Bêta : Mokonalex
Assistante/Elfe de Maison : Mirabelle31
Note de la bêta :
Avis aux lecteurs de Dame Crapou : J'espère que vous avez gardé vos mouchoirs à portée de main, vous en aurez encore besoin pour ce chapitre, qui m'a laissée littéralement sans voix.
Je vous souhaite bonne lecture.
Moko qui va déprimer dans son coin !
A l'aube du dimanche, dès que les hiboux eurent commencé à livrer les exemplaires de la Gazette du Sorcier aux abonnés, le Monde Magique paniqua. Le Ministère fut noyé sous les appels de cheminette et les employés assurant un service minimal pour le week-end durent, affolés, prévenir leurs chefs de service. Les chefs de service prévinrent leurs Directeurs de Département qui eux-mêmes appelèrent Cornélius Fudge. Horrifié, le Ministre prit alors connaissance du journal que son Elfe avait déposé sur la table près de son petit déjeuner. Il n'avait encore découvert que la une lorsque la cheminette s'alluma pour un appel. La tête de Madame Amélia Bones, Directrice du Département de la Justice Magique, apparut.
— CORNÉLIUS ! VOUS ÊTES LÀ ? CORNÉLIUS, C'EST UNE URGENCE ABSOLUE !
— Je suis là, Amélia, je suis là, balbutia le Ministre en robe de chambre, livide, son journal à la main.
— Cornélius, vous avez lu la Gazette, ce matin ?
— Je viens de la recevoir. J'ai juste vu les gros titres. J'allais lire le détail lorsque vous avez appelé. Que se passe-t-il ? C'est… c'est vrai ? Harry Potter est mort ? Mais, comment est-ce possible ?
— C'est ce que nous allons tirer au clair immédiatement. Ce n'est pas une mort naturelle, bien évidemment. Le garçon n'a pas seize ans ! Il semble qu'il s'agisse d'un suicide, mais je crois qu'on l'a bien aidé ou poussé à ce suicide.
— Hein ? Co… comment ? Qui ?
— Dumbledore ! gronda Madame Bones. J'ai rappelé mes Aurors. Kingsley Shacklebolt est en train d'organiser une expédition vers Poudlard. J'ai appelé Helbert Spleen, il y a dix minutes. Il nous envoie un légistomage : le Guérisseur Ackerley, et des sorciers-funèbres. Il y aurait trois cadavres à récupérer selon les informations de Miss Skeeter.
— Rita Skeeter ? Vous n'allez pas accorder de crédit à cette mythomane, Amélia ?
— Barnabas Cuffe confirme l'information, Cornélius. Selon lui, l'article de Miss Skeeter est totalement exact au mot près.
— Par Merlin ! Je vous accompagne sur les lieux, Amélia. Je file m'habiller et je transplane jusqu'à Poudlard. Nous devons tirer tout ceci au clair.
Madame Bones hocha la tête et recula, mettant fin à la communication. Cornélius Fudge se laissa tomber lourdement sur sa chaise et s'épongea le front avec son mouchoir. Avisant sa tasse de thé qui l'attendait, il s'en saisit et en avala le contenu en deux gorgées. Sa mère lui disait autrefois qu'il n'y avait jamais aucun problème qu'une tasse de thé ne pouvait résoudre. Mais là, il songeait que des litres de thé corsé de Vieil Ogden ne suffiraient certainement pas. Il reposa la tasse vide, déplia la Gazette du Sorcier qu'il tenait toujours dans sa main gauche et commença sa lecture. Dix minutes plus tard, vêtu par un sortilège, rasé par la magie de son Elfe-de-Maison -alors qu'il avait horreur de ça- le Ministre transplanait vers Poudlard depuis son jardin.
Dès l'aube, les premiers hiboux livreurs de journaux avaient déposé la Gazette du Sorcier entre les mains des abonnés ou pour les plus privilégiés, celles de leurs Elfes-de-Maison. Rapidement, la nouvelle s'était propagée entre les membres de la même famille, et puis les voisins…
En moins de trente minutes, la moitié du Monde Magique était au courant et paniquait.
Au Terrier, Molly Weasley venait de se lever, et alors que l'eau chauffait dans la bouilloire pour le thé matinal, son premier geste fut d'allumer le vieil appareil de radio à ampoules et d'écouter la RITM. La voix chevrotante d'émotion de Glenda Chittok, présentatrice vedette, se fit entendre.
— Je rappelle pour nos auditeurs qui viennent de nous rejoindre, la terrible nouvelle annoncée par la Gazette du Sorcier dans son édition spéciale de ce matin. Harry Potter, notre Sauveur, le Garçon-Qui-A- ou plutôt qui Avait-Survécu, est décédé hier après-midi à Poudlard dans des circonstances troublantes et mystérieuses. Selon notre confrère de la presse écrite qui publie une lettre d'adieu de notre héros, il s'agirait d'un suicide. Un double suicide, même, si on considère qu'il s'est donné la mort en compagnie du Professeur Rogue, Maître des Potions à Poudlard. Le plus troublant étant que le héros met en cause le Professeur Dumbledore et révèle qu'il est le véritable responsable. Nous attendons des nouvelles du Ministère ! Nos envoyés spéciaux tentent par tous les moyens de joindre Cornélius Fudge et le Département de la Justice Magique.
Le hurlement de Molly fit sortir Arthur Weasley de la salle de bain du premier étage, en marcel, vieux pantalon de pyjama rayé, la brosse à dents à la main et un air hébété sur le visage. Il brandissait également sa baguette, prêt à toute éventualité.
— Molly ? Molly ? Tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il se passe ? MOLLY, RÉPONDS ! PAR MERLIN !
Debout près du poste de radio, Molly Weasley pleurait toutes les larmes de son corps, le visage dissimulé dans son tablier du dimanche, celui avec la publicité pour le dernier album de Célestina Moldubec « Il a brisé mon cœur et ruiné ma potion ».
— Molly ? tenta Arthur en posant une main hésitante sur l'épaule de sa femme.
— HARRY EST MORT ! hurla-t-elle en dévoilant son visage ruisselant de larmes.
Arthur écarquilla les yeux de surprise, mais avant d'avoir eu le temps de réclamer des explications, un hibou postal entra par l'imposte ouverte au-dessus de la porte d'entrée. Il lâcha sur la tête du maître des lieux un rouleau de papier serré dans un anneau de carton. Machinalement, Arthur s'en saisit et se tourna vers sa femme.
— Assieds-toi, Mollynette… Prends donc une tasse de thé. Où as-tu entendu cette nouvelle ?
— A la radio… murmura-t-en s'avançant avec lenteur, comme portant le poids du monde sur ses épaules.
Surveillant sa femme d'un air inquiet, Arthur lui servit une grande tasse de thé et la lui mit entre les mains. Puis reconnaissant le rouleau tombé sur la table près de lui, il se décida à en retirer l'anneau de carton et à découvrir les gros titres de la Gazette. Il s'attendait à recevoir d'ailleurs le Sorcier du Dimanche, mais il eut la mauvaise surprise de déplier une édition spéciale de la Gazette du Sorcier. Le gros titre, noir et immense prenait toute la première page. Impossible de le rater…
HARRY POTTER EST MORT !
Arthur écarquilla les yeux et tourna fébrilement la page pour lire l'article. Molly, découvrant le gros titre puisqu'il se trouvait sous son nez, reprit ses pleurs et gémissements de plus belle.
LE SAUVEUR S'EST SUICIDÉ !
Avant de mettre fin à ses jours, le Garçon-Qui-Avait-Survécu nous a fait parvenir une lettre par l'intermédiaire de ses meilleurs amis à qui cette missive est adressée originellement. Elle révèle que notre Sauveur a quitté ce monde en compagnie de Severus Rogue, Maître des Potions à Poudlard et Directeur de la Maison Serpentard. Ici, à la Gazette, à l'heure où nous mettons sous presse, nous ignorons encore où se trouvent les corps et s'ils ont été découverts. Nous publions sur cette page l'intégralité de la lettre d'adieu reçue, sans en changer une ligne ou même un mot.
Chers Ron et Hermione
Quand vous lirez cette lettre, je serai mort, ainsi que le Professeur Rogue. Pour une raison qui m'échappe, le Professeur Albus Dumbledore a ordonné à Severus Rogue de m'assassiner avant le repas de ce soir. S'il n'obéit pas, il sera expédié à Azkaban pour y finir ses jours. Le Professeur Rogue refuse de me tuer mais il ne veut pas aller à Azkaban. Nous avons pensé nous enfuir mais Dumbledore nous traquera d'ici que les Aurors à sa solde nous trouvent et nous abattent comme des chiens.
N'ayant vraiment pas le choix et refusant de vivre dans la fuite, la peur et l'incertitude, j'ai décidé de suivre le Professeur Rogue dans la mort.
Je vais être clair, nous n'avons pas envie de mourir, mais nous n'avons pas le choix. On ne nous le laisse pas !
Je veux terminer mes études à Poudlard, je veux être diplômé, je veux aller à l'Académie des Aurors avec toi, Ron. Je veux jouer au Quidditch pour l'équipe de Gryffondor pendant les deux années qu'il nous reste à passer à Poudlard.
Le Professeur Rogue veut faire des potions, en imaginer des nouvelles car il a plein d'idées. Il veut continuer à enseigner son art à ceux qu'il nomme des cornichons : nous, les élèves. Il veut veiller sur ses Serpentards, pas quitter ce monde comme un paria et terminer sa vie dans l'enfer d'Azkaban pour avoir osé refuser de devenir un criminel.
A quoi cela a-t-il servi que je sauve -soi-disant- le Monde Magique, il y a quinze ans ? A quoi cela a-t-il servi que je perde mes parents et mon parrain ?
Pourquoi Dumbledore s'obstine-t-il à me renvoyer chaque année chez des Moldus haineux, détestant la magie, afin que j'y sois torturé, affamé, battu, humilié et traité comme un Elfe-de-Maison ?
