Bêta : Mokonalex
Assistante/Elfe de Maison : Mirabelle31
Message de l'Elfe Bêta à l'attention des lecteurs de Dame Crapou : C'est le cœur lourd que je corrige ce texte. Je vous prie de pardonner les fautes que j'ai pu laisser passer : les larmes dans mes yeux m'empêchent de bien voir.
Je vous souhaite une bonne lecture de ce triste chapitre.
Note de l'auteur : Prévoyez des Kleenex, comme l'indique le message désespéré de Moko (vraiment d'elle). Le chapitre suivant ne vaudra guère mieux. D'ailleurs, je le lui envoie tout de suite. Autant qu'elle pleure pour quelque chose.
Attention, chapitre non censuré !
Bonne lecture.
Depuis le petit déjeuner, personne n'avait vu Harry Potter et Hermione Granger commençait à s'en inquiéter. Lorsque Ron était revenu du stade de Quidditch, la jeune fille était en train de l'attendre dans leur Salle Commune. Bien sûr, en apprenant qu'Harry n'était pas rentré de chez Rogue, Ron avait tiqué et pesté qu'il lui était certainement arrivé quelque chose. Tous deux étaient donc montés dans le dortoir des garçons de 5ème année et tandis que Ron se changeait et rangeait son balai, Hermione avait regardé sous l'oreiller de leur ami, là où il avait l'habitude de ranger sa cape d'invisibilité et sa Carte du Maraudeur lorsqu'il ne les avait pas sur lui.
Les deux artéfacts magiques étaient pliés soigneusement sous l'oreiller et Hermione s'était emparée de la carte. Elle était en train de l'étaler sur le lit après en avoir activé le mot de passe lorsque Ron était revenu, vêtu d'un vieux pantalon de velours côtelé et d'un pull Weasley bordeaux aux manches trop courtes.
— Il n'avait pas pris sa cape ni sa carte ? Mais quel fléau celui-là ! Aller chez les Serpents sans aucune protection ! Tsss ! Je vais l'engueuler quand il va revenir. Il est où ?
— Toujours chez Rogue, avait fait Hermione en tapotant de son index un endroit de la carte qu'elle situait dans les cachots.
— Ah bon ? Depuis le petit déjeuner ? Mais il fait quoi ? Il a bien dit qu'il n'avait pas de retenue ce week-end !
— Il l'a dit, en effet. Il semblait même en être fier. C'est étrange.
Ron s'était penché sur la carte pour examiner l'étiquette indiquant la présence d'Harry dans le lieu. Visiblement, leur ami était dans l'appartement du Maître des Potions, au centre d'une pièce, avec le professeur en vis-à-vis, tous deux immobiles.
— Je me demande ce qu'il peut bien fabriquer chez Rogue, avait murmuré la jeune fille aux cheveux touffus. C'est l'appartement de Rogue qu'on voit. On dirait qu'ils sont assis à une table vu la distance entre les étiquettes et leur immobilité. Mais de quoi peuvent-ils bien discuter depuis des heures ?
— Tu crois qu'il va venir manger avec nous dans la Grande Salle ?
— Je l'espère, comme ça on saura de quoi Rogue voulait l'entretenir ce matin, seul à seul. C'est curieux, il faut le reconnaître…
— Allez viens, j'ai faim ! On va pas l'attendre, il nous rejoindra. Tu crois qu'on va avoir du poulet, à midi ? J'ai envie de manger du poulet. J'aime bien le poulet.
Hermione avait levé les yeux au ciel et soupiré. Tous deux s'étaient rendus dans la Grande Salle avec les autres élèves mais Harry ne s'était jamais montré.
Ron et Hermione l'ignoraient mais leur attente ne faisait que commencer. Elle n'allait pas durer si longtemps que ça. Malheureusement, lorsqu'elle allait prendre fin, ce serait pour apprendre une bien terrible nouvelle…
En sortant en peignoir de bain de la chambre de Severus, Harry avait eu la surprise de voir Dobby très changé. Celui-ci avait revêtu par-dessus ses vêtements habituels, un immense torchon accroché en toge romaine sur une épaule. Le torchon portait les armoiries de la très ancienne et très noble Maison des Black avec leur devise « Toujours Pur » et cette broderie au niveau de sa poitrine menue : Dobby, Elfe de Harry Potter. Ledit Dobby accueillit Harry avec la plus grande dignité, un torchon propre plié sur l'avant-bras comme un maître d'hôtel moldu.
— Maître Harry est servi, déclara-t-il en s'inclinant.
— Whaou ! Dobby ! Où tu as trouvé ce torchon Black ? Tu es vachement classe ! Et avec ton nom brodé ? Eh bien, c'est impressionnant !
— Maître Harry Potter aime ? s'exclama l'Elfe radieux, retrouvant soudain son exubérance naturelle. Dobby a demandé un torchon à Kreattur, Maître Harry, et Winky a brodé le nom de Dobby et le nom de son maître.
— Tu es absolument parfait ! affirma Harry pour faire plaisir à Dobby. Et quel style ! Un Elfe de grande Maison ! Bravo !
— Merci, Maître Harry Potter, Monsieur ! répondit l'Elfe en s'accrochant aux jambes d'Harry avec un sourire radieux dévoilant ses grandes dents. Dobby est fier d'appartenir à Harry Potter, Monsieur.
— Oui, c'est bien. Mais qu'est-ce que tu as préparé ? s'étonna le Gryffondor en découvrant la table chargée de victuailles, de plats, de vaisselle d'or et d'une splendide nappe en épais tissu blanc damassé.
— Dobby a préparé les plats préférés de son Maître, et aussi ceux du Professeur Rogue, Monsieur. Dobby a demandé à Crocus, Maître.
— Crocus ?
— C'est le chef des Elfes, Harry, répondit Severus. Il est le doyen aux cuisines, d'après ce que je sais. Il connait les goûts de tous les professeurs.
— Oh ! Eh bien, Dobby, tu remercieras Crocus et puis tu féliciteras Winky pour son travail de broderie. C'est très bien fait.
— Oui, Harry Potter, Monsieur, Dobby y va de ce pas.
Il s'inclina sans attendre, alors que Severus venait de s'asseoir à table, de déplier sa serviette et de soulever la cloche du plat de service le plus proche de lui.
— Mmm… Du bœuf Wellington avec petits légumes et Yorkshire Puddings[1], annonça-t-il avec satisfaction.
Intrigué, Harry s'assit alors précipitamment et souleva lui aussi la cloche de ce qui était visiblement son plat. Il découvrit avec satisfaction une belle portion fumante de hachis parmentier dont il raffolait. Alors que les deux hommes se servaient, Dobby popa discrètement pour verser à son maître bien-aimé un grand verre de jus de citrouille glacé et proposer au Professeur Rogue une carafe de vin des Elfes parfaitement chambrée.
— Merci, Dobby, c'est parfait ! C'est toi qui as cuisiné tout ça ? Admirable ! Merci beaucoup ! Tu es un Elfe hors pair !
— Dobby a tout préparé avec Winky, Maître Harry, Monsieur.
— Tu la féliciteras et remercieras pour nous, c'est excellent !
— Oui, Maître Harry, Monsieur.
— Harry a raison, Dobby, déclara Severus Rogue d'une voix paisible en soulevant son verre de vin pour en admirer la robe à la lumière des flambeaux. Ce repas est délicieux.
— Le Professeur Rogue est bien bon avec Dobby, Monsieur.
L'Elfe s'inclina et popa hors de l'appartement. Il ne devait pas revenir d'ici la fin du repas. Les desserts se trouvaient visiblement sous les deux petites cloches qui étaient encore sur la table.
Le repas se déroula quasiment en silence, les deux hommes, conscients qu'il s'agissait du dernier, le dégustèrent consciencieusement. Lorsque vint le moment du dessert, Harry découvrit avec plaisir une belle part de tarte à la mélasse et regarda vers Severus Rogue. Dans son assiette d'or se trouvait une coupe à pied de belle taille, en pur cristal de roche ouvragé. A travers les parois on voyait des couches de fraises, de crème fouettée et autres délices.
— C'est quoi ? Ça a l'air délicieux, ton truc-là ? s'enquit Harry avec curiosité.
— Un Trifle fraise/chocolat blanc. Mon dessert favori. Il n'est jamais servi aux tables des élèves, ni d'ailleurs à celle des professeurs. Parfois, je le demande à Crocus et il a la bonté d'en faire spécialement pour moi et de me l'apporter. Tu ne connais pas ?
— Non. Je crois que j'en ai vu en photo, mais dans des coupes immenses, dans les livres de cuisine de Tante Pétunia, mais tu penses bien qu'elle ne m'en aurait jamais donné, si elle en avait fait.
— Tu veux goûter ? proposa le Maître des Potions en tendant sa petite cuillère d'or pleine de chocolat, de crème et de morceaux de fraises vers Harry.
Celui-ci hocha la tête avec empressement et se leva pour contourner la table. Il se pencha, ouvrit la bouche et laissa le Serpentard glisser la cuillère pleine à l'intérieur. Harry ferma les yeux et poussa un gémissement de plaisir. Ce truc était une vraie tuerie ! Il avala bien vite sa cuillérée de Trifle.
— Alors ? Qu'en penses-tu ?
— C'est trop bon ! J'adore ! Je suis content d'avoir pu goûter à ça, avoua-t-il avec un large sourire.
— Tu as quoi en dessert ? interrogea alors Severus en jetant un œil de l'autre côté de la table.
— Tarte à la mélasse. J'ai découvert ça ici, j'en raffole !
Harry retourna à sa place et remit sa serviette de table sur ses genoux. Severus avait pincé les lèvres lorsqu'Harry avait nommé son dessert. Il en avait même eu un petit coup au cœur mais n'avait rien dit. C'était le dessert favori de Lily Evans, et Harry devait certainement l'ignorer. Inutile de le torturer avec une révélation de ce genre.
Le dessert avalé, deux petites tasses de café expresso se matérialisèrent devant eux, avec des petits sucres et un bonbon de chocolat dans la soucoupe sous chaque tasse. Harry qui n'avait jamais goûté à ce genre de boisson, la découvrit avec plaisir. Visiblement, Severus Rogue semblait un habitué car il ne mit dans sa tasse qu'un seul cube de sucre.
