Chapitre 9 :
Après la surprenante et inattendue rencontre entre mademoiselle Mills, Emma et ses camarades, les chemins de ces derniers se dispersèrent.
Dans un premier temps, Monsieur Itô s'interposa entre mademoiselle Mills et Amy, cette dernière incapable de libérer sa professeur de littérature, pleurant à chaude larme, cramponnée à son bras. Chad, pourtant de nature assez réactive et protectrice, ne bougea pas d'un pouce, scotché à côté d'Emma, les yeux écarquillés comme s'il venait de voir passer un fantôme :
-La petit Mills est revenue, elle est revenue, avait répété Chad inlassablement.
Monsieur Itô, après s'être débarrassé d'une Amy effondrée et perdue, avait passé un bras protecteur atour de la taille de la petite brune et lui avait soufflé d'encourageantes paroles, dont Emma ne prêta guère attention. Non, toute son attention resta focalisée sur le corps de son professeur de sport contre celui de « mademoiselle Mills ».
Après le départ des professeurs et le discours de Chad, Emma fut incapable de prononcer le moindre mot, de bouger un seul de ses muscles et oublia même sur le moment de respirer. Emma voyait rouge, bleu et vert. La blonde souhaitait à la fois rire, crier et pleurer.
Emma aurait été sur le moment incapable de retranscrire avec des mots ce qui se passait alors dans sa tête. Tout simplement parce qu'au moment présent sa tête était un bazar. Un putain de chantier où elle n'était point acteur mais victime, ou du moins spectatrice du bordel qui s'y faisait.
Dans la tête de la jeune femme, des millions d'informations s'entrechoquaient, comme si chacune d'elles avaient en effet, non seulement un sens mais aussi un lien avec tout ce qui venait de se passer. D'un côté Emma était convaincue d'avoir chaque élément du puzzle qui se trouvait devant ses yeux, et d'un autre côté ces mêmes pièces semblaient s'opposer. Tout semblait tellement comique que Emma tenta elle même de se persuader que rien de tout ça ne fut vrai.
Emma ferma alors les yeux, prit sa tête dans ses deux fines mains et se mordit la lèvre, retenant ainsi ses larmes de couler sur ses chaudes joues. Murmurant des dizaines de mots incompréhensibles même à son propre entendement, Emma réalisa alors qu'elle aurait, à ce moment précis, donné tout ce qu'elle possédait afin de revenir au bon temps. Le temps où elle et son inconnue se rencontraient sous leur kiosque. Le temps où l'unique chose pour laquelle elle devait s'inquiéter était de savoir si la pluie serait au rendez vous ou non.
Emma réalisa ensuite très vite, que son comportement était stupide et immature qu'on ne pouvait rien effacer et que tout ce qui était arrivé, était arrivé et serait arrivé quoiqu'il soit.
Emma renifla sans aucune délicatesse et réalisa que les larmes qu'elle avait vainement tentées de retentir avaient finalement coulées le long de ses joues. La blonde, toujours sur le toit du bâtiment A, tenta de se remémorer les paroles de Chad -afin d'y mettre plus d'ordre-.
-Tu ne savais pas ? Demanda alors Chad, ce dernier balançant frénétiquement sa balle de base-ball contre le sol.
Après la rencontre avec miss Mills et les professeurs qui l'accompagnaient, les trois camarades montèrent coûte que coûte sur le bâtiment A, dépités et abasourdis. Chad avait alors passé son bras sur les épaules d'Amy, tentant tant qu'il pu de la réconforter, compatissant plus que ses camarades l'auraient imaginé à la douleur qui les avait transpercées.
Chacun avait pris place contre les rambardes en métal du toit, et s'était tu durant une bonne dizaine de minutes incapable de briser le silence lourd qui les enfermait tous. Amy et Chad avaient fait semblant de ne pas voir les mains tremblantes d'Emma qui tentaient vainement de rester en place. Amy fut bien trop accablée par son propre chagrin pour comprendre ce qui se dessinait devant elle, mais Chad lui, comprit. Il comprit lorsque son regard se porta sur Emma. Lorsqu'il aperçu les traits raides de son visage et ses yeux rouges. Il comprit que son silence signifiait bien plus qu'aucun autre.