Par Merlin, j'ai passé onze années enfermé dans un placard à survivre avec un croûton de pain sec, un morceau de fromage moisi et un demi-verre d'eau tous les trois jours ! Je ne sortais que pour être battu ou faire des corvée pas de mon âge.
Tout ça pour mourir comme un chien avant mes seize ans ?
Aucun enfant sorcier ne devrait être obligé de vivre chez les Moldus ! Aucun !
J'espère que justice sera rendue et que Dumbledore paiera pour nos morts, car il en est responsable !
Prenez soin de vous, vous allez me manquer.
Harry James Potter
PS : Ron, Hermione, donnez cette lettre à Rita Skeeter afin qu'elle la publie sans en changer un seul mot. Je vous fais confiance pour respecter cette dernière volonté.
Alors qu'Arthur Weasley, éberlué, reposait le journal avant d'avoir terminé la lecture de l'article à sensation de Rita Skeeter, la cheminée s'illumina en vert, annonçant une communication. La tête d'Hestia Jones, membre de l'Ordre du Phénix apparut dans les flammes émeraudes.
— Arthur ? Ouf ! Tu es là ! Tu… tu es au courant, pour Harry ?
— Oui, Hestia, soupira le père de Ron en se levant pour s'approcher de l'âtre. Molly vient de l'entendre à la radio et la Gazette l'annonce aussi. Je n'ai pas fini de lire l'article.
— Il faut que tu viennes, Arthur, avec Molly. Tout l'Ordre part pour Poudlard dans une quinzaine de minutes. Fol Œil est au quartier général avec Remus qui est dans tous ses états. Selon Kingsley, c'est la panique au Ministère, Fudge est fou de rage. Si Dumbledore est vraiment responsable de ce gâchis, il va passer de sales moments, je peux te le dire. Selon les bruits de couloirs entendus tout à l'heure, Amélia a ordonné l'ouverture d'une enquête officielle.
— Nous arrivons, Hestia. Il faut savoir si tout ceci est véridique, et si par malheur ça l'est… il faut trouver les corps.
— Selon Minerva, il y aurait trois corps. Harry avait un Elfe personnel, autre que celui de Sirius, et il ne répond plus aux appels. Elle pense qu'il a suivi son maître.
Molly sanglota de plus belle et se moucha bruyamment, faisant tourner la tête de son époux vers elle.
— Merci d'avoir appelé, Hestia, soupira-t-il en se frottant le crâne dégarni d'une main lasse. Je m'habille et je pars pour Poudlard.
La sorcière au visage rond disparut et les flammes redevinrent normales. D'un coup de baguette, Arthur fut rasé, un autre le coiffa, un troisième l'habilla de pied en cape.
— Molly, retire ton tablier et mets tes chaussures, nous allons à Poudlard. Tu as entendu Hestia comme moi.
— Arthur… marmonna la sorcière d'une voix blanche, tu crois que c'est vrai ce que dit Rita ? Elle ment si souvent…
— J'espère pour une fois qu'elle ne dit pas la vérité et que c'est encore un mensonge.
Molly se leva de sa chaise comme un zombi et grimpa l'escalier pour aller se changer. Elle n'aimait pas utiliser la magie pour se vêtir et préférait le faire manuellement. Alors qu'elle disparaissait dans la cage d'escalier, Arthur reprit le journal provisoirement abandonné sur la table près d'une tasse de thé refroidissant, de toasts et d'œufs brouillés que personne n'avait plus envie de manger.
Le grand rouquin maigre parcourut rapidement le reste de l'article. La Gazette était sur les dents et l'entièreté du personnel mobilisé pour enquêter. Rita annonçait qu'elle ne lâcherait pas l'affaire et qu'elle découvrirait pourquoi Harry et Rogue étaient morts, et où se trouvaient leurs corps dans le cas où ils auraient été depuis dissimulés pour échapper à l'inquisition. Dumbledore en prenait évidemment pour son grade et il y avait fort à parier qu'une autre édition spéciale sorte dans la journée, entièrement consacrée au drame.
Arthur se retourna en entendant le bruit des pas de Molly dans l'escalier. La sorcière était en noir des pieds à la tête et portait des voiles de deuil.
— Molly… c'est… peut-être un peu prématuré, tu ne crois pas ? demanda-t-il d'une voix douce.
Elle secoua doucement la tête en serrant contre elle un sac à main orné de perles de jais.
— Non. Harry est mort, Arthur. Je le sens… là… répondit-elle en posant une main sur sa poitrine.
L'ex-Gryffondor soupira. Inutile de chercher à discuter. Il espérait juste qu'elle se trompe, que le Monde Magique en entier se trompe, ainsi que Rita et tous les journalistes de la Gazette et de la RITM.
— Viens… nous allons transplaner depuis le jardin.
Molly se contenta de hocher la tête, comme hébétée. Le choc allait être sacrément rude pour leur famille si jamais… Arthur pinça les lèvres, serra le bras de Molly et pivota sur ses talons, entraînant sa femme dans son transplanage vers l'école de Magie et de Sorcellerie.
Albus Dumbledore avait passé une excellente nuit. Il s'était donc réveillé frais et dispo à l'aube de ce dimanche et tandis qu'il trempait dans son bain avec un canard en plastique jaune qui aurait ravi Arthur Weasley, le vieux brigand songea qu'il allait devoir officiellement trouver les corps du Sauveur et de l'idiot qui lui avait -très mal- servi de professeur de potions pendant quinze ans. Ah, que de soucis encore ! Tout ça parce que Môssieur avait eu des états d'âme ! Enfin, je vous le demande un peu ! Un Mangemort, faire du chiqué pour un tout petit-petit meurtre de rien du tout ? Mais où allait le monde ! Il fallait vraiment tout faire soi-même, ici !
Le vieil homme se sécha et s'habilla d'une ses robes favorites : celle magenta avec petites étoiles dorées et cape assortie. Il se mira dans le miroir de la porte de son armoire et lissa sa barbe entre ses doigts lourdement bagués. Que faire ? Aller « découvrir » les cadavres ou bien aller prendre son petit déjeuner dans la Grande Salle avant l'arrivée de la horde d'élèves ?
Le choix fut épargné au Directeur de Poudlard, ce matin-là. Minerva entra dans le bureau au moment où Albus venait d'y pénétrer.
— Bonjour, Albus ! Je cherchais Severus, il ne répond pas à la cheminette et j'ai besoin d'une potion que Poppy n'a pas en stock. Vous l'avez expédié quelque part ou quoi ?
Albus supposa un bref instant que le « ou quoi » voulait dire « chez Lord Voldemort ». Il fit l'innocent derrière ses lunettes en demi-lunes.
— Pas du tout. Il est là. Enfin, je veux dire quelque part dans le château. A bouder ou à cuver son Vieil Ogden, comme un peu trop souvent en ce moment.
— Ah bon ? pesta McGonagall, l'œil suspicieux. Severus n'abuse jamais de l'alcool d'habitude. Enfin, je ne l'ai jamais vu ivre mort.
— Oh si ! Moi je ne peux plus compter les fois où je l'ai trouvé quasiment dans un coma éthylique. Bon sang ne saurait mentir, disent les Moldus. Et les fléreurs ne font pas des croups. Vous savez, comme moi, que son père était un ivrogne. L'hérédité, si vous voyez ce que je veux dire…
— Justement, Albus. Il a peut-être besoin d'assistance. Il nous faut entrer dans ses quartiers. Accompagnez-moi jusqu'aux cachots, vous m'ouvrirez la porte.
— Maintenant ? Mais c'est que je voulais aller prendre mon petit-déjeuner. Je meurs de faim !
L'œil furibond de Minerva McGonagall lui assura que s'il n'obéissait pas dans l'instant, il allait le payer très cher et pendant très longtemps. Pour une raison qui lui échappait, Severus Rogue faisait partie des favoris de la redoutable Ecossaise.
— Albus ! Je n'ai pas aperçu Severus depuis vendredi soir. Ce n'est pas normal. Nous y allons immédiatement !
Le ton employé était sans appel, il n'allait pas y couper. Il devait donc accompagner la digne professeure de métamorphose dans les quartiers de Severus Rogue et faire comme si de rien n'était. Ce n'était pas bien difficile, il était un acteur né ! Il fallait dire que le grigou avait de l'entraînement. Peut-être que le Choixpeau n'avait pas eu tort lorsqu'à sa répartition, il avait émis le souhait de l'envoyer chez les Serpents !
Au moment où les deux professeurs se trouvaient à la moitié du dernier escalier de marbre menant au rez-de-chaussée, une troupe décidée faisait irruption dans le hall du château, déroutant Argus Rusard qui tenait la grande porte donnant sur le cloître, ne sachant pas s'il devait laisser entrer tous ces gens. La vue du Ministre, reconnaissable avec son chapeau melon vert pomme et sa redingote rayée, accompagné par Amélia Bones, monocle sur l'œil et mine de circonstance, lui fit opter pour la sagesse et il les laissa entrer avec force courbettes hypocrites.
Une escouade entière d'Aurors suivaient les deux officiels. Gawain Robards et Kingsley Shacklebolt marchèrent rapidement jusqu'au deux professeurs immobiles dans l'escalier.
— Albus Dumbledore, par ordre du Ministre, nous vous demandons de nous accompagner dans les cachots et d'ouvrir l'accès aux quartiers du Maître des Potions Severus Rogue !
— Ah bon ? s'étonna le vieillard avec un aplomb inouï. Qu'a encore fait Severus ?
— Pourquoi ? Vous le soupçonnez d'un forfait quelconque ? tiqua Fudge, son melon à la main.
— Je disais ça comme ça…
Sous l'œil glacé de Minerva qui rongeait son frein depuis la veille et avait, quant à elle, fort peu dormi, il descendit le reste des marches et tourna dans le couloir menant aux salles communes des Poufsouffles et des Serpentards. La troupe silencieuse croisa les premiers élèves sortant du tonneau encastré qui était l'entrée de la salle commune des Blaireaux. Puis, elle dépassa les cuisines ainsi que l'entrée de la salle commune de Serpentard et s'immobilisa devant une porte au bois noir et sinistrement ferré de barres de fer forgé et de gros clous pointus.
