Thranduil retint un premier sursaut lorsque la porte claqua doucement derrière lui, mais pas le deuxième lorsque, presqu'immédiatement après, les bras nus de Thorin se fermèrent sur lui et que la bouche avide se pressait déjà contre la sienne. Sa tête tournait délicieusement, la chaleur du brun se propageait en lui et, sous ses doigts, les muscles saillants du dos puissant roulaient sans trêve, ravissant ses sens et ébouillantant son sang. Il sentait sur sa taille et ses hanches les mains de Thorin qui parcouraient sa peau et, dans son dos, la porte close contre laquelle le brun venait de le repousser pour intensifier le baiser, remontant ses mains pour prendre son visage en coupe et s'abreuver à ses lèvres. Etourdi, il retint un soupir frustré lorsque l'autre s'éloigna et que la voix grave souffla contre ses lèvres :
— Détend-toi…
— Je suis détendu…
Un léger rire taquin lui répondit simplement et il ne résista pas lorsque, sans rien ajouter, Thorin prit sa main pour l'entrainer avec lui sur le grand lit de la chambre qu'Oropher lui avait confié le temps que la situation à Erebor se stabilise. Le brun s'y assit et, naturellement, sans aucune pudeur, il attrapa les hanches de Thranduil qu'il fit venir à lui pour l'asseoir à califourchon sur ses cuisses non sans l'épargner d'un regard qui aurait suffit à faire fondre la Lune. A nouveau, il attrapa son visage en coupe pour le baisser vers lui et déposer un langoureux baiser sur ses lèvres. Il le rompit pour susurrer d'une voix charmée :
— Tu n'imagines pas, Thranduil, à quel point j'ai envie de toi, depuis le premier jour où je t'ai vu… Tout en toi me fait tourner la tête…
— J'ai pourtant été odieux avec toi…
— Pas la peine de parler au passé… c'est encore souvent le cas…
Sans lui laisser le temps de répondre à la boutade, il glissa une main sur sa nuque pour presser à nouveau leurs lèvres ensemble avec une faim enfin débridée. Enroulant l'autre bras autour de ses épaules, il se laissa tomber en arrière, entrainant Thranduil pour le garder au dessus de lui, reprenant immédiatement le baiser et ses caresses. Paresseusement, il fit glisser ses mains sur la taille de Thranduil, avant d'attraper gentiment ses hanches pour le guider contre lui et imprégner une douce friction entre leur bassin. Thranduil, se laissant faire, n'essaya pas de retenir ses mouvements, au contraire, il rechercha à son tour la meilleure manière de se faire plaisir sans pudeur et Thorin crut voir des étoiles, à le sentir ainsi onduler contre lui avec une adresse qui le laissa sans voix. Ce mec, vraiment… Il cachait bien son jeu…
Toutefois, les légères réticences qu'il sentit sous ses doigts audacieux malgré les soupirs soudains plus chargés d'érotisme qui échouèrent contre ses lèvres lui rappelèrent que le type sur qui il avait irrémédiablement craqué n'avait, de son côté, jamais laisser personne d'autre que lui le toucher ainsi. Une vague de désir brut mêlé de gratitude le submergea à ce moment et, de moins en moins lucide sur tout ce qui n'était pas ce corps délicieux qui vibrait contre le sien, il se redressa pour inverser les positions, prenant l'autre par surprise.
Thranduil ne sembla pas apprécier que sa latitude de mouvement soit ainsi restreinte sans son avis et que, pire, Thorin le privait de ses initiatives pour prendre le contrôle à son tour. Sans sommation, il tenta de reprendre l'avantage pour imposer sa volonté à celle de son amant, sans, toutefois, chercher à rompre le baiser qui pris en agressivité. Peu partageur ou conciliant, le brun lui résista et il se plaça immédiatement entre les jambes de Thranduil qu'il écarta d'une poigne autoritaire pour joindre à nouveau son bassin au sien et bouger contre lui, délaissant ses lèvres pour descendre embrasser sa gorge et la courbe si sensuelle de ses épaules. Cette zone, qui l'attirait effroyablement depuis le premier jour où ses yeux étaient tombés sur Thranduil, fut savamment dévorée de baisers furieux qui suffirent à calmer la frustration du blond. Attrapant la peau du bout des dents pour la faire rouler contre sa langue, suçotant l'os de la clavicule et embrassant l'épaule sans cesser cette friction étourdissante contre son bassin et ses caresses enivrées, Thorin laissa parler sa passion sans chercher à la refreiner à aucun moment. Tout son esprit était uniquement obnubilé par ce gout qui explosait dans son palais et cette chaleur qui se diffusait dans ses paumes en échos au bourdonnement du sang chargé de passion qui pulsait dans son corps. Ce fut lorsque ses doigts, comme régis de leur propre volonté, descendirent plus bas pour déboucler la ceinture et attraper le pantalon afin de le faire glisser sur les hanches sans patience qu'il ressentit, à nouveau, une très légère appréhension dans l'attitude retenue de son amant. Frustré d'un côté, mais ravi de voir que tout ne lui était pas acquis si facilement, il abandonna la gorge marquée de ses soins pour déposer un léger baiser sur ses lèvres avant de se redresser pour chuchoter gentiment :
— Arrête-moi si tu trouves que ça va trop loin…
— Je te trouve pourtant encore assez sage… Pour l'instant…
A la réponse mutine qui cachait admirablement bien sa nervosité, il eut un sourire amusé et il reformula :
— Je veux dire… Arrête moi tant que je suis sage, justement, si tu ne veux pas aller jusqu'au bout ce soir… Si tu attends le dernier moment, ce sera très désagréable pour moi…
Allongé sous lui, Thranduil lui lança l'un de ses regards si puissant et si chargé en émotions indéfinissables, ce genre de regard qui, à lui seul, avait le pouvoir d'étourdir Thorin. Il s'y perdit quelques instant, sans éprouver, étrangement, le besoin de parler ou de faire quoique ce soit qui impliquait découverte buccale, salivation ou friction indécente, tant il fut saisi par ces yeux qui régissaient actuellement son cœur. Toutefois, lorsqu'il rompit le contact visuel pour poser son regard sur le corps allongé sous lui, son désir le rattrapa de plein fouet pour le submerger. Bien entendu, comme tout le monde, certainement, il trouvait Thranduil beau à se damner. Ce genre de corps puissant et dangereusement bien entrainé, mais effilé, sensuel à l'extrême et tout en finesse, comme ciselé dans du marbre blanc, dont il ne serait jamais lassé de tenir entre ses bras et de couvrir de baiser. Un corps qui avait accroché son regard dès le premier jour et qui, aujourd'hui, se trouvait alanguis sous le sien et répondait à son désir en vibrant langoureusement contre lui. C'était à en perdre la raison, vraiment.
