Terrassé par la douleur, Thranduil se laissa glisser jusqu'à poser un genoux au sol. Sa main, écorchée et ensanglantée, trembla furieusement lorsqu'il posa la paume à la base de son épaule charcutée. La lame du poignard utilisée était trop courte pour inquiéter ses points vitaux, mais il n'était pas épargné par la douleur. Des larmes se mêlant au sang sur son visage, il luttait contre les ombres qui dansaient devant son regard pour ne pas sombrer.
Son père se battait seul contre un ennemi, peut-être le seul à Erebor, qui jouait d'égal et qui avait même le pouvoir de prendre le dessus et le terrasser.
Si Oropher, aujourd'hui gorgé d'expérience, de puissance et de souplesse, surpassait de loin le jeune combattant qu'il était une vingtaine d'années plus tôt, contrairement à Ayla, figée par la mort, cette dernière avait, comme avantage, son insensibilité aux blessures et sa force monstrueuse.
Plusieurs fois, Thranduil retint un hurlement inquiet lorsque son père, malgré chacun de ses coups qui faisait mouche, manqua, plusieurs fois, de se faire désarmer ou décapiter par sa femme. Elle avait récupéré au sol les deux épées de Thranduil. Comme son fils, elle était ambidextre et présentait une aisance bluffante dans la maitrise de son corps. Cette fluidité mortelle mettait à mal les parades et les attaques d'Oropher.

Celui-ci, à nouveau, parvint pourtant à passer sous sa défense et il visa le bras. Il chercha à le trancher, mais parvint seulement à l'effleurer de la pointe de sa lame tant la guerrière qui lui faisait face était agile dans ses dérobades. Elle contre-attaqua immédiatement et, comme si elle n'était ici que pour un seul but, elle essaya, encore une fois, de passer outre la défense de l'empereur pour s'en prendre directement à Thranduil, désarmé. A nouveau, elle fut repoussée et, d'une botte furieuse, Oropher parvint, enfin, à lui arracher une arme. Le tintement qu'elle fit en tombant au sol sonna le glas du combat.

Vive, Ayla usa de sa main désarmée pour attraper la gorge d'Oropher et l'attirer à elle en levant le genou. Percuté dans l'abdomen par un coup surpuissant, la douleur le surprit et il esquiva de justesse le retour de lame. Celui-ci suivait presque en-même temps et lui offrit une nouvelle estafilade. Elle enchaina d'un revers fulgurant qui l'entailla profondément d'une épaule à l'autre. L'acier effilé avait manqué la jugulaire de quelques centimètres, mais Oropher fut tout de même étourdi par la perte de sang immédiat. Il eut un mouvement de recul mais, bien plus rapide que ce qu'il se souvenait d'elle, elle attaqua encore une fois, visant la main qui tenait la lame. L'avant bras fut ouvert du poignet au coude, tranchant la chair et dévoilant l'os et, dans la seconde suivante, la lame fusa à nouveau, vers le ventre. Il se protégea vivement d'une parade ajustée de sa main encore vaillante. Son flanc s'imbiba immédiatement d'écarlate avant même qu'il ne sente la morsure de l'épée. Lorsque cette dernière revint, ce fut, à nouveau, vers le ventre mais, anticipant la riposte d'Oropher, Ayla dévia son coup au dernier moment et la cuisse s'ouvrit dans une gerbe de sang.
Abandonné par le muscle tailladé, Oropher perdit l'équilibre et tomba sur un genou face à sa femme. La lame revint dans un cercle mortel pour faucher la tête. Il eut juste le temps de voir, sur ce visage qu'il aimait temps, des larmes couler de ses yeux bleus pris au piège par le maléfice, puis celui-ci explosa dans une détonation fracassante. Le corps d'Ayla tituba, sa main lâcha l'épée qu'elle tenait et, à nouveau, un coup de feu retentit, puis un troisième et un quatrième.
S'avançant douloureusement pour se placer aux côtés de son père, le regard voilé d'une peine et d'une douleur qui n'avait rien de physique, Thranduil continua de tirer jusqu'à vider son chargeur sur l'abomination qui portait les traits de sa mère. Détruite, elle s'écroula dans un amas de chaire putréfié.
A bout de force et de volonté, Thranduil se laissa tomber à genou près du plus vieux. Il lâcha son flingue pour tourner la tête vers Oropher et souffler d'une voix brisée :

— C'était elle… C'était vraiment elle… Je n'ai pas eu le choix… Elle t'aurait tué… Je n'avais pas le choix… Je l'ai tuée une deuxième fois…

Sa voix se cassa dans un sanglot et, simplement, Oropher répondit d'une voix calme en levant sa main pour la poser sur sa nuque :

— Non. Thranduil.

