Bonsoir
Comme pour le précédent chapitre, vous trouverez une définition en note de bas de page.
J'espère que ce chapitre vous plaira.
Bonne lecture !
Chapitre 8
On a attendu que Blaise nous envoie un sms pour nous signaler le départ de l'autre con avant de nous-même nous mettre en route vers la maison. Le trajet s'est fait en silence. La fatigue est immense. Il est déjà presque 6h lorsqu'on arrive enfin. Terry a sauté au cou de Blaise, il n'avait pas dû être rassuré à l'idée que Blaise ait été seul avec ce fou furieux. Un passage rapide par la salle de bain et tout le monde est au lit. Blaise et Terry dans la chambre, Ron, Hermione et moi dans le salon, comme il était initialement prévu. Sur le canapé, à l'abri du soleil grâce aux volets roulants, je vois Hermione quitter son matelas de fortune pour rejoindre celui de Ron. Elle murmure tout bas, veut savoir s'il s'est déjà endormi. Sans répondre, Ron écarte ses draps en une invitation à le rejoindre. Hermione plonge dans ses draps. Elle chuchote, hésitante :
« Je suis tellement désolée, Ron. Je ne comprends rien à ce qui nous arrive en ce moment. J'aurais dû le voir, j'aurais dû accepter de le voir, surtout ! Mais c'était tellement… C'était Harry, bon sang ! Venant de lui, c'était tellement…
-Te bile pas Hermione, j'ai été le premier surpris…
-Mais bon, il ne s'agit pas de moi alors je vais te laisser parler. Je tiens juste à dire que je te soutiens à 100% et qu'à partir de maintenant, ce connard ne t'approchera plus, il faudra qu'il me passe sur le corps ! »
Ron rigole doucement du ton virulent d'Hermione et essaie de dédramatiser en parlant de son poids plume face à son propre gabarit, mais Hermione ne le laisse pas dériver du sujet. Jusque-là, Ron n'a pas vraiment pu s'exprimer, extérioriser ses émotions sur ce qu'il s'est passé depuis que tout ça a commencé. Il hésite longuement, bafouille :
« Ecoute, c'est compliqué, même dans ma tête, tout est confus. Ca ne fait même pas 24h que tout a basculé. J'y comprends rien non plus. Et, en même temps, j'ai l'impression de ne pas être étonné, c'est presque la suite logique. Notre amitié a toujours été dans cette même dynamique, j'ai toujours été sous la coupe d'Harry et ça m'a toujours suffi. Il n'y avait que toi qui avais le droit de passer avant lui et encore, c'est parce que tu étais… enfin…
-Sous sa coupe à lui aussi, tu peux le dire… »
Les mots sont posés.
Je pourrais presque me sentir coupable d'écouter leur conversation mais, non. Je ne peux pas ne pas écouter. Et puis, j'y peux pas grand-chose, je suis dans la même pièce, ils le savent. Peut-être qu'ils pensent que je me suis endormi avant qu'ils ne commencent à discuter. Ils reprennent leur discussion, je tends l'oreille.
Et puis, alors qu'il avait été amoureux de son meilleur ami pendant des années, que tous ses rêves semblaient enfin devenir réalité, le prince charmant s'était avéré être un gros rustre. Hermione soupire, j'entends les draps se froisser, elle doit le prendre dans ses bras à nouveau. La voix de Ron se fait un peu chevrotante. Il est touché par la réaction d'Hermione tout à l'heure. Il avait atteint un stade où il avait l'impression qu'il ne méritait pas qu'on le défende ou même qu'il se défende lui-même. Sincèrement, il était plus fort qu'Harry physiquement mais ses pensées à ce moment-là avaient été telles qu'il ne s'était pas vraiment défendu. Et quand Hermione avait pris sa défense, ça l'avait frappé. Il n'avait rien fait de mal, Harry était le problème. Ce n'était pas sa faute et il n'avait pas mérité tout ce qu'il lui avait fait subir depuis le début. Il n'avait pas à supporter ça. Il pleurait vraiment maintenant. Je dois moi-même prendre sur moi pour ne pas laisser un sanglot m'échapper. Il m'avait fallu presque trois ans pour comprendre moi-même ce que Ron venait de dire.
