Chapitre 8 :
Après leur dernière rencontre, la saison des pluies s'était arrêtée. Le pays et ses habitants, connaissaient chaque année, environ à la même période, le début des grosses chaleurs. Pendant les saisons froides (l'hiver en particulier), le paysage se transformait en un univers fade et chaotique. Un environnement submergé par les caprices de la saison des pluies. En effet cette dernière était instable, passant de pluies fines et chaudes à des orages destructeurs que le pays entier redoutait. Cette période était pour la plupart des habitants, une période rude et difficile à supporter car très irrégulière : le temps semblait de cesse changer d'avis. Ce qui était très déstabilisant, avec cette « saison des pluies » était la manière dont elle prenait fin : soudainement, brusquement. Il n'était pas impossible, de s'endormir avec le dernier orage de la saison au dessus de la tête et de se réveiller avec un premier rayon de soleil. Quant à la saison chaude, elle était tout comme celle des pluies, très longue et éprouvante. Au début, elle vous séduit, vous offrant son merveilleux soleil, sa douce chaleur et sa bonne odeur. Mais elle devient avec le temps aussi harassante que la saison des pluies. Elle devient au fil des semaines une lourde épreuve : les canicules obligent les populations à modifier toutes leurs habitudes et à adopter les sécurités nécessaires pour les survivre. Le paysage, quant à lui se métamorphose lui aussi: la nature prend une teinte plus claire et plus joyeuse, les gens sortent et sourissent là aussi plus souvent, les marchands sortent leurs stands et les beaux cafés de la ville installent leurs belles terrassent le monde revit.
En ce jour ensoleillé, Regina était adossée à une chaise, sous l'un des nombreux parasols d'un petit café dans le centre ville. Elle avait posé son chapeau beige sur la chaise libre à sa gauche et battait frénétiquement, la paille dans le soda qu'elle avait commandé. La chaleur était écrasante cela faisait deux semaines que la saison chaude avait pointée le bout de son nez et trois depuis que la jeune blonde et elle s'étaient retrouvées pour la dernière fois. Regina fronça les sourcils à la pensée de ce souvenir. C'était évident que leurs rendez vous n'étaient pas des plus normauxmais ceux là avaient mis Regina mal à l'aise. Tellement mal à l'aise qu'elle n'avait cessé, jour et nuit, de se rejouer leur rendez vous. Que lui avait t-il pris d'accepter la requête de la jeune femme ?
D'un revers de main elle chassa la mouche qui s'était posée sur sa main et souffla. C'était mieux ainsi, se dit Regina. Maintenant la jeune femme n'avait plus d'excuses pour sécher les cours. Au fils des rendez vous, Regina avait maintes fois suggéré à la blonde d'arrêter leurs rencontres, pour la simple et bonne raison qu'elle était étudiante et que Regina était très bien placée pour savoir quel risque la blonde prenait en séchant autant les cours.
Regina souffla. Elle s'ennuyait. Depuis que les rendez vous avec la blonde avaient cessés, Regina s'ennuyait comme un rat mort. Elle n'avait non seulement rien à faire, mais elle n'avait plus cette joie et excitation qui la poussaient à se lever le matin, se préparer ou même se nourrir.
Ce qui est désarmant avec l'ennui c'est qu'il ne se manifeste uniquement si nous n'avons rien à faire. Tant qu'une personne se trouver afférer à quelque chose, tant qu'elle pense ou s'active, elle ne se rendra jamais compte du temps qui passe. L'ennui c'était ça se rendre compte du temps qui passe, être face au fait : le temps ne s'arrête pas, le passé est irréversible et le futur n'est pas encore.
Regina rapporta son regard vers le ciel. Ce dernier était d'un bleu éclatant. Les nuages avaient depuis longtemps disparus, laissant place au dit soleil. Regina bu une gorgée de sa boisson. Sa belle peau éclatante rayonnait au contact du soleil brûlant. Elle ferma les yeux, appréciant la chaleur qui recouvra son corps, l'enveloppa et l'emporta loin, loin de tous ces ennuis et tracas qui la noyaient habituellement.