— C'était bien bon. J'ai mangé comme un goinfre ! Ron n'a qu'à bien se tenir là. D'habitude, c'est lui le goinfre, ricana Harry.
Et puis, il se rembrunit soudain et resta silencieux. Severus remarqua qu'il pâlissait, avalait sa salive avec peine et que ses mains tremblaient. Il comprit aussitôt que le Philtre de Paix venait de cesser de faire effet et qu'à présent, le Gryffondor cédait à la panique.
— Sev'rus ? gémit Harry au bord des larmes.
— Chut… le rassura l'espion en se levant de table pour le rejoindre. Ça va aller, c'est juste l'effet du Philtre de Paix qui vient de cesser. Comment te sens-tu ?
— COMMENT TU CROIS QUE JE ME SENS ? paniqua alors ouvertement le jeune sorcier. JE VAIS MOURIR ! ET JE VEUX PAS MOURIR ! Par Merlin… hoqueta-t-il, désespéré, Sev'rus, je veux pas mourir…
— Je sais, Harry, je sais, répondit l'homme en soupirant.
Il s'accroupit devant le Gryffondor en larmes à présent et lui demanda s'il souhaitait une nouvelle dose de Philtre de Paix. En silence, Harry hocha la tête et Severus se releva pour aller chercher un nouveau flacon de potion calmante. Il déboucha la fiole et la tendit à Harry qui la lui arracha quasiment des mains pour en engloutir le contenu. Pendant une minute, le jeune homme resta là, tête penchée et yeux fermés pendant que le potionniste lui caressait les cheveux sans un mot.
— Ça va mieux ?
— Oui, répondit Harry d'une voix blanche.
Il ne voulait pas paniquer de nouveau. Il préférait de beaucoup être sous l'influence de cette potion, quels que soient ses curieux effets secondaires. Tout plutôt que d'être conscient du drame qui se jouait, des heures qui s'égrenaient lentement et pourtant trop vite encore, et qui le rapprochaient de sa mort programmée par Dumbledore. Il avait encore des choses à faire avant d'accepter de « partir » ...
Harry se leva et alla se nicher entre les bras de l'ancien Mangemort qui ne le repoussa pas.
— J'aimerais bien qu'on retourne au lit, murmura le Sauveur, le nez caché entre les plis du peignoir de Severus.
— Mais, mais, mais… Monsieur Potter… seriez-vous insatiable ? Aurais-je créé un monstre ? s'amusa le Maître des Potions.
— Peut-être, répondit Harry en percevant la note d'humour dans le ton de son amant. Mais surtout, j'ai encore des tas de choses à découvrir, je crois. Qu'en penses-tu ?
— Après mûre réflexion, Monsieur Potter, je pense que vous avez raison et qu'il y a certaines petites choses que je découvrirais volontiers avec vous.
— Dans ce cas, cher Professeur Rogue, permettez-moi de vous précéder sur le lieu du délit…
— Mais, faites donc, mon cher, nous ne sommes plus à ça près. Nous avons, depuis ce matin, copieusement bafoué le règlement de Poudlard et quelques-unes des Lois de notre monde. Je suis bon pour Azkaban de toute façon, Dumbledore ne me l'a pas caché.
— Mon cher, vous à Azkaban, et moi à Saint-Brutus, nous sommes de dangereux hors-la-loi. Mais que faire pour échapper à cette triste destinée ? ajouta Harry avec humour tout en ouvrant la porte de la chambre à coucher du Serpentard.
Severus ne répondit pas à la question rhétorique d'Harry. Tous deux savaient très bien quelle était la réponse…
Au moment où la porte se refermait sur eux, Harry entendit Severus lui demander, intrigué :
— Saint-Brutus ? C'est quoi, Saint-Brutus ?
Le Gryffondor, outrageusement drogué, éclata de rire. Il prit la main du sorcier et l'entraîna vers le lit.
— Je t'expliquerai plus tard. Maintenant, je voudrais faire autre chose. Quelque chose comme… profiter de ton joli corps d'albâtre ?
— Mon joli corps d'albâtre ? Vraiment ? Eh bien, je serai ravi de vous en faire profiter, mon cher.
— Profitons, profitons… C'est l'heure ! L'heure du second dessert ! affirma Harry avec un large sourire tout en débarrassant Severus de son peignoir de bain.
Alors que Severus, nu comme un ver, allait prendre place entre les draps de soie, Harry retira son peignoir et le laissa vulgairement tomber par terre. Après tout, ce n'était qu'un vêtement conjuré et il avait d'autres fléreurs à fouetter. Dès que sa tête toucha l'oreiller, il fut littéralement assailli par une bouche vorace et des bras tentaculaires qui le serrèrent contre lui. Ses lunettes volèrent rapidement et glissèrent entre le bois de la tête de lit et les oreillers avec un léger bruit métallique.
Le Serpentard avait décidé de faire comme certains de ses élèves. Il voulait marquer Harry Potter et montrer au Monde Magique à qui appartenait le Sauveur : Un suçon bien net sur le cou, c'était puéril, mais ô combien satisfaisant pour son égo.
— Cesse de me dévorer le cou, Sev'rus, j'aimerais bien, moi, te dévorer autre chose.
Le Maître des Potions, un peu surpris par cette déclaration inattendue, écarta son visage et regarda le jeune homme, un sourcil levé.
— Vraiment ? Et dis-moi, que veux-tu donc dévorer ?
— CECI ! s'exclama l'abominable Gryffondor surexcité.
Et aussitôt, il plongea sous les draps et alla s'installer au fond du lit, le visage au niveau de l'entrejambe de l'espion. Devinant alors ce qu'on allait lui faire, Severus se figea. Par Salazar ! Il allait enfin connaître cette gâterie mystérieuse qui semblait faire les délices de nombre de ses élèves du sexe masculin. Son filleul Drago Malefoy y compris ! Comme disaient les Moldus, il ne mourrait pas idiot !
La main d'Harry se posa sur la flamboyante érection et avec une très légère hésitation, le jeune sorcier approcha ses lèvres. Il n'était pas très sûr de ce qu'il devait faire, n'ayant jamais vu de films pornos contrairement à son cousin Dudley qui en était un grand amateur. Harry savait qu'il devait mettre le sexe de l'homme dans sa bouche mais après ça, c'était plus ou moins le grand mystère. Il commença par quelque chose de facile. C'est qu'il fallait s'habituer à la chose ! Peut-être quelques coups de langue comme avec une glace, ce serait pas mal…
La réaction de Severus, aux coups de langue hasardeux du lionceau, lui révéla que ses administrations maladroites étaient éminemment appréciées.
— Par Merlin ! entendit-il gronder.
La respiration haletante accompagnant ces mots, le souffle court et les gémissements encouragèrent Harry à poursuivre ses « recherches scientifiques ». Il entreprit donc de lécher le pénis érigé comme la dernière glace à la mode de chez Florian Fortarôme. Accroché aux draps, Severus était au Paradis, encore une fois. La langue d'Harry, cette pécheresse, le rendait fou. Il attendait avec impatience, sans oser le demander, que le petit coquin fasse un usage un peu plus profond et précis de sa cavité buccale.
Harry, lui, après avoir joué avec sa « glace de chair et de sang » avait décidé de passer à la vitesse supérieure. Après tout, ce n'était pas une expérience désagréable, même si un liquide clair et un peu salé suintait de l'orifice du gland. Lorsqu'il fit glisser sa bouche autour dudit gland, il entendit un cri étouffé.
— Par Salazar ! Tu veux ma mort !
— Tu n'aimes pas ? demanda naïvement le fléau gryffondorien en retirant ses lèvres.
— SI ! CONTINUE !
— Oh ! Je peux faire ça… c'est demandé si gentiment…
Et un sourire malicieux sur le visage, Harry fit glisser l'extrémité du sexe érigé dans sa bouche et débuta un mouvement de va-et-vient. A chaque fois, il essayait d'en enfoncer un peu plus sans y mettre les dents et sans se provoquer de haut-le-cœur. Vu la taille impressionnante de l'engin, il lui était évidemment impossible de tout mettre dans sa bouche. Sa main montait donc en rythme pour accompagner le mouvement des lèvres.
Ce n'était pas déplaisant pour Harry, mais par Merlin ! Qu'est-ce que ça fatiguait les mâchoires ! Heureusement pour lui, le lionceau fut épargné de la fin possiblement liquide de ses administrations. Severus lui demanda d'arrêter, il souhaitait poursuivre différemment.
Harry émergea de sous les couvertures, les joues rouges et en sueur. C'est qu'il faisait chaud là-dessous !
— C'était bien ? Tu as aimé ? demanda le jeune sorcier avec un faux air innocent.
— Comme si tu ne le savais pas ! Allonge-toi et écarte les jambes et je vais te montrer à quel point j'ai apprécié.
Le Gryffondor obéit alors sans rechigner. Il était pourtant un peu déçu. Il aurait aimé que son amant tout récent réciproque le geste. Severus, en fier Légilimens, avait parfaitement compris et tout en se saisissant du flacon de potion lubrifiante, il lui annonça avec le sourire ses futurs projets de l'après-midi.
— A ton âge, tu vas récupérer beaucoup plus vite que moi, après l'orgasme que je vais donner dans quelques minutes. Ensuite, mon jeune ami, je te ferai découvrir aussi cette caresse particulière que j'ai beaucoup aimée. Je n'ai pas l'intention de me montrer égoïste.
Le large sourire d'Harry lui prouva qu'il était tout à fait partant pour poursuivre leurs expérimentations.
Harry n'était pas réapparu depuis des heures et Hermione commençait à se faire du souci. Ron jouait aux échecs version sorcier avec Seamus Finnigan depuis leur retour de la Grande Salle après le repas de midi. La jeune fille aux cheveux touffus s'était installée dans le sofa avec un énorme grimoire bien rébarbatif, mais celui-ci était parfait pour dissimuler entre ses pages la Carte du Maraudeur, activée et pliée de façon à montrer les cachots de Serpentard. Prise par la lecture de son chapitre, Hermione n'avait pas consulté la carte depuis une trentaine de minutes. Un hurlement de joie de Ron qui venait de battre encore une fois Seamus, lui fit lever la tête et se souvenir de la mission qu'elle s'était imposée. Elle baissa les yeux sur les pages et le plus discrètement du monde souleva les quelques feuillets qui dissimulaient la relique des Maraudeurs.
