Chapitre 1

Assez rapidement, j'ai compris que mon admiration pour Harry n'était pas qu'amicale. On devait avoir 12 ans. Harry essayait de faire mon nœud de cravate. Toute première fois qu'on devait mettre une cravate, vous pensez bien qu'on ne savait pas trop comment s'y prendre. Il a dû s'acharner sur mon cou pendant de très longues minutes. J'avais les joues en feu. Avoir son visage si près du mien, sa bouche si près de la mienne. Je ne savais pas où regarder. Ma gêne se lisait sur mon visage. J'avais l'impression de le fixer avec la plus grande indécence. Sa bouche, ses yeux, les pores de sa peau ! J'ai essayé de dévier le regard mais même ses cheveux me mettaient dans un émoi pas possible ! Il était trop près de moi, il englobait tout mon champ de vision. Mais lui ne voyait rien, trop concentré sur sa tâche. Il regardait une vidéo internet sur la façon de nouer une cravate et me tirait par le col en râlant.

« Ne sois pas si impatient Ron. J'essaie, d'accord ! J'y suis presque. »

Et bien sûr, à ce moment, il s'est mis à tirer la langue !

« Non mais on n'est pas dans un dessin animé, Harry ! Range-moi cette langue !

-Quoi ?

-T'as vraiment besoin de tirer la langue sous l'effort là ?

-Oh, laisse-moi, ça m'aide à me concentrer ! »

Je jure qu'une seconde de plus et je la lui suçais sa langue. Eh bien, sachez que c'est une habitude qu'il n'a pas perdue ! Et nous n'avons plus 12 ans…

Enfin, depuis ce jour, j'ai énormément de mal à être trop proche de lui. J'ai l'impression d'hyperventiler. Mes joues pleines de taches de rousseur me trahissent et je m'en sors plus ou moins en feignant d'avoir trop chaud. Mais bon, au bout d'un moment, ça commence à se voir.

L'autre jour, je ne savais plus où me mettre et Padma passait à ce moment-là. Comme un abruti, Dean a eu la bonne idée de faire une remarque en laissant sous-entendre qu'elle en était la cause. Dean peut être vraiment lourd quand il s'y met. On n'a plus 15 ans, merde ! En tout cas, maintenant, je me retrouve avec une Padma qui croit dur comme fer que je suis intimidé par elle. Et Dieu seul sait que ce sont vraiment les pire, ces deux-là : Padma et sa sœur jumelle Parvati.

On était en train de déjeuner avec Hermione et Harry à l'extérieur, sur les tables de la fac. Elles ont débarqué en bousculant Hermione et en s'installant, conquérantes. Elles ne sont restées qu'un moment, parce que c'est le pouvoir des dominants de décider du début et de la fin de toute chose, sans souci de consentement aucun… J'étais trop en colère pour me souvenir des mots exacts mais, en gros, on était invité chez elles pour je ne sais trop quoi. Je n'avais pas pris la peine de retenir ni le jour, ni l'heure, vu que mon accord n'avait pas été demandé. Mais, elles, elles étaient parties en supposant que la réponse était « oui ». Mais, quelques jours après, Harry était rentré un soir, dans notre colocation, en s'étonnant que je ne sois pas venu chez « les filles ». Et, depuis ce jour, il était en couple avec Parvati Patil…

...

Je sens Ron un peu morose depuis quelques temps. J'ai essayé d'inclure les filles dans nos sorties et nos activités le plus souvent possible. J'ai d'abord cru, comme Dean, que Ron était intéressé par Padma et qu'il était juste excessivement timide. Mais je commence à douter. Le pire, c'est que je n'aurais probablement jamais regardé Parvati si je n'avais pas cru que Ron était intéressé par Padma. C'est pour lui que j'y suis allé ce jour-là. Pour l'encourager et l'accompagner. Qu'il ne se sente pas trop nerveux. J'ai même cru que Parvati faisait semblant de s'intéresser à moi pour pouvoir accompagner elle aussi sa sœur. Je m'imaginais tenir la chandelle en duo avec Parvati pour pouvoir laisser Ron et Padma se découvrir sans pression. Et, au final, je me retrouve en couple avec Parvati et Ron n'adresse quasi pas la parole à Padma.

