Et après ?
— Après ? J'ai eu la chance de rencontrer une personne qui m'a incité à me retourner contre mon père, qui m'a secrètement aidé dans cette voie-là, qui m'a hébergé lorsque je n'avait nulle part où aller et qui m'a guidé en m'ouvrant les portes de l'agence en me promettant que je serai un jour capable de faire de l'ombre à Oropher… Voire même de causer sa perte… Tant que je suivais ses conseils.
— Vraiment ? Qui est-ce ?

Il avait bien entendu la profonde amertume du ton, mais, tout de même ravi de le voir d'ouvrir à nouveau à lui, il se montra curieux et détourna les yeux lorsque l'autre cracha d'une voix polaire :

— Un homme que j'appelais Gandalf et qui avait toute ma confiance… Et qui, je ne m'en rend compte que maintenant, ne m'a abordé que pour me garder sous le coude en vu de m'utiliser contre Oropher, dans la mesure où, je n'ai aucun doute la dessus, l'empereur sera éliminé au moment où Saroumane en perdra l'usage… et, surtout, il voulait, à l'époque plus d'informations à son propos… Je lui ai tout dit sans me poser la moindre question… Quel con j'ai été…

Ha merde… L'annonce ne surprenait pas vraiment Thorin, finalement. Cela faisait plusieurs décennies que Saroumane préparait son jeu et une personne comme Thranduil était, effectivement, un pion de choix… Au vu de la relation, ou la non relation, entre le père et le fils, tous les motifs semblaient être bons pour que Thranduil en vienne à porter un jour la main sur son père. Les rumeurs qui couraient à ce propos à l'agence avaient, d'ailleurs, très certainement été diffusées par Saroumane dans cette optique et jamais le mage n'aurait été soupçonné d'être impliqué dans le parricide une fois que celui-ci serait advenu… Et dans lequel, Thorin n'en avait aucun doute, Thranduil n'aurait pas été impliqué, simplement victime des machinations de Saroumane incapable de faire entendre sa voix tant il aurait été le coupable idéal…

En y repensant, Thorin se souvint des discussions qu'il avait eues avec le mage à propos de Thranduil. A la lueur des dernières révélations, chacune des phrases qui lui avaient été dites, subtiles mais piquantes, trouvait tout leur sens, surtout si Saroumane avait remarqué l'attention que Thorin portait à Thranduil... Diviser pour mieux régner… Maintenant qu'il en était conscient, il était flagrant que Thranduil avait très savamment été isolé sans même qu'il en soit conscient et que le mage avait commencé à tisser autour de Thorin un carcan qui se serait solidifié avec le temps…

Ceci dit, Saroumane n'était pas le seul à voir Thranduil comme une pièce essentielle du jeu…
Se plaçant derrière lui pour poser ses doigts sur les tempes et les masser délicatement, Thorin s'interdit ne serait-ce que de penser à déposer ses lèvres à la place de ses doigts.
Sur le ton de la conversation, il changea légèrement le sujet, intéressé :

— Et à quel moment est intervenu l'Arkenstone ?

Thranduil poussa un discret soupir d'aise, commençant à ressentir les effets des aiguilles et du massage et, docilement, il répondit sans se faire prier :

— Il y a quelques années, je me suis senti « convoqué » et, répondant à l'appel, j'ai trouvé le sanctuaire…
— Et ?
— C'est tout.
— C'est tout ?

Posant sa main sur l'abdomen du plus jeune pour continuer son travail, Thorin haussa un sourcil lorsque Thranduil répondit plus sèchement :

— Oui, c'est tout. Je me suis juste retrouvé planté devant la stèle, sans comprendre ce qui était attendu de moi… A l'époque, Daïn ne faisait pas autant parler de lui et était deuxième grade à l'agence, le trône n'était convoité par personne et la pierre n'était pas autant recherchée…
— Qu'as-tu fais, alors ?
— Rien.