A sa grande surprise et même stupéfaction, elle remarqua le comportement plus qu'étrange des deux étiquettes qu'elle surveillait depuis deux heures. Le Professeur Rogue et Harry avaient changé de pièce. Ils se trouvaient dans un endroit beaucoup plus petit, mais toujours dans l'appartement du Maître des Potions. L'étiquette « Harry James Potter » était immobile, cependant celle de « Severus Tobias Rogue » bougeait légèrement en cadence. Le plus choquant était que celle du professeur se trouvait parfaitement superposée sur celle d'Harry. Il n'y avait pas beaucoup de doutes à avoir sur leurs activités présentes. Il semblait -elle en était convaincue- que Harry et Rogue couchaient ensemble et étaient actuellement en train d'avoir une relation sexuelle. Comment était-ce possible ? C'était interdit ! Le règlement de Poudlard était formel ! Si cela était découvert, Rogue serait renvoyé, expédié à Azkaban, et Harry expulsé et sa baguette brisée.
Hermione avait toujours soupçonné Harry d'être homosexuel. Il ne s'intéressait pas du tout aux filles et lorsque Cho Chang l'avait coincé pour l'embrasser, il en avait été passablement dégoûté à l'hilarité de Ron. La chinoise était une jolie fille et n'importe quel garçon de l'école -surtout inexpérimenté- aurait été plus que ravi de recevoir d'elle son premier baiser. Mais Harry, non ! Maintenant, elle comprenait pourquoi.
Ron ne devait pas apprendre cette nouvelle de sa bouche. Colérique et emporté comme il l'était, ça ferait du vilain et elle ne voulait pas se retrouver coincée entre ses deux amis. Elle allait attendre le retour d'Harry, lui raconter qu'elle savait tout et lui recommander la plus grande prudence voire même de cesser cette aventure dangereuse. Comment avait-il pu se rendre ainsi dans les cachots du Professeur Rogue pour y passer la journée sans prendre sa cape d'invisibilité et surtout la carte ? Grâce à cette carte oubliée, elle avait tout découvert. Harry était vraiment le roi des imprudents !
— Des nouvelles d'Harry, Mione ? demanda Ron qui venait de s'approcher d'elle en silence.
La jeune fille referma brusquement son livre afin de dissimuler la carte.
— Rien de nouveau. Ils n'ont pas bougé.
— Putain ! Mais qu'est-ce qu'ils peuvent bien se raconter ? Tu… tu crois que c'est en rapport avec… Tu-Sais-Qui ? murmura le rouquin en regardant autour de lui pour voir si quelqu'un écoutait ou le regardait.
— C'est probable, Ron. Et c'est sûrement pour ça que le Professeur Rogue voulait le voir seul à seul.
— Rhooo… si ça se trouve, il lui apprend plein de trucs en Défense ! Des trucs géniaux ! Tu crois qu'Harry nous montrera quand il reviendra ?
— Je suis persuadée qu'en effet, Harry apprend plein de choses du Professeur Rogue, confirma Hermione, d'un ton un peu pincé. Mais il n'est pas certain qu'il nous fasse partager son expérience.
— Oh, Mioneuuh ! C'est notre meilleur pote, quand même ! Il nous f'rait pas ça ?
— Ce que j'en dis, moi… Tu verras bien, tu n'auras qu'à lui poser la question.
— J'vais m'gêner, tiens ! Bon… je vais aller demander à Gin' si M'man lui a pas envoyé des gâteaux. J'ai tout mangé les miens… Je reviens !
Au départ de Ron, Hermione rouvrit son livre et regarda la carte. L'étiquette Severus Rogue était inerte sur ce qu'elle pariait être un lit et celle d'Harry se trouvait à l'autre bout de la pièce et ne bougeait pas plus. Et puis, l'étiquette du professeur s'avança dans la pièce. Le tracé de ses pas indiquait son déplacement. Il contourna quelque chose de volumineux -certainement le lit- s'approcha de l'étiquette d'Harry, la toucha deux secondes et s'immobilisa près d'elle.
— Ils sont certainement assis l'un près de l'autre, maintenant. Mais que font-ils ? songea la jeune Gryffondor inquiète et assez outrée. Et pourquoi Harry ne revient-il pas ?
Harry Potter s'était levé, laissant Severus Rogue qui venait de s'endormir après avoir fait de fougueuses galipettes. Le garçon se prit à sourire en songeant à la superbe fellation qu'il avait reçue quelques minutes auparavant. Entre celle qu'il avait faite au Serpentard et celle qu'il avait reçue, ils avaient fait deux fois l'amour. Avec la fois de la matinée, c'était un score honorable et il n'était pas étonné que l'homme soit épuisé.
Le Gryffondor avait traversé la chambre et venait de s'asseoir à la petite table au bois usé et patiné qui attendait contre le mur au pied du lit. Le siège ancien de velours était confortable. Harry constata que cette table devait régulièrement servir de bureau. La pile de feuilles parcheminées, la bouteille d'encre et la plume posée à côté indiquaient cet usage récurrent.
Le jeune Sauveur se retourna un instant et regarda quelques secondes l'homme paisiblement endormi. Sa main s'avança vers la pile de feuille et il en prit une qu'il posa devant lui. La bouteille d'encre noire fut prestement ouverte et la plume s'y trouva plongée. Harry avait bien réfléchi à ce qu'il désirait faire et surtout révéler. Son idée de vengeance ne l'avait pas quitté depuis qu'il avait appris son très proche trépas. Il avait bien compris qu'il allait mourir. Qu'il devait mourir ! Il n'y avait aucune échappatoire. D'accord… mais s'il devait mourir et Severus avec lui, certains allaient le payer et très cher.
Avec assurance et détermination, Harry débuta la rédaction de son testament. C'était une suggestion de Severus qui n'avait d'ailleurs pas dit ça sérieusement. Et pourtant… il fallait bien en passer par là. Il avait des possessions auxquelles il tenait. Il avait une maison, un Elfe et même deux en comptant Dobby. Il avait des coffres plein d'or. Il ne pouvait pas disparaître sans répartir ses biens ainsi que le titre hérité de son parrain Sirius Black.
La plume courut sur le parchemin. Son écriture fine en pattes de mouche le remplit rapidement. Une fois le document légal signé et sablé[2], Harry le plia, l'inséra dans une enveloppe trouvée également sur un coin de la table. Il utilisa le sceau et la cire à cacheter de Severus. La cire était vert émeraude et le sceau aux armoiries de Serpentard, mais cela n'avait pas d'importance. Sur l'enveloppe, il inscrivit « Testament d'Harry Potter », puis laissa cette enveloppe dans un coin.
Harry débuta alors une lettre pour Ron et Hermione. Dans cette missive, aux termes particulièrement choisis et étudiés, il dévoilait la raison de son décès. En fait, il ne révélait pas tout, mais juste ce qu'il fallait de vérité pour ébranler le Monde Magique et ses institutions. A la fin de cette lettre, il demandait officiellement à ses amis de remettre ce courrier à Rita Skeeter à la Gazette du Sorcier afin qu'elle le publie sans rien omettre, ni modifier. Il le lui demandait comme sa dernière volonté. Sur une demi-feuille volante trouvée sous la pile d'enveloppes, Harry écrivit une seconde lettre à ses amis. Dans celle-ci, informelle et plus amicale, il révélait ce qu'il taisait dans la première. Dedans, il expliquait la véritable raison de son décès, sa relation avec Severus Rogue… l'implication exacte de Dumbledore et tout ce qu'il avait sur le cœur. Sa véritable lettre d'adieu, c'était celle-ci, pas celle soigneusement rédigée pour choquer la population.
L'enveloppe pour Gringotts -lieu où les testaments étaient enregistrés- et les deux lettres furent rangées dans une enveloppe qu'Harry dut élargir pour cet usage. Dessus, il écrivit juste « Ron et Hermione ». Au moment où il s'apprêtait à de nouveau faire usage du sceau et de la cire verte de Severus, une ombre mouvante et silencieuse s'approcha de lui. Une main pâle aux ongles soignés se posa sur son épaule.
— Harry ? Qu'est-ce que tu fais ?
Avant même d'obtenir une réponse, Severus avait pris la lourde enveloppe des mains du Sauveur. Il la soupesa, étonné de son volume et de son poids.
— J'ai fait ce que tu m'as suggéré ce matin. J'ai écrit mon testament d'abord, ensuite deux lettres pour Ron et Hermione. Disons… une vraie lettre d'adieu et une fausse. La fausse sera remise à Rita Skeeter pour être publiée dès demain matin en première page de la Gazette du Sorcier. Je n'ai pas l'intention de quitter ce monde sans le secouer sévèrement. Dumbledore va payer, tu peux me croire sur parole. Tout est authentique, mais… disons… rédigé pour ne pas nous compromettre. Je ne révèle pas la nature de notre relation actuelle, ni mon état d'Horcruxe car les Mangemorts ainsi que Voldy savent lire… J'espère juste que l'Ordre du Phénix en profitera pour liquider ce fou furieux.
Les yeux dans le vague, Severus se mit à réfléchir à toute vitesse. L'initiative d'Harry lui donnait une idée…
— Si tu as terminé, je vais prendre ta place. Je vais moi aussi écrire une lettre.
— A qui ? Voldy ?
— Non, à Lucius Malefoy. Il ne manquera pas de la remettre à son cher maître. Nous allons obliger Voldy à se montrer. Ta mort annoncée demain dans les journaux lui fera commettre une imprudence. Il se sentira invulnérable, persuadé en plus qu'il est immortel…
— Tu me feras lire ? demanda Harry en se levant pour laisser la place à Severus.
Machinalement, il resserra la ceinture de son peignoir et traînant les pieds dans ses mules conjurées, il alla raviver le feu se mourant dans la cheminée.
— Bien sûr. Tu me donneras ton avis. Je peux lire la tienne ? Je vois que tu n'as pas cacheté.
