— Je ne pensais pas que vous me rappelleriez aussi tôt, monsieur Durïn.
— Non, ce n'est pas Thorïn.
Il y eut un silence et Thranduil, négligemment assis face au téléphone posé sur la table, en mode haut-parleur, dont l'attitude raide trahissait cette émotion violente et bridé qui émanait de lui à chaque fois qu'il se trouvait confronter à son père, lança un regard dur à Thorïn qui lui faisait face, prévenant toute tentative de prise de parole importune. Il resta de marbre lorsque son interlocuteur le salua d'une voix sans émotion :
— Thranduil.
— Oropher. Je te conseille de faire très attention aux prochains mots que tu choisiras si tu veux en aligner plus de trois avant que je ne raccroche. Ma bonne volonté à ses limites et le seuil est déjà atteint.
Il n'ajouta rien. Aucune concession, aucune compromis. Extrêmement sexy…
Le genre d'ultimatum qu'Oropher ne tolérait ni ne laissait passer sans affirmer d'une manière ou d'une autre que s'adresser à lui de la sorte était une erreur.
Instinctivement, Thorin se tendit, toutefois, la réponse tarda à leur parvenir et, confiant, Thranduil s'avachit plus encore sur sa chaise. Si son père désirait, pour une raison où pour une autre, faire entendre sa voix auprès de Thorin, il lui faudrait accepter non seulement de ne pas rabaisser Thranduil mais, en plus, de faire profil bas face à lui. Le maitre du jeu avait donc changé… Oropher sembla le reconnaître car, gardant un ton neutre, il remarqua simplement :
— Je constate que l'Arkenstone n'est pas la seule chose que tu gardes jalousement…
— J'ai une mission.
Ce fut comme si le blond s'attendit immédiatement à essuyer une remarque acide à propos de son incompétence vis à vis de ladite mission car, avant même qu'Oropher ne lui réponde, il porta la main sur le téléphone tactile pour en frôler la touche rouge. Toutefois, il s'immobilisa lorsque, plus rapide, Thorin posa sa main sur la sienne pour l'immobiliser et laisser parler leur interlocuteur qui affirma :
— Une mission que je peux t'aider à mener à bien.
— Je ne crois pas, non.
Levant le regard, Thranduil croisa celui, blasé, de Thorin qui, d'un signe de tête, l'encouragea à faire mieux que ça. Il se ferma en réponse et tenta de récupérer sa main que le brun avait gardée dans la sienne et qu'il ne laissa pas filer.
— Thranduil, je sais que nous pouvons-
— Non. Trouve autre chose.
Sèchement, il avait coupé la tentative d'Oropher de se faire entendre en étouffant mal son ton exaspéré et, à nouveau, un silence lui répondit, avant que le plus vieux ne parle franchement :
— Je ne suis pas influencé par Saroumane.
— Arrête. Penses-tu que j'ai besoin de ça pour me faire ma propre opinion à ce sujet ?
Sauvage, mordant et pas le moins du monde prêt à céder la moindre chose à l'empereur de l'ombre qui, marche par marche, descendait de son piédestal pour s'adresser à son fils… Thorin se régalait de cette conversation, de la tension franche et forte qui pulsait dans la main qu'il tenait et que, spontanément, il porta à sa bouche pour en embrasser la paume, attirant un regard sévère de Thranduil que ne fit que l'allumer d'avantage. Provoquant, il garda ses lèvres sur la peau pâle qu'il piqua de baisers paresseux, descendant le long de la main qu'il tenait pour embrasser le poignet tout en posant les doigts de son autre main sur la manche du sweat qu'il retroussa pour caresser l'avant-bras ferme, encore marqué par les maléfices de Saroumane. Thranduil le laissa faire, portant son attention sur son père qui, encore une fois, tenta de se faire entendre :
— Donc, si tu es aussi clairvoyant que tu le penses, tu saurais que-
— Tait-toi. Je viens de te dire que parler de ça avec moi ne servait à rien.
— Que veux-tu, dans ce cas ?
— Ton attention et ta subordination. A partir de maintenant, tu fais ce que je dis.
Il y eut un silence de l'autre côté du fil et, sans lâcher la main qu'il tenait, Thorin se redressa lorsqu'Oropher reprit d'une voix maitrisée :
— Tant que-
— Il n'y a pas de condition.