A bout de force, le plus jeune répondit à la pression galante et il se laissa tomber dans les bras d'Oropher. Il le réceptionna pour le serrer contre lui dans une étreinte soulagée et emplie de pardon.
Comme si une digue se brisait, les larmes de Thranduil, ébranlé par ce combat qui lui avait demandé bien plus que ce qu'il était capable de donner, se mirent à couler franchement. Il se laissa aller, consolé et réconforté par la main de son père qui caressa ses cheveux sans ajouter un mot.
Il ne se rendit compte qu'il s'était agrippé à lui qu'au moment où le plus vieux lui prit gentiment ses mains pleines de sang pour l'inviter à se séparer. En douceur, Oropher prit son visage baigné de larme en coupe pour déposer un baiser sur son front, avant d'y poser le sien :

— Ta mère n'est pas morte, elle vit en nous…
— C'était son corps… Et sa voix… Je l'ai détruite.
— Mais ce n'était pas elle. Je suis désolé que ce soit dorénavant cette image que tu ais d'elle, te demander de l'oublier serait inutile, je le sais… Mais jamais elle n'aurait tenu ces propos, ni agis de cette manière à ton égard…
— C'est pourtant bien ce que toi tu me fais et me dis depuis ma naissance… Pourquoi pas elle ?
— Je sais. Je ne peux que te demander pardon pour ça…

Une émotion étrange et très puissante lui prit les tripes lorsque, patients, les doigts de son père, dont le front était toujours collé au sien, cajolèrent distraitement ses joues pour en faire partir les larmes et le sang avec un naturel effarant. Il eut le reflexe de poser ses mains sur les avant-bras du plus vieux mais la douleur de ses entailles se rappela à lui. Il se contenta de le toucher du bout des doigts en fermant les yeux et savourant l'instant.
Toutefois, cette étreinte intime fut brève car, prévenus par les gardes venus en soutien, des soigneurs les séparèrent presque de force pour entreprendre rapidement les premiers soins. Ce ne fut qu'à ce moment que Thranduil se rendit compte à quel point sa respiration était douloureuse, gênée par ses côtes brisées et sa trachée abîmée. Partout dans son corps, la douleur pulsait et ce fut avec soulagement qu'il aperçut, du coin de l'œil, l'aiguille de morphine qui apparut dans les mains du soigneur le plus proche.

oOo

— Je vois qu'on arrive trop tard…
— Ou pile au bon moment…
— Ca dépend… Si on aime l'action…
— Ou si on en a eu assez pour l'instant…

A la dernière remarque suave et taquine de Kili, Fili avait répondu d'une voix glaciale en lui lançant un regard noir. Le brun haussa les épaules.

Fili pouvait maintenant lui faire la gueule comme il le désirait, après le baiser qu'ils avaient échangé dans les ténèbres des égouts et ces quelques mots qui lui avaient fait comprendre que le blond était, lui aussi, déterminé à sauvegarder leur relation interdite, il voulait bien tout endurer de sa part. Surtout que voir Fili se dérober et le repousser de la sorte était bien plus excitant et aguichant que le voir minauder et faire les yeux doux. Si une telle chose était possible.
Détournant son attention du blond, il passa devant lui pour pénétrer dans le parc de la demeure d'Oropher. Ils ne venaient pas par l'entrée principale et il se dit que c'était une bonne chose. Même si les gardes d'Oropher avaient repoussé une première vague de Raa'z, il était clair que beaucoup grouillaient encore à l'extérieure.
Présentant des mains désarmées, Kili apostropha un officier de la milice privée d'Oropher. Les reconnaissant, ce dernier aboya un ordre à l'attention de son escouade et, sans heurt, ils furent escortés à l'intérieur et renseignés sur les derniers événements.

Le manoir avait été un véritable champ de bataille et, encore, quelques cadavres de Raa'z ou, plus rare, de gardes, jonchaient le sol.