— Severus, s'il te plaît, lis seulement la plus grande feuille. La petite est très personnelle.
— Aucun problème.
Tandis qu'Harry s'amusait avec le tisonnier, Severus ouvrit l'enveloppe et lut attentivement la lettre destinée à la Gazette. Un petit sourire aux lèvres, il hocha la tête, replia le parchemin et le remit dans l'enveloppe.
— Parfait ! Je peux maintenant accorder ma propre lettre à la tienne, mais avec certaines nuances qui plairont bien à Voldy.
— Tu as fait un testament, Sev'rus ?
— A la naissance de mon filleul. C'est lui qui héritera de mes maigres possessions. Je n'ai rien à rajouter. J'espère juste que nos morts le tireront des griffes du Seigneur des Ténèbres avant que Lucius ne le propose comme Mangemort Junior et ne l'oblige à prendre la Marque.
Pendant les minutes qui suivirent, Severus Rogue griffonna son parchemin. Il le fit ensuite lire à Harry qui s'en amusa, ravi du sale tour qu'ils jouaient à l'autre camp. Ils étaient pratiquement certains que Voldemort allait tomber dans le panneau.
Un flacon noir de poison fut déposé sur la table près des deux lettres cachetées. Puis Severus retira son peignoir de bain, le laissa au pied du lit et retourna s'allonger sous les couvertures. Harry le regarda faire sans rien dire.
L'heure fatidique approchait, il allait bientôt être dix-sept heures. Dans une heure, le dîner allait être servi dans la Grande Salle…
Harry savait ce qu'il avait à faire. Il prit une grande inspiration et appela son Elfe.
— Dobby ?
L'Elfe popa aussitôt, s'inclina et attendit les ordres.
— Maître Harry a demandé Dobby ?
— Sur cette table, il y a deux enveloppes. La plus grosse est adressée à Ron et Hermione. Dès que je serai mort, tu iras la leur porter en main propre et tu n'attendras pas leur réaction. Tu la leur donneras et c'est tout. Ne les laisse pas t'interroger ou te retenir. Ensuite, tu pourras faire ce que bon te semble, Dobby, rester ici ou me suivre dans l'au-delà.
— Dobby reste avec son maître. Dobby suivra Harry Potter, Monsieur.
— Comme tu voudras. Mais avant, il y a une autre lettre à poster. Severus a écrit à Lucius Malefoy. Tu vas aller dès maintenant à la volière de Poudlard et tu utiliseras un des hiboux de l'école pour qu'il porte la lettre à Malefoy.
— Oui, Maître Harry, Monsieur. Dobby va poster la lettre.
— Dobby, fit alors la voix de Severus Rogue depuis le tas de couvertures le dissimulant. Il y a un flacon de poison pour toi près de la lettre pour Miss Granger et Monsieur Weasley.
— Dobby vous remercie, Professeur Rogue, Monsieur. Dobby le prendra et suivra son maître.
— Tu peux y aller, Dobby. Merci.
L'Elfe entoura les jambes d'Harry de ses bras afin de lui affirmer une dernière fois son affection et sa fidélité, il prit la lettre de Severus, la glissa dans ses vêtements et popa hors de la pièce en lançant un dernier regard vers le Gryffondor.
— Il est l'heure, n'est-ce pas, Sev'rus ?
— Presque. Viens… Je veux te sentir tout contre moi, encore. Une dernière fois…
Harry retira son peignoir et cette fois-ci, il le fit s'évanouir d'un coup de baguette ainsi que ses pantoufles. Il n'en aurait plus besoin.
Alors qu'il se glissait une dernière fois entre les draps de soie noire, il sentit une sourde angoisse lui étreindre le cœur. Le Philtre de Paix avait cessé de faire son effet. Avec un sanglot dans la voix, il se jeta dans les bras du Maître des Potions.
— J'ai peur, Severus.
— Je sais. Tu veux un autre Philtre de Paix ? murmura l'espion en le serrant contre lui.
— C'est trop tard, maintenant, répondit Harry en serrant l'homme dans ses bras et en cachant sa tête dans son cou. Tu n'as pas peur, toi ?
— Bien sûr que si, je ne suis pas un surhomme, Harry. Mes capacités en Occlumancie me permettent simplement de faire un peu plus la part des choses et de garder le contrôle de mes émotions, bien que depuis hier je dois avouer que c'est très difficile. Je ne suis pas fâché que tout s'arrête.
— Tu en as marre, je sais. Moi aussi, je suis fatigué de cette guerre, de cette prophétie… Je ne veux pas être l'Elu, je ne veux pas être le Sauveur. Je veux juste être Harry. Et je veux rester avec toi. Tu voudras bien rester avec moi ? Je veux dire… après. Dans l'au-delà…
— Toujours.
— Merci.
Harry sentit la main de Severus lui caresser les cheveux et son front se poser sur le sien. Il soupira, le cœur serré.
Et puis, le Serpentard lui mit un petit flacon sous le nez. Il s'agissait d'une petite fiole noire en forme de goutte, semblable à celles dans lesquelles on mettait le Felix Felicis, mais ce flacon délicat et fermé par un bouchon de liège scellé de cire rouge était teinté dans la masse. Il était impossible d'en voir le contenu par transparence et donc de l'identifier. Il n'y avait en outre aucune étiquette.
Harry prit le flacon en tremblant et se mit silencieusement à pleurer. Sans un mot, Severus lui retira ses lunettes et les déposa sur le matelas. Il caressa la joue du jeune sorcier et l'embrassa sur les lèvres.
— Je te demande pardon, Harry. Pardon pour tout ce que je t'ai fait subir depuis ta première année. Et pardon aussi de devoir t'infliger cette nouvelle épreuve, la plus terrible. Je suis profondément désolé.
— Je te pardonne, Sev'rus.
Il vit le Serpentard se saisir sous son oreiller d'un autre petit flacon noir. De son bras droit, il tenait Harry serré contre lui. Le Gryffondor regarda un instant le fatidique récipient de verre dans la main gauche du potionniste.
— Comment on l'ouvre ? demanda Harry dans un souffle.
— Avec les dents, tu arraches le scellé et le bouchon, comme ça, répondit l'homme en exécutant le geste.
Harry l'imita en tremblant et serra le flacon très fort dans sa main.
— Dobby ? Nous sommes prêts, tu peux porter la lettre à Ron et Hermione. Ensuite, tu fais comme tu veux.
A l'appel de son nom, Dobby avait popé. D'une voix grave, il annonça qu'il allait obéir immédiatement et rejoindre son maître. Aucun des deux hommes ne regarda l'Elfe prendre la lettre mais ils entendirent son pop de transplanage elfique.
— Tu te sens prêt pour l'éternité avec moi, Sev'rus ? demanda Harry en fixant son amant dans les yeux.
— Je ne demande que ça, mon petit lion.
— Dommage qu'on n'ait pas eu assez de temps ensemble. Je crois que je serais tombé amoureux de toi. Le vrai toi… celui que tu caches et que j'ai découvert aujourd'hui.
— On en reparle plus tard, d'accord ? Après… Ce n'est pas la fin, Harry, mais le début d'une grande aventure pour tous les deux.
Harry inspira un grand coup pour se calmer et se donner du courage.
— Ensemble, à trois, Harry, annonça le Maître des Potions en lui donnant un baiser léger sur les lèvres.
— A trois, confirma Harry, tétanisé.
— Un… Deux… Trois… compta le Professeur Rogue.
Au même moment, les deux hommes, toujours enlacés, portèrent la fiole noire à leurs lèvres et en avalèrent le contenu. Severus sentit juste le corps d'Harry se détendre contre lui et son visage glisser dans son cou. Avant de sombrer dans l'inconscience, une larme s'échappa de ses yeux d'onyx. Elle coulait encore sur sa joue lorsque le cœur du sorcier cessa de battre.
Hermione était dans le dortoir des garçons de 5ème année lorsque Dobby popa dans la pièce. La jeune fille, pensant qu'Harry allait revenir sans tarder, était en train de remettre la Carte du Maraudeur sous l'oreiller de son ami. L'Elfe lui tendit une grosse enveloppe de parchemin et s'inclina. Hermione n'eut pas le temps de lui poser de question, Dobby popa aussitôt sans dire un mot. La Gryffondor avait bien eu le temps de voir que l'Elfe portait une toge faite avec un torchon de la famille Black et que son nom et son appartenance à Harry Potter étaient maintenant affichés sur sa vêture. Elle fulmina à la nouvelle. Par Merlin ! Harry n'avait quand même pas osé mettre ce pauvre Dobby en esclavage, alors qu'il adorait être libre ? Il allait entendre causer du pays dès son retour ! Elle ne laisserait pas passer une infamie pareille !
Son regard se posa sur l'enveloppe. Elle reconnut l'écriture d'Harry et soupira. Quel était ce nouveau mystère ? Et que contenait cette enveloppe ? Ses sourcils se froncèrent en découvrant le sceau de Serpentard et la cire verte. Hermione se jura de tirer tout ceci au clair rapidement. Elle avait passé l'après-midi à surveiller Harry avec la Carte du Maraudeur. Ce petit démon n'avait fait qu'entrer et sortir du lit du Directeur de Serpentard. Ils avaient fait l'amour, vu le comportement de leurs étiquettes et ceci une bonne partie de l'après-midi. Et puis, les deux hommes s'étaient levés alternativement. Ils s'étaient même rendus aux toilettes d'après la taille de la pièce et le temps passé à l'intérieur. Ensuite, ils s'étaient de nouveau couchés, et lorsque l'étiquette Harry s'était collée volontairement à celle de Rogue, elle avait annulé le mot de passe et replié normalement la carte.
Et maintenant cette lettre…
L'enveloppe contenait une autre enveloppe plus petite et lorsqu'elle l'en retira et qu'elle lut « Testament d'Harry Potter », son cœur fit un bon dans sa poitrine. Elle avala sa salive, à deux doigts de la panique et jeta l'enveloppe scellée sur le lit. Fébrilement, elle retira le reste du contenu de la grosse enveloppe. Deux feuilles… l'une de taille normale et pliée en quatre et l'autre coupée en deux et couverte recto-verso de la fine écriture brouillonne de son ami. L'encre était noire alors qu'Harry utilisait de l'encre violette comme la grande majorité des élèves, le rouge étant réservé aux professeurs. Certains Sangs-Purs comme Drago Malefoy écrivaient à l'encre sépia mais Hermione trouvait qu'elle ne ressortait pas assez sur la couleur beige des parchemins.
