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CHAPITRE 4

Il est temps de lancer le palet


Le reste de la semaine passa rapidement. Alice était arrivée toute pimpante et tôt le lendemain matin pour me donner tous les détails, comme promis. Elle était douée pour obtenir des informations de façon subtile mais j'étais tout aussi habile à enfouir mes problèmes profondément à l'intérieur après toute une vie à n'avoir personne à qui les confier.

Renée était plus souvent que pas la cause de mes problèmes et je ne pouvais aller pleurer vers elle pour rien. La conversation avait été une bataille amicale de volonté dans laquelle Alice poussait et je tenais obstinément mes positions. Hé je lui avais dit qu'elle pouvait essayer de m'embobiner pour me faire parler mais je n'allais pas tout lui servir sur un plateau.

Je lui en avais assez donné pour qu'elle sache que ma mère m'agaçait à cause de la lenteur de ce processus de rétablissement et que nous en avions discuté. Je lui avais parlé de ma détermination à réfléchir et à comprendre comment je voulais exactement avancer. Je ne lui parlais pas d'Edward et de comment je m'étais dégonflée. J'étais sûre que cela m'aurait valu une conférence sur la "girl power" et que j'allais y aller. J'étais toujours en colère contre moi-même de ne pas avoir fait plus d'efforts pour aller le rencontrer même si cela aurait probablement fini par un désastre et une déception… Oh et bien Bella… le bateau Edward est passé, te laissant avec rien à part des souvenirs plaisants dans son sillage.

Au cours de ces derniers jours, je commençai à me retrouver. Pas de la même façon que j'étais il y a trois mois mais plus que ce que je l'avais été depuis mon accident. J'avais repris la gym, donnant à l'installation abandonnée à l'étage de notre immeuble plus d'action qu'elle n'en avait jamais eue. Mais le rythme léger que je devais garder me frustrait, c'était stimulant de redevenir active, d'avoir un autre but que de flâner dans mon appartement toute la journée.

Alice et Rose me tenaient compagnie de temps en temps. Elles ne s'entraînaient jamais ni même ne donnaient l'impression de vouloir le faire mais elles s'installaient sur les tapis de yoga et bavardaient joyeusement pendant que je travaillais de machine en machine.

Mon genou allait bien. La légère douleur que je ressentais après tant d'activité après une longue pause me stimulait plus que tout. Si c'était douloureux c'est qu'il fonctionnait. Je n'exagérais pas, portant religieusement l'orthèse que le Dr Cullen m'avait conseillée et essayant de garder mon rythme aussi régulier et lent que possible. C'était facile de voir que ça allait rapidement devenir ennuyeux.

Avant mon accident je commençais ma journée par du Pilates et courais habituellement huit kilomètres chaque matin avant d'aller patiner pendant trois heures au moins. Je faisais une courte pause pour déjeuner et ensuite je me concentrais sur le programme ou quoi que ce soit d'autre sur quoi je travaillais, apprenant ou améliorant les mouvements.

Pour finir ma soirée je faisais une heure de yoga avant de m'écrouler dans le lit et le lendemain je recommençais. Les quelques étirements, poids et puissance et les promenades étaient loin de mon activité physique d'avant et ça me faisait me sentir agitée.

Je comprenais maintenant pourquoi le Dr Cullen avait été si catégorique en soulignant le fait que je ne pouvais pas forcer même si mon genou allait bien. Moins d'une semaine de repos sans béquille et il me tardait de reprendre mon footing du matin.

J'avais appelé le kiné et était allée à mon premier rendez-vous. Seth était formidable. Il était jeune et maladroit et il savait jusqu'où me laisser aller avant de me recadrer. La thérapie physique n'allait pas être amusante mais au moins avec Seth pour me faire rire ce ne serait pas complètement détestable. Nous nous verrions plusieurs fois par semaine au cours des deux prochains mois.

Renée continuait à me bombarder en utilisant n'importe quelle méthode de communication qu'elle pouvait trouver. Mon e-mail allait de diatribes décousues au mail court exigeant que je réponde à ses appels. Ma boite vocale était rarement vide et je dus finalement changer sa sonnerie parce que j'en avais marre d'entendre constamment ce son qui brisait le calme de mon appartement.

