Ce sentiment de vivre sereinement

« Tout ce qu'on voulait, c'était surmonter les épreuves et guérir nos blessures. »

Le sentiment de déborder, de saturer, de ne plus rien supporter, de ne plus rien accepter. Il est désarçonnant, ce sentiment que, face à la peine, on ne s'en sortira pas. Elle est troublante, cette pensée que l'on est seul dans notre douleur et que personne ne peut la comprendre, ni la partager. Face à tout ça, on se renferme sur soi, on pointe le négatif avec tout ce qu'on perd sans prendre conscience de tout le positif que l'on a déjà. On a le sentiment que personne ne peut nous comprendre, alors on parle mais on ne va pas au bout de notre pensée, on ne dit pas ce qu'on a sur le coeur, on se rétracte. Et de cette façon, on refuse d'être aidé. C'est avec le recul que l'on comprend. C'est quand la peine se calme doucement et qu'on voit que rester au fond d'un trou ne servira à rien qu'on réalise que si l'on ne parle pas, on ne peut pas être aidé. Que si l'on ne s'ouvre pas à ceux qui veulent nous aider, ils se retrouveront impuissants. C'est difficile de se rendre compte de tout ce que l'on a encore autour de nous quand on perd quelque chose ou quelqu'un. Après, qui baisse les bras et qui se bat ? Qui abandonne et qui lutte ? Tout ce qu'on voulait, c'était surmonter les épreuves et guérir nos blessures.

Le regard perdu sur le quai de la gare, Harry voyait la foule d'élèves qui discutaient de vive voix. Tout le monde s'agitait autour de lui, des Gryffondors de première année semblaient être devenus inséparables de ceux de Serdaigle et le groupe prenait une place monstre près du Poudlard Express. Un peu plus loin, une fille de Serpentard glissa alors qu'elle courait et tomba sur ses genoux, pour ensuite être aidée d'un Poufsouffle qui lui tendit la main pour l'aider à se relever. A quelques mètres, ses amis et camarades étaient sur le quai et discutaient devant le wagon où ils avaient posé leurs affaires. Il les voyait rire. Il les voyait parler avec énergie. Harry, lui, s'était retiré après avoir posé ses affaires. Il avait trouvé un rocher contre lequel s'appuyer, un petit peu en retrait du quai, et il observait.

Il regardait mais ne voyait pas grand-chose. Les gens passaient devant lui sans qu'ils ne les identifie, et les choses se déroulaient sans qu'il ne comprenne que ça se passait sous ses yeux. Comme s'il était éteint et que les connexions ne se faisaient pas en lui. En réalité, Harry se sentait vide, il ne se sentait pas appartenir à l'euphorie qui habitait ses camarades. Comment pouvait-il ? Il était tout seul. Encore une fois. On l'avait laissé seul. Encore une fois.

Il vit Hermione interrompre sa discussion avec Seamus et Ginny pour lever la tête vers le reste du quai. Harry savait qu'elle cherchait quelqu'un dans la foule, elle le cherchait. A côté d'elle, Ron la vit faire et posa une main sur le bras de son amie, lui disant quelque chose. Hermione hocha de la tête et arrêta de chercher. Harry savait que Ron avait déjà cherché avant elle. Ils ne le laissaient jamais seul, et il les en remercia pour ça. Ils continuaient de s'inquiéter, et aujourd'hui, ses deux amis étaient ce qu'il avait de plus précieux.

- Harry, lui avait dit Hermione ce matin, tu n'es pas seul. Jamais.

Et lui avait hoché la tête, mais il n'avait pas réellement fait attention à ce qu'elle disait. Juste avant qu'elle ne lui dise ça, ils avaient croisé Cho Chang. Elle avait cherché son regard pour ensuite détourner les yeux en rougissant. Harry n'en avait rien eu à faire. Elle avait été son premier amour, et surtout sa première trahison.

Harry retint un sourire ironique. Non, elle n'avait pas été sa première trahison. Des trahisons, il en avait connues énormément. Une confiance qu'il avait mise en certaines personnes, ce qu'il avait regretté quand il avait réalisé que ces personnes voulaient les tuer. Tout ça parce qu'il faisait partie d'un plus grand jeu auquel il ne comprenait rien. Pouvait-il faire confiance à Dumbledore ? N'avait-il pas été un pion dans ses mains depuis le début ? Harry n'en savait rien. Tout ce qu'il savait, c'était que Dumbledore lui avait tourné le dos quand il avait eu besoin de lui. Jusqu'à perdre Sirius. Aujourd'hui, Harry ne savait plus à quoi s'en tenir. Il n'était qu'un gosse après tout.

