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CHAPITRE 2

Connexion inattendue


Il était près de dix-neuf heures quand le taxi arriva enfin en face de mon immeuble. Assez tôt dans la soirée mais j'étais vraiment crevée. Et affamée, mon estomac se faisait entendre de façon audible. Le portier fut assez aimable pour récupérer mes bagages et m'aider à monter jusqu'à ma porte quand il vit mes difficultés avec mes béquilles. Une fois que je fus entrée dans l'appartement 311, mon nouveau chez moi, la seule chose que je voulais faire était de me reposer. Mais je manquais d'absolument tout.

En premier, la nourriture. Ne pas sortir signifiait que les options étaient un peu limitées. Pizza donc. Après avoir composé le 411 pour trouver la pizzeria la plus proche, je commandai une grande pepperoni avec champignons, des gressins et deux litres de coca. Franchement je ne savais pas quand je pourrai aller à l'épicerie, alors les restes seraient définitivement pratiques.

La nourriture commandée, je passai à la deuxième chose sur ma liste : appeler Renée et lui faire savoir que j'étais arrivée en un seul morceau. Elle confirma que le reste de mes affaires avaient été envoyé et qu'elles devraient arriver demain après-midi, que la voiture qu'elle m'avait achetée m'attendait chez le concessionnaire local. Ça prit douze minutes avant que je puisse mettre fin à l'appel. Elle savait l'essentiel : j'étais là, en vie et oui je me rappelais que j'avais rendez-vous avec mon nouveau médecin lundi. Je n'avais pas besoin de rester en ligne pour l'écouter se plaindre de mes blessures ou de mon déménagement ou de faire des projets pour mon avenir dans le patinage qui ne se produiraient probablement pas. J'avais juste besoin de calme.

Il restait encore une vingtaine de minutes à attendre jusqu'à ce que la pizza arrive, je décidais de visiter mon nouvel appartement. Il était vide, sans vie sauf pour mes trois sacs et mon manteau empilés près de la porte d'entrée. C'était une sorte de loft avec de hauts plafonds, des planchers et de la brique pour le mur de façade. Le reste des murs était grand, vide et blanc.

Je me fiche des apparences mais je pouvais déjà dire que cet appartement avec ses murs blancs allait me rendre doucement folle. On dirait bien qu'il fallait que j'ajoute de la peinture à ma liste. Après avoir résolu le problème du véhicule et avoir fait les courses.

J'avais commandé des meubles simples mais mon statut de livraison me disait demain avec le reste de mes affaires de chez Renée. J'allai passer la nuit sans lit, ni canapé, ni chaise. Rien.

Au moins le chauffage fonctionnait. Dieu merci pour les petits miracles !

Un tour rapide dans reste de l'appart me fit me sentir légèrement plus optimiste. La chambre était assez spacieuse et conviendrait très bien à mon lit traîneau en bois sombre et armoire assortie. Une fois les murs peints et quelques étagères et photos accrochées ce serait parfait. Je n'avais pas besoin de quelque chose de fantaisiste mais je voulais que ce soit accueillant. Les deux grandes fenêtres étaient fantastiques. Elles commençaient à mi-hauteur pour s'élever jusqu'au haut plafond laissant entrer beaucoup de lumière quand le soleil brillerait, m'offrant une belle vue sur le Mississipi.

La salle de bain était agréable avec son carrelage et son lavabo simple. Pas de baignoire, juste une douche à colonne ce qui était très bien, un petit plaisir inutile j'en étais sûre, j'allais devenir pourrie gâtée très rapidement.

Dans le couloir un placard abritait un lave-linge à chargement frontal ainsi qu'un sèche-linge. Je n'étais pas impatiente de passer des soirées dans les laveries publiques donc c'était une bonne surprise.

Je suppose que Renée peut arranger quelques bonnes choses sans me rendre complètement folle. Elle avait insisté pour choisir mon appartement, c'était le compromis que j'avais dû faire pour qu'elle "me laisse partir".

La pièce principale était grande et longue – beaucoup de place pour le canapé qui arrivait demain ainsi que quelques bibliothèques, une table basse et une télé. Je mettrai une petite table et des chaises sur le côté le plus proche de la cuisine pour faire une salle à manger de fortune. A ce stade je ne m'attendais pas à voir de la compagnie mais c'était bien d'avoir quelque part où pouvoir manger au lieu que ce soit sur le canapé.

La cuisine était plus grande que ce à quoi je m'étais attendue, les appareils étaient modernes et il y avait un ilot central. Je devrais m'assurer que Renée m'envoie plus de matériel de cuisine que ce que j'avais prévu. Elle ne l'utiliserait certainement pas, je ne me souvenais pas qu'elle ait jamais cuisiné un seul repas. Et moi j'avais beaucoup de temps. Peut-être que je commencerai à faire de la pâtisserie et que je deviendrai une professionnelle pour faire des cupcakes et que je prendrai 25 ou 30 kilos. C'est une idée.

La vraie surprise était cette pièce face à l'entrée. Pas vraiment une pièce mais plutôt un coin. Quatre marches conduisaient à un espace clos pas plus grand qu'un mètre carré, un siège de fenêtre était sur le mur du fond avec des bibliothèques intégrées de chaque côté, une alcôve. Je me voyais déjà m'installer là-haut avec des oreillers moelleux, un plaid, un chocolat chaud et un de mes livres usés sachant que ce serait mon nouvel endroit préféré. Je me blottirai et me perdrai dans les pages pendant des heures, la neige tombant dehors, jusqu'à ce que la lumière disparaisse et que je ne puisse plus distinguer les mots sur la page. Avec cette image en tête je savais que j'avais trouvé mon chez moi, que j'avais fait le bon choix en déménageant ici.

Je fus brusquement sortie de ma rêverie par un coup léger mais rapide contre la porte. Mon estomac se réjouit à la pensée de la nourriture si proche.

Je me frayai un chemin jusqu'à la porte et après un moment de lutte contre ce verrou inconnu je pus ouvrir pour révéler une minuscule femme aux cheveux noirs qui tenait ma boite à pizza. Ça ne m'aurait pas déconcerté s'il n'était pas aussi évident qu'elle n'était pas la personne qui livrait la pizza. Elle était petite, plus que mon mètre soixante trois mais d'après ses très hauts talons il me semblait qu'elle arrivait à atteindre le mètre cinquante.

Elle portait un t-shirt noir recouvert presqu'entièrement de paillettes dorées avec des leggings qui lui arrivaient sous le genou. Son poignet gauche disparaissait sous un nombre fou de bracelets. Elle était pâle juste un plus de couleur que mon teint d'avant. Ses cheveux noirs étaient coupés courts et partaient dans tous les sens, encadrant son visage délicat et angélique. Le plus important était une paire frappante d'yeux verts familiers. Des yeux qui me ramenaient à l'aéroport avec Edward. En dehors de lui je n'avais jamais vu d'yeux avec cette intensité de vert.

Ces yeux étaient éclairés par de l'amabilité, de l'excitation et une grande dose de curiosité. "Hé ! Je suis Alice, ta voisine de l'autre côté du couloir. 312 ? Mon amie Rose et moi vivons ensemble. J'étais tellement excitée de voir à qui ils avait enfin loué cet appartement, ça fait quatre mois qu'il est vide. C'est ridicule pour cet endroit si tu veux savoir, je me demande bien pourquoi personne ne l'a pris plus tôt. Tu vis seule ?"

"Ouais," réussis-je à placer, prise au dépourvu par sa tirade. J'étais une personne de peu de mots et j'avais toujours été déconcertée par les flots de paroles. "Juste moi."

"Super, je pense que tu vas vraiment aimer cet immeuble où il y a surtout des jeunes, des célibataires, des jeunes couples, pas beaucoup d'enfants ou de personnes grincheuses qui vont se plaindre pour un oui ou pour un non… Les espaces communs sont plutôt sympas. Il y a une piscine et une salle de sport au rez-de-chaussée et une terrasse sur le toit, ce qui n'est pas très pratique actuellement mais c'est super en été pendant les quelques mois de beau temps dont nous pouvons profiter. Tu viens d'où ?"

"Euh, Floride. Du moins récemment. J'ai vécu ici avant."

"Oh je suis jalouse. Ce n'est que janvier et je suis déjà prête pour le soleil et la chaleur. Je ne sais pas pourquoi je reste dans le Minnesota alors que je déteste tellement le froid mais voilà je suis là. Oh mince, je suis désolée !" Elle me tendit la boite à pizza. "Je parle et j'oublie tout. Ta pizza est arrivée chez nous par erreur alors j'ai pensé te l'emmener et me présenter."

"Merci," marmonnai-je, en voulant tendre la main mais en réalisant une fois de plus que mes béquilles n'allaient pas me laisser faire ça. "Hum, ça t'embête de la poser à la cuisine ? Je suis un peu handicapée là," et je fis bouger mes béquilles.