La jeune fille parcourut rapidement la demi-feuille, les yeux écarquillés et la retourna, livide. Elle poussa un hurlement et s'écroula sur le plancher ciré en sanglotant, la lettre serrée dans son poing. Ron qui se trouvait aux toilettes l'entendit et sortit du lieu d'aisance du dortoir, totalement paniqué, et le pantalon à peine remonté.
— HERMIONE ? Qu'est-ce que tu as ?
Il s'agenouilla, le pantalon retombant sur ses hanches car pas boutonné et la prit dans ses bras. Hermione pleurait et criait, à deux doigts de l'hystérie.
— Hermione ! Réponds, bon sang ! Par Merlin, qu'est-ce que tu as ?
— Harry… gémit-elle entre deux sanglots, Harry est mort…
— QUOI ? Mais qu'est-ce que tu racontes ? D'où tu tiens ça ?
— Il… il s'est suicidé, Ron. Lis !
Et elle lui tendit d'une main tremblante la demi-feuille de papier à présent froissé.
Ron, les yeux écarquillés d'horreur, en prit connaissance. Près de lui, à genoux sur le sol, le visage caché entre ses mains, Hermione sanglotait éperdument.
— Je… je n'arrive pas à y croire… C'est pas possible… Dumbledore a demandé à Rogue de le tuer et…
— Le Professeur Rogue a refusé, oui. C'est pour ça qu'Harry a passé la journée avec lui, marmonna la jeune sorcière en frottant ses yeux avec les paumes de ses mains.
— Harry était un putain d'Horcruxe ? Par Godric et tous les fondateurs, un Horcruxe… il…
— On doit prévenir McGonagall, fit Hermione d'une voix blanche.
— 'ttends, Mione… Y a quoi dans l'autre lettre ? Harry dit qu'on doit donner l'autre lettre à Skeeter.
— Je ne sais pas, je ne l'ai pas lue.
— Donne !
Le ton était ferme et décidé. Si vraiment Harry avait été poussé au suicide ainsi que le Professeur Rogue, ça allait se payer ! Il ne voulait même pas s'étendre sur la révélation de son ami quant à sa relation avec Severus Rogue. Selon le ton de la lettre, il avait beaucoup apprécié et Rogue n'était pas dans l'intimité le monstre que tout le monde connaissait ici à l'école.
Hermione tendit la lettre à Ron et celui-ci la lit alors à mi-voix pour que son amie en ait aussi connaissance. Ses pleurs redoublèrent d'intensité.
— Qui t'a donné tout ça, Mione ?
— Dobby. Il portait un torchon aux armes des Black et son nom était écrit dessus et aussi qu'il appartenait à Harry.
— Sa lettre, la petite, dit qu'il s'est lié à Dobby avant de… Donc, je suppose que si on l'appelle, il ne va pas répondre… Harry dit qu'il pense que Dobby le suivra.
— DOBBY ! tenta Hermione avec espoir.
Mais aucun Elfe ne popa dans le dortoir. Elle échangea un regard douloureux avec Ron qui hocha la tête d'un air entendu.
— Il s'est suicidé aussi. Et je suis certain que Rogue est mort également. Où est la carte ? Tu n'as rien vu ?
— Je l'ai fermée et rangée. Il n'y avait rien à voir de spécial. Juste leurs étiquettes, figées ou se déplaçant dans la pièce. On ne peut pas deviner ce que font les gens juste en voyant une étiquette, Ron.
Elle songea qu'on pouvait juste avoir des suspicions, mais se tut. Ce n'était pas la peine de mettre tout ça sur le tapis. C'était trop tard.
— Cette lettre est différente de l'autre, marmonna Ron en réfléchissant à ce que pouvait bien avoir mijoté Harry avec le Professeur Rogue. Elle ne contient pas les mêmes informations. Je crois qu'elle n'existe que pour foutre un bordel monstre. Si Rita Skeeter publie ça tel quel… je ne te dis pas le scandale. Dumbledore va tout prendre sur le coin du museau, tu peux me croire. Dedans, il ne cause pas de l'Horcruxe, nan. Il dit juste qu'on les oblige à mourir tous les deux. Harry a fait ça pour se venger. Et va savoir ce que Rogue a mijoté avant de se tuer !
— On… on doit prévenir le Directeur.
— Oh, sûrement pas ! On suit le plan d'Harry ! Parce que je sais qu'il en avait un, ça se voit ! On va chez McGo, on lui montre la lettre pour Rita Skeeter et le testament comme ça. Faut pas l'ouvrir. Y a que les Gobelins de Gringotts qui peuvent. On ne dit rien de l'autre lettre, la vraie. Elle était pour nous de toute façon. Pas la peine de révéler à tout le monde que Rogue a baisé Harry avant de mourir. Ça regarde personne, d'abord.
Ron s'essuya les yeux avec son grand mouchoir à carreau tiré de la poche de son gilet. Il se releva en tenant son pantalon et entreprit de s'habiller correctement tandis qu'Hermione se mouchait.
— Allez viens, Mione… On y va. Tu te sens d'attaque ?
— Il le faudra bien. On doit respecter les dernières volontés d'Harry.
La jeune fille remit la lettre pliée en quatre dans la grosse enveloppe avec celle contenant le testament et cacha la petite dans la poche de son gilet d'uniforme. Ron lui entoura les épaules de son bras et tous deux quittèrent le dortoir.
Après avoir remis l'enveloppe à Hermione, Dobby avait, comme promis, popé dans la chambre du Maître des Potions. Il était resté pendant une trentaine de secondes au pied du lit, les oreilles pendantes et les yeux noyés de larmes à regarder Harry Potter et Severus Rogue enlacés dans le lit, morts. Puis, il s'était retourné et avait vu sur la table le petit flacon noir qui y était couché. Il s'en était prestement saisi, s'était précipité vers le lit et avait bondi dessus.
— Dobby arrive, Maître Harry ! Dobby arrive ! Attendez Dobby, Harry Potter, Monsieur !
Il s'était allongé sur les pieds du Gryffondor, s'était roulé en boule sur le couvre-lit et avait fait s'évanouir le bouchon scellé avec la magie des Elfes. Sans hésiter, il avait avalé le contenu du flacon et avait fermé les yeux, une main accrochée à un pied de son maître par-dessus le couvre-lit vert.
Hermione et Ron étaient arrivés en courant devant la porte du Professeur McGonagall. La jeune fille s'apprêtait à frapper, mais Ron, impatient, la devança. Il heurta le battant de bois de son poing en appelant sa Directrice de Maison.
— Professeur McGonagall ! Professeur McGonagall ! Vous êtes là ? Ouvrez !
Un bruit de pas se fit entendre et la porte s'ouvrit brusquement. Minerva McGonagall, la mine sévère, ne sembla pas apprécier d'être ainsi interpelée.
— Monsieur Weasley ! Miss Granger ! Je peux savoir quelle est la raison de ce raffut ? J'espère que vous avez une bonne raison de me déranger ! Pourquoi n'êtes-vous pas encore descendus pour le dîner ?
— Professeur McGonagall, Madame… commença Hermione, mais elle se mit à pleurer et ne put continuer sa phrase.
— Miss Granger ? Entrez, entrez, dites-moi ce qui se passe.
La sorcière s'effaça, laissant entrer ses deux élèves dans son appartement. Jamais aucun élève ne venait la déranger dans ses quartiers s'il n'y avait pas une urgence. Et voir les deux Préfets de Gryffondor, en larmes pour l'une et les yeux rouges pour le second, était un indice sérieux qu'il y avait un gros problème à la Tour de Godric.
— C'est Harry, Professeur McGonagall, commença Ron, la tête baissée.
— Où est-il ? Le Professeur Dumbledore le cherchait, tout à l'heure. Il n'est pas avec vous ? Il n'était pas au repas à midi et je ne l'ai pas vu de la journée.
— Harry est mort, Professeur, avoua Hermione entre deux sanglots.
— PARDON ? rugit la professeure de métamorphose en pâlissant et en portant une main à sa poitrine.
— Harry s'est suicidé cet après-midi.
— Où ? Comment ? Pourquoi ? Par Godric… Vous êtes sûrs ?
La vieille femme s'effondra dans un fauteuil et fit signe à ses deux Préfets de s'asseoir dans le canapé.
— Il a fait Dobby nous apporter ceci, dévoila Hermione en lui tendant l'enveloppe de parchemin.
— Dobby ? Vous lui avez demandé des explications ? demanda Minerva en tendant la main pour prendre l'enveloppe.
— Il est parti sans attendre et depuis, il ne répond plus aux appels. Nous pensons qu'il est mort également, Professeur McGonagall. Hermione l'a appelé et il n'est pas venu. D'habitude, il répond toujours quand on l'appelle.
La sorcière, livide, retourna l'enveloppe et remarqua le cachet de cire vert aux armes de Serpentard. Elle leva un sourcil intrigué.
— Serpentard ? Pourquoi diantre…
— Le Professeur Rogue, Madame, annonça Ron à mi-voix.
— Que vient faire Severus dans cette histoire ? Lui aussi personne ne l'a vu depuis ce matin, c'est étrange ! Le Directeur le cherchait aussi, il ne répond pas à la cheminette.
— Et pour cause… murmura Ron en soupirant.
Minerva le regarda avec suspicion tandis qu'elle sortait la lettre et la petite enveloppe de la grosse. Elle regarda ce qu'elle tenait entre ses mains.
— Testament de… ? Oh, par Merlin ! Serait-ce possible ? Non ! Je ne peux pas y croire !
Fébrilement, elle déplia la lettre et au fur et à mesure, elle se décomposait. D'abord, elle pleura, et puis elle gronda de fureur, ensuite elle se mit à gémir.
— Severus ? Il… Severus aussi ? Non ! Pas ce pauvre petit également ! Albus Dumbledore ! Comment a-t-il osé ?