Je lui en ai voulu pendant un moment. Un très court moment, après tout, c'est moi qui me suis fait plein de suppositions dans ma tête et Ron n'avait rien demandé. Mais, je ne sais pas, je crois que c'était de l'arrogance de ma part d'imaginer que j'aidais mon meilleur ami, pas très doué en amour, à se mettre en couple. Une sorte de paternalisme déplacé – vous me direz, c'est un oxymore… Je suis parfois un peu sonné par ma bêtise, je ne sais pas trop ce que je fais dès qu'il est question de Ron et Hermione. Surtout, lorsque c'est Ron en fait… Parfois, j'ai l'impression d'être hyper orgueilleux et de l'infantiliser, comme s'il ne pouvait rien faire sans moi. Et parfois, lorsqu'il m'ignore, comme il le fait lorsque je suis avec « les filles », j'ai l'impression de mourir. Il vit sans moi et, ça, c'est nouveau. Je me rends compte aujourd'hui à quel point son regard m'est important. C'est mon meilleur ami. Ma famille.

Mes parents sont morts dans un accident de voiture quand j'avais un an. J'ai été recueilli par mon oncle et ma tante, qui me détestaient, jusqu'à mes 11 ans et c'est là que j'ai rencontré Ron qui m'a accueilli dans sa famille comme si c'était la chose la plus évidente du monde. Alors, parfois, je me dis que c'est pour ça que je réagis singulièrement dès que ça touche à Ron. Mais j'avoue que c'est aussi pour me rassurer. Pour être honnête, je n'aime pas du tout ce que mes réactions disent de moi dans ces cas-là. J'ai l'impression de ne pas le mériter, de vouloir le garder sous ma coupe rien que pour moi, de conserver à jamais son regard brillant et admiratif sur moi pour toujours parce que c'est comme ça que je le regarde aussi mais il ne le voit même pas. On s'est disputé l'autre jour. J'ai vraiment essayé de mettre mes peurs et mon égo de côté pour vraiment exprimer ce que je ressentais. Je ne sais plus comment je l'ai formulé, sans doute très maladroitement, mais j'ai voulu savoir s'il était à ce point timide qu'il n'arrivait pas à dire un mot gentil à Padma. Il s'est énervé :

« Ah, parce que je suis trop débile pour parler à la personne qui m'intéresse, c'est ça ?

-Je n'ai jamais dit que tu étais débile ! Je pense que tu es un peu gauche et timide et comme tu n'as pas confiance en toi…

-Ah alors, je ne la drague pas parce que je suis conscient d'être une pauvre merde et que je ne lui apporterais rien ?

-Mais non !

- Ou alors, pour une fois que quelqu'un veut bien s'intéresser à moi, je pourrais ne pas faire le difficile ?

-Ca va pas non ! Je dis juste que tu n'es pas conscient de la personne exceptionnelle que tu es et que tu pourrais avoir qui tu veux, si tu t'en donnais les moyens ! »

Il n'a pas eu l'air de me croire et a quitté la salle sans un mot. Je me suis tourné interloqué vers Hermione qui a soupiré : « Tu ne t'es jamais dit qu'il n'était tout simplement pas intéressé par Padma ?... »

Je ne sais pas comment j'ai réussi à ce que la personne que j'aime le plus au monde ait l'impression d'être une « pauvre merde »…

Enfin, peut-être que si. C'est peut-être même grâce à ça que je suis populaire… Mon sentiment d'insécurité est tellement puissant que je le cache parfois sous un masque d'arrogance bienveillante. Une arrogance qui a écrasé Ron.