"Bien sûr pas de problème !" Elle passa gracieusement devant moi pour la poser sur l'ilot de la cuisine. Comment pouvait-elle bouger sur ces pièges mortels, je ne le comprendrais jamais. Tout ce que je savais c'est que si j'essayais j'aurais probablement besoin d'un fauteuil roulant à la place de béquilles. "Que s'est-il passé si ça ne te dérange pas que je te le demande."

"Ça ?" demandai-je, en agitant mes béquilles. Elle hocha la tête et je répondis :" Euh une blessure sportive, je ne suis pas la personne la plus coordonnée."

Techniquement ce n'était pas un mensonge. J'étais vraiment très maladroite, partout, sauf sur la glace. Et c'était une blessure sportive. Ce n'était pas toute la vérité non plus. Mais si les gens ne me reconnaissaient pas je n'avais pas hâte de faire éclater la vérité sur mon identité tout de suite.

Pendant des années je m'étais battue avec la notoriété qui accompagnait ma carrière de patineuse et je n'ai jamais vraiment aimé être le centre de l'attention. La seule fois où ça passait c'était pendant mes prestations. C'est vraiment à ce moment-là que je perdais sur la glace – dans le patinage, le mouvement et la musique – et que j'étais capable de me fermer complètement au public et de faire… ce que je fais de mieux. Une fois que j'avais commencé à gagner des compétitions ma popularité avait augmenté aussi.

Ce n'était plus un passe-temps amusant pour lequel j'étais douée, c'était toute ma vie et la seule chose pour laquelle j'étais connue. Il y avait des interviews avec les journaux, des magazines et des émissions de télévision. Les caméras avaient commencé à me suivre de plus en plus, surtout pour les grandes compétitions nationales et internationales et Renée ne faisait qu'encourager tout ça.

Il y a trois ans, je n'avais plus pu me cacher. Les Jeux Olympiques d'hiver arrivaient et j'étais la petite fille du patinage américain. Un pari sûr pour ramener l'or à la maison. Mon visage était partout sur les magazines de patinage, Sports Illustrated, les tabloïds et les magazines de mode pour adolescents. Je ne pense pas avoir jamais vu plus de photos de moi que cet hiver-là. Vingt et un ans et juste au sommet de ma carrière. J'avais le meilleur entraîneur, des costumes à couper le souffle, des programmes qui vous feraient fondre en larmes. Rien ne m'avait retenue.

Je me débarrassai de la mélancolie et de l'apitoiement sur moi-même qui s'installerait si je m'attardais trop longtemps sur le passé et revins à la petite femme énergique devant moi. "Alors Alice, merci d'avoir ramené ma pizza. Combien je te dois ?"

"Oh ne t'inquiète pas ! J'ai déjà payé pour cette fois. Considère que c'est un geste de bienvenue."

"Ça n'est pas vraiment nécessaire."

"J'insiste," m'interrompit-elle, en me faisant un geste de la main avant de pouvoir lui dire que je pouvais encore payer pour mon dîner. Je remarquai son coup d'œil autour de mon appartement et son expression confuse. "Où sont tes meubles ?"

"Ils ne seront pas livrés avant demain," expliquai-je. Sa bouche s'ouvrit d'horreur comme si c'était une nouvelle catastrophique pour elle. "Et comment tu fais cette nuit ? Où tu vas dormir ?" demanda-t-elle, une note d'irritation passant dans sa voix de clochette.

"Je n'en sais rien. J'allais entasser quelques trucs, ce n'est que pour une nuit."

"Oh non, tu peux venir chez nous, on a un canapé très confortable, tu pourras t'y affaler… Je ne peux pas te laisser dormir sur le plancher ici, tu es blessée pour l'amour du ciel !"

"Alice, vraiment, j'apprécie mais ça va aller."

"N'essaie même pas de discuter avec moi. Prends ton pyjama ou n'importe quoi d'autre et viens avec moi. Je kidnappe la pizza pour m'assurer de ta coopération." Et sur ce la gentille petite femme attrapa mon dîner et partit, me laissant bouche bée et un estomac grognon.

Avait-elle vraiment fait ça ? Bon considérant le manque de pizza à présent, je supposais que oui, elle venait de le faire. Merde. Je suppose que je vais passer la nuit chez mes voisines.

Ronchonnant juste un peu au changement de plan, vu qu'Alice avait perturbé ma solitude, j'allais vers mes sacs en sortis un débardeur, un pantalon en flanelle et une veste de survêtement. Je me changeai, pris ma brosse à dent, mon dentifrice et mes clés avant de me déplacer dans le couloir, verrouillant ma porte et frappant au 312.

A la place d'Alice ce fut une blonde sculpturale qui m'ouvrit. Comme Alice elle était à couper le souffle mais c'était là que leur similitude s'arrêtait. Où Alice était petite, elle était grande, sûrement un mètre soixante et quinze. Elle était mince mais tout en courbes, certainement une concurrente des tops model. Ses longs cheveux blonds tombaient en un léger mouvement devant ses épaules et ses yeux avaient une nuance profonde de bleu. Elle n'était pas apprêtée comme l'était Alice, elle portait un pull gris à manches longues et un jeans foncé. La simplicité n'enlevait rien à sa beauté.

"Hey, entre donc. Alice a dit que tu allais t'installer ici pour la nuit," la blonde me fit signe d'entrer avec un sourire chaleureux.

"Merci," répondis-je et je passai devant elle pour entrer. "Je ne pense pas…" commençai-je mais je fus immédiatement interrompue.

"N'en pense rien, une fois qu'Alice a décidé… il n'y a plus moyen de l'arrêter, nous avons de la place, ce n'est pas un problème."

Alice sortit par l'une des portes de la pièce principale, habillée de façon beaucoup plus décontractée avec un pantalon de yoga et un t-shirt. "Hé je savais que tu céderais et que tu viendrais frapper à la porte."

"Eh bien j'étais obligée, tu as pris mon repas en otage," plaisantai-je.

"Ça a fonctionné pas vrai ? Tu es ici, il y a des endroits où s'asseoir, manger, dormir… Tu as vraiment envie de rester dans cet appartement vide et déprimant toute seule ? Je peux dire que tu es une fille intelligente…" Sa bouche s'arrêta brusquement et elle posa rapidement sa main dessus. "Oh seigneur je viens juste de réaliser que je ne connais même pas ton nom ! Je te l'ai dit je parle, je parle et je ne m'en suis même pas aperçue !"

"Bella… euh… Swan," j'hésitai sur mon nom de famille faisant attention de ne pas trop en faire. Pour l'instant je ne voulais pas renoncer à mon anonymat au cas où l'une d'entre elles y connaîtrait quelque chose en patinage artistique. Quand rien dans leur expression ne changea, je sentis la tension quitter immédiatement mes épaules.

"Bienvenue dans l'immeuble Bella," dit la blonde, me poussant vers un tabouret du comptoir de la cuisine. "Je suis Rosalie et tu es déjà habituée à Alice…" Elle fit un clin d'œil à Alice avant d'attraper des assiettes et des verres. Je vis qu'il y avait plus que ma pizza posée sur leur îlot. Il y avait les même boites à pizza familières empilées ensemble avec une plus petite qui contenait mes gressins.

"Qu'est-ce que c'est que tout ça ?" demandai-je.

"Oh ! Nous avions aussi commandé de la pizza ça devait être en même temps parce qu'elles ont toutes atterri chez nous," expliqua Alice, en commençant à ouvrir les boites.

Rosalie sortit la bouteille de soda light que j'avais commandée et me fit signe. "Des glaçons ?" demanda-t-elle.

"Oui, s'il te plait."

Nous piochâmes dans la pizza et la conversation coula facilement. Je ne m'étais jamais sentie aussi à l'aise. L'idée de traîner et d'avoir des amis m'était étrangère pourtant m'asseoir avec Rosalie et Alice pour discuter me semblait naturel.

J'appris rapidement qu'Alice possédait son entreprise d'organisation d'événements, qui s'occupait aussi bien de mariages, de fêtes de naissances, de fêtes et d'événements caritatifs. D'après ce que j'avais vu d'elle, je ne doutais pas qu'elle devait être excellente dans son travail. Elle était née ici ainsi que ses parents et ses deux frères aînés. Apparemment un des deux sortait avec Rosalie depuis deux ans.

Rosalie travaillait dans un garage de rénovation de voitures de collection. Elle sourit en voyant ma réaction et dit que c'était presque la réaction de tout le monde en entendant ce qu'elle faisait. Elle avait développé un talent pour cela en travaillant avec son père qui avait le même genre d'affaire. Elle était venue du Texas il y a trois ans. Une autre surprise car on ne détectait aucun accent. Elle rit et expliqua que dès qu'elle avait quitté l'état, elle avait essayé de se débarrasser de cet accent le plus rapidement possible, même si quelques consonances avaient tendance à revenir surtout après quelques cocktails. Son frère aîné n'avait pas tout à fait renoncé à cette habitude et avait encore apparemment les inflexions du sud.

