— Ce n'est ni pas défaut, ni par intérêt et encore moins par pitié que je propose une telle chose… Ce n'est pas en tant que troisième grade que tu t'es montré le plus efficace ces dernières années… J'ai besoin de quelqu'un comme toi à mes côtés dans cette guerre…
— Je n'ai pas l'intention de me justifier…
— Prend au moins le temps de réfléchir, s'il te plait… Tu es l'épervin, celui qui s'est joué du prêtre de Morgoth et de tous avec une constance et une efficacité hors pair.
— Je suis aussi celui qui a perdu… Vous êtes le mieux placé pour le savoir…

Assis face à son père, Thranduil ne faisait pas mine de s'intéresser au verre qui lui avait été servi et Oropher se redressa en le jaugea d'un regard froid :

— Thranduil, nous devons mettre Saroumane à bas et confondre celui qu'il sert.
— J'estime avoir fait ma part…

Il écopa d'un regard sec qu'il soutint sans mal de son œil valide, mais Oropher ne se laissa pas abattre et il insista encore, franc et impérieux :

— Non, tu n'as pas encore fait ta part… L'Arkenstone est plus vulnérable que jamais, ton ennemi possède un pouvoir que tu n'as plus, mais, tant que tu vis, ton rôle doit être joué. Tu es le gardien de l'Ark-
— J'étais.
— Tu l'es.

Encore, le père et le fils échangèrent un regard dur sans que l'un ou l'autre ne cherche à se dérober. Sèchement, face à Thranduil qui lui tenait tête comme peu d'autres avant lui, Oropher pianota de ses longs doigts sur le bois de la table devant laquelle ils étaient assis puis, sans prévenir, il se leva sans faire le moindre bruit. De sa démarche souple, il contourna la table pour rejoindre le plus jeune qui était resté assis à sa place et qui le regarda approcher d'un œil méfiant. Toutefois, il ne dit rien lorsque l'autre s'adossa à la table face à lui et il se contenta de se raidir lorsqu'Oropher leva sa main.
Dans le silence de la pièce, le sursaut qu'eut Thranduil fut nettement perceptible quand les doigts pâles se posèrent sur la mâchoire marbrée de cette immonde cicatrice qui se résorbait à peine, frôlant la plaie nécrosée de la joue avant de descendre jusqu'à glisser sous le menton qu'ils soutinrent un instant. Encore, ils échangèrent un nouveau regard, différent et chargé de choses que ni l'un ni l'autre ne fut capable de traduire ou d'exprimer.
Figé, Thranduil ne broncha pas, plus encore lorsque, finalement, Oropher se leva pour sortir de la salle en clôturant simplement :

— Je me suis trompé à ton propos. Tu as déjà suffisamment fait pour me forcer à le reconnaître. Je ne te demanderai plus rien, tu as donné et éprouvé plus que nécessaire. Mais, pour terrasser nos ennemis, nous devrons fournir plus que notre maximum et outrepasser nos limites. Chacun d'entre nous.

Encore, Thranduil resta silencieux et il suivit son père du regard lorsque celui-ci quitta la salle sans ajouter un mot. Une fois que la porte fut fermée, il poussa un soupir lourd et, se retenant de poser ses propres doigts là où ceux d'Oropher l'avaient touché, laissant une drôle de chaleur sur sa peau, il se leva à son tour.

Il ne ressentait plus vraiment l'envie de perdre les forces qui lui restaient dans ce combat. Pour une Gemme qui n'avait rien à lui apporter, une ville qui l'ennuyait et une raison qui ne l'intéressait pas. Sans oublier que travailler avec Oropher lui demandait plus que ce qu'il pouvait bien endurer…
Avisant l'heure tardive, il se laissa porter vers la chambre qu'il occupait en ce moment, mais il changea d'avis et se dirigea vers un autre étage pour pénétrer sans frapper dans le bureau qui avait été alloué à Thorin. Ce dernier, sous l'invitation d'Oropher, avait accepté lui aussi de venir vivre au manoir avec son neveu le temps que les choses se calment.