Regina ouvrit soudainement les yeux, dérangée par un cri. Elle se repositionna sur sa chaise et chercha du regard d'où venait ce cri. Après quelques secondes de recherche elle trouva non loin d'elle une -riche- cliente habillée de blanc, ou du moins blanc et beige, puisqu'une serveuse venait de renverser un dashi sur sa belle tenue. La femme s'affolait et s'adonnait à une sorte de remontrance envers la serveuse qui, était à la fois au bord des larmes et à la fois au bord de la crise de rire.
La scène se finit quelques minutes après, la pauvre serveuse renvoyait en cuisine par son patron, et la cliente remboursée non seulement pour sa commande mais pour les coûts que son pressing lui imposerait.
Après ce spectacle mi-divertissent mi-gênant, une Regina ennuyée posa la tête sur sa main droite comme ci elle n'avait pas la force de la tenir. Elle s'ennuyait à mourir et elle aurait fait tout pour que quelque chose d'inhabituel lui arrive.
Pour être honnête, pensa Regina, j'aurais souhaité que la saison des pluies se termine pas.
-Hé ! S'écria Neal.
Emma se retourna vers son frère debout à côté de l'entre porte, deux géants cartons entre les mains. Emma s'appuya d'une main sur le sol en bois et d'une autre essuya son front suant. Cela devait faire sept heures qu'Emma avait rejoins son grand frère afin de lui donner un coup de main pour son emménagement. Elle s'était levée exprès au levé du soleil afin d'accorder à son frère le plus de temps possible, et de ne finir pas trop tard afin d'enchaîner ensuite avec son job au restaurant. Tous les deux s'étaient alors affairés au alentour des huit heures. Ils avaient tout d'abord fait le ménage dans les grandes salles, pour ensuite y installer les meubles les plus imposants et avaient finis par ouvrir un tiers des cartons afin de ranger le stricte minimum pour les jours à venir. Neal vivait avec sa petite amie et les deux avaient nécessairement besoin du minimum pour vivre.
Emma poussa un gémissant au souvenir du gros canapé et de la lourde étagère de la cuisine qu'ils avaient du transportés. Ces derniers temps elle n'arrivait pas à dormir plus de cinq heures d'affilées et les cernes sous ses deux yeux en prouvaient les dires. Entre ses créations et son boulot au restaurant, Emma sentait la fatigue la submerger. Elle avait heureusement été sauvé grâce aux vacances qui avaient commencé il y a de là, une semaine.
-Merci pour ton aide, lui dit Neal. Tu veux manger quoi ? Lui demanda son frère en posant un des derniers cartons dans le salon.
Emma était assise à au bord du salon, une fine couche de sueur sur l'ensemble du corps, un mouchoir dans la main et une bouteille d'eau dans l'autre. Ses jambes allongées sur le sol de la terrasse, Emma réalisa qu'elle s'était perdue dans ses pensées.
-Désolée, je dois rentrer ce soir.
En apercevant le regard confus de son frère, Emma expliqua :
-Je dois bosser ce soir, soupira t-elle.
-Hein ? A cette heure là ? Demanda t-il.
Ne recevant aucune réponse de sa sœur Neal posa une main sur l'épaule de sa sœur :
-N'en fais pas trop quand même ! Si tu veux je peux t'aider un peu financièrement.
Emma regarda alors son frère se fut la toute première fois que son frère lui proposait cela. Non pas que Neal soit radin, mais il n'avait jamais prêté attention aux affaires de sa sœur et encore moins à ses affaires budgétaires.
-C'est bon ça va, répondit t-elle en détournant le regard. Je vais me débrouiller toute seule.
Un peu plus tard dans la soirée lorsque Emma était affairée dans les cuisines du restaurant, ses mains dans la mousse des lavabos qui grouillaient de dizaines de casseroles, poêles et wok, elle ne pu s'empêcher de penser à la belle inconnue qu'elle n'avait pas vue depuis une semaine maintenant.