Je cédai et lui parlai au moins une fois par jour de peur que si je coupais complètement elle ne se montre à ma porte. Elle vociféra de colère parce que j'étais entêtée et que je la repoussai et rejetai toute notre conversation en disant que je n'étais rien de plus qu'une adolescente maussade souffrant du syndrome prémenstruel.

Je détestai que ce soit ainsi qu'elle choisisse de me voir. Je détestai qu'elle ait une raison de le faire. J'avais vingt-quatre ans et c'était la première fois que je vivais par moi-même. Je ne contrôlais pas mes finances et ne savais pas grand-chose de ce qu'il se passait si ça ne concernait pas ma carrière sur la glace. Avant l'accident j'allai à tous mes rendez-vous à l'heure sans réfléchir à ce qui m'attendait. Tout ce qui m'intéressait c'était le patinage. C'était plutôt enfantin comme comportement non ?

Même en étant seule, je n'étais pas vraiment responsable de quoi ou de qui que ce soit, ni même de moi pour être honnête. Renée disait que je ne faisais qu'un caprice en quittant la maison pour venir ici et elle n'était pas loin de la vérité. Elle gérait toujours ma vie et je la laissais toujours faire. Je ne savais pas si j'aurais la force de couper les ponts et de me débrouiller par moi-même, spécialement maintenant que ma vie n'était plus cadrée. Alors je prenais ses appels, lui donnant le minimum dans un effort d'apaisement sans complètement renoncer à lui tenir tête.

Sans Renée je ne sais pas comment serait ma vie. Il semblait que ce que j'étais était ce qu'elle avait fait de moi. Si je me regardais dans un miroir je verrais une fille moyenne et ordinaire : cheveux bruns qui tombaient sur mes épaules et des yeux bruns ennuyeux qui ressortaient sur une peau naturellement pâle qui était ainsi à cause du peu de temps que je passais au soleil. J'étais petite et mince, la seule caractéristique notable dont je pouvais me vanter était le tonus musculaire que j'avais à cause de mon style de vie excessivement actif.

Renée avait pris la fille simple et l'avait rendue glamour. Les articles de presse me disaient belle mais seulement parce qu'ils me voyaient sur la glace en costume et maquillage de scène. Renée m'attaquait avec une équipe de stylistes chaque fois que j'avais une séance photo ou que je faisais une apparition à la télé. Peut-être est-ce la raison pour laquelle cela n'avait jamais été aussi difficile pour moi.

Ce n'était pas que je méprise nécessairement cette partie. Ce n'était pas du tout ce que je préférais, les séances photos et la publicité me semblaient toujours si étranges. Je n'ai jamais eu l'impression d'être une célébrité et j'avais l'impression de jouer un rôle la moitié du temps.

Ce que je détestais vraiment c'était le fait d'être coaché dans tous les aspects de ma vie. Je m'y attendais sur la glace, peu importe le nombre de médailles que vous gagnez ou le prestige dont vous jouissez, vous en avez toujours besoin. Hors de la glace c'était une chose différente. J'étais coaché sur quoi dire à tout moment, comment agir, quand sourire aux caméras, quoi porter, quoi manger, où aller.

C'est pourquoi la semaine passée avait été si merveilleuse. Personne n'était là pour me dire quoi que ce soit. Bien sûr Alice était un peu enthousiaste à certains moments mais je savais qu'elle ne me forcerait jamais à quelque chose que je n'aimais vraiment pas sous prétexte que c'était "pour mon bien" ou "le bien de ma carrière".

Depuis que j'étais arrivée ici, je portais ce que je voulais, même si cela faisait parfois grincer les dents d'Alice. J'allais me coucher et je me réveillais quand j'en avais envie, pas quand l'alarme se déclenchait pour me dire de sortir mes fesses du lit et aller à la patinoire. Bien sûr je me réveillai plus tôt que nécessaire mais les vieilles habitudes avaient la vie dure. Je mangeais ce que je voulais mais je savais que le grignotage incessant ne pourrait pas continuer longtemps sans conséquence puisque je ne brûlais pas les calories comme j'étais habituée à le faire.

Avec ça en tête je décidais de me mettre à ma session de yoga du soir. Alice serait ici dans moins d'une heure et nous serions sorties jusqu'à tard dans la soirée. Ce soir c'était le match de hockey et en fait j'étais assez excitée. Alice et Rose semblaient apprécier d'y aller, elles en avaient parlé toute la semaine et se serait agréable de voir les garçons à nouveau. Je me changeai rapidement et poussai la table basse contre le canapé pour faire de la place pour mon tapis, appréciant la routine et l'étirement bienvenu de mes muscles.

