Encore une fois, il y a eu un soucis de publication. Cette fois-ci, le chapitre a, tout simplement, été supprimé. J'ai certainement fait une erreur de manip...
Voici donc le 39


Le corps lourd et étrangement cotonneux, Thranduil ouvrit les yeux et posa son regard sur un plafond qu'il reconnut instantanément. Il dispersa la vague d'émotion et de souvenirs que cela souleva en lui, surprit de ressentir un étrange sentiment de déjà vu.

C'était la deuxième fois qu'il se réveillait dans le manoir de son père sans réussir à comprendre ce qu'il y faisait. Sauf que cette fois-ci, la chambre n'était pas la même et, surtout, il n'était pas seul. Constatation qui le prit au dépourvu lorsque, doucement, il porta ses doigts à la rencontre du bras qui était fermé autour de sa taille.
Il n'eut pas le temps d'analyser la situation qu'une douleur fulgurante se réveilla dans son épaule suite à son geste. Avec la douleur, la vision de sa mère, morte, mais bien mouvante, le poignardant à plusieurs reprise alors qu'il était à peine en mesure de se défendre lui traversa la tête et, dans une exclamation horrifiée, il se redressa d'un coup. Ses côtes abimées lui rappelèrent la violence des coups qu'il s'était pris et, plié en deux par la douleur, il sursauta lorsque, réveillé à son tour, Thorin posa galamment une main sur son épaule en appelant son nom.
La voix et le contact eurent le mérite de le ramener à la réalité et, se tournant vers Thorin, il allait spontanément lui demander ce qu'il foutait dans son lit. Toutefois, au moment où il croisa son regard, les souvenirs de l'unique nuit qu'ils avaient partagés ensemble, passionnée, ardente et délectable au delà des mots, lui revinrent en tête. Il se souvint comment, dans les bras de Thorin, il s'était retrouvé ivre de plaisir, étourdit par la passion brute et sans complexe de celui qui l'avait comblé comme jamais il n'aurait pensé l'être un jour.
Ces souvenirs brulants se mêlant avec l'horreur des dernières heures qu'il avait vécues avant de sombrer dans l'inconscience, il se sentit sombrer dans un maelstrom d'images qu'il ne parvint pas à trier.
Encore une fois, la main qui plongea dans ses cheveux tandis qu'un bras solide s'enroulait autour de sa taille pour le presser contre le torse nu de Thorin lui offrit un ancrage dans la réalité et il poussa un lourd soupir avant de demander d'une voix assourdie :

— Tu as révoqué l'Arkenstone ?
— Je suis revenu pour toi.

La main dans ses cheveux bougea pour lui dorloter la base du crâne et la nuque dans un massage bienvenue et Thranduil se rendit compte, alors qu'elle disparaissait peu à peu, que son corps vibrait toujours d'une tension brutale et intense. Il ferma les yeux en poussant un nouveau soupir et, simplement, il vint poser sa tête contre le torse de Thorin qui le pressa un peu plus contre lui.

Il ne se rendit compte qu'il s'était rendormi seulement lorsqu'il rouvrit les yeux, quelques heures plus tard. Il faisait maintenant jour et, un peu étourdi, il se redressa pour constater qu'il était seul dans le grand lit.
Déçu sans vraiment l'admettre, il se demanda s'il n'avait pas encore rêvé de Thorin, chose qui arrivait un peu trop souvent en ce moment.
Combattant la douleur qui pulsait dans tout son corps, il s'habilla rapidement des vêtements qu'il trouva dans la salle, tous appartenant à celui qu'il avait choisi comme amant. Puis, relevant les dégâts des combats qui avaient eu lieu dans le manoir, il rejoignit instinctivement, la cuisine.

Elle était déjà occupée et il eut l'impression d'interrompre une conversation plutôt grave, voire conflictuelle, lorsque Fili et Thorin, assis l'un en face de l'autre, se redressèrent et se turent à son arrivée.
Il ne montra pas la moindre hésitation lorsque, naturellement, Thorin l'invita à le rejoindre et, avec raideur, il se laissa glisser sur la chaise voisine en demandant d'une voix trainante :

— Quelle est la situation ?
— Encore difficile à dire mais, pour l'instant, sont rassemblées ici les trois seules personnes qui ont passé la nuit et qui sont en état d'en parler…

Un regard dans la grande pièce vide suffit à Thranduil pour comprendre qu'il était compris dans le lot et un mauvais pressentiment lui comprima la poitrine. Il l'oblitéra en se raclant la gorge et, d'une voix neutre, il remarqua en attrapant un bocal de fruit sec :

— Et dans Erebor ?
— Je reviens tout juste de la brigade. La nuit n'a pas été de tout repos et nous avons essuyé beaucoup de pertes. Toutefois, malgré les attaques combinées, nous avons évité le pire… Les Raa'z avaient comme objectif de libérée la voie pour permettre à Saroumane de s'emparer de l'Arkenstone et le donner à Azog dans la foulée. Leur but était de prendre le contrôle de la ville. Mais la prise de l'Arkenstone est un échec pour Saroumane et nous avons démantelé les troupes d'Azog.