Lorsque Gawain Robards tapota la porte de sa baguette, une onde bleutée ondula sur la surface du bois et un vrombissement léger se fit entendre.
— Vous devriez éviter, Aurors Robards, suggéra Minerva en toisant le sorcier en question. Poudlard aime beaucoup Severus Rogue et ne laissera personne entrer dans ses quartiers. D'ailleurs, Amélia, pourquoi êtes-vous ici ? Et avec Cornélius en plus ! Ne me dites pas que vous allez encore reprocher des histoires de Mangemort à ce pauvre garçon ? Il ne sort quasiment jamais du château ! Je dois me disputer avec lui afin qu'il nous accompagne Filius, Pomona et moi aux Trois Balais une fois par mois pour un petit verre !
— Nous ne reprochons rien au Professeur Rogue, Minerva. En fait, nous pensons qu'il est une victime dans cette affaire. Albus ! Ouvrez ces barrières ! C'est un ordre du Ministère !
— Bien, bien… je m'exécute. Mais tout ce dérangement pour rien, Severus est certainement encore ivre.
— Cessez donc de faire passer ce pauvre garçon pour un ivrogne, Albus ! gronda la sous-directrice outrée. Severus boit moins que moi !
Dumbledore n'avait pas lu la Gazette du Sorcier. Il ignorait donc que tout ce monde venait pour trouver trois cadavres. Il ignorait surtout qu'Harry l'avait incriminé et qu'il allait devoir rendre des comptes.
Affichant un sourire mielleux, le directeur posa sa main sur la porte et ferma les yeux. Quelques secondes plus tard, Poudlard, reconnaissant la signature magique du sorcier, fit disparaître les barrières. On entendit un très léger bruit semblable à un tintement et la lueur bleutée disparut. Robards tendit la main et ouvrit la porte.
Kingsley et lui entrèrent dans une pièce sombre et glaciale, spartiatement meublée. A l'entrée des deux Aurors les plus gradés, les torches magiques s'allumèrent. Depuis très longtemps, le feu s'était éteint et les cendres étaient froides. D'ailleurs, il faisait si froid dans le cachot que de la vapeur sortait de leurs bouches alors qu'on était en juin !
— Brrr ! C't'une putain d'glacière, ici ! grommela Robards en se lançant un sortilège de chauffage.
Kingsley qui savait qu'il allait trouver des cadavres, ou du moins le suspectait, ouvrit au large la porte de la chambre. La lueur des torches du salon lui suffit à voir le lit occupé. Deux corps nus à peine recouverts y étaient couchés. Il entra dans la chambre et les deux torches de la pièce revinrent à la vie. Le grand noir s'immobilisa et regarda les corps figés dans la mort.
Il reconnut Severus Rogue. Il était sur le dos, les yeux fermés et le visage paisible. Son bras droit enlaçait un jeune homme brun dont le visage était caché dans le cou du sorcier. Le garçon tenait encore un petit flacon noir dans sa main serrée, Severus aussi, d'ailleurs. Au bout du lit, un Elfe-de-Maison était recroquevillé, les yeux fermés et lui aussi tenait un petit flacon noir.
Gawain Robards était entré dans la chambre derrière Kingsley et s'était arrêté près de lui, baguette à la main.
— Ils sont morts. Le sort est formel. On a besoin du légistomage pour l'identification officielle. Tu penses que c'est Potter, King ?
— Qui veux-tu que ce soit, Gawain… soupira le sorcier noir en caressant machinalement son crâne chauve. Reste-là, je vais prévenir la cavalerie.
— King… Arrête Dumbledore et mets-le en préventive. Mais passe-lui les menottes à suppression de magie, sinon il va se barrer. Tu le connais. Il peut transplaner ici, et il a un phénix.
— Pas de problème. C'est qui, qui a les menottes à suppression avec lui, aujourd'hui ?
— Savage.
— Ok. Je les lui demande et je préviens Amélia.
Kingsley, après un dernier regard aux corps inertes, se retourna et quitta la chambre à grandes enjambées.
Personne n'avait osé les suivre dans l'appartement, Amélia et Cornélius se tenaient dans l'encadrement de la porte et attendaient le feu vert des Aurors.
— Amélia ? Présence de trois cadavres dans la chambre à coucher. Deux sorciers et un Elfe-de-Maison. L'un des sorciers est Severus Rogue. L'autre a son visage dissimulé, mais c'est un jeune homme brun aux cheveux courts.
— Oui, je ne suis pas étonnée, soupira Amélia. Bien, commençons. Fiertalon ! Allez me chercher le légistomage Ackerley qui attend dehors avec les sorciers-funèbres.
Kingsley lui, alla demander discrètement à Savage ses menottes particulières tandis que Minerva McGonagall, très agitée, envoyait un messager à Filius Flitwick qui devait petit-déjeuner dans la Grande Salle, inconscient du drame qui se jouait dans les cachots.
Pourtant, l'attroupement dans le couloir avait attiré les Serpentards logeant à côté. L'info était remontée jusqu'aux Poufsouffles et les élèves de ces Maisons se tenaient debout, silencieux, dos aux murs de pierre, écoutant les discussions des officiels. A l'annonce que trois cadavres avaient été trouvés dont le Directeur de leur Maison, quelques Serpents s'étaient rués dans la Grande Salle pour informer les autres Maisons et leurs condisciples se restaurant, tandis qu'un autre allait chercher les Préfets et surtout Drago Malefoy.
Alors que les autres Directeurs de Maison et l'ensemble des enseignants présents dans la Grande Salle se ruaient vers les cachots. Kingsley s'approcha d'Albus Dumbledore, prêt à l'arrêter mais Robards revint vers la porte pour annoncer à Amélia et à Fudge qu'il avait identifié le second sorcier.
— Monsieur Le Ministre, Amélia, j'ai pu voir le visage du second cadavre. Il s'agit d'Harry Potter. Sa cicatrice en forme d'éclair était présente et nettement visible. Pas moyen de se tromper.
— Albus Dumbledore ! Vous êtes mis en examen, dès cette minute, pour incitation au suicide, tentative de meurtre, fomentation d'un complot dans le but de pousser quelqu'un à commettre un crime. Et je suis sûre que je vais bien trouver autre chose à vous coller sur le dos dans cette triste affaire ! Emmenez-le ! annonça la Directrice du Département de la Justice Magique.
Dumbledore ne s'attendait certainement pas à ça, et avant même qu'il n'ait appelé son phénix pour fuir, les menottes étaient sur ses poignets et sa baguette magique dans la poche de Kingsley. Fol Œil était arrivé avec quelques membres de l'Ordre et ils avaient entendu les annonces des Aurors. Arthur et Molly avaient croisé le légistomage et les sorciers-funèbres qui s'approchaient des cachots avec des civières, et Molly avait paniqué, accrochée à son époux pâlissant à vue d'œil. Ron et Hermione, prévenus par Neville Londubat échevelé et hors d'haleine, s'étaient rués vers les escaliers.
Au cri de « Rogue et Potter sont morts ! », Hermione s'était figée dans l'escalier de marbre du hall, incapable de faire un pas de plus et Ron avait dû la porter, aidé de Neville. Tous les élèves, silencieux, avait vu Dumbledore, menotté, remonter des cachots entre deux Aurors qui le tenaient chacun par un bras. Privé de sa magie, le vieil homme semblait faible et hagard, mais il était un fieffé roublard et les deux Aurors n'allaient pas se laisser berner facilement.
— Alastor ! Mon vieil ami ! tenta-t-il d'une voix chevrotante, aide-moi ! Je ne sais pas ce qui se passe, on m'accuse mais je n'y suis pour rien.
Fol Œil ne répondit pas et fit un signe de tête aux Aurors pour qu'ils continuent leur chemin. Un Portoloin allait emporter le prévenu jusqu'à une cellule du Ministère.
Pansy Parkinson, livide, avait accouru vers le dortoir des garçons de 5ème année Vert et Argent. Il était vide mais elle avait entendu l'eau qui coulait dans la salle de bain. Elle avait frappé à coups de poings redoublés sur la porte d'ici que Drago Malefoy daigne lui ouvrir.
Dégoulinant, une serviette immaculée autour des reins, il avait ouvert la porte, furieux d'être dérangé dans sa petite routine quotidienne.
— Pansy ! Merde ! Tu fais chier ! J'espère que t'as une bonne raison ou il va t'en cuire !
— Dray… C'est… ton parrain.
— Quoi, mon parrain ? Dis-lui que je le verrai après le petit-déj !
Drago allait refermer la porte mais ce que Parkinson lui annonça le fit s'immobiliser comme pétrifié.
— Les Aurors sont là, avec le Ministre et Madame Bones. Dumbledore vient d'être arrêté. Ils ont trouvé trois corps dans les cachots. Potter, un Elfe-de-Maison et ton parrain, Dray. Ils sont morts. Je suis désolée…
— Mon… parrain ? Oncle Sev' ? Oncle Sev' est mort ? bredouilla le blond platine, les yeux noyés de larmes. Pans'… je veux mon père… il faut que mon père vienne… dis à un Préfet de le prévenir, s'te plaît, Pans'…
Théodore Nott qui avait suivi Parkinson s'approcha du duo afin de les informer de ce qu'il savait.
— Paraît que ce serait Dumbledore. Mais faut attendre, ils ont pas encore sorti les corps des cachots. Pansy, va demander aux Préfets d'appeler Lord Malefoy. Il faudrait que le Maître soit avisé aussi, murmura-t-il à son oreille. Dray ? Viens, mec… tu peux pas rester comme ça à poil et plein de flotte. Sèche-toi et habille-toi, faut qu'on aille voir ce qui se passe.
Le légistomage Ackerley était entré dans la chambre où reposaient les défunts. Il était accompagné d'un sorcier-funèbre et d'un photographe du Département de la Justice Magique.
