Bêta : Mokonalex
Assistante/Elfe de Maison libre (elle a eu des chaussettes à Noël) : Mirabelle31
Note de l'auteur : Je n'ai exceptionnellement pas censuré ce chapitre, car il était difficile de retirer les scènes de slash sans nuire à l'intrigue. Profitez-en bien, c'est pas tous les jours que je vous ferai ce cadeau...
Bonne lecture.
La veille de ce drame était un vendredi et ce jour-là, Albus Dumbledore n'avait pas cessé d'asticoter son espion/mangemort personnel/professeur de potions afin qu'il obéisse à un certain ordre qu'il voulait absolument le voir exécuter.
— Harry doit mourir, Severus. Il n'y a pas d'autre solution. J'ai bien analysé la prophétie et c'est très clair. Tant que Harry vivra, Voldemort ne pourra pas mourir. Lorsqu'il a lancé l'Avada à Harry, il a fait de lui un Horcruxe. Oui, je vois à votre tête que vous savez ce que c'est. Tom en avait fait un autre mais je l'ai trouvé et détruit il y a quelques années. Harry est le dernier ancrage de Voldemort sur cette terre. Tant que notre petit Sauveur vivra, Voldemort sera immortel.
— Vous… vous voulez tuer Potter, Albus ? balbutia le Maître des Potions, horrifié, une main posée sur sa poitrine.
Le Serpentard avait fait un Serment Magique avec le Directeur lorsque celui-ci l'avait fait libérer d'Azkaban après trois semaines dans cet enfer. Bien entendu, Severus avait accepté. Tout plutôt que de rester dans ce trou à Détraqueurs ! La seule chose qu'on lui avait demandé c'était de protéger Harry et ma foi, ce n'était pas cher payé. Et il avait fait son devoir année après année… protégeant le Garçon-Qui-Avait-Survécu, le tirant de tous les guêpiers où il ne manquait jamais de se fourrer, fournissant à Poppy Pomfresh les potions pour le soigner… entre autres. Et maintenant, le cornichon gryffondorien devait mourir ? Pas question !
— Vous n'y pensez pas, Albus ! J'ai fait un Serment Magique de le protéger ! Si le garçon meurt, je mourrai dans l'instant !
— Mais non, mais non… il me suffit de vous libérer de ce serment, annonça négligemment le sorcier en robe à fleurs. C'est que j'ai encore besoin de vous, mon petit !
Une sourde angoisse étreignit le cœur du potionniste. Après tout ce qu'il avait enduré pour protéger le gosse, il devait le voir mourir ? Perdre son dernier lien avec Lily Evans, sa seule amie d'enfance ? Voir la lumière s'éteindre dans les yeux verts, une seconde fois ? Pas question !
— Il y a sûrement une autre solution, Albus ! Ne me dites pas que nous avons fait tout ça pour rien ! L'élever, le protéger… toutes ces années, pour le voir mourir ! Et comment allez-vous faire ça ?
— Un petit Avada, ça ne mange pas de pain, répondit le vieux sorcier en haussant les épaules.
— Ça n'a pas l'air de vous déranger outre mesure, pesta le Serpentard, à présent soupçonneux.
— Pour le plus grand bien, Severus… Pour le plus grand bien… Il faut voir l'avenir du Monde Magique et une vie peut en sauver des milliers.
Dumbledore venait tranquillement de planifier la mort de l'idole de leur monde, comme ça, sans états d'âme, tout en suçant un de ses maudits bonbons au citron. La bile remonta dans la gorge de l'espion, à présent livide.
— Et… à qui allez-vous demander ce petit service ? Parce que je me doute que vous n'allez pas vous salir les mains !
— Mais… à vous, mon cher enfant ! A qui voulez-vous ? répondit Albus d'une voix condescendante.
Comme mu par un ressort, le Maître des Potions quitta son siège.
— MOI ? MOI ? Vous êtes fou ? Jamais je ne tuerai le fils de Lily ! Jamais ! Trouvez un autre larbin pour vos délires meurtriers ! JE REFUSE !
Severus Rogue, en proie aux pires tourments, l'estomac au bord des lèvres, se mit à arpenter nerveusement le bureau de long en large. Il était horrifié et refusait de commettre cette abomination.
— Vous obéirez et ferez ce que je vous demande, Professeur Rogue ! gronda le Directeur, le regard dur derrière ses lunettes en demi-lune. Ne faites pas de chichis ! Quand Voldemort vous demande un poison, ce qu'il va en faire ne vous pose aucun problème !
— SI, JUSTEMENT ! hurla Rogue, hors de lui. MAIS JE N'AI PAS LE CHOIX ! SINON, JE SUIS MORT !
— Et bien, ici aussi c'est pareil ! Vous n'avez pas le choix ! C'est ça ou vous retournez à Azkaban !
— Qu… quoi ? bredouilla le Serpentard d'une voix blanche, en s'immobilisant au milieu de la pièce.
— Vous avez très bien entendu, ne faites pas l'innocent ! Vous allez tuer Harry Potter. Je vous laisse jusqu'à demain à l'heure du dîner. Si le garçon paraît au repas de demain soir, vous retournez à Azkaban. Suis-je clair ?
— Limpide.
— Bien ! Nous sommes donc d'accord ! Approchez que je vous libère de votre serment.
La mort dans l'âme, le potionniste ne put qu'obéir. Dumbledore exécuta quelques mouvements avec sa baguette de sureau et alors qu'une vague lueur s'en échappait, Severus porta de nouveau la main à sa poitrine, sentant une certaine pesanteur disparaître : le fameux poids du Serment.
— Je ne vous retiens pas, Professeur Rogue. Vous viendrez me rendre compte lorsque vous aurez terminé votre mission.
Titubant presque, l'homme en noir traversa le bureau tel un zombi. Il ouvrit la porte et descendit l'escalier à vis. Son cœur battait la chamade, il avait envie de vomir, de pleurer… pour la première fois depuis des années. Dans le hall, il croisa le fameux trio qui se dirigeait vers la Grande Salle pour le repas de ce vendredi soir. Il ne put s'empêcher de regarder Harry Potter avec pitié et horreur et ses barrières d'Occlumancie avaient dû faiblir sous le choc récent car le Gryffondor le regarda, intrigué. Le professeur tourna vers le couloir des cachots et disparut dans la pénombre, pressé d'aller noyer son désespoir dans une bouteille neuve de Vieil Ogden.
Dans le hall, Harry le regarda disparaître.
— Rogue n'a pas l'air en forme. Vous avez vu comme il est pâle ? Il a vu son épouvantard ou quoi ?
— On s'en fout de Rogue, marmonna Ron en déchiquetant hargneusement une baguette à la réglisse. D'tout' façon, ce con est toujours blanc comme un cul.
— Ronald ! Un peu de respect, je te prie ! le morigéna Hermione.
En suivant ses amis jusqu'à la table de Gryffondor, le jeune Elu ne put s'empêcher de penser à la douleur qu'il avait un instant perçue dans les yeux d'onyx du Directeur de Serpentard. Qu'avait donc le Maître des Potions ? Voldemort était-il responsable ? L'idée le chagrina plusieurs heures après le repas auquel l'homme n'avait pas participé.
Le samedi matin, dès l'aube, Dumbledore appela son espion par la cheminette. Il le vit, allongé de tout son long sur son vieux canapé, une bouteille vide à la main, dans des habits froissés, le visage pas rasé et de grands cernes noirs sous les yeux. Visiblement, l'idiot avait picolé toute la nuit et certainement pas pour se donner du courage !
— SEVERUS ! DEBOUT ! hurla le Directeur depuis les flammes vertes.
Ne voyant aucune réaction chez son souffre-douleur favori, il avança un bras à travers les flammes et brandissant sa baguette, il jeta un Aguamenti bien puissant sur l'endormi étalé dans le canapé devant l'âtre. Le jet d'eau glacée réveilla aussitôt le Maître des Potions qui sursauta, hagard et baguette pointée vers l'intru.
— Al… Albus ? Qu'est-ce que… que vous voulez ? grommela-t-il, furieux.
— Que vous bougiez vos fesses de ce sofa, que vous preniez une potion de dégrisement, que vous alliez vous laver, raser et changer et qu'enfin vous obéissiez à mes ordres ! Rien que ça !
— Je croyais que j'avais jusqu'à ce soir, se souvint le potionniste en tentant de se lever sans choir sur le sol dallé.
— Ce n'est pas une raison ! Et cessez donc de boire ! Vous me dégoûtez à jouer les Tobias à tout propos ! Bon sang ne saurait mentir, dit-on ! Vous me le prouvez quand je vous vois dans cet état, Severus ! lança sèchement le Directeur de Poudlard.
— Allez-vous en, Albus, et laissez-moi tranquille, marmonna le professeur d'une voix lasse, je sais ce que j'ai à faire.
— Alors, dépêchez-vous !
Les flammes redevinrent rougeoyantes et le visage barbu disparut. Severus tituba jusqu'à son armoire à potions personnelle et l'ouvrit pour y prendre un flacon dont il ingurgita le contenu en grimaçant. Il poussa un soupir à fendre l'âme en regardant le plafond de pierre. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas ressenti une telle angoisse, un tel désespoir. Pire encore, il n'arrivait plus à cacher ses états d'âme derrière ses barrières mentales.
— Mon pauvre Sev', tu as atteint tes limites avec ce sale coup de Dumbledore. Tu aurais pu t'y attendre du Seigneur des Ténèbres, mais de lui… certainement pas. Il n'en a rien à faire de toi, tu n'es que de la chair à canon comme disent les Moldus…
Plus les minutes passaient, plus son angoisse et son désespoir augmentaient. Le malheureux sorcier avait passé une partie de la nuit à pleurer en regardant une vieille photo de Lily Evans, entre deux gorgées de Vieil Ogden avalées directement au goulot. Il fallait être honnête, Severus Rogue était au bout du rouleau. S'il devait tuer Harry Potter, il n'avait pas l'intention de survivre à cet abominable forfait. Tuer des inconnus lors des raids pour Lord Voldemort, c'était une chose. Tuer Harry Potter, le fils de Lily, le Sauveur adulé, âgé de seize ans bientôt, c'était une autre paire de manches. Fichue prophétie ! Maudit Dumbledore ! Mais pourquoi avait-il eu cette idée idiote d'aller rapporter à son maître ce qu'il avait entendu ce jour-là à la Tête de Sanglier ?
Il fallait obéir. Il n'avait pas vraiment le choix. Ou alors, en avait-il un autre ? Fuir au bout du monde ? Albus trouverait le moyen d'éliminer Potter et le ferait traquer par les Aurors du monde entier et par Maginterpol voire le MACUSA. Ce n'était pas une vie, surtout qu'il n'avait aucune fortune, pas d'amis… Non, mourir était la meilleur façon de tirer sa révérence, d'échapper à cette guerre, à la Marque des Ténèbres. Et… à Dumbledore !
En sortant de sa salle de bain, propre, rhabillé de frais et rasé soigneusement, le pâle sorcier griffonna quelques lignes sur un bout de parchemin et appela un Elfe. Il lui demanda de remettre ce mot à Harry Potter dès qu'il se présenterait au petit déjeuner. Une fois l'Elfe parti, il appela les cuisines par la cheminette et commanda un English Breakfast complet qu'il prendrait dans ses quartiers. Il n'avait aucune envie de voir la tête de son bourreau, de sa future victime, ni d'aucun des autres cornichons à qui il devait enseigner les potions.