Bizarrement et de façon intéressante alors que Rosalie sortait avec l'un des frères d'Alice, Alice était avec celui de Rosalie. Il était visible que ces deux étaient complètement amoureuses de leurs partenaires et je découvris rapidement que le moyen le plus facile de détourner la conversation de moi était de parler d'Emmett ou de Jasper.

En jetant un coup d'œil à l'horloge, je fus choquée de voir qu'il était onze heures passées. Où avaient filé les trois dernières heures ? J'étais si sûre que je ne tiendrais pas au-delà de huit heures ce soir avant de m'effondrer d'épuisement mais pas une seule fois je ne m'étais sentie fatiguée ou ennuyée avec mes deux nouvelles... amies. L'étaient-elles ?

Si j'étais honnête, je n'avais jamais vraiment eu d'amis avant. Renée et mes entraîneurs ont toujours eu un horaire d'entraînement si strict qui laissait très peu de place à la socialisation. Elle m'avait même retiré de l'école à onze ans et avait insisté sur le fait qu'avoir des profs à domicile serait beaucoup plus bénéfique et plus facile avec mon patinage.

Sur la glace, c'était difficile - les filles étaient toujours si compétitives et faux cul, disant des choses gentilles en face et ensuite... parlaient de toi derrière ton dos. J'en avais tellement marre d'essayer de voir qui était vraiment sincère que je me suis fermée aux autres. Etre ici avec Alice et Rose, c'était comme une bouffée d'air frais. Elles ne savaient pas qui j'étais, elles ne voulaient pas traîner avec moi à cause de mon patinage ou de mon statut, elles n'avaient aucune rancune ou rivalité contre moi. Elles étaient juste deux normales, quoique étonnantes femmes, m'offrant leur amitié.

Je les connaissais depuis quatre heures et je pouvais déjà dire qu'elles étaient probablement les amies plus proches que je n'ai jamais eues.

"Alors, Bella," la voix d'Alice me tira de mes pensées, "As-tu de grands projets pour ta première journée complète en ville… ?"

"Ouais, ça va être un peu fou, je pense. J'ai des meubles qui arrivent ainsi que le reste de mes affaires de Floride. Ensuite, je dois faire les courses et voir pour la voiture. Je pensais aller acheter de la peinture mais cela devra attendre... un autre jour."

"Tu voudrais de la compagnie ? Je suis libre demain et je suis très efficace. On ferait beaucoup plus à deux, d'autant plus que tu as à juste un pied…" se moqua Alice. Elle avait l'air excité et je n'arrivais pas à lui dire non. Et vraiment, ce serait beaucoup plus facile de faire les choses avec quelques mains de plus.

"Ouais, en fait, ce serait génial."

"Ne la laisse pas trop te pousser, Bella," prévint Rose, "Une fois qu'elle se met en route, on ne peut plus l'arrêter. Elle fera 'Maison à rénover' dans ton appartement avant que tu puisses cligner des yeux."

Alice essaya d'avoir l'air offensé mais ne réussit pas à s'empêcher de rire. "Est-ce que c'est une mauvaise chose de vouloir qu'elle dispose d'un espace confortable, accueillant et magnifique pour vivre ? Je suis juste une bonne amie. Vraiment Rose, tu ne t'ai jamais plainte de l'endroit où tu vis."

"Oui, mais j'ai eu des années pour m'habituer à tes pitreries. Vas-y doucement avec la recrue," Rose me fit un clin d'œil avant de ramasser la vaisselle et de la poser dans l'évier.

Je ne pus retenir un gros bâillement. Alice gloussa et me dirigea vers la salle de bains pour que je puisse me brosser les dents et me laver le visage.

Quand je retournai au salon, Alice et Rose sortaient des oreillers et des couvertures. En ce moment, j'avais l'impression de n'avoir jamais rien vu de plus invitant que ce canapé. Je savais que j'allais m'endormir avant même de poser ma tête sur l'oreiller.

"Merci encore les filles, c'est vraiment mieux que de dormir sur un tas de sweat-shirts."

"Arrête avec ça ! Ce n'est pas un problème Bella," m'assura Rose. "Je serai à la maison vers quatre heures demain et je viendrai te sauver de la mini-Martha-on-Prozac."

"Merci Rose, j'ai l'impression que j'en aurai besoin," répondis-je avec un sourire prudent envers Alice qui rigola.

"Je vais appeler les gars, pour voir s'ils seront disponibles pour nous aider. Je sais qu'ils ont un match à Anaheim vendredi mais ils devraient être en récupération ce week-end. Nous pourrions attendre avec la peinture jusque-là."

" Match ?" demandai-je.

"Oui, tous les trois, Jasper, Emmett et mon autre frère jouent pour le Minnesota Wild."

Le nom m'était familier mais je n'accordais pas beaucoup d'attention aux autres sports en dehors du patinage. "Devrais-je savoir ce que ça veut dire ?"

"NHL, Bella, ce sont des joueurs de hockey professionnels," me dit Rose.

"Oh, c'est vrai. Ça me semblait familier…" ce qui expliquait aussi pourquoi je n'en savais pas grand-chose. Renée détestait ce sport, se plaignant toujours que les équipes locales essayaient de prendre le contrôle de la glace. Pour tous les matchs qui se déroulaient dans les patinoires où je m'étais entraînée, je n'avais jamais pu regarder les matchs. Au lieu de cela, Renée m'emmenait au gymnase pour faire de l'exercice pendant que ces "barbares stupides et en sueur " détruisaient la glace.

"Nous devrons t'emmener à un match un jour… ils en sont en plein milieu de la saison et ils ont l'air plutôt bien cette année."

"Alice, tu penses qu'ils sont bien chaque année…"

"Ouais mais j'ai un bon pressentiment à propos de cette saison !" insista Alice. "En plus, même s'ils étaient nuls. Ça vaut quand même la peine d'aller reluquer les garçons. La vitesse, l'endurance..." soupira-t-elle, avec un regard lointain.

"Alice," dis-je, "tu sais que deux d'entre eux sont tes frères, n'est-ce pas ?"

"Bien sûr, Bella, ce n'est pas comme si je reluquais mes frères ou quelque chose comme ça. Il y a plein d'autres mecs super chou à regarder. D'ailleurs, même si je ne les reluque pas, je peux quand même apprécier d'être liée à deux beaux spécimens de la gent masculine."

"C'est vrai. Les frères d'Alice sont sexy. Evidemment, je pense qu'Emmett l'est mais Edward est plutôt bien aussi."

Edward ? Ce devait être une coïncidence. Il n'y avait aucune chance que l'Edward d'Alice soit mon Edward. Mon Edward ? Sérieusement, Bella, tu as parlé avec ce mec pendant quoi, dix minutes et tout d'un coup, il est ton Edward ?

"Dommage qu'il ne soit sorti avec personne depuis que Kate et lui ont rompu l'année dernière. C'est une honte qu'un homme aussi sexy soit célibataire…" poursuivit Rose.

"Tu sais qu'il ne sort pas beaucoup. Quand il sera prêt, il le saura," d'après le regard d'Alice, il était évident qu'elle aimait son frère et qu'elle se sentait très protectrice à son égard.

"Ce n'est pas par manque d'essai de la population féminine du Twin City, c'est sûr," dit Rose en riant.

"Toutes ces Garces du Ring ont intérêt à jouer cool au prochain match, sinon je ne serai pas tenue pour responsable de mes actions, " grogna Alice.

"Waouh, Alice, la tueuse. Je ne pense pas que je voudrais t'embêter," plaisantai-je, en m'allongeant sur le canapé et posant mes béquilles à portée de main.

"Je ne peux pas m'en empêcher Bells, certaines des femmes à ces matchs sont tout simplement horribles. Et elles n'aiment même pas le hockey, elles viennent juste pour reluquer les joueurs et essayer de se faufiler dans les vestiaires. Est-ce mal de ma part de me sentir un peu possessive pour les trois personnes les plus importantes de ma vie ?"

"Non Alice, tu as parfaitement le droit de te battre contre les Garces du Ring…" l'assurai-je pour l'apaiser, en grimaçant légèrement à cause de mon genou.

"On se voit demain matin, Bella. Dis-moi si tu as besoin de quoi que ce soit !" Sur ce, Alice partit de la pièce.

"Ça va aller ici ?" demanda Rose.

"Oui, c'est parfait. Merci encore de me laisser dormir ici. C'est vraiment gentil de ta part."

"N'en parle plus. J'ai l'habitude de me lever et de me préparer pour le travail vers sept heures, alors je m'excuse si tu es une dormeuse légère."

"Pas du tout, je me lève tôt…" Huit semaines plus tard et je n'arrivais toujours pas à dormir au delà de six heures du matin. Mon corps était tellement habitué au son du réveil matinal pour s'entraîner.

"D'accord, dors bien, Bella."