Le Professeur McGonagall pleurait à chaudes larmes lorsqu'elle termina la lettre d'adieu d'Harry Potter. Elle pensa à James et Lily, à Sirius et également à ce pauvre Severus qu'elle avait vu grandir et sacrifier sa vie pour Dumbledore. Elle passait son temps à se chicaner avec le Serpentard, à faire des paris stupides avec lui, à vider quelques tumblers de Vieil Ogden les samedis soir avec Filius Flitwick et Severus Rogue. Par Merlin, ce vieux fou de Dumbledore allait le payer chèrement !
Vacillant un peu sur ses vieilles jambes, la sorcière alla jusqu'à un buffet bas qu'elle ouvrit. Elle en sortit une bouteille de Whisky Pur Feu et un verre. Elle ouvrit la bouteille et remplit alors le tumbler à plus de la moitié. Elle porta le verre à ses lèvres et le vida en deux gorgées. Ron écarquilla les yeux et se dit en son for intérieur que l'Ecossaise avait une sacrée descente ! Pire que sa grand-tante Tessy et ce n'était pas peu dire !
— Qu'est-ce qu'on fait, Professeur McGonagall ? demanda Hermione d'une petite voix brisée.
— Rien.
— Comment ça, rien ?
— Officiellement, rien, Miss Granger. En revanche, officieusement, beaucoup de choses. Le testament doit être porté à Gringotts pour être validé. Je vais envoyer mon Elfe personnel le remettre en main propre au Directeur Ragnok. Je vais également respecter les dernières volontés de ce pauvre petit Harry et Miss Skeeter aura cette lettre dans quelques minutes. Connaissant Barnabas Cuffe, le rédacteur en chef de la Gazette, je peux vous assurer que cette lettre sera à la une demain matin.
— Et pour les corps ? demanda Ron en reniflant. Ils sont dans les cachots du Professeur Rogue, on peut pas les laisser comme ça…
— On peut les laisser en paix pour une nuit, Monsieur Weasley. Personne ne peut passer les barrières magiques du Professeur Rogue, sauf le directeur. Lorsque la Gazette annoncera le décès de Monsieur Potter et du Professeur Rogue demain matin, Albus Dumbledore sera obligé d'ouvrir l'accès aux quartiers du Directeur de Serpentard. S'il ne le fait pas spontanément, je ne doute pas qu'une escouade d'Aurors ainsi que Madame Bones seront ici à l'aube pour exiger cette ouverture. Ce vieux débris aura des comptes à rendre, faites-moi confiance. Ne vous inquiétez pas pour l'état des corps, les appartements du Professeur Rogue sont situés en partie sous le Lac Noir, c'est une vraie glacière toute l'année.
— Et pour les obsèques ? demanda Hermione. Qui s'en chargera ? Harry n'a plus de famille dans le Monde Magique et sa tante refusera de se déplacer ou de prendre des dispositions. Elle déteste Harry.
— Maudits Moldus ! J'avais bien dit qu'il ne fallait pas laisser ce pauvre enfant chez cette mégère, mais est-ce que ce vieux timbré m'a écoutée ? Non, bien sûr ! Je prendrai les dispositions pour Harry et Severus. Lui non plus n'avait pas de famille.
— Professeur McGonagall, ça serait bien qu'Harry soit enterré auprès de ses parents à Godric's Hollow, et aussi… hésita un instant Ron après un regard entendu à Hermione.
— Oui ? Aussi ?
— Eh bien, Professeur… Je pense que le Professeur Rogue devrait être inhumé près d'Harry. Je pense qu'on ne devrait pas les séparer.
— Curieuse idée ! Ils ne s'appréciaient pourtant pas tellement, si je ne m'abuse.
— Disons que les apparences sont parfois trompeuses, Professeur. Ils ne se détestaient pas tant que ça.
Les oreilles rouges de Ron et ses yeux baissés indiquaient à McGonagall qu'on ne lui disait pas tout.
— J'ignore si ce sera possible, Monsieur Weasley. Le corps de Severus Rogue pourrait être réclamé par Lucius Malefoy. Après tout, Drago était le filleul de Severus. Nous verrons, je vous tiendrai au courant. En attendant, descendez dîner et ne dites rien à personne. Si on vous interroge, vous ignorez où se trouve Potter. Est-ce compris ?
— Oui, Madame.
Une fois les deux élèves sortis, Minerva appela Dee-Dee son Elfe personnelle et lui demanda de porter le testament d'Harry à Gringotts, au Directeur en personne. Puis, elle s'approcha de sa cheminée, raviva les flammes et y jeta une poignée de poudre de cheminette.
— Gazette du Sorcier, chemin de Traverse, Londres !
L'appel de Minerva fut rapidement pris par une sorcière d'accueil qui la reconnut.
— Bonsoir, Professeur McGonagall, que puis-je faire pour vous ?
— Bonsoir, Miss Deauclaire, je souhaiterais parler à Barnabas Cuffe ou à Rita Skeeter. C'est extrêmement urgent.
La jeune sorcière, Edwina Deauclaire était une ancienne Serdaigle. Sa sœur Pénélope était la petite amie de Percy Weasley.
— Eh bien… je vais faire de mon mieux, mais c'est le coup de feu, ici. On boucle l'édition de demain dans quelques heures. Je ne sais pas si Monsieur Cuffe ou Miss Skeeter sont disponibles.
— Miss Deauclaire, dites-leur qu'Harry Potter est mort cet après-midi et je vous assure qu'ils vont se libérer.
— CO… COMMENT ! hurla la jeune fille, horrifiée. Je vais les chercher, Professeur, ne quittez pas !
Minerva entendit la jeune fille courir sur le sol pavé et crier quelque chose dans la salle de rédaction. Des hurlements horrifiés se firent entendre et la totalité des journalistes se précipita vers la cheminette du bureau d'accueil.
— Minerva ? balbutia un homme au crâne dégarni qui semblait sous le choc de la nouvelle. Edwina vient de nous dire qu'Harry Potter est mort. C'est vrai ?
— C'est vrai, Barnabas. Harry a laissé une lettre. Il souhaite que Miss Skeeter la publie dans son intégralité. Sans rien omettre, ni modifier.
— Comment ? Qui ? Vous-Savez-Qui ? Nos informateurs ne nous ont rien dit.
— Non. Pas lui. C'est… plus compliqué que ça. Je vous laisse la lettre. Prenez-en connaissance. Elle est vraiment d'Harry. C'est son écriture et sa signature magique. De plus, elle se trouvait avec son testament.
— Testament ? bredouilla une sorcière blonde aux lunettes recouvertes de fausses pierres précieuses. Mais comment à son âge a-t-il eu l'idée de faire un testament ? A moins que… c'est un suicide ?
— Tout est expliqué dans la lettre. Rita, je vous recommande de mettre vos talents à profit et de fouiner. Je pense que vous n'aurez pas de mal à obtenir de quoi faire le scoop de votre vie. Je pense qu'Harry et Severus Rogue se sont donné la mort ainsi qu'un Elfe-de-Maison qui ne répond plus aux appels. Les corps sont certainement dans les cachots de Serpentard mais seul Albus Dumbledore peut ouvrir les barrières magiques les protégeant.
Minerva tendit le parchemin plié à Rita à travers les flammes vertes. Une main blanche aux ongles pointus et rouge vif s'en saisit et la déplia dans un silence religieux seulement troublé par quelques sanglots et reniflements.
— Bonne soirée.
Minerva McGonagall recula afin de couper la communication. Elle eut le temps d'entendre Barnabas crier dans un micro magique.
— Arrêtez les rotatives ! Réunion d'urgence ! Harry Potter est mort ! On lance une édition spéciale !
A la banque Gringotts, le Directeur Ragnok était perplexe. Il tournait et retournait entre ses mains crochues, l'enveloppe de parchemin scellée qu'un Elfe venait de lui apporter.
— Par Crodacier le Sanguinaire ! Le testament d'Harry Potter ? Comment est-ce possible ? Un testament à son âge ? Mais il n'a pas seize ans !
Il se tourna vers un Gobelin de plus petite taille.
— Gripsec, vous devriez aller chercher les cristaux de vie. Il faut vérifier si nous devons ouvrir cette enveloppe.
— Vous pensez que le garçon est mort, Directeur ?
— Le fait qu'on nous remette ceci me fait penser au pire. Nous allons vérifier. Si Harry Potter est mort, alors nous ouvrirons cette enveloppe et lirons le testament pour connaître ses dernières volontés et préparer sa lecture officielle devant les légataires.
— S'il est vraiment mort, Directeur, plus rien ne pourra arrêter Vous-Savez-Qui.
Ragnok Pattes-de-Poule hocha gravement la tête et s'approcha de sa table de travail. Gripsec sortit et revint après quelques instants avec une vieille sacoche en cuir de dragon. Il l'ouvrit et en sortit quatre gros cristaux blancs qui ne payaient pas de mine. Ragnok avait déposé l'enveloppe sur la table et Gripsec posa un cristal devant chaque coin de ladite enveloppe. Une formule magique en gobelbabil fut prononcée et les cristaux s'éclairèrent de l'intérieur, pulsèrent une dizaine de secondes puis s'éteignirent. Ragnok baissa la tête et soupira.
— Mourir si jeune… Rangez les cristaux, Gripsec, nous pouvons décacheter cette missive et lire ce testament.
Alors que Gripsec remettait soigneusement chaque cristal dans leur sacoche, Ragnok avait ouvert l'enveloppe, s'était assis dans son fauteuil de bureau et il lisait à présent le testament du Sauveur. Puis, il prit une plume, un parchemin et dressa la liste des légataires qu'il allait devoir convoquer dès l'annonce officielle du décès de l'Elu.
Ron et Hermione s'étaient présentés au dîner, comme demandé par McGonagall. Leurs visages ravagés de larmes dissimulés par de solides Glamours, ils n'avaient pas éveillé de soupçons. Le fait que Ron ne mange quasiment rien en avait étonné plus d'un, mais il avait simplement dit qu'il s'était goinfré de gâteaux au goûter et ne les avait pas encore digérés. Hermione, mangeant habituellement assez frugalement, son absence d'appétit n'avait pas été souligné.