Si encore il n'y avait que le corps… Eut-il la lucidité de se dire en remontant ses yeux maintenant gorgés d'un brasier passionné qui happa le regard si fort de Thranduil, prenant le plus jeune au dépourvu. Ce troisième grade, le fils honnis d'Oropher et gardien de l'Arkenstone ne pouvait que retenir l'attention du futur roi d'Erebor et ce, malgré son caractère si farouche, aiguisé et mordant. Ou avec, plutôt, car c'était une personnalité qui ne le laissait pas indifférent, au contraire.
Ce tranchant mélange acéré d'impétuosité, d'obstination, de férocité et d'orgueil, Thorin l'avait, dès le premier jour, vu comme une provocation, un appel au défi qu'il s'était empressé de relever sans réfléchir à un seul instant, au point de s'être montrer prêt à le choisir, lui, au détriment d'Oropher et tout ce que cela impliquait. Il savait que rien n'était encore gagné avec lui, et que, si jamais l'idée folle de prendre ce type là, parmi tant d'autres, comme consort, venait à être exprimée, il aurait beaucoup de concessions à faire pour le garder indéfiniment à ses côtés. Mais se retrouver entre ses cuisses était déjà une sacrée avancé en soit, ce que Thorin prenait comme un privilège. Percevant l'affirmation dans l'absence de réponse, il entreprit de continuer son ouvrage et, d'un geste qui ne portait pas la moindre hésitation, il termina de le déshabiller avant de se débarrasser de ses propres vêtements.
Il revint sur Thranduil qui répondit en enroulant ses longues jambes nues autour de sa taille et glissant ses mains curieuses dans son dos et, enfin, il se permit d'ouvrir les vannes de son désir. Une main impétueuse vint découvrir l'aine d'attouchements précis tandis que la bouche se posait sur le corps arqué par le plaisir pour attraper sans sommation un téton entre ses dents gourmandes afin de le faire rouler contre sa langue. Electrisé par l'exclamation étouffée du plus jeune, il intensifia brusquement ses actions. Sa main au niveau de l'entrejambe entreprit de le caresser avec fougue tandis que ses dents, ses lèvres et sa langue déployèrent toute leur science et leur avidité, régalant Thorin peut-être autant que Thranduil. Il sentait trembler sous lui ce corps si réceptif qui commençant doucement à ondoyer pour juguler le plaisir qu'il lui procurait, enflammant ses sens.
Sans se le cacher, Thorin s'était de nombreuses fois imaginé comment se comporterait Thranduil au lit, ou, plutôt, dans son lit à lui, tant il lui était impossible de l'imaginer dans d'autres bras que les siens. Il s'était fait de lui l'image d'un amant complexe, difficile à satisfaire et peu conciliant. Peut-être même frustrant car trop modéré et trop fier pour accepter certaines choses. Les brèves étreintes qu'ils avaient déjà partagé l'avait conforté sur certains points, mais totalement surpris sur d'autre. Car Thranduil était, certes, délicat et impétueux mais, aussi, de manière surprenante, extrêmement bouillant et érotique lorsqu'il consentait à abaisser ses barrières, même un minimum. Un combo détonnant, Thorin ne l'en appréciait que d'avantage. Délaissant son torse, il se redressa pour mêler au plaisir charnelle celui qui lui était offert visuellement, admirant ce si beau visage d'ordinaire si fier, aujourd'hui embellit par la passion, déjà comblé mais en attente de plus.
Abandonné dans ses bras, Thranduil s'offrait à lui de la plus sublime des manières, réceptif et confiant, il n'était pas non plus passif, intimidé ou éteint, au contraire, il participait avec chaleur et sensualité, partageant son désir et sa fièvre en imposant son propre rythme sans pudeur. Même, peu à peu, malgré son manque d'expérience, il n'hésitait pas à diriger les mains de Thorin, à lui proposer son propre rythme et, même, à lui refuser certaines initiatives. Le brun n'était, en fin de compte, pas le seul à se placer en meneur.
Pire, Thorin n'était pas le seul à estimer qu'un seul des deux avait le pouvoir de diriger, et que le deuxième était seulement prié de se laisser faire et de suivre en profitant sagement.
Le plus vieux ressentit soudain le besoin impérieux d'abandonner ses jeux pour le retourner et le prendre sur le champ, afin de clarifier les choses. Le priver de toute initiative pour ne le réduire qu'à un amas chaud de sens et de perceptions violentes dont il serait le seul maitre. User de son expérience et de son habileté pour prendre le contrôle de l'étreinte intégralement et sans concession et rappeler que, sur ce terrain, il restait un maitre incontesté.
Mais Thranduil, malgré son apparent abandon, n'était pas ce genre d'amant. Celui à qui l'on pouvait imposer son rythme, sa position et son plaisir, dénigrant ses propres initiatives ou désirs en s'assurant simplement que, de son côté, lui aussi avait son compte. Il était, au contraire, celui à qui l'on cédait tout, celui à qui l'on ne prenait rien afin de mieux recevoir ce qu'il avait à donner.
Ce fut une certitude qu'il lut dans le regard si poignant qu'il échangea avec Thranduil lorsque celui-ci, semblant percevoir dans le sien ce désir brut, prêt à les ravager tous les deux, se montra soudain bien moins conciliant. Bien plus… sauvage et farouche. Non, il ne laisserait pas Thorin faire de lui tout ce qu'il désirait, ni ne deviendrait gentiment le simple réceptacle de son plaisir. Malgré son inexpérience, il n'était pas dans son attention de se livrer intégralement à son amant sans concession et encore moins de lui laisser totale autorité et souveraineté sur lui. De plus, ce n'était que parce qu'il était novice dans ce domaine qu'il acceptait, ce soir, de laisser à Thorin la plupart des initiatives, mais ce n'était que partie remise, ce dernier fait était une évidence.