"Ouais, toi aussi," je hochai la tête avant de me blottir plus profondément contre l'oreiller. Je ne me souvenais même pas d'avoir entendu sa porte se refermer. J'étais au pays de rêves avant qu'elle ne quitte la pièce.

Cette nuit-là, je rêvais d'yeux verts étincelants et de cheveux bronze ébouriffés.

Je me réveillai le lendemain matin comme presque tous les matins de ces huit dernières semaines : avec une douleur lancinante dans mon genou. Est-ce que ça allait redevenir normal ? A ce moment-là, je n'avais pas vraiment l'impression que c'était le cas. C'était légèrement pire ce matin que la semaine dernière parce que j'avais été coincée dans l'avion trop longtemps hier. Sans ouvrir les yeux, je levai ma jambe jusqu'à ma poitrine pour l'étirer un peu. On dirait que je vais devoir prendre des analgésiques aujourd'hui. Aménager n'allait pas être amusant.

Le léger étirement calma un peu les élancements et j'ouvris les yeux. Un coup d'œil rapide à mon téléphone me dit qu'il était cinq heures quarante-huit. Il faisait encore nuit noire à l'extérieur et l'appartement était silencieux, sauf pour le doux ronronnement du radiateur. Je savais que je ne me rendormirais pas mais je ne voyais pas l'intérêt de me lever déjà. Alors je m'étirai sur le canapé au confort absurde, mes mains reposant sur l'oreiller et regardai le plafond.

En repensant aux événements d'hier, j'eus le sourire aux lèvres. J'avais rencontré Alice et Rose. Et Edward. En pensant à lui, j'eus un sourire ridicule et je roulais légèrement des yeux à ma bêtise.

Ok, très bien. Il est sexy à tomber raide morte, tu ne lui as parlé que pendant peut-être quinze minutes. Ça change à peine la vie, n'est-ce pas ?

Et encore une fois, ma petite voix répondit.

Bella, tu n'as jamais vraiment eu ce genre de réaction physique envers un homme avant : le cœur battant, à bout de souffle, attirance pure et véritable.

D'accord, c'est peut-être vrai. Peut-être qu'Edward est le premier homme dans mes vingt-quatre ans qui provoque ce genre de réaction en moi. Ça ne change pas le fait qu'il est complètement hors de ma portée. Et même s'il était intéressé, ce dont je doute mais pour des raisons d'argumentation, s'il l'était... intéressé, il n'y a aucune chance que je fasse quoi que ce soit.

Je n'ai aucune idée de comment être dans une relation, avoir un rencard, s'engager dans une aventure décontractée. Le seul exemple que j'aie, c'est mes parents qui n'avaient que récemment... atteint le niveau où ils pouvaient tolérer un appel téléphonique occasionnel si nécessaire. Ça les aidait qu'ils vivent loin l'un de l'autre.

Je ne sais même pas si je crois vraiment que l'amour véritable et durable existe Le concept me semble si étrange. Je savais sans doute que mes parents m'aimaient mais Charlie n'avait été qu'une figure fugitive dans ma vie depuis quinze ans, depuis que ma mère était partie. Il avait essayé de son mieux de garder le contact et me soutenait toujours. Il s'était même mis à envoyer des SMS récemment dans un effort pour communiquer davantage avec moi.

Dans le cas de Renée, quatre-vingt-quinze pour cent du temps, il semblait que l'affection qu'elle me prodiguait était fonction de sa satisfaction à l'égard de mon entrainement et de ma performance. Les mots de louange et d'éloge, les gestes tendres étaient peu nombreux et pas usuels dans la famille Swan.

Avec le manque de contact physique, j'ai commencé à ressentir un niveau d'inconfort à n'importe quel contact. Je ne peux pas toucher les gens de façon décontractée sauf pour une poignée de main courtoise et j'ai tendance à reculer devant les gens qui sont trop tactiles, je ne prends pas les gens dans mes bras non plus.

Je n'ai jamais eu de problème avec ce genre de détachement mais maintenant que j'y pense, je me sens mal. Comment pourrais-je même penser à avoir une relation avec une personne alors que l'idée même de s'embrasser et de se câliner ressemble plus à une cause d'anxiété que d'excitation ?

Bon sang, Bells, il est peut-être temps que tu te débarrasses de ce truc de la princesse de glace. Ce n'est pas comme si tu avais peur d'attirer l'attention. Ce n'est pas comme si tu avais vécu un événement traumatisant ou quoi que ce soit d'autre qui te ferait craindre qu'un type te touche. Alors peut-être que tu n'as pas eu de parents câlins. Peut-être que tu n'as pas grandi avec un cercle d'amis. Tu n'as jamais manqué de rien et tu as toujours été libre de poursuivre ce que tu aimais le plus. Arrête de râler et de gémir et de t'apitoyer sur toi-même !

La voix intérieure était féroce ce matin et un peu grincheuse. Plutôt que de rester allongée là et d'écouter mes divagations intérieures plus longtemps, je me levai à la recherche de caféine. Je ne savais pas où elles gardaient leur café et je n'allais pas fouiller dans leurs armoires, au lieu de cela, je sortis mon thermos et appréciai le sucre et la caféine qui restaient.

L'horloge du micro-onde indiquait 6 h 04 du matin. Je n'avais aucune idée de l'heure à laquelle Alice devait se lever, mais je ne m'attendais pas à la voir de sitôt. Plutôt que de me balader dans leur appartement, je choisis de retourner chez moi. J'allai prendre une douche et faire les étirements que mon médecin de Jacksonville m'avait recommandés de faire.

Deux heures et demie plus tard, j'étais beaucoup plus alerte et prête à affronter la journée. Les étirements et Tylenol avaient fait des merveilles pour mon genou et je me sentais beaucoup mieux.

Alice arriva vers huit heures et demie avec du café provenant du bar à café au coin de la rue. Il semblait qu'elle soit à la fois une personne du matin et du soir. J'ai essayé de ne pas avoir l'air accusateur quand je lui ai demandé si elle n'était qu'une petite boule d'énergie, elle haussa simplement les épaules gaiement.

"Alors, quel est le plan ?"

"Les meubles doivent être livrés vers neuf heures. Ils devraient être capables de mettre tout en place, donc il n'y aura pas grand-chose à faire de ce côté-là. Le reste de mes affaires devrait venir de Floride mais je ne sais pas à quelle heure. Je suppose que nous devrons probablement attendre ici avant de pouvoir sortir et faire le reste. J'ai commencé à faire la liste des choses que nous devrons chercher," je lui passai la feuille de papier sur laquelle j'avais gribouillé la liste de courses en commençant par du lait, du pain et des œufs en passant par le dépoussiérant et le papier toilette.

"Eh bien, je pense que Super Target sera l'endroit où on trouvera le plus de choses," dit-elle. "Tu devrais pouvoir trouver presque tout là-bas."

Pendant que nous attendions l'arrivée du camion de livraison, Alice plongea dans la refonte complète de mon appartement sur une feuille de papier brouillon, jetant des couleurs et des accents qui étaient 'complètement nécessaires' pour que je vive dans ce loft. Plutôt que d'être un rabat-joie et de me disputer, je décidai de m'asseoir et de la laisser parler. Tout n'allait pas se faire en une journée et j'aurais certainement le temps d'insister sur le fait que... huit coussins coordonnés sur mon canapé de salon n'était que de l'exagération.

Les livreurs furent étonnamment ponctuels et Alice se mit au travail en indiquant aux deux pauvres hommes où exactement chaque pièce devait être mise pour que cela soit optimal. La chance semblait être de mon côté pour une fois car le camion de Fed Ex avec mes neuf cartons de déménagement arriva juste quand ils finissaient. Cette journée allait se dérouler beaucoup mieux que prévu.

Je fermai la porte derrière les déménageurs et fis demi-tour pour trouver Alice en train d'observer les boîtes avec un froncement de sourcils.

"Tu en as d'autres, n'est-ce pas ?" demanda-t-elle, comme s'il n'y avait pas vraiment de doute que les quelques rares boites ne pouvaient pas être tout ce que j'aie apporté.

"Non, c'est tout."

"Mais... vraiment ? Un tiers de tes biens sont des livres ! Comment peux-tu tout mettre là-dedans ?" demanda-t-elle incrédule, en examinant les étiquettes.

"J'ai aussi mes bagages," dis-je. "Je ne sais pas, je ne garde pas beaucoup de choses. Je suis plus du genre minimaliste. Moins de tracas."

"Bella, minimaliste ne commence même pas à le couvrir ce truc. La chambre d'Emmett à l'université avait plus que ça !"

Je haussai simplement les épaules. Je n'ai vraiment pas gardé une tonne d'effets personnels et j'ai choisi de laisser tous mes costumes et la majorité de mon attirail de patinage avec Renée. Je ne l'utiliserai pas de sitôt et je n'ai certainement pas besoin de voir ces choses pour me rappeler tous les jours ce que je n'ai plus.