Ce fut alors Chad qui se leva le premier et qui brisa le silence en jurant comme il ne l'avait jamais fait. Il lança ensuite sa balle de base-ball et Emma la rattrapa afin de la lancer à son tour, évacuant la colère qui paralysait chacun de ses membres. Amy quant à elle resta face à eux assise, les mains encerclant ses propres jambes.
Lorsque Chad osa demander à Emma si elle avait eu jusqu'à là écho de la démission de Mills, Emma lui répondit qu'elle ne la connaissait même pas.
Chad réceptionna la balle avec laquelle lui et Emma se faisaient des passes et répliqua :
-Ah oui, tu avais le vieux Takehara comme prof de litté c'est ça ?
-Oui, souffla Emma sur un ton lasse.
Emma fut étonnée lorsque pour la première fois depuis un quart d'heure Amy s'adressa à eux :
-Tu vois, commença t-elle, mademoiselle Mills n'a rien à voir avec les autres professeurs. Déjà parce qu'elle est largement plus jeune que la plupart des professeurs mais aussi parce que son visage, son physique... son être tout entier transpire d'une essence divine, d'une beauté et d'une gentillesse qui nous emprisonne dans un cocon de bienveillance.
Elle parlait avec des mots si doux et d'une manière si harmonieuse qu'Emma et Chad la fixèrent avec de gros yeux. On avait pas l'impression qu'elle s'adressait à Emma ou même à Chad, mais simplement qu'elle relatait une tragique histoire. Amy prenait son temps, articulait et accentuait d'une telle manière ses mots qu'elle semblait déjà s'être raconter cette histoire.
Amy continua :
-Mademoiselle Mills n'était pas comme les autres profs, elle nous traitait également et avec respect. Ne te méprends pas il arrivait qu'elle se mette en colère et qu'elle devienne stricte, mais même si c'était le cas, ses mots raides étaient toujours plus bienveillants que froids. Elle tenait à son boulot car elle l'aimait le rapport avec élèves, l'échange de connaissances, tout ça. Elle ne nous traitait pas comme des enfants, et si certain l'était vraiment elle arrivait par des paroles magiques à les rendre .. moins offensifs.
Elle fit une pause, prit une longue respiration et continua avec cette fois ci une voix tremblante :
-Mais avec tout ça... comment dire.. quelqu'un a commencé à se faire des films tu vois ? C'était un mec de première, un mec plutôt populaire et toujours entouré. Il avait une copine d'ailleurs à l'époque. Lorsqu'il a fait, ou du mois il paraît que lorsqu'il aurait fait ses avances à Mills et qu'elle aurait refusé d'emblée, il se serait vexé de son refus et aurait lancé quelques rumeurs aussi stupides les unes que les autres à son sujet. Le truc c'est que sa copine de l'époque, une fille de première, elle aussi très populaire au lycée, aurait entendu toute l'histoire et se serait alors entêtée à pourrir la vie de miss Mills. Ça a commencé avec des paroles froides et des insultes, puis cela s'est vite transformé en actes moins « pacifistes » : boulettes de papiers lancées en cours, casier ravagé et des immondes rumeurs lancées à son sujet.
Amy s'arrêta afin de se moucher puis reprit :
-Ça a commencé en début d'année et a duré tout le troisième trimestre*. Plus ça allait et plus les cours de Mills ne ressemblaient à rien, - tout comme sa réputation d'ailleurs. C'est à dire que comme ses absences se faisaient de plus en plus régulières et les rumeurs de plus en plus cruelles tout ça finit par remonter jusqu'aux parents et bientôt, ces derniers formèrent un groupe afin de faire pression sur mademoiselle Mills afin qu'elle démissionne.
