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CHAPITRE 3

Y a-t-il une vie sans la glace ?


Comme d'habitude, lundi matin, je me réveillai avant le soleil. Au lieu de sortir du lit immédiatement à la recherche de café, je restai enfoncée dans les oreillers moelleux en plume - Alice avait insisté pour que je les achète parce qu'ils étaient plus propices à une bonne nuit de sommeil. J'étais déjà assez énervée sans caféine. Aujourd'hui était le jour où mon sort se décidait. D'accord, peut-être que j'exagérais un peu l'importance de ce rendez-vous mais j'en étais au point dans mon rétablissement où je devais prendre une décision quant à la façon de procéder. Ça faisait suffisamment longtemps que j'étais bloquée et il était temps d'avancer.

Une grande partie de cette décision reviendrait à ce nouveau médecin. Le docteur Cort, mon médecin à Jacksonville, avait essentiellement dit de ne rien espérer. Le Dr Cullen dirait-il la même chose ? Renée avait insisté en disant que j'étais stupide et que je réclamais de l'attention en mettant autant de temps à me rétablir et je ne pouvais m'empêcher de me demander si elle avait raison. Agissais-je juste comme une hypocondriaque, juste pour rester malade aussi longtemps que possible ? Mon genou m'élançait encore quand j'essayais de rester sans les béquilles trop longtemps mais étais-je juste douillette ? Peut-être que j'avais juste besoin de m'endurcir et de faire passer la douleur avant que ça ne s'améliore.

Il ne servait à rien de rester couchée dans mon lit à m'inquiéter de cela. Je le saurai bien assez tôt.

Ce matin la douleur était absente et ça me rendait légèrement optimiste pendant que je faisais ma routine d'étirements, appréciant le fait que ma souplesse n'ait pas souffert de la pause prolongée dans l'entrainement. Ma souplesse avait toujours été un point fort de mon patinage, ce qui m'avait permis de me démarquer de mes concurrentes puisque j'étais capable de tenir des séquences en spirale contrôlée plus longtemps que les autres.

Si j'apprenais que je pouvais à nouveau patiner je savais qu'il faudrait que je revienne à mon entrainement habituel de Pilates aussi vite que possible. Plus longtemps ma convalescence se prolongeait, plus il serait difficile d'assouplir mes muscles à leur niveau habituel. Honnêtement l'afflux d'énergie que me procurait cet entrainement me manquait et si les deux mois passés ne m'avaient rien montré d'autre, ça m'avait révélé combien je détestais rester assise à rien faire.

La semaine qui avait suivi mon opération avait été une sorte de bol d'air frais. Je n'avais plus d'emploi du temps rigide auquel me soumettre, je n'avais besoin d'aller nulle part et je n'avais personne à voir. En fait j'avais simplement la chance de rester sur le canapé et de me perdre dans un bouquin. J'avais relu trois de mes préférés de Jane Austen, m'arrêtant juste pour aller aux toilettes, manger et pour faire une sieste à l'occasion. Ça avait été fabuleux.

Mais ensuite la seconde semaine arriva et la troisième puis la quatrième.

Vers la mi-décembre j'étais prête à me noyer dans l'ennui. La quatrième semaine avait aussi été celle où Renée avait commencé à me faire revenir à la patinoire dans l'espoir de me ramener à la réalité et sur la glace.

Les exercices de musculation que le Dr Cort m'avait donnés pour la rééducation n'étaient pas suffisants pour la satisfaire et elle se plaignait quotidiennement que le processus prenait trop de temps. Une démonstration de dix secondes et une chute sur les fesses après qu'elle m'ait poussée sur la glace, lui prouva que mon genou n'était pas encore guéri. Elle arrêta d'essayer après ça mais insistait toujours pour que je discute avec mon entraîneur Marcus et songe à mon avenir.

C'est à ce moment-là que j'ai commencé à penser à partir. Avec Renée si près je ne pouvais pas réfléchir. Je ne pouvais entendre rien d'autre que ses harcèlements et ses demandes. Si ma carrière de patineuse était finie, comme le docteur l'avait pensé initialement, il me fallait du temps pour moi, pour envisager ce que j'allais bien pouvoir faire du reste de ma vie. Et ce dont j'avais besoin ce n'était pas de traîner à Jacksonville et regarder ma mère se raccrocher désespérément à l'espoir que je pourrai toujours aller à Vancouver l'hiver prochain pour lui ramener la médaille d'or qu'elle désirait depuis son enfance.

Le Dr Cort m'avait dit qu'il y avait d'excellents médecins dans le Minnesota qui étaient spécialistes de mon type de blessure. Dès qu'il l'avait mentionné, je m'étais raccrochée à cette idée. Les médecins apaiseraient Renée et la région satisferait mon besoin d'espace. Au début elle n'avait pas bien pris cette nouvelle mais quand elle avait réalisé que je ne cèderais pas, elle avait accepté à contre cœur. Pas sans compromis, bien sûr.

Renée m'avait trouvé l'appartement, acheté la voiture, pris le rendez-vous avec le médecin et réservé mon billet. Tout cela m'importait peu. La seule chose sur laquelle j'avais insisté c'était le timing, je voulais partir aussi vite que possible. Moins d'une semaine avant le nouvel an et j'embarquai pour échapper à la chaleur de la Floride.

A présent j'étais ici et j'avais confiance que ce changement était l'une des meilleures choses qui me soit jamais arrivée. Pendant ces quelques jours je m'étais sentie bien plus à la maison qu'ailleurs, depuis que mes parents s'étaient séparés. Je sentais qu'enfin j'avais une opportunité d'être juste Bella, sans qu'aucune attente ne soit placée en moi.

Bien que je sois inquiète de savoir ce que le médecin dirait, je ne ressentais pas le même niveau d'anxiété que quand j'avais ma mère sur le dos, prête à accueillir l'apocalypse s'il se révélait que je ne pourrais plus faire de la compétition. Si c'était le cas je savais que je serai en colère, déçue et extrêmement nerveuse pour mon avenir. Je me sentirai perdue. Mais quoi qu'il en soit les quatre cavaliers de l'apocalypse ne resteraient plus très longtemps près de ma porte d'entrée.

Je n'avais plus besoin d'être Isabella Swan, la championne de patinage. Je pouvais être Bella Swan. Je ne savais pas encore ce que Bella Swan pourrait entreprendre mais il semblait plausible que j'y arrive. Je savais déjà que Bella Swan était amie avec Rose et Alice… et être amie avec elles était un très bon début.

Pour l'instant c'est tout ce dont tu as besoin, Bella. Un bon début.

Avec ça en tête, je pris une douche rapide, séchai mes cheveux et pris un yaourt et un muffin aux graines de pavot pour le petit-déjeuner.

J'étais en train d'essuyer les miettes sur le comptoir quand j'entendis taper à la porte puis la voix de clochette d'Alice qui disait qu'elle allait entrer. La veille je leur avais donné une clé de mon appartement au cas où je m'enfermerai dehors… ou pour des fois comme celle-là… où elle était pressée d'entrer. Je pouvais dire qu'elle serait utilisée plus souvent que je ne l'avais initialement prévu. Cela ne faisait peut-être que quelques jours que nous nous étions rencontrées mais je savais déjà que je pouvais leur faire confiance. Renée dirait que c'est naïf de ma part mais il était grand temps que je commence à me fier à mon instinct. Et il me disait qu'Alice et Rose étaient de bonnes personnes.

"Bonjour !" dit-elle, en arrivant dans la cuisine. "Bonne journée pour laisser tomber les béquilles !"

"Alice," je secouai la tête. "Tu peux être si bizarre."

"Allez Bella, tu ne peux pas me tromper, je sais que tu es excitée de perdre tes aides, peut-être qu'avec ces deux appendices en moins tu vas arrêter de te cogner partout."

"J'en doute Alice, j'en doute. J'ai toujours été extrêmement maladroite, c'est drôle hein un champion de patinage artistique qui trébuche sur l'air ?"

"Je ne dirai pas 'drôle', peut-être que tu es simplement née sur la glace, as-tu déjà pensé à ça ?"

Je ris. "Non, en fait je n'y ai jamais pensé."

Elle me jeta un regard taquin par-dessus son épaule alors qu'elle atteignait le frigo pour prendre une bouteille d'eau. "Vraiment, hum peut-être que tu devrais."

"Bien sûr Alice, la prochaine fois que je trébucherai sur quelqu'un, je lui dirai juste que c'est la faute de la société de ne pas répondre à mes besoins et de ne pas transformer les trottoirs du pays en patinoire…"

Elle rigola un peu avant de s'appuyer à l'îlot central, face à moi. "Je suis sérieuse Bella, je t'ai vue patiner c'est incroyable à regarder, maladroite ou pas tu es née pour faire ça."

J'avais déjà entendu cela avant. On entendait souvent cela dans les médias et sur les sites de fans mais c'était la première fois que je l'entendais de quelqu'un de réel. Son visage ne montrait que de la sincérité et elle me regardait droit dans les yeux comme si elle pouvait me faire croire que ses mots étaient véridiques rien qu'en ne détournant pas son regard.

Je rompis ce contact, regardai mes doigts posés sur le comptoir et me raclai la gorge. "Merci Alice," je regardai de nouveau et essayai de lui répondre avec le même niveau de sincérité qu'elle me montrait. "Vraiment. Merci."

Elle hocha la tête une fois avant que l'expression grave sur son visage ne cède la place à sa joie habituelle. "Allez nous avons des choses à faire. Prends Mav et Goose et lançons-nous !"

Je roulai des yeux avec amusement au surnom ridicule de mes béquilles avant de la suivre jusqu'à la porte en m'arrêtant pour mettre mes baskets et mon manteau.

Elle haussa un sourcil en désapprouvant mon choix de chaussures mais ne dit rien. Elle m'avait fait clairement comprendre que ma garde-robe avait besoin d'une mise à niveau complète - avec ou sans ma coopération. Et ça ne valait pas la peine que je perde de l'énergie pour ça avec elle.

"Merci encore de faire le chauffeur," dis-je, pendant que nous allions en ville.