Thorin avait beau être fils de roi et promis à un futur éclatant, Thranduil, lui, était enfant d'empereur, et il ne ploierait devant personne ni ne laisserait quiconque le dominer intégralement, qu'importe la situation.
Si bien que, lorsqu'il sentit la très brève hésitation de Thorin, quand ses doigts chauds se crispèrent sur ses hanches, comme s'ils n'attendaient qu'un ordre de la raison avant de s'abandonner à la passion, Thranduil menaça d'une voix sourde en se redressant pour s'appuyer sur ses coudes :
— Si c'est ainsi que tu me veux, prince, il te faudra me gagner.
— Présomptueux… J'ai pourtant l'impression que tu m'es déjà acquis…
— Des mots doux et de belles attentions ne suffisent pas à une conquête totale… Je te l'ai dit : je ne te serai jamais acquis.
— Pourtant, c'est ainsi que je te veux…
A la promesse provocante de Thranduil, Thorin avait répondu d'un ton plus provocant encore en se penchant sur lui pour le repousser sur le matelas en insistant d'une voix profonde et envoutante contre son oreille :
— Je te veux sans défense et sans opposition… Je veux écraser ta rébellion et ton insurrection… Punir toute forme de désobéissance, révolte et protestation pour devenir brièvement mais incontestablement ce maître que tu refuses… Car c'est ainsi que je te veux… Je veux te sentir mien et mien seul le temps d'une nuit, sans compromis… Et, crois-moi, j'aurai ce que je veux. Toujours.
— Essaies seulement, Durïn, et tu seras vite confronté à tes propres limites… Je serai celui qui t'apprendras le sens du mot « compromis »…
Pas la moindre colère ou appréhension sans cette réponse grave. Ca n'était pas un « Non » ferme et intangible mais, au contraire, un appel au défi provocant et dangereux qui suffit à retourner les sens de Thorin. Son sang bouillonna soudainement, comme s'il était prêt à entrer en guerre pour assurer le contraire, mais il comprima son désir de relever la provocation immédiatement : Aucun doute que, s'il se laissait aller sans réfléchir, Thranduil n'aurait aucun mal à lui trouver une faille et confirmer ce qu'il venait d'annoncer. Il fit alors sagement mine de capituler et de juguler son désir lorsqu'il imposa le calme à sa main et que, sans détacher son regard de celui du blond, il porta au visage de ce dernier pour le caresser galamment.
Jouant le jeu de l'amant concerné et dévoyé, il ne fit pas l'effort de cacher son ennui amusé lorsqu'il pétrit ses gestes et ses baisers de tendresse, lenteur et d'affection exagérée, coulant sa bouche contre la peau dans un simulacre de volupté aussi indolente que dégoulinante. Déconcerté, Thranduil leva les yeux au ciel et, cachant son désappointement, il le laissa faire en parcourant doucement son dos de ses doigts fins en soupirant d'ennui.
Aucun des deux ne tint plus de quelques minutes ainsi et, au moment où Thranduil tenta une nouvelle fois d'échanger les positions avec pugnacité, profitant de l'accalmie pour chercher une brèche, Thorin le plaqua férocement contre le matelas d'une poigne puissante, usant de son poids pour l'immobiliser tout en pourtant ses doigts à sa bouche pâle. Jamais il n'aurait pensé exigé de cette manière une telle chose à ce type dès le premier soir, exiger quoique ce soit, d'ailleurs, dans ce contexte, mais, même si, d'un côté, Thranduil était, certes, un amant fier et peu facile à dominer, difficilement passif ou obéissant, Thorin était, pour sa part, largement dominant et impérieux au lit, c'était ainsi qu'il se faisait plaisir : en prenant le contrôle et asservissant son partenaire. Plus celui-ci avait du répondant, des résistances et du piquant et plus il prenait son pied lorsqu'enfin venait la capitulation face au plaisir monstrueux qu'il se savait capable d'offrir.
Il était totalement improbable que le blond n'ait pas deviné cette facette de ses goûts malgré son inexpérience dans le domaine et, apparemment, ça ne l'avait pas fait fuir ou rebuté, au contraire. Il s'était laissé séduire bien trop facilement pour que ce ne soit pas, aussi, une réponse à un défi lancé : Thranduil serait celui qui materait le prince d'Erebor, celui qui lui imposerait, pour la première fois, des limites et des restrictions.
Sauf qu'aucun des deux n'avaient l'air vraiment prêt à faire des concessions.
Lorsque les doigts de Thorin vinrent galamment caresser ses lèvres avec une douceur qui contrastait brutalement avec la puissance de son regard, Thranduil n'eut aucun mal à comprendre ce qui était attendu de lui, mais se montra trop fier pour obéir immédiatement à l'ordre tacite.
Non pas pour l'acte en lui-même mais, surtout, pour le principe de ne rien lui céder à la moindre sommation. Encore, ils s'affrontèrent du regard sans qu'aucun mot n'ait à être prononcé et, finalement, le blond, rentrant une nouvelle fois dans le jeu mutin et affectueux de Thorin qui faisait mine de le charmer par la délicatesse de ses gestes et de son attitude, comme un homme de manade tâcherait d'apprivoiser un impétueux cheval sauvage, Thranduil s'amusa à se montrer conquis et il abdiqua tranquillement. Non sans une discrète hésitation, il attrapa la main du plus grand en entrouvrant ses lèvres pour glisser ses doigts dans sa bouche.
Le contact de cette langue aguichante sur sa peau, conjuguée à la vue de cet impétueux prince blond concentré sur son plaisir afin de mieux préparer la suite lui donna un vertige et Thorin eut soudain l'envie d'embrasser sa peau et ses lèvres, le caresser, le prendre et lui susurrer des mots doux en même temps. Lui faire l'amour avec toute la douceur et l'attention qu'il méritait, certainement, dans une étreinte lente et sensuelle qui les étourdirait peut-être un instant, sans toutefois combler le moindre de leurs appétits.