Inconsciemment, sa main se serra en poing et il se rendit compte qu'il respirait fort. Oui, il n'était qu'un gosse. Ne pouvait-il pas simplement profiter de sa passion dès qu'il avait un moment de libre entre ses cours ? Ne pouvait-il pas découvrir l'amour comme tout le monde ? Ne pouvait-il pas vivre de manière insouciante sans avoir le sentiment que quelque chose n'allait pas dès qu'il passait un moment agréable ? Non, il ne pouvait pas. Pas encore. Avec un peu de chance, il le pourrait quand il ne serait plus un adolescent, s'il était toujours en vie. On lui avait pris son enfance, et maintenant son adolescence. Il venait d'apprendre qu'un futur en tant qu'adulte ne se présenterait pas à lui sans embûches. Que lui restait-il ?

Harry passa la main dans sa poche, où une photo était pliée en plusieurs. Il savait quelle était la photo, il l'avait mise intentionnellement dans sa poche ce matin. Au départ, ça avait été pour la déchirer sur le quai et laisser chacun des bouts s'envoler dans l'air. Harry avait essayé. Il s'était promis de ne pas la regarder, et de la déchirer pour ne plus jamais la revoir, sauf qu'il avait vu le sourire de Sirius dessus, et s'était senti incapable de la déchirer. C'était une photo moldue de Sirius et lui, qu'ils avaient prise à Noël dernier. Une photo où ils rayonnaient tous les deux parce qu'ils étaient heureux d'être ensemble. Une photo moldue qui représentait la promesse que quand les choses se régleraient, ils vivraient loin de la magie, ensemble, dans ce bonheur que cette photo qui ne bougeait pas pouvait dégager. Mais ils n'en avaient pas eu le temps. Harry la haïssait, cette photo qui représentait des promesses brisées à jamais.

Il avait fait une erreur, une grave erreur, celle de penser que la présence de son parrain à ses côtés serait éternelle. Il l'avait retrouvé et avait pensé qu'il ne le perdrait jamais, et ce malgré la clandestinité, malgré les avis de recherche, malgré la peur qu'il soit capturé par le Ministère. Ils avaient tous les deux pensé que maintenant qu'ils s'étaient retrouvés, ils ne se perdraient plus. C'était tellement facile de s'en persuader, de cette idée que la présence des gens que l'on aime est éternelle. S'il s'en était senti la force, Harry aurait esquissé un sourire ironique. Si l'on savait la vérité, on prendrait le temps de les aimer plus, de les remercier de respecter le rôle qu'ils jouent à la lettre. Si seulement on réalisait. On ne prend pas assez le temps d'aimer nos proches, on ne prend pas suffisamment la peine de réaliser tout ce qu'ils font pour nous, tout ce qu'ils sacrifient. C'était une des seules choses que Harry arrivait à se dire, qu'il n'avait pas pris le temps de suffisamment aimer son parrain et le lui montrer. Il le regrettait aujourd'hui, parce que quand perd ceux qu'on aime, on regrette de ne pas avoir pris le temps, car la vie l'a pris pour nous.

La vie lui avait pris ses parents, le temps, et son parrain. Aujourd'hui, qu'est-ce qui lui restait ? Qu'est-ce qui valait encore la peine dans sa vie ? Inconsciemment, Harry avait gardé le regard posé sur ses amis, et une nouvelle fois, Hermione s'agita sur elle-même en cherchant quelqu'un du regard. Elle commençait à s'inquiéter et n'aimait pas le fait que Harry ne soit pas avec eux. Mais Harry ne faisait pas attention à ça, continuant de se demander ce qui lui restait. Maintenant, il devait retourner chez les Dursley, des gens qui ne l'aimaient pas et qu'il n'aimait pas. Si Harry avait en effet une destinée toute tracée, pourquoi souffrait-il autant des événements ? Il n'avait jamais pleuré la mort de ses parents, peut-être parce qu'il ne les avait pas connus. Et pourtant, là, Harry sentait des larmes lui monter en réfléchissant à la mort de son parrain. Des larmes qu'il ravala, il ne pleurerait pas.