Quel connard… Ce rôle de chef tyrannique qui n'écoutait que lui et qui ne craignait pas de refouler ainsi l'Alpha lui allait si bien que Thorin se demanda s'il n'était pas en train de tomber irrémédiablement amoureux. Son attention revint sur le téléphone quand Oropher changea son angle d'attaque :
— Thorïn est avec toi ?
— Je suis ton interlocuteur.
Subtilement, Oropher avait tenté de passer outre, mais Thranduil le rappela à l'ordre sèchement et, enfin, l'empereur dévoila ses crocs, parfaitement incapable de ployer l'échine. Qu'il ait tenu aussi longtemps était déjà un miracle en soi :
— Tu joues contre plus gros que toi, Thranduil, ravales ta rancœur et-
Sans écouter davantage, de sa main libre, le jeune blond passa outre la vigilance de Thorin et, sans autre forme de procès, il raccrocha au nez de son père. Un silence pensif remplaça la tonalité du téléphone et Thorin haussa un sourcil, laissant son regard étudier le visage neutre de Thranduil qui semblait perdu dans ses pensées. Peu désireux de le déranger, sans un mot, il allait s'emparer de son téléphone pour appeler Fili, mais le plus jeune pressa sa main.
— J'attends qu'il me rappelle.
— Je ne crois pas qu'Oropher ne s'abaisse à-
Comme pour lui donner faux avant même qu'il ne finisse sa phrase, son téléphone se mit à sonner et un sourire parfaitement dément étira les lèvres fines de Thranduil. Ce genre de sourire au nom duquel Thorin pourrait faire de grosses bêtises, à commencer par passer outre la situation actuelle et allonger le gardien de l'Arkenstone sur la table pour se glisser entre ses jambes, encore, mais pour ne pas s'arrêter, cette fois-ci… Le blond laissa sonner le téléphone et, à l'interrogation tacite qu'il lu dans le regard de Thorin, il expliqua simplement :
— Tu l'as compris, cet homme ne s'abaisse jamais à rappeler un interlocuteur… Ca doit lui faire un mal de chien…
— Tu es diabolique…
— Je suis comme il m'a fait… A son image.
— Je ne crois pas, non…
Thranduil lui répondit d'un regard hautain qui lui donna chaud mais, sans continuer la conversation, il décrocha pour écouter ce que son père, s'inclinant, avait à lui dire, sans pour autant changer de ton :
— Tu dois faire la part des choses, Thranduil. La situation est trop grave pour que tu-
— Abrège, papa.
— Descend d'un ton.
— Toi d'abord.
— Je ne suis pas ton ennemi.
— Ne perds pas ton temps avec ça. En fin de compte, j'ai bien compris qui tu étais pour moi : personne.
— Ne fais pas de ça une affaire personnelle.
— Cesse de me donner des ordres.
Ok, ok… Thorin acceptait de ne pas s'interposer, à la demande de Thranduil, mais, actuellement, il avait plus l'impression de voir un narcissique se battre avec son propre reflet pour savoir qui était le plus beau qu'un véritable dialogue constructif. D'une voix neutre, mais ferme, il intervint simplement :
— Ca suffit, tous les deux. Vous règlerez vos différents plus tard, Oropher, tu as raison, ce n'est pas le moment pour ça. Toutefois, tant que tu n'acceptes pas les termes de Thranduil, je refuse ton aide.
Le blond lui envoya un regard tranchant et il n'eut aucun doute que, de l'autre côté, celui d'Oropher était similaire. Il retint un soupir et, plantant ses yeux dans ceux de Thranduil, il demanda :
— Que fait-on ?
— On joue sur le même terr-
Spontanément, Thranduil et Oropher venaient de parler et de se taire en même temps et, grinçant, Thranduil exigea :
— Je suis celui qui parle.
— On t'écoute.
Thorin avait répondu vivement, priant pour qu'Oropher ne renchérisse pas à ça mais, à son plus grand soulagement, l'autre garda un silence mauvais.
— Saroumane a fait l'erreur de se croire tout puissant et intouchable. Il ignore encore que nous connaissons sa véritable identité, que Gandalf a été retrouvé et qu'il est actuellement en route pour Erebor. Toutefois, je sais qu'il se doute que tu nous as contacté, tout comme il est parfaitement probable qu'il sait exactement à quoi s'attendre. Il te connaît, il a distillé son poison en toi-
— Je ne-
— Cesse de m'interrompre.