Fili avait, effectivement, la tête d'un mec qui venait de passer une très longue nuit sans le moindre répit. Les traits tirés, encore couvert de sang brun qui se mêlait au sien et, chose qui ne lui ressemblait pas, le regard fuyant. Ou, plutôt, évitant tout contact oculaire avec son père adoptif.
Ce dernier, avec un naturel insolent, posa distraitement sa main sur la cuisse de Thranduil qui manqua de bondir au contact inattendu. Sans dévier de la conversation ni détourné son regard du visage défait de Fili, malgré le geste qui court-circuita l'esprit de son jeune amant, il compléta en le caressant du pouce :

— Au vu de ce à quoi nous faisons face, la situation aurait pu être bien plus catastrophique et les pertes, désastreuses. Mais les équipes de soigneurs ont pu nous rejoindre à l'aube et nous n'avons plus à craindre pour les vies d'Oropher et de Kili. Daïn n'est pas encore stabilisé, le verdict vital nous sera donné dans la matinée.

Oropher n'était donc pas encore mort. Thranduil se demanda s'il en était soulagé ou non. La caresse sur sa cuisse mua en une pression douce et il se tourna vers Thorin qui lui rendit un regard grave :

— La pierre est hors de portée de Saroumane maintenant.
— Et de la tienne aussi.
— Pas si tu récupères ton pouvoir.
— On en a déjà parlé.
— La situation n'était pas la même.

Thranduil leva les yeux au ciel et, d'une pichenette, repoussa la main qui était sur sa cuisse en demandant d'un ton sec :

— Saroumane a-t-il été neutralisé ?
— Il est trop tôt pour le dire, Gandalf n'a pas encore donné de signe de vie.
— Il n'avait pas la moindre chance…
— Ne le sous-estimons pas.

Il fit la moue et se tourna vers Fili lorsque ce dernier s'étira puis se leva en justifiant d'une voix lugubre :

— Je vous laisse gérer là suite. J'ai besoin de dormir un peu. Je retournerai à la brigade en début d'après-midi.

Thorin ne répondit pas et, même, détourna le regard lorsque Fili se dirigea vers la porte arrière pour rejoindre non pas les chambres, mais l'aile de soin, où se trouvait très certainement le fils de Daïn. Toutefois, la réaction des deux interpela Thranduil, qui les avait déjà connu plus complices et, se massant les côtes douloureuses, il demanda machinalement :

— Que se passe-t-il ?

Thorin ne sembla pas comprendre le sens de la question et, simplement, le blond fit un signe de tête en direction de la porte qui se refermait sur les pas de Fili :

— A voir sa tête, on croirait que son amant est décédé. Pourtant, tu viens de laisser entendre que son état n'était pas si grave.

Thorin haussa une épaule et, simplement, il attrapa un fruit sec dans le bocal que tenait Thranduil pour répondre d'un ton bas :

— Kili et Fili ne sont pas amants. Du moins, ils n'ont plus le droit de l'être. C'est de cela que nous parlions avant que tu n'arrives.
— Comment ça ?

Il reposa le bocal sur la table et voulut attraper la théière fumante qui trônait un peu plus loin. Toutefois, ses côtes brisées se rappelèrent à lui et il eut une grimace de douleur. Il ne dit rien lorsque, spontanément, Thorin se pencha sur la table pour attraper l'infusion et le servir en expliquant gravement :

— Il s'avère que Kili est le fils cadet de Dis.

Acceptant la tasse que Thorin lui mit dans les mains, Thranduil lui rendit un regard stupéfait et, d'une voix neutre, il demanda l'air de rien :

— Ils le savent depuis quand ?
— Daïn l'a toujours su et l'a élevé dans l'idée d'en faire un prince d'Erebor. Fili et Kili, eux, ne sont conscients de leur lien que depuis les événements chez Smaug.

Thranduil haussa un sourcil avant de boire quelques gorgées de thé. Sur le ton de la conversation, il remarqua finalement :

— S'ils l'ignoraient, on ne peut pas leur reprocher la relation qu'ils ont entretenus avant ça. Quoique, oui, on peut la leur reprocher sous bien des angles, mais pas celui-là… Il n'y a pas de quoi reprendre ton fils à ce sujet…
— Ce n'est pas pour ça que je lui en veux…
— Quoi alors ?