Alors il n'en fit rien et se contenta d'approcher son visage du sien pour embrasser les mains qui tenaient la sienne, du poignet aux phalanges. Lorsqu'il estima ses doigts suffisamment lubrifiés, il la retira pour la glisser immédiatement entre les cuisses du plus jeune que, sans prévenir, il plaqua à nouveau contre le matelas d'une main ferme au moment où il le pénétrait d'un doigt pour commencer à le préparer.
Il se douta bien que, encore une fois, ce n'était pas l'acte, le problème, mais la forme, lorsque Thranduil se débattit pour se défaire de la prise qui le clouait contre le lit tout en roulant des hanches pour intensifier l'étrange chaleur que les doigts propageaient en lui. Aussi furieux que comblé, le blond gronda en attrapant fermement le poignet à la peau hâlée qui le maintenait sur le matelas :
— Lâche-moi.
— Seulement si tu changes de ton, Greenleaf.
A vrai dire, Thorin ressentit un surprenant plaisir exceptionnellement puissant enfler en lui lorsque le blond, aussi contrarié d'être ainsi soumis à sa force brute que d'en tirer une curieuse jouissance qui le prenait au dépourvu, chercha à se soustraire à lui sans pour autant le fuir ou le repousser. Simplement se dérober pour mieux reprendre le dessus et lui interdire formellement, à nouveau, de le dominer d'une quelconque manière. Mais puisque Thranduil refusait de le reconnaître comme celui qui gouvernait l'étreinte, Thorin estimait qu'il n'avait pas d'autre choix que de s'imposer pour s'emparer lui-même de ce rôle que cet exaspérant blond ne voulait pas lui donner.
Comme ivre de plaisir, il intensifia son emprise, se penchant sur lui pour l'immobiliser de son poids tout en amplifiant l'action de ses doigts et, étourdi par la volupté, il s'empara des lèvres de Thranduil qui appréciait peu sa contrainte.
Ce baiser fut le plus furieux, intense et embrasé qu'ils n'avaient jamais partagé ensemble, que Thorin n'avait jamais partagé avec qui que ce soit. Dominé physiquement, le blond n'en était pas moins totalement féroce et indompté et ce fut avec fougue qu'il embrassa ses lèvres en réponse durant un long moment, soupirant au rythme des doigts qui le préparaient, agressif et ne cédant rien, puis le mordant sans pitié lorsque Thorin retira ses doigts pour le pénétrer, enfin, avec une délicatesse qui contrastait fortement avec son attitude.
Incapable de se passer de cette délicieuse agressivité qui lui faisait complètement tourner la tête, le brun réajusta sa prise de manière à lui attraper les poignets qu'il appuya sur le matelas, au dessus de la tête de Thranduil, qui ne sut s'il devait s'indigner de ce traitement ou bien souffrir de l'intrusion du brun qui prenait possession de lui. Totalement privé de ses mouvements, assailli par une multitude de sensations aussi puissantes que contradictoires, douleur, plaisir, inquiétude, passion… le blond ne put qu'enrouler furieusement ses jambes autours de la taille du plus grand qui ne perdit pas de temps pour imposer son pas en se délectant de la situation autant que du brasier qui rugit en lui alors qu'il assouvissait son désir si longtemps contenu.
Sous lui, son jeune amant se tordait et s'arquait en gémissant d'une voix aussi grave que sublime. Bien que soumis par la force de Thorin qui déchainait sur lui sa possessivité, sa passion, sa volonté et son appétit enfin débridés, Thranduil n'était ni conquis, ni asservi et encore moins docile. Son regard noyé pourfendait celui, absolument comblé, du plus vieux qui était incapable de détourner les yeux, conscient que, s'il ne l'avait pas encore franchi, il approchait très dangereusement de la limite.
Thranduil lui donnait pourtant bien plus que ce qu'il n'aurait jamais espéré recevoir de lui, il le savait. Pourtant, il se montra incapable de ne pas continuer ainsi, de s'interdire d'intensifier sa prise sur ses poignets pourtant abîmés par les maléfices de Saroumane tout en amplifiant son rythme sans même se soucier de savoir s'il était prêt pour cela.
Une alarme sonnait en lui, martelant que Thranduil n'était pas à abuser de cette manière, qu'il le regretterait sans aucun doute dans un futur très proche, s'il survivait à un futur proche. Mais c'était si bon. Même dans ses fantasmes, tous concernant le blond depuis la première fois qu'il avait posé les yeux sur lui, il ne s'était jamais autorisé à se montrer si exigeant et dominateur. D'ailleurs, avec personne, jusqu'à maintenant, il n'avait tiré ce genre de plaisir, brutal et piquant, celui de prendre possession de l'autre de cette manière peu subtile. D'ordinaire, il préparait le terrain pour faire en sorte que ses amants le supplient de les prendre et n'aient plus le moindre esprit d'initiative dans ses bras, ce que Thranduil n'aurait jamais fait et ne ferait jamais, pas même dans ses rêves les moins chastes.
Ceci dit, il n'avait jamais eu personne comme Thranduil non plus.
Aucun de ses amants ne s'était jamais abandonné dans ses bras sans la moindre condition tout en remettant furieusement son autorité en cause et s'affirmant aussi sauvagement face à lui, au point qu'il s'inquiète d'avoir dépasser une quelconque limite. Au point que chaque mouvement, chaque seconde qui passait, il se demandait qui prendrait le dessus à la suivante et s'il ne deviendrait pas lui-même victime d'une tempête trop puissante pour être jugulée sans y laisser des plumes.
Le regard pourtant chargé de plaisir et d'adoration qui était agrippé au sien était clair à ce sujet : c'était à un jeu dangereux qu'il se livrait.
Un danger qui se répandait sous sa peau comme un puissant et délectable venin électrique et qui faisait battre son cœur avec ardeur.