Les vacances sont arrivées sans que je puisse retourner au parc, pensa Emma. Avec le déménagement de son frère, ses travaux manuels et son job, c'était tout simplement impossible.
Depuis le début des vacances, Emma n'avait cessé de travailler sur ce prototype qu'elle souhaitait donné à la belle brune. Il était vrai qu'elle se donnait corps et âme à son boulot, études et proches, mais en réalité ses pensées étaient uniquement – et secrètement- dirigées vers la brune.
Emma souffla et claqua la surface de l'eau mousseuse, l'eau envoyée atterrit directement sur son visage et son tablier. Emma gronda.
Cette femme me rend folle, pensa Emma. Depuis leur première rencontre Emma n'avait cessé de penser à elle, rêver d'elle et même, avoir envie d'elle. A mon âge, pensa Emma, toutes les filles ont déjà eu un petit ami ou un béguin. Jusqu'à présent Emma n'avait jamais eu une seule relation avec quiconque ou même un seul béguin. Elle se claqua mentalement : non seulement elle était tombée amoureuse d'une fill- d'une femme, mais en plus de cela elle devait avoir dix ans de plus qu'elle.
Sans compter qu'elle doit sûrement être prise, pensa Emma. Cette dernière se mit alors à penser très fort, à se souvenir si lorsqu'elle avait examiné la brune, elle avait aperçu une bague de fiançailles ou de mariage sur sa main gauche... Impossible de se souvenir.
Elle fut soudainement ramenée sur terre lorsqu'un de ses supérieurs arriva en cuisine :
-Passe en salle dès que tu auras fini la vaisselle ! Lui dit il.
Emma rapporta son regard sur son collègue et le vit en sueur :
-Avec ce groupe qui vient d'arriver, c'est le rush ! Dit il en sortant des cuisines.
-D'accord ! , lui répondit Emma.
J'ai travaillé presque tous les jours..., pensa Emma. Avec les outils,le cuir et les frais de scolarité, Emma n'avait jamais ni assez d'argent ni assez de temps.
-Ouah ! Cria Emma de mécontentement.
Allongée sur le sol de son atelier, les jambes sous son bureau, et la tête entre les mains, Emma gronda une énième fois de plus. Il était une heure du matin et elle venait de se rendre compte qu'elle avait, par inadvertance, pris une mesure erronée de la forme, lors de la construction de son patron.
-C'est pas possible, bon sang ! Cria t-elle. Ça ne suffira pas, c'est évident ! Se maudit elle. Je me suis trompée dans le patron, fait chier !
Elle ouvrit les yeux et fut aveuglée par le spot de lumière qui se trouvait au dessus de ses yeux. Elle ferma une seconde fois les yeux et se massa les tempes.
-Je vais devoir recommencer après tant de travail, glissa t-elle, les dents serrés.
Après, ce qui sembla une éternité Emma s'appuya sur les bras et se leva. Elle regarda son bureau en pagaille, les crayons, les gommes, les mètres, les formes, les livres.. : son livre. Emma tendit le bras et attrapa délicatement le livre que lui avait offert la brune « chaussures artisanales : mode d'emploi ». Emma rougit aux souvenirs qui lui traversèrent l'esprit : la première semaine elle avait était incapable de s'en séparer, allant jusqu'à l'apporter dans ses cours, le feuilletant lorsque les professeurs ne prêtaient pas attention à elle.
Emma réalisa tout à coup qu'elle n'avait même pas envisagé abandonner son travail et que si elle l'avait fait, elle aurait eu honte d'elle même. Elle était tout simplement incapable d'abandonner son projet pour la brune. Elle en était incapable tout d'abord parce que c'était logiquement et théoriquement tout bonnement impossible elle pensait à elle, s'organisait en fonction d'elle.. et vivait pour elle. Et aussi, parce qu'Emma s'était jurée de lui offrir une paire de chaussures digne de la femme qu'elle était. Elle s'était consacrée à la création de chaussures que lui donnerait envie de marcher sans retenue, qui lui donnerait envie de marcher tout court. Et ça, c'était son objectif.