— Je meurs de faim !
— Ron… soupira Hermione d'une voix lasse, tu nous bassines avec ta faim à chaque repas.
— Les repas, c'est fait pour ça !
— Mione a raison, s'amusa Harry en s'asseyant à sa place habituelle sur le banc des Rouge et Or. A chaque repas depuis la première année, tu nous sors cette phrase.
— Elle est vraie, d'abord ! Donc, j'ai le droit de la dire ! insista le rouquin en se jetant sur un plat de tranches de bacon grillé à souhait.
— Mange proprement, Ronald Weasley ! Tu nous fais honte !
— Méééé ! Mioneuuuh ! répondit-il, la bouche pleine.
Le rire d'Harry Potter fut interrompu par le pop de transplanage d'un des Elfes du château.
La petite créature magique, visiblement du sexe féminin, lui tendit timidement un parchemin plié en quatre.
— De la part du Professeur Rogue, Harry Potter, Monsieur.
Sans attendre un remerciement ou une réponse, l'Elfe disparut en claquant des doigts, son devoir accompli.
— C'est quoi ? demanda Ron, inquisiteur. Il te veut quoi, c'te vieux con ?
— J'en sais rien encore, répondit distraitement Harry en dépliant le bout de parchemin.
Monsieur Potter,
Je dois vous parler urgemment. Rejoignez-moi dans mon bureau dès que vous aurez terminé votre petit déjeuner.
Venez seul.
Professeur S. T. Rogue.
— Alors ? insista le rouquin, toujours la bouche pleine.
— Rogue veut me voir dans son bureau après le p'tit dej'. Il veut me parler. Et je dois venir seul.
— Seul ? Tu vas aller seul dans le territoire des Serpents ? T'es malade, mon pote ! On va v'nir avec toi, et gare si Malefoy…
Hermione l'interrompit agacée, en s'essuyant délicatement la bouche avec sa serviette de table avant de soulever son mug de thé au jasmin.
— La lettre dit « seul », Ron !
— Ouais, mais c'est pas normal, insista le fléau en pointant un doigt gras de jus de viande vers Harry. Pas question qu'on laisse Harry tomber dans un guet-apens !
— Quel guet-apens ? Il va parler avec un prof ! Il va tout le temps en retenue seul dans le bureau du Professeur Rogue et il ne lui a jamais rien fait ! Que veux-tu donc qu'il lui fasse ? Il n'a pas eu de retenue pour ce week-end !
— Je confirme, s'amusa Harry en se servant un café pour accompagner ses œufs brouillés. Pas de retenue pour Ryry, ce ouike ! Je suis un Elfe libreuuuuh !
— Idiot ! gloussa Hermione, amusée par sa diatribe.
— A propos d'Elfe libre, tu crois que je peux demander à Dobby un méga sandwich archi complet comme il t'a fait l'autre jour ? Tu sais, après le Quidditch ! J'ai peur de pas tenir jusqu'à midi avec si peu… demanda Ron à Harry en vidant le plat d'œufs dans son assiette.
— Ça devrait pouvoir se faire, tu n'auras qu'à lui demander, le rassura son ami sous les yeux outrés de la brunette aux cheveux touffus.
Harry avançait dans le couloir des cachots. Le petit déjeuner était terminé depuis quelques minutes. Hermione avait filé vers la bibliothèque et Ron était monté à la Tour de Godric pour récupérer son balai afin d'aller voler quelques heures au-dessus du stade de Quidditch. Le lionceau croisa un petit groupe de Serpentards qui le regarda avec suspicion, se demandant ce qu'il pouvait bien faire par là. Le voyant s'avancer vers le bureau de leur Directeur de Maison, certains affichèrent un sourire goguenard, pensant qu'il se rendait en retenue avec le Professeur Rogue. Harry entendit même deux ou trois ricanements méprisants.
Au moment où il frappa à la porte, il songea qu'il avait peut-être totalement foiré sa BUSE de potions et un nœud se forma au creux de son estomac. Si vraiment il n'avait pas eu cette fichue BUSE, il ne pourrait pas aller aux cours avancés de potions et son rêve de devenir Auror allait prendre fin.
Harry frappa trois coups rapprochés de son index replié, et la porte s'ouvrit immédiatement. Le Professeur Rogue portait sa tenue noire habituelle et le jeune sorcier remarqua son visage las et les cernes sous ses yeux.
— Bonjour, Professeur. J'ai eu votre message. Vous vouliez me parler ? commença Harry, inquiet. J'ai… j'ai foiré totalement ma BUSE de potions, hein ? C'est ça ?
— Entrez, Potter. Et pour répondre à votre question, non, vous n'avez pas foiré -comme vous dites- votre BUSE de potions.
— Ouf ! Merci ! Parce que si je ne l'ai pas, je ne pourrai pas aller aux cours avancés et comme je veux être Auror…
— Monsieur Potter, pour votre information, je ne prends que les élèves ayant eu un Optimal à leur BUSE de potion. Vous ne serez pas admis à mon cours avancé.
Severus soupira devant la mine déconfite de son élève. Le gamin l'ignorait mais il ne connaîtrait jamais les résultats de ses BUSEs. Il ne terminerait pas sa scolarité magique, ne serait pas diplômé, n'irait jamais à l'Académie des Aurors.
Non.
Parce qu'il allait mourir avant que la journée ne se termine.
Cependant, Severus Rogue n'avait pas l'intention d'abattre Harry Potter comme un chien, d'un Avada Kedavra dans le dos…
Il n'avait pas l'intention de le tuer sans tout lui dire avant. Lui raconter les manœuvres de Dumbledore et pourquoi on le mettait, lui, dans l'obligation d'être le bourreau.
Un vil meurtrier.
— Suivez-moi, Monsieur Potter. Harry… tenta-t-il d'une voix douce et sans agressivité.
Le Gryffondor qui regardait ses pieds leva brusquement son visage et afficha un air étonné. Rogue était vraiment bizarre aujourd'hui. Hier soir aussi, s'il y songeait. Le professeur ouvrit la porte au fond de la pièce et s'effaça pour faire entrer son élève là où personne ne mettait quasiment jamais les pieds, sauf Albus -trop de prénoms- Dumbledore.
Harry entra dans un modeste cachot sans fenêtre, aux murs de pierres nues. Deux bibliothèques chargées de vieux grimoires et de bocaux suspects encadraient une vaste cheminée dans laquelle brûlaient quelques bûches. Nous étions au mois de Juin et pourtant, il faisait froid dans le cachot. Le Gryffondor qui ne portait qu'un tee-shirt et une légère robe d'été ouverte sur un vieux jean délavé frissonna. Il se frotta les bras en grimaçant afin de se réchauffer quelque peu.
— Asseyez-vous, Harry, poursuivit le Serpentard en lui désignant le vieux canapé de velours vert râpé qui trônait devant l'âtre. Désolé pour la température, mais ce sont des cachots, nous sommes dans les fondations du château et même par endroit sous le Lac Noir. Le froid est bon pour la conservation des ingrédients de potions, mais pas très agréable pour nous sans quelques sorts adéquats. Je m'en excuse.
Le Maître des Potions sortit sa baguette de sa manche gauche et jeta un sort de chauffage dans la pièce. Aussitôt, Harry se détendit et se laissa aller contre le dosseret du canapé, attendant qu'on lui explique ce qu'il pouvait bien faire là. S'il devait être honnête avec lui-même, il avait un mauvais pressentiment…
— Désirez-vous une tasse de thé ? proposa aimablement le maître des lieux.
— Je sors de table, Professeur Rogue, mais… pourquoi pas…
C'était bizarre cette idée de thé. Harry se demanda un court instant s'il n'avait pas fait une bêtise en acceptant. Le thé allait peut-être être drogué ! Depuis le temps que le triste sire lui promettait de lui faire avaler les immondes concoctions qu'il ratait à chaque cours !
Ron avait peut-être raison, finalement. Il n'aurait pas dû venir !
Percevant les interrogations de son élève, Severus, après avoir conjuré un plateau contenant thé, sucre, lait et biscuits -en fait provenant des cuisines à côté- entreprit de faire le service.
— Sucre, lait ?
— Juste deux sucres, merci, répondit Harry en se promettant de ne pas y toucher ou du moins de faire semblant.
— Vous pouvez le boire sans crainte. Je n'ai aucune intention de vous faire avaler du Veritaserum ou autre potion, Potter. Ce plateau provient des cuisines, rien n'est drogué. Je ne suis pas Albus Dumbledore qui fourre ses bonbons de toutes sortes de potions.
— Il fait ça ? s'horrifia le jeune Sauveur.
— Ça… et bien d'autres choses, comme vous allez l'apprendre dans quelques instants.
— Pourquoi je suis là, Professeur, si c'est pas pour me parler de mes BUSEs ?
Alors que le jeune sorcier tendait la main pour se saisir de la tasse préparée par l'homme, Severus prit la sienne et alla poser ses fesses maigrichonnes dans le fauteuil à l'angle du canapé.
Une sourde angoisse étreignait le cœur soi-disant de pierre du Serpentard. Il ne pouvait plus reculer, il fallait lui dire. Il leva les yeux et regarda le visage innocent et les yeux verts derrière les hideuses lunettes rondes à la monture métallique noire. Dans moins d'une petite minute, Harry Potter allait perdre son innocence et ses illusions.
— Monsieur Potter, savez-vous ce qu'est un Horcruxe ?
Severus était persuadé que non, que le gamin ignorait tout de ces abominations. Et là encore, le sale gosse allait le surprendre…
— Oui, Professeur. Je sais ce que c'est. J'en ai détruit un en seconde année. Voldy en avait laissé un à la garde de Malefoy père et cette andouille n'a rien trouvé de mieux que de le refiler à Ginny Weasley. C'était un journal vierge dans lequel elle écrivait pendant sa première année. L'Horcruxe lui répondait. Il a fini par la posséder et lui faire ouvrir la Chambre des Secrets. Vous vous souvenez ?
— Oui… mais j'ignorais qu'un Horcruxe du Seigneur des Ténèbres était responsable, s'étonna le Serpentard. Albus ne nous en a jamais rien dit. Par Salazar… il cache toutes ses informations pour Merlin seul sait quoi… Et… Voldy ? D'où sortez-vous ce sobriquet ?
— Personne ne supporte d'entendre parler de Lord Machinchose ! Tout le monde tremble et les Mangemorts encore plus que les autres. Alors, Voldy… c'est quand même plus facile à dire que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ou Vous-Savez-Qui, non ?
— Si jamais ceci lui était répété, votre vie ne vaudrait pas cher, Harry.
— Ma vie ne vaut pas cher, Professeur ! Il y a longtemps que je le sais, avoua le Gryffondor en esquissant une grimace. Demandez donc à ma Tante Pétunia la valeur qu'elle donne à ma vie… vous n'auriez pas de quoi vous acheter un sachet de thé à bas prix.
