Quand la nuit fut tombée, Raiponce guida Jack à sa chambre. Elle sortit une chemise de nuit blanche avec un lacet rose de son armoire. Elle demanda à Jack de se retourner et l'enfila. Elle fut surprise de le voir enlever son sweat.

"- Heu...ce n'est pas la peine, dit-elle en rougissant.

- Comme j'ai remarqué que tu étais mal à l'aise, je me suis dit que si on était deux tu te sentirais comprise.

- Oh merci. Pascal reste aux aguets s'il te plaît."

Le caméléon, perché à côté de son oreiller, se tint droit pour lui confirmer qu'il remplirait son rôle. Elle s'allongea et se couvrit avec la couverture. Jack glissa sa main sous le drap et tira sur son lacet. Elle le repoussa d'une tape sur la main.

"- Hé si je vous laisse dormir dans le même lit que moi ce n'est pas pour que vous fassiez tout et n'importe quoi !

- Excuse-moi, je voulais juste écouter ton cœur.

- Mon cœur ?

- Si tu ne veux pas je comprends.

- Je suis désolée, je croyais que...Allez-y.

- Quoi ?

- Je vous laisse écouter mon cœur. Après tout je vous dois bien ça. Me supporter est déjà une victoire.

- Non pas du tout j'aime ta compagnie ! Alors tu es sûre ?

- Oui allez-y."

Il délaça son lacet et ouvrit un peu le haut de sa chemise de nuit. Il colla son oreille au creux de sa poitrine et ferma les yeux. Son cœur s'emballait, elle se sentait mal à l'aise. Puis il la sentit s'apaiser. On dirait qu'elle commence à lui faire confiance. Raiponce le regarda s'endormir en lui caressant la joue. Jamais elle n'avait imaginé que l'esprit de l'hiver était si beau. Finalement, elle a fait beaucoup de comédie pour ça. Elle adorait sentir sa fraîcheur glacée se répandre dans son corps. Au lieu d'être mal à l'aise, elle se sentait bien. Elle était prête à prier que la nuit ne s'arrête jamais pour rester avec lui. Elle glissa une main dans ses cheveux blancs, l'autre sur son dos et s'endormit.

Le lendemain matin, Raiponce s'éveilla doucement. En s'asseyant sur son lit, elle remarqua que le haut de sa chemise de nuit était lacé. Alors tout cela n'était qu'un rêve ? Déçue, elle se débarbouilla et s'habilla. Elle prit Pascal dans sa main et l'invita à se poser sur son épaule. En ouvrant les rideaux de sa chambre, elle sourit à nouveau en voyant Jack, regardant la clairière par la fenêtre principale.

"- Bonjour la belle endormie. Joyeux anniversaire. Tu es prête à ouvrir ton cadeau ?

- Prête. Dites-moi, cette nuit...

- Oh tu dormais encore quand je me suis réveillé. Je me suis dit que tu serais moins angoissée si j'avais relacé ta chemise de nuit.

- Alors merci.

- Après toi."

Il lui tendit sa main et l'aida à grimper sur le bord. Elle accrocha sa chevelure au crochet et regarda la terre ferme, hésitante. Pour se donner du courage, elle se mit à chanter.

Voici le monde si proche, je suis à mi-chemin

Regarde il est si vaste, comment oserais-je ?

Regarde-moi je n'ai plus qu'à suivre mon destin

Ou devrais-je ? Non

Nous y allons

Pascal attacha une mèche autour de sa taille en guise de ceinture. Il lui confirma d'un doigt tendu que c'était le bon moment. Décidée, elle lança sa chevelure le long de la tour. Elle y glissa en riant mais s'arrêta à quelques centimètres de l'herbe. Elle hésita en se croyant encore bien trop haut. Puis elle plongea ses orteils dans les brins verts et y posa ses deux pieds en riant. Elle s'allongea en découvrant les trésors qu'elle n'avait jamais vu.