Monté en grade au sein de l'agence, Thorin avait maintenant plus de responsabilités et de travail, ce qui l'amenait, souvent, à veiller tard. Ce soir encore, assit face à son bureau concentré sur son ordinateur, le brun semblait plongé dans ses dossiers et il leva simplement les yeux lorsque Thranduil entra en refermant doucement la porte derrière lui. Ils échangèrent un simple regard, avant que le brun ne se redresse en repoussant son ordinateur :

— Tu viens de parler avec Oropher ?
— Je n'ai pas envie de discuter de ça.
— Pourquoi es-tu venu alors ?
— Ai-je besoin de me justifier ?

Distraitement, le blond s'assit face à Thorin qui lui répondit d'un sourire en coin en s'adossant à sa chaise :

— Surtout pas… J'aime quand tu passes me voir à l'improviste sans raison…
— « A l'improviste » et « Sans raison » ?

Le sourire en coin de Thorin s'agrandit. Vraiment, plus les jours passaient, et plus il se sentait fondre… Ce type était dans le genre imprévisible, pas toujours accessible ou facile à vivre, mais, parfois, il démontrait avec une facilité déconcertante l'évidence-même de la raison pour laquelle Thorin avait craqué sur lui aussi rapidement. Pourquoi il avait craqué sur lui, tout simplement.

Il ferma son ordinateur sans le quitter des yeux, commentant d'une voix légère :

— Ta cicatrice semble se résorber de plus en plus rapidement…

Thranduil haussa les épaules. Il ne se regardait plus dans les miroirs, mais, effectivement, la douleur commençait doucement à s'affaiblir. Que ce soit celle de son visage, de son torse ou ailleurs.

— Gandalf s'acharne dessus tous les jours…

C'était éprouvant, Thorin l'entendit dans sa voix et, à son tour, comme Oropher venait de le faire, il se leva pour venir face au jeune blond. Avec douceur, il glissa ses doigts sur sa nuque et, d'une pression, il l'invita à se lever pour lui faire face, posant délicatement son autre main sur la joue saine pour prendre son visage en coupe et souffler en s'approchant :

— Si je puis faire la moindre chose pour toi, dis-le moi…
— Pas comme tu le penses.

Avec douceur, il ferma ses doigts sur les poignets du brun qui serra les lèvres, avant d'insister gentiment :

— Nous l'avons déjà fait une fois… Quand tu m'as appelé… Nous pouvons le refaire. Je peux user de la voix de l'Arkenstone pour convoquer à nouveau le pouvoir du Gardien en toi. Tu es celui que l'Arkenstone t'a choisi, c'est un fait que Saroumane ne pourra effacer…
— C'est la raison pour laquelle je suis toujours une menace pour lui et condamné à rester enfermé ici…

Thranduil se contenta de détourner les yeux mais une caresse galante sur sa joue attira à nouveau son attention sur Thorin et, simplement ils échangèrent un regard. Toutefois, le blond se raidit et, sans un mot, il se sépara lorsque le plus vieux fit mine de se pencher sur lui pour embrasser ses lèvres. Il allait s'éloigner, mais Thorin le retint d'une pression sur son bras, l'invitant à s'immobiliser et il s'approcha à nouveau du plus jeune en enroulant un bras autour de ses épaules pour s'assurer de le garder près de lui :

— Ne me fuis pas, Thranduil.
— Je ne fuis pas.
— Cela fait deux semaines que ça s'est passé, tu ne m'as pas donné l'autorisation de te toucher depuis… Je sais pourtant que ce n'était pas quelque chose qui te rebutait… Que crains-tu ?
— Pas toi.
— Quoi alors ? Est-ce toujours la douleur qui te paralyse ?

