Disclaimer: Saint Seiya et tous les personnages appartiennent à Masami Kurumada.

Rating: M.

Note: Et voici la dernière partie de cette histoire! Merci encore pour l'accueil chaleureux que vous lui avez réservé. Vos reviews, alertes, favoris ont été autant de petites joies pour moi, et d'encouragements à continuer à écrire. J'espère que la conclusion ne vous décevra pas.

De passage: merci beaucoup de tes compliments, et d'être repassée par une de mes histoires! J'en profite du coup pour te remercier aussi de ton commentaire sur "Résignation". C'est amusant de voir qu'on a le même "parcours", je m'attendais à être seule dans ce cas et de plus en plus je découvre que non!

Powerpuffgirl543: Camus est un peu vexé ("comment ça pas très recherché"?);-) Merci pour tes paroles! Je suis ravie que ce petit jeu t'ait captivée, j'espère que la fin de la partie te plaira tout autant!


Chapitre 3

Milo rattrapa Camus alors que celui-ci poussait la porte de l'espace d'exposition indiqué en grand sur un panneau entouré de guirlandes. Derrière celle-ci, une salle très semblable à la précédente, mais bien plus lumineuse grâce à un savant éclairage indirect. Les nappes électro du bar y parvenaient juste assez pour enrober les conversations d'un tissu feutrées. Un couple commentait assidûment un tableau à voix basse. Une jeune fille prenait des notes dans un calepin. L'artiste, que le flyer disposé à l'entrée montrait dans une pose réfléchie, ses lunettes à monture épaisse sur le nez, n'était visible nulle part. Camus avait eu raison de supposer qu'il n'y aurait pas encore foule…

Milo laissa son regard errer sur les œuvres accrochées aux murs.

Une douzaine de toiles. Uniformément blanches.

Il grimaça. Il ne comprendrait décidément jamais rien à l'art contemporain. Autant certains tableaux plus classiques l'émouvaient profondément, autant cela le dépassait qu'on admire des barbouillages dignes d'un enfant de quatre ans sous prétexte que le concept était génial. Et alors là, on touchait vraiment le fond...

Il ravala un commentaire ironique. Si Camus l'avait emmené ici, c'était qu'il appréciait ces tableaux. Ou qu'il y percevait une signification particulière. Quoi qu'il pût en penser par ailleurs, Milo ferait l'effort d'essayer d'y trouver ce qui intéressait son ami.

Celui-ci se dirigeait déjà vers le monochrome le plus éloigné des autres visiteurs.

- Qu'est-ce que tu vois ? demanda-t-il lorsque Milo se fut arrêté à ses côtés, comme s'il lisait dans ses pensées.

- Une toile. Peinte en blanc.

- Et à part ça ?

- Eh bien… pas grand-chose, honnêtement.

Camus émit un soupir à mi-chemin entre la lassitude et l'agacement.

- Je croyais que tu pouvais te montrer patient et observateur.

- C'est le cas.

- Alors accorde un peu d'attention à ce tableau et dis-moi ce que tu vois.

Camus recula légèrement, laissant Milo seul face à la toile. Celui-ci se concentra sur le rectangle immaculé. Qu'est-ce qui se cachait derrière cette surface blanche ? Il la fixa pendant ce qui aurait pu être des secondes ou des heures, tous ses sens de Scorpion en alerte.

Et peu à peu, il les vit. Des irrégularités dans la couche de matière. De légères stries qui réfléchissaient la lumière lorsqu'il inclinait la tête, dessinant des vallons et des rivières enneigés. Des nuances qui se révélaient peu à peu, au point qu'il lui semblait soudain que le blanc avait entièrement disparu pour céder la place à toute une palette de gris, de bleus, de roses et de jaunes glacés. Des transparences qui se fondaient dans des zones plus opaques. Et parfois, affleurant sous la peinture, quelques centimètres de toile brute.

La fragilité insensée qui se dégageait du tableau le percuta comme un Great Horn. Comment ne l'avait-il pas ressentie avant, alors qu'elle était là, dans chaque coup de pinceau timide, dans chaque couleur effacée, dans ces fissures qui crevassaient la croûte, dans l'épaisseur de ce manteau blanc qui recouvrait pudiquement le canevas ?

Sa gorge se serra tandis qu'il restait là, buvant des yeux chaque détail douloureux qui s'offrait à lui.

Camus s'était approché à nouveau et se tenait juste derrière lui. Milo pouvait sentir son souffle trembler dans sa nuque.

