— Non. Il n'y a rien de plus que je puisse faire maintenant… Le simple fait que je sois en vie suffit pour contrer l'appel de Saroumane…
— Dans ce cas, quel est le problème ? Qu'espère-t-il avoir en pénétrant à nouveau dans le sanctuaire ?

A la réponse impatience d'Oropher qui trépignait de ne pas rejoindre Thorin et Daïn, Thranduil fit la moue et cracha avec véhémence :

— S'il ne peut s'emparer de la pierre, il peut encore la souiller ou la corrompre… Et puis…

Il serra les lèvres, le regard fuyant, mais son père, appuyé contre le mur face à lui, les bras croisés sur la poitrine, fronça les sourcils et demanda sèchement :

— Et puis quoi ?

Thranduil lui renvoya un regard noir, avant de répondre méchamment :

— Et puis s'il a décidé de passer à l'acte cette nuit, de cesser de jouer et d'agir maintenant pour nous mettre en échec, alors ma mort avant l'aube fait parti de son plan.

Oropher, sans lui reprocher son insolence, darda sur lui un regard grave, mais Thranduil se leva pour lui tourner le dos en continuant sur le même ton :

— Si Saroumane se trouve dans le sanctuaire au moment où la vie me quitte, alors il sera le maitre de l'Arkenstone et la partie sera gagnée pour lui. Il ne lui restera plus qu'à tuer Daïn et Thorïn, récupérer Fili et le poser sur le trône pour en faire son pantin, mort ou vif.

— Il ne peut se dédoubler et, dans cette zone, il est certainement celui qui représente pour moi la plus grande menace, sans pour autant me surpasser… Tu es à l'abri tant que tu restes à mes côtés.

Le soupir que poussa Thranduil était parfaitement audible et il se rassit en maugréant :

— Si je reste à tes côtés, dis-tu ? Dans ce cas, allons ensemble les rejoindre au sanctuaire, cette inaction me tue…

Oropher souleva un sourcil mais, plutôt qu'obtempérer, il s'assit face à son fils en répliquant froidement :

— Il en va de même pour moi. Mais ta sécurité prime sur l'ennuie. Nous resterons ici.
— Qu'est-ce que ça peut te faire, à toi ? Le seul que tu considères comme ton fils est peut-être en danger de mort actuellement, tu te fous de cette ville et de son devenir et je sais bien que ma simple présence t'afflige autant que la tienne m'étouffe…
— Tu ne sais rien de ce qui m'afflige, Thranduil…
— Ho que si, tu as su te montrer extrêmement clair à ce propos durant toutes ces années où j'espérais encore te rendre fier…
— Je t'ai déjà dit que-
— C'est trop tard. Quoique tu ais l'intention de dire pour clôturer cette phrase, c'est trop tard, papa. Maintenant, si tu le permets, je vais aller ruminer mon ennui dans la pièce d'à côté. Un mur entre nous deux est tout ce dont j'ai besoin pour l'instant.

Pinçant, Thranduil n'ajouta rien et, son regard glacial mettant son père au défi de le retenir, il sortit de la pièce, attrapant au passage une bouteille de grand cru sur le buffet. Sortant son téléphone de sa poche, il s'adossa au mur du couloir adjacent, pas assez fou, non plus, pour s'éloigner de trop de la sécurité de son père au vu de la situation actuelle. Il vérifia ses messages avant d'envoyer un rapide texto à Thorin. Il savait qu'il n'y avait pas le moindre réseau dans les souterrains qui menaient au sanctuaire, mais, pour le principe, il lui donna l'ordre de revenir au plus tôt avec la pierre. Même de là où il se trouvait et ainsi dépossédé de son pouvoir, il pouvait sentir quelle était la main qui se posait sur le socle et il avait promis à son amant que, pour lui, l'Arkenstone se donnerait sans se faire prier.
Débouchant la carafe favorite de son père, il en bu quelques gorgées à même le goulot et retint un sourire lorsque la réponse de Thorin lui parvint. Il n'était donc pas encore au plus profond des souterrains et trouvait le temps de lire et écrire des messages malgré la situation. Il lui demandait combien de temps il avait tenu avant d'envoyer son père voir ailleurs. Ce connard le connaissait si bien… Conscient que personne ne pourrait témoigner de ce sourire conquis qui étira ses lèvres fines lorsqu'il prit son téléphone en main pour répondre à ce type dont il ne pouvait déjà plus se passer, il ne chercha même pas à le contraindre. Toutefois, un bruit, infime, à l'étage inférieur capta son intention à ce moment.