Voilà… Thorin, malgré ses efforts pour garder la tête froide, avait de plus en plus de mal à ne pas se sentir tout aussi allumé par les mots, l'attitude et le danger qui émanait de Thranduil que s'il s'agissait de ses caresses et de ses baisers, peut-être même plus. Il n'y pouvait rien, mais il trouvait son aplomb et sa rage diablement sexy et attrayant. S'il gardait ce même caractère au lit, ça promettait un véritabl- Bref.
— Tu es son pantin, Oropher, que tu en sois conscient où non, il sait exactement ce que tu attends de Thorin, de quelle manière et, aussi, de quoi tu es capable pour garder main mise sur lui. Et il s'avère que tu es capable de tout, même de te taire face à moi…
— Thranduil, ne sous-estime pas-
— C'est donc sans le moindre pincement au cœur ni la moindre surprise que j'en viens à la déduction que l'aide que l'on aurait pu recevoir de ta part est empoisonnée et que-
— Je sais faire la part des choses entre-
— Et, en plus, tu te justifies… Tu tombes bien bas… navrant… Au revoir, papa, son poison est coriace, mais peut-être parviendras-tu à ouvrir les yeux avant qu'il ne soit trop tard…
Feintant une franche déception, il parla sans toutefois exprimer la moindre émotion et, comme simple ponctuation, il raccrocha à nouveau au nez de son père. Décidément trop sexy, Thorin se sentit prêt à se lever pour lui attraper les hanches, se repaitre de cette agressivité qui émanait de lui avant de le- Coupant ses pensées, son téléphone sonna à nouveau, un appel de Daïn. Se détournant de Thranduil, il accepta l'appel qu'il mit sur haut-parleur et la voix de son cousin, pressante, tonna avant même qu'il puisse le saluer :
— Ne dit rien, notre appel est certainement sous écoute. Retrouvez-nous où tu sais au plus tôt, il faut qu'on parle, notre invité est arrivé.
Il raccrocha sans ajouter un mot et Thorin leva les yeux vers Thranduil :
— « Où je sais » ?
— Le lieu où tu l'as rencontré la première fois, certainement…
Il avait répondu d'un ton distrait en gardant son attention sur le téléphone, le regard très grave et Thorin se pencha sur lui, intrigué :
— Thranduil ?
Ses yeux claires revinrent sur le brun, partageant avec lui une franche hésitation, voire même une crainte mêlé de fureur que le brun n'expliqua pas et, d'une voix crispée, il annonça:
— Je crois que…
Il se tut et Thorin fronça les sourcils, laissant au plus jeune le temps de se reprendre pour justifier en détournant le regard :
— Il… Il y a quelque chose que je dois vérifier… Quelque chose qui, à la lueur de la révélation sur la vraie identité de Gandalf, ne peut rester anodine.
— De quoi parles-tu ?
Nerveusement, le blond pianota du bout des doigts sur la table, le regard baissé, puis, du bout des lèvres, il souffla gravement :
— De ce que je sais, ma mère est morte en couche, l'on m'a raconté que l'accouchement fut très long et difficile et que nous perdions la vie, tous les deux. Mon propre cœur se serait même arrêté quelques secondes…
Il fit une pause, mais enchaina en serrant le poing :
— Si j'ai survécu, c'est parce que, lorsque le travail a commencé et qu'il était flagrant que les choses se passaient mal, mon père avait fait appel aux meilleurs médecins de ce monde en urgence, et c'est Gandalf qui est venu… Il n'était pas encore à Erebor à ce moment, mais s'y est installé à ma naissance…
Il se tut et Thorin, comprenant a gravité d'une telle information, ne répondit pas, même lorsque Thranduil reprit d'une voix d'outre-tombe :
— C'est un nécromancien qui a assisté ma naissance, qui m'aurait « ramené à la vie » lorsque mon cœur a cessé de battre tout en laissant mourir ma mère, et je doute que ce soit dénué de sens…
Un frisson terrible lui descendit entre ses omoplates, plus encore lorsque Thranduil se leva pour se diriger vers la petite armurerie de Thorin pour se déjouer de la sécurité comme s'il s'agissait d'une simple clenche bien huilée et s'emparer de vêtements de combat et d'armes en tout genre.
— Tu te rendras seul auprès de Daïn, Thorin, il y a quelque chose que je dois vérifier de mon côté…
oOo
Merci d'avoir lu !
Le prochain chapitre suivra principalement Thranduil, en plus de la rencontre Thorin/Gandalf.
Merci à tous pour vos reviews !