"Combien de fois ai-je besoin de te le dire ? Ce n'est pas un problème, Bella. En même temps ça me donne l'occasion d'être une bonne fille et de m'arrêter pour voir papa."

"Quelque chose me dit que ce n'est pas difficile pour toi de garder ce titre de bonne fille."

"Oui mais ça ne fait jamais de mal de s'arrêter dire bonjour. Nous sommes vraiment très proches et maman et papa sont très bons pour ne pas avoir de préférés. Emmett, Edward et moi sommes très différents mais ils sont vraiment géniaux pour nous encourager dans tout ce que nous entreprenons. Tu pourrais penser que nous avons une sorte de rivalité, spécialement les garçons qui sont si compétitifs mais ça n'a jamais été comme ça chez nous. Nous sommes tous aimés de la même façon par Carlisle et Esmée et nous nous encourageons mutuellement," dit Alice, avec un sourire content alors qu'elle passait une mèche de ses cheveux derrière son oreille.

"Je me sens très chanceuse que nous ayons pu rester aussi proches. Emmett a été repêché par la Ligue Nationale de Hockey puis l'année suivante Edward, j'avais peur que ça nous sépare, avec la distance c'est ce qui arrive dans beaucoup de familles."

"Comment se sont-ils retrouvés dans la même équipe ? Est-ce que ça arrive souvent ?" demandai-je, vraiment curieuse, ma connaissance de ce sport était pathétique.

"Non pas vraiment, non. Emmett n'avait pas de grandes chances d'être choisi au repêchage mais le fait qu'il soit d'ici l'a sûrement aidé. Il a toujours été très bon mais son nom n'était pas sur leur radar. C'est après qu'il ait intégré l'équipe qu'ils ont commencé à voir son potentiel. On pourrait penser qu'avec sa grande taille il ne peut pas aller vite sur des patins mais il a toujours été léger sur ses pieds. Ils l'ont mis au poste défenseur ce qui ajoute un plus puisqu'il peut prendre l'adversaire par surprise quand il part sur la glace avec le palet. L'année suivante Edward a été repêché. Je pense que le fait qu'Emmett soit déjà là a aidé mais Edward a toujours été talentueux sur la glace. Comme c'était lui le mieux classé, les Wild* se sont battus pour lui. C'est une bonne publicité d'avoir les deux frères du Minnesota dans la même équipe, pas vrai ? Et ça a beaucoup aidé qu'ils soient tous les deux de sacrément bons joueurs."

"C'est plutôt cool."

"Oui ils aiment ça ici. Maman et papa ont toujours été très compréhensifs pour leurs rêves de devenir pro. Beaucoup de parents de joueurs de hockey enlèvent leurs enfants en disant qu'il faut qu'ils se concentrent plus sur leurs études ou pour trouver un vrai travail mais maman et papa ne les ont jamais découragés. Ça toujours été important pour eux que nous trouvions quelque chose que nous aimions plutôt que de faire quelque chose juste pour avoir de l'argent."

Alice continua avec une conversation légère pour le reste du trajet en me racontant des histoires idiotes la concernant, elle et ses frères, pendant leur enfance et comment ils faisaient des bêtises.

Nous arrivâmes sur le parking de St Joseph puis nous entrâmes et je remplis le dossier à la réception. Je fus surprise quand cinq minutes plus tard on appela mon nom. Après être allée en salle de consultation, l'infirmière vérifia les trucs de base : taille, poids, la tension artérielle, température avant de nous laisser attendre.

Je m'assis sur la petite table d'examen, déterminée à ne pas paniquer maintenant que le moment était presque arrivé. Pourquoi étais-je en train d'en faire une telle affaire ? Oh c'est vrai toute ma vie se résume à ça ! Je savais que le patinage n'était pas une carrière qui allait durer éternellement mais je pensais que j'aurai plus de temps pour me préparer. Et vraiment il y a des personnes qui patinaient encore professionnellement arrivées à la trentaine. Ce n'est pas parce que j'aurai dû arrêter la compétition en raison de mon âge que j'aurai dû pour autant arrêter de patiner.

Je soufflai et essayai de m'empêcher de tirer sur mes cheveux comme je le faisais quand j'étais nerveuse. Je réussis mais n'arrivai pas à m'empêcher de mordiller ma lèvre inférieure à cause de l'anxiété, je tapai mon pied contre le côté de l'armoire.

Alice se pencha en avant et arrêta mon pied maniaque.

"Hé," dit-elle doucement, me sortant de ma transe nerveuse et me faisant me détendre pendant une fraction de seconde. "Ça va ?"

Je hochai rapidement la tête avant de regarder mes genoux et de reprendre ma lèvre entre mes dents.

Il y eut un léger coup à la porte qui s'ouvrit sur un homme incroyablement attirant. Il était près de la quarantaine mais si c'était le père d'Alice il aurait dû avoir près de cinquante ans. Sa peau était pâle, naturellement ou à cause du manque de lumière du soleil au cœur de l'hiver. Il était du type scandinave, les yeux bleus, les cheveux blonds presque blancs qui encadraient son visage, le faisant paraître sophistiqué mais pas mielleux.

Sérieusement c'est quoi ça ? Le Minnesota n'était-il pas être censé être plein de petites villes avec des gens moyens qui s'habillent en flanelle de la tête aux pieds, qui parlent de plats chauds, de chasser, pêcher et de la météo, tout ça avec un drôle d'accent ? Pourquoi toutes les personnes que je rencontrais avaient l'air de sortir d'un film ? Avaient-ils mis quelque chose dans l'eau depuis que j'étais partie d'ici ? Peut-être avaient–ils découvert un traitement magique à base de poisson séché façon scandinave et cuisiné à la mode viking avec de l'huile de poisson pour que tout le monde soit beau.

"Isabella Swan ?" s'enquit-il, avant de remarquer Alice. Son comportement professionnel se transforma en plaisir inattendu. "Oh hey der*, Alice. Je ne t'avais pas vue !"

Heureusement, ils étaient tous les deux occupés quand Alice sauta pour le serrer dans ses bras parce que je restai bouche bée et je dus me mordre à nouveau la lèvre, cette fois pour ne pas rire. Est-ce qu'il venait vraiment de dire "Hey der" en guise de salutation ?

"Papa, Bella est ma nouvelle voisine et je me suis dit que j'allais l'amener ici pour te dire bonjour en même temps," dit Alice, pour expliquer sa présence dans la pièce.

"Vraiment ? Eh bien, n'est-ce pas quelque chose ! J'espère que mon Alice ne t'a pas déjà rendue trop folle, Bella," dit-il, en se tournant pour s'adresser à moi, le bras toujours serrés autour de ses épaules.

Par les regards amusés sur leurs visages, il était facile de voir l'affection entre eux, ainsi que sa connaissance et son acceptation de la personnalité excentrique d'Alice.

"Non, pas du tout. Alice a été géniale, Dr. Cullen."

"S'il te plaît, Bella, appelle-moi Carlisle. Si tu es amie avec Alice, nous vous verrons probablement beaucoup."

"Oh, ça me rappelle… !" dit Alice, en frappant légèrement sa main contre son front. "Est-ce que toi et maman allez au match vendredi ?"

"Bien sûr que oui. Nous ne le manquerions pour rien au monde."

"Génial ! Bella, tu veux venir au match des Wild avec nous ? Rose et moi y allons et ensuite on se retrouve toujours avec les gars après. Ce sera amusant ! S'il te plaît, dis que tu viendras ?"

"Alice, ce n'est pas juste de me faire cette moue boudeuse, cette chose est dangereuse."

"Je sais, Jasper cède à chaque fois. S'il te plaît ?" Elle fit la moue avec sa lèvre en exagérant cette fois. J'avais peur que son menton se rétracte dans sa mâchoire.

"Très bien. J'irai."

"Oh, ça va être génial ! C'est tellement plus amusant à voir en vrai qu'à la télévision. Puis-je choisir ta tenue ?"

"D'accord, Alice," Carlisle l'interrompit par un rire. "Je dois ausculter ma patiente."

"Oh, c'est vrai. Je serai dans la salle d'attente, Bella. A vendredi soir, papa !" Un baiser rapide sur sa joue et elle était à la porte.

Je laissai échapper un souffle presque trop fort dans le silence soudain qu'elle avait laissé dans son sillage. "A-t-elle toujours été comme ça ?"

Carlisle laissa échapper un rire, "Yah, elle a toujours été une sorte de pétard."

"Mais elle est géniale, vraiment. Je n'ai pas seulement dit ça parce qu'elle était là," dis-je en espérant qu'il ne pensait pas que je voulais dire que sa fille était folle.

"Alice peut-être difficile à gérer mais c'est une bonne amie à avoir de ton côté. Peut-on commencer ?"

Les papillons étaient de retour après avoir été distraits par Alice et Carlisle. "D'accord," dis-je, en soufflant pour essayer de me débarrasser de ma nervosité.

"Ton médecin de Floride m'a envoyé ton dossier," commença-t-il, en ouvrant le dossier. Je n'ai pas pu retenir le rire en l'entendant prononcer la Floride avec un long 'o' exagéré.

Immédiatement, je mis ma main sur ma bouche et sentis mon visage rougir. "Désolé," craquai-je. "Il y a longtemps que je ne suis pas venue ici et il faut que je m'habitue encore à l'accent."

Cette fois, son rire était un vrai rire. "Oh, Bella, tu es tout simplement délicieuse. Que dirais-tu que je jette un coup d'œil à ton genou, hein ?" dit-il, exagérant délibérément son accent cette fois-ci.

Je laissai échapper un petit gémissement d'humiliation amusée avant de hocher la tête.

"Très bien, on dirait que tu as subi une grave déchirure du ligament croisé antérieur en novembre, ainsi qu'une légère commotion cérébrale à la suite d'une chute sur la glace…" Il me lança un coup d'œil pour que je confirme et continua quand je hochai la tête. "D'après ce que j'ai vu, ta commotion cérébrale s'est guérie et tu as subi une chirurgie reconstructive du ligament croisé antérieur à la fin novembre. Comment se passe le post-opératoire ?"