Rangeant immédiatement son téléphone, il se redressa, posant la carafe au sol en silence et, immédiatement rejoint par son père dont les sens étaient, eux aussi, aiguisés à l'extrême, il dégaina sans le moindre geste superflu.
De mauvaise grâce, il obéit lorsque le plus vieux lui fit signe de rester en retrait et, le suivant de près, il descendit derrière lui, les sens à l'affut.

Le rez-de-chaussée semblait pourtant vide de la moindre menace. Oropher prit contact avec ses équipes de gardes à l'extérieur, mais aucun ne rapporta le moindre fait suspect. En apparence il n'y avait, effectivement, rien à signaler, pourtant, ni Thranduil, ni son père, ne semblaient en être certain tandis qu'il scrutaient le jardin plongé dans la pénombre.

— Peut-être a-t-il, enfin, réussi à convaincre Smaug de se battre à ses côtés… Les Pyrothanes sont bien plus discrets et doués en infiltration que les Raa'z…
— Non. Je me suis personnellement occupé de Smaug, il n'est plus une menace pour l'instant.
— Pour l'instant ?
— On ne peut rien prévoir sur le long terme, avec lui.
— Tu aurais du nous laisser le tuer.

Condamnant, Thranduil lui tourna le dos pour rentrer mais Oropher se justifia en le suivant :

— Tu comprendras plus tard qu'il a, lui aussi, son rôle à jouer, et-

Il s'immobilisa sans finir sa phrase, si bien que, à son tour, Thranduil s'arrêta pour lui lancer un regard intrigué. Le plus vieux, le sens en alerte, resta attentif au moindre bruit venant de dehors, avant de souffler d'une voix sans appel :

— Retourne à l'étage.
— Je ne suis pas un chien que l'on revoit sans-

Mais il ne put terminer sa phrase. Dans un mouvement fluide et agile, Oropher se jeta sur lui pour le plaquer au sol au moment où une déflagration puissante suivi d'une explosion assourdissante lui martela les tympans. Avec une vivacité féline, le plus vieux se jeta immédiatement sur ses pieds, sa lame ancestrale en main. Thranduil fut debout près de lui tout aussi tôt, deux épées aiguisées dans chaque main :

— C'est l'aile Est. Mais je suppose que ce n'est qu'une diversion, nos ennemis sont-
— Je sais. Reste avec moi.

Sans lui laisser le temps de finir, Oropher attrapa son fils par le bras pour le forcer à s'éloigner de la fusillade qui commença aussitôt entre ses propres gardes et les intrus.

— C'est pour toi qu'ils viennent. Donc, pour une fois, tu vas sagement laisser les autres régler le problème à ta place.

Sans lui laisser le temps de lui répondre, il l'entraina à l'étage et, se débattant, Thranduil se défendit :

— Pour une fois ? Ca fait des jours que ça dure et que je ne suis bon qu'à attendre ! Surtout que tu sais aussi bien que moi que tu es visé autant que moi !
— Sauf que moi, je ne suis pas aussi indispensable que toi…
— Te la joues pas humble aujourd'hui… Sans toi, Thorin n'a aucune chance de maintenir Erebor à flot et il le sait… De nous deux, tu es celui qui lui est le plus essentiel…
— Ce n'est pas l'impression qu'il donne lorsqu'il te regarde…

Sèchement, sans attendre de répartie, il le poussa dans son bureau, une salle aux fenêtres et à la porte blindées que, sans autre forme de procès, il ferma à double tour. Outré, Thranduil se jeta contre la porte au moment où la serrure fut verrouillé :

— Oropher ! Par les Valars, quand accepteras-tu enfin de me voir à ma juste valeur ! Je sais me défendre, connard !

Furieux, il shoota dans le mur et la voix de son père, froide et implacable, lui répondit tandis qu'il s'éloignait vers les combats :

— Il n'est pas question de ça et tu le sais, Gardien. Tu es une pièce trop importante dans cette lutte pour que je te laisse courir le moindre risque.
— C'est tout ? C'est donc simplement à ça que je me résume à tes yeux ?

Il avait hurlé contre la porte, mais ne reçu aucune réponde et, de rage, il martela le faux bois qui décorait le métal d'un poing furieux.