Simplement, Thranduil hocha la tête. Même si la souffrance n'était plus aussi intense que le premier jour, c'était la raison pour laquelle il ne laissait jamais Thorin le toucher, nulle part. Même avec l'acharnement de Gandalf, son épiderme nécrosé le mettait au supplice jour et nuit, n'arrangeant ni sa patience, ni son caractère.
Jusqu'ici, le brun l'avait compris et n'insistait pas, il se contentait de le regarder de loin en se souvenant du gout de ses lèvres, de la douceur de sa peau et de tout ce qu'il avait ressentit lors de leur unique étreinte trop brève qui avait précédé l'attaque.

Toutefois, il ne résista pas lorsque, à nouveau, Thorin posa les mains sur lui en constatant d'une voix assurée :

— Ces plaies ne sont pas naturelles… Elles sont moins « physiques » que « mentales ». Tu peux les résorber.
— Ce n'est pas aussi facile que-
— Je peux t'y aider.

Il avait soufflé sa proposition en posant franchement sa paume sur la joue blessée et Thranduil se figea. Contre la peau nécrosée, la main était anormalement chaude, irradiante et semblant pulser d'une force qu'il ne comprit pas. Surprit, il bondit en arrière pour lui lancer un regard farouche auquel le brun répondit avec aplomb :

— Toi et moi sommes liés par la magie de l'Arkenstone. Tu as le pouvoir de libérer la mienne et la protéger comme tu le fais avec l'Arkenstone. De mon côté, je peux user de la mienne pour convoquer la tienne et la gouverner. Je peux lui donner l'ordre de reprendre le contrôle en toi et chasser les résidus de nécromancie qu'a laissé Saroumane derrière lui… Je peux te rendre ton pouvoir de gardien… Je le peux seulement si tu le veux.
— Au vu de la situation actuelle, cela m'exposerait à pire que ce que Saroumane m'a déjà fait vivre…

Sans rien ajouter, il se sépara pour s'éloigner et, sans que Thorin ne le retienne, il sortit de la salle.

oOo

— Les gens parlent ?
— Non. Non non non, nous disions simplement que-
— En fait, c'est pas contre vous, lieutenant, mais-

Face à Bombur et Bofur qui s'embourbaient en se triturant les doigts, Fili retint un soupir et, gentiment, il demanda avec douceur :

— Soyez clairs, s'il vous plait… Que disent nos collègues à mon propos ? Dites moi exactement ce que vous entendez, je dois le savoir.

Les deux autres échangèrent un regard penaud puis Bofur haussa les épaules :

— Ils ont vu les caméras de surveillance, lieutenant… Vous… Hem… Avec le Sang-Dêchoirements… Vous seriez… hem... ami…
Utilise les mots que tu as entendu, je veux les connaître.
— Ce… Ce n'est pas très gracieux…

Il leur renvoya un simple regard ennuyé, pas vraiment touché. Ce n'était pas comme s'il avait l'habitude de se faire des ennemis à la langue bien pendu et que des rumeurs peu propres couraient régulièrement à son propos au sujet, de une, de son orientation sexuelle, de deux, du choix de ses compagnons. Le problème ici, c'était que cela venait de ses collègues, ceux qui étaient censés assurer ses arrières en mission et avec qui il travaillait tous les jours et qui avaient une manière assez musclée de régler leurs différents.
Que ça jase à son propos était une chose, que l'on commence à lui reprocher sa relation avec Kili et surtout, honte à lui d'avoir laissé faire ça, qu'il y ait des preuves visuelles avec les vidéos de surveillances prises le jour où son amant était venu le chercher en cellule.
Son implication aux côtés de Thorin était déjà controversée au sein de la brigade lupine, heureusement que Dwalin et Oropher avaient rétabli son nom et ses actes, mais le poison de Saroumane était aussi à l'œuvre ici… Fili sentant que l'on tentait de l'isoler et de lui mettre la brigade à dos et ce n'était pas bon.
A son tour, Bombur prit la parole pour essayer de sortir Bofur de la vase en avançant d'une voix hésitante :

— Ils disent que… Hem… vous auriez… Peut-être… Des… Relations… Peu catholiques… Avec-
— C'est bon, j'ai compris le principe. Vous pouvez disposer et je vous remercie pour votre… Franchise.