Regina était comme à son habitude, recroquevillée sur son canapé. La respiration saccadée et les yeux humides. Le tout accompagné d'une odeur lourde et asphyxiante qui accentuait son mal de crâne. Les mains de cette dernière étaient cramponnées à ses chevilles, ses ongles plantés dans la chair de sa peau, comme si elle s'accrochait à elle comme à la vie elle même. Pourtant, le visage fermé de Regina et le silence pesant en disaient bien long sur le ressentiment de la brune sur sa propre vie.
Il y avait des nuits où Regina passait des heures sur ce canapé, recroquevillée à s'en briser le dos. Des nuits entières où chacune de ses pensées s'écrasaient les une entre les autres, se contredisaient, comme si chacune avaient plus de sens que les autres ou comme si elle essayaient d'être plus utiles les une des autre, alors qu'au final, elles perdaient et étouffaient Regina.
Lorsque Regina sentit des fourmis dans ses jambes et son dos la lançait de plus en plus, elle retira lentement ses mains de ses chevilles : dépliant ses fins doigts, eux aussi engourdis et froids. En se redressant elle gémit lorsque son dos craqua, puis s'allongea du mieux qu'elle pouvait sur son petit canapé.
Lorsque le silence et la fatigue l'emportèrent presque dans un profond sommeil, Regina se redressa en position assise et regarda enfin ses chevilles. Ces dernières étaient blanches et craquelées de bleu et violet. Regina leva un sourcil lorsqu'elle aperçu des traces rouges et compris elle s'était elle même égratignée. Sans chercher du regard, elle tata et attrapa sous le canapé un peau de crème à la cire d'abeille, que sa grand mère avait l'habitude de faire elle même. Elle ouvrit de ses doigts froids le couvercle et passa lentement la crème sur ses chevilles.
Lorsqu'elle posa la première couche de crème sur ses pieds, Regina pensa de nouveau à elle. Cette idiote qui ne la laissait jamais tranquille : toujours dans ses pensées, toujours dans ses souvenirs. Regina se rappela alors la manière dont la jeune blonde eut pris son pied, la manière dont elle l'effleura, le massa presque. Elle se rappela la manière dont sa peau contre la sienne la fit frissonner. La manière dont elle ferma les yeux pour chasser toutes ses mauvaises pensées qui lui étaient alors passées par la tête lorsque la blonde avait posé ses deux mains sur son pied froid. A t-elle senti cette chaleur m'envahir lorsqu'elle m'effleura le pied ? Se demanda Regina.
Regina secoua la tête, sentant la scène se reproduire une énième fois dans la tête : l'odeur de la pluie, la chaleur dans son ventre et le regard de la blonde sur elle. Non, non je ne dois pas penser à cette fille, pensa Regina. D'autant plus qu'elle doit au moins avoir douze en de moins que moi. Regina se gifla mentalement, se maudissant d'être aussi ébranlée et pathétique face à cette jeune femme.
Regina se rallongea, posant sa tête contre l'accoudoir de son canapé et fermant les yeux : en vain. Le visage diaboliquement angélique de la blonde apparaissait, forçant coûte que coûte les remparts que Regina avait pris tant de temps à construire autour d'elle. Regina aurait aimé dire que les rendez vous réguliers que la blonde et elle avaient convenus, étaient la cause de son attachement envers la blonde. Mais Regina savait au fond d'elle, que le premier regard qu'avait posé la blonde sur elle, l'avait chamboulé au plus profond de son infect être.
Regina pensa alors aux belles et honnêtes paroles de la blonde et plus particulièrement à sa proposition.