"Et tes meubles," continua Alice en fulminant en faisant des gestes dans la pièce. "Je veux dire, c'est bien, mais c'est tellement spartiate ici, Bella. On va vraiment avoir besoin de te trouver quelques trucs pour pimenter un peu cet endroit."

"Je peux déjà voir des plans diaboliques de décoration se former dans ta tête, Alice. Et si on s'occupait de l'essentiel d'abord - comme le papier hygiénique - et d'épicer ma vie plus tard, d'accord ?"

"Trouble-fête," marmonna-t-elle. "D'accord, mais dis-toi que ça sera plus tard. Et pas comme deux mois plus tard, comme ce week-end plus tard. Je refuse de laisser une de mes amies, qui est si mignonne et adorable, vivre dans un appartement fade qui pourrait passer pour une garçonnière."

"Zut, Alice, tu me connais depuis quinze heures et tu prends déjà le contrôle de ma vie," plaisantai-je avec un soupir exagéré.

"Je sais ! Imagine ce que ce sera dans quelques semaines quand tu me connaîtras mieux !"

"Je ne sais pas, je ne peux pas imaginer que ce sera très différent."

"Tu as probablement raison. Mais je ne me retiendrai pas autant."

"Tu te retiens là ?" me moquai-je. "Tu es un peu terrifiante, Alice."

"Seulement de la meilleure façon," dit-elle. "Maintenant, ta liste est prête ? On peut aller au magasin. Et s'en occuper avant revenir ici et d'organiser les choses."

"Ça a l'air bien. Euh, je n'ai pas encore ma voiture ici, je dois la chercher à l'aéroport."

"Ce n'est pas un problème, laisse-moi appeler Jasper et voir si on peut emprunter son pick-up pour un moment, il n'y aura pas de place pour tout dans la mienne."

Après un appel rapide, nous étions parties au pas de charge. Alice ne plaisantait pas sur son manque d'espace dans le coffre.

Il s'avère qu'elle conduisait une Porsche jaune canari ridiculement peu pratique. Elle conduisit aussi comme un pilote de Formule 1 pendant les cinq courtes minutes qu'il nous fallut pour arriver chez Jasper et j'étais très reconnaissante que les routes aient été dégagées et sèches.

Alice s'arrêta dans l'allée à côté d'une grosse camionnette. Nous avons rapidement changé les voitures de place. Un baiser rapide envoyé vers la maison de la part d'Alice et nous étions en route de nouveau.

Deux heures plus tard, j'étais certaine de deux choses. Et d'une, je ne ferai plus jamais du shopping avec Alice et de deux, j'aimais bien cette fille. Je ne m'attendais pas à ce que nous nous entendions si bien. Elle était pleine d'entrain où j'étais sèche, énergique et plus terne. Elle portait des stilettos de créateur et j'étais à l'aise dans mes One Stars. Pourtant, plus nous passions du temps ensemble, plus nous nous entendions bien - plus je me rendais compte à quel point ça m'avait manqué d'avoir de vraies amitiés dans ma vie.

J'avais toujours été si occupée que je n'avais jamais eu le temps de m'arrêter et de penser que je me sentais seule.

Renée a toujours été là - avec un grand nombre d'entraîneurs, de chorégraphes, de profs particuliers pour que je ne sois jamais vraiment seule. Mais, ces dernières vingt-quatre heures avec Alice et Rose, moins que cela en réalité, m'avaient fait réaliser le vide que j'avais eu sans la simple compagnie d'amis.

Je jetai un coup d'œil à mon téléphone pour vérifier l'heure pendant que nous poussions nos deux chariots rouges chargés jusqu'au pick-up, je remarquai qu'il était midi passé. J'étais complètement épuisée.

"Je te le dis, Bella, ces chemises étaient absolument nécessaires. Et vraiment, quand tu en trouves une qui est si bien, il faut en prendre de plusieurs couleurs !"

Après environ trois quarts de notre shopping, je commençai lentement à voir qu'Alice pouvait me faire faire n'importe quoi, et à sa manière subtile, elle avait fait cela toute la matinée. Vraiment, ça ne me dérangeait pas tant que ça. J'étais une fille têtue, si je ne voulais vraiment pas le faire ou acheter quelque chose je ne le ferais pas. J'ai ouvert les yeux quand j'ai trouvé des chemises Converse dans le chariot, en trois couleurs différentes. Ne vous méprenez pas, c'est joli et cent pour cent mon style mais était-il vraiment nécessaire d'en acheter trois ? Selon Alice : oui.

Honnêtement, je n'étais pas vraiment sûre de la moitié de ce qu'elle avait jeté dans le chariot. J'avais l'impression qu'elle avait camouflé des choses sous mon nez. Ce serait un peu comme Noël à notre retour à l'appartement quand on commencerait à tout décharger.

"Ok. La chemise est mignonne," concédai-je. "Pouvons-nous trouver de la nourriture, s'il te plaît ? Je boite, tu te souviens ? Je dois garder mes forces."

"D'accord, d'accord. Hé, tu aimes le chinois ? On peut en prendre sur le chemin du retour."

"Ça a l'air bien," dis-je, pendant que nous chargions les derniers sacs dans le pick-up.

Sur le chemin de retour Alice voulut appeler Jasper pour qu'il vienne aider. Elle insista pour que les murs soient peints avant que tout soit déballé. Après avoir essayé de la raisonner, de la bouderie sans honte quand la raison ne fonctionnait pas, j'arrivais à la faire changer d'avis. Au moins pour cet après-midi.

De retour à l'appartement nous essayâmes de ranger et quand les produits frais ou surgelés eurent trouvé leur place nous nous effondrâmes sur le canapé avec nos boites de nourriture chinoise grasse et quelques baguettes. Je réussis à aller de la cuisine au canapé trois fois et trébucher sur les meubles nouvellement placés. Alice me jeta un regard d'amusement déconcerté et me demanda,3 "Tu vas bien Bella ?"

Je hochai la tête et roulai des yeux théâtralement. J'étais définitivement prête à me débarrasser de ces satanées béquilles. Comme si ce n'était pas assez difficile pour moi de me déplacer sur mes deux pieds sans me faire mal à moi-même et à ceux qui m'entouraient. J'espérai désespérément que mon nouveau médecin me donnerait son accord pour me débarrasser de ces trucs lundi.

Me sentant suffisamment rassasiée, je remarquai qu'Alice était occupée avec un magazine qui était dans son courrier alors je saisis cette opportunité pour me blottir dans mon cousin et me perdre dans mes pensées.

Et bien sûr, comme l'autre fois, je me retrouvais en train de repenser à ce jour, mes pensées glissaient immédiatement vers lui.

Edward.

Je ne connaissais même pas son autre nom. Vraiment je ne savais rien de lui sauf qu'il vivait dans le coin et était complètement magnifique. Oh et que ses potes et lui traînaient chez Billy les mardis soirs.

Aujourd'hui c'était jeudi, ce qui signifiait que j'avais encore cinq jours complets pour rassembler mon courage et y aller. Je voulais y aller, simplement revoir son visage, entendre sa douce voix une fois de plus. Mais que faire s'il était simplement poli ? Techniquement il ne m'avait pas demandé, il avait plutôt laissé entendre que je pourrais y faire un tour un jour. Peut-être aimait-il ce bar et pensait-il que c'était une bonne recommandation pour quelqu'un de nouveau en ville ? Enfer pour tout ce que j'en savais, il pourrait y travailler et essayait juste d'augmenter leurs revenus dans l'espoir d'avoir une augmentation. Mais s'il ne voulait pas me revoir il ne m'aurait pas dit le soir précis où il y serait, n'est-ce pas ? Argh c'était tellement déroutant ! Je souhaitai presque que ça puisse vraiment être comme cette chanson country : est-ce que tu m'aimes ? Coche Oui ou Non.

Après le déjeuner on appela Alice pour une urgence, un mariage. Je ne savais pas exactement ce que ça signifiait mais ça impliquait beaucoup de cris aigus de l'autre côté du téléphone. Elle me fit promettre de ne rien faire et qu'ils viendraient plus tard pour m'aider à tout mettre à sa place. Pour une fois je décidai d'être paresseuse et plutôt que de me dépêcher de tout organiser moi-même, je m'endormis sur mon nouveau canapé avec mon iPod.

Après avoir réussi à retenir Alice pendant deux jours, elle arrêta d'écouter mon excuse de décalage horaire et de handicap quand elle se montra à ma porte le samedi matin avec café et muffins. Elle proclama ce jour 'le jour divin de la création'. Et elle dit qu'elle avait déjà appelé des renforts. Jasper et Emmett seraient là vers dix heures pour aider à peindre et installer l'appartement. Bien que je râle à la pensée d'une autre journée épuisante, j'étais excitée de rencontrer les gars dont Alice et Rose étaient, à l'évidence, folles.