"Toc, toc !" entendis-je, Alice appeler un peu plus de quarante-cinq minutes plus tard alors que j'étais au milieu de la pose du scorpion.

J'entendis le claquement de ses talons alors qu'elle entrait dans la pièce mais je ne pouvais voir que ses genoux quand elle s'arrêta devant moi. "Est-ce que quelqu'un t'a dit que c'est vraiment malsain que tu restes assise comme ça sans jamais rien faire ? Sérieusement Bella ta paresse me dégoûte !" dit-elle, sarcastiquement.

"Nous ne pouvons pas tous être aussi bénie que toi et avoir cette capacité à manger tout ce que nous voulons sans prendre un seul kilo," commentai-je, en baissant lentement mes jambes pour m'étirer dans la pose de l'enfant.

"Blague à part, comment diable fais-tu ça ? Ce n'est pas normal !"

"Je ne sais pas, tu le fais juste je suppose."

"Ça fait mal. "Je crus entendre le grincement dans son ton alors que je faisais la posture du corbeau volant. "C'est plutôt confortable," répondis-je, entre deux respirations gloussant simplement à son soupir d'incrédulité.

"As-tu bientôt fini ?"

"Oui je termine," lui assurai-je, en me baissant vers le sol. "Je ne t'ai pas oubliée."

"Bien sûr que non, je suis tout à fait inoubliable."

"C'est sûr," ricanai-je,.

"Va prendre une douche, je vais préparer tes vêtements."

"Alice nous allons à un événement sportif décontracté, je pense que je peux choisir ma tenue."

"Sornettes Bella, remballe tes affaires de contorsionniste dans la salle de bain et laisse-moi m'occuper du reste," ordonna-t-elle, en m'attrapant par les épaules et en me poussant hors de la pièce.

Je roulai des yeux mais fis ce qu'elle me dit. Même Alice n'était pas suffisamment folle pour me faire porter une robe de cocktail pour une soirée à l'extérieur dans une patinoire bondée et bruyante. Si ?"

Qui sait ?

"Pas question Alice que je me mette… ça ?" protestai-je, en montrant le vêtement qu'Alice tenait quand j'entrai dans la chambre.

"Oh allez Bella, Rose et moi allons porter pratiquement la même chose."

"Ça ne rend pas les choses meilleures."

"Qu'est-ce qui ne va pas avec ça ?" demanda-t-elle, en agitant la chemise vers moi.

"Je ne fais pas dans le strass."

Sa réponse fut simplement de hausser les sourcils.

"Quoi ?"

"Bella j'ai une preuve sur photo que tu peux porter des strass. Probablement plus que j'en ai jamais porté pendant ma vie entière."

"C'est différent. Ce sont des costumes. Dans ma vie de tous les jours, pas de strass, sequins, paillettes ou quoi que ce soit qui contienne plus que l'absolu minimum de lycra."

"Mais tu peux à peine le deviner !" gémit Alice, en me passant la chemise.

Je la reculai pour lui jeter un autre coup d'œil. Elle était verte avec une petite icône au centre, c'était le logo des Wild avais-je, appris. Elle n'était pas si mal en dehors des strass.

Je négociai, "Je choisis le jeans et les chaussures que je veux alors," levant les yeux pour voir une expression de joie sur son visage avant que j'expose ma dernière exigence. "Et un truc pour me mettre sur la tête,"

"Hein ? Mais Bella…"

"Ce sont mes conditions. Tu veux que je porte quelque chose qui étincelle alors tu dois me laisser un peu de liberté."

"Bien", bouda-t-elle. "Puis-je, choisir le chapeau ?"

"Si l'une de vous a une casquette de baseball, j'accepterai de coordonner."

"Hé. Ce n'est pas le cas. Rose en a peut-être une qu'Emmett lui a donnée. Laisse-moi aller vérifier." Elle revint quelques instants plus tard, avec une simple casquette de baseball rouge à la main, la tenant devant elle avec deux doigts comme si elle avait peur qu'elle soit contagieuse.

"Parfait, merci !" Je l'arrachai de sa main et la jetai sur le lit à côté de mon jean et t-shirt.

