— C'est par ici, ne trainons pas.
Garant sa voiture après un dérapage, Kili attrapa son arme pour sortir du véhicule encore fumant à la suite de Thorin, Fili et Gandalf. Sans attendre, tous armés et sur leurs gardes, ils se dirigèrent vers la nécropole et la sépulture qui se dressait en son sein.
Toutefois, Thorin, qui était en tête du groupe, se figea lorsque, arrivant face au tombeau, Oropher en sortit, éprouvé et couvert de sang, et, dans ses bras, gisait Thranduil, inanimé. Ses cheveux étaient emmêlés et sa peau beaucoup trop pâle mais, le pire, son visage aux yeux clos reposait sans la moindre expression contre l'épaule, dont le vêtement était imbibé de sang, de son père qui le portait sans effort. Pétrifié, Thorin se figea, inquiet à l'idée d'être arrivé trop tard et Oropher s'immobilisa lorsque Gandalf vint vers lui, concerné :
— Où se trouve Saroumane ?
— Il est parti...
— Que s'est-il passé ?
— Nous ne devrions pas en parler ici. Rejoignez-moi à ma demeure.
Sans ajouter un mot, il s'éloigna, gardant son fardeau inerte dans ses bras. D'un signe de tête, Thorin invita les trois autres à rejoindre la voiture de Kili et, de son côté, il accompagna Oropher qui, avec délicatesse, installait Thranduil sur la banquette arrière de sa propre voiture. Ce fut à ce moment que Thorin vit, sur la face gauche du visage ensanglanté du jeune blond qui, auparavant, reposait contre son père, une effroyable plaie, comme si la peau de la joue, nécrosée, s'était décomposée, rongeant l'épiderme et la chaire de la mâchoire jusqu'à l'œil clos. Effaré, il s'immobilisa, heurté par une douleur poignante qui lui prit les tripes et lui coupa le souffle, le prenant de court et paralysant son esprit. Il n'en comprit l'origine que lorsque celle-ci qui s'estompa à peine quand, se redressant, Oropher commenta simplement :
— Il est toujours en vie.
— Pour combien de temps ?
N'osant se demander de quelle manière se soignait une telle blessure, s'il était possible d'en venir à bout, Thorin resta figé mais le plus vieux le reprit sèchement, sans la moindre compassion :
— Peu… Mais nous pouvons y remédier. Dépêchez-vous de vous installer, monsieur Durïn. Maintenant que Saroumane s'est emparé de l'intégralité de son pouvoir, vous êtes le suivant sur sa liste…
— Le droit que j'ai sur cette pierre ne peut être vampiriser de cette manière…
Prenant place à l'arrière, à côté de Thranduil, évanouit, de qui il posa la tête sur sa cuisse avec une grande délicatesse en détournant les yeux pour ne pas voir comment ce si beau visage était détruit, Thorin ferma la porte au moment où Oropher démarrait pour partir à vive allure en haussant les épaules :
— Je gage qu'il possède d'autres moyens plus terrifiants encore… Que pensez-vous du vrai Gandalf, avez-vous eu le temps de le cerner ?
— Pas vraiment… Mais il sait à qui nous avons à faire et est prêt à mettre son pouvoir à contribution pour nous débarrasser de lui…
— Pouvons-nous compter sur lui ?
— Encore trop tôt pour le dire… Mais j'espère qu'il sera au moins capable de s'occuper de… ça.
Pensivement, d'une main douce, Thorin fit glisser ses doigts dans les cheveux emmêlés, eux aussi gorgés de sang, avant de venir toucher la gorge qui présentait les mêmes signes inquiétant de nécrose, caressant la peau saine sans retenue, soulagé de sentir, même faiblement, le pouls pulser sous son pouce.
— Que s'est-il passé ?
— Son poison m'a aveuglé… J'ai mis trop de temps avant de réagir…
— Vous vous êtes battu contre lui ?
Thorin ne pouvait manquer le sang qui coulait de quelques entailles, ni les traces violacées ou nécrosés, similaires à celles que portait Thranduil, mais en plus léger, qui marbraient aussi une main et la nuque du plus vieux.
Ce dernier fit rouler une épaule meurtrie, cachée par sa tenue de combat, en grimaçant :
— Il n'a pas volé sa réputation mais, heureusement pour moi, sa spécialité reste la manipulation et le contrôle des esprits plutôt que le combat rapproché, et certains de ses maléfices n'ont pas d'effets sur moi… Il s'est enfui lorsqu'il a compris que non seulement l'on jouait à arme égale sur ce terrain, tout les deux mais que, en plus, je prenais l'avantage…
— Qu'a-t-il fait à Thranduil ?
— Je l'ignore… La nécromancie et la magie du sang ne me sont pas des domaines familiers… Je constate simplement que Thranduil a survécu à des maléfices qui auraient dû le tuer, mais, malgré ça, Saroumane a reçu ce qu'il convoitait… L'identité du gardien a changé pour de bon… Notre épervin a perdu la manche.