Était-ce écrit, qu'on lui prendrait Sirius aussitôt qu'il le retrouverait ? Était-ce prévu, qu'il le voie partir sous ses yeux alors qu'il ne l'avait pas connu pendant treize ans ? Était-ce normal, qu'il ressente cette douleur au niveau de la cage thoracique ? Il avait l'impression qu'il n'arriverait jamais à prendre une inspiration correcte, à cause de ce qui bloquait au niveau de sa cage thoracique. Harry Potter le survivant. Tu parles, il n'était qu'un adolescent impuissant. Il subissait sa peine comme il avait subi toute sa vie. Harry tiqua à cette pensée. Une phrase que Sirius lui avait dite quelques mois plus tôt lui revint, alors qu'ils parlaient de ses parents.

- Je pensais que je ne survivrais pas au fait de ne plus entendre le rire de James, lui avait dit Sirius, mais en fait ce qui m'a réellement tué à petit feu, c'était de me rendre compte à chaque fois que je n'avais rien pu faire pour éviter ça. On passe notre vie à chercher quelle est notre utilité dans ce monde, en quoi on pourrait servir à quelque chose. Et on voit ses proches mourir en étant la définition même de l'impuissance.

Harry avait été impuissant face à la mort de Sirius, et ce sentiment le rongeait, mais il n'y avait pas que ça. La mort de Sirius, il l'avait causée. Il en était responsable. Et peut-être qu'un jour, il arrêterait de penser de cette façon, mais pour le moment c'était tout ce qu'il pouvait se dire. Sauf que Sirius s'était senti responsable de la mort de son père et cette culpabilité n'était jamais partie. La culpabilité pouvait ronger l'esprit, Harry le savait. C'était un sentiment qui se plaçait à côté de la haine, et la haine avait rongé l'esprit de Voldemort. Il ne fallait pas que Harry soit rongé par la culpabilité et la haine. Et pourtant, il se sentait coupable et haineux. Il n'arrivait pas à combattre ces sentiments.

Peut-être qu'en fait, Harry n'était pas suffisamment fort, suffisamment puissant pour lutter contre ce qui l'entourait. Depuis qu'il était entré à Poudlard, il avait toujours cru en lui un minimum, et c'était douloureux de prendre conscience que la personne qu'il était était trop faible pour lutter contre le monde. On passe notre temps à se persuader, à se persuader pendant des années que les efforts paient et que quand on veut, on peut. Harry avait toujours essayé d'être un bon sorcier, il s'était vu donner tout ce qu'il avait pour lutter contre Voldemort s'il le fallait. Et pour la deuxième fois, face à la mort, il réalisait que non, les efforts ne payaient pas toujours, et que l'on avait beau essayer, ça ne marcherait pas, que malgré tout ce qu'on tentera, on n'est pas capable de tout faire. Ce serrement du coeur, ces larmes qui montent, cette mâchoire qui se contracte, ce regard qui se perd, cette brûlure au niveau de la rétine de l'oeil, tous ces effets par lesquels notre corps réagit, ces effets qui montrent que l'on réalise que parfois, on est juste faible. Faible, et ça n'a rien à voir avec le caractère ou la manière d'assumer les coups, simplement le fait que dans la vie, il y aura toujours des moments où l'on se sentira inutile et insignifiant, où l'on ne voudra plus de nous-mêmes parce qu'on veut juste se détester et ne jamais se revoir dans une glace. C'était ce que Harry ressentait depuis plusieurs jours. Harry Potter, le survivant. Il se sentait comme un gosse inutile et insignifiant.

Tout ce qu'on voulait, c'était surmonter les épreuves et guérir nos blessures. Harry aurait aimé ne jamais réaliser que les épreuves ne faisaient que se multiplier et se complexifier à chaque obstacle franchi. Il aurait aimé ne jamais réaliser qu'on avait beau passer du temps à soigner nos plaies, elles resteraient toujours ancrées bien profondément dans la chair, prêtes à ressurgir au moindre signe de faiblesse pour trancher nos convictions un peu plus à chaque fois.

- Harry, que fais-tu seul ?

Hermione et Ron. Ils se trouvaient devant lui, la mine inquiète et l'air concerné. Comment avaient-ils fait pour le trouver, lui qui passait inaperçu depuis son spot, il n'en savait rien, mais il n'en était pas étonné.