Chad lui coupa la parole et expliqua ensuite à Emma :
-On a demandé au conseil ce qu'on pouvait faire mais ils nous ont répondu que ce n'était pas nos affaires. Elle s'est quand même accrochée, dit-il en parlant de la brune, en venant jusqu'au mois d'avril.
-Mais alors pourquoi avoir démissionné ? Demanda Emma confuse.
-D'après ce que j'ai entendu, une classe de première aurait boycotté, répondit Chad.
-Un boycott ? Répliqua Emma déboussolée.
-Oui, les classes ne changent pas dans notre lycée. Ça a dû créer un mouvement de cohésion très fort entre les élèves. Une élève très studieuse qui n'aurait pas suivi le boycott se serait violemment emportée envers Mills, cette dernière étant étonnée de ne voir que deux personnes présentes dans son cours. Elle lui aurait demandé pourquoi cela lui importait tant de continuer ses cours, puisqu'ils n'en n'étaient plus. Elle aurait ajouté qu'elle était inquiète pour ses études parce que cela faisait plusieurs mois qu'elle n'avait pas eu un cours digne de ce nom. Et elle aurait quitté la classe en lui criant qu'elle en avait sa claque car quoiqu'elle fasse, si elle allait se plaindre au conseil cela retombait toujours sur elle. Du coup après ça, on.. imagine que miss Mills aurait abandonné ses cours car elle avait enfin réalisée qu'elle était devenue tout simplement inutile.. voir encombrante, lâcha difficilement Chad.
-Mais c'est injuste ! Cria Emma.
-Oui.. ce n'est même pas la faute de mademoiselle Mills, renifla Amy. Le coupable c'est ce lycée qui a laissé faire. Amy avait prononcé le mot « lycée » avec une touche de dégoût profond, de colère et d'impuissance. Seulement... cette classe qui posait problème avait cours juste après nous. Le visage de miss Mills se crispait dès que la sonnerie retentissait. Tu vois ce n'était qu'une expression, rien de plus, mais c'est là que j'ai compris qu'elle se forçait qu'elle se forçait à sourire et à enseigner.
Et à marcher, pensa Emma. Plus ses camarades lui narraient l'histoire de miss Mills, plus Emma se vit être privée de ses mots. Tout, sa rencontre avec l'inconnue, sa manière d'être, son refus, son sourire, tout lui semblait former une ligne cohérente qu'elle avait durant tous ces mois derniers, essayait à parvenir de déceler. Le secret de cette inconnue de la manière de cacher sa bouche à sa manière si spéciale de réciter ses poèmes, tout semblait enfin se présenter à Emma de façon clairvoyante. Pourtant, malgré les réponses longuement attendues, Emma eut envie de pousser un cri de mécontentement, de refus. Tout ça n'était pas possible. Tout ça n'était pas les réponses qu'elle avait voulu avoir. Cette horrible histoire d'harcèlement ne pouvait pas être la raison de leur rencontre et de leur attachement réciproques. Emma avait lâchement cru à une histoire de destin, de ligne toute tracée. Emma avait imaginé que deux êtres pouvaient naître et vivre par unique but de chercher l'être aimé. Elle n'avait jamais imaginé une seule seconde que son inconnue avait vécu toute cette vacherie -puisqu'il fallait appeler les choses par leur nom-. Emma avait une fois de plus était incapable de voir le malheur et la dure vérité là où elle préférait voir un tissu de mensonge idyllique.
La voix de sa camarade, ramena Emma à la réalité :
-Personnellement, quand j'ai appris que mademoiselle Mills allait démissionner j'ai eu le cœur gros et ça m'a attristé, pleura Amy. Mais cela m'a aussi un peu soulagée, souffla t-elle tout bas, comme si elle même eu du mal à avouer son sentiment.
Chad vint vers Amy et lui apporta un mouchoir et un peu de réconfort physique la prenant dans ses bras et lui frottant le dos par des ronds répétitifs.