A leur demande, ils furent amenés dans l'aile privée afin qu'ils gouttent, même quelques brefs instant, au repos. Les derniers jours de Fili avaient été très durs, entre sa captivité chez les Pyrothanes puis les Sang-Dêchoirement, la cavalcade sur les toits et tout le reste, il se sentait épuisé et Kili ne l'ignorait pas.
Toutefois, avant que le garde ne les laisse à l'entrée de l'aile privée, où il n'avait pas le droit de pénétrer, Fili demanda tout de même d'un ton formel, reprenant son grade de lieutenant :

— La brigade lupine a-t-elle été mise au courant ?
— Oui, mais un attentat a eu lieu en début de soirée à la faction Alvarienne, tous les effectifs sont réquisitionnés. Mais nous n'avons pas besoin d'eux ici de toute manière.

L'officier avait répondu d'une voix neutre avant de repartir et le blond haussa un sourcil. Toutefois, avant même qu'il n'eut le temps d'aller derrière lui pour exiger un téléphone, la main de Kili se ferma sur son poignet :

— N'oublies pas… Tu en as eu assez pour l'instant. Laisse les tiens s'occuper de ça…
— Ma place est avec eux.

La prise sur son poignet se fit plus sèche et, sans merci, Kili verrouilla la porte tout en l'attirant à lui pour crocheter sa nuque et cracher dans son oreille :

— Ta place est avec moi, de une, je ne veux plus jamais t'entendre affirmer autre chose. De deux, tu n'es pas en état des les rejoindre et de trois… N'essais même pas de discuter ou je t'assomme.

Il avait sifflé sa dernière injonction en serrant sa prise avec plus de force lorsque Fili fit mine de se débattre en le menaçant à son tour :

— Je sais. Je connais tes méthodes… M'enfermer semble être la solution à tous tes problèmes, mais ça t'en créera d'autres, crois-moi. Maintenant. Lâche-moi !
— Ho que non ! Je viens de perdre ma nuit à essayer tant bien que mal de te ramener en sécurité, ce n'est pas pour te voir plonger dans la gueule du loup à nouveau !

Agilement, il passa son bras derrière sa nuque pour la coincer de son coude et le presser contre lui, alors le blond se figea :

— Je t'ai dit de me lâcher.

Cette fois-ci, c'était un grondement hautement mortel et intimidant qui roula dans la gorge de Fili, immobilisé contre le brun. Kili ne put retenir un sourire gourmand tandis qu'un long frisson de délice glissa le long de sa colonne vertébrale. Audacieux, il affermit même sa prise sur la nuque et permit même à sa main, provocante et curieuse, de descendre pour flatter le bas du dos jusqu'à attraper une fesse à pleine main.
Un tressaillement violent d'un plaisir inattendu parcourut son corps entier lorsque, sans prévenir et sans douceur, les dents de Fili se plantèrent dans le creux de sa nuque en réponse. Sans toutefois serrer trop fort, mais gardant la peau entre la mâchoire comme tentative d'intimidation. Sagement immobile à son tour, Kili laissa seulement filer un souffle haché lorsque la langue vint caresser la peau prisonnière et, en réponse, il malaxa franchement le muscle contre sa paume tout en le pressant contre lui.

— Je te préfère comme ça…

La douleur de la morsure s'intensifia en réponse, mais, plus électrifié qu'inquiété, il souffla d'une voix grave, sans faire le moindre geste superflu, adorant la situation :

— Si c'est comme ça que tu as l'intention de me faire regretter te t'avoir jeté en prison, je suis navré, mais, au contraire, ça me donne envie de t'y enfermer plus longtemps encore…

A nouveau, un long frisson descendit de son échine lorsque la prise de la mâchoire se fit plus sévère et, légèrement étourdi, sans le moindre geste superflu, il le caressa sans gêne tout en reprenant plus sérieusement :

— Attend au moins de parler avec Oropher avant de te lancer dans une nouvelle conquête… Les gardes ont dit qu'il était encore avec ses soigneurs et ils ne savent pas quand il sera prêt à nous recevoir… Toutefois, quelque soit la situation, tu as besoin de repos et- Ok… Okay… Je te lâche…

Abandonnant son massage déplacé, il éloigna franchement ses mains de Fili lorsque celui-ci serra vraiment la mâchoire. La douleur était encore tenable mais elle avait le potentiel de croitre de manière exponentielle. Kili n'en était pas certain, mais il se dit que le blond était peut-être sérieusement capable de lui arracher un bout de chair s'il continuait de passer outre ses injonctions. En récompense, Fili passa ses bras autour de ses épaules et, desserrant les dents, il embrassa la morsure avec passion, avant de laisser ses lèvres papillonner sur la peau fine de la gorge qu'il gouta de sa langue. Kili, sage, resta immobile et se contenta de lever le menton pour le laisser faire, gardant gentiment ses mains en l'air, lui laissant la bride au cou.