L'homme à l'appareil-photo commença à mitrailler la pièce et les corps, faisant même des gros plans, mais personne ne toucha aux corps. Au bout d'un moment qui sembla interminable au légistomage, le photographe annonça qu'il avait terminé et quitta la pièce glacée laissant derrière lui la forte odeur de magnésium du flash de son appareil.
— C'est à nous, Ulysse, marmonna le légistomage au sorcier-funèbre.
— Vas-y, et prends ton temps. Si c'est le môme Potter, faut rien rater. On doit faire du super bon boulot. Pourtant, je me demande ce que le gosse fiche dans un pieu avec un homme du double de son âge et un Mangemort en plus. Tu as vu son bras ? Ne me dis pas qu'on confie nos gamins à des profs pédophiles !
— En tout cas, je peux t'assurer que le môme, il est là de sa propre volonté. Il n'a aucune trace de coups, de blessures, y a rien. Rogue ne lui a fait aucun mal. Et de la façon dont ils se tiennent, dans les bras l'un de l'autre… Mmmm… on n'a pas encore toutes les infos, mais ça pue la romance à plein nez, ça !
Ulysse Sawbridge ouvrit la bouche de stupeur et regarda le légistomage avec de grands yeux écarquillés. Muet, il fit un geste au légistomage pour lui indiquer de lancer ses sorts. Il voulait en avoir le cœur net.
Ackerley commença par tenter de les séparer à la main, mais la rigidité cadavérique avait fait son œuvre et il n'insista pas. Il prit sa baguette, la pointa sur le plus jeune et jeta plusieurs sorts de couleurs différentes avec une grande aisance trahissant une longue habitude. Un parchemin médicomagique apparut dans l'air près de lui et se remplit alors d'indications diverses toutes avec une couleur d'encre correspondant au sort jetés et dans le même ordre.
Ackerley prit le parchemin dans sa main et commença sa lecture.
Nom : Harry James Potter
Âge : 15 ans, 10 mois et 15 jours
Statut du sang : sang-mêlé
Date et heure du décès : le 15 juin 1996 à 17h03
Causes du décès : empoisonnement. Substance non identifiée.
Antécédents : trace ancienne d'un impardonnable, résidu de Magie Noire dans cicatrice frontale, malnutrition sévère, fractures non soignées stabilisées naturellement, pathologies moldues non soignées guéries naturellement, cicatrices nombreuses de blessures moldues guéries naturellement, fractures soignées magiquement, traces anciennes d'empoisonnement par basilic, traces anciennes de larmes de phénix dans le sang, séquelles de sortilèges et maléfices divers, traces anciennes de deux impardonnables, traces récentes de relations sexuelles consenties et sans violence, présence importante de sperme dans le rectum du sujet, présence d'un bol alimentaire presque totalement digéré…
Le détail des nombreuses blessures qu'Harry avait reçues dans sa vie depuis sa naissance était listé plus bas et la liste ne faisait que s'allonger sous les yeux horrifiés des deux professionnels.
— Par Merlin, mais qu'est-ce qu'on a fait à ce pauvre gosse ? murmura Sawbridge qui lisait lui aussi le parchemin en même temps que le légistomage. Et mourir comme ça ? Ici, à Poudlard ! Comment c'est possible ?
— Il n'a pas été violé, Ulysse. Il a bien eu des relations sexuelles avec l'autre, mais c'était totalement consenti. Je pense qu'on a affaire à un suicide amoureux. Pour ne pas être séparés, ils ont préféré mourir. Ça collerait avec la lettre du gamin dans la Gazette, en tout cas.
— Tu penses que Dumbledore a demandé au prof de le tuer pour les séparer ?
— Va savoir. L'enquête le dira, mais c'est le boulot des Aurors. A l'autre, maintenant.
Les mêmes sorts furent jeté au corps de Severus, et le même parchemin apparut dans l'air. Les deux sorciers de Sainte-Mangouste, attentifs, le déchiffrèrent aussitôt.
Nom : Severus Tobias Rogue
Âge : 36 ans, 5 mois et 6 jours
Statut du sang : sang-mêlé
Date et heure du décès : 15 juin 1996 à 17h03
Cause du décès : empoisonnement. Substance non identifiée
Antécédents : malnutrition, cicatrices de blessures moldues soignées magiquement, pathologies moldues soignées magiquement, traces anciennes et récentes de maléfices et sortilèges divers, traces anciennes et récentes d'un impardonnable, traces anciennes et récentes de blessures par Magie Noire, résidu de Magie Noire dans tatouage magique, traces récentes de relations sexuelles consenties et sans violence, présence d'alcool et d'un bol alimentaire presque totalement digéré…
—Pfiouuu… alors il a eu une sacrée vie, ce mec ! grimaça Ackerley en lisant le détail des tortures reçues par le Professeur Rogue, juste sous les « antécédents » sur le parchemin.
— Ils sont morts à la même heure, hier à 17h03, tu as vu ?
— Oui. En même temps. Et dans les bras l'un de l'autre… Le truc classique, quoi… Mon vieux, ça va faire pleurer dans les chaumières, cette histoire. On n'a pas fini de voir des sorcières éplorées et en deuil !
— Quand même, mourir si jeune, par amour… soupira Sawbridge. L'autre non plus n'est pas vieux ! Trente-six ans, c'est jeune ! Si on leur avait fichu la paix, dans quelques années, personne n'aurait vu la différence d'âge.
— Ulysse… un prof et un élève, c'est interdit. Potter était mineur pour un an encore, second interdit. Et entre nous, le Sauveur et un Mangemort… troisième interdit ! Je ne pense pas que Dumbledore ou Tu-Sais-Qui auraient été plus ravis l'un que l'autre.
— Eh ! C'est pas faux, ce que tu dis… c'est pas faux. Bon, viens m'aider, faut qu'on les mette sur les civières. Tu analyses pas l'Elfe avant ?
— Ah oui, comme ça on saura à qui il appartient.
Le sort médicomagique d'autopsie révéla que l'Elfe Dobby avait 112 ans 6 mois et 4 jours, qu'il appartenait précédemment à Lucius Malefoy mais avait été libéré et était depuis lié magiquement à Harry James Potter, nommé propriétaire officiel sur le parchemin. L'Elfe en question était lui aussi décédé le 15 juin 1996 mais à 17h06. Une liste inouïe de blessures et de maltraitances était listée, toutes auto-infligées par ordre de l'ancien maître, ou causées par lui-même. Aucune trace de sévices n'était attribuable à Harry Potter.
— Cet Elfe aussi a eu une drôle d'existence. Tu m'étonnes qu'il ait voulu suivre son maître. Regarde, tout ça, c'est dû à Malefoy, et après, y a plus rien. Aucune blessure causée par Potter. Il a dû avoir peur de se retrouver seul et a voulu le suivre. Y a des Elfes fichtrement fidèles, n'empêche…
— Bon, je t'aime bien, Ackerley, mais j'ai mon boulot à faire, ça te dérangerait pas de les déraidir là ? Faut qu'on les sépare pour les mettre sur les brancards. Et pis, faut qu'on mette les flacons de poison dans les sacs à prélèvements pour les Aurors.
— Hem, hem… bien le bonjour, légistomage Ackerley… Sorcier-funèbre Sawbridge…
Une blonde à cheveux bouclés, lunettes à fausses pierreries et bouche rouge carmin, venait de faire son entrée discrète dans les lieux, une plume et un bloc à la main.
— Bordel ! Rita ! Tu m'as fichu une de ces trouilles ! grinça à voix basse le légistomage.
— Tu m'as manqué aussi, bébé… Dis-moi… ils sont morts de quoi ? Je dois savoir ! Potter compte sur moi pour la vérité, tu le sais. Tu as lu mon article ?
— Rita ! P'tain, tu sais bien que j'ai pas le droit ! Y a enquête et les résultats de l'autopsie sont confidentiels.
— Gérald, mon chou, tu ne vas pas me dire qu'ils sont morts pour rien ? Quelqu'un est responsable de ce gâchis et j'aurai sa tête ! BOZO ! Prends une photo des corps avant qu'ils ne les emmènent !
— Miss Skeeter, vous nous empêchez de bosser, là ! protesta le sorcier-funèbre. Et toi, Ackerley, déraidis-les moi ! Par Merlin !
Ulysse sortit pour aller chercher deux autres brancards et le légistomage fit un signe à Rita.
— Vas-y, mais fait vite, et ne touche à rien ! Si les Aurors trouvent ta signature magique sur eux, tu es bonne pour Azkaban.
— Cause du décès ? Et l'Elfe est à qui ?
— Empoisonnement, substance non identifiée, mais Rogue était un Maître des Potions talentueux, donc ça m'étonnerait qu'on sache un jour ce qu'il y avait dans les fioles noires. L'Elfe appartenait à Harry Potter, il s'appelait… Dobby, précisa-t-il en regardant son parchemin. Il a aussi pris volontairement du poison pour suivre son maître.
— Pourquoi, le poison ? Et pourquoi sont-ils dans ce lit ? Ils sont… ils sont nus ?
— Le poison parce qu'il devait être rapide et sans douleur. Ils l'ont pris au même moment. Et le lit, Rita… je pense que je n'ai pas besoin de te faire un dessin… Chez toi ou chez moi ?
— Chez toi, 22h. Ils ont baisé, tu crois ?
— En long en large et en travers, et si tu veux le savoir, le môme Potter était consentant. Plus que consentant, même.
— Des drogues, de l'alcool ?
— Rogue avait bu quelques verres. Aucune potion active dans leurs systèmes, mais ça ne veut rien dire, certaines ne laissent aucune trace dès que leurs effets cessent. Aucune drogue moldue. Ils étaient conscients et en pleine possession de leurs moyens.
— Double suicide amoureux ? Tu confirmes que ça colle à la lettre que Potter m'a fait remettre ?
— Oui. Je confirme. Quelqu'un a sûrement voulu les séparer définitivement après avoir appris leur liaison. Ils n'ont pas pu s'y résoudre et…
— Ça colle. Ça colle même magnifiquement, soupira Rita en lançant un coup d'œil apitoyé en direction des deux cadavres toujours enlacés.