- Les gens te cherchent vieux, lui dit Ron en s'appuyant à côté de lui sur le rocher.

- Et nous, on s'inquiète, continua Hermione.

- Tu t'inquiètes toujours Hermione, lui répondit Harry.

- Bien sûr, et ça n'arrêtera pas de si tôt.

Un sourire doux, Harry ne pouvait qu'y répondre. Elle le maternait, mais ça ne dérangeait pas Harry. Ça ne lui semblait même pas étrange, après tout ça avait toujours été ce que Hermione faisait avec Ron et lui, les materner et les protéger d'eux-mêmes.

- Dumbledore a bien dit que tu ne resterais pas longtemps chez les Dursley cet été, c'est ça ? demanda Ron pour éviter le silence.

- C'est ça. Mais bon, j'attends pas grand chose de sa part alors on verra bien.

- Ne dis pas ça Harry, gronda Hermione.

Les sourcils froncés, la mine mécontente, Hermione planta son regard dans celui de Harry et son cœur se serra. Le regard de son ami était vide. Elle se doutait que depuis qu'il s'était isolé, ce qui faisait bien une demi-heure maintenant, il n'avait du penser qu'à Sirius, et des idées mauvaises avaient tourné en boucle dans sa tête. Son défaitisme vis-à-vis de Dumbledore le prouvait bien, et ça ne plut pas à Hermione. Elle refusait que Harry entre dans un mode où seules les pensées négatives le conforteraient.

- Tu sais très bien que Dumbledore essaie de gérer comme il peut. Son but est de défaire Voldemort, et toi tu es la clé de cette défaite. Tu sais qu'il pense également à ton bien, mais c'est un homme comme les autres, il fait des erreurs.

- Ses erreurs ont tué Sirius.

- Non Harry, ce sont nos actions qui ont tué Sirius.

Ça avait été dit sur un ton doux et avenant, mais avait été violent. Les yeux de Ron s'agrandirent sous la surprise tandis que Harry fusilla Hermione du regard. Mais la jeune fille supporta les regards. Ils étaient trois, il en fallait au moins un qui voyait la réalité en face pour ne pas que le trio entier se conforte dans l'erreur.

- N'interprète pas mal mes propos Harry, je sais comment toi tu réfléchis. Tu te dis que tes erreurs ont mené à la mort de Sirius, mais ce n'est pas le cas. Nous sommes allés au Ministère parce que nous avions une mission qu...

- On n'avait aucune mission, coupa Harry sèchement.

- Si, nous en avions une. Parce que si ça n'avait pas été pour libérer Sirius comme nous le pensions, ça aurait été une autre fois pour aller chercher la prophétie quand nous aurions appris son existence. Et peut-être que ça aurait fini de la même façon. Ce que je veux dire, c'est que ton combat contre Voldemort n'est pas fini, et il ne fait que commencer. Tu as une mission, et pour cela il faut vivre dangereusement. Alors Sirius est mort, mais peut-être que dans quelques mois, ce sera Ron ou moi.

Hermione s'était approchée doucement de Harry et avait fini par poser sa main sur le bras de son ami. Lui qui était en colère quelques minutes plus tôt s'était adouci. Il savait que Hermione avait raison, qu'au fond, Sirius était mort parce qu'il avait accepté d'entrer dans la bataille et qu'il ne serait jamais resté en retrait dans la guerre. Harry savait que son parrain avait fait le choix de venir au Ministère alors que Dumbledore le lui avait déconseillé. Il n'avait pensé qu'à protéger Harry mais Harry n'était pas celui qui avait causé la mort de Sirius. Mais c'était trop simple de dire que ce n'était pas de sa faute. Il savait au fond de lui qu'il ne pouvait pas se blâmer continuellement, mais pour le moment, c'était la seule façon dont il pouvait raisonner, c'était la seule chose qu'il pouvait se dire qui semblait logique.

- Il est mort parce qu'il a décidé de me protéger.

- Et c'était SON choix, dit Hermione avec force. Tout comme c'est le nôtre de te soutenir. Tu n'as pas le droit de te sentir coupable pour la mort d'une personne qui avait décidé de participer à la guerre. Celui qui a fait ce choix n'est plus un innocent dans quelque chose qui le dépasse.

- Ce n'est pas que ton combat Harry, continua Ron, c'est celui de toute une société, de plusieurs générations. On mène tous notre combat pour notre liberté.