Encore, il avait répondu plus sèchement, mais finalement, il détourna les yeux en reprenant, plus hésitant :

— Toutefois… J'avais vu là l'occasion de… Je veux dire… J'avoue avoir sincèrement penser faire venir Oropher au sanctuaire pour lui offrir la pierre. A l'époque, je croyais encore… du moins, j'espérais ou j'attendais… Bref. Je n'ai pas agis au début, je n'ai rien changé. Puis, quand les rumeurs sur l'Arkenstone ont commencé à enfler, quand Daïn a rompu avec l'agence et est entré en conflit, amenant Erebor aux portes d'une guerre civile, j'ai commencé à comprendre quel était mon rôle dans tout ça…
— Tu as agis ?
— D'une certaine manière… Même si je ne savais absolument pas comment. Puis je me suis dit que si j'avais été choisi, c'était pour une bonne raison et que mes actions étaient celles qu'attendait l'Arkenstone. Je me suis donc arrangé pour faire venir Daïn au sanctuaire afin de voir s'il était, ou non, le premier héritier de la pierre, comme il le scandait, mais il s'et avéré que c'était toi qu'elle attendait, Saroumane le avait depuis le début, je ne sais pas comment…

L'ignorant lui aussi, Thorin haussa les épaules avant de faire dévier la conversation vers ce qui l'intéressait le plus :

— Pourquoi étais-tu si réticent face à moi ?
— De une, je savais que tu n'étais pas revenu par hasard et-
— Comment ça ?
— Tu t'es pointé comme une fleur au moment où Erebor cessait de parler de la monarchie au conditionnel et que l'on commençait à annoncer le retour de l'Arkenstone… Si ça ce n'est pas de l'opportunisme…

Thorin lui répondit d'un soupir lourd et le blond continua d'énumérer :

— Tu avais les faveurs d'Oropher, toute l'agence te faisait des courbettes, sans parler de ton arrogance et de ta suffisance…
— J'aime ton objectivité.
— Un jeune arriviste qui convoite le trône, pris dans la toile d'un prêtre de Morgoth qui, depuis des années, s'arrange pour placer ses pions exactement où il le veut quand il le veut afin de les regarder jouer pour lui sans avoir à les forcer…
— J'ai compris l'idée, tu peux arrêter maintenant… C'est donc à cause de ton rôle de gardien que tu m'as fait si bon accueil ?
— Tu veux rire ? C'est grâce à mon rôle de gardien, plutôt, que j'ai accepté de t'adresser la parole… Je ne savais pas ce qu'Oropher te trouvait, mais, après tout, si je ne voulais pas que tu fasses des conneries et détruise mon travail, il fallait bien que je me résolve à-
— Ok, merci. Je vois où tu veux en venir… Et maintenant ?
— Quoi maintenant ?
— Maintenant, si je te demande l'autorisation de t'embrasser, que dirais-tu ?

Allongé sur la table, absolument pas désolé d'avoir déballé aussi franchement ce qu'il pensait de tout ça, Thranduil lui lança un regard sévère mais, sans un mot, il se redressa pour attraper sa nuque et poser un baiser aussi bref que léger sur ses lèvres. Il se sépara légèrement pour échanger un long regard avec lui, dont l'intensité dépassait tous les mots et, avant que Thorin ne puisse réagir, il s'était déjà rallongé sur la table en remarquant tout simplement :

— J'ai eu le temps de revoir le jugement que j'avais sur toi…
— Celui que moi j'ai sur toi est resté le même depuis le début…

Thorin avait répondu d'une voix plus grave en posant ses mains de part et d'autre de son visage pour s'abaisser sur lui jusqu'à ajouter d'un ton plus bas, frôlant presque ses lèvres :

— Un connard prétentieux qui se prend un peu trop au sérieux…
— Dans ce cas, je te conseille de te poser de sérieuses questions quant à tes… Gouts…
— Mes gouts n'ont pas l'air de te déplaire…
— Peut-être que j'aime la même chose que toi… Les connards imbus d'eux-mêmes, c'est vrai que c'est vraiment craquant…

Acide ce petit gardien… Thorin apprécia sa verve et dû se faire violence pour ne pas plonger sur ses lèvres immédiatement. A la place, il emmêla ses doigts aux longues mèches pâles pour poser une main sur sa nuque et reconnaître volontiers :