L'absence d'Harry, par contre, avait, bien entendu, été remarquée par ses condisciples, surtout ceux de leur année. Ron avait simplement répondu à Dean qu'il ne savait pas où il était, mais soupçonnait qu'il avait une copine et s'était certainement enfermé avec elle dans la Salle sur Demande. La révélation avait fait sourire et glousser plus d'un élève Rouge et Or. Et dès que les desserts étaient apparus sur les tables, le duo s'était éclipsé vers la Tour de Gryffondor. Hermione était allée reprendre la Carte du Maraudeur et l'avait activée. Assis sur le lit de Ron, ils avaient, en pleurant, regardé l'étiquette indiquant « Harry James Potter » grisée et ornée d'une tête de mort, collée et même presque superposée à celle de « Severus Tobias Rogue » elle aussi de la même couleur et avec la même sinistre tête de mort. A leurs pieds, une autre étiquette, jamais vue auparavant, révélait que « Elfe Dobby » était également mort.
— Ils sont morts tous les trois, Ron. Harry est mort ! On ne le verra plus jamaaaaais ! hurla de désespoir la jeune fille aux cheveux touffus.
Le cœur lourd, Ron sortit sa baguette de la poche de sa robe de sorcier et ferma les rideaux de son baldaquin. Il ajouta pour faire bonne mesure un sortilège de silence. Nul ne les entendrait, nul ne pourrait ouvrir de force les rideaux et personne ne saurait qu'Hermione se trouvait avec lui. Aucun des deux n'avait la force de rester seul toute la soirée et toute la nuit, ni de faire semblant de tout ignorer jusqu'à ce que les corps soient découverts.
D'une main tremblante, sanglotant toujours, Hermione sortit la lettre d'adieu d'Harry de sa poche et tous deux la relurent en silence.
Cher Ron et chère Hermione,
Je ne sais pas si cette lettre est la première que vous allez lire ou si vous avez déjà lu l'autre avant. Au cas où celle-ci est la première et bien sachez qu'elle est authentique et vous est personnellement destinée, au contraire de l'autre.
Au moment où vous prendrez connaissance de cette lettre, je serai mort. J'ai demandé à Dobby d'attendre que je sois bien mort avant de vous la porter. Il ne doit pas non plus répondre à vos questions éventuelles.
Ron, mon vieux, tu avais raison. Ce matin, tu m'as dit que je fonçais dans un guet-apens en allant seul dans les cachots de Serpentard. T'es sûr que tu n'es pas parent avec Trelawney ? Nan, je rigole. T'inquiète. Quand je suis arrivé chez le Professeur Rogue, je croyais qu'il allait me parler de ma BUSE de potions parce que je l'avais foirée, mais c'était pas ça. En fait, il avait reçu l'ordre de me tuer. Oui, vous avez bien lu ! Dumbledore a exigé de lui qu'il m'exécute avant le dîner de ce soir sinon, il le renvoyait à Azkaban. Or Severus ne voulait pas me tuer, il s'y refuse d'ailleurs obstinément encore en ce moment, mais il craint Azkaban plus que tout, et surtout les Détraqueurs qui ont un effet aussi délicieux sur lui que sur moi. Il m'a donc annoncé qu'il avait l'intention de se tuer en prenant du poison : un poison inconnu de tout le monde et sans aucun antidote.
Dumbledore veut que je meure parce que je suis un Horcruxe. Voldy a fait de moi un putain d'Horcruxe comme son fichu journal, celui de notre seconde année et qui a permis l'ouverture de la chambre des secrets. Je n'ai pas le choix, pour vaincre Voldy, je dois mourir, vous le savez.
J'ai dû prendre plusieurs Philtres de Paix au cours de la journée pour tenir le coup et garder la tête froide. Ce qui me permet de pouvoir écrire ces lettres et aussi mon testament.
Dobby nous a entendu parler et a presque exigé de se lier à moi. Je pense qu'il est sérieux quand il dit qu'il veut me suivre partout où j'irai et même dans la mort. J'ai fait le rituel et il est mon Elfe pour la journée, en quelque sorte.
J'ai donc décidé de choisir ma mort et je prendrai le même poison que Severus. Je refuse de faire de lui un assassin, surtout que cette perspective le dégoûte profondément. Il préfère mourir que me tuer.
J'ai mis à profit ma dernière journée d'existence pour réaliser une chose qui me tenait à cœur. Je me refusais à mourir puceau. Ne rougis pas, Hermione ! Alors ce matin, j'ai demandé à Severus de m'embrasser. J'ai dû me battre pour qu'il accepte et pour être honnête, je lui ai un peu forcé la main. En bref, une chose en entraînant une autre, nous avons couché ensemble. Plusieurs fois. Et c'était génial. En conclusion, je suis gay, c'est maintenant une évidence. Lui aussi d'ailleurs, au cas où vous vous poseriez la question. Je parie que tes oreilles sont rouges, Ron…
Et voilà, je suis là, et je le regarde dormir. J'ai découvert quelqu'un de totalement différent de celui qu'il paraît être aux yeux du monde. Ici, pas de connard graisseux ou de bâtard des cachots. C'est un type bien, amené à faire des trucs moches pour deux vieux cons manipulateurs. Doublecon aurait pu chercher une manière de me retirer cette saleté d'Horcruxe, mais nan, il a préféré se taire et choisir la solution de facilité : me tuer. Après tout, pourquoi je suis surpris, on parle du type qui m'a laissé dix ans chez les Dursley alors qu'il savait que je serais maltraité. Et bien sûr, vous le savez, je le suis à chaque fois que je dois retourner chez eux.
Parlons de la seconde lettre. Vous allez la remettre à Rita Skeeter à la Gazette. Connaissant cette harpie, elle va la publier et c'est parfait. Elle ne doit pas en changer une ligne. Donc arrangez-vous pour la convaincre. Je sais qu'Hermione a des arguments…
Ron, dis à McGo que je désire être enterré à Godric's Hollow auprès de mes parents. Je ne sais pas qui va s'occuper de Severus, il n'a pas de famille. Juste… j'aimerais bien ne pas être séparé de lui à présent que je l'ai trouvé. Je croise les doigts pour qu'on aille ensemble dans l'au-delà. J'ignore ce que ça vaut, mais la fouine est son filleul, peut-être que ce sera lui qui récupérera son corps.
N'oubliez pas que dès que je serai mort, Voldy ne sera plus immortel et ce con ne le sait pas ! Il faut que l'Ordre en profite. Un mot à Kingsley ou à Fol Œil serait une bonne idée.
Voilà, vous savez tout. Je vais vous laisser avec ces quelques mots. Je vais rejoindre mon homme dans son lit et on va mourir dans les bras l'un de l'autre. Quand on y pense, c'est romantique, même si ça me terrifie. J'en veux à mort à Dumbledore. Il n'en a rien à foutre de moi, de Severus, de nous autres, tous. On est que de la chair à canon pour lui. Tout ça pour le plus grand bien ! Pfff ! Son plus grand bien a détruit nos vies, à moi, à Severus, mes parents, Siri et beaucoup d'autres. Tout ça pour une prophétie faite par une ivrogne.
Je vous embrasse, et on se reverra un jour, là-bas, quand vous serez vieux et moches et que les Canons de Chudley auront gagné le Championnat. Donc, Ron, tu n'es pas à la veille de me rejoindre.
Votre ami fidèle
Harry James Potter
— Tu te rends compte, Mione ? Il trouvait encore le moyen de plaisanter en écrivant ça.
— Le Philtre de Paix, Ron. Rogue nous avait expliqué l'an dernier qu'il avait des effets secondaires parfois étranges sur certaines personnes. Je crois qu'il a levé les inhibitions d'Harry et que c'est pour ça qu'il a fait des avances au Professeur Rogue car ça ne lui ressemble pas du tout.
— Tu crois vraiment ce qu'il dit ? Que Rogue est un type bien ? Par Merlin, il parle de lui comme s'il en était amoureux.
— Harry était sous influence lorsqu'il a écrit cette lettre. Je ne pense pas que ses sentiments soient authentiques. C'est la potion qui parle. Mais si au moins ça l'a empêché d'être terrifié, et bien c'est une bonne chose. J'espère qu'il n'a pas souffert.
— Ouais, j'espère aussi, soupira Ron que cette possibilité horrifiait. On n'a plus qu'à attendre demain, que la Gazette sorte et que les corps soient retrouvés.
— Les jours les plus affreux de toute ma vie viennent de commencer aujourd'hui.
Ron hocha la tête et s'allongea. Il ne voulait qu'une chose : dormir et que tout ceci n'ait été qu'un cauchemar et qu'Harry le réveille demain matin, comme si rien ne s'était passé. Hermione le regarda un court instant et s'allongea près de lui, le mouchoir à la main. Elle ferma les yeux et deux grosses larmes coulèrent sur ses joues pâles. Ron lui prit une main sans un mot et l'attente débuta.
Un hibou inconnu avait surpris Lucius Malefoy qui se prélassait devant sa cheminée allumée, vautré dans un fauteuil confortable, un verre de cognac français à la main. Il attendait l'heure de la réunion de Mangemorts que Lord Voldemort préparait dans une des salles à manger du manoir. Un de ses Elfes-de-Maison était entré dans le salon et s'était approché de son maître, un hibou avec une lettre installé sur son épaule maigrichonne.
— Maître Malefoy, Monsieur, un hibou pour vous. Il ne veut pas que les Elfes prennent la lettre, Monsieur.
— D'où vient-il ? Je ne l'ai jamais vu, demanda le noble en posant son verre sur une petite table dorée.
— Nous pas savoir, Maître.
De bonne grâce, le hibou tendit sa patte vers Lucius avant même qu'il ne le demande. Il s'empressa donc de décrocher la missive de parchemin et le rapace s'envola à travers les couloirs sans demander son reste. L'Elfe popa immédiatement hors de la pièce, après avoir lorgné d'un air inquiet, la canne que le maître tenait négligemment.
— Voyons voir… Ah ! L'écriture de Severus ! Que se passe-t-il à Poudlard ? Il ne pouvait pas appeler par la cheminette ?