Pour notre liberté. Pour le moment, Harry était enchaîné. Mais il n'était pas seul. Quelle misère, avait-il déjà été aussi perdu que ces derniers jours, Harry ne pensait pas. A une époque, il cherchait une identité. Il ne savait pas qui étaient ses parents, ce qu'ils avaient fait, ce qu'il représentait, ce qu'il pouvait devenir. Maintenant, il l'avait, cette identité. Il l'avait trouvée dans ce monde sorcier qui était le sien, auprès de gens qui l'aidaient à devenir qui il pouvait être. Mais Harry se demandait s'il devenait la personne qu'il devrait être. Il était perdu, mais pas parce qu'il ne savait pas qui il était.

Puis l'atmosphère changea soudainement. Quand Harry posa ses yeux sur Hermione, il vit son visage se tordre soudainement de douleur. Elle avait mal, et la main qu'elle porta à ses côtes donna suffisamment d'explications sur les causes de sa douleur. Ce fut automatique quand les deux jeunes sorciers se rendirent compte de la douleur de leur amie, Ron s'approcha rapidement et passa sa main autour de la taille de Hermione pour l'aider à s'asseoir sur le sol alors que Harry indiquait à la jeune fille d'inspirer et d'expirer fortement, ce qu'elle fit au rythme de la voix de Harry. Elle avait mal, mais le contrôle de sa respiration calmait doucement la douleur en plus de la position assise. Et au bout d'une ou deux minutes, la douleur se calma.

- Ça va, Hermy ? demanda Ron, les sourcils froncés.

- Comment tu te sens ? continua Harry.

Hermione ne répondit pas, mais posa ses yeux sur ses deux amis avant de sourire. Leurs yeux étaient grands ouverts, et ils avaient une mine alarmée. Aucun des deux ne s'était posé de questions, n'avait réfléchi, ils avaient agi sur l'instinct pour calmer sa douleur. Ils avaient pris soin de calmer sa douleur comme un automatisme, et ça réchauffa le cœur de Hermione.

- Je vais bien les garçons, je vais bien.

Harry et Ron hochèrent la tête, et leurs regards alarmés retrouvèrent une contenance alors qu'ils décidaient de s'asseoir sur le sol à côté de Hermione. Le train ne partirait pas avant une demi-heure, alors ils pouvaient bien rester entre eux le temps qu'il parte.

- Il va falloir que tu te reposes cet été, Hermione.

- Ne t'inquiète pas pour moi Harry.

- Bien sûr que si, on s'inquiète, répondit Ron. Et puis, si t'es pas opérationnelle, comment on fera nous ?

Un sourire complice qu'ils partagèrent tous les trois. Ils le savaient bien, que sans Hermione, les deux sorciers n'y arriveraient pas.

- Et bien, répondit Hermione, vous continuerez à vous prendre des vents de la part des filles.

Cette fois, Hermione rigola, surtout face à l'air déconfit de Ron et Harry.

- Je te ferais dire Hermione, dit Harry avec un petit sourire, que niveau vie amoureuse, tu ne t'en sors pas mieux que nous !

- C'est vrai, et tu sais pourquoi ? répondit Hermione avec un sourire espiègle.

- Dis toujours.

- C'est parce qu'on n'a besoin de personne d'autre que nous trois. Ces histoires d'amour sont récentes, ça ne fait pas très longtemps qu'on y pense, mais on sait également qu'elles sont éphémères. Je me sens suffisamment comblée dans mes amitiés pour ne pas avoir besoin d'amour. Ce n'est pas le temps, ce n'est pas la période. Ce n'est pas la priorité, ce n'est pas un besoin.

Harry et Ron ne répondirent pas, mais ils ne purent s'empêcher d'échanger un sourire. Hermione n'avait pas tort. Ce qui comptait, c'était de créer des relations sur lesquelles ils pouvaient compter et en lesquelles croire. Comme celle qu'ils partageaient en ce moment.

- Hermione, la parole sage, dit Ron.

- Hermione, la maman, continua Harry.

- Hermione, le seul cerveau actif surtout, termina Hermione.

Encore une fois, un sourire complice passa entre les trois sorciers.

- Dire que tu gâches tes capacités avec nous, lâcha ironiquement Ron.

- Pourtant, je ne me vois pas ailleurs qu'avec vous, assis sur le sol de la gare de Poudlard. Je ne me vois pas ailleurs qu'à tes côtés, Harry. Et je sais que Ron se dit la même chose.