Craquant… C'est bien le mot… Puis-je ?
— Je t'en pris…

Thranduil avait répondu dans un souffle impérieux, sa main se logeant déjà contre la nuque de Thorin pour l'attirer à lui et qui, sans se faire prier, se pencha pour combler la distance. Doucement, il embrassa sa bouche entrouverte en plongeant un peu plus sa main dans ses cheveux tout en caressant sa gorge et ses épaules de son autre main.
Il joua tendrement avec ses lèvres, prenant le temps de s'enivrer de son gout qu'il adora mais, même s'il était moins expérimenté, le blond refusa farouchement de se laisser dominer et de simplement suivre le rythme. Posant une main sur l'épaule du plus vieux qui était penché sur lui, il répondit franchement au baiser, tendre mais agressif à la fois, osant s'affirmer et exiger plus de la part du brun tout en se dérobant subtilement à lui, l'obligeant à son tour à s'affirmer. Un mélange détonnant qui ne laissa pas Thorin indifférent. Instinctivement, il rompit le baiser pour se redresser, entrainant Thranduil avec lui d'une pression sur la nuque en glissant une main sur sa cuisse pour l'inciter à se tourner vers lui. Au passage, il lui écarta les jambes afin d'y prendre place tout en clamant ses lèvres à nouveau. L'embrassant maintenant à pleine bouche avec une passion depuis trop longtemps refreinée enfin débridée, il laissa glisser sa main sur sa taille, évitant soigneusement les zones où se trouvaient les aiguilles, afin de l'attirer plus encore contre lui d'une pression autoritaire sur le bas du dos nu qu'il caressa ensuite sans pudeur.

— Je commence à me poser de sérieuses questions quant à votre méthode de soins, docteur Durïn…
— Il s'agit pourtant d'un programme thérapeutique qui a fait ses preuves…

Avec adresse, il retira délicatement ses aiguilles puis, sans ménagement, il le repoussa pour l'allonger dos sur la table tout en restant entre ses jambes qu'il flatta d'une main curieuse, avant de se pencher sur lui pour embrasser son torse avec passion, trop heureux de le voir s'abandonner à ses caresses avec sensualité. Laissant indolemment trainer sa bouche sur la peau au parfum envoutant qu'il fit rouler entre ses dents, il remonta jusqu'à embrasser la gorge, et, enfin il toucha de ses lèvres et de sa langue cette jonction entre la nuque et l'épaule qui, depuis qu'il avait posé ses yeux sur le blond pour la première fois, lui faisait tant envie et qui, au vu de la manière dont se tordit le plus jeune en détournant la tête pour l'inciter à approfondir de ce côté-là, n'était pas dénuée d'une certaine sensibilité aiguisée. Il prit son temps pour l'embrasser et s'en repaître, n'essayant même pas de juguler son appétit en agrippant ses longs cheveux blonds d'une main et sa hanche de l'autre, galvanisé par l'érotisme poignant qui imprégnait les soupirs voluptueux de Thranduil et qui lui montèrent à la tête. Se séparant tout en posant une main sur sa joue pour le tourner vers lui, il embrassa son visage, puis il fondit sur ses lèvres, qu'il dévora avec application avant de se séparer de lui en se rendant, seulement, compte que Thranduil n'avait pas perdu de temps pour ouvrir sa chemise afin de plaquer ses mains sur son torse. Il ne retint pas un soupir de plaisir en sentant les doigts curieux du blond parcourir sa peau sans pudeur et, crochetant sa nuque, il l'embrassa une dernière fois avant de parler d'un ton désolé contre ses lèvres :

— D'un côté, je te proposerai bien d'approfondir et de terminer cette charmante conversation dans ma chambre, mais, de l'autre, j'ai peur que nous ayons du pain sur la planche et qu'il soit temps que nous agissions avant que Saroumane ne remporte la manche…
— Et voici le moment où je découvre que tu as un sens des priorités…

Thorin se redressa en lui envoyant un clin d'œil, légèrement rassasié mais intensément frustré en même temps et, récupérant son téléphone pour y lire ses nombreux messages en attente, notamment de la part de Dwalin et Balïn, il assura avec nonchalance :

— Ne t'inquiète pas, ce n'est que partie remise, promis.
— Je ne m'inquiète pas.

Il avait répondu d'une voix neutre, indéchiffrable et, textant rapidement un message à ses cousins, Thorin lui envoya un simple regard. Se rhabillant rapidement de ses vêtements trop grands, ses cheveux encore légèrement humides bien moins lisses et arrangés que d'habitude lui donnant un air sauvage, son visage plus ouvert que d'ordinaire, Thranduil était, un peu trop, l'archétype même du canon de beauté négligé type saut du lit que Thorin affectionnait particulièrement. Direct, il se tourna vers lui pour demander d'un ton de défi :

— Tu aimerais ?
— Quoi ça ?

Thranduil savait exactement de quoi il parlait, mais semblait plutôt réticent à lui répondre, que ce soit affirmatif ou non et, tout en lisant la réponse immédiate qu'il reçut de Dwalin, il demanda d'un ton naïf :

— Veux-tu que je te fasse un dessin ou bien que je te montre en pratique ?