-Dis, commença Emma ce qui attira l'attention de ses deux camarades, ces élèves tu connais leurs noms ?
-Qu'est ce que tu veux la seconde ? Cracha un garçon trois fois plus gros qu'Emma -et sûrement deux fois plus grande qu'elle-.
Emma n'avait pas perdu une seconde et même malgré les cris de ses amis elle avait foncé vers le bâtiment B à la recherche cette fille de première.
-C'est toi Aizawa ? Demanda Emma en articulant avec colère chaque syllabe, comme si de son énonciation rageuse, des éclairs pouvaient attaquer ces idiots d'élèves.
-T'es qui ? Demanda une brunette assise derrière Aizawa, plus fine et plus niaise.
-De quoi ? T'es amoureux d'elle ? Lança un garçon assit à gauche d'Aizawa, sur une table de cours.
Puisque Emma ne reçue aucune réponse de la dite Aizawa, elle s'approcha d'elle se planta droite et serra ses mains :
-Il paraît que mademoiselle Mills démissionne.
La remarque d'Emma lui attira les rires des élèves et le regard ébahit de la blonde :
-Et alors ? Cracha Aizawa. C'est pas mon problème, lui dit elle en passant les doigts dans ses cheveux.
Emma fut tellement surprise de sa réponse qu'elle ne sut que dire et rougis de honte. Aizawa continua, poussée par une confiance arrogante :
-Je m'en fou de cette vieille garce !
Ce fut tout d'abord le son qui résonna dans la classe qui glaça le sang des élèves. Ce fut ensuite le cri et le visage rougit d'Aizawa qui les fit réagir.
-Pour qui tu te prends putain ? Cria la jeune blonde.
Tout s'enchaîna ensuite très vite, et la première chose qu'Emma sentie fut le craquement de son dos, lançait contre l'un des casiers du lycée. La seconde chose fut l'immense corps du copain d'Aizawa postait en face d'elle.
-T'es qui toi hein ? Lui demanda la brute.
Emma fut surprise par son propre cri strident qui claqua contre les murs du couloir. Elle ressentie ensuite de plus en plus la source de la douleur : le garçon ne faisait que lui assener des coups dans les jambes d'une violence à chaque fois plus forte. Ce ne fut que lorsque les coups arrivèrent vers son buste et son visage qu'elle parvint à entendre les insultes :
-Elle doit être amoureuse de Mills ! Ça me dégoûte !
-Comment t'es grave !
-Vous voyez bien que c'est une pute, finalement !
-Comme je te plains .. Mills, cette salope !
Ce fut en écoutant ces insultes fusaient que Emma se rappela de son inconnue :
« J'ai encore séché le travail »ou encore « Ce n'est plus qu'un passe-temps ». Chaque phrase prononcée prenait un sens qu'Emma haïssait chaque seconde un peu plus. La haine pour ces personnes se frayait un chemin dans le cœur d'Emma et bientôt la douleur causée par les coups assenés par les élèves ne se faisait plus ressentir. Seule la haine et le dégoût persistaient dans la bouche d'Emma.
-Tu préfères les femmes ? Et les vieilles en plus ? T'es foutue, ma fille. Cracha une première.
-Les filles de ta classe te suffisent pas c'est ça ? Rigola une autre.
-T'es allée jusqu'où avec elle ? Demanda un garçon
-Mais putain ! Dis quelque chose !