Faire l'amour avec Thranduil était dangereux, ça, il l'avait comprit dès le premier baiser échangé avec lui. Mais ça l'était plus encore si l'on le privait de ses actes, qu'il se trouvait entravé et livré à la merci d'un amant aussi ardent qu'intransigeant. Un danger exquis qui interpellait ses quelques sens encore endormis, ceux qui s'éveillaient d'ordinaire seulement à la guerre et non au lit. Ces même sens qui vagissaient lorsque le danger devenait synonyme de mort imminente… Et c'était tellement bon qu'il se sentait presque suffoquer…
Thranduil avait beau apprécier ce qu'il se passait, il était claire que la domination du brun n'était que tolérée et qu'au moindre écart, abus ou signe de faiblesse, ce jeu prendrait une toute autre tournure que Thorin ne voulait surtout pas connaître.
Il l'avait déjà vu combattre, il avait déjà éprouvé sa force… Il était donc parfaitement conscient que, s'il le voulait, le fils d'Oropher avait le potentiel de le déchiqueter à mains nues… Pourtant, il ne le faisait pas et n'essayait même plus de reprendre le dessus. Il s'assurait juste que Thorin soit extrêmement conscient que, malgré son ascendant sur le plus jeune, il n'était pas le maitre incontesté et que tout ce qu'il se passait actuellement ne se passait que parce que Thranduil le voulait bien. Tout comme il était clair que, s'il lui en laissait l'occasion, le blond ne se priverait pas de chercher à nouveau la maitrise de l'étreinte pour tenter d'écraser l'orgueil et l'impudence du plus vieux à son tour.
C'était si bon, mais pas encore assez pour Thorin, peu sage de nature, qui, se sentant défié par cet homme qui lui résistait tout en lui cédant ses caprices en même temps, prit les deux poignets dans une seule main pour s'emparer fermement du menton de Thranduil de l'autre. Plantant son regard dans le sien, il regarda comment la pupille se voila lorsque, intense, il rompit son rythme, le modifiant pour favoriser la lenteur et la profondeur à l'ardeur. Se sentant à bout, étourdi et comblé au delà des mots, il admira le visage qu'il tenait d'une poigne avide, aussi fier et éprouvé qu'il était baigné dans l'extase et la jouissance. D'une voix rauque, il remarqua, approfondissant son rythme plus encore :
— C'est comme ça que tu aimes… Thranduil…
Il reçut un regard déstabilisé en réponse et, s'enfonçant toujours plus en lui, dans une lenteur éprouvante, il justifia sans lâcher son visage, incapable de laisser à Thranduil cette fierté qui, pourtant, l'avait fait fondre au premier abord :
— Ressentir ma force… Te retrouver tellement dominé que tout ce qu'il te reste à faire, c'est apprécier et te laisser aller sans avoir à justifier quoique ce soit…
Sans aucune surprise, le regard de Thranduil se trouva soudain mêler autant d'une fureur bafouée que d'un plaisir qui s'intensifia plus encore lorsque Thorin changea à nouveau de rythme sans lui laisser le temps de répondre. Désirant lui donner tord et clarifier les choses, le blond recommença à se débattre tout en veillant à s'accorder aux mouvements du plus vieux qui intensifia sa prise sur le menton et les poignets pour le garder plaquer contre le matelas et le prendre avec plus de passion encore, les étourdissant tous les deux. Thranduil était, certes, plus agile et plus souple, mais Thorin était, tout simplement, bien plus fort et avait l'avantage de la position, qu'il usa pour garder le contrôle, fier de démontrer à son amant qu'il était bel et bien le souverain de l'étreinte pour cette nuit-là.
Alors Thranduil s'immobilisa, presque, seul son corps ondoyait en réponse au rythme du brun qu'il accueillait en lui avec un nouveau soupir de délice à chaque fois plus profond, ses épaules plaqués sur le matelas par la force brute et le poids de son amant. Toutefois, trop fier pour laisser passer une telle chose, il se contenta de lancer un bref regard à Thorin, qui sut, à cet instant, avoir trouvé la limite de la bienséance que lui avait, jusqu'ici, accordé le fils d'Oropher.
S'il faisait un pas de plus dans cette direction, les choses ne se passeraient plus si bien… Thranduil n'avait même pas besoin de le dire à voix haute, toute la tension contenue de son corps et la puissance de son regard le mettaient en garde à ce propos. Si Thorin ne le lâchait pas et ne lui rendait pas un minimum de liberté d'action dans les prochaines secondes, tout cela cesserait immédiatement et le jeu n'en serait plus un.
Peut-être sa lucidité s'était réellement évaporée sous la puissance des émotions et sensations soulevées par ce corps qu'il imprégnait du sien, ou peut-être en avait-il réellement envie, de se promener allègrement sur cette limite en faisant très attention de ne pas la franchir, néanmoins, Thorin ne se posa pas la moindre question lorsque, déplaçant la main qui tenait le visage de manière à la poser sur la gorge palpitante qu'il pressa avec une affection teinté de menaces, il vint mordre la nuque avec avidité avant de souffler contre son oreille :
— Moi j'aime ça… Prendre possession de tes sens… Sentir tes résistances et les bafouer tout en voyant de quelle manière tu laisses le plaisir te submerger sans lui résister… T'imposer mon désir tout en saturant le tien… Abuser et outrager ton corps encore et encore et savoir que tu ne me repousseras pas, car jamais personne avant moi ne s'est ainsi imposé à toi de cette manière… Jamais personne ne le fera, parce que je suis le seul à pouvoir te tenir tête de cette manière… Et je sais que tu aimes ça comme ça toi aussi…
En réponse, Thranduil parvint à dégager une main qui fusa vers l'épaule de Thorin qu'il agrippa pour l'attirer à lui, le griffant au passage. Le baiser qu'ils échangèrent leur donna l'impression d'entrer en combustion et, finalement, le prince d'Erebor lâcha son amant pour s'appuyer sur le lit et le prendre avec plus d'ardeur alors qu'il sentait la jouissance enfler en lui, la tête bourdonnante et le sang en ébullition. L'orgasme prit d'abord Thranduil, qui entraina Thorin dans son sillon.
