Ce sentiment de vivre sereinement


« Because all I ever wanted was to make you proud, now I'm sitting alone in this empty house. » (Mockingbird – Eminem)

George n'a pas dormi. Il a passé la nuit assis sur le canapé du Terrier, il a vu sa sœur rejoindre Harry dans le salon après le repas pour monter avec lui. Il a vu Hermione venir récupérer un livre sur la table basse et repartir après lui avoir lancé un regard. Il a vu Ron descendre en plein milieu de la nuit pour boire de l'eau et remonter, sans le voir dans la pénombre. Il a vu sa mère préparer le petit-déjeuner, le regarder, et s'apprêter à dire quelque chose pour finalement se taire et repartir.

Tout le monde le voyait et pensait à lui, mais personne ne disait rien. Et à cette pensée, George sentait son poing se serrer de frustration. Tout ce qu'il pouvait se demander, c'était si Fred pensait à lui, de là où il se trouvait. Tout ce à quoi il pouvait réfléchir, c'était ce que lui aurait dit Fred s'il s'était trouvé à côté de lui. Après tout, ils avaient gagné. Ils auraient probablement fêté ça de la façon la plus extraordinaire qu'il soit. Pour sûr que personne n'aurait dormi dans cette maison, parce que Fred et George ne les auraient jamais laissés dormir. Mais ce n'était pas ce qu'il s'était passé. Fred n'était pas là, et tout le monde dormait à poings fermés pendant que George ne quittait son regard du portrait familial accroché au mur. Une famille unie et aimante. Aujourd'hui, après la mort d'un des leurs, ils étaient plus unis que jamais. Mais George, lui, se sentait seul.

Quelle ironie de se sentir si seul quand on est entouré de tant de personnes. George avait toute sa famille et ses amis qui le soutenaient, qui lui montraient leur soutien et leur présence, et pourtant, il ne s'était jamais senti aussi seul de sa vie. Il avait gardé son manteau sur les épaules, malgré le fait qu'il ait passé la nuit à l'intérieur, face au feu de cheminée si commun au Terrier. George avait froid. Il ne sentait pas le feu, il ne le voyait même pas. Et dès qu'il fermait les yeux, tout ce qu'il arrivait à visualiser était la Grande Salle de Poudlard, où des dizaines de corps s'étaient trouvés sur le sol, recouverts de draps blancs. Que les corps appartiennent à des innocents ou à des mauvais sorciers, les morts qu'on avait comptés avaient été trop nombreux. Et tout ce que George arrivait à visualiser était ce champ de bataille, le sang, et un corps qu'il ne connaissait que trop bien, étendu sur le sol. Et un sourire.

- Reviens-moi, Fredo.

Un simple chuchotement. C'était une demande, une supplique. Quelque chose que George savait impossible. Quelque chose qu'il n'attendait pas. Il avait juste besoin que ça sorte de son cœur. Sorcier ou non, la guerre les avait touchés, les avait atteints, et maintenant qu'elle était finie, chacun se rendait compte de ce qu'il avait perdu. George avait trop perdu. Oui, ils avaient gagné la guerre, mais George, lui, avait tout perdu.

Quelle triste constatation de voir que malgré tous les gens qui peuvent nous entourer, on ne peut que se sentir seul dans sa peine et sa douleur. Que malgré tout le soutien qu'on nous montrait, on a le sentiment de lutter seul. Que malgré toute la force que l'on sait qu'on a, on ne peut que se sentir faible. Quelle triste constatation que de voir que la douleur détruit tout ce que l'on est. Si George en avait eu le cœur, il en aurait ri. Ou il aurait eu un sourire. Un sourire. George ne savait même pas s'il arriverait à en former un s'il essayait. S'il se forçait. C'était comme si Fred avait laissé son sourire sur ses lèvres pour George qui ne semblait plus capable d'en avoir un. Et puis de toute façon, pour qui sourirait-il ? Pour beaucoup de monde, mais George n'avait envie de sourire à personne, pour personne. Triste pensée.

A cette pensée, une larme coula de la joue de George. La frustration s'était transformée en tristesse. A cet instant, il ressentait de l'incompréhension. Mais George n'avait pas le luxe de se demander pourquoi, il le savait déjà. Son frère s'était sacrifié pour leur permettre de gagner. Il n'avait pas le luxe de se demander ce qu'il aurait dit à son frère s'il avait su qu'il le perdrait, il lui avait déjà tout dit avant la bataille. Il n'avait pas le luxe de s'imaginer ce qu'il aurait fait avec Fred s'il s'était trouvé avec lui à cet instant, il le savait déjà. En réalité, George ne pensait à rien, il ne se disait rien. Tout ce qu'il ressentait était un vide. Il avait un gouffre énorme dans son cœur et dans sa tête, et il ne savait pas comment le combler. Il savait qu'il n'y arriverait pas.

Tout le monde pensait comprendre la peine de George, après tout Fred et lui étaient jumeaux. Mais en pensant ça, ils ne comprenaient pas. Plus que son jumeau, George avait perdu son meilleur ami. On dit qu'on ne choisit pas sa famille mais ses amis. Ils n'avaient pas choisi leur lien de fraternité, mais ils avaient choisi d'en faire ce qu'il y avait de plus précieux pour eux. Aujourd'hui, George était seul. Triste pensée, mais qui l'enrageait. George était en colère. Contre son frère, contre lui-même, contre sa famille, contre des inconnus, contre la vie, contre Voldemort. Mais principalement contre lui-même, parce que George ne se sentait pas capable de vivre sans son frère. Il ne se sentait pas prêt à avancer seul alors qu'il avait toujours avancé à deux.

Et dire qu'ils avaient des projets ensemble, des rêves. George les suivra, mais ne les réalisera pas avec Fred. Et ce fut à cette pensée, après une nuit passée à ne rien voir, ne rien penser, que George éclata en sanglots. Comme une libération, les larmes coulèrent et un sanglot sortit de sa gorge. Il ne s'assura pas qu'il était seul, il savait qu'il l'était. Seul parce que sans son frère, sans son meilleur ami.

« And I know the dreams will die with you today, but the truth is, they're all still here and you ain't. » (Difficult – Eminem)