Cela c'était passé il y a de ça quelques semaines, un jour de pluie, lorsque Regina et la blonde avaient longuement discuté du rêve de cette dernière. La discussion avait dérivé sur la dernière création de la blonde, ou du moins le début de ce qui allait être sa dernière création. La blonde s'était finalement tournée vers Regina et avait, de son habituel sourire enfantin, proposé :
-Accepteriez vous de les porter une fois terminées ? Avait elle demandé d'une voix légèrement tremblante.
Regina avait ouvert la bouche et l'avait immédiatement refermé, ne sachant que dire. Aujourd'hui, elle savait bien que cela était faux si elle avait écouté son cœur elle aurait dit à la blonde qu'elle n'avait rien autant souhaité de sa vie que de les porter. Mais à la place elle détourna le regard de la blonde, préférant la vision du lac du parc. Elle avait senti la blonde se crisper et l'avait alors regardé, comme elle ne l'avait jamais fait : pleine de sous entendu et de sentiments. La blonde avait alors souri n'ayant nul besoin d'autres réponses.
Pourtant aujourd'hui Regina regretta son choix. Elle regretta d'avoir ouvert son cœur à la blonde. Elle regretta de l'avoir sans, s'en rendre compte, embarqué dans une relation à sens unique et de l'avoir fait espérer. Parce qu'aujourd'hui Regina savait qu'elle ne la reverra plus jamais et qu'elle ne pourrait en conséquent pas tenir sa promesse. Elle savait aujourd'hui qu'elle devait mettre fin à cette mascarade.
Et pourtant, Regina ne pouvait cacher ce sentiment qui était planté en elle l'impatience de voir la pluie arriver.
Lors de la dernière semaine des vacances, Emma fut réveillée par un son qui lui avait horriblement manqué : le bruit des gouttelettes d'eau s'abattant sur sa fenêtre. Elle s'extirpa de son lit, un peu trop vite, avec comme envie de balader son regard sur l'horizon, et tomba au sol à cause des vertiges qui la prirent. Se frottant les tempes puis le crâne, Emma se releva et aperçu sa vitre floutée par les centaines de gouttes accrochées au verre. Elle posa la main contre la vitre et sentit monter en elle une chaleur exaltante. Son ventre se tordit de ce sentiment de joie mêlé à un sentiment d'excitation de peur.
Emma se retourna, prête à entamer la journée qui s'annonçait d'emblée merveilleuse mais s'arrêta lorsque son regard se posa sur la petite table du salon. Emma vit les quelques papiers répandus sur le meuble et réalisa qu'il lui était impossible de rejoindre la brune aujourd'hui.
Emma ragea intérieurement elle ne pouvait pas rater cette journée de portes ouvertes. Elle avait attendu ce jour toute sa vie. Les écoles cordonnières n'ouvraient qu'une fois par an ses portes aux élèves qui voulant se spécialiser dans l'artisanat. C'était tout simplement aujourd'hui ou jamais. J'ai travaillé tellement dur pour en arriver là, pensa t-elle.
Emma se mordit la lèvre : sa décision était prise.
Ce matin là, lorsque Regina s'était paresseusement levée de son lit, elle ne put retenir le cri de joie qui la transperça. La pluie était finalement réapparue. Elle fut honteuse de constater que ces derniers jours elle avait presque oublié ô combien la pluie lui manquait. Regina balaya rapidement ce sentiment par l'excitation de revoir la jolie blonde.
Regina s'était préparée durant toute la matinée jupe crayon noire et chemisier couleur crème. Elle avait habillée ses pieds de jolies chaussures blanches fermées, parsemées de strasses beiges. Elle avait préparé un semblant de bento, avec un étage de riz et un étage de crudités.
Lorsqu'elle était arrivée devant le kiosque elle fut déçue de n'apercevoir aucune tête blonde, mais fut soulagée de voir la pluie battre toujours son plein. Elle s'assit, ouvrit une bouteille de cidre, et se versa un verre. Puis deux. Puis trois.
Lorsque Regina finit sa bouteille et que la blonde ne fut toujours pas là, Regina rangea ses affaires et partit.