"Si tu veux couvrir tes cheveux avec ce truc, je peux au moins te maquiller ?"

"Oui mais n'en fais pas trop," concédai-je.

Vingt minutes plus tard, mes cheveux étaient secs et tirés à travers le trou de la casquette pour être attachés dans une queue ondulée dans mon dos. Alice tint sa promesse et ne m'attaqua qu'avec un peu d'eye-liner, du mascara et du brillant à lèvres.

Elle se précipita chez elle pour se préparer et attraper Rose pendant que j'enfilais les nouvelles bottes que j'avais achetées au centre commercial plus tôt dans la semaine. Elles étaient incroyablement confortables et je pourrais facilement devenir infidèle à mes converses préférées.

Je fermai ma porte et frappai chez Alice et Rose. Elles n'arrêtaient pas de me dire d'entrer sans frapper mais je n'étais toujours pas à l'aise de le faire.

"Entre, Bella !" dit Rose de l'intérieur. Le son d'un sèche-cheveux venait de chez Alice et Rose était en train de remonter ses bottes noires aux genoux pendant qu'elle était perchée sur l'accoudoir de leur canapé.

"Hey !" la saluai-je.

"Hé ! Alice ne devrait pas tarder. Elle est étonnamment rapide quand on la force à l'être..." A ce moment-là, le bourdonnement s'arrêta et Alice se retrouva dans le séjour moins de trente secondes plus tard.

Elle ne m'avait pas menti en disant que Rose et elle porteraient pratiquement la même chose. Elles avaient toutes les deux des chemises semblables à celle qu'Alice m'avait imposée, seulement en rouge et avec encolure plus basse et des manches plus courtes. Au moins, elles avaient pris des pulls pour se couvrir un peu ou j'aurais remis en question leur santé mentale. A l'intérieur ou non, c'était encore janvier et une patinoire n'était pas un endroit pour les débardeurs. A partir de la taille, nous aurions pu être des triplés : jeans et bottes noires, bien que Rose et Alice aient les talons pendant que je restais à plat sur mes pieds.

"On y va ?" demanda Alice, en ouvrant la porte et en nous faisant sortir.

Nous avions décidé de prendre un taxi jusqu'au Xcel Energy Center car notre appartement était un peu trop loin pour que nous bravions l'air nocturne mordant. Alice avait mentionné que nous allions probablement retrouver les gars après le match soit pour fêter, soit pour compatir, selon la façon dont ils allaient jouer et nous ne voulions pas avoir à nous occuper des voitures et à mettre en place un système de chauffeur désigné si cela devenait nécessaire. Je haussai les épaules et allai avec elles. Il semblait qu'elles aient l'habitude de faire ainsi. Je ne pouvais qu'imaginer le nombre de matchs auxquels elles avaient assisté avec trois personnes si proches d'elles dans l'équipe.

Nous nous arrêtâmes devant la patinoire quelques minutes plus tard. Il y avait des gens qui traînaient partout dans un mélange de rouge et de vert. Plus de la moitié d'entre eux portaient une sorte de maillot d'équipe et j'avais repéré une grosse partie de ceux qui portaient E. Cullen, Em. Cullen et Hale. Nos billets validés, nous partîmes bras dessus bras dessous en nous frayant un chemin à travers la foule de fans bruyants.

"Ils sont là-bas !" Alice pointa du doigt quand nous avons eûmes une trouée dans la foule et nous vîmes Carlisle debout à côté d'une petite femme qui nous faisait signe. Alice fila pour leur donner une étreinte exubérante, nous laissant à la traîne Rose et moi. Quand nous les atteignîmes, Rose me lâcha le bras pour étreindre la femme et puis Carlisle, tournant son visage vers moi, agita ses sourcils en s'amusant et je ne pus m'empêcher de rire un peu.

"Bella !" dit Carlisle quand Rose recula. "C'est merveilleux de te revoir." Il m'entraîna dans une étreinte et j'avalai ma langue en état de choc. Ça me prit un moment pour reprendre mes esprits.

"Ouais, euh, toi aussi, Carlisle," dis-je,, en me frottant la nuque.

Il fit signe à la femme à côté de lui. "Voici ma femme, Esmée."