Ils filèrent sans demander leur reste. Des braves gars, très gentils et efficaces à leur manière, mais, parfois, ils étaient très peu dégourdis… Fili s'étira avant de se lever.
Il n'y avait pas beaucoup de personne en qui il avait confiance au sein de la brigade lupine, même si certains sortaient du lot. Le lieutenant Sacquet était de ceux à qui il pouvait se confier sans crainte et il décida de lui rendre visite pour lui demander son avis sur le sujet. S'il était possible de nier et de rétablir les choses ou s'il fallait mieux faire profil bas et ne pas prêter d'attention à ces bruits de couloir le concernant.
Toutefois, il se rendit compte de la gravité de sa situation lorsque, sortant de son bureau pour rejoindre celui de Bilbo, il fut la cible de regards mauvais qui suivaient ses pas.
Jusqu'à maintenant, il était peu apprécié par beaucoup de ses égaux et inférieurs hiérarchiques car considéré comme arriviste, arrogant, trop jeune pour son grade et étranger. Il fallait dire qu'être le type qui sortait de nulle part prenant un grade convoité dès son arrivée, c'était une situation qui l'avait obligé à sortir les crocs et montrer très rapidement de quoi il était capable pour faire comprendre qu'il méritait la place qu'il avait. Grace à ses premiers éclats survenus assez tôt, il avait gagné le respect de certains, la rancœur d'autres… D'autres trop heureux d'avoir quelque chose à lui reprocher…
Mais, maintenant, si ses collègues commençaient à prendre conscience de son alliance avec un sang-Dêchoirement, un ennemi et, pire, s'ils soupçonnaient sa relation avec lui, les choses n'allaient pas tarder à tourner au vinaigre…
La brigade lupine n'était pas réputée pour être très tolérante envers ce genre d'écart.

Chose qui s'avéra plutôt tangible lorsque Fili fut contraint de s'immobiliser lorsque, face à lui, le lieutenant Goskoor et plusieurs membres de son équipe se placèrent dans le couloir de manière à lui barrer le passage.
Il hésita à la conduite à tenir, mais, finalement, il se redressa et resta discrètement sur la défensive lorsqu'il remarqua que les lupins face à lui ne semblaient pas encore trop agressifs. Ceci dit, ils seraient fous de tenter quoi que ce soit au sein même des locaux…
Simplement, dressé face à lui, Goskoor le toisa méchamment pour demander sèchement :

— Où vas-tu ?
— Ce ne sont pas tes affaires…
— T'es dans mon aile, gamin.

Fili tiqua, mais, à un contre cinq, il jugea plus sage, pour l'instant, de faire profil pas et de ne pas rebondir sur la remarque provocante. Prenant sur lui, il choisit de montrer le contrepied total de ce qu'il était attendu dans ce genre de situation et, provocant à son tour, dans un autre genre, il se contraignit au calme, chassant toute tension dans son corps pour hausser les épaules nonchalamment et il annonça sur le ton de la conversation :

— Excuse moi, Goskoor. Je ne fais que passer.