Evidemment… si le gosse vivait avec cette mégère anti-magie, il ne fallait pas s'étonner qu'il estime que sa vie valait bien peu. Malheureusement, elle ne valait pas grand-chose non plus pour un certain sorcier planqué dans sa tour directoriale juste au-dessus de leurs humbles têtes.
— Le Professeur Dumbledore m'a dit qu'il en avait détruit un, il y a quelques années…
— Lui ? ricana Harry, désabusé. Il est arrivé après la bataille comme à chaque fois. Pour quelqu'un qui sait soi-disant tout ce qu'il se passe dans cette école, il ne sait pas grand-chose ! Ou alors il nous manipule tous pour qu'on fasse le boulot à sa place, termina amèrement le garçon.
Severus faillit s'étrangler avec sa dernière gorgée de thé. Harry n'était pas si naïf que ça. Il avait bien analysé le marionnettiste qui les faisait tous danser en tirant sur des tas de ficelles.
— Pourquoi me parlez-vous d'Horcruxe, Professeur ? demanda le Gryffondor soudain suspicieux.
— Parce qu'il y en a un autre et que le Professeur Dumbledore m'a ordonné de le détruire.
— Un autre ? Eh ben, cette sombre Face-de-Serpent emploie bien son temps ! Et c'est quoi cette fois-ci ? Une plume ? Un cartable ? Une carte de Noël d'il y a cinquante ans ? Il fait chier ce con, avec sa foutue Magie Noire !
— Langage, Potter ! pesta le potionniste, sans agressivité.
°Si seulement c'était aussi simple, soupira le sorcier dans son for intérieur. Comment dire à un môme de seize ans qu'il est un Horcruxe et qu'il doit mourir ? Réponse ? on ne peut pas. On ne peut pas sans le briser. Misère, je dois tuer ce pauvre gosse qui ne se doute de rien et donne des surnoms débiles au plus grand Mage Noir de tous les temps. Merlin, achève-moi ! °
— Il faut que je vous aide, c'est ça, Professeur ? Ok, c'est bon. Il est où votre truc ? Il faut qu'on aille chercher une dent de basilic ou si vous avez du venin de basilic dans votre réserve, ça sera bon aussi. Ça marche super bien sur les Horcruxes. Radical !
Harry avait reposé sa tasse vide sur le plateau et s'était levé, prêt pour accompagner le Maître des Potions là où se trouvait l'objet à détruire.
— Asseyez-vous, Potter. Nous n'allons nulle part. Qui vous a expliqué ce qu'était un Horcruxe ? Le Professeur Dumbledore ?
— Bien sûr. Qui d'autre… répondit Harry en reprenant sa place, un peu déçu. Alors, c'est quoi qu'on doit détruire ? Il est là ?
Severus Rogue posa ses coudes sur ses genoux et frotta son visage entre ses deux mains.
— Je ne peux pas… murmura-t-il entre deux sanglots étouffés. Je ne peux pas…
Harry le regarda, étonné. Rogue n'était vraiment pas dans son assiette, c'était clair. D'abord, il l'appelait Harry… de temps en temps. Il ne l'insultait pas, lui offrait du thé… Mais qu'avait-on fait au Professeur Rogue ?
— Mais si, on peut ! C'est pas dur, vous savez. Je l'ai fait à douze ans. Bon, le basilic m'a mordu, mais Fumseck m'a sauvé, alors vous voyez…
— Non, Potter, c'est vous qui ne voyez pas.
Severus écarta ses mains de son visage et regarda son élève avec les yeux légèrement rouges et brillants de larmes qui ne coulaient pas encore. Harry le regarda fixement, la bouche pincée.
— Harry… l'Horcruxe, c'est vous. Et Dumbledore veut que vous mouriez avant ce soir. Il m'a chargé de vous tuer. Non, rectification. Il m'oblige à vous tuer. Et si je n'obéis pas, je dormirai à Azkaban ce soir.
— QUOI ? hurla le Gryffondor, paniqué en se levant brusquement, baguette tendue vers le professeur qui ne bougea pas.
Bousculé par Harry, le plateau contenant les tasses, la théière et l'assiette de biscuits, se fracassa sur le sol. Severus ne toucha pas à sa baguette posée sur l'accoudoir de son fauteuil. Harry recula précipitamment vers la porte.
— NE M'APPROCHEZ PAS !
— Revenez, Harry, demanda le Serpentard d'une voix lasse. Je n'ai pas l'intention de vous lancer un Avada. Je n'ai pas envie de vous tuer.
— Vrai ? hésita Harry, totalement paniqué et ne sachant plus à quel saint se vouer.
Rogue n'était aucunement agressif. Il semblait totalement abattu, épuisé.
— Harry… la porte est magiquement verrouillée. Il y a des barrières magiques que vous ne franchirez jamais. Aucun de nous deux ne sortira vivant de ces cachots.
— Alors c'est vrai… murmura Harry incrédule en le regardant. Vous allez me tuer. Ron avait raison en disant que je risquais gros en venant ici seul.
— Votre ami avait partiellement raison, Potter, avoua la chauve-souris des cachots en se levant pour prendre une bouteille neuve de Whisky Pur Feu Vieil Ogden dans l'un des placards bas disposés contre les murs. Sauf que je ne suis pas celui qui souhaite votre mort. Je n'y ai absolument aucun intérêt, bien au contraire. Vous êtes censé être celui qui peut vaincre le Seigneur de Ténèbres et je souhaite plus que tout qu'il soit vaincu et cette fois-ci définitivement. Votre trépas perturbera très fortement ce désir.
— Vous… on… vous pourriez me laisser partir, tenta Harry dont le cœur battait à se rompre dans sa poitrine.
Il ne savait pas ce qui était le plus inquiétant : sa mort programmée par Dumbledore ou bien la passivité de l'assassin mandaté pour cet acte odieux.
— Je pourrais, Harry, répondit le potionniste, en se servant un large verre bien rempli de Vieil Ogden. Mais cela ne changerait rien au problème. Vous seriez rattrapé et exécuté de toute façon, et moi avec vous, très certainement. Voire même avant. Et si Dumbledore a raison, tant que vous serez en vie, le Seigneur des Ténèbres sera immortel.
— C'est… c'est le principe des Horcruxes, ouais. Donnez-moi un verre, Professeur. Et ne me regardez pas comme ça. Si j'ai l'âge de mourir, j'ai l'âge de boire de l'alcool !
Severus hocha la tête sans dire un mot. Il n'allait pas refuser un verre au Gryffondor. Et s'il voulait vider la bouteille avec lui, il le laisserait faire. Plus rien n'avait d'importance. Aucun des deux hommes ne verrait un nouveau jour se lever. De toute façon, il n'y avait aucune fenêtre dans les cachots, c'était juste une façon de parler…
Baguette toujours levée, Harry s'approcha et tendit le bras pour prendre le verre. Le jeune sorcier était parfaitement conscient que le Professeur Rogue aurait pu depuis longtemps le tuer, le désarmer même, l'attacher ou quoi que ce soit lui étant passé par la tête.
Personne ne faisait le poids contre Rogue dans l'école. Sauf peut-être le Directeur…
L'œil toujours fixé sur le Maître des Potions, Harry avala une gorgée du liquide ambré et toussa, la gorge en feu.
— Bordel, fit-il d'une voix étranglée, c'est de la potion décapante ou quoi ?
— Un peu, répondit tranquillement le Serpentard en terminant son verre, ça décape certains états d'âme et certains souvenirs… parfois. Enfin, ça aide.
Ne sachant que faire et se voyant pris au piège, Harry retourna s'asseoir dans le canapé. Prudent, il garda sa baguette dans sa main, prêt à se défendre si Rogue faisait seulement mine de se saisir de la sienne. Il n'était pas question qu'il se laisse assassiner sans rien dire, ni faire !
— Pourquoi Dumbledore pense que je dois absolument mourir ?
— Il a été assez avare de précision. Il a plutôt employé son temps à me menacer afin que j'obéisse. Je n'ai aucune envie de me retrouver de nouveau à Azkaban. Croyez-moi, ce n'est pas le genre de villégiature où l'on a plaisir à se ruer pour les vacances.
Harry frissonna à la pensée des Détraqueurs. Rogue avait raison, lui aussi aurait tout fait pour ne pas se retrouver là-bas.
— Je n'ai aucun mal à vous croire.
— Nous avons un ultimatum. Dumbledore me laisse jusqu'au dîner de ce soir pour faire ce qu'il a ordonné. Si vous n'êtes pas mort à l'heure du dîner, j'en paierai le prix.
— Donc, je vais mourir, fit Harry d'une voix blanche. Je n'ai aucun moyen d'y échapper, pas vrai ?
— Aucun. Mais vous ne serez pas le seul à mourir, aujourd'hui. Je n'ai pas l'intention de vous survivre, Harry. Je suis obligé, forcé, de vous tuer. Mais ce soir, je tirerai ma révérence. Je laisse tomber. Terminés la guerre, l'espionnage, les manigances de Dumbledore, les tortures de… Vol… Voldy comme vous dites. J'en ai soupé, Potter. J'abandonne. J'ai du poison sans antidote dans mon labo personnel. Je me refuse à mourir de ma propre baguette.
Harry Potter avala sa salive et regarda l'homme avec les yeux écarquillés derrière ses lunettes rondes. C'était donc ce qui rongeait le Serpentard depuis la veille ! On le chargeait de commettre un meurtre de sang-froid ! Albus Dumbledore avait toutes les audaces ! Comment osait-il lui demander une chose pareille ?
— A la mort de vos parents, j'ai fait le Serment Magique de vous protéger quoi qu'il arrive. Dumbledore avait exigé de moi ce serment. Hier soir, il m'en a déchargé afin que je puisse vous… exécuter. Je peux vous assurer, Monsieur Potter, qu'il n'avait aucun état d'âme, aucun scrupule. Il n'en a absolument rien à faire de nous deux.
Harry, les yeux brillants de larmes, fixait le verre que le Maître des Potions remplissait de nouveau. Il se sentait trahi. Il n'aurait seize ans que dans un mois et demi et il allait mourir dans la journée. Le garçon vacilla légèrement en proie à une vive émotion. Ses doigts s'agrippèrent au rebord de l'assise du canapé et il ferma les yeux, nauséeux et le corps soudain glacé. Malgré tous ses efforts pour rester stoïque, il laissa échapper quelques sanglots étranglés et baissa la tête. Le Maître des Potions vit ses épaules se secouer en silence et deux grosses larmes atterrir sur le tissu clair du jean usé et y laisser deux marques humides. Il reposa son verre et se leva de son fauteuil.
— Je suis désolé, Potter… murmura-t-il en tendant la main pour lui caresser les cheveux.
Lorsque le Gryffon désespéré sentit les doigts du sorcier lui caresser maladroitement la tête dans un geste se voulant apaisant, les vannes s'ouvrirent et il hoqueta, pleurant à chaudes larmes et bruyamment. Enfant, chez les Dursley, il avait appris à pleurer silencieusement car si Vernon, Pétunia ou Dudley l'entendaient, la punition était pire encore. Mais là, il n'en avait plus rien à faire. Son désespoir était le plus total. Il sanglotait tellement qu'il n'arrivait plus à respirer.