Il s'assouvit en lui, surprit, à nouveau, de ressentir en plus de la passion un étrange plaisir coupable et fulgurant, celui de se savoir victorieux et conquérant sur cet homme convoité et difficilement accessible, au point de venir en lui. Un plaisir qui le régala et qui se diffusa dans ses veines, se noyant dans cet ouragan des sens qui, doucement, laissait l'accalmi prendre le pas sur le chaos.
S'immobilisant au dessus de Thranduil, il échangea avec lui un long regard satisfait et ravi, récupérant son souffle et ses pensées puis, avec un naturel qui le surprit, il s'allongea sur le plus jeune, conscient qu'il n'aurait aucun mal à supporter le poids de son corps un bref instant. Le temps d'une étreinte aussi douce que tendre, contrepied total de l'attitude qu'il venait d'avoir pendant l'acte, qu'il lui offrit en plongeant son visage dans le creux de sa gorge. Il passa un bras sous la crinière blonde pour soutenir la tête de Thranduil qui s'appuya sur lui et laissa l'autre main caresser doucement les flancs encore essoufflés, avec une dévotion et une prévenance qu'il n'avait encore jamais ressenti pour personne.
Il n'était pas d'un naturel à chercher l'affection après la passion, et il ne pensait pas se tromper en estimant qu'il en allait de même pour Thranduil, pourtant, ainsi pressé contre lui, ses jambes emmêlées aux siennes, les bras du blond fermés sur sa taille et son menton posé contre l'épaule blanche marquée de ses lèvres, il eut la conviction que là était sa place. Toutefois, l'étreinte fut brève car, inquiet de ne pas l'écraser, il roula sur le côté pour s'installer sur le dos, incapable néanmoins de retirer ses doigts qui continuèrent de caresser sereinement toute peau à sa portée.
— Tu es un barbare, Thorin.
— Et toi, tu es exceptionnel…
Il aurait dû s'en rendre compte plus tôt, mais rien de mieux qu'un mot doux susurré avec ferveur en le regardant avec amour pour désamorcer la bombe. Ou pas.
Se redressant, Thranduil s'accouda contre lui pour le surplomber, la sévérité de son regard jurait étrangement avec cette lueur aussi satisfaite que radieuse qui dansait au fond de ses pupilles et, immobile, Thorin ne broncha pas lorsque le plus jeune montra les dents :
— Ca se passe toujours comme ça ?
— Tu ne savais pas ? Personne n'a donc eu le temps de te parler des abeilles et des fleu-
Sans chercher à comprendre le sens de la question, il lui avait répondu d'un ton aussi taquin que condescendant et l'autre se braqua :
— Je veux dire… Avec toi ?
— Non… Je te l'ai déjà dit : Toi, tu sors du lot. Tu as aimé ?
La question ne se posait pas. Parce que, de une, jamais le blond ne lui répondrait à l'affirmative, juste pour le principe, de deux, si ça ne lui avait pas plu ou, pire, s'il avait quelque chose à reprocher à Thorin, ça aurait été déjà exprimé de manière plus ou moins délicate. Ils échangèrent un regard et, mutin, le brun se permis de lui envoyer un petit clin qui amena Thranduil à lever les yeux au ciel:
— Tu es épuisant… Tu sais ça ?
Thorin haussa un sourcil entendu. A vrai dire, il s'épuisait tout seul en permanence mais, pour le coup, il sentait une douce torpeur alourdir son corps, mais il contesta :
— Pas plus que toi… Tu m'as exténué…
Thranduil ne répondit pas mais Thorin entendit sans mal le mesquin « Bien fait » qu'il pensa un peu trop fort. Toutefois, avant qu'il ne rétorque quoique ce soit, le blond enchaina :
— Tu m'avais dit que ce n'était pas le défi que tu recherchais dans une relation, or, j'ai l'impression que tu vis ça comme un champs de bataille… A moins que tu n'en fasses une affaire personnelle contre moi…
Tient tient… Thranduil n'était, d'ordinaire, pas si facile à faire parler, quelque soit le sujet et il se braquait si facilement que lui soutirer plusieurs phrases à la suite dans une conversation relevait du génie… Donc Thorin fut ravi de constater que ce genre de chose suffisait à lui délier la langue, même si, comme d'habitude, c'était pour des reproches et, sans cesser ses caresses sur le flanc, il opina sur le ton de l'évidence :
— Effectivement… C'est toi qui me fais cet effet là… J'aime te confronter et, de plus, j'ai la sensation que te brider est la meilleure manière de... Exploiter ton potentiel...
Il lui envoya un nouveau clin d'œil et enchaina avant que Thranduil ne fasse par de son indignation:
— Mais chiale pas, je suis certain que tu n'es pas ce genre de mec à qui l'on susurre des mots doux pendant une heure tout en le cajolant et lui assurant qu'il est la huitième merveille du monde…
— De toute manière, même si c'était le cas, je ne pense pas que tu sois ce genre de mec à te répandre de la sorte… Ou alors, tu aurais choisi quelqu'un d'autre que moi…
— Donc tu n'aimerais pas que l'on te susurre des mots doux et que l'on te cajole avec douceur et amabilité… J'avais un doute au début, mais dorénavant, cela me semble assez clair…
Au dessus de lui, Thranduil haussa un sourcil, avant de répondre d'une voix provocante :
— La seule chose que j'aimerai, si jamais tu commençais te répandre en mièvrerie face à moi et d'agir envers moi en mélangeant tendresse et langueur, c'est de me savoir celui qui a fait de toi une larve…
— Donc, tu aimerais… Seulement si c'est moi…
Levant quelques doigts pour caresser le creux du biceps bien dessiné, Thorin lui envoya un sourire taquin auquel Thranduil répondit d'un regard blasé en assurant d'une voix plus basse, assurée :
— Un jour, je t'entendrai me dire que je suis la huitième merveille du monde, Thorin Durïn, tandis que tu embrasseras mon corps avec douceur et amabilité…
— Si tu ne t'endors pas avant…
Ils partagèrent un sourire amusé et machinalement, il enroula son bras autour des épaules de son amant. Gentiment, il l'attira contre lui en soupirant d'aise et ajoutant tranquillement :
— Si tu me dis que tu ne me quitteras pas tant que tu n'as pas entendu ça, alors sois certain que jamais je ne le dirai…
— Serait-ce encore l'une de tes promesses déguisées ? Simplement dire que tu ne comptes pas te chercher une autre personne que moi t'est trop difficile ?