Sirotant son thé, à peine intéressé par la conversation, Thranduil incarnait à la perfection le « je m'enfoutiste » sauvage et calculé qui le définissait si bien et qui faisait de lui le digne fils de son père.
Pour faire bonne mesure, Thorin lui attrapa une mèche pour l'enrouler autour de son doigt et attirer une attention plus franche lorsqu'il répondit sur le même ton :

— C'est la première fois qu'il ose me mentir en me regardant dans les yeux…
— A quel sujet ?
— Quand il me dit qu'ils ont accepté leur lien et qu'ils comptent entretenir une simple relation fraternelle…

Thranduil poussa un soupir ennuyé et commenta simplement :

— La révélation est encore récente et Kili semble avoir frôlé la mort cette nuit… Laisse le temps à ses sentiments de décanter…
— Il le nie, mais je sais que sa décision est prise. Je pense que Kili est tout aussi déterminé que lui à engager une relation secrète et incestueuse à notre insu…

A la réflexion abattue, Thranduil répondit d'un ricanement narquois et, simplement, il posa sa tasse et se leva. Sans prévenir, il posa sa belle main sur l'épaule du plus vieux et se pencha sur lui pour poser un baiser sur sa joue, prenant l'autre totalement au dépourvu, tellement le geste lui vint facilement et sortait de nulle part :

— Je vois… Tu es leur oncle et référent le plus proche… C'est à toi de gérer ça… Je te souhaite bon courage parce que l'élaboration des taxes sur l'habitation, à côté de ça, c'est un travail de septième grade…
— Ce n'est pas drôle, Thranduil…

Avant que le blond ne puisse s'éloigner, il lui attrapa la taille pour le garder contre lui et insister :

— Kili est un prince d'Erebor et, d'après Fili, Daïn ignorait que l'ainé de Dis était avec moi. Il a donc promis le trône à Kili et, en ce sens, il faut rapidement clarifier la situation.
— Il n'y a rien à clarifier. Fili est l'ainé, il est le premier héritier.
— Au vu de la situation et du contexte de leur naissance, aucune acte officiel n'a été confirmé et nous ne sommes même pas certains qu'ils aient le même père, Dis ne s'est jamais marié. Dans cette mesure, c'est au roi de les reconnaître comme princes et de les reconnaitre comme héritier. Or, Daïn, qui a préparé le retour de la monarchie à Erebor, a placé Kili comme premier héritier au trône, avant moi. Oropher et Balïn, eux, en tant que premiers grades, ont appuyés mon nom, puis celui de Fili. Cela signifie que nous devons exiger à Kili une sédition en faveur de Fili.

Il était vrai que, actuellement, Erebor et, surtout, sa monarchie, était scindée en deux, avec l'Agence d'un côté, les Sang-Déchoirements de l'autre. Thranduil fit la moue et haussa une épaule:

— S'il refuse ?
— Erebor doit retrouver sa stabilité et je ne peux me permettre de laisser un tel conflit ouvert très longtemps. Si Daïn, le seul à connaître la situation avec nous, ne survit pas, je pourrai ne pas reconnaître Kili comme enfant de Dis et même demander son exil.
— Ces très bas, comme manœuvre… L'enseignement de mon père commence à porter ses fruits…

Semblant apprécier cette position particulière, Thranduil se laissa glisser sur les cuisses de Thorin en ménageant ses côtes douloureuse et, enroulant un bras autour de ses épaules, il lui caressa la joue de l'autre main en remarquant plus sérieusement :

— Toutefois, si je puis me le permettre… Je connais le fils de Daïn depuis bien plus longtemps que toi. Tu l'as à peine rencontré officiellement et, tout ce que tu sais de lui, c'est qu'il est capable de faire faire de grosses bêtises à ton fils adoptif si tu as le dos tourné…
— Cela suffit à me faire une opinion à son sujet… Il ne laissera pas Fili lui passer devant si facilement…

Thranduil leva les yeux au ciel et piqua un bref baiser sur la peau à portée de ses lèvres, l'arrête de la mâchoire, avant de répliquer plus légèrement :