D'un Accio informulé et sans baguette, Severus Rogue fit venir à lui un Philtre de Paix, déboucha le flacon et le mit sous le nez du garçon.
— Avalez ça, Harry. Vous reconnaissez cette potion, n'est-ce pas ? Elle ne vous fera aucun mal. Je vous en fais la promesse.
— Philtre… Philtre… de… de Paix ?
— Vous voyez, quand vous voulez ! Dix points pour Gryffondor, Monsieur Potter !
Harry émit un petit hoquet désabusé. Si Hermione voyait le sablier, elle allait se demander ce qu'il avait bien pu faire pour gagner des points avec Rogue. Le lionceau accepta le flacon débouché tendu par le sorcier et en avala le contenu en grimaçant. Ce truc était moins mauvais que les autres mais pas très fameux pour autant. Harry ferma les yeux quelques secondes et se laissa aller contre le dosseret du canapé. Severus vit les larmes qui coulaient encore sur le pâle visage ravagé de désespoir. Il s'avança, contournant la petite table de merisier au plateau de marbre rose et s'assit près du garçon qui ouvrit les yeux. A la grande surprise de l'élève Rouge et Or, Severus le prit dans ses bras et lui caressa encore les cheveux.
— Je suis désolé, Harry. Vous n'imaginez pas à quel point je suis désolé.
Le jeune homme se remit à sangloter mais silencieusement tout en s'accrochant désespérément à la robe de son enseignant.
— Je… je veux pas mourir, Professeur… Je… je n'ai pas tout à fait seize ans, j'ai des projets d'avenir, des amis, je dois vaincre Voldy aussi… pas que ça m'enchante, ça. Et… ajouta-t-il d'une voix à peine audible, j'ai à peine embrassé une fille. C'était pas terrible d'ailleurs et je sais même pas pourquoi, et aussi j'espérais toujours ne pas mourir vierge. Je voulais… j'espérais qu'avant la rencontre ultime avec Voldy, j'aurais… j'aurais… fait l'amour.
Severus soupira. Il ne pouvait pas dire, lui non plus, qu'il avait été gâté de ce côté-là. Il n'était pas vierge, ayant accepté par curiosité de suivre Lucius dans le fameux bordel de Madame Claudius dans l'Allée des Embrumes. Il n'y était jamais retourné ensuite, n'ayant pas été enchanté de l'expérience. De plus, les prostituées n'embrassant pas, il n'avait jamais connu un seul baiser.
— Au moins, vous avez déjà embrassé quelqu'un, soupira-t-il, je ne peux même pas en dire autant. Mon expérience personnelle se résume à une sortie avec Lucius Malefoy dans un bordel, il y a près de vingt ans. Je n'ai pas du tout apprécié et donc je n'ai jamais renouvelé l'expérience. Je pense sincèrement que les femmes ne sont pas du tout ma tasse de thé, Harry. Navré, mais je ne peux pas vous aider sur ce coup-là.
Severus Rogue était persuadé que le Garçon-Qui-Avait-Survécu allait se moquer de lui, mais honnêtement, il s'en fichait totalement. A sa grande surprise, Harry se contenta de passer ses deux bras autour de sa taille fine et de se serrer contre lui, cachant son visage dans les plis de sa cape et humant l'odeur d'ambre et d'épices qui se dégageait de l'ample vêtement noir.
— Vous n'avez pas eu une vie très chouette, pas vrai ?
— C'est peu de le dire, Harry. Je n'aurai aucune difficulté à quitter cette vie. Je suis… au bout du rouleau. Entre le Seigneur des Ténèbres et Albus Dumbledore… je n'en peux plus. Quinze ans que je porte un masque… et toute ma vie, j'ai été détesté, haï. Mon père d'abord, et puis les Maraudeurs qui ont fait de ma vie d'élève un enfer, mes condisciples qui me méprisaient pour mon Sang-Mêlé et ma pauvreté… Ensuite, on m'a haï pour avoir été un Mangemort… Et tous mes élèves au fil des ans parce que je devais jouer un rôle. Je suis devenu le bâtard des cachots, ou le connard graisseux. Oui, je suis au courant de tous les noms d'oiseau qu'on me donne. Dumbledore avait décidé que je devrai réintégrer les Mangemorts le jour où le Seigneur des Ténèbres reviendrait, et pour ça je devais me montrer cruel, odieux, être craint de tous…
— Sauf des Serpentards, murmura Harry toujours caché dans les plis de la cape.
— La plupart de mes serpents me déteste et me méprise parce que je ne suis pas un Sang-Pur, Harry. Ils me respectent par peur. Ils ont peur du Mangemort que je suis, que j'étais. Leurs parents leur ont sans doute fait la leçon. Le Seigneur des Ténèbres m'a toujours tenu en haute estime. J'ai travaillé dur pour ça. Je devais être capable de tenir mon rôle d'espion.
— Vous espionnez pour qui, exactement ? tenta le Gryffondor qui s'était toujours posé la question de la véritable allégeance du Serpentard.
Severus n'avait plus rien à cacher. Il n'avait d'ailleurs pas envie de le faire. Harry avait le droit de savoir, ça n'avait plus d'importance.
— Les deux. J'espionne le Seigneur des Ténèbres pour Dumbledore, et le Seigneur des Ténèbres est persuadé que j'espionne Dumbledore pour lui. Je peux vous assurer qu'aucun des deux ne vaut mieux que l'autre. Tout est bon pour arriver à leurs fins.
— Vous allez vraiment vous tuer après… après… que vous… enfin… bredouilla Harry, gêné.
— Oui, répondit le sorcier en passant sa main sur le dos du jeune homme.
Il posa sa joue contre la tignasse en bataille d'Harry et soupira.
— Je ne manquerai à personne, alors ça n'a pas d'importance. Et… je suis plus que fatigué de cette vie.
— Mais… vos amis… hésita Harry, surpris. Lucius Malefoy, par exemple.
— Lucius n'est pas un véritable ami. Il n'a pas d'amis. Il n'a que des connaissances dont il profite outrageusement. C'est un opportuniste. J'avoue qu'il est avenant et agréable lorsque vous pouvez lui être utile, mais lorsque votre utilité cesse… il vaut mieux faire demi-tour sans se retourner…
— Drago est pareil. Il se sert des gens. Je l'ai remarqué. Il se sert de Crabbe et de Goyle pour faire le sale boulot pour lui et il se sert aussi de Parkinson. Mais là, c'est d'une autre façon.
— Je sais. Il a été bien dressé. J'avais une amie autrefois, révéla le professeur. C'était ma meilleure amie, comme Miss Granger pour vous. Nous étions amis depuis l'âge de neuf ans. Mais il y a longtemps qu'elle est morte. Le Seigneur des Ténèbres ne l'a pas épargnée malgré mes suppliques.
— C'était une sorcière ?
— Oui, c'était une sorcière née-moldue.
Severus n'ajouta rien. Il ne révéla pas l'identité de ladite sorcière. Ça n'avancerait à rien et ferait souffrir encore plus le Gryffondor.
— Ne vous tuez pas pour moi, Professeur. Ça n'en vaut pas la peine.
— Je n'ai plus envie de vivre cette vie, Harry.
La main de l'homme, apaisante, glissait toujours sur le dos du Gryffondor terrifié mais calmé momentanément par la potion qu'il venait de boire.
— Je dois vraiment mourir, n'est-ce pas ? Si je suis un Horcruxe… ça veut dire que je n'ai pas le choix.
— Il semblerait, en effet.
Harry soupira. La potion lui permettait de garder quelque peu son calme et de pouvoir réfléchir à la situation.
— C'est… ma cicatrice ? C'est là qu'il est ?
— Dumbledore dit que oui.
— Ok. Mais si je dois mourir, ce sera à mes conditions, Professeur Rogue, affirma Harry en levant son visage vers le sorcier.
Celui-ci baissa les yeux et le regarda en hochant doucement la tête.
— Vous ne deviendrez pas un assassin pour moi ! Je préfère me suicider, mais j'ai l'intention de me venger avant.
— Je suis déjà un assassin, Harry. J'ai participé à de nombreux raids pour le Seigneur des Ténèbres… Contre mon gré, certes, mais j'ai participé.
— Vous avez déjà tué quelqu'un que vous connaissiez ?
— Non. Juste des Moldus inconnus et c'était bien assez difficile. Parfois, je réussissais à épargner les enfants en les cachant dans un placard ou une armoire, mais pas toujours.
— Les placards… ouais… je connais, marmonna Harry de façon à peine audible en redissimulant son visage dans la cape de l'homme.
Pendant un instant, ils se turent. Tous deux étaient angoissés et effrayés bien qu'Harry, drogué, affichât un calme artificiel.
— Vous disiez que vous aviez du poison, ici ?
— Oui. Je l'ai appelé l'Avada Liquide. C'est une de mes inventions. Je n'ai jamais eu le temps de créer un antidote donc je ne l'ai jamais donné au Seigneur des Ténèbres. Quand il me commande un poison, je créé toujours l'antidote avant de lui remettre les fioles. Il l'ignore, bien entendu.
— Vous en avez une fiole pour moi ? tenta Harry, le cœur battant.
Par Merlin, il était en train de programmer son suicide ! Il n'aurait jamais pensé à une chose pareille en se levant ce matin-là !
— Oui. J'ai juste trois flacons. Normalement, c'est assez pour mes expériences.
Harry hocha la tête. Et dans l'instant, une petite voix se fit entendre et les deux hommes toujours enlacés se tournèrent dans la direction d'où elle venait.
— Si Harry Potter, Monsieur, doit mourir, alors Dobby mourra aussi. Dobby refuse de quitter Harry Potter, Monsieur.
Horrifié, Harry découvrit l'Elfe qu'il avait libéré des griffes de Lucius Malefoy quelques années auparavant. Dobby, vêtu d'un tee-shirt d'enfant rose avec une licorne à paillettes, d'un bermuda en jean et de chaussettes dépareillées tricotées par Hermione, se tenait là devant eux, les yeux larmoyants et les oreilles basses.
— Dobby ? Qu'est-ce que tu fais là ? s'étonna le Gryffondor en se redressant.
Severus Rogue relâcha Harry et regarda l'Elfe avec curiosité.
— Dobby faisait le ménage dans les quartiers du Professeur Rogue, Harry Potter, Monsieur. Dobby était invisible, comme il se doit pour un bon Elfe-de-Maison. Et Dobby a entendu ! Dobby a entendu que son Harry Potter devait mourir, Monsieur !
— Dobby… je…
— Dobby prendra du poison aussi et suivra Harry Potter dans l'au-delà ! Dobby refuse d'être séparé de son ami !
— Non, Dobby ! Tu n'as pas besoin de mourir ! s'écria Harry, horrifié.
— Dobby a juste peur de ne pas pouvoir suivre Harry Potter, Monsieur. Dobby est un Elfe libre. Un Elfe lié qui meurt en même temps que son maître le suit dans l'au-delà, Harry Potter, Monsieur. Ils ne sont pas séparés. Dobby veut se lier à Harry Potter pour être sûr de le suivre là où il ira, Monsieur.
— Mais, Dobby ! Tu adores être libre ! Tu aimes ton travail ici à Poudlard ! Tu ne dois pas mourir ! Tu n'as pas besoin de mourir !