Et ça, Harry le savait. Jusqu'au bout, ils seraient avec lui. Ils l'avaient été depuis le début. La mort de Ron ou de Hermione ? Elle était impensable. Ils avaient été présents dès son premier jour dans le monde des sorciers. Aujourd'hui, ils combattaient un des sorciers les plus dangereux de l'époque, mais sa première bataille, il l'avait faite avec eux, contre un troll qu'ils avaient défait en cinq minutes. Ça avait été un exploit à l'époque, et aujourd'hui ils en souriaient. Peut-être que dans quelques années, ils souriraient de ces années.

- J'y arriverais jamais sans vous, lâcha Harry dans un murmure.

- On le sait, Harry James Potter, mais nous, on est là. Et tu n'as pas le droit, aucun droit tu entends, d'un jour croire que tu es seul. Tu n'es jamais seul, Harry.

Avec ces mots, les larmes étaient montées aux yeux de Hermione. Combien de fois se l'étaient-ils dit, qu'ils étaient ensemble dans la bataille ? En réalité, très peu de fois. Ils se l'étaient toujours montré, mais dans ces moments de douleur, ces moments où l'on pensait qu'on ne sortirait jamais du gouffre dans lequel la peine du deuil nous mettait, il fallait également se le rappeler à voix haute. Les mots de Hermione, et le regard de Ron, et Harry savait. Il n'était pas seul dans ce combat. Il se demandait un peu plus tôt ce qui lui restait ? Il avait des alliés, qui étaient nombreux et dont le nombre ne faisait que grandir. Et surtout, il avait ses deux compagnons de guerre. Ils étaient l'intelligence et la force, la rationalité et l'humour, la sincérité et le tact, mais surtout le soutien et la confiance.

Et cette fois, quand Harry pensa à Sirius, il eut un peu moins mal. Il savait que ça prendrait du temps avant qu'il n'accepte la mort de son parrain. Il savait que ça prendrait du temps, avant qu'il n'arrête de se blâmer. Mais il savait également que Hermione serait toujours là pour lui rappeler qu'il n'avait pas le droit de s'enfermer dans sa douleur et ses idées noires. Il savait que Ron serait toujours là pour ne pas le laisser s'enfermer dans sa douleur et ses idées noires.

Harry le comprenait maintenant, que dans la vie, il fallait accepter le soutien des autres, qu'il ne fallait pas se renfermer sur soi en pensant mieux gérer la douleur. Parce que c'était faux, on ne s'en sort pas mieux tout seul. Parfois, il faut accepter d'avoir besoin de se reposer sur les autres, il faut réaliser que si on cherche à être entouré, c'est qu'il y a une raison, cette raison de ne pas vouloir affronter le monde et ses difficultés seul. Harry le comprenait maintenant, que sans ses amis, il n'avancerait pas. Ils étaient le soutien qu'il ne pouvait se procurer lui-même.

Un sifflement se fit entendre, et les trois sorciers comprirent que c'était le signal. Leur cinquième année prenait fin à l'instant, et ils se levèrent du sol pour se diriger vers le quai où leurs camarades leur faisaient signe de se dépêcher. Le temps d'un instant, Harry, Hermione et Ron échangèrent un sourire avant de se mettre à courir. Cette année prenait fin de façon douloureuse, mais une chose était sûre, c'était que dans la peine et la douleur, ils n'étaient pas seuls. Et si Harry avait souvent ressenti de la tristesse de ne pas avoir eu ses parents en grandissant pour le soutenir et l'aimer, il savait qu'il avait ses deux amis actuellement pour ça.

Un pied sur la marche du train, une main sur la barre de la porte, Harry s'arrêta un instant avant de monter. Il leva la tête vers le ciel bleu et chercha une lumière. Et ça pouvait être son imagination, mais il la vit, la lumière de son parrain, qui lui souriait et lui disait que tout irait bien. Et serein, Harry monta dans le train où Hermione et Ron l'attendaient pour entrer le couloir.

S'il fallait combattre Voldemort, Harry le ferait. S'il fallait venger Sirius, Harry le ferait. S'il fallait protéger les gens qu'il aimait, Harry le ferait. S'il devait prendre le risque de tomber, Harry le ferait. Parce qu'il savait que s'il tombait et qu'il fallait l'aider à se relever, ses amis le feraient.