Rien de plus qu'un air franchement désolé qui prit ces gros durs au dépourvu.
Peu pratique de dégueuler sa colère sur une personne qui l'absorbait sans offrir la moindre résistance… Ce n'était pas à la brigade lupine que l'on rencontrait ce genre de situation, ne put que constater Fili lorsque les agents face à lui échangèrent un bref regard confus. Bien. La suite, il la connaissait et, pourtant, il ne fit pas mine de se défendre ou de résister lorsque Goskoor marcha sur lui pour l'attraper au col et le plaquer contre le mur derrière lui :

— Tu n'as plus de quoi faire le malin, gamin… Tes heures ici sont comptées et je doute que tu survives à ton prochain faux pas…
— Mon prochain faux pas ?
— Tu sais de quoi je parle.
— Il faudra pourtant que tu m'expliques… Parce que si tu parles de mon alliance avec le sang-Dêchoirement qui m'a aidé à sauver la vie de Thorin et de l'Epervin pendant que l'intégralité de cette unité se tournait les pouces, je ne vois pas en quoi c'est qualifiable de faux pas…

Dans le doute, il préféra prendre les devant et, plutôt que nier ou cacher quoi que ce soit, il attaqua lui-même le sujet sans détour, ce qui eut le mérite de désarçonner son assaillant. L'autre fronça les sourcils, furieux de ne pas avoir de répartit cinglante à lui lancer, et il souffla d'une voix mauvaise :

— Je sais que ce n'est pas qu'une alliance…
— Certes… Tu te doutes bien que pour avoir un type pareil dans la poche, se prélasser derrière son bureau à lorgner sur la vie intime de ses collègues les plus efficaces ne suffit pas…
— Donc, tu avoues bien que-
— Que moi je suis efficace et pas toi ? C'est pourtant flagrant…
— Qu'est-ce que tu fais avec lui ?
— Tu veux un dessin ?

Il reçut un regard mauvais mais, finalement, l'autre le lâcha pour reculer d'un pas, menaçant :

— Tu es un agent de la brigade lupine, même si j'estime que tu ne mérites ni ce titre, ni ton grade, que tu déshonores… Tu es à la bonne de monsieur Cleastorn et de monsieur Durin, mais fais attention car, ici, ça ne veut rien dire… Si tu veux vraiment faire parti de la meute et ne pas rester un marginal indéfiniment, il te faudra faire mieux que ça… Et, surtout, fermer ta gueule et ployer l'échine si tu ne veux pas qu'on te le fasse à ta place…

Une bonne remise au point, ça ne faisait jamais de mal. Le blond ne répondit pas et les regarda vider le couloir en silence, conscient que les choses n'étaient pas allées plus loin que ça simplement parce qu'ils étaient en plein dans les bureaux de la brigade et que Goskoor avait déjà eu son rappel à l'ordre vis à vis du fait qu'il ait tenté de s'en prendre à Fili lorsqu'il était en cellule. Toutefois, le blond jugea que, effectivement, il serait peut-être temps de rentrer un peu dans le rang s'il voulait rester à la brigade. Contrairement aux postes précédents qu'il avait déjà eus à l'Ouest, avant de venir ici, il se trouvait non pas parmi un simple amas de gens bien entrainés, armés et au sens de la camaraderie plus ou moins présente.
La brigade lupine était une meute, avec son fonctionnement, sa hiérarchie et ses codes qui, comme venait gentiment de lui rappeler Goskoor, ne tolérait pas les marginaux. Si Fili désirait continuer à travailler ici, et il le voulait, il lui faudrait trouver une place dans cette hiérarchie déjà bien établie qui acceptait mal de laisser une place à des nouveaux qui ne daignaient pas commencer par le bas pour gravir les échelons. Et, il n'avait aucune doute sur ce fait : si Goskoor l'avait aussi mauvaise face à lui, c'était simplement parce que, sciemment, Fili se positionnait pour se placer au dessus de lui, et, sans surprise, ça ne lui plaisait pas.

Il haussa les épaules et, considérant que, finalement, Bilbo n'avait pas plus à lui apporter, il allait faire demi-tour mais son téléphone vibra à ce moment pour un SMS de la part de Kili.

« J'ai besoin que tu viennes »

Il fronça les sourcils, réfléchissant rapidement. L'après-midi ne tirait même pas à sa fin, le brun ne lui avait pas parlé d'une mission ou d'une situation particulière à ce moment et, spontanément, il se dirigea vers la sortie, hésitant à appeler Bofur.