— Dobby refuse de rester sans Harry Potter, Monsieur, insista l'Elfe qui pleurait à présent.
Près d'Harry, Severus soupira. Il avait entendu dire que certains Elfes suivaient volontairement leurs maîtres dans la mort, surtout les Elfes très bien traités et appréciés. Si leurs maîtres ne le leur interdisaient pas expressément, beaucoup se donnaient la mort pour les suivre. Dobby, bien que libre, semblait être un Elfe particulièrement fidèle.
— Liez-vous à lui, Monsieur Potter, déclara le Maître des Potions d'une voix sereine. Rien ne lui fera changer d'avis. Les Elfes-de-Maison sont des créatures magiques extrêmement fidèles. J'ai déjà vu le cas plusieurs fois. Il se tuera quand même, je peux vous l'assurer, que vous vous liez à lui ou pas.
— Ah ?
Puis se tournant vers Dobby, Harry lui demanda :
— Dobby… tu es sûr que c'est ce que tu veux ? Tu veux te lier à moi ? Je serai mort avant le dîner de ce soir, il faut que tu le saches.
L'Elfe hocha gravement la tête en fixant Harry de ses yeux en boules de loto.
— Dobby sait, Harry Potter, Monsieur. Dobby a tout entendu depuis que Harry Potter est entré dans les quartiers du professeur.
— D'accord, se rendit le Gryffondor. Si c'est vraiment ce que tu veux… Mais je ne sais pas comment on se lie à un Elfe-de-Maison.
Ce fut Severus qui répondit. Il venait de se lever pour remplir encore une fois son tumbler de Whisky Pur Feu Vieil Ogden.
— Prenez-lui les mains, Harry, et déclarez haut et fort que vous faites entrer l'Elfe-de-Maison Dobby dans votre famille pour vous servir jusqu'à sa mort ou que vous le libériez. Et terminez par « Qu'il en soit ainsi ». Et la magie validera le lien.
— Comment vous savez ? Vous avez un Elfe, Professeur ?
— Non. Mais j'ai déjà assisté autrefois à ce rituel.
Severus ne révéla pas que Lucius faisait une consommation effrénée d'Elfes-de-Maison. Dobby avait eu la chance d'être libéré, il ignorait comment, mais beaucoup d'autres elfes succombaient sous les coups de canne du Mangemort blond.
Harry hocha la tête en soupirant. Il se leva du canapé, passa machinalement ses mains moites sur ses cuisses habillées de jean et s'approcha de l'Elfe. Afin d'être à sa hauteur, il s'agenouilla devant lui et tendit ses deux mains que Dobby attrapa aussitôt.
— Moi, Harry James Potter, héritier de la très ancienne et très noble Maison des Black, et dernier survivant des Potter, je fais entrer l'Elfe-de-Maison Dobby dans ma famille, afin qu'il me serve durant le temps qu'il me reste à vivre et dans l'au-delà s'il le souhaite. Bienvenue dans ma famille, Dobby Potter, ajouta Harry dans un moment d'inspiration. Qu'il en soit ainsi !
Deux langues dorées de magie se matérialisèrent autour des mains d'Harry et de Dobby et pénétrèrent dans leurs bras après avoir ondulé quelques secondes. Harry sentit une douce chaleur dans sa poitrine pendant un court instant, puis plus rien. Le rituel était terminé. Dobby lui appartenait à présent, pour quelques heures… ou l'éternité.
— Pas mal, Potter ! Très créatif… murmura le Maître des Potions entre deux gorgées de liquide ambré très fortement alcoolisé.
— Dobby appartient à Harry Potter ! Dobby appartient à Harry Potter, Monsieur ! s'écria l'Elfe éperdu de bonheur en s'agrippant au torse menu de son nouveau maître.
Puis reprenant son calme, il recula et gravement s'inclina.
— Merci, Maître Harry. Dobby va terminer le ménage et préparer le repas favori de son maître, ce midi. Et aussi celui du Professeur Rogue, Monsieur.
Et sans attendre, il claqua des doigts et disparut à leur vue.
— Et maintenant, murmura le jeune sorcier désabusé, je suis l'heureux propriétaire d'un Elfe-de-Maison, juste pour quelques heures. Dobby… par Merlin ! Il m'aura tout fait celui-là…
— Dites-vous que vous lui avez fait son ultime plaisir, le rassura Severus Rogue. Cet Elfe ne désirait véritablement que vous appartenir. Vous lui avez rendu honneur et dignité car un Elfe sans maître, c'est la lie de la société elfique, d'après ce que je sais.
— Je vois. C'est donc pour ça que Winky boit et se laisse sombrer.
— Winky ? Qui est-ce ?
— Une Elfe qui appartenait aux Croupton et que Barty Croupton a libérée pour une faute commise par son Mangemort de fils. Elle est ici dans les cuisines, mais dans un état totalement pitoyable.
— Les Croupton sont tous morts. Cette Elfe aurait dû être placée dans une autre famille. Il y a un bureau de placement pour les Elfes au Ministère de la Magie. Par contre, le fait qu'elle ait appartenu à une famille liée aux Mangemorts a dû lui causer pas mal de préjudices et elle n'a pas dû trouver de nouvelle famille.
— Je crois que c'est ça, confirma Harry. Et maintenant Dobby veut me suivre… Misère…
— Il nous suivra, Harry, que vous le vouliez ou non. J'en suis certain.
— Nous… suivra ? Vous n'avez pas changé d'avis ? Vous voulez mourir ? Vous… suicider ? demanda le pâle jeune homme, un nœud dans la gorge.
— Absolument. Et je ne changerai pas d'avis, Harry.
Le Gryffondor laissa échapper un profond soupir las et baissa la tête en se passant une main dans les cheveux. Il était venu pour un entretien avec un professeur sur ce qu'il pensait être un souci avec sa BUSE de potions et en fait, à la place il allait mourir. Soit Rogue le tuait, mais l'homme ne le ferait que contraint et forcé, soit il se suicidait, épargnant ce tourment au sorcier et se débarrassait de l'Horcruxe de Voldemort. Le choix était réduit et l'issue en était toujours fatale pour lui.
Mais avant d'en arriver à cette très fâcheuse extrémité, il allait préparer sa petite vengeance contre Dumbledore. Après tout ce qu'il avait subi à cause de lui depuis que le vieil homme l'avait placé chez Pétunia, ce ne serait pas cher payé. Les manigances de ce vieux débris allaient cesser sans tarder.
Le Gryffondor passa sa langue sur ses lèvres sèches. Il regarda son professeur qui avait visiblement décidé de vider cette fichue bouteille de Vieil Ogden.
— Quelles sont vos dernières volontés, Professeur Rogue ? Être ivre mort avant midi ?
— Je n'ai aucune dernière volonté, Potter, répondit le sorcier en vidant de nouveau son tumbler. Et je vous assure qu'il faudra que j'insiste fortement pour être ivre mort.
Severus Rogue posa son verre vide, prit la bouteille et alla la remettre dans le buffet bas où il l'avait prise auparavant.
— Nous avons la journée, si j'ai bien compris, s'enquit Harry, les yeux dans le vague tout à coup.
— Oui… répondit l'enseignant, un peu soupçonneux.
Qu'avait donc l'intention de faire Harry Potter de ses dernières heures ? Il s'attendait au pire, s'il devait être sincère. Un peu sur la défensive, il ne le quitta pas des yeux et laissa glisser sa baguette magique dans sa main, depuis la manche où elle était dissimulée. Il ne ferait pas les frais d'une action vengeresse de dernière minute. Il avait donné avec James Potter, merci bien.
— Dites, Professeur Rogue… vous n'avez vraiment jamais embrassé personne ?
L'homme se mit à rougir et regarda fixement à l'autre bout de la pièce sans répondre. Il commençait à regretter sa confidence et surtout d'avoir rangé la bouteille de Vieil Ogden un peu trop vite.
— Vous voulez bien m'embrasser ? Vous avez dit que vous pensiez que les filles c'était pas votre truc. Alors peut-être qu'avec un garçon, ça serait mieux ? Moi, j'ai envie de savoir avant de mourir si ma première impression se confirme.
— Quelle impression ?
— J'ai embrassé Cho Chang. Enfin… c'est elle qui m'a embrassé. J'avais rien demandé, vous savez. Et j'ai pas trouvé ça terrible, à dire vrai.
— Je ne suis pas là pour subir vos caprices et vos idées d'expérimentation ! répondit sèchement le Serpentard, vexé.
— Non, vous êtes là pour me tuer, contrattaqua Harry sans se démonter. Alors ? Vous pouvez bien m'accorder ce souhait, non ?
— Vous n'avez pas honte de demander des choses pareilles ? Le règlement interdit toute promiscuité de ce style entre professeurs et élèves, Monsieur Potter !
— Je crois ne pas me tromper en disant que ce règlement n'autorise pas non plus un professeur à tuer ses élèves, ni d'ailleurs un directeur à ordonner ce crime ! Non ?
— N'insistez pas !
Severus tenta de s'éloigner mais la pièce était bien trop petite pour que sa tentative soit efficace.
Harry esquissa un sourire. Il avait bien l'intention d'obtenir ce baiser et bien plus d'ailleurs… Pas question de mourir avant d'avoir eu ce qu'il désirait. Se laisser tuer ou être contraint au suicide c'était une chose, mais mourir puceau ? Jamais ! Qu'on se le dise !
Il se leva et fixa le Serpentard avec un petit sourire en coin et un air de prédateur sur le visage. Severus Rogue écarquilla les yeux et tenta de fuir à l'autre bout de la pièce. Peine perdue, Harry était leste comme un chat et il sauta carrément par-dessus le canapé pour atterrir souplement de l'autre côté à quelques centimètres de l'ancien Mangemort.
— N'approchez pas, Potter ! menaça le plus âgé en pointant sa baguette sous le nez de l'élève entreprenant.
Celui-ci éclata de rire et recula. Il se retourna sans crainte et alla s'asseoir de nouveau sur le canapé.
— Allez, Professeur Rogue, venez vous asseoir. Je ne vais pas vous agresser, ce n'est pas mon genre. J'aimerais juste qu'on en discute, si ça ne vous fait rien.
Harry avait repris son sérieux et cessé de rire. La potion ne faisait pas que le calmer, elle lui retirait pas mal d'inhibitions, visiblement.
— Je suis désolé si je vous ai fait peur, poursuivit-il d'une voix à peine audible.
Le bruit des pas du potionniste résonna sur le sol dallé et, d'un air méfiant, l'homme reprit sa place dans le vieux fauteuil.
— Vous êtes excusé, marmonna-t-il, gêné. Je n'ai pas l'habitude de recevoir des avances de cette nature. Et vous êtes sous influence, le Philtre de Paix provoque parfois des réactions étranges.