— File, avant que j'aie des ennuis avec Amélia ! Et… Rita ? ne mets pas de culotte sous tes robes, ce soir.
La journaliste quitta la pièce en faisant un clin d'œil au légistomage et en tortillant exagérément du popotin pour l'aguicher. Personne ne l'avait vue entrer, personne ne la verrait sortir, et Bozo non plus. Hermione Granger avait peut-être découvert que Rita était un animagus cafard, mais la Gryffondor ignorait que Bozo était une souris grise qui pouvait se faufiler discrètement partout…
Les corps furent séparés en vue d'être déposés sur les brancards. Ackerley et Sawbridge purent constater que les deux hommes étaient bien nus sous les couvertures et alors que le sorcier-funèbre allait déployer les sacs à cadavres miniaturisés dans la poche de sa robe de Saint-Mangouste, le légistomage eut une idée.
— Laisse tomber les sacs, Ulysse. On va les mettre comme ça sur les brancards, avec juste des couvertures conjurées. Toute l'école est dehors dans le couloir. Ils doivent les voir.
— Ouais, tu fais ça pour Rita. Tu sais, au boulot, tout le monde sait que tu couches avec elle. Mais t'as pas tort, ils seront pris en photo et ça finira dans la Gazette. Si ça peut servir à quelque chose… le p'tit Potter avait l'air de vouloir que le monde sache, selon la lettre de ce matin dans le journal.
Le premier corps à être évacué fut celui de Dobby. Il n'avait pas été déraidi, mais sa taille réduite et le fait qu'il soit entièrement vêtu n'étaient pas un problème pour son déplacement sur le brancard, ni son transport hors de Poudlard.
Le second fut celui de Severus Rogue. Il fut allongé sur le dos et une couverture fut posée sur lui, le recouvrant jusqu'à la taille seulement.
Ensuite, Harry Potter fut installé de la même façon. Le légistomage lui mit ses lunettes rondes trouvées dans le lit par Ulysse qui venait de récupérer et emballer les fioles de poison. Et d'un geste machinal lui caressa les cheveux, dévoilant son front et la célèbre cicatrice en forme d'éclair.
Dans le salon du Maître des Potions, les trois brancards attendaient, portés par des sorciers-funèbres en grande tenue : des capes noires dans le dos desquelles leur fonction était indiquée en larges lettre jaunes. Les hommes portaient également des robes de sorcier, noires et simples avec le logo discret de Sainte-Mangouste sur la poitrine, ainsi que des chapeaux pointus de sorciers, noirs et tous identiques.
Cornélius Fudge, visage grave et melon vert entre les mains, regardait le corps du jeune Sauveur avec tristesse. Amélia s'était précipitée vers le légistomage dès qu'il était entré dans la pièce avec ses parchemins en main. Elle avait tendu la sienne sans rien dire, le visage décidé et le regard dur. Le légistomage les lui avait remis aussitôt en soupirant. Amélia Bones avait levé un sourcil intrigué, ce qui avait fait tomber son monocle qui pendouillait à présent sur sa chaîne d'or ouvragée.
— Ackerley ? Vos premières impressions ?
— Suicides. Je suis formel, mais… je vous recommande de bien tout lire, Amélia. Les antécédents des victimes et surtout, le détail qui suit. Je dois avouer que c'est édifiant et que je ne m'attendais pas à ça.
— C'est-à-dire ? demanda-t-elle distraitement en parcourant le début du premier parchemin de la pile : celui de Dobby.
— Monsieur Potter a été élevé par des Moldus, semble-t-il. Je dirais plutôt, torturé, affamé et maltraité et ceci toute sa vie durant. Alors, si on rajoute à tout ça qu'il était la cible privilégiée de Vous-Savez-Qui, son issue fatale de sa propre main ne m'étonne pas vraiment. La même chose pour le Professeur Rogue. La liste de ses blessures, tortures et autres maltraitances depuis son plus jeune âge est impressionnante. Je ne comprends pas comment ces deux hommes n'ont pas été repérés par leurs enseignants ou Madame Pomfresh durant leur scolarité et soustraits à leurs familles pour les préserver. Je ne suis donc pas étonné que Rogue soit devenu un Mangemort.
— A ce point ? Potter a été maltraité également, vous dites ?
— En comparaison, beaucoup plus que Rogue au même âge. Je pense qu'on devrait beaucoup plus surveiller les enfants de sang-mêlé élevés parmi les Moldus ainsi d'ailleurs que les enfants nés-moldus. Ça éviterait bien des drames. Ce n'est pas la première fois que j'autopsie des sorciers ayant vécu dans ces mêmes conditions, même des enfants tués par leurs parents. Jamais nos rapports, les miens ou ceux de mes collègues, n'ont fait bouger les choses. Et maintenant, Harry Potter est mort !
— Une idée sur les raisons qui les ont poussés à ce terrible geste ?
— Etant donnés qu'ils étaient nus dans le même lit et qu'ils avaient eu plusieurs relations sexuelles dans les dernières douze heures de leur vie, je penche pour une affaire passionnelle. Potter et Rogue entretenaient une liaison, malgré leur différence d'âge et leur état d'élève et de professeur, ainsi que la minorité de Potter. Dumbledore a dû tout tenter pour se débarrasser du problème. Menacer Rogue d'Azkaban, et l'obliger à tuer son amant très certainement, comme la lettre publiée dans la Gazette le dit. Ne pouvant se résoudre à être séparés, ils ont préféré se tuer.
— C'est une hypothèse qui se tient. Mais je ne comprends pas pourquoi Dumbledore voulait que Potter meure. Le garçon était un personnage important de notre Monde. Je dirais même une légende ! Quelque chose ne colle pas. Je vois que l'Elfe appartenait à Potter…
— Oui. D'ailleurs une de ses mains était crispée sur le pied de son maître et il était couché en boule à ses pieds sur le lit. Il ne voulait certainement pas être séparé de lui. On peut le comprendre, il appartenait auparavant à Lucius Malefoy.
— Il y a des rumeurs qui disent que Malefoy est un vrai monstre avec les Elfes-de-Maison. Rolf Dragonneau racontait il y a peu à Amos Diggory qu'il allait refuser aux Malefoy l'autorisation d'en acheter de nouveaux, vu ce qu'ils en faisaient. Le dernier n'a pas survécu trois semaines !
Amélia regarda d'un œil distrait les corps exposés à la curiosité des Aurors et des sorciers-funèbres.
— Sawbridge avait oublié ses sacs à sorciers ?
— Non. C'est moi qui lui ai dit de les laisser comme ça. Les élèves et les professeurs qui attendent dehors doivent pouvoir les voir une dernière fois, surtout qu'ils sont très paisibles. Ce sont de beaux cadavres, je n'en vois pas de si sereins d'habitude.
— Je l'avais remarqué. Si tout est prêt, vous pouvez y aller. J'attends vos conclusions définitives, Ackerley.
— J'aimerais bien tenter de découvrir la nature du poison utilisé. Rogue était un génie pour les potions. Le meilleur qu'on ait vu depuis longtemps ! Je peux vous assurer que son expertise va nous manquer, à Sainte-Mangouste.
— Au Ministère aussi. Il nous fournissait le Veritaserum pour les interrogatoires. Et Potter était l'espoir de notre Monde dans la lutte contre Vous-Savez-Qui…
— Amélia, je vous tiens au courant. Bonne journée.
— Bonne, je ne pense pas, elle a vraiment mal commencé. Mais merci quand même, Ackerley.
Dans le couloir archi bondé qui menait aux cachots des Serpentards, le plus étonnant des silences régnait. Une partie des élèves se tenait contre les murs de pierre, et on pouvait voir qu'il s'agissait des étudiants les plus âgés : cinquième, sixième et septième années. Parmi eux, les enseignants, éparpillés ou en petits groupes. Les membres de l'Ordre du Phénix étaient tous là aussi, sauf Remus Lupin qui se trouvait dehors, assis sur une pierre, totalement effondré, en train de se faire consoler par une jeune Auror aux cheveux roses. Ceux qui n'avaient pas pu entrer dans le couloir avaient envahi le hall, et le cloître menant à l'extérieur. Hagrid, un immense mouchoir à la main, pleurait près des grandes portes.
Les Weasley, Arthur, Molly et les jumeaux, attendaient dans le hall, juste à l'entrée du couloir des cachots. Ron et Hermione, ainsi que les Gryffies de leur année, avaient joué des coudes pour approcher des appartements de Rogue. Ils virent Drago Malefoy, livide, qui s'efforçait de retenir ses larmes et d'ailleurs échouait lamentablement. Il était entouré de Pansy Parkinson, de Théo Nott et de Blaise Zabini.
Il y eut un mouvement de foule au fond du couloir. Un Auror demanda qu'on laisse le passage et les curieux se plaquèrent un peu plus dos aux murs. Porté par deux sorciers-funèbres, le premier brancard sortit alors des quartiers du Maître des Potions. Il s'agissait de Dobby. Le petit Elfe n'avait pas été déraidi, comme Sawbridge disait. Il était toujours roulé en boule et couché sur le côté. Aucune couverture n'avait été posée sur lui. Quand le triste convoi passa devant Drago, il eut un cri étouffé.
— Dobby ? C'est notre ancien Elfe-de-Maison, celui que Potter nous avait taxé pendant notre seconde année.
— Alors, Potter doit vraiment être mort, marmonna Théo Nott. Tu crois qu'il a tué son Elfe avant de s'empoisonner ?
— J'en sais rien, répondit Drago qui en vérité s'en fichait totalement. Lui ce qui l'intéressait c'était son parrain, uniquement son parrain.
