Chapitre 5

Ca commence à devenir un peu agaçant. En fait, depuis le début, c'est agaçant. Là, Harry me tient pour marquer son territoire, pas parce qu'il ressent le besoin de me serrer contre lui, de ressentir ma chaleur, de partager son amour, sinon son affection pour moi. Non. Il veut juste marquer son territoire. C'est assez blessant. Et humiliant. J'essaie de m'éloigner de temps en temps juste pour pouvoir respirer mais il me lance un regard blessé et incompris à chaque fois. Comme si je le rejetais. Je veux juste avoir assez d'espace pour respirer ! Et mes côtes commencent à me faire mal à force d'être serrées comme ça. Mais peut-être que c'est de ma faute, Harry a dû voir que Draco ne m'avait pas laissé indifférent et maintenant il est inquiet. Je ne vais rien dire. Oui, c'est un peu ma faute… J'essaie de penser à autre chose pour ne pas laisser ces dernières minutes gâcher une journée qui avait si bien commencé. Je suis très excité à l'idée de passer ces trois jours à fêter la Pride. Ce sera ma première Pride. Et aux bras d'Harry. En l'espace d'une journée seulement, notre vie entière a changé. Et j'ai hâte de voir ce que vont donner ces trois prochains jours. C'est fou de s'embarquer comme ça avec des inconnus mais je veux laisser toute la place à l'imprévu depuis que je suis dans les bras d'Harry.

Blaise et Terry finissent de ranger toutes les courses dans leur voiture. Blaise, en bon animateur de groupe, se tourne alors vers nous pour nous demander comment organiser les voitures pour ne pas que Draco passe le reste de la route, seul dans sa voiture. Blaise n'a pas fini sa phrase qu'Harry me colle une main aux fesses pour m'agripper et me plaquer contre lui pour me fourrer sa langue dans la bouche. Malgré tout ce que je venais de me dire, je ne peux m'empêcher de me dégager par réflexe.

« Mais, qu'est-ce que tu fais ?

-Ben j'embrasse mon chéri… »

Je reste sans voix, les mains toujours sur son torse de l'avoir repoussé. Je ne sais que dire. « J'embrasse mon chéri ». J'ai plus l'impression qu'il vient de me frapper… Il m'a fait mal au cul, au dos, aux lèvres, à la langue… Comment peut-on penser une seconde que ce genre de baiser – si c'en était un - puisse être agréable ? Ou alors…

« Hum… Non, t'inquiète Blaise, je vais finir la route en solitaire, il reste plus qu'une heure et quelques de toute façon. »

Oui, bien sûr, c'était une façon très subtile de détourner l'attention de la question de Blaise pour qu'on n'aille pas dans la voiture de Draco. Là, je suis très refroidi pour la suite. Je me dégage totalement d'Harry et alors qu'il rentre dans la voiture, j'invite Hermione à le seconder pour la mettre entre lui et moi. Harry me lance un regard perdu et blessé mais je fais mine de ne pas voir. Le silence règne dans la voiture pour l'heure suivante. L'ambiance n'est plus la même. Dans mon cœur non plus, l'ambiance n'est plus la même.

...

Quel sale petit con ! Quand il a plaqué Ron contre lui, ça m'a fait mal comme si c'était à moi que ça arrivait ! Parce que ça m'est déjà arrivé. Une larme roule sur ma joue, je l'essuie rageusement et démarre la voiture. J'ai déjà eu affaire à un connard comme celui-là. Même s'il ne se passe rien entre Ron et moi, je ne laisserai pas ce petit con faire du mal autour de lui.

On est arrivé. Je suis arrivé avant eux, j'étais tellement en colère que j'ai roulé à une vitesse un peu plus élevée que la vitesse autorisée. J'ai attendu sagement dans ma voiture sur le parking de la résidence. On n'a qu'un jeu de clés et c'est Blaise qui les a. Ils descendent de voiture. Je vois qu'Hermione était placée entre Harry et Ron. Et Ron n'accorde pas un regard à Harry. Bien.