Il avait parlé d'un ton sombre mais, captant le regard sévère que Thorin lui envoya via le retroviseur, Oropher ajouta tout simplement en grillant un feu rouge :
— Je suis conscient que Thranduil n'est pas le responsable de sa propre chute. Je me rend compte qu'il était livré à lui-même dans une guerre qui nous dépasse tous…
Il avait parlé d'une voix neutre, mais Thorin savait qu'annoncer une telle chose de sa part n'était pas anodine. Il ne répondit pas, laissant l'autre reprendre plus sèchement :
— J'aurai dû-
— Tout ne repose pas sur vous non plus… Thranduil était seul parce qu'il l'avait choisi, et encore… Il avait aussi clairement laissé entendre quel était notre travail, le votre autant que le mien : Débusquer le prêtre de Morgoth et il comptait sur nous pour cela…
— C'était une bataille d'influence qu'il menait contre Saroumane, sur un terrain que notre ennemi maitrise mieux que quiconque. Thranduil n'avait pas la moindre chance de…
— Vraiment ? Je n'en suis pas si certain… Nous nous sommes tous les deux dressés face à Saroumane, pour lui… Et nous le ferons encore. Niveau influence, l'épervin est celui qui marque le point…
Oropher ne répondit pas et Thorin passa à un autre sujet :
— Est-il encore temps pour nous de changer les choses ?
Prenant la main froide de Thranduil dans la sienne, Thorin avait parlé en étudiant la plaie de son visage, grimaçant lorsqu'il lui sembla apercevoir l'os de la mâchoire et il ne vit pas le regard sec que lui envoya Oropher dans le rétroviseur :
— Même si ce n'était pas le cas, Durïn, que feriez-vous ?
— Mon possible pour y remédier…
— Bien. Parce que vous n'avez pas d'autre choix et beaucoup de choses reposent sur vous, dorénavant...
Il gara la voiture face à son manoir et ne montra qu'une quasi imperceptible réaction offusquée lorsque, arrivé à peine quelques secondes avant lui, Kili, toujours aussi insolent, lui envoya un clin d'œil provoquant en fermant la porte de sa voiture de sport.
Il ne dit rien, se contentant de prendre à nouveau Thranduil dans ses bras avec une délicatesse que Thorin ne lui connaissait pas, avant de parler d'une voix implacable :
— Gandalf, c'est le moment de faire vos preuves… Je ne traiterai pas avec vous tant que mon fils est dans cet état…
Gandalf retint de justesse un éloquent soupir. Lui qui était passé par tant de choses ces derniers millénaires -un petit passage en cellule d'un peine un siècle n'était qu'un clignement de paupière pour lui- il ne pouvait que constater que personne n'avait perdu en arrogance durant cette brève parenthèse. Ceci dit, cela ne changeait pas des hommes d'autrefois, qu'il avait l'habitude de guider, finalement, et, sans un mot, il suivit le groupe à l'intérieur du manoir. Bien équipé, Oropher possédait une salle de soin dans laquelle il déposa Thranduil avant de s'effacer pour laisser place à Gandalf.
— Pouvez-vous faire quelque chose ?
— Bien entendu… Les blessures causées par la magie se soignent plus facilement et plus rapidement…
Il ne manqua pas le regard chargé de soulagement qu'échangèrent Oropher et Thorin à son affirmation et il préféra ne pas ajouter que, malgré son assurance, les plaies de Thranduil étaient, tout de même, plutôt extrêmes. Les blessures causées par la magie commune n'avaient pas de secret pour lui. Mais en ce qui concernait la nécromancie… Surtout aussi avancée… D'ailleurs, se dit-il en faisant passer une main au dessus du corps de Thranduil, un siècle plus tôt, Saroumane n'en était pas encore à ce niveau de destruction… Il balbutiait encore dans ses recherches morbides. Comment avait-il pu apprendre aussi vite ? Etait-il envisageable qu'il ne soit pas seul et qu'un nécromancien plus puissant et plus secret encore soit derrière tout ça ? La nécromancie, surtout à ce niveau, ne s'apprenait pas dans les grimoires, un maitre était nécessaire pour l'initiation…
Quoique franchement inquiété par l'idée, il ne dit rien et fit un pas en arrière :
— Thorin, occupez-vous de retirer ses vêtements et de nettoyer ses plaies, celle du torse en particulier. En attendant, je vais m'occuper de vous, Oropher.
Le grand blond lui lança un regard sceptique, le dominant de sa taille et de son impassibilité lorsqu'il répondit simplement :
— Mon fils passe avant moi.