Je sens l'herbe et la terre comme je les ai rêvés

Cette brise, la première, je l'entends m'appeler

Je le découvre enfin, c'est ça la liberté

J'ai le droit de sauter, sautiller, de danser, de chasser, de filer, me faufiler, m'envoler, décoller, de plonger, de nager

Le soleil me sourit, je suis dans la vraie vie

En courant vers le rideau de feuilles, elle cria le dernier couplet bras tendus en observant la beauté de la forêt. Des oiseaux s'envolèrent au son de sa voix. Jack la rejoignit, fier qu'elle ait vaincu sa peur de réaliser son rêve.

"Je n'arrive pas à croire que j'ai pu faire une chose pareille ! Oh je n'arrive pas à le croire. Je n'arrive pas à croire que j'ai pu le faire ! Mère va être furieuse."

"Mais ce n'est pas si grave elle ne le sait pas. Elle s'en remettra non, changea-t-elle assise sur le rocher d'un étang avec des fleurs de lotus dans les mains, Jack la regardant déçu ?"

"Oh mais quelle horreur ! Elle ne s'en remettra pas, dit-elle recroquevillée dans une grotte, Jack attendant dehors !"

"Quelle joie quel bonheur, cria-t-elle en donnant un coup de pied dans un tas de feuilles, éclaboussant Jack qui vérifiait son bâton !"

"Je suis une fille monstrueuse, corrigea-t-elle perché dans un arbre, la tête appuyée contre le tronc, Jack la regardant. Il faut que je rentre."

"Pas question de rentrer à la maison, rit-elle en faisant une galipette avant de rouler dans l'herbe en s'emmêlant dans ses cheveux."

"Je suis un être abominable, étouffa-t-elle à plat ventre dans l'herbe, Jack assis se tenant la joue !"

"C'est le plus jour de ma vie, cria-t-elle en se balançant le long de ses cheveux autour d'un arbre, Jack adossé et attendant qu'elle change encore d'avis."

Bien qu'elle change d'avis toutes les deux minutes, commençant bientôt à exaspérer Jack, elle finit par ne plus savoir où donner de la tête. Elle s'assit contre un rocher et se mit à pleurer, Pascal assis dessus essayait de la consoler. Jack s'approcha d'elle et se racla la gorge pour qu'elle l'écoute.

"- Allons ! Je ne dis pas ça pour t'embêter, mais je vois que tu n'es pas du tout en paix avec toi-même.

- Comment, demanda Raiponce en s'essuyant les yeux ?

- Je ne prétends pas tout savoir. Mais je comprends qu'une mère abusive, l'interdiction de sortir, de voyager c'est pas évident à vivre. Mais je vais te rassurer. C'est comme ça qu'on devient adulte. Une touche de rébellion et une bonne dose d'aventure ça fait du bien. C'est même très sain.

- Vous croyez, demanda Raiponce en s'essuyant le nez ?

- J'en suis sûr. Ça ne sert à rien de se morfondre crois-moi. Est-ce que ta mère mérite ça ? Non. Est-ce que ça va la décevoir, lui briser le cœur ? Évidemment. Mais tu dois le faire et c'est comme ça.

- Oh la décevoir ?

- Beaucoup, répondit Jack en prenant une baie.

- Lui briser le cœur, demanda-t-elle affolée en prenant une mèche de ses deux mains ?

- L'anéantir, répondit Jack en écrasant la baie entre ses doigts.

- Elle sera totalement meurtrie vous avez raison, dit-elle pendant que Jack la relevait.

- Mais oui j'ai toujours raison. Comme le fait qu'elle serait une envoyée de Pitch.

- Comment ?

- Non rien je pensais à voix haute.

- Non je ne peux pas.

- Quoi tu abandonnes ? Attends Raiponce regarde-moi dans les yeux, ordonna Jack en levant son menton ! Bon tu veux aller à cette fête ?

- Oui.

- Tu veux découvrir le secret qu'elles renferment, dit-il en augmentant le ton ?

- Oui, répondit-elle en augmentant aussi le ton.

- Tu veux montrer à ta mère que tu n'es pas une larve ?

- OUI !

- Alors que vas-tu faire ?

- Je vais prendre mon courage à deux mains, je vais aller à cette fête et découvrir ce qu'elles cachent ! Ce sera mon plus beau cadeau d'anniversaire et la plus belle journée de ma vie !