Il y eut un pop de transplanage elfique et un petit groupe d'Elfes portant des torchons de Poudlard apparut alors au milieu du couloir, interrompant la progression du brancard vers la sortie. Un très vieil Elfe, chenu, aux poils blancs et au dos vouté tenait une canne et fixait le brancard. Il se déplaça légèrement pour voir l'occupant allongé sur la toile beige. Sans un mot, il étendit la main et lança un sort. Aussitôt, le corps de Dobby redevint souple et changea de position. Il se retrouva sur le dos, et Crocus, le doyen des Elfes de Poudlard ainsi que leur chef, s'approcha de lui. D'une main douce, il lissa le torchon aux armes des Black que portait Dobby par-dessus ses habits habituels. Et tous les témoins présents purent lire son nom et celui de son maître. Il croisa ensuite les mains de Dobby sur son ventre et les tapota.
— Dobby était un Elfe fidèle, annonça Crocus d'une voix chevrotante. Il ne vivait que pour son maître et il a choisi de le suivre dans la mort. Va, Dobby, Elfe Potter-Black. Tu ne seras pas oublié. Nous, les Elfes de Poudlard, honorerons ta mémoire. Repose en paix avec ton bien-aimé maître et ne t'en fais pas, nous prendrons soin de Winky à ta place.
Crocus s'inclina, tout comme la délégation de petits Elfes en pleurs qui l'avait accompagné. Et dans l'instant suivant, ils popèrent hors du couloir pour retourner aux cuisines, libérant le passage pour le triste convoi.
Hermione, horrifiée, cria « Dobby ! », lorsqu'elle le reconnut et Ron, qui la tenait par les épaules, ferma les yeux. Si le corps de Dobby arrivait, alors celui d'Harry ne devait pas être loin derrière. Ils entendirent des élèves murmurer :
— C'est l'Elfe de Potter ! C'est l'Elfe d'Harry Potter ! Il est mort aussi.
Lentement, le brancard de Dobby quitta le couloir des cachots et un second apparut, quittant les quartiers du Maître des Potions. Il y eut un cri parmi les Vert et Argent se trouvant près de la porte avec les Aurors de garde.
— Professeur Rogue ! Par Salazar ! C'est le Professeur Rogue !
A ces mots, Drago Malefoy ferma les yeux et deux rigoles de larmes coulèrent sur ses joues pâles. D'une main tremblante, il sortit sa baguette et jouant des coudes s'approcha de l'entrée de l'appartement. L'info était déjà remontée, et les Gryffondors au bout du couloir l'apprirent en moins de trente secondes.
— Ils sortent Rogue ! Rogue arrive ! Il est mort !
Hermione vacilla sur ses jambes, et Ron dût la soutenir. Neville, Luna, Dean et Seamus s'approchèrent d'eux.
Dans le couloir, envahis par les Serpentards qui voulaient voir leur Directeur de Maison une dernière fois, le cortège s'était immobilisé.
— Allons, allons, laissez-nous passer, demanda gentiment un Auror.
Drago vit alors son parrain et étouffa quelques sanglots. Tous remarquèrent le visage paisible du sorcier, ses cheveux noirs étalés comme une auréole autour de sa tête, ses yeux clos, et le léger sourire détendu qu'il semblait avoir. Personne ne fit de commentaire sur son absence de vêtements.
La fouine -comme l'appelaient les Gryffondors- brandit alors sa baguette éclairée par un Lumos.
— SERPENTARDS ! cria-t-il, d'une voix brisée d'émotion. POUR NOTRE DIRECTEUR DE MAISON !
Aussitôt, les élèves Vert et Argent se rangèrent calmement et en silence brandirent leurs baguettes allumées, faisant une haie d'honneur à celui qui les avait protégés toutes ces années.
Inquiet, Zabini dut soutenir Drago Malefoy par une aisselle pour l'empêcher de s'effondrer. Le blond platine adorait son parrain, tout le monde le savait dans les cachots. Alors que le lent cheminement du brancard atteignait les Gryffondors et les Poufsouffles massés plus loin, Neville Londubat sortit également sa baguette, lança un Lumos et la tendit en l'air. Les sangs-purs furent les premiers à l'imiter, ce geste étant une tradition lors du décès d'un sorcier. Les autres élèves suivirent le mouvement, même sans le comprendre. Un homme arriva alors en courant, ses longs cheveux blonds emmêlés flottant derrière lui, une canne sous le bras.
Les Préfets de Serpentard avaient réussi à joindre Lord Malefoy et celui-ci s'était précipité au point de transplanage de son manoir après avoir avisé Lord Voldemort de son départ. Celui-ci avait hoché la tête et simplement dit :
— Réclame son corps, Lucius. Severus sera inhumé avec tous les honneurs. J'y veillerai personnellement.
Les sorciers-funèbres s'étaient arrêtés en voyant Lucius Malefoy bloquer le passage. Au bord des larmes et les yeux rouges, il avait vu Drago, le visage défait et en larmes qui brandissait sa baguette allumée et avait hoché la tête. Posant son regard sur son meilleur ami, il l'examina, constata sa tenue et soupira. Les deux bras du Maître des Potions pendaient hors de la civière et chacun pouvait voir sa Marque des Ténèbres. Calmement, Lucius prit chaque bras de son ami et les posa sur son ventre. Avisant la baguette de bouleau noir de Severus qui dépassait sous son épaule, il s'en saisit et la coinça entre ses mains croisées. Puis, il lui caressa les cheveux et lui baisa le front.
— Adieu, mon ami, fut-il entendu par les personnes les plus proches.
Il se redressa et, d'une voix blanche, annonça aux sorciers-funèbres qu'ils pouvaient continuer leur chemin.
— Drago ? Viens… Nous allons voir Cornélius.
— Père… le corps d'oncle Sev'… il faut…
— Nous irons le chercher nous-même à la morgue.
Mais ils n'allèrent pas plus loin. Le corps d'Harry Potter arrivait lui aussi.
Certains Serpentards osèrent éteindre leur baguette, mais le regard que leur lança Lord Malefoy leur fit avaler leur salive. Si les autres Maisons avaient eu la décence d'allumer leurs baguettes pour Severus Rogue, les Serpentards pouvaient bien faire la même chose pour Harry Potter.
Au bout du couloir, Severus Rogue avait atteint le hall dans le silence le plus absolu. A présent, chaque baguette était allumée. Minerva McGonagall pleurait à chaudes larmes et suivait le corps, accompagnant les sorciers-funèbres hors des terres de Poudlard. Pomona Chourave était assise sur les premières marches de l'escalier de marbre, sa Préfète lui donnant de l'air avec un éventail conjuré, tandis que Susan Bones lui tendait des mouchoirs jetables.
— Severus ! Oh, Severus ! entendit-on Molly Weasley gémir dans son mouchoir entre deux sanglots, tandis qu'Arthur et les jumeaux tendaient vers le plafond leurs baguettes allumées.
Plus loin, Ginny, les bras croisés et la mine revêche refusa de témoigner le moindre respect au professeur défunt. Elle était persuadée que le bâtard des cachots avait assassiné son cher Harry Potter qu'elle voulait ardemment épouser, bien que celui-ci ne lui ait jamais témoigné le moindre intérêt. Si elle avait osé, elle aurait craché sur le passage du Serpentard, mais elle savait que Filius Flitwick qui surveillait le hall n'aurait jamais pardonné un tel affront.
La sortie d'Harry des appartements de Severus, si elle fut accueillie dans le silence et avec un respect basique des Serpentards provoqua des crises d'hystérie et de larmes chez les autres Maisons. Les cris d'horreur et la clameur qui remontait des cachots ne trompèrent personne. Le Sauveur était bel et bien mort et son corps était évacué.
— Harry ! Harry ! criaient des élèves inconnus.
Un Auror remonta le couloir, portant dans ses bras Colin Crivey qui s'était trouvé mal. Poppy Pomfresh, livide et les yeux rouges, les suivait en trottinant, baguette à la main. Pour aller plus vite, Colin fut installé sur l'une des tables de la Grande Salle. Le garçon s'était évanoui sous l'émotion, après avoir réussi à prendre une dernière photo d'Harry Potter sur son brancard.
Hermione tremblait comme une feuille entre les bras de Ron. Accrochée à la jeune fille, Luna Lovegood ne valait guère mieux et serrait le bouchon de Bièraubeurre qu'elle portait en collier, comme si ce geste avait une importance capitale ou plutôt une signification précise pour la jeune Serdaigle. Neville s'était avancé dans le couloir pour aller au-devant d'Harry. Lorsque le corps du jeune Sauveur arriva au niveau des Gryffondors/Poufsouffles et Serdaigles, les cris cessèrent, Neville ayant ordonné le silence.
Avec des gestes calme, le Gryffondor fit la même chose que Lord Malefoy. Il prit les bras d'Harry qui eux aussi pendaient dans le vide de chaque côté du brancard et les croisa sur son ventre. La baguette de bois de houx dépassait sous la nuque du jeune sorcier à lunettes et Neville s'en saisit. Comme Malefoy l'avait fait, il la déposa entre les mains de son ami et lui referma les doigts dessus.
Sans un mot, il s'inclina et rejoignit Ron et Hermione un peu plus loin. Les deux sorciers-funèbres reprirent leur cheminement. Lorsque le brancard passa devant Ron et Hermione, la jeune fille aux cheveux touffus poussa de véritables hurlements. Elle cria le nom de son ami, se débattit. Ron dut l'attraper par la taille pour l'empêcher de se ruer sur le brancard pour récupérer le corps, ou lui faire Merlin seul savait quoi ! Dans le hall, Molly Weasley ne valait guère mieux et Arthur et les jumeaux se lancèrent un regard lourd. Lorsque Fred hocha la tête en direction de son père, celui-ci tendit la main et Georges y glissa un flacon de Philtre de Paix. Arthur ne mit pas cinq secondes à déboucher la fiole et à en faire boire le contenu à sa femme.
Les cris de la rouquine s'apaisèrent et se transformèrent en gémissement entrecoupés de paroles incohérentes.
Alors que le brancard d'Harry quittait le hall pour atteindre le cloître puis l'extérieur, on entendit quelques voix s'étonner.
— Pourquoi il est tout nu, Harry ? C'est normal de déshabiller les morts comme ça, chez les sorciers ?