— Tu me fais tourner la tête, Fili… Je n'y peux rien si je préfère te savoir avec moi qu'auprès des chiens de la brigade lupine…
— Tu peux toujours m'accompagner.

Kili fit la moue en posant négligemment ses mains sur les hanches du blond qui embrassait maintenant ce qu'il pouvait de l'épaule, repoussant la chemise fine.

— Merci, mais partir à la rescousse de la section Alvarienne, très peu pour moi… Quitte à intervenir quelque part, autant retrouver Daïn et Thorin…
— Le garde vient de nous dire que Gandalf lui-même est en soutient… On ne leur serait pas d'une grande aide, au contraire.

Les lèvres revinrent sur la petite blessure causée par les dents que Fili embrassa à nouveau avec paresse, plongeant ses doigts dans la crinière brune. Kili poussa un soupir ravi et, simplement, glissa ses mains dans son dos pour l'enlacer tendrement en exposant d'une voix plus sérieuse :

— C'est vrai. De toute manière, je pense que le plus intelligent de notre part est de rester ici… Je ne sais pas dans quel état est Oropher, mais tu as du sentir comme moi que le moral de ses troupes est au plus bas. Ces types n'ont encore certainement jamais vu leur Empereur verser la moindre goutte de sang, alors je n'imagine pas ce qu'ils ressentent s'il a été mis à terre…
— Ils doivent penser que leur fin est proche…

Les lèvres de Fili remontèrent indolemment le long de la tempe pour venir mordiller affectueusement l'oreille et, chatouillé par le souffle taquin, Kili tressaillit. Il se reprit pour le serrer plus encore dans ses bras en justifiant simplement :

— Les Raa'z attaquent toujours par vague.
— Pour la prochaine, on s'occupera de les accueillir…
— Je suppose qu'ils ne nous laisserons pas tranquille tant qu'ils n'auront pas mis la main sur l'un de nous deux et qu'ils n'auront pas descendu l'épervin…
— Qu'ils essaient, on saura les recevoir…

Encore, le grondement de Fili était très intimidant et Kili se sépara pour le regarder dans les yeux en caressant l'arrête de sa mâchoire :

— Toi… Tu me plais, tu n'as pas idée à quel point…
— Tu as une drôle de manière de le montrer…
— Je peux me rattraper si tu veux…

Encore, sa main audacieuse glissa le long de la hanche pour venir pétrir la fesse d'une caresse provocante et Fili le repoussa avant de s'éloigner :

— C'est pas le moment, je crois…

Kili le regarda partir, étudiant sans complexe la courbure de son dos, avant de lui emboiter le bas en le taquinant :

— Si ça avait été le moment ?
— Ca n'aurait pas été le moment tout de même.

Sec, Fili avait répondu sans attendre de réplique et il se dirigea vers la cuisine, mais il fut immobilisé par un bras de Kili qui lui ceintura la taille. Il se contenta de pousser un soupir ennuyé qui se bloqua dans sa gorge lorsque la voix du brun vint souffler à son oreille d'un ton mesquin :

— Dis moi, Fili… Te permettrais-tu de m'envoyer chier de la sorte si jamais j'avais refusé net l'idée d'une relation incestueuse avec toi au moment ou nous avons été conscients du lien qui nous uni désormais ?
— C'est un lien qui nous a toujours uni, nous l'ignorions simplem-
— Répond à ma question, bâtard.
— Me traite pas de bâtard, on a les mêmes parents.
— On a assurément une mère en commun, mais aucune certitude pour le père, il me semble… Mais ça ne change rien. Ne te crois pas tout permis simplement parce que je me désespère de t'avoir mien à jamais malgré notre fraternité. Car les rôles auraient pu être inversés.
— Non, ils ne l'auraient pas été… Je n'aurai pas rampé à tes pieds comme tu rampes actuellement aux miens, Kili.

