Bonjour
J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes.
Sans plus attendre, je vous livre le chapitre 2.
Et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez.
Enjoy !
Chapitre 2
Depuis ce jour où Harry s'est senti obligé de me dire quelle personne « exceptionnelle » j'étais, je ne me suis jamais senti aussi mal de ma vie. Comment peut-on penser un seul instant que ce genre de compliment soit efficient ? Tu n'es pas une grosse merde, tu sais ? Oh, c'est trop gentil, heureusement que tu es là pour me le dire !... Je me suis couché tôt ce soir-là. J'ai souvent ressenti de la tristesse et de la peine à être amoureux de mon meilleur ami, a priori hétérosexuel, mais ce soir-là, j'ai vraiment compris l'expression « avoir une peine de cœur ». Allongé dans mon lit, ma poitrine me faisait véritablement mal, physiquement mal. J'étais trop sous le choc pour même me mettre en position fœtale. La position fœtale, c'est la position de la tristesse, de ce cœur qu'on essaie de protéger en le serrant contre soi-même, les genoux contre la poitrine. J'étais au-delà de cet état de préservation. Je sombrais dans le désespoir, allongé sur le dos, sans pouvoir bouger. Tout mon corps a commencé à me faire mal. D'abord, mon coude. Une ancienne tendinite qui se réveille, remonte tout le long de mon bras jusqu'à mon épaule. Je suis dans le noir, le noir de la chambre, le noir de mes pensées. Les ténèbres m'engloutissent. J'ai envie de m'arracher le bras pour ne plus avoir mal. Et voilà la sciatique qui s'y met, descend du bas de mon dos à ma fesse, ma cuisse, mon genou. Le corps garde en mémoire toutes les anciennes blessures. La sciatique, la tendinite, le syndrome de l'essuie-glace que je m'étais fait au running… Tout revient dans les moments de désespoir.
J'évite toutes les tentatives d'Harry. Il essaie de me parler mais je ne peux pas, je ne suis pas prêt. Ironiquement, je compte sur la lourdeur de Dean pour ne jamais nous laisser seuls. Je n'ai pas non plus envie de l'éviter de façon trop visible sinon je vais devoir m'expliquer. Mais à part Hermione, personne n'est vraiment conscient de la tension au sein du trio. J'invite en permanence Dean et Seamus, on joue le jeu d'une belle bande d'amis avec au fond plein d'histoires non réglées. Je picole, rigole aux blagues débiles de Seamus, je me sens presque bien quand j'arrive à oublier qu'Harry est dans la même pièce.
On était censé se faire une soirée films mais, fidèle à son indiscrétion, Dean est allé fouiller dans les fichiers d'Harry qui met à contribution son ordinateur. Dean fait défiler des photos, sur le grand écran bien sûr. Je me vois avec Harry, avec Hermione. Harry râle pour la forme, arguant qu'il n'a rien à cacher. Il se laisse entraîner par Parvati dans la cuisine mais il n'a pas l'air si serein de laisser son intimité aux mains de Dean malgré ce qu'il en dit. Je ne serais pas serein non plus, j'avoue. Dean est ravi de son départ. Voilà l'occasion de chercher des photos compromettantes. Pas mon indéfectible amitié avec Harry prise en photos, ça ce n'est pas intéressant… Hermione le sermonne sans conviction. Je suppose qu'on ne s'attend, ni elle ni moi, à ce que Dean trouve quoique ce soit. Il commence d'ailleurs à désespérer. Harry revient et je vois un instant la lueur de soulagement dans ses yeux lorsqu'il voit la déception de Dean. Mais, Dean n'en démord pas, il lui reste une seconde avant qu'Harry ne l'atteigne lui et son ordinateur. Il découvre un dossier qui lui semble intéressant « Eh ! Le 6 juillet dernier ? C'était pas la gay pride ? » En plein écran, des drapeaux arc-en-ciel, du maquillage, des paillettes et Harry, torse nu, maquillé, des paillettes autour des tétons, tient un homme par les épaules et sourit à la personne qui prend la photo.