- Voilà c'est ça que je veux entendre ! Pas vrai Pascal, demanda-t-il au caméléon qui se tint droit ? Alors allons-y. Accroche tes cheveux autour de ta taille.

- Pourquoi ?

- Je t'y emmène en volant. On y sera en un rien de temps.

- Mais et si je tombais ?

- Je ne te lâcherai pas."

Raiponce ramassa sa chevelure et l'enroula autour de sa taille. Arrivée au bout, elle l'attacha par un nœud solide. Pascal enroula une mèche autour de la sienne. Il fit signe à Jack qu'ils étaient prêts. Il donna son bâton à Raiponce qui le prit et se plaça derrière elle. Il posa ses mains sur sa taille.

"- Quand je m'envolerai, garde tes bras tendus mais ne lâche pas mon bâton.

- Compris."

Elle tendit alors ses bras en gardant son poing serré sur le bâton. Jack tapa du pied et ils s'envolèrent. Pascal s'accrocha désespérément aux cheveux de son amie. Elle ferma les yeux en serrant les dents. Quand elle se crut de nouveau à terre, elle rouvrit les yeux. Elle remarqua alors qu'elle flottait dans les airs, Jack la tenant toujours par la taille. Elle tendit les bras et les jambes en éclatant de rire.

"- Jack je vole !

- Alors toi qui avais peur ?

- Moi peur pas du tout ! Bon d'accord j'ai paniqué pour un rien. C'est magnifique. J'aimerais tant pouvoir voler comme vous. Aller toujours plus haut jusqu'à toucher les étoiles. Vous avez tellement de chance d'être libre.

- Si ça peut t'aider, ne pense pas à demain quand je te ramènerai. Dis-toi que tu es une jeune fille normale qui va passer une merveilleuse journée. Savoure l'instant présent et tu ne verseras pas une larme.

- J'essayerai."

Ils finirent par se poser sur le pont menant au royaume. Raiponce détacha ses cheveux et avança, suivie par Jack. N'en croyant pas ses yeux, elle se tourna vers Jack avec un visage rayonnant de joie. Elle continua son chemin, émerveillée par ce qu'elle voyait, Pascal perché sur sa tête. Jack la suivit en souriant. Il n'avait jamais vu quelqu'un d'aussi heureux. Arrivée au bout, Raiponce se faufila entre les passants. Ses yeux s'agrandirent de joie en voyant la ville décorée de guirlandes fleuries et de drapeaux violets avec un soleil. Les passants allaient et venaient. En voulant avancer, elle sursauta et recula, surprise par un chariot rempli de chèvres passant à toute vitesse. Elle se cogna aux passants en s'excusant. Elle manqua de tomber en arrière à cause de ceux qui marchèrent sur ses cheveux. La plupart se retournèrent en les voyant aussi longs. Jack vint à son secours en les ramassant avec elle. Elle n'arrivera jamais à en profiter avec ses cheveux. Il tourna son regard vers une fontaine où quatre petites filles se tressaient les cheveux. Jack créa un petit tourbillon de flocon pour qu'elles les voient et l'envoya vers elles. Émerveillées, elles aperçurent le garçon et la belle jeune fille avec ses longs cheveux. Elle avait besoin de les tenir en place. Elles accoururent vers elle et la firent s'agenouiller. Elles séparèrent ses cheveux en trois parties qu'elles nattèrent en riant. Raiponce les regardait faire en souriant. Jack attendit avec Pascal contre une balustrade. Quand il leva les yeux vers Raiponce, les petites avaient terminé leur besogne. Elles avaient apporté leur touche personnelle en la décorant de fleurs. La jeune fille admira leur travail en tournant sur elle-même.

"Oh merci beaucoup !"

Jack l'admirait aussi. Les fleurs dans ses cheveux la rendaient magnifique. C'était vraiment la plus belle fille que ses yeux aient pu voir. Pascal le fixa de son regard indiquant qu'il avait compris son petit manège.

"N'y pense même pas !"

Le caméléon lui tira la langue. Jack le prit sur son épaule et se dirigea vers Raiponce.

"Merci mesdemoiselles. Tenez pour avoir été aussi gentilles."