"Très bien. J'ai encore un peu mal si j'en fais trop. Le Dr Cort m'a fait porter une attelle avant l'intervention et une autre jusqu'à la semaine dernière. Il m'a laissé l'enlever pour commencer la rééducation. J'ai fait les étirements et les exercices de force qu'il recommandait et j'utilise encore les béquilles."

"Bien," dit-il d'un signe de tête approbateur lorsqu'il commença à bouger ma jambe, demandant constamment si j'avais mal. Après avoir passé une série de tests, il prit du recul et ajouta quelques notes dans mon dossier.

"Eh bien, jeune fille, d'après ce que je vois, tu guéris très bien. La récupération du ligament croisé est un processus de longue haleine. Je suis sûr que tu le sais déjà, surtout quand la déchirure est aussi grave que dans ton cas. Les douleurs et les palpitations dont tu as parlé sont tout à fait normales à ce stade. Ton genou est en train de s'habituer à pouvoir bouger à nouveau sans que l'attelle le maintienne en place et il faut du temps pour qu'il puisse s'adapter à ton niveau d'activité.

Si tu es à l'aise d'essayer de marcher sans béquilles, je dirais que tu peux essayer. Je sais que tu as l'habitude d'un entrainement et d'activités intensives et que tu étais en très bonne condition physique avant ta chute, ce qui t'aidera à accélérer ton temps de récupération. Je dirais que d'ici la fin de la semaine, si tu es bien, tu peux commencer à marcher sur un tapis roulant.

Tu devrais augmenter graduellement ton niveau d'activité aussi longtemps qu'il n'y a pas d'arrêts brusques ou de virages soudains. Si tu es prudente, tu pourrais même retourner sur la glace mais seulement pour faire des tours lents et réguliers. Pas de saut, pas de pirouette, pas de changement rapide de direction et je vais te donner une autre orthèse à porter chaque fois que tu feras de l'activité physique jusqu'à ce que je donne le feu vert pour arrêter.

J'ai des exercices et des étirements supplémentaires à ajouter à ta routine et je veux que tu rencontres un physiothérapeute. Il sera en mesure de suivre ton rétablissement et d'augmenter régulièrement ton niveau d'activité les prochaines semaines. As-tu suivi RICE ?" demanda-t-il, se référant à la formule de Repos, Glace, Compression et Elévation et je hochai la tête encore une fois.

"Bien. Tu vas pouvoir continuer cette pratique pendant le reste de ta période de convalescence. Nous devrions fixer un rendez-vous de suivi pour le début du mois d'avril. A ce moment-là nous évaluerons où tu en es. As-tu des questions spécifiques ?"

Il n'y en avait qu'une seule dans ma tête et cela m'assourdissait en attendant qu'on me le demande. "Pourrai-…" commençai-je, mais les mots étaient coincés dans ma gorge. J'avais peur de demander. Peur qu'il réponde, terrifiée à l'idée qu'il me dise la même chose que le Dr. Cort : que la déchirure était trop importante pour récupérer complètement et revenir à cent pour cent au niveau où j'étais avant.

"Oui, Bella ?"

Je regardai dans ses yeux où je ne vis que patience et compassion, avant de demander avec une détermination résolue, prête à faire face à n'importe quelle réponse, quelle qu'elle soit.

"Serai-je capable de concourir à nouveau ?"

"C'est une bonne question, Bella… et honnêtement une question à laquelle je ne peux pas encore répondre avec certitude. C'est possible et très courant pour les athlètes de revenir de ce type de blessure, certains à cent pour cent et certains seulement dans une certaine mesure. Une partie de la réponse dépendra de ces prochains mois.

Tu devras trouver un équilibre dans le réentraînement de ton genou sans le surmener. Le danger réside dans le fait de revenir trop rapidement à ton niveau d'activité antérieur." Il posa une main réconfortante sur mon épaule.

"Au cours du prochain mois, tu sentiras probablement ton genou revenir à la normale et c'est là que réside le plus grand danger pour une nouvelle blessure. Promets-moi que jusqu'au mois d'avril, tu vas t'en tenir aux exercices que je te donne et écouter ce que ton kinésithérapeute te recommande. Quand nous nous reverrons, nous pourrons en parler davantage."

Je hochai la tête, regardant mes genoux, essayant de comprendre ce qu'il me disait.

"Bella, je ne veux pas que tu perdes espoir. Je sais que cela peut-être frustrant mais ta détermination mentale t'aidera beaucoup à revenir là où tu étais. Si tu es patiente et décidée à te mettre au travail pendant ta rééducation alors je n'ai aucune raison de croire que tu ne seras pas en mesure de guérir complètement et revenir à un niveau compétitif."

Mes yeux étaient dans les siens, s'écarquillant un peu, alors que je sentais les premières vraies bouffées d'espoir. "Vraiment ?"

"Je ne peux pas te donner de garanties pour l'instant… comme je l'ai dit, cela dépendra en grande partie de ta volonté de faire des restrictions au début et de ta résolution mentale à récupérer," il hésita et me fit un petit sourire. "Tu pourras peut-être redevenir olympien."

Un poids énorme quitta mes épaules et l'oppression dans ma poitrine - dont je n'étais pas consciente - se desserra. Finalement je sentis que je pouvais respirer à nouveau et soufflai longuement de soulagement.

"Merci Dr. Cu-, euh, Carlisle," modifiai-je, quand il leva un sourcil.

"Pas besoin de me remercier, Bella. C'est entre tes mains. Promets-moi juste que tu ne vas pas trop pousser. Il y aura du temps pour ça plus tard quand tu seras guérie."

"Oui, monsieur," et je lui fis un salut militaire.

"Ok, alors je pense qu'on en a fini pour aujourd'hui. Je t'obtiendrai une carte pour le kiné que je veux que tu rencontres. Il faudra juste appeler et fixer un rendez-vous. Et je te vois vendredi soir. Pour le match…" précisa-t-il, en voyant mon expression confuse.

"D'accord, ouais, on se voit là-bas alors."

"Ce fut un plaisir de te rencontrer, Bella," il me serra la main alors que je me relevai, saisissant mon sac à main et mes béquilles devenues inutiles.

"Encore merci," dis-je, en sortant pour retrouver Alice dans le hall.

"Penses-tu !" répondit-il, en riant et partant dans le couloir.

Après avoir quitté l'hôpital, nous prîmes un déjeuner rapide avant qu'Alice me conduise chez le concessionnaire local où Renée avait dit que mon véhicule m'attendrait. C'était une allemande SUV bien trop tape à l'œil et pas du tout à mon goût. C'était parfaitement adapté à ma mère et à ses goûts pour tout ce qui est luxueux et extravagant. Je savais que je n'aurais pas dû être surprise de sa sélection mais j'en étais déçue. Non pas que je sois ingrate, ce n'était qu'un autre exemple du peu qu'elle savait de moi.

Alors que je sortais ma nouvelle voiture du parking pour suivre Alice, mon téléphone émit la sonnerie familière de Renée. Argh. Bien sûr qu'elle appellerait. Elle savait exactement quand était mon rendez-vous. Elle l'avait pratiquement arrangé elle-même. En général, je répondais immédiatement à ses appels. Comme un chiot bien dressé, pensai-je avec une dose de dégoût de soi. Mais pour une fois, j'appuyai sur le bouton pour l'envoyer vers la messagerie vocale. Je n'étais pas encore prête à discuter. Si elle était contrariée plus tard, je pourrais toujours utiliser l'excuse que je conduisais et que je ne voulais pas téléphoner en conduisant une nouvelle voiture.

Nous arrivâmes juste au moment où Rose rentrait à la maison et les filles décidèrent que nous devrions tester mes jambes en faisant une promenade dans le quartier.

"Les filles, on est mi-janvier. Dans le Minnesota. Et vous voulez aller vous promener ?" demandai-je, incrédule.

"Pour l'amour de Dieu, Bella, tu es une patineuse artistique. S'il te plaît, n'essaie pas d'agir comme si tu ne pouvais pas supporter le froid," me réprimanda Alice.

"Tout ira bien," lui répondis-je. "Je ne pensais pas que ce serait quelque chose que vous voudriez faire."

"Il fait moins cinq dehors aujourd'hui. C'est pratiquement une vague de chaleur, ma fille," se moqua Rose, en attrapant une écharpe pour l'enrouler autour de son cou avant de repartir.

Nous nous mîmes en marche sans réelle destination en tête. C'était bien de marcher à nouveau.

Moins d'un bloc dans notre excursion, mon téléphone sonna à nouveau, ce qui me fit gémir d'exaspération mais je mis en mode silencieux.

"Qui est-ce ?" s'enquit Alice.

"Ma mère. Je lui parlerai plus tard," lui dis-je.

"Tu vivais avec elle jusqu'à la semaine dernière ?" demanda Rose.

"Ouais. Mon père et elle se sont séparés quand j'étais plus jeune. Charlie, mon père, est retourné à Washington et Renée et moi sommes allées un peu partout."

"Ça a l'air si excitant. Je parie que tu as été dans toutes sortes d'endroits géniaux avec ton patinage et tout," dit Alice.

"En quelque sorte. Je veux dire, oui, j'ai beaucoup voyagé mais je ne suis jamais arrivée à vraiment voir grand chose sauf l'intérieur d'une patinoire. Elles se ressemblent vraiment sur tous les continents."

"Vraiment ? Tu n'as pas le droit de faire du tourisme ?"

"Non."

"Ça craint," dit Rose et je ris un peu.

"Oui un peu," convins-je. "Je suis vraiment reconnaissante de toutes les opportunités que j'aie eues… ne pense pas le contraire. Ce n'est simplement pas le style de vie super glamour auquel on s'attend. Beaucoup de temps passé à faire du sport puis sur la glace, entrainement et travail."

"Pas trop de relations sociales sur le circuit de patinage ?" demanda Alice avec curiosité.

"Non, c'est ce que tout le monde croit. Beaucoup de filles malveillantes et ultra compétitrices et leur mère."

"Tu as déjà vu quelqu'un pousser une Tonya ?" fit Rose, avec un petit rire.

"Harding ? Non le sabotage est un tout petit peu plus subtil qu'un bâton dans un genou," rigolai-je.