Comme attendu, la réplique froide de Fili fit mouche et il eut bien du mal à retenir un sourire gourmand lorsque, impérieux, le brun le retourna pour le plaquer dos contre le mur du couloir d'une prise furieuse. Il l'aimait tellement, lorsqu'il le dominait ainsi, que, les poignets prisonniers de sa poigne, il ne chercha même pas à empêcher ses cuisses de s'ouvrir instinctivement pour permettre à Kili de s'insérer entre elles et se presser contre lui en soufflant dangereusement :

— Tu aimes ça ? Que je sois prêt à tout pour toi et que j'accepte tout de ta part dans l'espoir de me rattraper ?
— J'aime ça, oui… Surtout que je sais être le seul pour qui tu es capable d'une telle… décadence…

Ils échangèrent un bref sourire complice avant que, plus grave, Kili se pencha pour parler à son oreille :

— Si je n'étais pas venu derrière toi, cette nuit, et que je n'avais pas répondu à ton baiser, qu'aurais-tu fait ? Te serais-tu résigné à ne m'avoir comme frère ou bien te serais-tu montré plus… Audacieux ?
— Tu me demandes ce que j'aurais fait si j'avais envie de toi, alors que rien ne nous autorise à nous aimer, au contraire et que, même, tu me menaces de mort et de séquestration ? Tu as donc oublié comment s'est passée notre première fois ?

Kili eut un coup de chaud à l'évocation surtout lorsque, sans pudeur, Fili leva une cuisse pour l'enrouler autour de sa taille. Distraitement, il l'attrapa d'une poigne affirmée pour la maintenir contre lui et promettre d'une voix rauque :

— On recommence quand tu veux.

Ardent, il roula des hanches contre celles de Fili qui, surprit par un plaisir dont il n'avait pas anticipé l'intensité, écarquilla les yeux en poussant une exclamation sensuelle. La voix de Kili s'aggrava encore lorsqu'il susurra à son oreille :

— A moins que tu préfères que je ne fasse à ta manière et que je ne te demande pas ton avis…

Etourdit, Fili retint un sourire gourmand, mais, il se reprit lorsque, joueuse et victorieuse, la voix de Kili souffla dans le creux de son oreille :

— Toutefois, j'ai bien compris que j'ai pénitence à faire… Donc à toi de me dire quand ce sera « Le moment »… Je n'ai plus l'intention de ramper pour recevoir la moindre attention de ta part en attendant…

Les lèvres de Fili s'ouvrirent dans un « Quoi ? » muet et, soudain abandonné contre son mur il regarda, effaré, son amant s'éloigner l'air de rien. Se reprenant, il ne put s'empêcher de souffler entre ses dents :

— Connard !
— J'ai entendu ! Continue comme ça et sois certain que je n'accourrai pas gaiement au premier signal…

Taquin, Kili l'attendit à l'entrée de la cuisine et Fili le rejoignit pour rétorquer d'un ton glacial :

— Si tu crois que les choses vont se passer ainsi… Pour ta gouverne, lorsque je parlais de pénitence, je ne parlais pas forcément de grève du sexe, je ne voulais pas me punir moi non plus…

Kili lui rendit un sourire mauvais et il passa naturellement un bras autour de ses épaules raides pour rejoindre avec lui placards et frigo de l'immense cuisine dans l'optique d'y piller tout ce qui était à piller :

— J'avais bien compris… Tout comme j'ai bien eu la certitude que là, ça aurait été le moment… Contre le mur, dans un couloir de la demeure de l'Empereur, entre deux attaques de Raa'z… Tu n'as vraiment aucune tenue…

De mauvaise grâce, Fili dégagea son bras d'un mouvement d'épaule et s'éloigna. Kili insista en s'accoudant au plan de travail pour lui faire face :

— Ceci dit, c'est pour ça que je t'aime et ça ne m'aurait pas dérangé… Mais tu as décidé de faire la gueule seulement quand ça t'arrange… Te connaissant, ça pourrait durer très longtemps ainsi…
— Fallait pas m'enfermer.
— Mais je l'ai fait. Et je pourrai même recommencer.
— Essaies seulement.
— Le dit pas sur ce ton là, tu sais à quel point j'aime être défié.
— Pas par moi, croit-moi.
— Ce que je veux dire, Fili…

Abandonnant son attitude mutine, il se redressa pour attraper le menton de son frère et planter son regard dans le sien en déclarant gravement :