— Je l'ai compris. Mais cela fait un siècle que je n'ai pas pratiqué. Vos blessures sont similaires, mais les siennes sont plus graves et ne tolèrerons pas l'erreur… Laissez-moi me faire la main sur vous en premier…
Immobile, Oropher sembla étudier l'idée, toutefois, rapidement, il acquiesça et retira son armure légère pour dévoiler un torse superbement bien ciselé, amenant Thorin à hausser un sourcil appréciateur en admettant que le potentiel génétique de Thranduil était tout de même de très haute volée. Oropher portait toutefois de très nombreuses cicatrices, très vieilles ou bien récentes, sans parler de ces marques de nécrose qu'il avait écopé de son dernier combat et sur lesquelles Gandalf se pencha immédiatement, une pâle lumière irradiant du bout de ses doigts.
Se détournant, le brun se focalisa sur Thranduil, attrapant un scalpel et une paire de ciseaux pour découper le sweat de Fili et sa propre armure légère en suivant ses failles. Non pas qu'il avait toujours fantasmé à l'idée de déshabiller un jour Thranduil de cette manière mais, tout de même, faire ce genre de chose dans un autre contexte ne lui aurait pas déplu. Ses pensées se turent lorsque, le débarrassant de ses vêtements, il avisa une plaie similaire que celle de son visage, mais bien plus effroyable, sur le torse, là où Saroumane l'avait touché pour s'emparer de son pouvoir, se répandant sur ses côtes et ses flancs.
Il repensa à ce qu'il avait ressenti lorsque Thranduil l'avait appelé à l'aide, lui ouvrant en grand l'accès à son corps et son esprit… Il tint un bref silence, parfaitement conscient de ce qu'il s'était passé pour qu'il soit dans cet état. Ce corps qu'il avait investi au moment où leur ennemi s'en était pris à lui, amenant Thorin à ressentir en même temps que lui cette effroyable douleur, cette sensation immonde de la mort liquide qui se diluait dans ses veines pour s'abreuver de son sang, sa vitalité et son pouvoir, rongeant sa chaire et ses os. A la différence que, pour Thorin, ça n'avait à peine duré plus d'une seconde, et ce n'était pas son corps qui avait été visé, il n'en avait aucune séquelle. Thranduil, lui…
Attrapant une compresse et un savon stérilisant adapté à ce genre de soin, il se hâta de nettoyer les plaies surnaturelles, déjà purulentes et encore saignantes, usant du scalpel pour amputer avec une grande délicatesse les parties nécrosées qui semblaient s'agrandir de minute en minute, coupant la chaire en mettant ses états d'âme de côté. Ses aiguilles et la subtilité des remèdes du Nord étaient, pour le coup, largement dépassées... La tâche était minutieuse et, plutôt longue, il s'en rendit compte lorsqu'Oropher, maintenant habillé de vêtements légers et ses propres plaies pansées, vint à ses côtés pour déboutonner et retirer le pantalon de Thranduil, avant de s'occuper des chevilles et mollets qui portaient les mêmes blessures.
Aucun mot ne fut échangé et Thorin alla prendre soin du visage pour laisser Gandalf commencer des soins plus spécifiques sur le torse qu'il noya dans une lueur pâle et irradiant d'une douce chaleur. La nécrose s'était encore étendue le temps qu'il s'occupe du torse, couvrant maintenant l'œil et descendant vers la gorge. Thorin prit sur lui pour intervenir rapidement et, sans hésitation, il charcuta ce si beau visage duquel il s'était épris et que, le matin même, il avait couvert de baisers tout en promettant de reprendre et approfondir au plus tôt cette sensuelle discussion. Quel abruti… s'il avait su, il aurait gardé Thranduil avec lui, d'une manière où d'une autre. Toutefois, l'heure n'était pas aux regrets… Cette nécrose malsaine et purulente devait être stoppée avant que ses ravages ne deviennent irréversibles et, refoulant son dégout, les mains imbibées du sang de Thranduil, il s'occupa du plus gros avant de faire un pas en arrière, sceptique :
— Que puis-je faire pour l'œil ?
Gandalf jeta un regard sur le visage écorché, avant de grimacer :
— L'œil est perdu… Il faut empêcher à la nécrose d'atteindre le cerveau via le nerf, sinon, les systèmes nerveux et cognitif en pâtiront sévèrement…
— Vous voulez dire que… Vous comptez lui retirer l'œil ?
Il ne répondit pas et, repoussant Thorin, qui se laissa faire, Gandalf abandonna le torse pour s'occuper du visage en soufflant simplement :
— Vous avez fait tout votre possible, tous les deux. Vous pouvez sortir, je dois terminer seul.
Oropher l'entendit mais ne fit pas mine de lui obéir en venant se poster de manière plutôt menaçante entre le visage de Thranduil et le magicien et ce fut Thorin qui le tira par la manche pour partir après un dernier signe de tête à Gandalf.
Merci d'avoir lu !
Au prochain chapitre, on souffle un peu et on se prépare pour la contre attaque ;)
Merci beaucoup pour les reviews !
La suite n'est pas encore écrite à partir de maintenant, donc je ne peux rien dire pour les délai de publication.
Ceci dit, des chapitres de 5 pages, ça a le mérite de s'écrire très vite ;)