"Ce n'est pas comme ça que tu as été blessée alors ?" demanda Alice inquiète.

"Non, non pas du tout. Je suis tombée pendant un entrainement. Vraiment stupide." Je secouai la tête avec ce soupçon de confusion que je ressentais à chaque fois que je repensais à ce jour. "Je suis habituée à tomber sur le sol dur, pas sur la glace, mon patin s'est mis dans une mauvaise position et je suis partie, commotion cérébrale et ligament croisé déchiré."

"Waouh !" dit Rose, avec compassion.

"Ouais, pas trop amusant."

"Ça ne s'est pas su, je ne savais même pas que tu ne patinais plus… Oh allez Rose nous savons tous que Bella est une grande célébrité ?" dit Alice, au regard exaspéré de Rose. "Ce n'est pas grave, je peux dire que rien n'a filtré dans la presse."

"Non c'est bon," dis-je, en regardant Rose pour lui faire comprendre que ça allait. "C'est ma mère qui gère et elle fait du bon travail pour ne pas que la presse soit au courant et elle s'accroche à l'espoir que je serai de retour sur la glace et que je ne manquerai aucune compétition notable. Et bien ça se saura quand je ne serai pas au championnat national."

"C'est bizarre… ?" demanda Rose. "… d'avoir ta mère comme manager ?"

"Je n'y ai jamais vraiment réfléchi, je suppose, ça a toujours été comme ça. C'est étrange à certains égards mais ça a toujours un sens, c'était une mère célibataire quand on a déménagé alors elle était toujours responsable de moi. En grandissant elle a continué à faire tout ce qui avait avoir avec cette activité."

"Est-ce qu'elle te manque ?" demanda Alice. "Je ne sais pas si je pourrais partir de l'autre côté du pays, loin d'Esmée."

"Jusqu'à présent ça me fait une bonne pause, je ne pouvais pas rester avec elle alors que tout ce qu'elle faisait c'était se plaindre de mon genou, je pense qu'elle ne sait pas vraiment quoi faire si je ne patine pas et ne la garde pas occupée."

"Ça deviendrait vite pénible."

"Oui certainement," dis-je.

Le reste de notre promenade fut remplie de rires alors qu'Alice nous parlait de sa dernière fiancée cauchemardesque et de sa saga de robes de mariée. Avant que je le sache nous étions de retour devant notre immeuble et prenions l'ascenseur jusqu'à notre étage.

"Donc c'est un lundi soir, aucune de nous ne doit travailler demain et les gars sont occupés, vous avez ce que cela signifie ?" demanda Rose avec un sourire sournois.

Je secouai la tête sans comprendre, les regardant toutes les deux.

"Soirée entre filles !" couina Alice.

"Soirée entre filles ?"

"Oh jeune Padawan tu as tellement de choses à apprendre !" dit Rose, en passant son bras autour de mes épaules. Je croisai les bras, ne sachant pas où les mettre.

"Les soirées entre filles sont merveilleuses, Bella, nous mangeons de la malbouffe, buvons des cocktails et regardons des films pour les filles jusqu'à ce que nous soyons trop fatiguées et ivres pour garder les yeux ouverts."

"Et c'est amusant ?" demandai-je.

"Euh ouais ?" dit Rose, comme si c'était fou de penser autrement.

"Euh je ne suis pas une grosse buveuse," dis-je calmement, un peu gênée par le fait que ce que je venais de dire était un euphémisme total.

"Parce que tu es un poids léger ou que tu n'aimes pas ça ?" essaya de comprendre Rosalie.

"Je… euh, je ne sais pas vraiment," marmonnai-je. "Je n'ai jamais bu avant. Genre jamais."

"Vraiment ?" demanda Alice, un soupçon de choc dans sa voix. Je secouai la tête, ne les regardant ni l'une ni l'autre, me sentant gênée par mon manque d'expérience.

"As-tu une opposition morale à cela ?"

"Non, non, non, je ne l'ai pas fait. L'alcool n'est pas bon quand on a un entrainement intensif, vous savez ? En même temps je suis toujours couchée à vingt et une heures."

"Bon, ce soir tu n'as pas besoin de te coucher tôt. Tu es partante ?" demanda Rose.

"Oui je suppose."

"Génial ! Nous attrapons nos affaires et nous serons là dans une minute !" Alice se précipita chez elle, entraînant Rose avec elle. Elles ne refermèrent même pas la porte et je pouvais les entendre se parler.

"Alice, choisis les films. Comme tu le sens… Hey Bella !" Rose parla plus fort et je passai leur porte observant avec amusement Rose prendre un panier à linge et commencer à le remplir de bouteilles et de trucs à grignoter.

"Quel genre de film aimes-tu ?" demanda-t-elle quand elle me vit, mais ne s'arrêtant pas de remplir sa corbeille.

"Peu importe, je ne suis pas difficile."

"Bon Alice, charge des classiques !"

"Déjà fait," Alice surgit à côté de moi, apparemment sortie de nulle part avec une pile de DVD dans les mains.

"Nous n'allons pas regarder tout ça, si ?" demandai-je sceptique. Un marathon était une chose mais à en juger par la taille de sa pile nous pourrions rester collées à la télé pendant des jours.

"Non mais on ne peut jamais savoir dans quel état on sera plus tard. En général ça paie d'avoir le choix…" dit Alice, en posant les boites dans la corbeille de Rose.

"D'accord, laisse-nous une seconde pour nous passer une tenue confortable et nous venons tout de suite," dit Rose, finissant enfin de piller la cuisine.

"Tenue confortable ? Alice ? Tu en as vraiment ?" plaisantai-je. Je ne l'avais jamais vue en tenue plus confortable que des jeans bien serrés.

"C'est une soirée entre filles, Bella des concessions doivent être faites," répondit-elle, avec une fière moquerie.

"Très bien, je laisse ma porte ouverte, les filles."

Je retournai à mon appartement, me changeai me passant mon pantalon molletonné et mon sweat à capuche Team Us. Même trois ans plus tard cette chose avait la doublure la plus douce qui existait. Bonne incitation à aller à Vancouver pour en avoir un autre. Je sortis une paire de chaussettes de mon tiroir et j'entendis les filles entrer.

Au moment où j'arrivai dans le salon elles s'étaient déjà mises à l'aise. Alice avait allumé la télé et elle mettait un disque dans le lecteur et Rose était dans la cuisine, faisant beaucoup de bruit en alignant différentes bouteilles sur le comptoir. Une fois qu'elle eut fini, elle amena la corbeille à linge dans le salon, elle était à moitié remplie de sachets de chips et autres. Renée serait malade si elle me voyait manger ce genre de choses, pensai-je un peu avec un sourire mauvais. Ce soir allait être une première : première soirée entre filles, premier marathon de films pour filles, premier cocktail, première mal bouffe. J'étais déterminée à profiter de chacun de ces moments.

"Avec quoi commençons-nous Ali ?" demanda Rose, en poussant un paquet de chips maïs vers elle.

"Bon nous devons garder les larmes pour plus tard dans la soirée, je pensais que nous allions commencer par Comment se faire larguer en 10 leçons. Le rire et le beau mec d'abord, tu sais ?"

"Humm. McConaughey…" marmonna Rose, avec un regard lointain. "Ce gars me fait juste regretter nos gars du sud. Juste un peu."

"Hey tu aurais dû t'agripper à un texan. J'en ai un moi," rigola Alice.

"Et si ce n'était pas mon frère, je serais jalouse mais ça va, Emmett fait plus que compenser le manque d'accent."

"Euh... en parlant d'accent…" et je me rapprochai.

"Oh mon dieu Bella !" Alice éclata de rire. "J'aurai dû te prévenir pour mon père, n'est-ce pas hilarant ? J'y suis habituée évidemment mais je suis toujours surprise par certaines choses qu'il dit. "

"Cet homme est comme une barbe à papa," dit Rose en retournant à la cuisine.

"Rose !" m'exclamai-je en rougissant.

"Admets-le Bella, le Dr Cullen mérite bien qu'on lui bave dessus."

"Ouais, il est beau mais n'est-il pratiquement pas ton futur beau-père ?"

"Exactement," dit-elle, en me faisant signe avec sa bouteille en verre et en la débouchant.

"Cela me donne un aperçu de mon avenir et il sera sacrément bon dans vingt-cinq ans !"

"Je suis sûre qu'Alice n'apprécie pas que tu associes le sexe et son père dans la même phrase," balbutiai-je, en essayant de comprendre cette conversation.

"Arrête d'être une telle nonne Bella, je sais que mon père est un DILF*"

"DILF ?"

"Bella, Bella, Bella tu as tellement de choses à rattraper," soupira Rose dramatiquement. DILF pour père que j'aimerai baiser."

Je m'étouffai avec mes chips, toussant et rougissant encore davantage.

Alice me tapota le dos et rigola. "Oh Bells tu es si facile à corrompre !"

"Tu sous-estimes le pouvoir du côté sombre de la force. Rejoins-nous et ensemble nous dirigerons la galaxie…" dit Rose d'une voix grave, en faisant des bruits de souffles entre les mots.

"Rosalie Lillian Hale il n'y a pas de place pour Star Wars dans une soirée entre filles !"

"Alice, il y a toujours une place pour Stars Wars pas vrai, Bella ?"

"Tu l'as vu quand même ?" demanda-t-elle en flippant, comme s'il n'y avait aucun doute dans sa tête que je ne l'aie pas vu.

"En fait, non."

"OH MON DIEU !" s'écria-t-elle, sa mâchoire tombant alors qu'elle posait la bouteille avec un fort bruit sur le comptoir et se penchait pour me regarder à travers l'ouverture du bar.

"Tu plaisantes ? Alice va dans mes éditions limitées, on doit corriger ça immédiatement !"

"Pas moyen José. Films pour filles, pas batailles célestes."

"Hey L'Empire contre-attaque est très romantique," insista Rose.

"Ouais jusqu'à ce que le mec se fasse couper la main avec un sabre laser…"

"Peu importe, tu es dérangée," Rose se tourna vers moi. "Bientôt ma puce, je commencerai ton éducation."