« Que se passe-t-il ? »
« Je te raconterai, retrouve-moi dans l'impasse des traiteurs. Viens seul. »
« Armé ? »
« Pas de danger, mais prends ton badge. »

Etrange. Kili était plus loquace habituellement… Pas encore inquiet, mais commençant à ressentir une drôle d'impression, il récupéra sa veste, prévint Bombur de son absence et sortit pour rejoindre l'impasse des traiteurs qui se trouvait à à peine deux rues de la brigade.

Il ne comprit qu'il avait fait l'erreur de sa vie que lorsque, au moment où il pénétra dans la ruelle isolée, il se prit un premier coup monstrueusement puissant dans l'abdomen qui le plia en deux. Le second, au visage, suffit à l'étourdir sans qu'il ne voit le troisième venir, ultra violent, à la nuque, qui le projeta au sol, à la limite de l'inconscience.

— KO en trois coups… Tu fatigues, Azog…
— J'apprécie de taper sur celui-là en particulier, c'est toujours un plaisir que j'aime faire durer... Et puis j'ai un compte à régler avec lui…

Etourdi, du sang coulant abondamment de son nez, Fili tenta de se redresser, à peine en possession de ses moyens paralysés par la douleur et la puissance des coups. Mais un pied chaussé d'une lourde chaussure cloutée se posa entre ses omoplates et l'écrasa au sol sans qu'il ne soit capable de se défendre et, la cage thoracique enfoncée sous le poids de son agresseur, respirer lui devint pénible.
Le cœur au bord des lèvres, il ne broncha pas et tenta de garder l'esprit aussi clair que possible lorsqu'il entendit à nouveau des voix. Sans en être certain, il discerna au moins trois personnes autour de lui. L'une, silencieuse se tenait en retrait, deux autres, dont Azog, entamèrent une discussion sans détour :

— Vous avez mon argent ?
— Oui, tout le compte est là-dedans… Je ne pensais pas que l'isoler serait si facile… Je vous mets un petit bonus pour votre efficacité.
— Il suffit de déterminer qui est la personne pour laquelle il se montrerait capable d'accourir au moindre signe. Par chance, il s'agit de quelqu'un que je connais bien, considérant ce lupin… Et de se procurer discrètement le téléphone de cette personne pour une rapide manip qui permet de dupliquer la carte… Le reste, comme vous pouvez le constater, est d'une facilitée enfantine…
— Et je suppose qu'il serait déplacé de vous demander comment vous opérez cette fameuse opération pour dupliquer la carte ou bien, tout simplement, l'identité de cette personne à qui vous avez subtilisez le téléphone ?
— Effectivement. Secret professionnel… A moins que vous ne soyez prêt à mettre le double. Toutefois, je suis curieux à ce propos. C'est la première fois que l'on me paie si cher pour attraper un simple lupin, qui, au vu de ses… relations, n'est pas si simple qu'il n'y paraît et que vous ne semblez pas soupçonner.
— Si je vous paie si cher, c'est aussi pour ne pas avoir à répondre à ce genre de question. J'ai un client pour lui. Un client qui est prêt à mettre au moins sept fois cette somme que j'ai investie pour le capturer.

Fili prit une brève respiration lorsque le pied qui le plaquait au sol se souleva, lui libérant le torse écrasé, toutefois, il fut projeté pour de bon dans l'inconscience lorsque la chaussure cloutée le percuta à la tempe avec une violence inouïe.


oOo

Merci d'avoir lu

J'espère que ça continue de vous plaire.
Je ne sais pas encore très bien ce qu'il se passe au prochain chapitre.

Ce sera la surprise pour moi aussi ;)
(en vrai, je sais ce qu'il se passe après dans l'histoire, mais à voir ce que je râle au prochain)

Merci pour les reviews !