La douleur ne fit que décupler sa colère et, comme un fauve en cage, il fit plusieurs fois le tour de la salle pour trouver une issue tandis que, tout autour de lui, le bruit des fusillades prenait de l'ampleur.
Se calmant peu à peu, il attrapa son téléphone, mais leurs assaillants étaient certainement équipés de brouilleurs d'ondes, car il ne captait pas le moindre réseau.
Grinçant des dents, se sentant fou à cause de son impuissance au sein d'une situation qui pouvait très gravement dégénérée, il tenta de s'en prendre à nouveau aux ouvertures, se sentant bien plus vulnérable ainsi enfermé dans une salle close que s'il était sur un champ de bataille.
Toutefois, il s'avéra rapidement qu'il n'avait pas la moindre issue, donc, à la place, il entreprit de fouiller l'intégralité de la salle pour récupérer toutes les armes que son père y avait caché. Ce fut une sacrée collecte qu'il parvint à rassembler, des poignards effilés de collection aux armes à feu sophistiquées, il s'arma de ses favorites en se jurant qu'Oropher ne les récupèrerait pas si facilement.

Etudiant le bureau, il retrouva aussi, parmi les papiers officiels qu'il eut la curiosité de feuilleter rapidement, son propre acte de déshéritage, signé de la main de son père, la sienne et le notaire. Avisant la date, il se souvint que, à ce moment, il n'avait même pas encore passé la majorité, encore un enfant… toute l'implacabilité, la froideur et l'exigence de son père lui revint et, de rage, il épingla la feuille sur le bureau, bien en apparence, d'un poignard unique en feuille de Lune qui transperça le marbre jusqu'à la garde.

Ce fut à ce moment que, malgré le tumulte des combats à l'extérieur, il entendit, presque silencieux, des pas dans le couloir. Très légers sans être furtifs, assurés mais pas précipités, Thranduil sentit un drôle de sentiment, entre peur et curiosité, croitre en lui.
Les pas s'arrêtèrent face à la porte qui l'enfermait dans la pièce et, tandis que le jeune homme, une épée dans une main, un flingue dans l'autre, contournait la table en silence pour s'y adosser et faire face à l'entrée, la serrure fut non pas crochetée, mais simplement déverrouillée comme avec une clé. Sauf que Thranduil savait qu'Oropher était le seul possesseur de la clé de son bureau et, par conséquent, il se ramassa, prêt à bondir, au moment où la porte s'ouvrit.
Toutefois, son élan fut brutalement coupé lorsque l'intruse pénétra dans la salle sans la moindre agressivité dans sa démarche.
Grande, belle à se damner, de long cheveux argentés cascadant entre ses omoplates auxquelles étaient attachées deux lames de Lune. Epoustouflante, ce fut, pourtant, la jeunesse de ses traits qui interpella Thranduil.
Il ne se rendit compte qu'à cet instant qu'il avait aujourd'hui le même âge que sa mère lorsque celle-ci avait rendue son dernier soupir.
Car cette jeune femme qui avançait dans la pièce comme si elle se trouvait chez elle, il la reconnut alors qu'il ne l'avait jamais rencontré. Elle était la même que celle qui souriait à l'objectif sur les rares photos qu'Oropher gardait encore de son épouse.

Pris au dépourvu, le jeune homme se redressa, la gorge sèche et ses mains tremblantes abaissant leurs armes. Lorsqu'elle posa sur lui un regard clair et limpide, il sentit quelque chose se briser en lui et, abandonnant toute agressivité, comme un papillon dans les phares d'une voiture, il fit un pas en avant, le souffle court :

— Maman…

Elle lui sourit et il en lâcha ses armes, comme pétrifié. Il ne fit pas le moindre geste lorsqu'elle leva vers lui une main gantée dans une mitaine en cuir d'ulmar et il tressaillit quand les doigts froids glissèrent sur sa joue. Ce ne fut qu'à ce contact, qu'il sentit dénué de la moindre parcelle de vie, qu'il comprit le danger, se souvenant du tombeau vide dans la crypte de sa famille et, d'un geste fulgurant de rapidité, il bondit en arrière au moment où la lame de Lune fendit l'air à l'endroit exact où il s'était tenu.

Il n'eut à peine le temps de se réceptionner que sa mère enchaina d'un mouvement étourdissant de vitesse et d'habilité qui manqua de le faucher. Encore, il ne dut la vie qu'à sa propre vivacité et fut heureux de ne récolter qu'une longue balafre sur l'abdomen.

Il parvint à s'écarter de quelques mètres, mais, la voyant dégainer sa deuxième épée, il comprit que la suite serait extrêmement éprouvante pour lui.