Amusé par la conversation, il remit son téléphone dans sa poche pour s'approcher de Thanduil, muet, afin de poser une main sur la cuisse du plus jeune qui était resté assis sur la table. Traçant paresseusement des arabesques du bout des doigts du genoux jusqu'à la hanche, il remonta son autre main le long de son bras jusqu'à caresser galamment la nuque qu'il embrassa une nouvelle fois de baisers intenses et affamés, se pressant contre le blond qui posa ses mains sur sa taille et sa nuque en réponse. Faisant rouler paresseusement la peau entre ses lèvres et ses dents, il laissa sa bouche remonter sur la gorge fine qu'il adorait, vers l'oreille effilée dont il mordit le lobe avant de souffler contre elle :

— J'ai envie de toi, Thranduil, tu n'as pas idée à quel point…
— Mais tu as un sens des priorités…

La voix se voulait inexpressive, voire impérieuse, mais Thranduil ne put cacher de quelle manière elle s'était aggravée ni comment son souffle eut un accroc lorsque Thorin, d'attouchements curieux, vint flatter son entrejambe et, fermement, il lui prit le poignet pour l'écarter en ajoutant plus sèchement :

— Et ne fais pas l'erreur de me considérer comme acquis… Je ne le suis pas…
— Je le sais… Et peut-être ne le seras-tu jamais, cela ne m'empêche pas te désirer plus encore… Surtout lorsque tes actes et ta disposition à te laisser faire, voire même à participer et prendre des initiatives, démentent aussi fortement tes mots…

Il avait soufflé d'un ton plus grave en posant un dernier baiser sur la tempe, puis sa joue, avant de revenir embrasser ses lèvres sans que Thranduil ne fasse mine de le repousser ou de s'investir dans le baiser. Se séparant finalement, laissant ses mains descendre le long de la taille pour la caresser distraitement, il changea de sujet pour annoncer d'un ton plus sérieux :

— Nous reparlerons de ça plus tard… Qu'as-tu décidé pour Oropher ?
— Tu ne m'as pas vraiment laissé le temps d'y réfléchir… Mais je n'ai pas l'intention de prendre la moindre mesure en sa faveur…

Thorin s'y était attendu et il ne fit pas de commentaire, se contentant de passer une main sous le sweat du plus jeune tout en exposant gravement :

— Sinon, nous avons le choix de rejoindre Daïn… Mieux vaut qu'on ne traine pas trop ici, ce n'est pas le lieu idéal pour se faire surprendre, nous sommes trop isolés et exposés.
— Daïn est surveillé, autant par les lupins que par les médias, je préfèrerai que l'Agence ne me retrouve pas et, surtout, je ne pense pas que ce soit une bonne idée que tu t'affiches aux côtés de ton cousin maintenant.

L'idée était cohérente et, plongeant sa deuxième main sous le pull pour reprendre ses caresses à même la peau nue de la taille et du dos, le brun soupira en plongeant à nouveau son visage dans le creux de sa nuque, bien trop ravi de voir Thranduil se laisser faire pour éprouver l'envie de cesser ses attouchements. Remontant tranquillement ses doigts, il vint tourmenter les tétons en refreinant une soudaine envie de lui arracher les vêtements afin d'y poser ses lèvres et les prendre entre ses dents, plus encore lorsque, électrisé, Thranduil se tordit dans ses bras en poussant un soupir haché. Extrêmement frustré, il planta ses dents dans la peau très fine de sa gorge avant de soupirer d'une voix rauque :

— Nous devrions pourtant agir rapidement…
— Ou bien attendre le retour du vrai Gandalf…

Thranduil, le souffle court et tressaillant en rythme avec les doigts agiles qui s'occupaient de cette partie si sensible et cette bouche qui continuait d'embrasser sa gorge, passa un bras sur son épaule pour l'enlacer, glissant l'autre sous sa tenue pour en malaxer le flanc.

— Le temps qu'il arrive, peut-être sera-t-il trop tard… Si l'opinion publique se retourne contre moi pour de bon, je n'aurai plus qu'à plier bagage.

