Chapitre 9

J'avais peur que l'humeur de Ron ne soit plus au beau fixe après hier mais d'après ce que Draco m'a dit, pendant la nuit, Hermione s'est assurée de lui apporter tout son soutien et de lui remonter le moral. Je suis un peu rassuré. J'étais assez inquiet. Et j'avoue que j'étais aussi inquiet pour Draco. Être témoin de tout ça a dû lui remémorer des souvenirs qu'il préférerait oublier. Blaise le connaît depuis plus longtemps que moi et je n'ai eu que des échos de cette relation nocive de son passé mais, de ce que j'en sais, elle l'avait bien amoché. Je vois Ron se perdre dans des pensées sombres de temps en temps mais Hermione prend grand soin de l'en détourner au plus vite. Draco s'y attelle également. Au début, j'ai cru que c'était par solidarité, ayant lui-même vécu une expérience de ce genre. Et puis, j'ai l'impression qu'il y a plus que ça. J'interroge Blaise discrètement (« Bien sûr qu'il est intéressé ! »). Apparemment, je suis le dernier à m'en rendre compte. Même Millicent l'avait vu. Faut dire que je n'ai pas l'habitude de voir Draco s'intéresser véritablement à quelqu'un. Il a du succès autant auprès des femmes que des hommes et il en joue mais il ne s'implique jamais vraiment. Depuis cette fameuse relation toxique, je n'ai vu Draco que dans des histoires sans lendemain.

Ah, Millicent est revenue avec des croissants et autres douceurs ! Il va falloir qu'on ait le ventre bien rempli, aujourd'hui, c'est le grand jour ! C'est la Pride ! Ron et Hermione ont l'air très excité. L'ambiance est électrique. Blaise met de la musique, j'engloutis quelques croissants et Ron et Hermione se mettent à danser en pyjama dans le salon. Draco sort de sa douche, les cheveux trempés. Hermione le succède dans la salle de bain. Ron semble un peu désemparé sans son camarade de jeu. Blaise en profite donc pour l'enfoncer davantage :

« Très joli pyjama au fait ! C'est censé représenter ta fougue au lit le lion ? »

Ron est aussi rouge que ses cheveux et Draco se retient de sourire et prend sa défense :

« Ne lui réponds pas. Ce cher moqueur ici présent est celui qui m'a offert mon propre pyjama parce qu'il paraît que je suis un vil serpent. Eh bien, je porte aujourd'hui mon pyjama avec fierté. La meilleure façon de répondre à ses moqueries est de se les réapproprier. »

Draco finit sa phrase en entourant les épaules de Ron de son bras. Draco se montre beaucoup plus tactile depuis qu'Harry n'est plus là. Je souris discrètement de sa tentative d'approche en douceur mais Blaise enfonce le clou :

« Donc tu sous-entends qu'il est effectivement fougueux au lit ?... Des choses que vous nous dîtes pas ? »

J'éclate de rire. Là, pour le coup, c'est Draco qui rougit. Il reste sans voix un instant puis, toujours appuyé sur Ron, il tourne le regard vers lui :

« Bon, là, j'ai tendu la perche, je crois… »

Ron acquiesce, plus rouge que jamais, incapable de prononcer un mot. Ils se perdent une minute dans le regard de l'autre, puis, Draco relâche Ron, comme si son bras allait prendre feu, en bafouillant que ce n'était pas du tout ce qu'il avait voulu dire… Hermione sort de la salle de bain et l'empêche ainsi de s'embarrasser davantage. Il en profite et saute dans la salle de bain où il a oublié sa trousse de toilette. Il doit encore s'occuper de ses cheveux et brandissant son pot de gel, il interroge la cantonade sur la quantité qu'il doit utiliser pour aujourd'hui. J'avoue que sa diversion est efficace, le sujet de conversation ne m'intéresse plus du tout. Et puis, de toute façon, il fera comme il voudra et s'en mettra un paquet quoiqu'on en dise. Blaise doit être de mon avis car il se détourne déjà mais Ron l'arrête dans son mouvement en prenant la parole. Il a un avis, lui :

« Tes cheveux sont très beaux comme ça. Au naturel. Ils sont plus… »

Ron rougit, ne trouve plus ses mots et pendant une seconde, plus personne ne parle. La main qui secouait déjà le pot de gel s'arrête et Draco et Ron se perdent à nouveau dans le regard de l'autre. Et c'est encore Blaise qui met les pieds dans le plat en finissant la phrase de Ron, un sourire moqueur aux lèvres :

« Fougueux ? »

Ron rigole nerveusement et secoue la tête devant tant de bêtise venant de Blaise. Draco lance un regard noir à Blaise. Hermione est perdue mais Ron évite toute explication en allant à son tour prendre sa douche.