L'esprit envahi par mes propres souvenirs douloureux, j'ai failli louper la suite de la conversation. Hermione veut s'assurer que Ron ne désire pas partir dès le lendemain matin – enfin après quelques heures de sommeil – pour qu'ils prennent le train et rentrent chez eux. Mon cœur rate un battement, je ne suis pas encore prêt à les voir partir, surtout à le voir partir. Mais je n'ai pas à m'inquiéter d'avantage, Ron refuse. Les rencontrer avait été la meilleure chose qui lui était arrivée depuis des mois. Je souris doucement, sentant mes joues chauffer de plaisir. Ils rigolent un moment sur les inepties de Blaise, l'amour qu'il partage avec Terry, la fausse brusquerie de Millicent qui veut se faire passer pour une butch* alors qu'elle est la plus douce de toutes. Alors que j'attends impatiemment qu'ils en viennent à moi, le cœur battant, ils changent de sujet. Je fais la moue. Peut-être qu'ils ne sont pas dupes après tout. Ils savent très bien que je ne dors pas.
...
C'est à 7h du matin qu'Hermione a fini par rejoindre son propre lit. Et c'est à midi que j'émerge enfin du sommeil. Toute la journée d'hier repasse dans ma tête et je n'attends qu'une chose, c'est d'en commencer une nouvelle avec Hermione, qui m'a soutenu comme je n'aurais jamais pensé qu'elle le ferait, et avec tous les autres pour créer le plus de liens possibles avec eux durant les quelques jours qu'il nous reste. Surtout sans cette pression qu'Harry exerçait sur moi pendant tout ce temps et qui me tenait à une certaine distance d'eux.
Nous sommes toujours dans une semi pénombre, personne n'a ouvert les volets mais j'entends des voix dans la cuisine non loin de moi. Je relève la tête pour avoir vue sur la cuisine. Hermione partage un café avec Draco. Ils discutent sans trop élever la voix, sans doute par peur de me réveiller. Je les observe sans me signaler. Draco est pieds nus, les cheveux un peu fous, dans un pyjama short vert avec des petits serpents aux écailles argentées. Je rougis et me retiens de glousser. Tout cela me paraît surréaliste. Hier encore, je ne connaissais pas cet homme et, aujourd'hui, le surprendre ainsi dans son intimité me fait piquer un fard. Ses cheveux paraissent plus longs ainsi libérés de toute trace de gel. Est-ce que je suis un être abject de reluquer ainsi quelqu'un d'autre après tout ce qu'il vient de se passer ? Bon j'avoue que je me suis surtout retenu de ne pas le faire, Harry n'étant jamais loin.
Je sursaute lorsque je croise son regard. J'ai presque envie de plonger la tête dans mon oreiller pour cacher ma gêne de m'être ainsi laissé prendre la main dans le sac à le reluquer. Mais avant que j'aie pu faire quoique ce soit, il me sourit, croise et décroise les jambes, ses mains s'agitent et il passe quelques mèches de cheveux derrière son oreille, ne sachant que faire de ses mains. Hermione voit sa nervosité et suit son regard qui la mène vers moi. Elle sourit et passe de l'un à l'autre pour nous épier du regard. J'évite l'œillade d'Hermione et me lève, Draco fait de même pour nous tourner le dos et laver sa tasse dans l'évier. Il est vraiment mignon quand il rougit. Bon, ce mec est beau tout le temps mais là, tout timide, il est vraiment mignon. Je n'en reviens pas de faire un tel effet à quelqu'un comme lui. Je dois me faire des idées, peut-être qu'il est juste gêné d'être en pyjama et non apprêté. Je les interroge sur Blaise et Terry. Apparemment, ils sont dans la salle de bain. Depuis longtemps. Très longtemps. Ils baisent, souligne abruptement Draco. C'est pour ça qu'eux sont toujours en pyjama dans la cuisine, précise doctement Hermione. Je rougis jusqu'aux oreilles et note l'absence de Millicent pour détourner le sujet de conversation. Elle est allée nous chercher des viennoiseries. Elle a eu le temps d'aller à la douche avant les deux chaudasses, elle, dixit Draco. Il ne fait rien pour m'épargner.
Hermione propose de me servir un café quand on entend la porte de la salle de bain s'ouvrir. Draco saute sur ses pieds. (« Ah ben quand même ! Pourquoi vous baisez pas dans la chambre ? C'est pour ça qu'on vous l'a laissée à la base… ») J'entends Blaise et Terry rigoler et ils se chamaillent un instant avant que Draco ne s'enferme à son tour dans la salle de bain. Je rigole et secoue la tête, atterré, en direction d'Hermione. Je sens que ces trois-là vont vite me faire oublier mes problèmes d'hier avec Harry.
Définition :
Butch : Définition de Wikipedia : Le mot « butch », abréviation de « butcher » (boucher) en anglais, désigne les lesbiennes masculines. Ces identités ont pour précédent la vogue des garçonnes en France dans les années 1920, et surtout le courant des lesbiennes habillées en hommes.