Cette femme a entendu des saloperies pareilles au quotidien, pensa alors Emma. Elle a encaissé les insultes, les regards, les chuchotements, les rumeurs. Plus Emma encaissait les coups, plus elle se sentait lentement partir. Son esprit semblait stopper la connexion entre son corps et son cerveau la douleur se faisait de plus en plus petite, discrète, bientôt absente. Un sourire apparu sur les fines lèvres d'Emma : il y a de ça, même pas quelques heures, il lui aurait été douloureux de penser à son inconnue alors qu'elle était maintenant reconnaissante à son esprit de n'avoir comme objet de pensé que cette belle brune. Emma fut consciente de ce qu'elle s'accordait de faire, ou plutôt de ce qu'elle leur accorder de faire, la tabasser jusqu'à ce que la douleur l'emporte. Elle était consciente de ce qui se passait dans son esprit : elle les permettait de la tabasser afin que la mauvaise conscience qui s'était creusée un chemin dans son cœur s'efface. Cela marcherait-il ? Emma n'eut pas la possibilité d'y penser. Son cerveau lâcha peu à peu, et bientôt tout ce qu'elle put percevoir fut un lourd bruit puis le néant.
Elle,
La fée des pluies,
Mademoiselle,
Pourquoi ne m'a-t-elle rien dit ?
Cela aurait été dur d'expliquer rationnellement ce qui poussait Emma à se rendre au kiosque. Mais de toute façon cela faisait des mois que rien de ce qui se passait dans la vie ou dans la tête de la jeune fille semblait rationnel. Il n'y avait rien de rationnel, ni de rassurant à son état : qu'il soit mental ou physique. Emma avait toujours eu une lucidité sur les choses que les gens de son âge n'avaient pas. Comme si le monde lui apparaissait plus claire, plus vivide. Mais depuis que l'inconnue était apparue dans sa vie (ou plutôt déboulée dans sa vie) plus rien ne lui semblait juste et précis. Tout ce qu'Emma ressentait était flou, irrégulier, passant de la joie à la haine profonde, passant de l'émerveillement à la peur destructrice. Ce n'était pas qu'épuisant mentalement mais déconcertant : Emma n'avait jamais vécu cela. Un moment elle pouvait ressentir son cœur battre à la chamade pour l'inconnue et vouloir la prendre dans ses bras et l'autre, elle pouvait ressentir une colère qu'elle ne contrôlait pas. Non seulement l'inconnue ne semblait rien percevoir de tout ce qui se passait dans le cœur d'Emma mais elle ne semblait pas non plus ressentir ne serait-ce une seule émotion face à elle.
L'arrivée de la brune dans la vie d'Emma avait été un le facteur d'une tournant de direction. Peut-être même que cette rencontre avait eu l'effet d'un coup de poing qui lui fit ouvrir les yeux sur la beauté de la vie. En effet il n'y avait pas un jour où Emma ne ressentait pas le besoin de savoir si son inconnue se portait bien, si elle avait eu la force de se préparer son bento, si elle travaillait bien, si elle riait, souriait, respirait. Le jour qui sembla sortir du lot fut lorsque la brune lui proposa son aide pour ses croquis. Lorsque Emma dessina les contours de ses pieds, elle ressentie comme un soulagement. Emma savait très bien que tout ce qu'elle avait fait été prendre des mesures. Elle ne lui avait pas passé la chaussure de cristal au pied : ce n'était pas comme si l'inconnue rentrait dans ses standards, dans les attentes d'Emma. Pourtant c'était tout comme. Une vague puissante avait traversé son corps le sentiment d'avoir enfin trouvé cette personne qui la correspondait.
A partir de ce jour l'esprit d'Emma ne fut plus jamais calme et ordonné. Toutes ses envies, toutes ses peurs et ses appréhensions se bousculaient dans sa tête. Devait-elle lui avoué ses sentiments ? Devait-elle privilégier le bonheur de la brune ou le sien ? Devait-elle enterrer ses sentiments aussi profond dans son cœur que possible ? Mais n'imploserait-il alors pas ?
Sur le chemin du lycée au parc Emma rumina tout ce qui venait de se passer et prit des décisions. Après avoir retourné la chose des centaines de fois dans sa tête Emma prit la résolution qu'elle allait tout faire pour grandir. Elle n'avouerait pas ses sentiments à miss Mills. A la place elle allait l'aider. Elle allait faire taire la partie de son cœur qui criait de douleur d'amour et prendre le temps de mûrir. Elle allait ensuite penser à ce qui convenait de faire et s'activer pour tenter d'arriver jusqu'à elle.