Elle revint de la cuisine avec trois verres qui semblaient remplis d'eau et en tendit un à chacune de nous avant de s'installer dans le canapé à côté d'Alice. Mon canapé était assez grand et il était toujours confortable pour nous trois mais je me rapprochais de l'accoudoir pour ne pas empiéter sur l'espace d'Alice.

"Tu l'as mis ?" demanda Rose.

"Ouais, nous y sommes," dit Alice, en tendant la main vers la télécommande.

"Très bien alors. Je propose un toast," dit Rose en levant son verre sérieusement. "A la première de ces soirées avec notre nouvelle BFF.*"

"Et que Bella soit ivre, que nous puissions lui faire raconter des ragots juteux," enchaîna Alice, me faisant tellement rire que j'en renversai presque mon verre.

"Santé !" trinquâmes-nous ensemble. Elles les levèrent pour en prendre une grande gorgée pendant que je sentais mon verre avec méfiance. On aurait dit de l'eau, donc ça ne pouvait pas être trop dangereux, n'est-ce pas ?

Faux.

Je pris une gorgée et je dus immédiatement poser mon verre sur la table en commençant à tousser.

"C'est dégoûtant ! Comment pouvez-vous boire ça ?" demandai-je, incrédule.

"C'est un peu un goût acquis", concéda Rose, en prenant une autre gorgée. Au prochain tour, nous ferons quelque chose de fruité pour toi."

"Tiens, Bella, je boirai le tien. Rose, fais-lui un Kami," ordonna-t-elle en claquant des doigts.

"Si autoritaire," se plaignit Rose, mais elle disparut dans la cuisine pendant une minute, revenant avec quelque chose de rose cette fois.

"Qu'est-ce que c'est ?" demandai-je, quand elle me le remit.

"Essaie," dit-elle.

"Rose fait le meilleur Kami Framboise," renchérit Alice.

Je sentis de nouveau avant d'en prendre prudemment une petite gorgée.

Trop bon.

Il y avait encore une légère brûlure au fur et à mesure que le liquide descendait dans ma gorge mais elle était compensée par le goût délicieux de framboise avec un soupçon d'agrume. J'en pris un autre verre, cette fois avec empressement.

"Bon, n'est-ce pas ?" demanda Rose.

"Vraiment bon, merci," dis-je, en sirotant à nouveau.

"Fais attention, Rookie. Ça n'en a peut-être pas le goût mais il y a beaucoup d'alcool dedans..." me prévint Alice.

"Nous garderons un œil sur toi, Bells," m'assura Rose, à mon expression sans doute inquiète.

Alice lança le film et nous étions parties. Cinq heures et quatre Kamis, ou comme je venais de l'apprendre kamikazes, plus tard, nous terminions 'Clueless'* avec une crise de rire. Des emballages de bonbons et des miettes jonchaient le sol autour de nous. La table basse était recouverte de produits de beauté d'Alice. Idée inspirée par la scène où Cher et Dee maquillaient Tai. Je discutai pendant cinq bonnes minutes pendant qu'Alice caressait continuellement mes cheveux, m'appelant jolie, jusqu'à ce que je cède à ses pleurnicheries.

"La nuit ne fait que commencer les filles, et maintenant ?" demanda Rose, s'étirant au fur et à mesure que le générique passait.

"Léo !" se mit à crier Alice. "La nuit n'est pas complète jusqu'à ce que Léo se montre !"

Rose arrêta le film avant de prendre son verre vide. "Je vais en prendre un autre, quelqu'un en veut ?"

Alice répondit avec un "Putain oui !" retentissant.

"Je ne devrais pas..."

"Fais-en une autre, barman," interrompit Alice, en me tapotant le visage avec son doigt. "Cette jeune fille est entièrement trop sobre."

Rose ramena une autre tournée et le film commença.

"Vide le verre, Bells," dit Alice. "Tu ne peux pas vraiment apprécier ce film en étant sobre."

"Je suis à peine sobre, Alice," insistai-je. En fait, je ressentais plutôt une agréable sensation et j'avais la tête légère.

"Trop sobre pour Léo. Si tu dis non à cet homme s'il demande à entrer dans ton pantalon, tu n'es pas assez ivre," dit-elle, montrant du doigt l'écran. "Cul sec !"

Je roulai des yeux et bus mon verre en trois gorgées.

"A toi," Rose me porta un toast, renversant un peu sa boisson. "Oups !" s'exclama-t-elle, puis lécha l'alcool renversé sur son verre.

Quand Jack recula de la balustrade avec Rose, nos verres étaient tous vides et nous étions juste un tas sur le canapé. Progressivement tout au long de la soirée, je me trouvai être de plus en plus à l'aise. Peut-être que c'était l'alcool ou peut-être que c'était juste leur nature amicale, avec ma tête sur les genoux de Rose et Alice recroquevillée derrière moi, sa tête reposant sur mes mollets, j'étais complètement détendue.

Nous ne bougeâmes pas pendant toute la durée du film, à l'exception d'un passage de deux minutes lorsque Rose et Alice sautèrent du canapé pour imiter Jack et Rose perchés sur la proue du navire. Rose prit une bouteille de vin et la fit circuler entre nous, en disant "Liqueur avant vin, je me sens bien !" A une heure du matin notre tas était un désordre de sanglots et j'y voyais à peine.

Plutôt que de mettre un autre film, Alice sauta sur l'occasion et me fit passer au gril pendant que mes inhibitions étaient au plus bas.

"Vraiment, Bella ? Jamais ?"

"Non."

"Mais c'est tellement... mal," insista Rose. "Ta partie féminine doit être prête à se révolter !"

"Il y a beaucoup de gens qui arrivent à vingt-quatre ans sans avoir eu de relations sexuelles," insistai-je.

"Oui, mais tu es sexy ! Les mecs auraient déjà dû te sauter dessus."

"Je te sauterais dessus," dit Alice.

"Merci, Alice. C'est de la vraie amitié que tu me portes..."

"Je sais," dit-elle, en souriant paresseusement alors qu'elle enlevait les peluches de mon pantalon.

"Je ne sais pas quoi vous dire, je n'ai jamais eu beaucoup d'occasion."

"Il doit y avoir au moins un patineur artistique masculin sexy sur lequel tu aurais pu sauter dans la salle de musculation," dit Rose.

"Rose certaines personnes utilisent la salle de sport à des fins récréatives."

"Oh, crois-moi Bella c'est pour ça que je m'en sers. Mon idée de la récréation ne correspond pas à la tienne."

"Perverse," plaisantai-je.

"Fière de l'être."

'Il faut que nous te trouvions un gars," nous interrompit Alice. "Rose, qui connaîtrais-tu ?"

"Pas question, vous n'allez pas me mettre avec quelqu'un."

"Mais Bella !"

"Je peux en trouver si je veux," argumentai-je, mes pensées allant immédiatement à Edward et ce qui me fit rougir.

"Ok regarde-moi ce visage ! Tu as rencontré quelqu'un, pas vrai ?"

"Non," dis-je juste un petit peu trop vite.

"Tu ne peux pas nous mentir, chérie. Ce visage nous montre que tu as craqué sur lui ! Qui est-il ? Il est sexy ? Il est ici ? Tu l'as embrassé ? Pourquoi n'en as-tu pas parlé plus tôt ?" s'enquit Alice, parlant à toute vitesse pour me faire avouer.

"Il n'y a rien à dire."

"Bella ! Nous sommes avec Jazz et Emmett depuis deux ans, nous avons besoin de vivre tes aventures romantiques par procuration."

"Quelles aventures ?"

Rose me fixa un sourcil levé. "Tu nous caches quelque chose en relation avec ce gars. Crache le morceau."

"Bon !" craquai-je. "J'ai rencontré un gars à l'aéroport. Nous avons parlé quelques minutes pendant qu'il m'aidait avec mes bagages. C'est tout. On peut passer à autre chose maintenant ?"

"On ne passe pas à autre chose, ma belle. Il était mignon ?"

"Oui je suppose," dis-je.

"Tu supposes ?"

"Je ne l'aurais pas vraiment qualifié de "mignon"."

"De quoi l'aurais-tu qualifié ? Torride ? Sexy ? Beau à tomber à la renverse ? Sexy à lui sauter dessus ?"

"Euh… encore mieux que ça ?" lâchai-je parce qu'il l'était. Je dus me boucher les oreilles à cause de leurs cris.

"Tu l'as embrassé ? Tu lui as laissé ton numéro ? Quand est-ce que tu le revois ?"

"Non je ne l'ai ni embrassé ni ne lui ai donné mon numéro. Je ne sais pas si je le reverrais un jour," dis-je, m'empêchant de parler de cette invitation vague pour le lendemain soir puisque je n'étais pas sûre de pouvoir contrôler mes nerfs si j'y allais.

"Oh Bella. Pourquoi ne le lui as-tu pas donné ?" demanda Alice, déçue par la tournure des événements.

"Je ne sais pas Alice, je n'ai aucune idée de quoi faire avec les gars, il n'a pas demandé et je n'allais pas le lui donner s'il ne m'a aidé que par politesse."

"Je suis sûre que ce n'était pas que par politesse," dit Rose.

"Peu importe les filles. Il était beau et gentil et oui j'ai ressenti des papillons mais je ne le reverrai probablement plus jamais alors est-ce que nous pourrions parler d'autre chose ?"

"Ne t'inquiète pas Bells, Les papillons sont quelque part, là dehors," dit Alice avec un sourire rêveur. "Il faut juste que tu les attrapes."

OH. Mon. Dieu. Qu'est-ce que ce martèlement dans ma tête ?

Je ne pouvais me résoudre à ouvrir les yeux, je les plissai rien qu'à la lumière qui filtrait à travers mes paupières. Je pris un oreiller et le posai sur mon visage et poussai un gémissement malheureux. On aurait dit que de la fourrure avait poussé sur mes dents du jour au lendemain.

Oh oui. Hier soir. Soirée entre filles. Kamikazes. Vin.

C'était donc ça la gueule de bois. Je savais déjà que ne n'en aurai pas d'autre, c'était trop tôt.