— Et bien, entre nous, c'est une bonne réaction. Je vais être franc, Professeur Rogue. Je n'ai pas l'intention de mourir vierge. Je me l'étais toujours promis. Si j'avais su en me levant ce matin que je ne verrais pas le soleil se coucher, j'aurais pris les devants il y a des mois. Les volontaires ne manquent pas, vous vous en doutez, mais dans ma naïveté, je voulais tomber amoureux avant. Le problème, c'est qu'aucune fille ne m'a jamais intéressé, et le baiser de Cho était franchement… bof. J'ai été pas mal déçu. Alors, voilà, j'ai une proposition à vous faire. Vous n'avez jamais embrassé personne et je veux essayer un baiser avec un homme, pour voir si ça me conviendrait mieux qu'avec une fille. Également, vous avez dit que vous n'aviez pas du tout aimé coucher avec une femme. Alors je vous propose d'essayer avec moi. Ainsi, vous pourrez comparer et moi je ne mourrai pas puceau. C'est ma dernière volonté. La proposition vous tente-t-elle ? Vous avez le droit d'y réfléchir. Disons… jusqu'à midi.
Severus regarda Harry comme s'il avait soudain trois têtes et passa par plusieurs couleurs. De pâle, il devint écrevisse, ses yeux lançant des éclairs de fureur. Et puis, devant l'air assuré et calme voire même serein de sa future victime, il passa une main lasse sur son visage, se laissa aller contre le dossier du fauteuil et ferma les yeux.
— Je maudis Dumbledore pour m'avoir fichu dans une situation pareille !
— Faites la queue, Professeur ! Mais ne vous inquiétez pas, il ne l'emportera pas au Paradis !
— Je l'espère, car je détesterais l'y voir arriver trop vite. Je souhaite avoir quelques années de répit dans l'au-delà avant de devoir le supporter de nouveau, lui, ses robes à fleurs et ses délires de vieux fou !
— C'est clair, moi aussi, soupira Harry que son prochain trépas ne semblait pas vraiment émotionner. Sinon, à part papoter comme deux vieux amis, on fait quoi ?
— On fait quoi ? répéta le Serpentard, surpris, en ouvrant les yeux pour regarder son interlocuteur. Je ne sais pas… par exemple vous lamenter ? Faire votre testament ? Ecrire des missives larmoyantes à vos amis ? Faites ce que vous voulez ! Je suis bien bon de vous laisser quelques heures !
— Ce que je veux ? Bonne idée ! fit alors Harry en bondissant hors du canapé pour se ruer vers le fauteuil dans lequel était avachi le Directeur de Serpentard.
— NON ! POTTER ! Ce n'est pas ce que je voulais di- Oumph ! hoqueta-t-il sous le choc physique et la surprise.
Harry venait de s'installer carrément sur ses genoux et s'accrochait de ses deux bras au cou de l'homme.
— Harry, cessez vos enfantillages et reprenez votre place ! ordonna-t-il en tentant de se libérer.
— Embrassez-moi, Professeur Rogue ! quémanda le lionceau avec une moue boudeuse.
— Et puis quoi encore ? Je n'ai pas envie, d'abord !
Mais Severus Rogue ne put rien ajouter de plus. Harry, ayant décidé de n'en faire qu'à sa tête, venait de poser sa bouche sur les lèvres minces du sorcier qui se figea comme soudainement atteint par un Maléfice du Saucisson. Ledit sorcier dut bien s'avouer que les lèvres étaient chaudes et douces et que l'expérience était intéressante. A son -presque- grand regret, le jeune homme écarta son visage et le regarda intensément de ses yeux verts.
— Alors ? C'était comment ?
— Je… je ne sais pas trop. Et descendez de mes genoux, Potter, ou je vous retire dix points !
— Je m'en fous de vos points. Et cessez donc de vouloir en retirer, je vous rappelle que la raison du retrait s'affiche au-dessus des sabliers avec nos noms. Ça va faire bien, tiens ! Harry Potter, dix points en moins pour avoir embrassé le Professeur Rogue sur la bouche ! Houuuu ! McGo va en faire un infarctus ! Et Doublecon va s'en étouffer avec un de ses foutus bonbons !
Le malheureux professeur ferma les yeux et pinça l'arête de son nez entre le pouce et l'index d'un air profondément las.
— Honnêtement, Harry, s'il pouvait vraiment s'étouffer avec ses bonbons, je lui en offrirais un kilo avec un grand sourire.
— Bonne idée ! Alors, vous répondez à ma question ? insista le fléau Gryffondorien, mon baiser était comment ?
— Aucune idée, répondit le potionniste, je n'ai pas matière à comparer et c'était bien trop bref et, me semble-t-il, maladroit, pour une étude approfondie.
— Bref et maladroit ? répéta Harry, vexé. Ah ben, c'est super ! Je vais mourir puceau et ne sachant pas embrasser. Tuez-moi maintenant qu'on en finisse ! J'en ai soupé des humiliations !
— Vous ne croyez pas que vous en faites un peu trop ?
— Hé ! Je voudrais vous y voir !
— Vous m'y voyez, Potter. Nous sommes dans la même galère.
— Oh. Oui, c'est vrai. Vous aussi, ce soir… Mais on peut s'entraîner, hein ?
— Co… comment ça, s'entraîn- oumph… Pot- tenta Severus, mais la bouche d'Harry s'était de nouveau posée sur la sienne et il resta là, ne sachant que faire et les deux bras écartés, ne sachant pas non plus que faire de ses deux membres.
Pourtant, il devait bien avouer que c'était agréable, ce contact moelleux… Et par ma foi, pourquoi ne pas en profiter puisque le sale gamin était tellement volontaire ? Il se résolut donc à devenir un participant actif à ce petit intermède. Les deux mains du Maître des Potions trouvèrent naturellement leur place autour du corps fin du jeune sorcier, après quelques secondes d'hésitation bien compréhensibles. Après tout, c'était la première fois qu'il tenait ainsi un homme dans ses bras, surtout pour l'embrasser. Sa raison lui criait de ne pas commettre ce délit, car le règlement de Poudlard était très clair : il pouvait perdre sa place. Mais au final, il allait lui aussi mourir avant la fin du jour, il pouvait donc mettre ses scrupules dans sa poche et son mouchoir par-dessus !
Harry semblait très motivé. Il avait entrouvert les lèvres et de sa langue caressait la bouche de l'homme, espérant lui faire desserrer les mâchoires. Au bout de quelques petites secondes, son baiser lui fut rendu. Timidement d'abord, et ensuite, une fois que le Serpentard eut goûté et apprécié, il entra en action et se déchaîna.
Severus Rogue était un mâle dominant, cela ne faisait aucun doute. Harry s'en aperçut aussitôt et s'en trouva fort ravi. Il avait l'impression d'avoir enfin trouvé sa place. Le baiser qu'il était en train d'échanger avec le sorcier ne lui semblait pas « mouillé » comme celui de Cho Chang. Non, il était parfait. Parfait et fichtrement excitant ! Lorsque leurs deux langues s'enroulèrent pour entamer un langoureux ballet, il ne put retenir un gémissement de plaisir.
Pourtant, les scrupules de Rogue n'étaient pas bien cachés sous le mouchoir, ou les barrières d'Occlumancie mises à mal par les évènements récents. Au bout d'un moment, il recula son visage et les joues empourprées, balbutia, très mal à l'aise.
— Pot- Harry… nous… on ne devrait pas faire ça. C'est… c'est interdit. Vous êtes encore mon élève, je me refuse à abuser de ma position.
Frustré, le Gryffondor protesta en parsemant le visage et le cou de l'occupant des cachots, de petits baisers brûlants tout en tentant de rejoindre sa bouche de nouveau.
— Interdit ? On s'en fout ! J'en ai plus rien à faire du règlement ! Et ne me dites pas que ça ne vous plaît pas…ajouta-t-il en passant sa main sur la bosse éminemment suspecte qu'il sentait contre sa cuisse.
Ce geste provoqua un électrochoc au professeur qui attrapa la main baladeuse pour la repousser.
— Je suis désolé, je ne sais pas ce que… jamais je ne…
— Stop ! Taisez-vous, Professeur Rogue. Vous préférez les garçons, ça se voit. Enfin, ici je dirais que ça se sent… s'amusa le fléau à lunettes.
— Je l'ignore, avoua le Serpentard qui, tout de même, commençait à se poser des questions et cette fois-ci de manière sérieuse.
Il n'était pas idiot, loin de là. Jamais aucun homme ne l'avait attiré physiquement, mais le fait qu'il ait dû avaler une potion Magiagra pour honorer la prostituée payée gracieusement par Lucius Malefoy, lors de leur incartade chez Madame Claudius, avait été un indice très sérieux.
Ne voulant pas se faire remarquer par une sexualité différente, il n'avait pas cherché à approfondir le sujet. Les sorciers en général n'étaient pas très tolérants et le Seigneur des Ténèbres un homophobe de la pire espèce. Il valait mieux faire profil bas.
— En tout cas, moi, vous me faites le même effet, Professeur, s'amusa le lionceau effronté en saisissant le poignet du sorcier et en lui faisant poser la main sur sa propre érection.
— POTTER ! gronda le Maître des Potions en retirant sa main comme s'il l'avait brûlée. C'est inconvenant ! Cessez immédiatement !
— Vous rigolez ? On va mourir ce soir, je vous le rappelle. Et j'ai bien l'intention de profiter de vous et que vous abusiez outrageusement de moi ! Devestio !
Sans baguette ? Décidemment, le Gryffondor ne manquait pas de détermination. En d'autres temps, Severus lui aurait -peut-être- accordé cinq points pour sa peine, mais le fait de se retrouver complètement nu avec un Gryffie normalement honni, tout nu également sur ses genoux, changeait totalement la donne. A la place, il ouvrit la bouche de stupeur et rougit jusqu'à la pointe de ses cheveux ou presque. Alors que le potionniste essayait de rattraper sa baguette tombée entre les coussins pour se lancer un sort d'habillage, Harry se jeta de nouveau sur ses lèvres… et le Serpentard décida d'abandonner et de saisir l'occasion qui lui était offerte sur un plateau.
Entre deux baisers, il glissa quand même au jeune sorcier aux yeux verts que son attitude était due à l'ingestion du Philtre de Paix, mais la réponse qu'il reçut ne fut pas celle à laquelle il s'attendait.
— Smack ! M'en fous… Smack ! J'adore… Smack ! cette potion… Smack ! Et même… Smack ! si j'en avais connu cet effet avant… Smack ! j'en aurais avalé une dose…. Smack ! chaque matin… Smack !
Harry Potter avait gagné. Severus Rogue rendait les armes. Le potionniste dévora fougueusement la bouche du jeune homme, le mordant maladroitement par la même occasion, pas qu'Harry lui en tint rigueur d'ailleurs. Pendant ce temps, il caressait le corps nu offert à sa convoitise, sans aucune retenue. Le Gryffondor, qui avait repéré depuis longtemps la superbe érection de l'autre sorcier, avait saisi le pénis érigé dans sa main et malgré leur position peu confortable et l'étroitesse du vieux fauteuil, entreprit de le caresser, ce qui fit gronder le Maître des Potions.
— Pot- Harry… vous êtes bien sûr de ce que vous voulez ? murmura-t-il à l'oreille du lionceau. Parce que je vous préviens, vous avez allumé un feu, il va vous falloir l'éteindre maintenant !
— Absolument sûr ! J'ai toujours rêvé d'être un pompier, répondit alors le Sauveur, un sourire carnassier aux lèvres.