La femme était d'une beauté classique. Je m'attendais à ce qu'elle soit à couper le souffle vu le reste de sa famille. Elle me rappelait Hollywood et des stars de cinéma comme Rita Hayworth et Greta Garbo. Elle était plus grande qu'Alice, juste de ma taille. Ses cheveux caramel tombaient en vagues autour de ses épaules et il était clair qu'Alice avait hérité des beaux yeux verts de sa mère, bien que ceux d'Esmée ressemblent plus au vert d'une prairie. Tout en elle émettait de la douceur et de l'élégance.

"Quel plaisir de te rencontrer, chérie," dit-elle, m'enveloppant d'une étreinte rapide. Et voilà ça c'est prouvé. Ces Cullen aiment définitivement faire des câlins. C'était peut-être un autre truc du Minnesota. "Carlisle et Alice m'ont tant parlé de toi. Oh, et Emmett aussi, bien sûr…" Je rougis, curieuse de savoir ce qu'ils avaient dit.

"Veux-tu t'asseoir à côté de moi pendant le match, ma chère ? J'adorerai avoir l'occasion de te parler un peu puisque le reste de ma famille semble si pris avec toi", dit-elle, avec un sourire amical.

"Bien sûr, c'est très bien," lui dis-je, en mettant gauchement mes mains dans mes poches.

"Merveilleux ! Allons trouver nos places, d'accord Carlisle déteste rater l'échauffement." Esmée se retourna et posa sa main sur l'épaule de Carlisle, lui chuchotant quelque chose à l'oreille et il se blottit à son contact. Il hocha la tête et lui sourit affectueusement, en enroulant son bras autour d'elle avant qu'ils n'entrent dans le tunnel menant à la patinoire.

Alice et Rose les suivirent et ils m'appelèrent quand je restais sur place, momentanément enchantée par l'amour évident que Carlisle et Esmée manifestaient l'un envers l'autre. Bien que j'aie été impressionnée et légèrement envieuse de voir les relations solides entre Jasper et Alice et Emmett et Rosalie, voir Carlisle et Esmée ensemble était vraiment merveilleux.

Au bout du tunnel court et sombre, j'émergeai au sommet d'un escalier raide et en béton dans une patinoire bien éclairée. C'était encore plus bruyant ici que dans le couloir. Le bourdonnement des centaines de personnes bavardant pendant qu'elles trouvaient leur siège, avec des applaudissements occasionnels et la musique en arrière-plan.

Le match ne commençait pas avant trente minutes et déjà beaucoup de gens remplissaient les gradins. Je n'avais jamais été dans cette patinoire avant mais elle semblait être un magnifique endroit pour patiner. En jetant un coup d'œil vers le bas sur ce tapis de glace lisse, j'eus un petit coup de nostalgie. Je n'avais toujours pas fait de progrès pour décider de ce que je voulais mais je savais une chose : la glace me manquait.

A ce moment-là, je ne voulais rien d'autre que lacer mes patins et tourner en rond sur cette surface sans défaut.

J'émergeai de mes pensées quand quelqu'un me poussa légèrement par derrière, en essayant de passer.

Je descendis les marches et les rangées jusqu'à l'endroit où je voyais Alice et le reste de notre groupe.

"Quoi, vous n'avez pas de loge ?" demandai-je, à Alice, en plaisantant quand j'atteignis le bon gradin.

"Nous avons déjà eu cette expérience avant. Esmée et Carlisle aiment être dans l'action. En plus, c'est beaucoup plus amusant de cette façon." Nous étions à trois rangs derrière le verre et en plein centre de la glace. Nous ne pouvions pas être beaucoup plus dans l'action me sembla-t-il. Nous nous installâmes dans nos sièges, Rose en premier puis Alice, moi ensuite Esmée et Carlisle au bout.

"Les filles me disent que c'est ton premier match de hockey, " dit Esmée.

"Oui," confirmai-je.

"Eh bien, tu vas te régaler, c'est amusant," dit-elle, pleine d'enthousiasme. C'était facile de suivre son excitation sincère et je commençai à comprendre un peu d'où Alice tenait son enthousiasme.

"Ça a l'air," dis-je, en lançant un regard vers un groupe de fans purs et durs à quelques rangs de là. Ils étaient ornés de perles multicolores et plein de peinture sur le visage. L'un d'eux avait même un pichet grand et rouge qui semblait être un porte-gobelet puisque la bière était dedans. Esmée rit un peu et m'informa que Carlisle en avait un à la maison. Je lui jetai un coup d'œil pour le voir étudier attentivement le programme. Il semblait se concentrer autant sur la lecture des statistiques que sur mes dossiers médicaux à l'hôpital.