— Certes, il n'est pas commode. Mais, en tant qu'officier responsable en parti de la sécurité à Erebor, j'ai toujours eu un œil sur lui et j'ai eu le loisir de le voir grandir et évoluer dans la ville. Il la connaît et tout le monde le connaît, le craint et le respecte au moins tout autant que Daïn. Avoir une telle figure à tes côtés sur le trône, notamment si l'on révèle son ascendance, aura bien plus d'impact qu'un simple lieutenant lupin…
— De une, ça aura, effectivement, bien plus d'impact si l'on découvre ce qu'il se passe entre les deux enfants de Dis. Ce genre de scandale est bien la dernière chose dont Erebor à besoin tant que la monarchie se restaure à peine. De deux, Fili n'est pas un simple lieutenant lupin et sa présence aux côtés du trône est parfaitement justifiée. Ce n'est pas parce qu'il n'a pas grandi à Erebor qu'il n'a pas le mérite de l'effort et l'intelligence de la gouvernance.

Le plus jeune leva les yeux au ciel en soupirant:

— C'est fou comme tu deviens susceptible dès que Fili vient à être mentionné… Tout ce que je veux dire, c'est qu'il serait judicieux de garder Kili à tes côtés et de ne pas chercher à étouffer l'affaire.
— Je le connais à peine… Comment savoir s'il sera assez stable pour ce titre ? Fili y est préparé depuis qu'il est avec moi, mais Kili ? Que sait-il de ce que ce rôle attend de lui ?
— Suffisamment, je pense. Daïn l'a élevé et, en ce sens, tu ne peux que avoir confiance… De plus, il est le fils de ta sœur. Tu n'as pas le droit de lui tourner le dos.

Thorin ne réfuta pas, au contraire, il poussa un lourd soupir en posant machinalement sa main sur la cuisse du plus jeune qui demanda d'un ton exaspéré :

— Qu'est-ce qu'il y a encore ?
— Rien. J'ai simplement passé au moins dix ans de ma vie à chercher le deuxième enfant de ma sœur et il s'avérait qu'il se trouvait en sécurité auprès de Daïn et que, en plus il est celui sur qui Fili a si follement craqué… J'aurai aimé le savoir plus tôt, de une. De deux, la seule fois où je lui ai adressé la parole, je l'ai traité de petit con.

Thranduil ne retint pas un rire clair face à la déclaration dépitée et il embrassa sa mâchoire à nouveau en remarquant d'une voix joueuse :

— Pas trop tôt. Il était temps que quelqu'un le remette à sa place, celui-là…

Perdu dans ses pensées, Thorin ne fit pas mine de l'avoir entendu et il insista:

— Le mieux serait qu'il accepte de reconnaitre Fili comme son prince et ne cherche pas à usurper sa place, mais je n'ai pas l'impression qu'il soit du genre à plier l'échine…
— S'il est à l'image de celui qui l'a élevé, nous pouvons, effectivement, nous attendre à ce que les choses se montrent délicates à un moment… Mais je pense que nous avons plus important à penser maintenant : Nous devons déterminer ce que sont devenus Saroumane et Gandalf et, aussi, peut-être serait-il temps de chercher celui qui a guider Saroumane sur la voie de la nécromancie…

Sans rien ajouter de plus, il se leva, mais, avant qu'il ne s'éloigne, Thorin lui attrapa le bras pour demander sans agressivité :

— Où vas-tu ?
— A l'agence.

Toujours assis, Thorin lui rendit un regard confus et, dans un petit sourire victorieux, Thranduil justifia très simplement :

— Oropher est hors jeu.
— Et… ?
— Et la place de premier grade est donc vacante… Quelqu'un doit remettre l'agence à flot et, navré de le dire comme ça, mais ce ne sera pas toi.

La brutalité de l'affirmation fut telle que Thorin n'eut même pas le reflexe de retenir son amant lorsque celui-ci, négligemment habillé de ses propres vêtements, se dirigea vers la sortie en ordonnant d'un ton qui ne souffrait pas la contradiction :

— Occupe toi de retrouver Gandalf et de t'assurer que Saroumane soit bien hors jeu.
— C'est un ordre ?
— Prend le comme tu veux…

La porte claqua sur ces derniers mots et Thorin haussa un sourcil. Quel connard, ce type ! Mais quelle classe aussi ! Il n'y pouvait rien, mais le voir donner des ordres, surtout de cette manière et avec cette intonation, ne l'aidait pas à garder un esprit très clair et il se dit distraitement que proposer le titre de consort à ce mec deviendrait très vite contreproductif si tout son sang virait au sud à chaque fois qu'il lui parlerait sur ce ton.


oOo

Merci d'avoir lu !

Je n'ai plus du tout de temps pour rien en ce moment, mais j'espère pouvoir rapidement donner une fin à mes fics en cours !

En tout cas, on approche du dénouement pour celle-ci !