Il avait déjà entendu parler de sa mère. Il était parfaitement cohérent qu'Oropher, cet homme si puissant et si exigent, ne s'était pas épris de la première paysanne venue.
Ce n'était pas seulement une farouche sylvaine experte en magie des éléments qui lui avait ravi son cœur, mais, aussi, une fière combattante qui, de son vivant, avait été l'une des rares personnes à avoir déjà battu Oropher en combat singulier.
Sans y croire, Thranduil dégaina l'épée qui lui restait. De une, faire face à une combattante, même morte, de cet acabit serait une épreuve. De deux, l'idée de porter la main sur sa mère, la seule femme qu'il se désespérait de ne pas avoir connu, lui retournait le cœur.
Pourtant, lorsqu'il se redressa face à elle, ce fut d'une voix assurée qu'il souffla dangereusement :

— Je t'ai déjà pris la vie une fois… Ne me force pas à le refaire.

Il n'eut, comme toute réponse, qu'un sifflement d'outre tombe qui lui vrilla les tympans. Lorsque sa mère l'attaqua, il ne fut pas certain de voir le mouvement tellement il était rapide et pétri de puissance. Comme il s'y attendait, elle le dominait largement. Ses attaques s'enchainaient si vite et de manière si habile qu'il pouvait à peine les parer pour sauver sa vie.
Il se retrouva très vite acculé et manqua de se faire trancher la jugulaire une première fois. Il ne dut sa vie qu'à un fulgurant réflexe et récolta une nouvelle balafre sur la gorge. Il la repoussa d'un mouvement bas appris de Thorin et enchaina d'un coup de tête qui la déstabilisa. Il vit l'ouverture et, vif, il prit sa garde à deux mains en pivotant sur ses talons.
Le bruit qu'elle fit lorsque la lame lui traversa l'abdomen, comme un hoquet d'agonie, lui arracha un sanglot mais il refusa de laisser la nouvelle marionnette de Saroumane lui prendre la vie, quelle que soit son apparence et, d'un coup de coude, il la jeta à terre.

Aucune goutte de sang ne vint éclabousser le sol, aucun souffle qui se perd ne vint clôturer le combat. Au contraire.
Thranduil fit un pas en arrière, rencontrant à nouveau le mur froid de la salle, lorsque, sans présenter la moindre gène, sa mère posa la main sur l'épée plantée dans son ventre pour la retirer d'un geste sur. La gardant en main, elle se releva pour lui faire face à nouveau.
Il comprit, à ce moment, que ce combat ne pouvait connaître qu'une seule issue et, pour la première fois, il sentit une épouvante insidieuse monter de ses entrailles.
Coincé par le mur, désarmée, il ne put faire un pas de plus en arrière lorsqu'elle avança sur lui, et, se sentant déjà vaincu, il tenta d'une petite voix :

— Maman… Maman, s'il te plait… Ne laisse pas ce sorcier te faire faire une telle chose… Je suis ton fils unique…

En réponse, elle leva le bras pour porter un coup fatal mais, lorsqu'elle abattit sa lame, Thranduil n'eut d'autre choix, pour sauver sa vie, que de se jeter sur elle. D'une poigne puissante, il lui attrapa l'avant-bras pour l'immobiliser tout en utilisant la force de son mouvement pour échanger les positions et la plaquer contre le mur. Habilement, il la désarma d'une prise agile, puis il l'immobilisa d'une main. Il sentit ses oreilles bourdonner furieusement et un affreux gout de dégout inonda sa gorge lorsque, serrant le poing, il lui martela l'abdomen plusieurs fois de suite. Il sentit, sous ses phalanges, les os et les organes imploser sous la puissance des coups, mais, encore, elle le repoussa comme si elle ne ressentait rien. Sa force le prit au dépourvu, surtout lorsque, désarmée, elle l'attaqua à mains nues, visant la jugulaire et les poings vitaux. Il se prit un premier coup dans le ventre qui le plia en deux, celui qui lui martela la joue manqua de le jeter à terre et, le souffle coupé par un coup de genoux brutal dans le sternum, il sentit se poser sur sa gorge des doigts glacés, sans vie mais pétries d'une force titanesque.
Jeté au sol sans même s'en rendre compte, il tenta de se débattre mais l'oxygène lui manqua. Assise à califourchon sur lui, d'une main, elle continuait de serrer sa gorge tandis que l'autre, d'un geste fluide, attrapa un petit poignard à la ceinture de son fils que, sans la moindre hésitation, elle abattit sur son torse. Il eut à peine le temps de porter une main désespérée sur le poignet pour dévier l'attaque et préserver les points vitaux qu'un hurlement de douleur lui échappa quand la base de son épaule fut perforée. Affaibli il ne put trouver la force de se débattre et il hurla à nouveau lorsqu'elle retira la petite lame pour l'abattre à nouveau, exactement au même endroit.
La douleur et son instinct de survie lui rendirent ses dernières forces et, lorsque le poignard fusa vers sa jugulaire pour terminer son œuvre de mort, il attrapa la lame de ses mains nues. Le sang gicla de ses paumes entaillées mais il tint bon et résista lorsqu'elle appuya pour terminer son travail.