La journée fut tourmentée. Les nuages ne cessaient de jouer avec la population, dévoilant à des moments l'étendue des dommages des torrents de pluie et à d'autres laissant passer de légers rayons de soleil qui ne suffisaient par contre pas à réchauffer la température humide. Pour ne pas s'arrêtait là, le vent se faisait sentir insistant balayant les milliers de parapluies, donnant du fil à retordre aux gens.
La sensation du vent contre sa peau diminuait la douleur d'Emma. Sa pommette droite lui lançait et du sang s'accumulait dans sa bouche. Emma crachait de temps en temps lorsque le goût du sang lui était trop désagréable.
Un sentiment de honte la traversa. Elle avait l'impression d'être apparue dans une pièce dans laquelle elle n'avait strictement aucun rôle. Une pièce dans laquelle tout le monde avait déjà une place bien définie : Chad, Ami, miss Mills, Aizawa et Monsieur Itô. Une pièce dans laquelle elle s'était immiscée au détriment de tous les autres. Jusqu'à là, Emma avait été transparente et inintéressante face aux autres. Elle avait l'impression de s'être emparée du rôle principal et elle en avait extrêmement honte.
Quand elle eut passé les rangés de cèdres de l'Himalaya et du Liban, l'atmosphère se mit à changer. Les poumons d'Emma se remplirent d'air frai et de cette impression d'humidité provenant du petit lac. Elle longea le lac, parcourant du regard les fines vagues qui se formaient à cause de la force du vent. Elle vit le reflet des feuilles marrons de l'immense hêtre du côté nord du lac, dans l'eau et oublia pendant un moment la douleur de son cœur. Lorsqu'elle s'approcha assez du kiosque pour apercevoir le pavillon et le rideau de feuilles d'érables et qu'elle ne vit personne, Emma se sentie rassurée (ou du moins elle essaya de s'en convaincre). Peut-être que l'absence de son inconnue lui permettait de la garder encore plus près d'elle, car elle ne serait pas confrontée au fait que derrière le personnage que la brune était devenue pour elle, elle était en fait bel et bien quelqu'un d'autre et une professeur qui plus est.
Soudainement le bruit d'une branche cassée sous le poids d'une personne parvint aux oreilles d'Emma. Elle se retourna et trouva sous les branches de glycine la souhaite svelte de miss Mills. Elle dû entendre les pas d'Emma et l'apercevoir il y a peu car elle avait sur le visage une expression de peur et d'appréhension. Elle portait un tailleur gris qui lui allait à merveille et même le vent qui semblait la pousser, ne faisait qu'accentuer la vision idyllique aux yeux d'Emma. Ses pupilles noires se posèrent sur Emma et cette dernière frémit : tout ce qu'elle s'était jurée de respecter semblait déjà loin d'elle.
Emma réalisa que la pluie c'était elle. Personne ne pouvait lui ordonner de s'arrêter de tomber. Le tonnerre résonna, quelque part au loin. Toujours tournée dans sa direction, sous les treilles de glycines, Emma récita :
-« Le dieu tonnant,
Dût-il ne gronder du tout
Ni la pluie tomber
Pour moi je resterais bien
M'amie si me retenez »
Oui, j'existe encore. Oui j'avais promis de continuer à poster. Les raisons qui ont fait que j'ai arrêté d'écrire n'ont fait que s'empiler au fil des mois. Tout ça n'est sûrement pas important. L'important c'est que je vous dise que le prochain chapitre sera le dernier.
J'espère que ce chapitre sera au moins lu car il m'a été difficile de surmonter la honte que j'avais d'avoir stoppé cette fanfiction. de l'avoir abandonnée. même si j'ai mes raisons, cela me ronge.
Mey.