Il laissa tomber des flocons sur elles qui formèrent des bracelets de perles bleues de cristal. Les petites filles les admirèrent en remerciant Jack. Elles s'éloignèrent en riant pour aller les montrer à leur mère.

"- Je comprends pourquoi vous aimez autant les enfants, ils sont adorables.

- Allez allons visiter."

Il la prit par la main et l'entraîna. Raiponce s'arrêta à chaque étal pour regarder des produits qu'elle n'avait jamais vu. Certaines personnes leur en firent goûter un morceau. En arrivant sur la grande place, Raiponce s'éloigna de Jack en remarquant une mosaïque. Elle représentait un couple royal, une belle reine brune aux yeux verts et un roi bienveillant brun aux yeux bleus avec une belle barbe. La reine tenait une petite fille blonde aux yeux verts vêtue d'une chemise de nuit blanche dans une couverture mauve.

"C'est pour la princesse disparue."

C'était une petite fille déposant une fleur sur la marche devant une femme et un bébé sur ses genoux. D'autres pots de fleurs avaient été déposés. Raiponce les regarda et arrêta son regard sur la petite fille. Elle lui ressemblait étrangement. Mêmes yeux, mêmes cheveux, même bouche. Elle se retourna en entendant une musique. C'était des musiciens faisant profiter la foule du son de leurs instruments. Heureuse, elle les rejoignit. Jack la regarda danser au son de la musique au milieu de la place devant les passants l'admirant. Elle s'arrêta pour faire danser un petit garçon. Ses parents et une dame les regardèrent amusés. Ils tournèrent sur la place décorée d'une mosaïque blanche représentant un soleil. Raiponce emmena un homme danser. Son ami rit en le voyant se faire entraîner malgré lui. Elle prit ensuite un homme par le bras qui entraîna une dame et un vieillard à sa suite. Voyant une dame seule dans son coin, elle l'invita aussi à danser. Les passants tapèrent des mains en les voyant faire la ronde sur le cercle du soleil. Raiponce fit signe à Jack pour lui proposer de danser. Il haussa les épaules et confia son bâton et Pascal à une petite fille. Il rejoignit ensuite Raiponce mais se fit entraîner par une dame. Pascal le regarda amusé. Ce fut le début d'une belle journée pour Raiponce. Jack lui offrit un drapeau en souvenir. Ils essayèrent de danser ensemble mais furent entraînés de leurs côtés, Jack par une petite dame rondelette et Raiponce par un vieil homme. Ils haussèrent les épaules pour se promettre de le faire plus tard. En passant dans une rue où des enfants dessinaient à la craie sur le sol, Raiponce les imita. Elle réalisa à la peinture de ses mains le soleil du drapeau entouré de fleurs violettes sur lesquelles étaient des passants qu'elle avait vu. Ils allèrent à la bibliothèque pour le grand bonheur de Raiponce. Le sol se retrouva jonché de livres. En ouvrant un atlas de géographie, elle découvrit que le monde était bien plus vaste qu'elle ne l'imaginait. Quand le jour commença à décliner, ils dansèrent une dernière fois. Vers la fin, Raiponce ferma les yeux et tourna sur elle-même. Elle finit sa course contre Jack comme après une valse. Il la tenait par la taille et elle par l'épaule, leurs mains libres se rejoignant. Ils se regardaient en souriant pendant que la foule les acclamait. Un homme annonçant que c'était le moment de monter sur les bateaux pour les lanternes les ramena sur terre. Ils se séparèrent en se souriant nerveusement. Jack baissa les yeux en voyant la petite fille à qui il avait confié son bâton et Pascal. Il se mit à sa hauteur.

"- Tenez monsieur j'en ai bien pris soin.

- Merci ma petite, remercia Jack en lui ébouriffant les cheveux. Tiens c'est pour toi."

Il lui donna un bracelet fait avec sa magie. Elle lui fit un bisou sur la joue et rejoignit ses parents en riant. Ils la regardèrent s'éloigner avec le sourire. Ils suivirent la foule et montèrent à bord d'une gondole. Jack la détacha et enroula la corde autour d'un pommeau en or. Raiponce regardait le ciel pendant que Jack ramait, Pascal perché sur son épaule.