-Pfiuuuuuuu ! Souffla une Emma fatiguée. La journée avait été longue : elle avait difficilement trouvé le lycée (n'étant pas très connu et réputé), avait dû longer l'établissement le long en large pour finalement trouvé la salle de réunion avec 40 minutes de retard.
Plusieurs tables occupaient l'espace, comme pour former des stands et des dizaines de personnes y étaient regroupées autour. Emma avait pu poser toutes les questions qui l'angoissaient pour son avenir et rencontra même d'aimables futurs élèves, dont deux garçons qui lui donnèrent leur mail.
Emma arriva à 17h chez elle, exténuée avec un sac entier rempli de prospectus et formulaires. Elle passa encore deux bonnes heures à découvrir les sites et vidéos qui étaient indiqués sur ces prospectus et daigna s'arrêter lorsque son ventre lui cria famine.
Elle partit cuire du gohan et revient dans son atelier une trentaine de minutes après avec son bol de dashi et de gohan. Lorsque Emma s'assit à sa table basse elle buta contre son sac de cours.
-Faudrait que je pense à faire mes devoirs un de ses quatre, dit Emma en regardant son calendrier.
Emma balaya du regard son agenda et décida de s'attaquer à ses devoirs de japonais*. Elle étira son bras afin d'attraper le petit recueil de poème que lui avait demandé d'acheter son professeur de littérature classique, Mr. Takehara. Emma ouvrit le fin recueil et s'arrêta subitement lorsque son regard croisa un waka familier :
« Le Dieu tonnait
Ne gronderait-il pas un peu
La ciel se couvrir
Et la pluie se déverser. »
Emma releva la tête et sa mâchoire tomba : elle était là, en face d'elle. L'inconnue ne cessait de revenir. J'ai des flash de cette femmes tous les jours, ragea Emma. Emma ferma violemment le recueil et l'inconnue disparue.
J'ai envie de la revoir, mais je ne peux pas rester la gamine que je suis,se dit Emma. Tant que je ne serai pas pas en mesure de la soutenir un peu, je m'abstiendrai, conclu t-elle. Je ne retournerai pas là bas avant d'avoir terminé ces chaussures.
-Oui. Voilà, acquiesça Regina au téléphone.
Regina avait décidé d'appeler son père, afin de lui parler de son déménagement et de ses plans futurs. Elle n'avait pas imaginé que son père et elle aient autant de choses à se dire, n'ayant pas de rapports particuliers depuis les événements passés.
Une heure s'était passée et Regina était toujours avec son père au téléphone. Elle tentait dorénavant de finir ses cartons avec sa main main gauche ayant en main droite son portable.
-Je comptais envoyer mes habits et mes livres d'abord..
Regina hocha la tête :
-Oui je prends l'avion dans deux semaines, dit elle à son père.
-Ah ça... grinça t-elle des dents. Je m'en occuperai à mon retour. Ne t'inquiètes pas papa, je ferai autre chose. J'aimais bien ce métier mais avec un peu de recul je comprends que ce n'était pas fait pour moi.
Son regard croisa un recueil de poème : Les chroniques de Sarashina. Elle dit alors à son père, pour couper court :
-Ça ira papa. Passe un bonne soirée et.. passe le bonjour à maman. Oui, oui. Bonne nuit, Regina raccrocha et lança son téléphone sur son canapé.
Regina prit le recueil dans les mains et se remémora les heures passées à lire les centaines de livres qu'elle empruntait à la petite médiathèque au coin de la rue, qui avait fermé il y a de ça dès années. Je suis vraiment mal placée pour les remontrances, pensa alors Regina.
Regina ferma les yeux, sentant ces derniers devenir humides. Son menton commença à trembler.
Avant de partir, j'aurais aimé le revoir, une larme glissa sur ses joues et alla se coincer dans la jointure de deux pages. Juste un dernière fois.