— Maman… Je t'en supplie, arrête ça !

Comme sourde à sa litanie, elle leva sa main libre pour le gifler et le forcer à lâcher prise mais, conscient que cela signerait le glas de son existence, il tint bon et, même, tenta de reprendre le dessus. Mais, ainsi offert, il crut voir sa fin arriver et, en dernier recours, il cria à plein poumon :

— PAPA ! Papa, je t'en prie, aide moi !

Elle redoubla d'effort à ce moment mais, usant de ce qu'il lui restait en force et agilité, il parvint à la désarmer et jeter au loin son poignard. Sa vie était en jeu et jamais, même face à Saroumane, il ne s'était senti aussi proche de la perdre. Avec l'énergie du désespoir, il parvint à la repousser et se remettre sur pied en chancelant. Trop faible pour continuer à se battre, ses mains incapables de tenir une arme à cause des entailles profonde du poignard, il tenta de fuir sans pour autant lui tourner le dos, mais, à nouveau, elle fut sur lui et il esquiva de justesse un coup qui l'aurait assommé. En reculant vers la porte, il esquiva ses attaques furieuses mais un coup de pied méchamment placé le propulsa à nouveau au sol. Encore, elle fondit sur lui pour le frapper à mains nues, mais, plus vif, il ne la laissa pas, cette fois-ci, l'immobiliser à terre, conscient qu'il ne pourrait peut-être plus jamais se relever si elle parvenait à reprendre le dessus de cette manière.
Toutefois, plus forte et expérimentée, elle se jeta sur lui et, attrapant un poignet d'une main, la nuque de l'autre, elle usa de la vitesse du mouvement pour le projeter face contre le mur du couloir. Puis, sans douceur, elle agrippa ses cheveux pour le forcer à lui faire face et un immonde gout d'hémoglobine remonta dans sa gorge lorsque le poing de sa mère lui martela le torse, brisant quelques côtes au passage et lui arrachant une nouvelle exclamation de douleur. Il se sentit sombrer, mais son instinct rugit lorsqu'il comprit qu'il était complètement offert au pantin de Saroumane qui, à nouveau, ferma ses doigts monstrueusement forts sur sa gorge pour l'immobiliser et le priver de son souffle.
Se débattant en vain, il la vit attraper, contre sa cuisse, une arme à feu rutilante et, sentant ses forces et sa volonté l'abandonner, il ne put qu'ancrer son regard voilé par la douleur dans celui, vide et opaque, de sa génitrice qui darda sur son front le canon du flingue.

— Ayla ! Non !

Le doigt pressa la détente au moment où la voix puissante d'Oropher tonna dans le couloir. La détonation lui vrilla les tympans mais la balle ne lui était plus destinée et fusa vers l'empereur qui l'évita sans peine.
Lançant un regard indéchiffrable sur celle qui fut sa femme, il avançait vers elle d'un pas dangereux et, pour la première fois, Thranduil entendit la voix, claire, de celle qui hantait ses songes :

— Oropher, mon ami… Sa vie est tout ce qui me manque pour être enfin avec toi… Achève-le pour moi et nous serons enfin réunis de nouveau…

Thranduil ne put dire ce qui, entre les deux coups de poignard ou bien ces mots assurées de cette voix si douce, lui fit le plus mal. Toutefois, la plaie béante que venait d'ouvrir en son cœur les mots d'Ayla furent immédiatement colmatée par la voix d'Oropher qui s'approcha encore jusqu'à poser sa main sur l'avant bras de sa femme pour la forcer à lâcher prise :

— Ce ne sont pas tes paroles, mais celles de Saroumane… Les mêmes qu'il me souffla toutes ces années qui ont suivi ta mort… Je comprends maintenant à quel point j'ai été aveuglé par son poison…

— Oropher ?

La voix douce était teintée d'une incompréhension triste qui remua même les entrailles de Thranduil. Toutefois, Oropher ne se laissa pas leurrer et, d'une voix plus dangereuse encore, il se plaça devant son fils pour assurer mortellement en la repoussant :

— Ayla est morte et rien ne me la rendra, surtout pas le sacrifice du fils qu'elle m'a offert. Quant à toi, démon, t'en prendre à Thranduil et apparaître sous les traits de celle que j'aime fut une erreur…


oOo

Merci d'voir lu !

On retrouve Kili et Fili au prochain chapitre ;)