L'emmener d'ici, lui créer un cocon de ses bras, lui promettre qu'ils joueraient à ce jeu toute leur vie si c'était ce dont il avait besoin.

- Camus…

- Tu veux toujours que je t'explique le tableau ?

- Non. Ce n'est pas nécessaire. Je crois que j'ai compris et…

Milo ne reconnaissait pas cette voix fêlée qui était pourtant la sienne.

- Moi j'ai envie de le faire.

Juste un murmure.

Milo s'obligea à respirer.

- Ce que j'y vois d'abord, c'est la peur… La peur d'assumer des teintes franches, de respirer librement, de montrer ses aspérités, ou d'ouvrir la profondeur au regard des spectateurs … C'est ce que tu as perçu aussi, n'est-ce pas ?

Milo frissonna, autant sous l'effet de la proximité de Camus qui chuchotait maintenant à son oreille que sous celui de ses paroles. Il acquiesça de la tête.

- Voilà. Imagine maintenant l'artiste… comme il doit craindre que personne ne prenne le temps de regarder assez longtemps et assez attentivement pour voir ce que le blanc cache. Que personne n'essaie jamais d'exhumer ces nuances qui osent à peine exister, ces imperfections qui se dissimulent au premier coup d'œil. Que personne ne sache apprécier le tableau… grâce à, et pas malgré elles ?

Oh, Camus.

- Mais au-delà de la peur, tu vois…

Était-il possible qu'il entende un sourire dans le filet de voix du Verseau ?

- Tu vois, en haut à gauche, et au milieu, ces petits espaces où la toile nue transparaît ? Pour moi… c'est un signe. Comme si le blanc se retirait un peu pour laisser la place à quelque chose de s'exprimer. Quelque chose comme… Un désir. Un besoin. De plus. D'une couleur pure, chaude, vive, lumineuse, qui viendrait combler ce vide. Il me semble que ça suffirait pour bouleverser totalement le sens de cette toile, tu ne crois pas ? Elle aurait tellement plus de force… Si on y ajoutait du rouge…

Le front de Camus s'appuya doucement contre l'épaule de Milo et les doigts de celui-ci vinrent se mêler à ceux de son amour.

Ils restèrent ainsi un long moment, le temps que le tremblement de Camus s'apaise et que la douce chaleur qui avait inondé chaque fibre de Milo se retire. Alors celui-ci se retourna enfin et saisit le visage de Camus entre ses deux mains.

- Camus… Viens avec moi ?

Camus hocha la tête.


La dernière fois qu'ils s'étaient trouvés ensemble dans les appartements privés du temple du Scorpion datait d'avant la bataille du Sanctuaire. Camus jetait autour de lui des regards à la fois curieux et incertains, et Milo ne se sentait guère plus à l'aise.

Il avait tellement espéré pouvoir emmener Camus ici et maintenant sa présence lui semblait irréelle, comme ces images dont on ne sait pas si elles relèvent du rêve ou du souvenir.

Mais c'était lui qui avait voulu franchir ce pas et il devait l'assumer, ou leur histoire serait condamnée à n'exister qu'entre parenthèses.

Pour couper court au déferlement de pensées, il attrapa la main de Camus et l'attira dans sa chambre à coucher, où ils s'assirent au bord du lit. Comme quand ils étaient enfants et qu'il devait absolument lui confier un secret important, la découverte d'œufs dans un nid – « Tu crois qu'on verra les oisillons ? Et qu'on pourra les aider à apprendre à voler ? » ou une rumeur sur la présence d'un fantôme dans les catacombes du palais.

Leurs regards s'accrochèrent et se retinrent, encore un peu hésitants, comme deux adolescents avant leur première fois.

Toi. Moi. Ici.

Oui.

Un sourire comme un barrage qui cède.

La seconde d'après, ils s'embrassaient à pleine bouche, la danse impatiente de leurs langues chassant leurs dernières craintes, leurs mains partant à l'assaut du corps de l'autre, enfin libres de chercher le contact tant attendu.

La chemise de Milo ne tenait déjà plus qu'à un bouton qu'il se débattait toujours avec le gilet de Camus, les doigts tremblants d'émotion et d'envie.

- Laisse-moi faire, maladroit.

- Si tu n'avais pas des goûts de dandy, aussi…

- Ose dire que ça ne te plaît pas, ronronna Camus en taquinant du bout de l'ongle l'érection qui déformait le jean de Milo, lui arrachant un grondement.

Milo le jeta sans égards sur le matelas.