On rentre dans l'appartement. Terry prend les reines et fait visiter aux nouveaux venus. C'est un très bel appartement au rez-de-chaussée avec un petit jardin dans une cour intérieure. Une cuisine moyenne, une chambre et un très grand salon où des matelas ont été installés par Pansy au préalable en nous disant de ne pas hésiter à inviter du beau monde. On fait l'inventaire des endroits où dormir. Terry hésite et ne veut pas faire de gaffe. Ron intervient très vite :

« On laisse la chambre au petit couple et on s'installera dans le salon, vous inquiétez pas. On ne va pas déplacer tous les meubles non plus. Le canapé et ces trois matelas iront très bien. Preums pour le matelas près de la baie vitrée, je veux que le soleil me réveille demain matin. »

Et sans laisser plus de choix aux autres, Ron se jette sur le matelas à l'autre bout de la pièce. Terry est soulagé que Ron ait exprimé lui-même son refus de partager deux petits matelas collés avec Harry. Hermione a embraillé à toute vitesse, avant qu'Harry puisse dire quoique ce soit, réclamant le matelas devant la cuisine parce que, gros dormeurs comme ils sont, le soleil ne les réveillera pas et elle voudrait pouvoir accéder tranquille à la cuisine pour se faire un petit déjeuner. Et moi, bon prince, j'ai déclaré laisser le troisième matelas – dans le couloir sombre et étroit, dans le coin opposé de la pièce – à Harry. Je prendrais le canapé tout défoncé – ce qui était totalement faux – pour faire honneur aux invités. Résultat : Harry et Ron avaient leur matelas dans des coins opposés de la pièce, avec Hermione et moi entre eux. Parfait.

Blaise est parti déposer ses affaires et celles de Terry dans la chambre et chercher des draps pour nos lits. Harry est resté silencieux un moment, encore sonné par ce qui venait de lui tomber dessus. Une fois qu'il a eu bien intégré la situation, je l'ai vu relever la tête avec un regard mauvais en direction de Ron. Ron a jeté ses affaires sur son matelas en faisant mine de ne rien voir et de chercher quelque chose dans son sac. Mais j'ai vu ses mains trembler.

Terry attire cet arriéré de Harry dans la cour extérieure pour essayer d'en tirer quelque chose. Pour moi, c'est une cause perdue, mais Terry est trop gentil, il veut laisser une chance aux gens, même les plus désespérants. On les laisse seul. Hermione prend les rênes pour nous ordonner de ranger les courses dans la cuisine et discuter plats à venir. Elle a raison, pour vivre à plusieurs, il vaut mieux être organisés. Ron se détend un peu de ne plus avoir Harry dans les pattes. Il nous prévient Blaise et moi de ne pas nous laisser avoir par Hermione qui, sous ses airs de gentille jeune fille maniaque du rangement, peut vite être une dominatrice. Je rigole, un peu surpris de le voir se lâcher à ce point. Blaise en rajoute une couche en disant qu'il aimait bien être dominé, qu'il avait l'habitude avec Terry. Hermione prend un énorme couteau dans le set sur le plan de travail et le fait glisser entre ses mais en lançant un regard chaud à Blaise. Ron éclate de rire et rougit jusqu'aux oreilles. Il est captivé par l'échange qui suit entre Blaise et Hermione. Et moi, je ne rate pas une miette de ses réactions. Il est trop mignon. Mais je détourne vite le regard, il ne faut pas que j'oublie que cet idiot, qui se fait appeler « petit ami », est juste à côté, dans la cour, à le surveiller.

Blaise fuit dans le salon et Hermione nous ordonne de poursuivre le rangement dans la cuisine pendant qu'elle va remettre un peu de plomb dans la tête de ce soumis qui ose se rebeller. Je suis mort de rire.

« Ah oui, elle cache bien son jeu !

- Je vous avais prévenus.

- Vous vous connaissez depuis combien de temps, elle et toi ?

- Plus de dix ans maintenant. C'est ma meilleure amie.

- Je sens qu'on va bien s'amuser

- Oui… Avant, c'était elle la plus timide… Ca a bien changé !

- C'est toi le plus timide maintenant ?

-… Je pense ouais. Disons que j'ai un peu de mal à me lâcher.

- Oh, tu vas pouvoir te lâcher pendant ces trois jours, on y veillera !... Mais bien sûr, on ne fera rien qui te déplaise. »

Je finis ma phrase dans un murmure profond en plongeant dans son regard. Il déglutit et quelques secondes s'écoulent sans qu'il sache quoi faire de ses mains.