La photo se grave dans ma mémoire avant que l'écran du bureau ne s'affiche à nouveau. Harry a quitté la page à toute vitesse et lance un regard noir à Dean qui est tout content de lui. Il s'apprête à lancer une blague débile lorsque Parvati et Padma reviennent de la cuisine. Elles s'enquièrent de l'avancée du téléchargement du film. Tout le monde est silencieux. Et pour une fois, Dean comprend qu'il doit fermer sa gueule cette fois. On en rigolera mais plus tard. Il concède ça à Harry. Je ne sais plus que penser. Depuis tant d'années à être amoureux de lui en silence, à supposer que c'est l'hétéro parfait, que je le connaissais plus que quiconque, que je connaissais tout de sa vie. Je regarde Hermione pour déterminer si, elle, elle était au courant. Elle me fait signe que non.
...
J'ai esquivé les explications à mes amis jusqu'à aujourd'hui. Ils semblent conscients que je ne veux pas en discuter avec Parvati dans le coin. Alors on ne se quitte plus. Elle doit en avoir marre de moi à force. Moi, j'avoue que je commence doucement à en avoir marre de sa présence permanente. De son rire, de sa voix, de la façon pédante dont elle parle à Hermione. Parce qu'elle, tout ce qui l'intéresse, c'est de faire correspondre son eyeliner avec son vernis à ongle, alors qu'Hermione n'a jamais mis d'eyeliner de sa vie. Je suis un mauvais ami de la laisser rabaisser Hermione de la sorte. Hermione n'a pas du tout les mêmes centres d'intérêt mais au bout d'un moment, centre d'intérêt ou pas, on sent la couche de mépris sous les mots de Parvati et moins je défends mes amis, plus elle se sent libre de les rabaisser.
Avant ma dispute avec Ron, on avait décidé de partir Parvati, Padma, Ron, Hermione et moi en week-end, visiter les petits villages alentour. Nos discordes n'étant pas officielles, ce week-end était toujours d'actualité. Heureusement que Parvati a de la musique de merde dans sa voiture, parce que l'ambiance n'est pas vraiment au rendez-vous… On roule pendant quelques heures avant de s'arrêter sur une aire d'autoroute. On se sépare pour un petit passage aux toilettes et on s'attend dans le snack pour manger un bout. J'ai mal aux jambes, j'ai du mal avec les longues heures de voiture. Je me dégourdis les jambes pendant quelques minutes avant de me diriger vers le snack. Ron et Hermione sont au comptoir et tournés vers Parvati et Padma qui viennent d'entrer. Je commence à être habitué par leurs regards sidérés à tous les deux lorsque Parvati ouvre la bouche mais là elle a dû atteindre des sommets, ils sont sidérés et en colère, semble-t-il. J'essaie de détendre l'atmosphère avant que ça ne dégénère :
« On ne s'énerve pas les enfants, on est tous fatigués par la route ! »
Des regards noirs se tournent vers moi. Pas uniquement, ceux d'Hermione et de Ron. Tout le snack au complet se tourne vers moi, la clientèle, le personnel, les routiers, des familles avec enfants. Certains ont envie de me lyncher sur place. Et Hermione ne fait pas exception. Je me tourne vers Parvati et Padma, perdu. Même elles n'ont pas l'air d'en mener large :
« Je disais juste à ces deux mecs de se tenir un peu, on n'a pas forcément envie d'assister aux échanges de langue entre deux mecs. Merci ! »
Je me tourne vers les deux jeunes hommes furieux qu'elle pointe du doigt. Je crois que j'ai les oreilles qui bourdonnent. Je suis sonné. Je regarde autour de moi. Le silence se fait autour de nous suite à ce qu'elle vient de dire. Les deux mecs coupés au milieu de leur repas sont sans doute trop furieux pour que des mots sortent de leur bouche. Je n'en reviens pas.
« Tu es rentré et tu t'es mise à interpeler des gens qui déjeunaient ?