"Hé ?" Alice se tourna vers nous. "Rose et moi allons aller chercher à manger avant que ça commence, vous voulez quelque chose ?"

"Juste de l'eau pour moi, Ali," répondit Esmée.

"Non, ça ira", lui dis-je. Alice roula simplement des yeux et je sus qu'elle n'écouterait pas. J'étais sûre qu'elle reviendrait avec une brassée de friandises qu'elle essaierait de m'imposer.

"Alors, Bella, tu aimes le Minnesota ? Alice a dit que tu as déjà vécu ici auparavant…" dit Esmée une fois que les filles furent passées devant nous.

"Oui, quand j'étais enfant. Ma mère et moi avons déménagé quand mon père et elle se sont séparés."

"Je suis désolé d'entendre ça. Cela a dû être difficile pour toi," dit-elle, tendant sa main pour caresser la mienne légèrement.

"Un peu, je suppose. Mon père est retourné à Washington, je ne le vois pas beaucoup. Ma mère est en Floride, c'est là où je vivais jusqu'à la semaine dernière."

"Grand changement de climat," gloussa-t-elle.

"Mais c'est sympa. J'aime les changements de saison ici. J'aime le fait que ce soit une plus grande ville mais pas écrasante et désagréable."

"Alors tu t'installes ?"

"Oui, c'est vraiment génial jusqu'à présent. Alice et Rose ont été si amicales. Jasper et Emmett ont aidé à la peinture et à l'aménagement de mon appartement. Ils sont tous géniaux."

"Oui, nous avons eu beaucoup de chance d'avoir Jasper et Rosalie dans les parages. Ils ont été si merveilleux pour mes enfants. Alice et Emmett en particulier, pour des raisons évidentes."

"D'après ce que j'ai vu, ils vont tellement bien ensemble."

"C'est vrai", acquiesça Esmée. "Cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas leurs problèmes, tous les couples en ont. Le calme et la patience de Jasper contrebalance l'étrangeté et la vivacité d'Alice et Rose ne laisse pas Emmett s'en tirer avec n'importe quoi. En tant que mère, je ne pourrais pas être plus chanceuse qu'ils aient tous les deux trouvé des partenaires qui les acceptent tels qu'ils sont et les aiment ainsi. J'aimerais seulement que mon autre fils puisse avoir autant de chance."

"Edward, c'est ça ?"

"Oui," soupira-t-elle, légèrement. "Edward n'a jamais été aussi extraverti qu'Alice ou Emmett. Il est plus calme, content d'être seul la plupart du temps. Il est un peu plus casanier, on pourrait le dire. Tout le monde ne comprend pas cela, surtout les femmes qu'il a tendance à rencontrer. Elles le voient toutes comme un brillant prix. Un athlète professionnel devrait faire la fête et vivre la grande vie, n'est-ce pas ? Ça n'a jamais été quelque chose qui l'a attiré."

"Je ne sais pas. D'après mon expérience, la vie d'un athlète professionnel n'a rien à voir avec le scintillement et le glamour. Au moins, si tu fais de vrais efforts dans le sport."

"C'est bien de voir une jeune femme comme toi avoir les pieds sur terre." Elle s'arrêta un moment, semblant hésiter un peu avant de continuer. "Bella, j'espère que ça ne te dérange pas que je parle de ça. Je suis sûre que tu en as assez de tout ça. Je voulais juste dire que je suis une de tes admiratrices depuis toujours."

"Oh, merci, Esmée," répondis-je, me sentant légèrement mal à l'aise à cause de l'attention.

"Comme je l'ai dit, je suis sûre que tu en as assez d'entendre cela tout le temps mais tu es une si belle patineuse. C'est une joie de pouvoir te regarder patiner. Je me souviens encore d'avoir regardé les derniers Jeux Olympiques. Alice a pleuré pendant ton Clair de Lune, bien qu'elle ne veuille jamais l'admettre. On a même convaincu les garçons de regarder. Bref, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise..."

"Non, non, Esmée. Ne t'inquiète pas pour ça. Merci d'avoir dit ces choses. Ça me touche beaucoup de l'entendre, surtout maintenant."