Visiblement elle avait essayé de faire venir son frère Edward mais il passait la journée avec le médecin de l'équipe et l'entraîneur après une grosse bousculade lors du match de la veille. J'avais entendu Rose et Alice crier de l'autre côté du couloir quand ils jouaient bien et rouspéter contre les arbitres quand ils prenaient une mauvaise décision. Je ne les avais pas rejointes et m'étais installée avec un bon livre mais après avoir écouté leur récit excitant je m'étais promis d'aller avec elles la prochaine fois.

"Allons-y Bella, nous devons aller chercher de la peinture et les fournitures avant que les gars ne se lèvent," Alice frappa dans ses mains pour me faire bouger. Je grognai, pris mon manteau, mon portefeuille et mes béquilles avant de suivre Alice.

"Rose ne vient pas avec nous ?"

"Non, elle a dit que si je la réveillais avant neuf heures, elle commencerait à mettre des tranquillisants dans mes boissons. Elle sera debout quand on reviendra."

"Pas de folie Alice, mon n'appartement n'a pas besoin de faire la une de Better Homes & Gardens, d'accord ?"

"Tu refuses juste de me laisser m'amuser n'est-ce pas ? Et si je te donnais un droit de véto, est-ce que ça te ferait te sentir mieux ?"

"Beaucoup."

"Très bien tu n'en auras pas besoin mais si ça doit t'empêcher de te plaindre alors…"

Nous allâmes vers la BMW de Rose, Alice m'expliqua qu'il y avait plus de place dans le coffre que la Porsche. Nous montâmes et ça me rappela qu'il fallait que j'aille encore à la concession récupérer ma voiture.

"Tu sais Alice j'ai un véhicule, je devrais probablement m'arrêter chez le concessionnaire pour la récupérer… un jour."

"Eh bien ce n'est pas comme si j'allais te laisser conduire avec ces béquilles."

"J'espère que le docteur va vouloir que je les laisse, lundi."

"Ce serait bien, tu as un rendez-vous ?"

"Oui mon médecin à Jacksonville m'a recommandé quelqu'un, Renée voulait que je le rencontre le plus tôt possible."

"Où est-ce ?"

"Je crois que c'est à l'Hôpital St Joseph."

"Vraiment ? Mon père travaille là-bas, quel est le nom de ce docteur ?"

"Docteur Cullen ?"

"C'est lui !" couina-t-elle.

"Qui lui ?"

"Mon père, idiote, mon nom de famille est Cullen," expliqua-t-elle.

"Pourquoi je ne le savais pas ?" demandai-je un peu incrédule, me sentant comme si je la connaissais depuis toujours alors que je venais tout juste d'apprendre son nom de famille.

"Tu peux sûrement me le reprocher. Bavardage etc. J'ai oublié ces petits détails… bon j'imagine." Alice rit. "Le monde est petit après tout."

"Dingue, non ?"

"Bon, tu es entre de bonnes mains. Il a soigné tout un tas de joueurs de hockey pendant les vingt-cinq dernières années. Il connait son travail."

C'était choquant que nous soyons entrées et sorties du magasin de bricolage en moins d'une heure. Alice m'avait stupéfiée en sortant toutes les mesures, diagrammes et couleurs sur un de ses plans. En regardant l'une des listes d'Alice j'eus l'impression que n'importe quelle future mariée pouvait lui faire confiance. Cette fille était une machine bien huilée.

Comme elle me l'avait promis j'avais eu le droit de veto. Et comme elle l'avait prédit, je n'en avais eu besoin qu'une seule fois. J'avais adoré les couleurs de peinture que nous avions choisies et j'étais tellement excitée de voir disparaître la nudité des murs.

Il était juste un peu avant dix heures quand nous nous arrêtâmes devant l'immeuble pour décharger.

"Oh les gars sont déjà là !" commenta Alice, en voyant le pick-up de Jasper et la Jeep musclée à côté. "Laisse-moi juste les appeler et ils pourront transporter tout ça… pas de protestation Bella," me coupa-t-elle avant que je puisse dire un mot.

"Je n'ai rien dit," je levai les mains en signe de protestation.

"Non mais je te connais assez pour savoir que tu n'aimes pas demander de l'aide. Il va falloir que tu dépasses ça parce que tu ne vas pas toucher un seul rouleau de la journée."

"Oh allez…"

"Euh euh euh," dit-elle en agitant son doigt vers moi. "C'est pour cela que j'ai appelé les muscles. Ils font les travaux manuels, tu reposes ta jambe et ton appartement sera fini et fabuleux sans que tu te sois fatiguée."

"Alice je pensais que c'était ton père mon médecin, pas toi," plaisantai-je et elle me répondit en me tirant la langue tout en téléphonant.

"Nous sommes en bas, venez décharger !" dit-elle avant de raccrocher et de remettre son téléphone dans son sac.

"Oh Alice tu es toujours un aussi autoritaire ?"

"Il aime quand je suis énergique," répliqua-t-elle.

Moins d'une minute plus tard Rose et deux gars passaient la porte. L'un fut immédiatement caché quand Alice se jeta sur lui. A son rire et comme il ne broncha pas à son enthousiasme je supposais que c'était sa façon habituelle de l'accueillir.

Celui que je pouvais voir était Emmett supposai-je, le propriétaire de l'énorme bras autour des épaules de Rose. L'homme approchait le mètre quatre-vingt seize et était un pur mur de muscles. Je le trouverai probablement intimidant si ce n'était pour son sourire, complet et avec des fossettes. Ses yeux étaient d'un bleu glacial et un regard rempli de malice. Comme Alice, ses cheveux étaient foncés, presque noirs et rasés.

Rose le poussa vers moi. "Em, c'est Bella, Bella ce crétin frimeur c'est Emmett."

"Rosie tu sais que j'aime quand tu me donnes des surnoms," taquina-il, en ébouriffant ses cheveux. Et quand elle essaya de le regarder, je pus voir un sourire adorateur pointer avant qu'elle n'aplatisse ses cheveux.

"Alors c'est toi la viande fraîche ?" me demanda Emmett.

"Oui c'est moi. Directement de l'étal du boucher."

"Je l'aime bien celle-là chérie, elle est impertinente, pouvons-nous la garder ?"

"Tu es tellement idiot !" Rose le frappa sur la tête.

"Que s'est-il passé avec tes ailerons ?"

"Hein ?" fis-je, en me retournant complètement perdue.

"Les béquilles. Ailerons," clarifia-t-il, comme si c'était évident.

"Oh blessure sportive."

"Ah tu es une joueuse ?" dit-il avec un sourire léger.

"Non," ris-je.

"Je ne sais pas, Rose, la grincheuse là ne sera peut-être pas en mesure de nous suivre," il me tendit la main et ébouriffa mes cheveux de la même façon qu'il l'avait fait avec Rose.

"Je t'en prie au rythme où tu vas je pourrais te laisser tomber et la garder," le poussa Rose. "Va mettre à profit tes gros biceps et commence à rentrer les choses," dit-elle, en le poussant en avant.

"Et si Jasper prenait ce qui est le plus lourd pendant que je me charge de l'estropiée," dit-il, en me soulevant et riant de bon cœur à mon gémissement de surprise étrangement enfantin. "Oh oups Goose et Mav* plongent…" s'exclama-t-il, alors que mes béquilles tombaient sur le trottoir puisque je n'étais plus là pour les tenir. "Un homme à la mer !"

"Emmett !" gronda Alice, s'extirpant finalement de l'autre gars pour se joindre à nous. "Tu ne vois pas qu'elle est blessée ? Tu ne peux pas la malmener."

"Mais Alice, elle presqu'aussi petite que toi, d'ailleurs elle devra s'y habituer si elle a l'intention de traîner avec nous."

Alice leva les yeux au ciel. "Eh bien elle ne restera pas bien longtemps si tu lui fais peur en la malmenant dans les cinq minutes qui suivent votre rencontre !"

"Oh allez, elle aime ça, n'est-ce pas Bella ?"

J'étais encore un peu abasourdie de me retrouver suspendue à un mètre vingt du sol, dans les bras d'un parfait inconnu et il me fallut une seconde pour répondre avec hésitation. "Euh oui bien sûr Emmett." Et en le disant je réalisais que c'était vrai. Emmett me serra immédiatement comme un gros ours en peluche, tout moelleux, doux et chaud sous son extérieur massif. J'aimais qu'il soit amical et que rien ne l'arrête. Je ne ressentis pas le pincement de mon habituel malaise.

"Tu vois, Bella est ma copine."

"Oh tu le sais, G," plaisanta Rose, avec une moue boudeuse et un geste bizarre de la main.

"Femme, pourquoi dois-tu toujours tout gâcher ?" se moqua Emmett et il me balança pour que je voie Alice et l'homme à côté d'elle.

"Jazz, mec, lâche ma sœur et dis bonjour à ma copine," dit Emmett, terminant sa déclaration dans une interprétation parfaite d'Al Pacino.

"Mec, tu as déjà eu ta session de pelotage ce matin alors je dois profiter un peu de ma fiancée."

"Ouais, ouais garde tes mains là où je peux les voir, Hale."