Un bip strident retentit quelque part dans mon appartement et je m'obligeai à enlever l'oreiller de mon visage et à ouvrir les yeux. Le jour était bien levé alors j'avais dormi plus que d'habitude.

Je m'assis sur le lit avec précaution m'appuyant en arrière sur mes mains pendant un moment pour prendre mes repères. Les couvertures étaient entortillées autour de moi et j'avais visiblement dormi en travers du lit. Je me souvenais vaguement qu'Alice et Rose étaient retournées chez elles après une série de câlins et de déclarations d'amour et de dévouement.

Je ne pus m'empêcher de rire un peu. Malgré la douleur lancinante dans ma tête ce matin, ma première nuit d'ivresse était une explosion.

Le bip retentit de nouveau et je sortis du lit pour voir ce que c'était. Le salon était une pagaille d'oreillers, de couvertures et des restes de notre folie d'hier soir. Mon téléphone gisait là où je l'avais jeté sur l'étagère de l'une des bibliothèques, un rapide coup d'œil à l'écran résolut le mystère des bips incessants.

12 appels manqués.

Sérieusement Renée ?

Neuf pour hier du moment où j'avais ignoré son premier appel après mon rendez-vous jusqu'à ma soirée et ensuite déjà trois ce matin.

Attends. Cet après-midi. Visiblement sur mon téléphone il était midi huit.

Pas possible. Je vérifiai à l'horloge de la cuisine et bien sûr elle disait la même chose. Je ne me souvenais pas d'avoir déjà dormi aussi tard avant. Bien que ce ne soit pas quelque chose que j'avais l'intention de faire, pour moi dormir tard s'apparentait à un péché.

Faire face à Renée et à ma première gueule de bois en même temps me sembla être la recette d'un désastre. Au lieu de cela, je démarrai la cafetière dans la cuisine avant de sauter dans la douche. Vingt minutes plus tard et un récurage complet de ma bouche, je me sentis de nouveau humaine.

Je pris ma tasse à café et allai voir comment Alice et Rose s'en sortaient.

"Hé, belle endormie !" répondit Alice à la porte, joyeuse comme toujours.

"Ce n'est pas juste !" me plaignis-je. "Sérieusement, femme, rien ne te ralentit ?"

"Chipotle burritos."

"Excuse-moi ?"

"Chipotle burritos. Ils me transforment en une bouillie incohérente pendant au moins trois heures."

"Je m'en souviendrai."

"Entre, Rose souffre aussi."

Bien sûr, Rose s'assit à leur bar en s'appuyant sur ses mains alors qu'elle s'affalait au-dessus d'un mug du café, comme si elle était sur le point de s'effondrer d'une seconde à l'autre.

"Salut, Rose."

"Hum," me répondit-elle en grognant, sans bouger un seul muscle.

"Très bien, mesdames grincheuses, je sais exactement ce dont nous avons besoin aujourd'hui."

"Et de quoi, Alice ?" demandai-je avec une grande inquiétude. Son ton était juste un peu trop joyeux pour moi.

"Shopping bien sûr !"

"Quelqu'un a dit shopping ?" Rose se redressa sur son siège, apparemment ressuscitée de sa misère en une fraction de seconde. Moi, par contre, je m'affalai sur le comptoir, en posant ma tête sur mes bras.

"Non, s'il vous plaît pour l'amour de ciel. Pas de shopping," plaidai-je.

"Allez, Bells. "Ne sois pas rabat-joie, ça va être génial !" insista Alice.

"D'ailleurs, tu n'es pas encore allée au centre commercial," dit Rose, maintenant tout aussi ennuyeuse et rebondissante qu'Alice.

"Et alors ? C'est quoi le problème avec un centre commercial, ce sont les mêmes partout," dis-je, ne voyant pas où elle voulait en venir.

"Mall of America, Bella. Nous parlons de quatre niveaux du paradis du shopping. Cinq cents magasins et restaurants."

Mes yeux sortirent un peu de ma tête. "Tu te fous de moi ? Tu veux me traîner dans des centaines de magasins ? Je serai morte dans l'heure."

Alice me poussa du tabouret et vers la porte. "Bella, la moitié des magasins de cet endroit ne nous sont d'aucune utilité. Nous ne te traînerons que dans deux cent cinquante au 'maximum'."

Je m'arrêtai et lui lançai un regard noir, essayant de l'intimider. Bien sûr, cela n'eut aucun effet sur elle. "J'espère sincèrement que tu t'entraînes à être comédienne et que c'est ta blague d'ouverture."

"Va t'habiller. Ce sera un excellent cardio, ça te remettra sur pied," dit-elle, en essayant de m'adoucir.

"Très bien. On ne va pas trop faire les folles, d'accord ?" Je réalisai qu'il était inutile de la combattre mais je n'étais pas tout à fait prête de tomber dans le terrier du lapin d'Alice et me laisser emporter dans un monde de magasins et de designers sans fin. Je pouvais déjà sentir ma carte de crédit chauffer dans ma poche.

En rentrant dans mon appartement, j'entendis encore une fois biper mon téléphone.

Laisse tomber, Renée.

Je mis un jean et une chemise flanelle confortable avant de retrouver les filles dans le couloir. J'étais déterminée à ne pas penser à Renée ou au patinage et à profiter d'une journée avec les filles. Régner sur Alice serait sans doute assez stressant en soi.

Nous décidâmes de prendre ma voiture parce qu'elle avait le plus d'espace dans le coffre, bien que ça semble un peu comme de mauvais augure pour moi.

"C'est ce qu'il y a de bien dans le fait qu'aucune d'entre nous n'a un horaire de travail très strict," dit Alice alors que nous étions en train de grimper dans la voiture, je laissai le volant à Rose car je ne savais toujours pas où j'allais. "Nous n'aurons pas à combattre les foules du soir et du week-end."

"Oui", dit Rose. "Les mardis sont généralement plutôt morts. C'est un bon jour pour du shopping."

Mardi. Merde. Edward.

Dans le tourbillon d'Alice, du déballage de mes affaires et de la rencontre avec le médecin et les Kamikaze, le mardi soir m'était sorti de la tête.

Ce soir, Edward a dit que ses potes et lui et traîneraient dans ce bar. J'avais cherché sur G°°gle une fois que ma connexion Internet a été branchée et j'avais imprimé l'adresse. Ce n'était qu'à sept minutes de mon appartement mais le stationnement pourrait être un problème selon leur site Web. Edward était dans mes rêves toutes les nuits. Ils n'étaient ni élaborés, ni même érotiques à part le fait qu'il était là avec moi. Son beau visage tourné vers moi et provoquait des petits papillons excités qui voltigeaient dans mon estomac.

Je voulais le revoir. Désespérément. Mais même si je voulais aller voir si cette connexion était toujours là ou si cela n'avait été que le fruit de mon imagination, j'étais terrifiée.

Je n'avais jamais eu de relation avant. J'avais à peine eu un rencard. Je n'avais pas suivi de scolarité traditionnelle et la majorité des gars avec qui j'avais été associée sur la glace n'étaient de toute évidence pas attirés par les filles. Et si j'y allais et que je me ridiculisais ? Et s'il s'était transformé en un connard et m'avait demandé de venir pour me ramener chez lui… un coup d'un soir avant de me jeter comme une vieille chaussette ? Et s'il s'attendait à ce que je sois aussi une femme sexy, expérimentée, confiante et qu'il soit complètement désabusé quand il s'apercevrait qui j'étais vraiment : timide, peu sûre de moi et complètement ordinaire. J'adorais le sentiment de vertige que je ressentais quand je pensais à lui mais que se passerait-il si quand je le voyais ce sentiment avait disparu ?

Les relations de Renée, si on peut les appeler ainsi, ne duraient jamais plus d'une semaine ou deux et semblaient être basées strictement sur le sexe. Bien qu'Edward m'attire, je savais que je n'étais pas prête pour ce genre de rencontre, et je n'étais pas sûre de pouvoir faire face à son rejet si c'est tout ce qu'il cherchait.

"La terre à Bella," chantonna Alice, en faisant claquer ses doigts devant mon visage.

"Hein ?"

"Où étais-tu passée ? Depuis que nous sommes là tu n'as pas dit un seul mot."

"Oh désolée, je réfléchissais," marmonnai-je, embarrassée d'avoir été prise sur le fait.

"Pas de souci, allons-y !" Alice passa son bras sous le mien et sous celui de Rose et partit à une vitesse effrayante vers les portes.

"Hola, Seabiscuit*, restons-en au trot aujourd'hui, j'ai toujours mes jambes à faire suivre."

"Oh oui désolée Bella," dit-elle ralentissant légèrement mais me tirant toujours à sa suite.

"Est-ce que tu viens avec nous ce soir, Bella ?" demanda Rose.

"Vous sortez ?"

"Ouais, nous sortons toujours le mardi," ajouta-t-elle.

"Je ne sais pas…"

"Allez Bella, tu dois venir, je sais qu'Emmett et Jasper aimeraient te revoir, ce ne sera pas drôle sans toi," plaida Alice en faisant sa moue puissante.

"Nous verrons Alice, peut-être que j'aurai quelque chose à faire…"

"Bon nous allons trouver une nouvelle tenue, juste au cas où."

Et sur ce, Alice me poussa et nous nous perdîmes dans un dédale de boutiques et de rayons de vêtements. Et bien j'étais perdue. Alice et Rose semblaient savoir exactement où elles allaient. Comment… je n'en avais aucune idée parce que le centre commercial était aussi énorme que ce qu'elles m'avaient dit. Quand nous arrivâmes au troisième étage mes pieds commençaient à se rebeller. Nous étions chargées de sacs et j'essayai de me demander comment je m'étais laissé convaincre d'acheter autant. Elles étaient dangereuses de par leurs subtiles manipulations et avant que je le sache je me dirigeai vers une autre caisse.