"Je ne m'inquiéterais pas trop…" m'encouragea Esmée, en frottant mon genou blessé. "Si ça doit arriver, ça arrivera. Et toi, ma chère, tu es censée être sur cette glace."

"Et si je ne peux plus ?" demandai-je, tranquillement, me surprenant de parler de mes insécurités à voix haute à une femme que je ne connaissais à peine. Il semblait que ça m'arrive beaucoup dernièrement. "Je veux dire, j'y étais habituée mais peut-être que c'est fini ?"

"Eh bien tu trouveras quoi faire en partant de là. Bella d'après le peu que je connais de ta personnalité, ce que j'ai appris grâce à mes enfants et en te regardant au fil du temps, je suis optimiste, tu trouveras une façon de t'épanouir, peu importe les circonstances. C'est quelque chose qui est en toi. Si patiner n'est plus dans ton jeu, tu trouveras autre chose."

"Je ne sais pas si je pourrais," admis-je, la regardant dans les yeux et n'y voyant rien d'autre que de la confiance et de la compassion.

"Si, ma chère. Je pense que tu es beaucoup plus forte que ce que tu croies," dit-elle, doucement, posant son doigt sous mon menton pour le lever légèrement et elle me sourit chaleureusement.

Rose et Alice revinrent, nous passant devant et comme je l'avais prévu dès qu'elle fut assise, Alice fourra un grand verre dans mon porte-gobelet et tendit un gros bretzel salé. Plutôt que de me plaindre, je roulai simplement des yeux et mordis dedans.

"Tu as une mauvaise influence, Alice," marmonnai-je, la bouche pleine. "Je vais devenir un dirigeable en un rien de temps, vu la façon dont tu me fais manger…"

"Je t'en prie, tu es si petite, Bella comme si un bretzel et quelques bonbons allaient y changer quelque chose, tu dois te lâcher une fois de temps en temps."

"En général quand je pense aux collations je dois débattre pour savoir si ça vaut le coup que je prenne du poids que tôt ou tard je vais devoir perdre."

"Nous savons toutes les deux que tu vas te remettre à travailler avec ces mouvements fous… Sois indulgente Bella ça peut-être une chose merveilleuse," soupira-t-elle, en mordant dans son hot dog avec un gémissement.

Je ris et mordis à nouveau dans mon bretzel, profitant du goût comme elle l'avait suggéré. Le bourdonnement de la foule s'intensifia avant d'éclater en des séries d'acclamation et le bruit familier du métal résonna sur la glace.

Je levai les yeux et vis des hommes se frayer un chemin. Ils se séparèrent en deux, une masse de vert et une autre blanche et bleue. Rose et Alice applaudirent à côté de moi, lâchant quelques cris ridicules alors qu'elles cherchaient Emmett et Jasper dans la mêlée. Carlisle se contenta de s'asseoir sur son siège, posant son menton sur ses mains et étudia les joueurs.

"On n'en tirera plus un mot jusqu'à la fin de la soirée," me dit Esmée, en roulant des yeux vers son mari. "Il est dans la zone maintenant, il analysera chaque mouvement que font les garçons et les entraînera dans un jeu passionnant plus tard, tu ne te douterais jamais qu'il n'a pas joué au hockey une seule fois dans sa vie."

"Vraiment ? Jamais ?" demandai-je, vraiment surprise. "Alors comment vous vous êtes retrouvés avec deux fils qui jouent au hockey professionnellement ?"

"Carlisle a toujours été un fan de ce sport donc nous avons commencé avec la petite ligue quand ils étaient jeunes, Carlisle est comme tous les hommes, il n'a jamais pratiqué de sport mais il aime regarder, il s'est mis dans les statiques et prédisait les résultats puisqu'il est plus à l'aise dans les maths et il a même lancé des paris sportifs à l'université."

"Pas possible ! ?" ris-je, trouvant difficile d'imaginer l'homme sérieux en face de moi, prendre des paris et distribuer des statistiques, donner des conseils pour parier.

"Il était assez rebelle quand je l'ai rencontré," soupira Esmée avec nostalgie. "Ce sont les gens calmes que tu dois surveiller le plus, Bella il y a toujours quelque chose qui couve sous la surface."