Il tendit sa main pour serrer la mienne. "Ravi de te rencontrer Bella," dit-il et les filles n'avaient pas plaisanté. Il avait l'accent du Texas et il pourrait rivaliser avec n'importe quel chanteur de country, il portait même les bottes du cowboy sous son jeans foncé. Alice était nichée sous son bras et elle le regardait avec adoration.

C'était facile de voir pourquoi elle était sous son charme. Alors qu'Emmett était une masse solide, Jasper était long et mince. Ses cheveux blond sale étaient tirés en arrière dans une queue de cheval épaisse et ses yeux étaient du même bleu royal que ceux de sa sœur. Je lui serrai la main timidement. Alors qu'Emmett m'avait tirée de ma réserve habituelle j'étais légèrement mal à l'aise de rencontrer de nouvelles personnes mais quand il serra ma main et me fit un sourire charmeur, ça me mit instantanément à l'aise.

"Ne t'inquiète pas Bella," dit-il avec un petit sourire. "Tu vas t'habituer à leurs manières en peu de temps."

Je rigolai doucement à son assurance, optimiste qu'il ait raison.

"Ça suffit les gars on vous a appelé pour travailler, allez hop hop !" ordonna Alice.

"Oui Madame," dit Jasper, en lui donnant une tape sur les fesses avant d'ouvrir le coffre de la voiture de Rose et de commencer à décharger.

J'essayai de me dégager de la poigne d'Emmett mais me retrouvai coincée.

"Où comptes-tu aller ?"

"Euh ? Par terre ? Où les gens marchent ?"

"Pas question petite demoiselle, je t'ai dit que je te transportais."

"Je suis tout à fait capable de marcher Emmett," insistai-je. "En plus Jasper a besoin de ton aide pour transporter des choses."

"Non, j'ai la marchandise juste ici," dit-il, tapotant sur ma jambe avant de me jeter sur son dos... "Accroche-toi bien, Bella. Rosie, sauve Goose et Maverick, tu veux bien ?"

"Qui ?" demandai-je.

"Tes ailes, Bella. Tu ne peux pas voler sans les bons vieux Goose et Mav."

"Tu es vraiment ridicule, tu le sais, Emmett ?"

"Je sais et c'est ce qui me rend si adorable…" Il ramassa les sacs de pinceaux, de ruban adhésif et d'autres objets. Jasper et Alice transportèrent les seaux de peinture et Rose mes béquilles et nous allâmes tous chez moi.

Le reste de la matinée et tout l'après-midi fut rempli de rires d'un groupe d'amis très soudés qui s'appréciaient vraiment. En me basant sur ce que j'avais déjà vu avec eux, je n'aurais pas dû être surprise qu'ils m'accueillent sans problème dans leur groupe. A l'heure du déjeuner, j'avais fait rire Emmett de façon hystérique, quand je m'étais détendue et finalement lâché des blagues contre lui.

Rose, Emmett et Jasper s'occupèrent de poser des bâches pour que tout soit prêt pour la peinture, tandis qu'Alice les dirigeait, bloc note à la main. D'abord j'essayai de rester à l'écart mais je finis par aller au milieu de n'importe quelle pièce où ils travaillaient et ce juste pour le plaisir de leur compagnie.

En fin d'après-midi, ils avaient fait assez de progrès pour que je puisse commencer à déballer mes affaires. J'ai tout de suite su que je voulais commencer par mes livres, en remplissant mon coin comme je l'avais imaginé dans ma tête. Jasper avait trimbalé mes trois cartons de livres pour que je puisse commencer, avant de rejoindre Emmett dans la chambre pour finir la pièce. Le fait qu'ils aient fini de peindre deux pièces et une troisième avant l'heure du dîner m'étonnait vraiment.

J'avais toujours considéré que l'aménagement et la décoration de mon appart seraient des projets de longue haleine, qui prendraient des semaines.

A vrai dire, si j'avais été laissée à moi-même, c'est ainsi que ça se serait probablement passé... si j'avais réellement... eu le temps de m'y mettre. Mais avec quatre adultes et Alice qui brandissait le fouet, c'était une journée efficace.

En ouvrant le premier carton, je fus remplie de chaleur en voyant mes vieux livres favoris. J'adorais les livres. Je sentais le papier sous mes doigts pendant que je feuilletais les pages, le parfum musqué des anciennes éditions, les bords impeccables des nouveaux. Je soufflai de contentement en passant le bout de mes doigts sur la boîte avant d'enlever les livres un par un.

Rapidement, les trois cartons furent vides, les livres éparpillés autour de moi en piles alors que je réfléchissais à comment les organiser sur les étagères. J'avais décidé d'opter pour un placement par genre et ensuite... alphabétiquement. Lorsque je fus satisfaite de ma décision je les installai dans les étagères vides.

"Hé, Bella ?" appela Alice du salon. "Veux-tu qu'on commence les cartons ici ? La peinture est assez sèche pour qu'on puisse mettre les choses en place."

"Euh, oui, c'est bien," dis-je. "Il ne devrait pas y avoir grand-chose à faire dans cette pièce."

Honnêtement, je me dis qu'il n'y avait que quelques DVD, quelques couvertures et peut-être une photo ou deux. Je ne gardais pas beaucoup de bibelots et je ne me souvenais pas d'avoir empaqueté beaucoup de choses qui auraient leur place dans le salon. J'avais des trucs pour la cuisine, des vêtements et mes livres... c'était à peu près tout.

"Il reste quelques cartons ici."

"Qu'y-a-t-il écrit dessus ?"

"Euh..." Alice s'arrêta, les regardant sans aucun doute. "L'un dit Divers."

"C'est celui qui devrait aller là-dedans."

"L'autre n'a pas d'étiquette à ce que je vois."

"Hum, c'est bizarre. Je pensais les avoir tous étiquetés…" Je restai perplexe un instant en repensant à ce que j'aurais pu emballer avant de hausser les épaules. "Je n'en sais rien Alice, ouvre-le."

Je l'entendis déchirer le ruban adhésif en allant ranger les livres sur les étagères. Quelques instants plus tard, un cri aigu résonna dans l'appartement.

"Bon sang, Alice !" me dis-je, "tu essaies de rivaliser avec tous les chiens dans un rayon de six pâtés de maison ?"

"Bella ?" entendis-je une fois de plus, bien que le ton semble cette fois... rempli d'un mélange d'excitation et d'espièglerie.

"Qu'y a-t-il, Alice ?"

"Y a-t-il quelque chose que tu voulais me dire ?" demanda-t-elle, faussement effarouchée. Je continuai à ranger les livres, lui tournant le dos alors qu'elle s'asseyait dans l'alcôve.

"De quoi parles-tu ?" demandai-je, vraiment confuse. "Y-a-t-il un truc particulier qui t'intrigue ? Tu ne me connais que depuis quatre jours, je suis sûre qu'il y en a beaucoup de choses dont je ne t'ai pas parlé."

"Pourquoi ne pas commencer par une médaille olympique dans tes affaires ?" s'interrogea-t-elle. Ma tête tourna, les yeux écarquillés en voyant entre ses mains la plaque que ma mère avait fait faire pour moi après les Jeux Olympiques de 2006.

Merde.

"Euh..." bégayai-je, ne sachant pas comment gérer ça. J'espérais avoir un peu de temps pour préparer mon plan sur ce qu'il faudrait dire. Vraiment, ça ne changeait rien. Je ne sais pas pourquoi j'étais si réticente à ce que ces gens sachent qui j'étais vraiment. Je suppose que pour une fois, j'étais juste reconnaissante d'avoir eu l'occasion d'apprendre à connaître quelqu'un sans avoir une réputation à défendre… ou des idées préconçues sur moi.

Et ben trop tard. Alice était assise là, me regardant avec impatience. Je ne pouvais que me dire que ça n'avait pas d'importance, que ça ne changerait rien.

"Où as-tu trouvé ça ?" demandai-je. Je savais que j'avais laissé la plupart de mes trucs de patinage dans ma chambre à Jacksonville. Je me souvenais l'avoir tenu quand j'étais en train d'emballer, traçant mes doigts sur le bord incurvé du disque métallique avant de le replacer dans le tiroir et de le refermer.

"Dans le carton sans étiquette…" dit Alice.

Renée. Tu ne peux pas laisser tomber, n'est-ce pas ?

"Y avait-il autre chose dedans ?" Je commençai à la dépasser pour aller vérifier et elle m'arrêta.

"Je ne crois pas, Swan. Comme Isabella Swan, médaillée d'argent olympique et championne nationale de patinage artistique…" fit-elle. "Est-ce que c'était un petit quelque chose que tu avais l'intention de partager avec ta nouvelle meilleure amie ?"

Je gémis doucement, passant mes mains sur mon visage avant de la regarder. Elle n'avait pas l'air en colère ni même déçue. Elle avait simplement l'air... amusé ?