— Bien. Levez-vous. Nous allons dans mon lit.
— ENFIN ! rugit le sale gamin en sautant sur ses deux pieds, exhibant ainsi son érection à la vue du potionniste. PIN PON ! PIN PON !
Severus Rogue le regarda en coin, un peu surpris. Puis se rappelant qu'Harry était toujours sous l'influence du Philtre de Paix, il esquissa un sourire amusé.
— Pour l'incendie, petit pyromane, c'est par ici que ça se passe ! annonça-t-il en prenant la main du jeune homme et en l'entraînant vers la chambre à coucher.
Harry ne regarda même pas où il allait. Son regard était obstinément fixé sur la paire de fesses rondes et blanches qui ondulait devant lui. Il remarqua bien les vieilles cicatrices entrecroisées qui zébraient le corps du Mangemort et tiqua, se rappelant soudain qu'il avait les mêmes sur le dos, lui aussi. Satané Vernon et sa maudite ceinture ! Visiblement, Severus Rogue avait subi le même genre de tortures autrefois.
La porte s'ouvrit sous la main du Serpentard et les torches magiques s'allumèrent à leur entrée dans la pièce sans fenêtre. Harry remarqua la modestie des lieux. Il y avait un lit à baldaquin, le même que ceux des dortoirs mais pour deux personnes, une armoire là aussi identique à celles des élèves, une table contre un mur avec une chaise ancienne à l'assise de velours vert décoloré par les ans. Aux murs, quelques fanions de la Maison Serpentard avait été accrochés. Sur la table de nuit, un simple bougeoir avec une bougie consumée à la moitié, une carafe pleine d'eau dont le verre retourné servait de bouchon… Pas de tapis pour réchauffer les dalles glacées qui leur gelaient les pieds, pas d'objets personnels, sauf un livre qui dépassait sous l'oreiller. Sûrement celui que l'homme lisait avant de s'endormir chaque soir.
Un second oreiller apparut alors par magie… ou bien grâce à Dobby qui devait toujours se trouver dans la pièce, invisible. Harry pinça les lèvres, ayant oublié la possible présence de l'Elfe pas encore parti aux cuisines, visiblement.
— Dobby, sois gentil, laisse-nous, si tu es encore là.
L'Elfe ne répondit pas -sûrement par discrétion- mais les deux hommes entendirent un pop discret de transplanage elfique.
— Merde ! Je ne savais pas qu'il était encore là, avec cette manie d'être invisible qu'ils ont, ronchonna le Sauveur en s'allongeant sur le lit.
Severus, surpris, regarda un instant les draps qu'il ne reconnut pas. Quelques heures auparavant, il avait dormi dans des draps très banals de coton blanc, avec des couvertures vertes et grises et un couvre-lit matelassé avec les armoiries de Serpentard brodées dessus : privilège du Directeur de Maison. Et là, il voyait une complète parure de soie noir. C'était totalement inattendu !
— Mmm… sont supers ces draps, Professeur Rogue ! On dort bien là-dedans ? demanda Harry en caressant l'oreiller qu'il venait de s'attribuer.
— Je ne sais pas, Harry. C'est la première fois que je les vois. Ils ne m'appartiennent pas. Nous avons normalement des draps de coton blanc comme les élèves.
— Encore un tour de Dobby ! Plus rien ne m'étonne avec lui ! Mais je ne vais pas m'en plaindre, j'ai toujours rêvé d'essayer des draps en soie. Tante Pétunia en a, mais couleur champagne. Elle en est très fière. Tout le quartier l'a su, le jour où elle les a achetés, gloussa Harry, amusé. Par contre, Professeur, il fait froid chez vous, ajouta le jeune Gryffondor en esquissant une grimace.
— Je sais, Harry. Je vais y remédier tout de suite et… vous réchauffer… répliqua le maître des lieux en brandissant sa baguette, récupérée avant leur départ impromptu.
Il lança un sortilège de chauffage dans la chambre et alluma les bûches garnissant une petite cheminée bien plus modeste que celle de la pièce principale. Il s'agenouilla ensuite sur le matelas et à quatre pattes s'avança pour déposer sa baguette sous son oreiller.
— Sous les couvertures, Harry ! J'aime mon confort.
Le lionceau lui fit un large sourire et écarta la garniture du lit pour se glisser entre les draps avec un air de profond contentement. Le Professeur Rogue vint l'y rejoindre et le prit aussitôt dans ses bras.
— Toujours partant pour cette dernière expérience ?
— Plus que jamais, Monsieur, chuchota Harry, en le fixant droit dans les yeux avec le plus grand sérieux.
— Severus, Harry. Ici, il n'y a plus ni élève ni professeur, et il n'y en aura plus, dorénavant.
Harry hocha simplement la tête pour lui signifier qu'il avait bien compris.
— J'espère que je vais arriver à faire ce que nous avons prévu. Je n'ai aucune expérience, Harry, surtout pas avec un homme. Je sais à peu près comment ça se passe, j'ai surpris un jour Rabastan Lestrange avec une jeune recrue de sexe masculin. Par curiosité, je les ai regardés sans me faire voir, pendant quelques minutes. J'avoue que j'étais intrigué.
— Je n'ai presque aucune idée de ce qu'on doit faire, mais je te fais confiance, Severus, murmura le Sauveur d'un air un peu grave.
— Merci, je vais faire de mon mieux.
Le Maître des Potions espérait qu'il allait s'en sortir honorablement. Mais déjà, il y avait une chose positive : il bandait comme un âne sans avoir besoin de la fameuse potion bleue si connue dans l'Allée des Embrumes.
— Dis… comment tu vas faire rentrer tout ça, demanda Harry la main sur le pénis du sorcier, parce que c'est pas pour dire, hein, mais t'es sacrément bien monté. J'en ai pas vu des comme ça dans le dortoir ni dans les douches du stade de Quidditch. Moi à côté, je suis ridicule.
Harry n'étant pas très grand de taille, il n'avait pas non plus un sexe démesuré. Il était dans la moyenne, sans plus. Cependant, le Serpentard, avec son mètre quatre-vingt-six, avait sans surprise un engin de taille assortie. Au début, le petit Sauveur ne s'était pas posé de questions, mais à présent qu'il était en situation, prêt à subir les derniers outrages, il s'inquiétait de savoir comment ce démentiel pénis allait faire son chemin dans son petit rectum de puceau.
— Ah. Tu t'inquiètes pour ça ? Je pense que ça ne devrait pas poser de problèmes. Nous allons bien entendu utiliser un lubrifiant.
— Tu as ça ici ? Mais, tu fais quoi avec ça ? s'enquit Harry, soupçonneux.
C'était vrai, après tout. Rogue lui avait bien dit qu'il n'avait jamais rien fait avec un homme, alors du lubrifiant ? Mais pourquoi faire ?
Le Maître des Potions esquissa un sourire amusé.
— Je crois, Monsieur Potter, que finalement, j'ai encore des choses à vous enseigner. Accio potion lubrifiante !
Un flacon sortit de l'armoire et flotta dans l'air jusqu'à son heureux propriétaire. La bouteille en plastique contenait une sorte de gel bleuté et translucide et était fermée par un bouchon de liège banal. Severus attrapa au vol le flacon et le mit sous le nez d'Harry avec un petit sourire.
— Ceci, mon jeune ami, est une de mes créations. J'en vends largement dans toutes les apothicaireries du Monde Magique et je dois le dire, cette potion rencontre un certain succès dans les bordels de l'Allée des Embrumes. Bien sûr, j'utilise un pseudonyme lorsque je patente ce genre de productions. A quoi cela sert-il, me demanderez-vous ? Eh bien, découvrez et apprenez, Monsieur Potter…
Le Maître des Potions, avec le plus grand sérieux, s'assit alors dans le lit. Il arracha le bouchon de liège avec ses dents et le recracha entre les deux oreillers. Il repoussa les drap et couvertures, dévoilant un petit Gryffondor tout nu, au sexe toujours érigé. Avec un petit sourire en coin, ne quittant pas des yeux le jeune sorcier, il versa dans la paume de sa main une bonne dose de la fameuse potion bleutée et légèrement irisée. Puis, il reposa le flacon ouvert sur sa table de chevet et frotta ses deux paumes l'une contre l'autre. Harry, stoïque, le regardait faire avec le plus grand intérêt. Le jeune homme aux yeux verts n'avait absolument aucune idée de ce que son aîné avait l'intention de faire. Surpris, il poussa un cri lorsque le Serpentard le toucha de sa main gluante et entreprit un lent mouvement de va et vient qui laissa Harry pantelant. Maintenant, le lionceau comprenait l'intérêt de cette potion ! Par Godric, les trois-quarts des élèves mâle pubères de la Tour de Gryffondor donneraient n'importe quoi pour posséder cette potion particulière.
— Waouh ! Sev'rus, doucement, je… je… vais pas durer !
L'homme se mit à rire doucement et cessa son mouvement. A la place il frotta ses deux mains enduites de potions contre les paumes d'Harry et s'allongea sur le dos. Le Gryffondor comprit immédiatement l'invite muette et se mit sur le côté. Avec une curieuse hésitation, que son comportement précédent n'aurait pas permis de soupçonner, il se saisit alors du pénis de son partenaire et entreprit de lui rendre la monnaie de sa pièce.
Severus Rogue, que personne n'avait jamais touché aussi intimement de toute sa vie, se surprit à apprécier et même à savourer le contact de la main musclée par le Quidditch du Sauveur. Il ferma les yeux et se mit à haleter doucement. Par Merlin ! C'était bien autre chose qu'une pute à deux noises de l'Allée des Embrumes ou même sa propre main, en solitaire. Misère… et dire qu'il découvrait tout ça quelques heures avant de mourir !
— Harry, stop ! Si tu continues, on ne pourra pas faire le reste.
— Ok, accepta le jeune sorcier. C'est quoi le reste ?
— Tu ne sais vraiment pas ?
—Si… un peu. Enfin, je sais que tu vas me coller ton truc mais à part ça… Tu veux que je te suce ? Seamus et Dean parlent beaucoup de ça. Il paraît qu'il y a des filles de Poufsouffle qui sont très douées, mais j'ai pas réussi à savoir de qui ils parlaient. Et pis… je sais pas si je saurai faire, de toute façon.
— Plus tard, éventuellement, Harry, mais pour notre première expérience, il vaut mieux qu'on aille doucement. Je t'avouerais que je ne sais pas l'effet que ça fait. Personne ne m'a jamais sucé comme tu dis.
— Oh ! Ben… alors, si tu veux, dans l'après-midi… enfin, plus tard, j'essaierai. Faut juste que je m'habitue à l'idée, tu vois.
— Je vois très bien. Et je suis surpris que personne ne t'ait proposé cette petite gâterie. Après tout, il n'y a pas que certaines Poufsouffles de réputées, à Gryffondor j'en connais au moins deux.
— Deux ? Mais qui ?
— Dans ton année, Miss Brown. Et dans celle inférieure… Miss Weasley.