— Je suis désolé de t'avoir enfermé et je te promets que je ne ferrai plus jamais l'erreur de te faire subir la moindre chose qui induit séquestration, entraves et punition corporelle sans ton consentement…
— Je ne sais pas quoi penser du sous-entendu de cette phrase, mais quoique tu aies en tête, sache que le doute à propos du consentement n'est pas permis… Il te faudra un accord signé…

Kili tiqua, comme si un très beau plan venait de tomber à l'eau, mais il ne releva pas et continua sans faire mine de l'avoir entendu :

— Je m'excuse donc de cette réaction que j'ai eue, même si je l'estime, encore, tout à fait justifiée-
— Mais inappropriée.
— Mais inappropriée, je le conçois. Toutefois, si tu as bien réussi à me faire comprendre que tout ne m'est pas permis envers toi, c'est à mon tour maintenant de te faire savoir une chose : Ce n'est pas toi qui décide.

Fili lui répondit d'un simple ricanement outrancier et il chassa la main qui tenait son visage pour ouvrir le frigo. Il pesta mentalement contre le régime végétarien d'Oropher qui ne garnissait son garde mangé que de végétaux et légumes frais. Toutefois, il dénicha des cannettes d'une bière nordique et en envoya une à Kili, qui s'était assis sur la table, en rétorquant simplement :

— Vraiment ?

Il rattrapa au vol une pomme ferme que lui jeta le brun et, provocant, il constata dans un sourire attractif :

— J'ai pourtant l'impression d'avoir été l'auteur de toutes les initiatives entre nous deux…
— De une, j'en ai moi aussi quelques unes à mon actif…
— Certes, quand tu ne me séquestres pas, tu viens me secourir, je te reconnais ça…
— De deux, tu n'aurais pas engagé certaines de tes initiatives si je ne t'y avais pas encouragé…

Fili haussa un sourcil en mordant dans sa pomme et Kili conclu en décapsulant sa bière :

— De trois, dans la mesure où chacune de tes initiatives me plaisait beaucoup, je n'éprouvais pas la nécessité de m'y opposer…
— Et donc ? C'est quoi ton problème ?

A la question joueuse, Kili répondit d'un ton sérieux en lui lançant un sourire carnassier :

— Je n'apprécie pas que tu me prennes pour acquis.

Ce fut au tour de Fili de lui lancer un sourire séduisant et, suave, il s'approcha de Kili pour demander d'une voix grave :

— Parce que ce n'est pas le cas ?

Avec douceur, il posa ses mains sur les cuisses du brun qu'il invita à s'écarter pour s'y insérer. Mutin, il leva le visage pour capter son regard et assurer de cette voix profonde et séduisante :

— Parce que moi, je le suis…
— Seulement quand ça t'arrange, j'ai l'impression…

Se laissant sagement faire, Kili ne chercha pas à se dérober et il vint caresser son menton d'un doigt taquin en fermant ses jambes autour de sa taille. Fili eut un regard sévère :

— C'est donnant-donnant, mon beau…
— Si tu le dis.

Sérieux à son tour, Kili prit son visage en coupe pour se pencher sur lui et souffler contre ses lèvres :

— Je n'ai juste pas envie de subir tes remontrances dès que tu en as l'occasion…
— Elles sont méritées ! Ne viens pas te faire passer pour la victime... Ce droit ne revient qu'à moi !
— Certes. Mais tu sais quoi ? Je ne vais pas attendre tout simplement que tu daignes claquer du doigt pour que je tombe à tes pieds…

Il se dégagea pour descendre de la table et récupérer sa canette. Boudeur, Fili s'adossa à la table en croisant les bras :

— T'es vraiment un gamin… Tu me fais vraiment la gueule parce que je me permets de te faire la gueule pour te reprocher ce que tu m'as fait ?
— T'as tout compris, mon beau. Maintenant, croque un truc en vitesse, récupère des munitions et soigne-moi cette épaule, je pense qu'on ne va pas tarder à avoir un peu d'action.
— Va te faire voir, connard, je ne prendrai pas les ordres d'un Sang-Dêchoirement. Et puis tu vas me la soigner toi-même, cette épaule, c'est à cause de toi qu'elle est dans cet état.

Sèchement, Fili avait parlé en retirant sa chemise qui laissa apparaître une longue balafre récente et, de bon gré, Kili revint vers lui pour l'examiner et s'en occuper avec douceur.

oOo


Merci d'avoir lu !

Le Thorin/Thranduil commence à manquer, non ?