- Tu vas voir, si ça ne me plaît pas…

Il effaça le sourire de Camus d'un baiser profond avant de s'attaquer à sa gorge. Ses lèvres glissèrent en un frôlement jusqu'à la clavicule, puis revinrent pincer le point où battait le pouls du Verseau, intensifiant la pression au fur et à mesure qu'il le sentait accélérer, puis bondir au rythme de ses attentions. Il plongea vers le torse enfin dénudé, en goûta la peau lisse. Chacun des frissons que sa langue répandait dans les flancs de son amant se répercutait dans ses reins, le son de leurs respirations saccadées mettait le feu à son bas-ventre, les mains de Camus qui finissaient de le déshabiller lui tiraient des grognements à chaque attouchement.

Il revint prendre sa bouche encore, jusqu'à ce que le souffle lui manque, et caressa tendrement son visage tandis qu'il s'abîmait dans les yeux assombris par le désir qui le fixaient. Déesse… Avait-il seulement connu le sens du verbe vouloir, avant Camus, avant ces nuits et ce regard ?

Soudain Camus happa le pouce qui dessinait ses lèvres pour le sucer vigoureusement, libérant une coulée de lave dans l'aine de Milo qui dut se dégager, tendu jusqu'à la douleur.

- Tu essaies de me transmettre un message ?

- A toi de… Ah !

Sa dextérité retrouvée, Milo avait enfin débarrassé Camus de son pantalon et de son boxer et lui infligeait maintenant une caresse qui laissait le Français muet, tête rejetée en arrière et bouche entrouverte sur un halètement rauque. Milo se mordit la lèvre, hypnotisé par le spectacle de sa proie enfin à sa merci, son propre besoin croissant au rythme de sa main, encore plus, trop… Il en fut presque soulagé quand Camus attrapa son poignet et l'obligea à le lâcher.

Ils s'accordèrent un répit, simplement allongés l'un à côté de l'autre à se dévorer des yeux. Nus, ensemble, pantelants d'excitation, dans le lit du temple du Scorpion. Amis. Amants. Amoureux. Sous tous les noms et dans toutes leurs vies.

Ce fut Camus qui vint se coller contre Milo et ils s'enroulèrent l'un dans l'autre, gémissant quand leurs membres gonflés se touchaient dans leur tentative de ne pas laisser un centimètre carré de peau esseulé.

Leurs cœurs qui cognent dans leurs poitrines, leurs sexes pulsant l'un contre l'autre, leurs désirs qui se répondent et s'amplifient mutuellement, le sang qui bat à leurs tempes. Se perdre dans ce tourbillon de sensations, ne plus savoir où commence l'un et où finit l'autre.

Et des baisers encore, des dents qui impriment leur marque, de délicieuses griffures, des mains qui attrapent à pleine poignée des cheveux fous, et qui tirent, et oh ! ces décharges qui partent du crâne et électrisent chacun de ses nerfs !

Se venger sur le lobe d'une oreille, un mamelon durci, un nombril frémissant, savourer chaque feulement de plaisir.

Et enfin, l'intrusion tant attendue, la douleur exquise, le dos arqué, en demande de plus.

Enfin, s'offrir à sa proie.

Enfin recevoir Camus en lui, le sentir se frayer un chemin, dur et brûlant, jusqu'au point où tous les masques tombent. S'étendre et s'ouvrir pour l'accueillir au plus intime de son être. S'abandonner à son rythme. Le laisser partir pour mieux revenir, encore, plus loin, plus vite, plus fort, l'accompagner des reins, crier son nom et tous les mots d'amour, ne rien retenir.

Et s'embraser.


Dans une demi-torpeur, Milo caressait les cheveux de Camus.

Lorsque les dernières étincelles de leurs orgasmes s'étaient éteintes, ils étaient restés longtemps enlacés sans parler. A s'écouter respirer en ne bougeant que pour déposer un baiser papillon sur un front, une joue, une tempe. Puis son amant s'était endormi la tête sur sa poitrine, un bras autour de sa taille et les jambes mêlées aux siennes.

Le lendemain matin, il ne serait plus là. Ce n'était pas grave. Ils avaient franchi un palier, et le jeu allait continuer. Il leur restait tant de choses à apprendre l'un de l'autre, tant de complicité à partager.

Avant de s'aimer à visage découvert.

Milo sourit. Il ne doutait plus de savoir l'apprivoiser.

Sa panthère des neiges.


Merci de m'avoir lue!

J'accompagne ce petit texte d'une pensée pour celles et ceux d'entre vous qui craignent pour leur santé ou celle de leurs proches, ou prennent soin des malades. Courage.