Les vacances prirent fin sans qu'Emma puisse véritablement s'en rendre compte. Elle ne fit aucun de ses devoirs et ne vit pas non plus la brune. La première semaine fut assez rude. Emma, afin de payer les frais scolaires, dû enchaîner après les heures de cours quelques heures au restaurant. Elle n'avait logiquement plus de temps pour la paire de chaussures destinée à la brune mais arrivait à se dégoté un peu de temps le soir après les heures de service.
Une journée, durant la deuxième semaine de cours, Emma croisa deux camarades : Amy et Chad. Ces deux élèves n'étaient pas exactement dans la même classe d'Emma, partageant avec cette dernière seulement les cours de langues étrangères. Pourtant, les trois élèves s'étaient plutôt bien entendus lors de leur première rencontre, lors de leur première année au club d'art du lycée. Amy était une très belle fille, brune, des petits yeux verts en amande et une petite physionomie. Chad son meilleur ami était lui aussi très beau, des cheveux châtains longs et ondulés. Les deux n'étaient pas sportifs mais gardaient une belle carrure. Amy était très susceptible et loyale alors que Chad était à première vue quelqu'un de détaché et de déconneur. Ce dernier interpella Emma dans les escaliers du bâtiment B, dédié aux options :
-Emma Salut ! Ça fait longtemps dis moi !
-Salut, salua Emma. Lorsqu'elle arriva face à eux, Emma réalisa à quel point leur teint de peau avait changé :
-Wow, rit Emma, vous avez.. bien bronzé !
-On a été souvent à la mère durant les vacances. Et toi Emma ? Demanda Amy.
Emma se frotta la tête :
-J'ai bossé sans arrêt, dit elle embarrassée.
-Quoi sans arrêt ?!
-Ta vie de lycéenne est bien ennuyante, rit Amy en se mettant en route vers le couloir du deuxième étage.
-Mais je sèche les cours quand ça m'arrange ! Rit Emma en suivant ses camarades.
Chad tourna la tête vers Emma et parla plus sérieusement :
-C'est vrai que durant le premier trimestre tu séchais souvent le matin, lui avoua Chad. Amy hocha la tête.
-Oui.
-En faite.. Emma s'arrêta non seulement de parler mais aussi d'avancer. Son teint devint blanc et les traits de son visage changèrent soudainement.
Lorsque Emma se retourna elle rencontra de regard d'une des femmes qui venaient de passer. La seule femme qui arrivait à la faire perdre tous ses moyens, la seule qui lui fait perdre la voix et la tête. L'inconnue était en face d'elle, dans son lycée et dans le même couloir qu'elle. Ses yeux étaient tout comme les siens , tout écarquillés elle la fixait. Aucuns doutes, elle l'avait aussi reconnu.
Les pensées d'Emma furent interrompue par la voix stridente d'Amy :
-Hein?! Ma-mademoiselle Mills ! Cria Amy en se précipitant sur cette dernière :
-Vous allez mieux? Demanda haletante Amy.
Chad tenta d'attraper la main d'Amy mais sans succès :
-Amy, ce n'est peut être pas le moment, dit il en fixant les enseignants qui entouraient miss Mills.
Amy resta quelques secondes de plus au près de la brune tentant de lui soutirer des informations. Mais Emma ne faisait plus la différence entre la voix perçante d'Amy et les battements lourds de son cœur.
-Mills...est venue au lycée, déclara stupéfait Chad.
« Mademoiselle Mills » ?
Et voilàààààààà! argh je sais j'ai beaucoup beaucoup beaucoup traîné ! pour vous dire, j'ai écris plus de la moitié de ce chapitre ce week end parce que je m'étais dis que je voulais absolument poster ce fichu chapitre qui j'espère vous a plu (oui ..? non ? pas trop ^^ ) dites moi tout ça dans les reviews! (et pardon pour les fautes qui ne cessent de se multiplier..)
je vous revois pas de si tôt voyant les bacs blancs et les D.S arriver à tout allure x)
j'espère encore une fois que ce chapitre n'aura pas été décevant (d'autant plus que c'est le plus gros que j'ai écris huuu)
de gros bisous,
mey