"Alice…" commençai-je. "Oui, d'accord, tu m'as coincée. Et oui, j'avais prévu de te le dire. Je ne sais pas quand mais j'en aurais parlé. Éventuellement. C'est juste que, je ne savais pas. Je ne voulais pas en faire un grand truc. J'ai aimé pouvoir connaître quelqu'un pour une fois sans qu'il sache qui je suis ou flippe comme si j'étais une grande célébrité ou un truc du genre. Je voulais juste que tu me connaisses, moi Bella - la personne - et non Isabella la patineuse…" continuai-je à radoter, me rendant compte à quel point c'était ridicule. "C'était stupide," marmonnai-je, en me détournant d'elle.

"Non," Alice m'attrapa le bras avant que je puisse m'éloigner. "Ce n'est pas stupide, Bella. Je peux voir pourquoi tu l'as fait. Je veux dire, oui, j'ai entendu parler de toi. Rose et moi t'avons regardé patiner à la télé tant de fois, en fait, je suis surprise qu'aucune de nous ne l'ait pas compris plus tôt. Je suis sûre que ce n'est pas toujours facile de rencontrer de nouvelles personnes quand elles ont déjà l'impression de te connaître. Je veux juste que tu saches que ça n'a pas d'importance. Pour moi, c'est sûr et je suis certaine que pour Rose non plus. Et si Jasper ou Emmett connaissent quelque chose au patinage artistique, ce dont je doute, ils ne vont pas s'en soucier non plus. Tu n'as pas besoin de t'inquiéter que quelqu'un ici se transforme en groupie," elle me fit un clin d'œil et je souris un peu.

"Merci," murmurai-je avant d'ajouter : "Je suis désolée d'avoir menti."

"Tu ne nous as pas vraiment menti, Bella, tu as juste omis de donner… beaucoup d'informations," dit-elle, en riant et en chahutant pendant que nous descendions l'escalier toutes les deux.

Je laissai tomber les béquilles et m'agenouillai pour passer au crible la boîte mystère et sortir mes souvenirs de patinage. Photographies, magazines, médailles, voire même quelques-uns de mes costumes les plus récents. L'un était accompagné d'une petite note de l'écriture manuscrite de Renée.

Au cas où.

Je roulai des yeux avant de jeter ce tas de lycra et paillettes dans la boîte.

"Subtile… Renée."

"Qui est Renée ?" demanda Alice, en s'asseyant à côté de moi. Elle attrapa la boîte et me jeta un regard pour demander si ça me dérangeait. Je haussai les épaules et fis un geste pour qu'elle regarde dedans si elle le voulait.

"Ma mère."

"Je suppose que tu n'as pas tout emballé toi-même," fit-elle remarquer en fouillant, en retirant deux ou trois magazines de là et en les feuilletant rapidement.

"Non. Certainement pas. J'avais prévu de laisser la plupart de mes affaires de patinage à Jacksonville. Il n'y a pas de raison de les avoir ici."

"Pourquoi pas ?" demanda-t-elle, sortant l'un de mes costumes et agitant ses sourcils de manière suggestive.

"Donne-moi ça," dis-je en riant, lui l'arrachant. "Il n'y a pas de raison parce que je ne peux pas et je ne pourrai probablement plus patiner d'après mon médecin à Jacksonville. Je ne pensais pas qu'il était nécessaire d'avoir tous ces trucs à portée de main à me narguer."

"Bella…" dit Alice avec sympathie, sa main se posant sur mon genou dans un geste réconfortant.

"Et c'est exactement pour ça qu'elle a tout envoyé ici. Parce que je suis juste un peu trop dramatique avec tout ça. Selon elle c'est 'une blessure absurde' et je devrais déjà être de retour à l'entraînement."

"Mais, c'est ridicule…" dit Alice. "Tes médecins ne lui ont pas dit ce qu'il se passe ? Ou tes entraîneurs ? Je veux dire, est-ce qu'elle ne sait rien du processus de guérison pour se remettre de ce genre de choses ?"

"Renée n'entend que ce qui l'arrange…" soupirai-je, en tripotant les perles cousues à la main sur le tissu sur mes genoux. "Ne t'inquiète pas pour ça," je lui fis signe de main. "Je sais ce qu'il se passe avec mon genou et je m'en occupe. Renée ne va pas me pousser à faire quoi que ce soit, autre que peut-être sauter d'un pont…" ajoutai-je en plaisantant.

"Nous sommes là pour toi, Bella. Si tu as besoin de quoi que ce soit, juste dis-le."

"Merci, Alice," je jetai un coup d'œil sur elle une fois, avant de regarder de nouveau mes genoux et de continuer à tripoter les paillettes. "Ecoute, je ne suis vraiment pas douée pour les trucs émotionnels... mais je suis vraiment heureuse de… t'avoir rencontrée. Et Rose. C'est juste sympa d'avoir de vraies amies pour une fois. Je veux dire, je sais que je ne vous connais pas depuis très longtemps mais j'ai l'impression que c'est ce que vous êtes. Des amies, je veux dire," finis-je doucement.

"Hé," elle tapa son genou contre le mien. "Meilleures amies."

"Oui," je lui donnai un coup de coude. "Meilleures amies."

Nous nous assîmes en silence quelques instants avant que je dise. "N'est-ce pas un peu bizarre ?"

"Non," m'assura-t-elle en se couchant sur le dos. "C'est comme un coup de foudre... entre filles. Mais d'une manière non lesbienne."

Je ris à la description de notre relation.

"On est comme Romy et Michelle. Ou Cher et Dee. Buffy et Willow. Bella et Alice. C'est juste le destin."

"Eh bien, c'est certainement une façon de voir les choses," je m'allongeai à côté d'elle, tête contre tête et nos corps perpendiculaires pendant que nous fixions le plafond. "Tu sais, même si je t'apprécie, je dois admettre que je suis un peu déçue que tu aies épuisé mon destin et mon amour pour toi. J'avais en quelque sorte l'espoir que peut-être un gars serait la cause de cela un jour."

"Idiote," elle fit claquer sa langue. "Je suis sûre que tu as encore beaucoup d'amour à revendre."

"Hé, fainéantes !" Rose sortit de la chambre où elle aidait les gars à peindre. "Vous allez rester allongées sur vos fesses toute la journée et nous laisser faire tout le travail ?"

"Oui, ça me parait pas mal, n'est-ce pas, Bells ?"

"Euh, ouais, c'était à peu près le plan."

"Eh bien, laissez-moi au moins participer…" dit Rose en se joignant à nous sur le plancher.

"Alors, Rose, Bella, ici présente, est une grande patineuse artistique…" piailla Alice, se retournant pour me faire un clin d'œil.

"Sans déconner ? Euh, je pensais bien que ton nom me disait quelque chose. Cool," dit Rose sans en rajouter davantage.

Alice me sourit avec une expression 'je te l'avais dit' et je secouai la tête, amusée par toutes les deux.

"Tu sais Bella," commença Rose nonchalamment, "Toi, tu sais comment botter des culs."

Je laissai échapper un petit éclat de rire. "Merci, Rose."

"Sérieusement," dit Alice, se retournant sur le ventre et se redressant sur ses coudes pour me regarder. "Les choses que tu peux faire avec tes jambes ! Waouh, si j'étais aussi souple, Jasper ne me laisserait pas quitter le lit pendant des jours !"

Je gloussai et puis m'assis.

"Elle a raison, Bells," dit Rose en riant en se retournant, imitant la position d'Alice. "Ça doit être un tel avantage dans une chambre. Pense à toutes les positions. Comme c'est excitant…"

"Merci, Rose. Contente de savoir que je peux t'exciter."

"Pas moi, crétine, les gars. Les mecs."

"Je ne sais rien à ce propos mais c'est très rassurant de voir que j'ai quelques options comme stripteaseuse, démonstrateur Kama-Sutra, contorsionniste nue..."

"Attends une minute…" interrompit Alice. "Tu ne sais pas ? Comme... Bella es-tu vierge ?" demanda-t-elle incrédule.

Je me levai et partis en boitillant vers la cuisine, en espérant cacher le rougissement qui inondait mes joues. "Je pense qu'on a assez farfouillé dans ma vie privée pour l'après-midi, n'est-ce pas ? Gardons quelques ragots à partager en mangeant de la glace Ben & Jerry et pendant les batailles d'oreillers."

"Bella, vraiment, on est tes meilleures amies. Nous ne farfouillerons jamais assez, comme tu l'as dit. Mais très bien, tu veux être timide et toute secrète à ce sujet, pas de problème. On finira par tout savoir. Rose et moi sommes maintenant officiellement, à plein temps, les farfouilleuses de Bella Swan. Aucun secret n'est trop profond pour nous, nous continuerons à creuser jusqu'à ce que tout soit à découvert…"

Je ne savais pas s'il s'agissait d'un avertissement ou simplement d'énoncer des faits mais de toute façon, j'étais certaine... que je ne pourrais jamais rien cacher à Alice pendant très longtemps.

*Goose and Mav… Goose et Maverick personnages de Top Gun