La lettre fut vite décachetée et Malefoy pâlit en la lisant. Ses yeux se remplirent de larmes et sa canne tomba sur le tapis. En tremblant, il se laissa retomber dans le fauteuil qu'il venait de quitter et relu la lettre, pensant -ou espérant- avoir mal compris.
Mon très cher ami,
Je suis au regret de t'annoncer que lorsque tu recevras et liras cette lettre, je serai mort depuis plusieurs heures.
Dumbledore a découvert ma véritable allégeance et je suis prisonnier de mes quartiers d'ici que les Aurors arrivent pour me passer à la question et m'expédier à Azkaban d'où selon ce vieux fou « je n'aurais jamais dû sortir et où je dormirai ce soir ».
Je n'ai pas peur de la torture, tu le sais, mais je me refuse à retourner à Azkaban. Je ne peux pas résister aux Détraqueurs qui ont un effet désastreux sur moi comme tu le sais aussi. Ma survie ne serait que de quelques jours. Je n'ai malheureusement pas la magnifique force de Bellatrix, Rodolphus et Rabastan qui ont résisté admirablement toutes ces années.
Je préfère donc mourir plutôt que de retourner dans cet enfer. Afin de faciliter la tâche de notre bien-aimé Maître, j'ai décidé de lui faire un petit cadeau avant de quitter ce monde contraint et forcé.
Je meurs mais j'emmène avec moi Harry Potter.
J'ai séduit Harry Potter et lui ai fait croire au grand amour afin de pouvoir le tuer. Je lui ai raconté que Dumbledore voulait le tuer et m'avait donné l'ordre de l'exécuter. L'idiot en est désespéré et accepte de mourir avec moi.
Assure notre Maître de ma fidélité ultime. Je souhaite qu'il me venge en débarrassant le monde de Dumbledore et qu'il gagne cette guerre. Potter a eu la naïveté d'écrire sous ma dictée une lettre d'adieu qu'il a fait expédier à la Gazette du Sorcier afin qu'elle soit publiée. Je suis certain que notre Maître, avec sa brillance, saura mettre à profit la panique qui va secouer le Monde Magique demain matin, pour prendre le Ministère d'assaut et vaincre enfin. Je ne serai malheureusement pas là pour savourer cette grande victoire ô combien méritée.
Mon ami, tu vas me manquer. Assure Drago de toute mon affection. Il hérite d'ailleurs de mes maigres possessions et des revenus des potions patentées.
Bien à toi,
Severus Tobias Rogue
Severus Rogue pensait que Lucius Malefoy n'avait pas d'amis et qu'il n'était qu'un profiteur s'entourant de personnes pouvant lui apporter quelque chose, mais il avait tort sur un point. Lucius aimait beaucoup Severus, s'estimait son meilleur ami, et était bouleversé par ce qu'il venait de lire. En courant, la lettre dans une main, sa canne qu'il venait de reprendre dans l'autre, il parcourut les couloirs du manoir, dévala des escaliers et hors d'haleine, sans même frapper, il entra dans une vaste pièce aux murs de pierres nues. Une longue table Renaissance avec une vingtaine de chaises était le seul mobilier de cette pièce avec une vieille armure authentique et d'époque. Dans une gigantesque cheminée de pierre sculptée, un feu pétillait paresseusement, faisant parfois entendre le crépitement des énormes bûches qui éclataient sous l'assaut des flammes. Nagini ondulait sur le tapis devant les flammes, offrant son corps reptilien à la chaleur du feu.
— MAÎTRE ! MAÎTRE !
Voldemort qui discutait avec Bella et Rodolphus se tourna brusquement vers le nouveau venu et remarqua sa mine défaite et ses yeux rouges.
— Lucius ? Que se passe-t-il ?
Le noble, réprimant un sanglot, s'approcha et tendit d'une main tremblante la lettre de Severus au Mage Noir.
— Severus est mort, Maître.
— QUOI ?
La face de serpent qu'Harry surnommait Voldy arracha le parchemin de la main de Lucius et la parcourut avidement. La fente lui servant de bouche s'ouvrit largement en un sinistre sourire.
— Severus… Severus… mon brave et fidèle petit Mangemort…
— Pfff ! Ce traître ? pesta Bellatrix, dubitative. Vous devriez vous en débarrasser !
— ENDOLORIS ! hurla le Seigneur des Ténèbres, furieux. Tu vas te taire, Bella ! Severus s'est sacrifié pour notre cause et il m'a fait le cadeau le plus précieux qu'on pouvait me faire !
La sorcière, échevelée, tremblait et gémissait en se tortillant sur le sol sous l'assaut de l'impardonnable. Voldemort mit fin à la torture d'un geste de baguette alors que Rodolphus relevait sa femme en secouant la tête. Quand Bella apprendrait-elle donc à fermer son clapet lorsqu'il s'agissait des favoris de leur Maître ?
— Lucius ! Ton bras !
Habitué à cette demande, Malefoy remonta sa manche gauche et présenta sa Marque des Ténèbres. Les barrières magiques de son ancestral manoir enregistrèrent les transplanages des Mangemorts qui arrivaient. Sans un mot, Lucius, d'un coup de baguette, revêtit sa tenue de Mangemort et s'installa à sa place habituelle.
Un à un, les sorciers masqués entrèrent dans la pièce dénudée et s'installèrent à la longue table de bois sombre. Une seule place demeura vide, à la gauche du Seigneur des Ténèbres : celle de Severus Rogue. Le Mage Noir s'installa en bout de table, faisant face aux vingt-trois Mangemorts restants du cercle intérieur.
— Maître, osa Yaxley. On ne peut pas commencer, Severus n'est pas encore arrivé.
— Severus ne viendra pas.
Voldemort lança un coup d'œil vers Lucius, assis tête basse entre Narcissa et Bellatrix. Le blond regardait ses mains et semblait anéanti. Le Mage Noir devait bien s'avouer que le trépas de son Maître des Potions était un coup dur pour eux, mais il serait vengé.
— Lucius a, tout à l'heure, reçu un hibou de notre vieil ami et espion Severus. Malheureusement, Dumbledore a compris qu'il m'était fidèle et a ordonné qu'il soit expédié à Azkaban après un petit séjour chez les Aurors. Et… mon fidèle Severus m'a fait un cadeau inespéré, avant son départ définitif.
— Maître ! On peut attaquer Azkaban pour le récupérer, c'est pas un problème ! affirma Amycus Carrow, sous les hochements de tête de ses collègues.
Un sanglot de Lucius leur fit tourner la tête vers lui et Narcissa se pencha vers son époux pour comprendre quel était son problème à lui, justement.
— Mes fidèles, vous voyez Lucius très affecté. Il a perdu son meilleur ami. Severus est malheureusement décédé il y a quelques heures. Je vais vous lire la lettre qu'il a envoyée à Lucius, elle contient un message pour moi. Vous allez comprendre.
Et Lord Voldemort, de sa voix sifflante, dans un silence religieux et étonné par la nouvelle, débuta la lecture de la dernière missive du Maître des Potions.
Bellatrix n'avait pas changé d'avis, mais un regard appuyé de son époux lui fit comprendre qu'elle n'avait pas intérêt à ouvrir son bec si elle ne voulait pas encore goûter aux Doloris du Maître.
— Harry Potter est mort ? s'étonna Thorfinn Rowle, un Mangemort blond aux larges épaules.
Les autres convives affichèrent de larges sourires ravis, hochèrent la tête de satisfaction, et congratulèrent leur maître. Lucius Malefoy soupira, la tête toujours baissée. Lord Voldemort lui lança un coup d'œil rapide.
— QUEUDVER !
— Oui, oui… Maître ? répondit un sorcier grassouillet, passablement dépenaillé, mal rasé et sale et qui attendait debout près de la porte.
— Ce soir, nous allons trinquer à la mort du Garçon-Qui-A-Enfin-Décidé-De-Mourir, et nous allons honorer le sacrifice de notre brave Maître des Potions qui a montré sa fidélité à notre cause ! Apporte du Vieil Ogden !
Un Elfe, suivi par Queudver, apporta des bouteilles tandis que le Maraudeur tenait un large plateau contenant des Old-fashioned empilés. L'Elfe popa et revint avec un grand seau en argent rempli de glaçons duquel dépassait une pince assortie.
Voldemort prit un verre, déboucha l'une des bouteilles et se versa un doigt de liquide ambré. Il négligea les glaçons et tandis que tout le monde se servait, il se leva, verre à la main.
— A la mort de ce nabot de Potter ! Et à la mémoire de Severus Rogue, un fidèle entre les fidèles ! Son sacrifice ne sera pas vain, et lorsque nous vaincrons, son nom ne sera pas oublié ! Il sera honoré jusqu'à la fin des temps ! A SEVERUS !
Les Mangemorts se levèrent tous comme un seul homme ou presque. Rodolphus Lestrange fut obligé de soulever sa femme de force. Bellatrix affichait une moue boudeuse et semblait de fort mauvaise humeur. Elle marmonna une méchanceté sur celui qu'elle appelait « le traître » et fut entendue par Rabastan et certainement Narcissa, assise près d'elle.
— A SEVERUS ! clamèrent-ils en chœur.
— Bien, fit Voldemort en vidant son verre et en se rasseyant. Revenons maintenant à l'ordre du jour. Demain, la nouvelle de la mort de Potter sera dans tous les journaux. Ce sera la panique. Nous profiterons du désarroi des sorciers de la rue ainsi que du Ministère pour le prendre d'assaut. Demain à cette heure, mes fidèles, je serai le Maître du Monde Magique ! Et après les îles britanniques, nous nous attaquerons au reste de l'Europe… pour commencer ! McNair ! Des nouvelles récentes de nos espions au Ministère ?
— Eh bien, Maître, il semblerait que…
Il semblait surtout que Lord Voldemort, tout comme Ron et Hermione, attendait avec impatience que les corps soient retrouvés et leur décès annoncé…
1 Ce sont des sortes de petits craquelins ou échaudés comme on mange en France au petit déjeuner ou goûter. Ils sont ici servis avec le plat principal dans l'assiette.
2 Avant l'invention du papier buvard, les feuilles et parchemins était sablés afin de faire sécher l'encre plus rapidement. La poudre utilisée était faite de sable très fin mélangé à de la cendre.