— Lavande et Ginny ? s'horrifia Harry, bouche bée. GINNY ? Tu es sûr ? Mais…
— Je les ai surprises moi-même. Minerva également. Miss Brown suçait ton ami Ronald dans le placard à balai de Rusard dans le hall et Minerva a surpris Miss Weasley avec Monsieur Malefoy dans une salle de classe désaffectée, après le couvre-feu. Et vue leur tenue plus que dénudée, le Professeur McGonagall estimait qu'ils avaient fait pire ou s'apprêtait à le faire.
— Ron ? Ron s'est fait… mais il ne m'en a jamais rien dit ! Pourquoi ?
— Tu lui demanderas ! Ah, non… c'est vrai, pardon. Tu ne pourras pas. Désolé… un instant j'avais oublié.
— Je sais, Sev'rus. J'essaie de ne pas y penser de trop moi-même. Mais Ginny avec Malefoy ? Pitié !
— Minerva l'a vue avec Drago, mais moi, je l'ai surprise avec Zacharias Smith.
— Oh bordel ! Ce mec est un naze de la pire espèce…
— J'avoue que je pensais te surprendre en sa compagnie un jour.
— Certainement pas ! réfuta Harry, catégorique. Je n'aime pas les filles. Je ne pense pas à elles « comme ça ». Je préfère nettement quand tu me touches, toi. Je crois que je suis gay, pour être honnête.
— Eh bien, je dois avouer que je dois l'être aussi, si je considère mon total manque d'intérêt pour la gent féminine en général, et les réactions positives que tu obtiens de moi, avoua Severus en désignant de l'index son sexe toujours érigé.
— Alors, c'est bien. On aura au moins appris quelque chose sur nous-même. Il n'est jamais trop tard. Un peu limite, mais pas trop tard. Tu veux bien m'embrasser de nouveau, tenta le lionceau d'une petite voix se voulant languissante.
Le Maître des Potions ne se le fit pas dire deux fois. Il s'allongea carrément sur Harry et entreprit de lui ravir ses lèvres. A un moment, sans parler, il lui retira ses lunettes qui le gênaient et les cacha sous un oreiller.
— Fais-moi l'amour, Severus. Je veux connaître ça.
— Moi aussi. Je pense que ça va être une expérience intéressante. Tu veux bien écarter les jambes ?
Intimidé, Harry obéit néanmoins mais Severus remarqua une lueur apeurée dans ses yeux verts.
— Harry, si tu n'es pas sûr de toi ou si tu as peur, tu n'es pas obligé d'accepter.
— Si, si… ça va. J'appréhende un peu c'est tout, répondit le lionceau en se mordant la lèvre inférieure. Ça va faire mal, tu crois ?
— Honnêtement, je n'en sais rien. C'est possible. Enfin, d'après ce que j'ai vu, Rabastan n'avait pas l'air de faire du mal au jeune homme qu'il baisait. C'était même le contraire ! Je suppose que ça doit être un peu inconfortable… sûrement. Surtout au début…
— Vas-y. Juste… essaie d'aller doucement.
— Bien entendu.
Severus tendit le bras et reprit le flacon de lubrifiant qui trônait sur la table de nuit. Il en versa une large dose sur son pénis et s'en enduisit copieusement. Il ne savait pas trop s'il fallait en mettre sur Harry aussi et hésita un court instant.
— Remonte plus tes jambes, Harry. Ce sera plus facile pour moi. Je vais te mettre de la potion aussi. J'ignore si c'est nécessaire, mais ça ne pourra pas nuire.
— Ok, répondit le Gryffondor, rougissant d'être ainsi largement exposé.
Par Merlin, c'était plutôt humiliant, mais bon, il fallait bien s'y soumettre. Il n'avait pas envie d'être blessé, merci bien, surtout que le pénis, qu'il ne voyait plus clairement à cause de sa myopie, était de bonne dimension. Tout de même, il n'y avait que lui pour se faire dépuceler par un membre démentiel possédé par un sorcier sans aucune expérience ! Harry hoqueta de surprise en sentant Severus l'enduire largement de potion bien grasse et même… glisser aisément son doigt à l'intérieur de son rectum.
— Surtout ne te contracte pas, sinon on n'y arrivera pas et je te ferai mal.
— C'est noté. Mais je fais pas exprès, hein ! s'excusa le Garçon-Qui-Avait-Survécu.
Severus, à genoux entre les jambes d'Harry, se positionna devant l'entrée convoitée et doucement appuya un peu. Le Gryffondor retint sa respiration et s'agrippa au drap de soie qu'il sentait sous ses doigts.
— Ça va ? s'inquiéta le potionniste, hésitant.
— Heuu… ouais, ouais… je… je crois…
Centimètre par centimètre, Severus entra en Harry. Celui-ci soufflait et gémissait par intermittence mais ne semblait pas avoir mal. Une fois totalement inséré, Severus ferma les yeux et s'accrocha aux cuisses poilues du garçon. Par la barbe de Merlin, il était au chaud et dans un étau de chair souple et douce. C'était surprenant et bien agréable, bien plus qu'avec la prostitué offerte par Lucius. Il ne se l'expliquait d'ailleurs pas.
— Ce n'est pas douloureux ? s'inquiéta-t-il malgré tout.
— C'est… j'ai l'impression d'être écartelé, mais… ça va, répondit Harry qui tentait de s'habituer à l'inconfort. Bouge !
Severus recula son bassin et s'avança de nouveau. La sensation perçue le fit haleter et les yeux fermés, il avait l'impression de voir des étoiles. Par Merlin, il n'allait pas tenir longtemps à ce rythme. Mais un cri lui fit ouvrir les paupières. Il vit Harry, tétanisé, la tête en arrière et respirant bruyamment. Persuadé de l'avoir blessé, il paniqua légèrement et tenta de se retirer.
— NOOOON ! Continue ! Par Merlin, continue ! Je ne sais pas ce que tu as fait, MAIS REFAIS-LE ! s'exclama Harry en le regardant alangui et tremblant.
— Mais, c'est que je ne sais pas ce que j'ai fait… hésita le Maître des Potions, avec confusion.
— On s'en fout, refais-le, bouge… Oh, misère… c'est génial… souffla Harry encore sous le choc de la révélation.
— Oh ! Eh bien, d'accord, on continue.
Les coups de reins reprirent. Lentement d'abord, pour s'habituer aux sensations et puis, voyant Harry gémir et se tortiller, le torse couvert d'une fine pellicule de sueur, il se déchaîna. A présent, les deux hommes haletaient, grondaient et gémissaient sans aucune retenue. Comment avait-il pu passer à côté d'une chose pareille pendant toutes ces années ? Severus comprenait maintenant l'enthousiasme de Rabastan et celui de la jeune recrue qui s'était soumise à lui.
Harry, délirant de plaisir, avait entrepris de se caresser afin d'accéder à l'orgasme plus rapidement. Sa main et son pénis étant toujours enduits de lubrifiant, il n'eut besoin que de deux aller-retour pour éjaculer dans un râle très motivant pour l'espion Mangemort. Celui-ci se coucha alors sur son partenaire, chercha ses lèvres et donna trois coups de rein plus violents que les autres. Son gémissement de plaisir étouffé par la bouche d'Harry, il éjacula dans les entrailles chaudes et récemment vierges puis s'immobilisa, le cœur battant avec anarchie.
— Par Merlin, Morgane et Circé, murmura Harry, haletant. C'est ça ? Faire l'amour ? Je comprends pourquoi ça a autant de succès ! J'adore ça ! C'était absolument génial ! Meilleur qu'un vol sur un balai de compétition ! Y a rien de comparable !
Le visage caché dans le cou du Gryffondor, Severus qui reprenait péniblement son souffle esquissa un sourire. Pour lui aussi, ça avait été une sacrée révélation. Jamais il n'avait ressenti une chose pareille. L'expérience avec la prostituée fut reléguée encore plus profond derrière ses barrières d'Occlumancie avec le plus grand mépris.
— C'était… plus que satisfaisant…admis le potionniste dans un souffle.
Par Salazar, il était au Paradis avant l'heure fatidique. Il n'avait pas envie de bouger, pas envie de se retirer malgré son pénis à présent dégonflé mais toujours emprisonné entre les chairs tendres. Il sentit Harry lui entourer les épaules de ses bras et chercher à l'embrasser. Pendant plusieurs minutes, ils échangèrent les plus doux et tendres baisers qu'ils pouvaient, profitant de cette paix, de cette félicité post-coïtale qu'ils ressentaient pour la première fois.
Soucieux que son poids pourtant modeste puisse incommoder le Gryffondor, Severus se retira et s'allongea sur le côté près d'Harry qui vint aussitôt se nicher dans ses bras sans un mot. Sans s'en rendre compte ils s'endormirent pendant plusieurs dizaines de minutes, oublieux du reste du monde, de la menace de Dumbledore, et de la pendule qui avançait, les rapprochant inexorablement de l'issue fatale.
Nos deux malheureux condamnés furent tirés du sommeil par Dobby venant leur annoncer à midi tapante que le repas était servi.
— Il est déjà midi ? s'étonna Harry en se frottant les yeux.
Puis il prit ses lunettes sous son oreiller et les mis sur son nez. Près de lui, Severus s'étirait comme un chat, sa peau d'albâtre mise en valeur par les draps de soie noire. Harry le reluqua avec attention, ce que ne manqua pas de remarquer le Maître des Potions.
— Tu aimes ce que tu vois, Harry ?
— Enormément… soupira le jeune sorcier. Dommage que je n'ai que cette journée pour en profiter.
— Je sais, conclut Severus, sobrement.
Il se leva et alla vers son armoire pour en sortir un peignoir en éponge noire. Le tenant à la main, il s'approcha de la table de nuit où sa baguette magique reposait. S'en saisissant, il lança un sort de duplication sur le vêtement et en tendit un à Harry.
— Enfile ça. Inutile de nous habiller. Ce serait du temps perdu. Je compte bien recommencer notre petite session de ce matin. Disons… pour le dessert ?
— Excellent suggestion, Professeur Rogue.
Tout en affichant un large sourire, Harry enfila le peignoir trop grand et tandis que Severus rebouchait le flacon de potion lubrifiante pour le reposer, il se regarda dans le miroir de la porte de l'armoire. Il ne s'y voyait pas en pied et se contenta de tenter d'aplatir les épis hérissant sa chevelure brune.
— Sev'rus, tu pourrais me mettre le peignoir à ma taille ? Il est un peu grand et je ne connais pas le sort. D'habitude, c'est Hermione qui me le fait.
Le Serpentard tendit sa baguette vers Harry et lança un sort informulé. Le peignoir s'ajusta impeccablement à la taille du garçon. Severus enfilait ses mules aux couleurs de sa maison lorsqu'il remarqua les pieds nus de son amant. Il conjura une seconde paire de chaussons identiques aux siens et leur donna les couleurs de Gryffondor sous le sourire ravi du jeune Sauveur.
— Enfile ça, les dalles sont glaciales.
— Merci beaucoup, Severus. C'est gentil.
L'homme ne répondit pas. Il n'avait pas l'habitude qu'on le remercie, ni qu'on apprécie ce qu'il faisait et ne savait pas trop comment réagir. Ne rien dire était encore la solution la plus simple.
— Allons déjeuner, puisque selon ton Elfe, c'est prêt.
Harry hocha la tête et traversa la chambre pour rejoindre son amant afin de prendre leur dernier repas.