...

Ca y est, il est 14h et on va déjeuner avant de rejoindre l'association dont Millicent est présidente pour finir les derniers préparatifs pour la Pride à 17h. On voit déjà plein de drapeaux arc-en-ciel dans les rues. La ville est en fête. Je retourne au comptoir du snack où on s'est arrêté pour changer ma boisson, le serveur s'est trompé sur la commande. Il faut dire qu'on est 6, je comprends qu'il y ait eu incompréhension. Je récupère ma boisson lorsque Harry rentre dans mon champ de vision. Il se dirige vers moi. Je marque un temps d'arrêt, essayant de comprendre, il y a effectivement deux entrées dans ce snack et les autres sont installés en terrasse non loin, il est facile de passer sans qu'ils ne le voient. Une angoisse me prend à l'estomac lorsqu'il m'attrape la main et me la tire sans rien dire pour que je le suive. Je n'ai pas envie de le suivre, je n'ai pas envie de le voir. J'ai juste envie de vivre loin de lui pour une fois. De profiter de ces moments totalement fous avec des inconnus, dans une ville inconnue, à découvrir une vie tout à fait nouvelle. J'aime leur façon de se lancer dans l'aventure sans réfléchir parce qu'ils sont ensemble et heureux où qu'ils soient. Ca se voit que je n'ai pas envie de venir mais Harry insiste et me tire plus fort. Le serveur à côté nous jette un regard, je sens qu'il a envie d'intervenir. Ca devient gênant. Je suis Harry, la mort dans l'âme. Il m'entraîne dans les toilettes du snack pour être seuls. Je croise les bras et souffle longuement, en lui tournant le dos.

« Ron, je croyais que tu voulais être avec moi ?

-Je croyais aussi que tu étais quelqu'un de bien.

-Quoi ? Je suis ton meilleur ami ! Je suis votre meilleur ami à tous les deux ! Et je l'ai toujours été ! On est le célèbre Trio depuis qu'on a onze ans ! On n'est rien l'un sans l'autre !

-Oui, surtout nous sans toi, c'est ça ? Eh bien, continue à nous suivre et à nous espionner de derrière les buissons, tu vas voir si on n'est rien sans toi ! »

J'essaie de quitter les toilettes mais il m'arrête et me maintient d'une poigne ferme sur le bras. Son regard s'assombrit. Il a tenu deux minutes le rôle du gentil et doux Harry, l'ordure qu'il peut être est réapparu en un instant. Il me balance que je suis puérile, que je devrais être chanceux qu'il soit resté dans le coin à m'attendre et que, si je m'entête, le train de retour allait vraiment repartir avec l'homme que j'aime. Je suis soufflé par son audace. Je lui demande alors si l'homme que j'aime est un idiot invivable et jaloux de tout. Le ton monte. Il accuse Draco d'être à l'origine de mon soudain revirement de pensée. Vu comme il me mate sans arrêt, ce sale blondinet. Je hurle pour l'interrompre, je ne veux pas qu'il s'attaque à Draco :

« Il peut bien mater ce qu'il veut, merde ! Je ne suis pas ton objet ! C'est pas une raison pour réagir comme ça ! Regarde mes côtes, bon sang ! Tu m'as fait des bleus ! Tu m'as fait des putains de bleus ! »

Il est sous le choc un moment de voir les marques sur mon corps. C'est un peu la tête que j'ai faite ce matin dans la salle de bain en face du miroir. Je n'y croyais pas au début, je suis resté cinq minutes à les fixer et à les malaxer pour être sûr qu'elles étaient bel et bien là mais oui. Mes côtes sont couvertes de bleus, tout du long. Il a dû me les faire lorsqu'on faisait les courses dans l'après-midi et qu'il me tenait si fort. Et le bleu plus haut a dû être causé durant ma chute. Il reprend la parole, hésitant :

« Je… je ne m'en suis pas rendu compte… Faut dire que tu as une jolie petite peau de rouquin, tu marques vite… »

La main, qui tenait mon t-shirt relevé, retombe doucement. Je suis atterré par sa réponse. Mais je n'ai pas le temps de réagir, la porte des toilettes s'est ouverte. J'ai peur que ce soit les autres et rabaisse vivement mon t-shirt mais c'est bien eux et ils ont eu le temps de voir. Ils sont tous là, soufflés d'horreur.