Enivré par l'abandon dont Thranduil faisait preuve dans ses bras, Thorin se déconnecta de la conversation et il refit descendre une main le long de son flanc jusqu'à attraper une cuisse dont il s'empara distraitement. Le plus jeune résista instinctivement, mais le brun fondit sur ses lèvres à nouveau, sans cesser son massage électrisant sous le pull et Thranduil répondit en se laissant guider, enroulant sa jambe autour de la taille de Thorin qui, d'une pression, l'attira à lui pour presser leurs deux corps ensembles. Le blond poussa une exclamation voluptueuse qui se perdit contre les lèvres de son amant au moment où celui-ci commença à se mouvoir sensuellement entre ses cuisses, faisant monter la température d'un coup. Rompant le baiser, Thorin éloigna son visage pour faire face à Thranduil, refreinant son désir pour ne pas dépasser la limite qui, pourtant, approchait dangereusement, le voile quasi opaque qui recouvrait maintenant les yeux aux pupilles dilatées du plus jeune en était le signe. Par Mahal, ce qu'il avait envi… Retirer tous ces vêtements qui étaient de trop, dévorer ce corps de baiser ardents et de caresses voluptueuses, sentir ces mains sur sa peau, cette bouche contre la sienne, entendre cette voix exprimer le plaisir qu'il lui donnerait en prenant Thranduil encore et encore… C'était un désir qui le taraudait depuis les premiers mots échangés avec lui, mais, maintenant qu'il commençait à y gouter et, surtout, que ce petit con qui n'en était pas vraiment un répondait de la sorte et semblait désirer la même chose, y résister lui demandait beaucoup… Et puis que pouvait-il faire face à ce regard ? Troublé par la volupté, certes, mais tellement dense et tellement poignant, portant, comme d'habitude, une multitude d'émotions violentes et contradictoires. Le plaisir, la surprise d'en ressentir autant, d'autres choses bien trop complexes pour que Thorin puisse les analyser, la gratitude envers lui et, aussi, une intelligence hors norme couplée à une détermination que le blond exprima en reprenant la conversation que Thorin avait déjà oublié :

— J'espère qu'il ne t'en faudra pas si peu pour te déstabiliser… Beaucoup de choses reposent sur toi. Si nous parvenons à leur ouvrir les yeux sur Saroumane et sur le choix de la pierre, ça pourra passer.
— Si ça fait plus d'un siècle que Saroumane prépare son coup, ce ne sera pas si

simple, à moins qu'il n'ait fait une erreur en pensant Oropher acquis à sa cause…

A la mention de son père, Thranduil tiqua et le reprit plutôt sèchement, maintenant refroidi lorsque la réalité les rattrapa :

— Cela sous condition qu'Oropher soit, bel et bien, lucide sur les événements…

— De nous deux, tu es le plus apte à te rendre compte d'une telle chose.

Ils échangèrent un regard grave puis, poussant un lourd soupir, Thranduil le repoussa franchement tout en tendant la main la hanche de Thorin pour glisser deux doigts à sa ceinture et l'attirer à nouveau à lui une fois qu'il fut descendu de la table pour se remettre sur pied. Sans que le brun, qui appréciait trop ce genre d'initiative, ne l'en empêche, une fois plus proche de lui que ce que la décence autorisait, il faufila ses doigts dans sa poche pour lui prendre le téléphone en susurrant contre ses lèvres :

— Ok, je vais l'appeler… Effectivement une conversation avec lui m'éclairera mieux que tous les efforts qu'il pourra déployer pour te convaincre de sa bonne foi. Mais je ne fais ça que pour mesurer l'étendue des dégâts, rien d'autre… Il est hors de question que je lui demande de l'aide, que je lui donne la moindre information ou bien que je collabore avec lui d'une manière ou d'une autre.

Intransigeant, il avait parlé d'un ton ferme et, posant une main sur sa taille qu'il caressa d'une main enjôleuse, Thorin tenta d'une voix curieuse :

— Même s'il s'avère qu'il n'est pas-
— Même. Je te rappelle que ce sera soit l'un, soit l'autre, mais pas les deux en même temps. Si tu veux l'aide de mon père, je t'en pris, part donc le retrouver, mais ce sera sans moi.

Thorin ne résista pas lorsque, simplement, Thranduil chassa sa main et il demanda d'une voix taquine en glissant ses doigts sur sa nuque marquée de ses lèvres à la place :

— Est-ce le gardien qui parle ? Ou bien le fils honnis d'Oropher ?
— Les deux sont liés… Que ce soit au nom de la pierre ou le mien, je refuse de laisser la moindre chance à cet homme.


oOo

Merci d'avoir lu !

Nouvelle confrontation Thranduil / Oropher au prochain chapitre ;)
La suite mardi prochain !

Petit sondage, parce que je viens de finir d'écrire le chap 23 et que je suis en réflexion.
Là où je suis, j'ai le choix entre conclure rapidement ou bien prolonger et approfondir l'intrigue, ce qui en ferai une fic assez longue, surtout si je garde des chapitres ce dette taille.