Cette question, bon nombre de nés-moldus et même de sangs-mêlés se la posait. La réponse de Zacharias Smith, Poufsouffle de sang-pur et accessoirement ennemi juré d'Harry Potter, en choqua plus d'un.
— Bande de nazes ! Bien sûr que non, c'est pas normal ! Potter était avec Rogue dans les cachots, et Rogue était à poil aussi. Ils les sortent comme ils les ont trouvés, pardi ! On parie qu'ils étaient dans le même lit et que Potter se faisait baiser par ce gros nul graisseux ?
Madame Chourave ayant entendu, Smith écopa d'un retrait de cent cinquante points, de trois mois de retenues quotidiennes avec Rusard à la prochaine rentrée et d'une convocation de ses parents pour leur parler du comportement abject de leur fils.
Dehors, Remus pleurait assis sur une borne de pierre. L'Auror Nymphadora Tonks, cousine de Sirius Black, lui frottait le dos en lui murmurant des paroles de réconfort. Son collègue Fiertalon déambulait, baguette au poing, non loin d'elle. Lorsque Dobby et Severus étaient passés devant lui, Remus Lupin n'avait pas réagi. Il leur avait juste accordé un bref regard mais lorsque le brancard où gisait Harry passa la porte pour se retrouver dans la lumière de ce beau jour de juin, le loup-garou se dressa d'un bond, les yeux soudains jaunes. Il bascula sa tête en arrière et hurla comme un loup, terrifiant les élèves qui sortaient pour accompagner Harry hors de terres de Poudlard.
— ED ! IL PERD LE CONTRÔLE DE LUNARD ! cria Tonks à son collègue.
Avant que quiconque n'ait pu comprendre ce qu'il se passait, Fiertalon et Tonks brandirent leurs baguettes vers Remus.
— STUPEFIX !
Le cri du loup cessa brusquement et Remus Lupin s'effondra dans l'herbe sous l'effet des deux sortilèges de Stupéfixion. Tandis que Tonks allait chercher Madame Pomfresh pour qu'elle calme Remus, Fiertalon resta pour le garder, sa baguette prudemment tendue vers le sorcier inanimé.
Dans le hall, Maugrey Fol Œil, claudiquant sur sa prothèse, s'apprêtait à rejoindre Amélia Bones dans les cachots. Il se frayait un passage parmi la horde d'élèves désirant sortir pour suivre le sinistre cortège quand il entendit Ron l'appeler.
— Fol Œil ! Fol Œil !
Ron confia Hermione à Neville en lui demandant de la remonter à la Tour de Godric. Il avait à parler au vieil Auror.
— Weasley ! Qu'est-ce que tu veux, mon gars ? bougonna le vieux sorcier invalide.
— Je peux vous parler en privé. C'est… c'est à propos d'Harry.
L'œil artificiel bleu électrique tournoya et se fixa sur le visage du rouquin. Maugrey hocha brièvement la tête.
— Viens.
Tous deux entrèrent dans la Grande Salle et Ron sortit sa baguette pour jeter un Assurdiato autour d'eux. Cette initiative fut approuvée par un tonitruant « VIGILANCE CONSTANTE ! »
— Qu'est-ce que tu sais de la mort de Potter ? Et de celle de Rogue ? Albus est vraiment responsable ?
— Oui. Mais… c'est pire que ce que les gens pensent.
— Raconte tout ce que tu sais !
— Fol Œil… qu'est-ce qu'ils pensent de la mort d'Harry, les gens du Ministère ? J'ai entendu dire par certains que c'est pour une histoire de cœur.
— C'est l'hypothèse privilégiée en effet. Et personnellement, je n'y crois pas du tout !
— C'est pas ça, nan. C'est vrai que Rogue et Harry ont… hem… ben… ils… bredouilla Ron, écrevisse.
— Potter et Rogue couchaient ensemble, c'est ça que tu veux dire ?
— Ouais. Mais… c'est pas la vraie raison de leur mort. Harry… Harry était un Horcruxe.
— QUOI ? gronda l'Auror, son œil unique écarquillé d'horreur. L'Horcruxe de qui ?
— De… de Vous-Savez-Qui.
— Par Merlin ! Et qui était au courant ?
— Harry, Hermione, moi, Rogue certainement et le Professeur Dumbledore. C'est la raison pour laquelle il a demandé à Rogue de tuer Harry. Il… il lui a dit que s'il ne le faisait pas avant le dîner, il le renverrait à Azkaban.
— Et pourquoi Rogue n'a pas obéi ? demanda Fol Œil, dubitatif. Il détestait Potter, enfin… soi-disant, et je parie qu'il a berné tout le monde à ce sujet aussi !
— Il a refusé. Il a dit à Harry qu'il préférait se tuer plutôt que de toucher à lui… enfin… de lui faire du mal, quoi…
— Mmm… oui, parce que le toucher… il ne s'est pas gêné ! A croire qu'il y avait quelque chose entre ces deux-là, par-dessus le marché. Je ne comprends pas Albus. Il existe des manières pour se débarrasser d'un Horcruxe. Le livre Grandes Noirceurs de la Magie en fait mention. Le dernier exemplaire de ce grimoire est d'ailleurs en possession d'Albus. Les Gobelins ont un rituel pour détruire les Horcruxes sans abimer les supports ou tuer les êtres vivants. Pourquoi n'a-t-il pas demandé à Ragnok ? Par Merlin !
— Vous voulez dire qu'Harry n'était pas obligé de mourir ? gémit Ron, horrifié.
— C'est ce que je dis. Ni Potter, ni Rogue n'aurait dû mourir. C'était totalement inutile. Potter était censé être le Sauveur selon la prophétie, et Rogue était un connard mais un bon espion. Je ne comprends pas ce qu'Albus a cherché à faire, ici…
— Fol Œil… Y a plus d'Horcruxes. Harry avait déjà détruit l'autre en seconde année, dans la Chambre des Secrets. Ça veut dire que Vous-Savez-Qui est mortel à présent et qu'il ne le sait pas. Alors, ça serait le moment pour que l'Ordre bouge, parce qu'avec Harry mort, je suis prêt à parier que Vous-Savez-Qui va attaquer le Ministère. Peut-être même aujourd'hui, en profitant du choc de la mort d'Harry.
— Ouais, je suis entièrement d'accord avec toi, p'tit gars. Il va bouger. Je file prévenir Kingsley. Je suppose que personne n'est au courant pour cette histoire d'Horcruxes ?
— Nan, que nous et Dumbledore, puisque Rogue et Harry… ne sont plus là, précisa Ron, pudiquement.
— N'en parle à personne ! Personne ne doit savoir. La version officielle de la mort de Potter et de Rogue sera un double suicide pour raison passionnelle. Ça vaudra mieux pour tout le monde.
Ron hocha la tête et ne répondit pas. Il regarda Fol Œil lever le sort de silence et le suivit à l'extérieur de la Grande Salle. Il n'y avait quasiment plus personne dans le hall d'entrée. La horde des élèves avait suivi les sorciers-funèbres ou était retournée dans leurs diverses salles communes. Fol Œil retourna dans le couloir des cachots où Amélia et Cornélius se trouvaient encore avec leurs Aurors. Il fallait qu'il aille s'assurer aussi que ce gredin de Lucius Malefoy ne mijotait pas un sale coup. Il n'avait pas été dupe des simagrées que le Mangemort blond avait fait devant le corps de Rogue. On ne bernait pas Fol Œil comme ça ! Vigilance constante !
En rentrant au Ministère ce matin-là, Fol Œil, Kingsley et Amélia s'étaient immédiatement rendus en salle d'interrogatoire. Albus Dumbledore, toujours menotté et jouant à l'innocente victime, avait été installé sur une chaise devant une table. En face de lui, Amélia Bones et Kingsley Shacklebolt menaient l'interrogatoire. Fol Œil déambulait dans la pièce et deux Tireurs d'élites de baguette gardaient la porte, baguette magique en main.
— Veuillez décliner vos noms, prénoms, date et lieu de naissance.
— Dumbledore, Albus Perceval Wulfric Brian. Né le 12 août 1881 à Terre-en-Lande dans le Gloucestershire, répondit-il stoïquement.
— Êtes-vous responsable d'une façon ou d'une autre de la mort d'Harry Potter ou de celle de Severus Rogue ?
— Moi ? Mais non ! Pas du tout ! Qu'allez-vous donc imaginer ?
— Vous n'avez donc pas demandé à Severus Rogue de tuer Harry Potter avant le dîner de vendredi ou il retournerait immédiatement à Azkaban ?
Dumbledore, s'il fut surpris par la déclaration et le ton badin de l'Auror, accusa le coup et ne montra aucune réaction. Il se contenta de nier.
— En aucune façon ! Je ne sais pas d'où vous tenez cette information, mais c'est une diffamation !
— Vraiment, Albus ? lui susurra Fol Œil à l'oreille. Dans ce cas, tu ne verras donc aucun inconvénient à répéter tout ceci sous Veritaserum, je présume ?
— C'est hors de question ! Je n'ai rien à voir dans cette affaire ! Je ne sais pas ce que Severus a fabriqué, mais je n'y suis pour rien !
— Albus Dumbledore, poursuivit Kingsley, impassible. Etiez-vous au courant de la nature des relations entre le Professeur Rogue et son élève mineur, Harry Potter ?
— Quelles relations ? Ces deux-là ne pouvaient pas se trouver dans la même pièce sans en venir aux insultes voire aux mains ! Ils se haïssaient !
— Donc, vous niez avoir su qu'ils étaient amants ?
— Amants ? Et puis quoi encore ? Severus avait des défauts mais abuser de ses élèves de cette façon, je ne pense pas, non ! répliqua le Directeur de Poudlard, faussement outré.
— L'autopsie magique prouve qu'ils ont eu ensemble de nombreuses relations sexuelles dans les douze heures qui ont précédé leur décès. En outre, nous les avons trouvés dans le même lit, nus et enlacés, révéla Amélia en remuant quelques parchemins se trouvant devant elle.
— Pfff ! Je parie que c'est une mise en scène de Severus, il a toujours été un cabotin.