— Parce que tu es imperméable aux mièvreries… Et si tu aurais voulu entendre ce genre de chose, tu aurais choisi un autre que moi et tu m'aurais repoussé à ma première tentative…
— Ce que j'avais fait…
Calé contre lui, son attitude sereine et apaisée jurant étrangement avec le petit volcan en furie qu'il venait d'être, Thranduil lui parlait sur le ton de la conversation et Thorin, qui avait craint devoir essuyer quelques preuves de susceptibilité après ce qu'il venait de lui faire subir, adora cette faculté qu'il lui découvrait, celle de passer aussi facilement du magma en fusion à la braise couvante. Il n'avait jamais vraiment apprécié s'attarder avec ses amants précédents, certes, mais, étrangement, ou pas, cette perspective de nombreuses discussions après l'amour avec Thranduil le ravit et il insista :
— Tentative de flirt évidente, je parle, pas de mes multiples et vaines tentatives d'approche cordiale dans le cadre professionnel…
— Tentatives d'approche cordiale… Nous ne devons pas avoir la même définition du terme.
— Part sur ce sujet et je te ferai savoir que toi, tu es ma définition même tu terme « Mauvaise foi ».
— Si tu estimes que moi, je suis de mauvaise foi, alors je ne saurai que dire à propos de ton orgueil aveugle…
Il avait répondu du tac au tac, amusant franchement Thorin qui affermit sa prise sur ses épaules en retenant un rire conquis :
— Dit ce que tu veux, Thranduil… J'aime quand tu me parles…
La répartie inattendue eut le mérite de moucher le blond qui ouvrit la bouche, sans savoir quoi ajouter et il soupira simplement contre son torse :
— Quelle grande gueule tu as, Thorin Durïn…
Allongé sur le dos, Thorin ne réprima pas un sourire charmé et il susurra en fixant le plafond :
— Ne le dis pas sur ce ton, 3ème grade Greenleaf.
— Sinon ?
— Sinon cela confortera mes soupçons comme quoi c'est justement pour cette grande gueule que tu as succombé à moi…
— Je dois vraiment me justifier ? Ou bien as-tu seulement envie de m'entendre dire que tu ne me laisses pas indifférent ? Au cas où tu ne l'avais pas encore compris…
— Si tu pouvais illustrer tes actes avec tes mots, j'apprécierai.
Thorin avait toujours estimé qu'il n'était pas un grand romantique et il appréciait peu de s'épandre en lyrisme, surtout pas pour séduire. Mais il avait toujours eu le mérite de dire franchement les choses et de ne rien cacher de ses sentiments. Alors il commençait à se demander si Thranduil n'était pas pire que lui de ce côté-là et, curieux il le taquinait sans vraiment y croire. Le blond certifia ses doutes lorsque, évinçant la demande, il exigea à son tour :
— Toi d'abord… Tu m'as toujours tourné autour malgré mes efforts pour te faire renvoyer d'où tu venais…
— Justement… A la faction Alvarienne, dans le cadre du travail, tu me faisais constamment comprendre que tu ne voulais pas m'y voir… Toutefois, quand j'ai commencé à flirter avec toi, tu m'as laissé faire… Ne me fais pas croire que tu n'avais pas compris l'idée, j'estime avoir été assez clair dès le début et tu ne sembles pas être le dernier des manchots de ce côté-là, finalement. Tu sais très bien quel effet tu faits sur les types comme moi malgré les airs innocents que tu te donnes… Donc si ça ce n'était pas une porte grande ouverte, je ne vois pas ce que c'est…
— De une, j'ai rencontré peu de type comme toi, voire jamais. De deux, je ne pouvais croire que tu étais sérieux… J'estimais que tu prenais ça comme un jeu, voire une arme pour-
— Mauvaise foi… Tu savais très bien que j'étais sérieux… Pourtant, à aucun moment tu ne m'as repoussé comme tu le faisais dès que je tentais de faire avancer les dossiers sur l'Arkenstone ou le prête de Morgoth… Alors dis-le.
— Que je dise quoi ?
— Que c'est pour ma grande gueule, mon orgueil et mon obstination que tu as succombé… Parce que tu attendais quelqu'un comme moi pour que tu puisses enfin t'abandonner et te perdre tout en sachant pertinemment que tu serais rattrapé et soutenu. Parce que seul face au monde entier, tu n'aurais pu tenir encore très longtemps…
Thranduil lui répondit par le silence. Foutue fierté…
C'était une évidence pour Thorin. C'était, justement, parce que Thranduil l'avait choisi, lui, comme amant, voire même, osait-il le croire, comme compagnon, qu'il pouvait se permettre de rester lui-même sans avoir à modifier son attitude ou dompter ses désirs ou ses paroles. Il le savait parce que c'était dans ses bras à lui que Thranduil s'était laissé tomber, dans tous les sens du terme. Si jamais Thranduil s'en était remis à une autre personne ou, tout simplement, s'il l'avait repoussé, Thorin n'aurait jamais vu cette légère fissure en lui, cette faille que seule une personne comme l'orgueilleux prince d'Erebor avait le pouvoir de combler. Que le blond s'en soit remis à Thorin, et à personne d'autre, ce n'était pas anodin. Car choisir un type comme celui-ci quand on était un type comme Thranduil, ça n'était pas anodin. L'on pourrait penser, au contraire, que, comme Oropher, le fils se suffisait à lui même, se servait sans vergogne s'il était question de plaisir charnel et dédaignait tout rapport affectif avec qui que ce soit car peu intéressé par les autres. Egoïste, en somme.
Mais Thranduil, de tous, avait choisi Thorin. Le seul qui pouvait lui tenir tête et même le surplomber. Le seul qui se tenait entre lui et l'attention de son propre père. Le seul qui lui faisait de l'ombre à l'agence et le seul dont le rôle, en tant qu'héritier, supplantait celui de Gardien dans la hiérarchie d'Erebor.