Aussi fatigante et confuse qu'elle soit, cette journée avait été très agréable. Je devais me souvenir de ne jamais laisser connaitre mes petits secrets à Alice ou j'avais l'impression que les choses allaient s'aggraver. J'avais complètement éteint mon téléphone quand nous avions quitté l'appartement ce matin et j'étais restée fidèle à ma promesse de juste profiter de ma journée. Alice et Rose étaient si faciles, elles parlaient de tout et de rien. Je ne me rappelais pas la dernière fois que je m'étais autant amusée. Elles gardaient la conversation fluide tout au long de la journée. Alice parlait tellement que je pensais qu'au bout d'un moment elle n'aurait plus rien à dire mais cela ne semblait pas être le cas. Alors que l'après-midi se transformait en soir les filles décidèrent de rentrer pour se préparer.

Une fois que nous fûmes à notre immeuble, nous montâmes dans l'ascenseur avec nos courses, nous dirigeant ensuite vers nos portes respectives avec un bruissement de papier plastique. Alice se précipita à l'intérieur dès que sa porte fut ouverte, impatiente de ranger ses nouveaux achats dans son placard. Je me retournai pour déverrouiller ma porte, secouant la tête et gloussant à son enthousiasme.

"Hé, pour ce soir ?" appela Rose depuis l'autre côté du couloir avant que ma porte ne se referme.

"Oh, je ne suis pas encore sûre, je te le dirai bientôt, d'accord ?"

"Habituellement nous partons vers sept heures, donc pas de soucis, tu as encore du temps."

"Génial, merci. On se voit dans un moment."

Je rentrai tous les sacs sans m'inquiéter de les ranger sur le côté ou les emmener dans la chambre. J'étais crevée. J'avais l'impression d'avoir été emportée par un ouragan et je venais juste d'en ressortir. Ça semblait convenir. Ouragan Alice. En regardant le tas de sacs qui maintenant bloquaient ma porte d'entrée je ne pouvais pas imaginer avoir besoin d'acheter un autre vêtement pour les cinq prochaines années. Mais bien sûr Alice préparait déjà notre prochaine sortie.

Je m'effondrai sur le canapé et profitai du silence pendant quelques minutes, reposant mon genou et reprenant mon souffle. J'étais contente de voir à quel point mon genou avait résisté à autant de marche. Un peu de douleur de temps en temps mais rien qui ne soit arrivé auparavant.

Je suppose que ces machines de musculation ont une certaine utilité après tout.

Je n'étais pas du tout prête à courir le marathon mais je me sentais confiante que je pouvais au moins refaire de la gym dans deux jours. Il faudrait que j'aille faire le tour de la salle de sport de l'immeuble demain.

Je jetai un coup d'œil à l'horloge. Seize heures vingt-cinq ça me laissait suffisamment de temps pour n'avoir plus de justifications de remettre ça à plus tard. J'allumai mon téléphone ignorant le nombre d'appels manqués et de messages vocaux et tapai 2 sur la numérotation rapide.

"Bon, bon je suppose je pense que je peux ajourner mon avis de recherche," répondit-elle d'un ton sarcastique.

"Salut, maman."

"Salut maman ? Tu te moques de moi Isabella ? J'espère que tu as une bonne explication pour ton comportement."

"Comportement ?"

"Oui Isabella. Ignorant délibérément mes appels pendant vingt-quatre heures, spécialement après un rendez-vous important c'est très irresponsable."

"Rien de grave. J'étais occupée."

"Occupée ? A quoi pouvais-tu bien être occupée ? Tu n'as rien à faire. Qu'est-ce qui a pu être plus important que me contacter pour me tenir au courant pour ton genou ? C'est ta carrière Isabella. Ta vie. Il n'y a rien de plus important que ça."

Je roulai des yeux et éloignai mon téléphone de mon oreille. "Je passai du temps avec mes nouvelles voisines. Et je t'appelle maintenant."

"Oui un jour plus tard que ce que tu devrais. Tu aurais pu complètement oublier d'aller à ce rendez-vous."

"J'ai vingt-quatre ans Mère, je pense que je peux gérer un rendez-vous par moi-même."

"Ne me parle pas sur ce ton. Tu as peut être vingt-quatre ans mais c'est la première fois que tu vis seule. Ça peut être une grosse adaptation alors que tu as toujours eu quelqu'un pour s'occuper de tout."

"Oui c'était comme ça mais il semblerait que je puisse survivre."

"Jusqu'à présent."

Quelque chose dans ces mots me retourna complètement et je ressentis une agitation qui voulait se libérer. "Merci pour ta confiance. Maintenant y avait-il une raison spécifique à part de confirmer mon niveau de responsabilité ?"

"Je n'apprécie pas ton aplomb, jeune fille. Peu importe quel âge tu as et ton nouveau goût pour ton indépendance, je suis toujours ta mère ainsi que ton manager. Toute information concernant ta santé me concerne."

"Rien n'a changé, je suis aujourd'hui comme j'étais hier. Mon genou ne va pas guérir tout seul du jour au lendemain."

"Pouvons-nous nous passer de cette attitude ? Je dois dire que tu es très égoïste."

"Egoïste ? Tu plaisantes ?"

"Non certainement pas. Tu devrais être ici en Floride où je pourrai suivre tes progrès et décider de quand tu seras prête à retourner sur la glace."

"Je pense que la décision m'appartient mère. A moi et à mon médecin avant tout."

"Je ne vois pas pourquoi tu fais l'enfant. Patiner est ta vie Isabella. Tu ne veux pas retrouver ta vie ?"

"Si, bien sûr. Mais je ne veux pas me blesser à nouveau au genou et causer des dommages permanents parce que j'aurai recommencé trop tôt."

"Oh je t'en prie. Ce n'est qu'une petite blessure, des centaines de patineurs sont tombés et se remettent sur pied, cette petite pause est tout simplement ridicule, tu manques toute une saison essentielle."

"Je suis consciente que tu as des problèmes avec la façon dont mon rétablissement est géré, je serai heureuse de demander au Dr Cullen de te contacter et de t'expliquer le processus complet. Encore."

"Bon je n'aurais pas besoin de faire ça si tu prenais le soin de me contacter avec ces informations."

"Peut-être que je le ferais si tu arrivais à m'entendre… au moins une fois."

"Est-ce que tu as fini de me répéter la même chose ?"

Je reculai le téléphone de mon oreille avant de laisser tomber ma tête sur les oreillers trois fois enfouissant mon visage et en laissant échapper un cri étouffé de frustration.

"Isabella !"

Je laissai sortir une longue expiration et remis mon téléphone à l'oreille. "Oui ?"

"Est-ce que tu pourrais me répéter ce qu'à dit le médecin ?"

"J'abandonne les béquilles, je dois prendre rendez-vous avec le kiné la semaine prochaine, je peux commencer à augmenter progressivement mon niveau d'activité tant que je ne change pas brusquement de direction, de pivot ou ne fait d'arrêts brusques. Le rendez-vous de suivi est en avril et c'est à ce moment là que je saurai si je peux retourner à l'entrainement pour la compétition," dis-je en rationalisant l'information pour elle. C'était bien mieux lorsqu'il s'agissait de Renée.

"Ah c'était si difficile ? Je voudrais que tu fixes ce rendez-vous avec le kiné le plus tôt possible," continua-t-elle sans attendre que je réponde. "Peut être que ça te motivera plus… avril semble excessif, tu es sûre que c'est ce qu'il a dit ?"

"Oui."

"Eh bien nous verrons, je suis sûre qu'il se trompe, nous devrons être agressif avec ton entrainement une fois que tu seras remise. J'ai parlé à ton nouveau coach, qui je pense, fera des merveilles avec toi."

"Attends, un nouvel entraîneur ?" l'interrompis-je, avant qu'elle puisse continuer. "Et Marcus ? Pourquoi aurai-je besoin d'un nouvel entraîneur ?"

"Marcus est beaucoup trop mou, Isabella il ne tiendra jamais la discipline dont tu auras besoin pour rentrer dans l'équipe olympique après tant de temps libre."

"Tu l'as viré ?" demandai-je un peu frénétiquement. Marcus avait été mon entraîneur pendant les six dernières années, bien avant Turin. Je me sentais en sécurité avec lui, à l'aise. Il m'avait poussé jusqu'à mes limites sans les dépasser. Cela me rendait nerveuse de penser poursuivre ma carrière sans lui.

"Pas encore mais ce n'est qu'une question de temps."

"Ne penses-tu pas que j'ai mon mot à dire quand il s'agit de mon entraîneur ?"

"Oh s'il te plaît, Isabella ! Tu n'as pas besoin de t'embêter avec ce côté des choses. En tant que ton manager c'est mon devoir de m'assurer que tu as ce qu'il y a de mieux. Marcus n'est peut-être plus ce qui est le mieux pour toi."

"Maman, je te le demande, s'il te plaît, ne vire pas Marcus ou n'amène pas quelqu'un d'autre sans me consulter d'abord."

"Tu te concentres sur ton retour sur la glace. Je m'inquiéterai du reste."

"Maman..."

"Nous n'en discuterons pas plus, Isabella. Maintenant, nous devrons travailler sur le remaniement de ton programme au cours des prochains mois. On ne peut pas se permettre de s'en tenir à tes programmes les plus récents, ça sera trop vieux pour la saison prochaine, et Alec devra se mettre au travail sur tes costumes..."

"Tu sais quoi, je ne me sens vraiment pas bien, maman, je vais m'allonger un peu."

"Nous n'avons pas fini de parler. Ce sont des questions importantes..."

"Ça n'a pas d'importance pour l'instant. En ce moment, je ne suis pas un patineur artistique de compétition. Jusqu'à ce que j'aie le feu vert je ne discuterai pas de ça avec toi."

"On ne peut pas se permettre d'attendre..."

Je la coupai encore. "Tu vas devoir le faire, parce que j'en ai fini."

Je raccrochai avant qu'elle ne puisse dire un mot de plus, sautant du canapé pour faire des cent pas, pleine de colère. Je jetai mon portable sur le canapé avec un cri de frustration. Ma mâchoire était si serrée que j'avais l'impression que mes dents allaient se souder ensemble.

Bien sûr, mon téléphone sonna encore. Cette femme ne savait pas quand s'arrêter.