— Ce serait pousser la comédie un peu loin, tu ne crois pas, Albus ? ricana Maugrey Fol Œil en prenant une gorgée de Vieil Ogden de sa flasque.
— De Severus, je m'attends à tout. Après tout, il a berné Voldemort pendant des années, alors une équipe d'Aurors… je ris ! Vous ne faites pas le poids ! Pourquoi croyez-vous qu'il était mon espion chez les Mangemorts ? Parce que c'était un satané roublard qui pouvait faire gober tout ce qu'il voulait à Voldemort !
Tous tiquèrent en entendant le nom honni du Mage Noir aussi librement exprimé. Aucun d'eux n'aimait à l'entendre, c'était un fait avéré.
— Donc, si je résume, vous pensez que Monsieur Potter a poussé la comédie jusqu'à avoir des relations sexuelles avec un homme qu'il haïssait pour ensuite se suicider dans ses bras… insista Amélia Bones
— Je n'ai jamais dit ça ! J'ignore ses motivations et ce qui l'a poussé à se suicider. D'ailleurs qui vous dit que ce n'est pas Severus qui l'a tué ?
— Albus… tu as lu la Gazette du Sorcier, ce matin ? demanda Fol Œil en s'asseyant sur une des chaises libres.
— Non. Je n'en ai pas eu le temps, pourquoi ?
— Parce qu'avant de mourir, Harry a fait expédier à la Gazette une lettre d'adieu qui a été publiée quasiment en première page. Dans cette lettre, il explique que tu obliges Rogue à le tuer, et que s'il refuse c'est retour à Azkaban pour lui. Or Rogue a refusé obstinément, préférant la mort pour lui-même. Et Harry a choisi de le suivre. J'aimerais bien savoir pourquoi ! La thèse du suicide passionnel est bien tentante mais j'avoue qu'elle ne me satisfait pas pleinement, insista le vieil Auror, sous les hochements de tête de Kingsley.
— Je ne suis au courant de rien, je te dis.
— Albus, tu as toujours mis un point d'honneur à savoir tout ce qui se passait dans ton école. Tu t'en es assez vanté au fil des années. Et tu espères me faire avaler que tu ignorais une chose aussi énorme qu'une relations interdite entre une célébrité comme Potter et un de tes professeurs ?
— Je n'étais pas au courant ! insista Dumbledore.
Le vieux grigou ne mentait pas vraiment. Jamais il n'avait soupçonné quoi que ce soit avant de les trouver nus et morts dans le même lit. Mais finalement, ce n'était pas important. Ils étaient morts et il était débarrassé d'eux. Maintenant, il fallait convaincre Amélia qu'il n'avait rien à voir avec tout ça…
— Tu insistes donc ? Kingsley, Amélia ? Je pense qu'on devrait passer au Veritaserum.
Le regard de Fol Œil intrigua l'Auror et sa directrice. Le vieux renard qu'était Maugrey avait toujours été un redoutable Auror ayant toujours une ou plusieurs longueurs d'avance sur ses collègues. Il avait certainement des informations que personne d'autre n'avait… Dumbledore avait sûrement des choses à cacher.
— Je n'accepte pas le Veritaserum ! gronda Dumbledore, offusqué. Je n'ai rien à me reprocher et rien à dire sur ce malencontreux incident ! J'exige de rentrer à Poudlard immédiatement, j'ai une école à diriger, moi ! Vous ne pouvez pas me retenir ! Je suis le Président-Sorcier du Magenmagot !
— Minerva saura bien gérer Poudlard toute seule, affirma Maugrey Fol Œil, en sortant de la poche de sa cape un petit flacon contenant un liquide transparent. Ouvre la bouche et ne fais pas d'histoire, Albus ! Autant en finir tout de suite. Si tu n'as rien à te reprocher, nous te laisserons partir.
— NON ! JE REFU- arff, hurg, s'étouffa-t-il en avalant de travers la moitié du flacon poussé brusquement dans sa bouche.
— Fol Œil, je te rappelle que c'est trois gouttes, lui dit sereinement Shacklebolt. Trois ! Pas la moitié du flacon…
— Et moi, je te rappelle que c'est Dumbledore, King… répondit Fol Œil en le fixant dans les yeux.
Kingsley leva les deux mains en signe de reddition et n'ajouta rien. Allez-donc savoir, en effet, comment ce vieux bougre réagissait à cette potion particulière ! Il était bien capable de s'être entraîné à lui résister.
— Amélia, à vous l'honneur, fit Fol Œil en s'asseyant enfin au bout de la table.
— Albus Dumbledore, avez-vous demandé à Severus Rogue de tuer Harry Potter ?
De grosses gouttes de sueur coulaient sur le visage ridé du vieil homme. Il pinça les lèvres comme s'il s'efforçait de tenir bon et de ne pas parler. Mais la potion était celle de Severus Rogue et personne ne pouvait y résister.
— Oui.
— Rhaaaa ! Je le savais ! pesta Fol Œil, dégoûté.
Il semblait bien que le gamin d'Arthur n'avait pas menti. Amélia regarda son parchemin sur lequel une plume à papote officielle s'agitait et poursuivit.
— Avez-vous menacé le Professeur Rogue d'Azkaban pour le faire obéir ?
— Oui.
— Pourquoi vouliez-vous qu'Harry Potter meure ?
— Il devait mourir, pour que Voldemort soit vaincu.
— Pourquoi devait-il mourir ?
— A cause de la Prophétie. Pour tuer Voldemort, il fallait qu'Harry meure.
— Pourquoi, Albus ? insista alors Fol Œil. Donne-nous la raison pour laquelle Harry devait absolument mourir pour que Tu-Sais-Qui soit vaincu ?
— Harry était un Horcruxe.
— Enfin ! Il l'a dit ! Je commençais à me demander si on allait y arriver ! pesta le vieil Auror.
— Vous étiez au courant, Auror Maugrey ? s'étonna Amélia, pâle et sous le choc de la révélation.
— Oui, depuis ce matin. C'est le fils d'Arthur, Ron, qui me l'a raconté. Selon lui, Harry le savait, ainsi que lui, leur copine la p'tite née-moldue et Rogue. Et Albus, bien entendu.
— Pourquoi Rogue a-t-il refusé de tuer Harry Potter, Albus ? poursuivit Amélia.
— Aucune idée. Il était terrifié par Azkaban. Il devait obéir.
— Saviez-vous que Potter et Rogue étaient amants ?
— Non. Je m'en suis douté lorsque je les ai trouvés dans les cachots, dans le même lit.
— Vous les aviez trouvés et vous n'avez pas signalé leurs morts au Département de la Justice Magique ? Pourquoi ?
— Aucun intérêt. Ils étaient morts, cela n'avait plus d'importance.
Kingsley et Amélia se regardèrent, choqués. Fol Œil ressortit sa flasque de la poche intérieure de sa redingote et en avala une large lampée.
— La perte de Severus Rogue ne vous émeut pas ?
— Non. Il avait une certaine utilité mais il était trop dangereux. Trop brillant et puissant pour être laissé livré à lui-même ou accroché au bras de Voldemort.
— Qu'auriez-vous fait de lui après la guerre dans la mesure où Vous-Savez-Qui aurait été vaincu ? demanda alors Kingsley Shacklebolt.
— S'il survivait, je l'aurais fait jeter à Azkaban jusqu'à la fin de ses jours.
Maugrey soupira et leva son œil unique vers le plafond, l'autre virevoltant nerveusement dans l'orbite du sorcier.
— Qu'auriez-vous fait d'Harry Potter après la guerre s'il avait survécu ? insista Amélia Bones au bord de la nausée.
— Azkaban. Pas besoin d'un autre Mage Noir. Mais il n'aurait pas survécu, je ne pouvais pas le permettre.
Kingsley frotta son visage entre ses deux mains.
— Amélia, ce pauvre gamin n'avait aucune chance de s'en tirer et je pense qu'il l'avait compris, et Rogue également.
— Je le pense aussi. Shacklebolt, envoyez Robards me coffrer Dumbledore à Azkaban pour incitation au meurtre et complot visant à commettre un meurtre, chantage, menaces et incitation au suicide. Nous verrons à lui organiser un procès après les obsèques de Potter. Surtout dites bien qu'on lui laisse les menottes à suppression de magie durant tout son séjour. Nous ne pouvons pas prendre de risques.
— Ce sera fait.
— Je vais préparer un mémo pour le Magenmagot et Cornélius. Dumbledore est relevé de toutes ses fonctions officielles. Minerva McGonagall sera nommée Directrice, je vais faire Percy préparer le parchemin officiel avec Cornélius. Mais où est-il ? Il devrait être là.
— Il est en week-end avec sa petite-amie, une certaine Penny, quelque part en Cornouailles. Si ça se trouve, il n'est pas au courant, ils devaient camper, révéla Kingsley. Je l'ai entendu en parler avec la secrétaire de Cornélius, Miss Bondupois, l'autre jour.
— D'accord, je me disais aussi… Fol Œil ? poursuivit la Directrice du Département de la Justice Magique. Faites prendre à Albus l'antidote et doublez la garde autour de lui.
— Pas de problème. Mais… Amélia… Vous-Savez-Qui risque de bouger dès aujourd'hui. Il aurait tort de se gêner puisqu'il pense que son ennemi est vaincu. Il n'est pas au courant que Potter était un Horcruxe, sinon il n'aurait pas essayé de le tuer toutes ces années durant.
— Je vais voir Cornélius et le mettre au courant. Nous allons organiser une réunion de crise immédiatement. La version officielle de la mort de Potter et de Rogue sera un suicide passionnel. Ils s'aimaient et on a tenté de les séparer de force, ils n'ont pu s'y résoudre. Je pense que ça calmera les esprits un moment. Personne ne doit apprendre cette histoire d'Horcruxe, pas même Cornélius. Allez donc savoir à qui il pourrait en parler ? Lucius Malefoy ? Pouah ! grimaça Madame Bones en se levant, ses parchemins et sa plume serrés entre ses mains.