Thranduil aurait pu avoir n'importe qui, il aurait pu dompter n'importe qui et asservir n'importe qui. Il avait pourtant pris le seul contre qui il devrait batailler sans cesse pour affirmer sa volonté et ses choix, voire, même, pour restreindre ceux de l'autre et s'y opposer, malgré l'affection mutuelle qui grimpait de manière exponentielle entre eux.
Thranduil s'était laissé séduire par le seul qui était assez fort et fou pour le dominer sans lui laisser la moindre chance, celui qui ne semblait pas avoir l'intention de faire la moindre concession mais qui, paradoxalement, était prêt à tout pour le garder près de lui. Le seul qui avait la prétention de le soumettre au lit. Et d'y survivre.
Donc, de ce fait, Thorin savait que, quoi qu'il fasse, Thranduil apprécierait ses initiatives et sa manière d'être car c'était aussi ce qu'il voulait de lui, sinon, cela aurait fait un moment qu'il se serait baladé de bras en bras de pauvres types ou filles incapables de lui refuser quoique ce soit à cause de cette gueule si belle et ce regard si puissant.
Si même Thorin se sentait prêt à tout pour ces yeux-là, il n'avait aucun doute que Thranduil avait, plus ou moins sciemment, brisé bien des cœurs avant de capturer le sien.
Même si, techniquement, il avait largement dominé le fils d'Oropher durant l'acte, Thorin, lucide, était parfaitement conscient qu'une telle étreinte n'avait été possible seulement parce que Thranduil l'avait bien voulu et que, en réalité, le blond était resté l'incontestable maitre de leurs ébats… Sans même avoir fait mine de diriger ou bien de contrôler, il était celui qui avait permis à Thorin de prendre physiquement l'avantage, tout en lui imposant un cadre à ne pas dépasser, il l'avait rappelé subtilement à l'ordre lorsque le brun avait tout de même tenté de déborder puis, tout simplement, s'était totalement abandonné à Thorin quand il était devenu clair que ce dernier acceptait de ne pas outrepasser les limites données.
A aucun moment, aucun, il ne l'avait reconnu comme son souverain, son maitre et encore moins son alpha.
Et, pourtant, jamais Thorin n'avait pris autant de plaisir dans les bras d'un autre car il s'était, enfin, trouvé un égal.
En plus de tout ce qu'il s'était passé jusqu'à maintenant et des révélations diverses qu'il s'était pris à la figure à propos du jeune blond, entre son lien avec Oropher ou bien celui avec la pierre, il n'avait absolument plus aucun doute sur la raison pour laquelle il avait craqué si furieusement sur lui, ni pourquoi Thranduil ne s'était jamais montré insensible à ses avances, auxquelles il avait cédé avec très peu de réticences, finalement. Après ce qu'ils venaient de partager, il avait la conviction que leur caractère, personnalité, attentes et volonté s'emboitaient parfaitement ensemble. Rien qu'au lit, comme en conversation, c'était comme une danse, une bataille, sauvage et bestiale, dans laquelle ils trouvaient tous les deux leur compte.
Il avait très bien compris que la tolérance de Thranduil avait une frontière à ne surtout pas entamer mais, finalement, il avait bien vu, ce soir, que la marge était belle avant qu'il ne s'y confronte. Et ce serait plus puissant encore lorsque Thranduil commencerait à véritablement connaître son corps, ses gouts, et ses désirs ainsi que ceux de Thorin…
Ce dernier n'aurait, alors, plus aucun scrupule à se laisser totalement mener ou bien le confronter franchement, pour lui procurer un maximum de plaisir et cette simple idée lui donna un coup de chaud.
Ils restèrent enlacés un moment, avant que Thranduil ne grimace en se redressant, ses longs cheveux lisses chatouillant le flancs du brun :
— J'ai vraiment besoin d'une douche, je crois…
Effectivement, entre les combats du début de soirée et ce somptueux final, Thorin trouva l'idée très bonne et il se redressa à son tour lorsque le blond descendit du lit pour se rendre dans la salle d'eau adjacente. Il le suivit des yeux en portant, sans même le cacher, une attention particulière à la manière dont les délicats muscles courbés de cette splendide chute de rein dévoilaient, à la lueur de la pénombre, deux fossettes marquées en bas du dos. Thorin les adora immédiatement et, se détournant lorsque ses yeux accrochèrent quelques cicatrices anciennes qui tranchaient sur la peau pâle du dos, il se promit que ces creux appétissants porteraient la marque de ses baisers avant l'aurore.
— Je t'accompagne.
Récupérant son téléphone pour vérifier ses messages et répondre à un bref SMS de Kili, peu loquace, qui assurait simplement que Fili était en sécurité et qu'il comptait rester chez les Sang-Dêchoirement encore un moment, le brun se dirigea ensuite vers l'habitacle de la douche que Thranduil avait déjà allumée. Lui qui se pensait déjà rassasié, la simple vue du plus jeune en tenue d'Adam, la gorge et les épaules marquées de ses soins et offert à l'eau qui ruisselait sur son corps comme ciselé par un orfèvre de génie, il sentit tout son sang virer au Sud et, cédant à la tentation, il le rejoignit en prenant soin de refermer la porte derrière lui. A peine surpris de le sentir arriver dans son dos, Thranduil résista pour la forme mais, lorsque le plus vieux l'attrapa par les hanches pour le plaquer sans sommation face contre la vitre, sous l'eau tiède qui tombait sur leurs deux corps intimement enlacés, il fut, encore une fois, confronté à cette puissance brute qui dominait largement la sienne. Toutefois, malgré la position qui laissait pleine maitrise à Thorin, le blond se montra extrêmement réceptif et s'abandonna avec délice, ravi de laisser celui qui le protégeait du monde entier démontrer avec fougue et impétuosité que lui succomber avait été le bon choix.
oOo
Merci d'avoir lu !
Prochain chapitre, on retrouve Kill !
(je crois que celui-ci est le plus long Lemon que je n'ai jamais écrit...)