-Mais enfin, c'est dégueulasse ! Ils dérangent tout le monde…
-C'est toi qui déranges tout le monde ! »
Elle est choquée par mon coup d'éclat. Je crois que je n'ai jamais été aussi furieux de toute ma vie. Et en même temps, je n'ai jamais eu aussi honte.
« Tu as sincèrement cru que tu pouvais entrer dans un lieu public, interpeler des gens et les insulter ? Mais tu te prends pour qui ?
-Je suis venue déjeuner et je ne veux pas voir ça en mangeant donc oui, je veux qu'ils arrêtent ou qu'ils sortent !
-C'est toi qu'on doit sortir !
-Tu ne vas pas prendre la défense de ces pédales ?!
-Qu'est-ce que j'ai pu te trouver, bon sang ? »
Elle n'ose pas répondre. Elle est mortifiée que tout ça se passe sous le regard de tout le monde. Elle fixe Ron, méchamment et se met à hurler :
« Je savais que cette petite tapette te tournait autour ! Ca crevait les yeux ! Vous faisiez ça dans mon dos ? »
J'en ai entendu assez. Je l'attrape par les épaules et l'entraîne vers la sortie. Elle se débat. Les gens autour de nous se mettent à applaudir. Elle n'en est que plus furieuse. Elle crie, elle hurle des insultes à Ron qui est rouge pivoine. Je la sors le plus vite possible, je ne veux pas que les inepties qu'elle sort l'atteignent davantage. Elle se calme une fois dehors et me lance :
« T'es content, t'as fait ton show ?
-C'est toi qui t'es donnée en spectacle…
-…Personne ne rompt avec moi !
-…
-Rappelle-toi que c'est moi qui ai la voiture qui vous a conduits jusqu'ici…
-Je préfère marcher pendant des kilomètres plutôt que de passer une minute de plus avec toi. »
Padma, qui était sortie à son tour, lui attrape le bras. « Allez, on s'en va. Ca devient gênant. »
Elle a raison, je n'ose même plus rentrer à nouveau. Les gens applaudissent toujours, me font des gestes des bras pour me faire signe de la laisser tomber et de les rejoindre. C'est gentil mais c'est pas une émission de télé-réalité, je n'aime pas « faire mon show », comme elle dit. Et je n'aime pas la façon dont ça tourne au lynchage alors que jusque-là personne n'avait rien dit pour défendre ces deux hommes et la faire taire… C'est facile d'exprimer une opinion quand on est déjà assuré qu'elle sera acceptée.
Hermione sort et m'attire à l'intérieur, je me laisse faire, l'esprit engourdi. Ils m'asseyent à une table. Je ne sais combien de temps je suis resté à fixer la table, l'air hagard. Quand, enfin, je relève la tête et croise le regard de Ron, je suis encore plus mortifié. Je cache mon visage dans mes mains, je n'arrête pas de répéter combien je suis désolé. Hermione essaie de me remonter le moral tant bien que mal, elle s'essaie même à un peu d'humour.
« Si tu nous dis que tu es désolé de la voir partir alors oui, on ne te pardonnera jamais !
- Comment j'ai pu vous l'imposer pendant aussi longtemps ?
-C'est fini maintenant ok !... Je vais récupérer nos sacs par contre, elle les a jetés au milieu du parking »
Parvati et Padma sont en effet parties sur les chapeaux de roue en balançant nos bagages du coffre. Hermione se lève en poussant Ron qui s'assied à côté de moi. Je la regarde faire par la fenêtre, sans oser parler, ni jeter un regard à Ron. Il n'a rien dit depuis le début. Ils sont si gentils avec moi alors que par ma faute, on est sur une aire d'autoroute sans voiture ni chauffeur. Hermione revient tant bien que mal avec nos affaires. Heureusement qu'on voyageait légers. On n'a chacun qu'un unique sac à dos. Les deux hommes que Parvati avait insultés la rejoignent et attrapent chacun un sac à dos, tout sourire :
« On a une voiture, nous, si vous voulez… Vous êtes les bienvenus !... Allez, mangeons et on est reparti ! »