J'appuyai sur tous les boutons, les yeux brouillés par des larmes de colère jusqu'à ce qu'il s'éteigne. Honnêtement, je me fichais de savoir si j'étais égoïste ou pas. Etait-ce si horrible de vouloir quelque chose de temps en temps pour moi-même ? Après quinze ans à donner à Renée tout ce qu'elle voulait, à faire tous les programmes avec chaque costume dans chaque compétition à laquelle elle m'avait inscrite, je pense que j'avais besoin d'un peu d'égoïsme.

Je pris quelques oreillers et une couverture et je trouvai ma place dans l'alcôve. Je me recroquevillai et regardai la rivière.

Au fur et à mesure que la lumière s'estompait, ma colère aussi, passant de la frustration au désespoir.

Elle n'avait jamais posé de questions sur moi. Pas vraiment. Elle m'avait parlé de mon genou mais pas de moi. Elle n'a pas demandé comment j'étais installée, comment je me débrouillais seule, si je rencontrais du monde. Tout ce qui l'intéressait c'était de me remettre sur la glace. C'était tout ce que j'étais pour elle ? Juste son billet pour le grand spectacle ? Rien de plus qu'un véhicule pour l'amener là où elle avait toujours voulu être ?

Je serrai mes bras autour de l'oreiller, espérant pour une fois que je pourrais tenir quelque chose qui me retiendrait.

Je restai là sans rien faire pendant un moment, en regardant par la fenêtre, même quand il faisait si sombre et que je ne pouvais plus voir grand-chose. On toqua à ma porte.

Alice. Mince, j'avais complètement oublié.

En jetant un coup d'œil sur l'horloge, je vis qu'il était déjà dix-neuf heures cinq. J'allai vers la porte espérant pouvoir l'ouvrir quand elle semblait peser dix kilos de plus que la dernière fois que je l'avais fait.

Bien sûr, Alice était là, habillée pour tuer dans une mini robe et des talons hauts. Le sourire sur son visage tomba immédiatement quand elle me vit.

"Qu'est-ce qui ne va pas ?"

"Quoi ? Rien," répondis-je, ne voulant pas l'inquiéter.

"Arrête tes conneries, Bella. Je ne te connais peut-être pas depuis très longtemps mais je sais quand tu es contrariée. C'est évident que tu as pleuré."

"Ce n'est pas grave," insistai-je. Je pensai à blâmer mon genou et combien nous avions marché ce jour-là mais je ne voulais pas qu'elle se sente coupable de m'avoir traînée dans le centre commercial alors que j'avais vraiment passé un bon moment.

"Si ce n'était pas grave, tu pourrais me le dire. Je suis ton amie, Bella. Les amis s'aident les uns les autres à se sentir mieux, c'est notre travail numéro un."

"Je ne suis pas prête à sortir ce soir, c'est tout."

"Je vais rester avec toi," commença-t-elle et je la coupai immédiatement.

"Non, Alice, s'il te plaît, non. Je ne vais vraiment pas être de très bonne compagnie ce soir et je sais que tu veux voir Jasper."

"Je vois Jasper tout le temps, une soirée n'a pas d'importance."

"S'il te plaît, sors. Amuse-toi bien. Je vais me coucher tôt. Je promets que tout ira bien." Elle avait l'air sceptique, s'attardant dans ma porte.

"Alice, vraiment, vas-y. Je serai encore là demain, tu pourras essayer de me faire dire tout ce que tu veux."

"Très bien. Mais nous parlerons demain…" insista-t-elle, avant de s'approcher et d'envelopper ses bras autour de moi dans un câlin. Je me raidis un moment avant de me laisser détendre au contact momentané.

C'est ce que je cherchais il y a quelques minutes et je me sentis tout de suite un peu mieux. Je détestais que quelque chose d'aussi banal et décontracté qu'une étreinte amicale me soit si étrangère, que ma réaction ait été de me détourner de quelque chose d'aussi facile et réconfortant. Alice avait l'air d'une grande câline, peut-être que je m'y habituerai avec le temps.

"Nous sommes là pour toi, Bella, tu n'as qu'à nous laisser entrer," dit-elle en s'éloignant. Mes yeux s'embrouillèrent un peu en entendant ses paroles. Un concept si simple. Pourquoi est-ce que c'était si dur pour moi de la laisser entrer ou quelqu'un d'autre ?

Je hochai la tête en la tournant et en essayant d'essuyer furtivement les larmes de mes yeux.

"A demain, Bella !" Alice retourna dans leur appartement pour appeler Rose.

"Bonne soirée, Alice," dis-je avant de fermer doucement ma porte et de tirer la chaîne, en m'enfermant pour la nuit. Je m'appuyai contre la porte et glissai jusqu'au sol, en repliant mes genoux jusqu'à ma poitrine.

Va au diable, Renée.

Elle n'était même pas dans le même état et elle contrôlait encore mes émotions et mes décisions.

En repensant à notre conversation, je fus surprise de moi-même. D'où est-ce que ça venait ? Je n'avais jamais parlé à Renée comme ça avant. Bien sûr, j'avais pensé ces commentaires grotesques dans ma tête mais je n'ai jamais rien dit à voix haute. Je ne lui ai jamais vraiment tenu tête et je ne me suis jamais défendue. Je ne savais pas si je venais d'atteindre ma limite ou si c'était le fait que j'avais enfin une certaine distance par rapport à elle et j'ai eu la chance d'avoir du cran pour une fois.

Peut-être que c'était l'influence de voir une telle force chez des femmes comme Rosalie et Alice, prenant leurs propres décisions, s'épanouissant à leur propre mérite. J'avais tant d'admiration pour elles et j'avais beaucoup d'admiration de voir comment elles vivaient leur vie. Rose s'était attaquée à un monde dominé par les hommes et l'avait assommé. Alice avait bâti son entreprise à partir de zéro et avait transformé un rêve en une entreprise prospère, ce qui lui laissait un sentiment de satisfaction et d'accomplissement.

Au cours des nombreuses années qui ont jalonné ma carrière de patinage, j'ai eu plus que ma juste part de... succès. La liste des prix que j'avais reçus et des médailles que j'avais remportées était très longue, ce n'était certainement pas à balayer d'un revers de la main. J'étais fière de mes réalisations et j'appréciai les sommets que j'avais atteints mais en y repensant, il y avait toujours quelqu'un d'autre qui me poussait à... réussir. Je m'entraînerais plus fort pour plaire à mes entraîneurs et à Renée, à mes fans, aux critiques. Si je gagnais plus médailles, peut-être que ça les rendrait heureux. Si je pouvais gagner une médaille d'or olympique serait-ce suffisant pour ma mère ? Elle serait enfin satisfaite.

J'étais triste de réaliser que je n'avais jamais rien fait pour moi. Oui, j'adorais patiner. Oui, je célébrais chacune de mes victoires. Mais au fond, j'étais toujours en compétition pour quelqu'un d'autre.

Il était temps de commencer à penser à ce que je voulais. Ce dont j'avais besoin.

Ce n'était pas vraiment important pour moi si je gagnais des centaines de médailles d'or si je ne le faisais pas pour les bonnes raisons. Oui, le patinage était devenu toute ma vie mais était-ce encore ma passion ? J'avais besoin de trouver cela avant même d'envisager de retourner à l'entraînement. Je ne pouvais pas juste le faire parce que Renée le voulait, parce que les gens s'attendaient à ce que je le fasse ou parce que j'avais peur de comment ma vie serait sans patinage.

En me relevant du sol, j'entrai dans la cuisine, me sentant déjà plus forte. Non, je n'avais pas encore de but mais j'avais une nouvelle détermination à en trouver un.

Je pris une boite de Ben & Jerry's dans le congélateur et je piochai dedans. Alice m'a présenté la substance quand elle l'avait glissée dans mon chariot au magasin, en insistant sur le fait que chaque femme avait besoin d'une boite d'urgence dans son congélateur. Je pensais qu'elle était un peu cinglée à ce moment-là mais debout ici, penchée contre le comptoir et mangeant de la glace Chubby Hubby directement de la boite, je réalisai qu'elle n'était rien de moins qu'un génie.

Je jetai un coup d'œil à l'horloge de la cuisinière, 19 : 53. Edward serait bientôt dans le bar s'il n'y était pas déjà. Je me demandais s'il me cherchait. Se souviendrait-il qu'il m'avait dit qu'ils traînaient là-bas ? Est-ce qu'il m'attendrait ? Je ne pouvais pas imaginer qu'il serait déçu quand il verrait que je ne suis pas là. Nous n'avions parlé que quelques minutes et un homme aussi beau que lui doit avoir des filles qui se jettent sur lui à chaque pas qu'il fait. Des filles qui savent ce qu'elles font. Des femmes beaucoup plus désirables que moi.

Non, je ne pouvais pas lui manquer.

Mais il me manquait.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, j'étais dévastée à l'idée de ne plus jamais le revoir, déçue de ne pas avoir trouvé le courage de me ressaisir et d'aller le rencontrer. Bien sûr il avait mentionné qu'ils allaient à ce bar presque toutes les semaines mais d'ici mardi prochain, il serait ridicule de se montrer et de penser qu'il se souviendrait de moi.

Je restai au même endroit jusqu'à ce que je touche le fond de la boite. Une fois vide je la jetai ainsi que la cuillère dans l'évier et m'enfonçai dans le canapé, mettant 'The Cutting Edge*'.

Je m'endormis avant que Moira Kelley puisse se moquer de D.B. Sweeney avec sa chute.

*Wild : sauvage

*Hey der... avec l'accent du Minnesota pour dire Hey there / hey toi.

DILF : Dad I'd Like to Find – père que j'aimerai trouver – et c'est la version polie…

BFF – Best Friend Forever – meilleure amie pour toujours

Film Clueless … Cher Horowitz, lycéenne issue du milieu huppé de Bervely Hills, est une jeune fille pourrie gâtée qui sait jouer de ses atouts. Écartant ses rivales grâce à son sens de la mode, se défaisant de ses problèmes scolaires d'un claquement de doigts, Cher essuie tout de même les réprimandes de Josh qui ne se cache pas pour lui dire tout le mal qu'il pense de son attitude superficielle.

The Cutting Edge - Le Feu sur la glace est un film américain réalisé par Paul Michael Glaser, sorti en 1992.

Seabiscuit est le nom d'un cheval.