Je regardai vers la glace à l'endroit où les joueurs tournaient à présent, envoyant les palets dans le filet. Emmett était facile à trouver en raison de sa taille. Et avec les centimètres supplémentaires que lui donnaient ses patins il devait se rapprocher des deux mètres treize. Jasper était plus difficile à repérer parmi le groupe car ils étaient tous lourdement équipés et portaient des casques avec des masques en plastique pour protéger leurs visages. Je le trouvai enfin à la fin de la file d'attente après avoir fait son tir. Les têtes d'Alice et Rose étaient l'une contre l'autre et elles rigolaient comme des collégiennes et occasionnellement montraient quelque chose.

"Alice est-ce que tu as parlé à ton frère récemment ?" demanda Esmée, en regardant la glace et en se penchant contre moi pour qu'Alice puisse l'entendre.

"Non pas depuis mercredi," répondit-elle, elle regardait au même endroit qu'Esmée.

"Il a semblé un peu distrait ces derniers temps, très calme, je me suis demandé s'il était malade ou quelque chose…" songea Esmée, une légère inquiétude teintait sa voix.

"Il ne m'a rien dit. Il a été vraiment bizarre mardi et ensuite quand je l'ai appelé mercredi pour lui demander comment il allait… il était de mauvaise humeur. Même pour lui."

Je passai mon regard sur chaque joueur essayant de lire les noms sur le dos de leurs maillots pendant qu'ils se déplaçaient jusqu'à finalement arriver au numéro dix : E. Cullen. Il me faisait face la plupart du temps, attendant son tour devant le filet et passant négligemment le palet de l'avant à l'arrière de sa crosse. Quand son tour arriva il décolla en un éclair, traversant doucement la glace, passant le palet une fois, deux fois, trois fois d'un côté à l'autre devant lui avant de le lancer au gardien. Alors qu'il faisait demi-tour derrière le filet je pus mieux voir son visage.

Pas possible.

C'était difficile de le voir clairement à travers le masque mais ce que je vis me coupa le souffle. C'était ce même visage qui était apparu dans mes rêves chaque nuit pendant les dix derniers jours. Toutes les pièces s'assemblèrent en un instant. Le prénom Edward n'était pas si commun que ça pour un jeune homme. Il avait dit que sa sœur vivait en ville. Il sortait le mardi soir avec ses amis. Alice et Rose étaient sorties rejoindre les gars mardi. Les yeux. Les yeux d'Alice. Ce n'était pas seulement une coïncidence qu'ils me semblent aussi familiers. C'était les mêmes dans lesquels je m'étais noyée ce jour-là.

Edward était le frère d'Alice.

Je refermai la bouche et tournai la tête vers Alice, effrayée qu'elle ait remarqué que je bavais stupidement mais elle regardait toujours vers son frère en discutant avec Esmée, ignorant totalement ma découverte.

"Hé Bella !" Elle me poussa du coude et le désigna du doigt. "C'est Edward. Numéro 10. Il faut que tu le rencontres après le match !"

"Ouais super," je tentai d'apparaître nonchalante alors que les papillons commencèrent à s'agiter dans mon estomac à l'idée d'être à nouveau face à lui. J'étais à moitié horrifiée et à moitié folle de joie. S'il se souvenait de moi ? Et si non ? Qu'est-ce qui était le pire ? Serait-il, en colère que je ne sois pas allée le retrouver l'autre soir ? Peut-être qu'il ne s'en souvenait même pas. Malgré toutes ces questions je n'arrivais pas à faire redescendre l'excitation que je ressentais rien qu'en le voyant.

Il existait vraiment en dehors de mes rêves. Il était là, juste devant moi. Et il avait été très proche pendant tout ce temps-là. J'allais le voir à nouveau.

Très bientôt.

"Il faudra que tu lui pardonnes," continua Alice, inconsciente de ma lutte intérieure. "Il s'est conduit de façon bizarre et il n'est pas des plus sociables."

"Je ne sais pas ce qui lui arrive," la coupa Esmée, le sourcil froncé par une vague inquiétude. "D'habitude il me parle si quelque chose le dérange."

"C'est vrai," me dit Alice. "Il est vraiment le fils de sa maman."

"Oh ne plaisante pas Mary Alice !" la réprimanda Esmée. "Edward a toujours eu un cœur si doux… il ne digère pas les choses aussi vite qu'Emmett ou toi."

"Ça doit être un problème de fille," intervint Rose, lorgnant toujours sur Emmett du coin de l'œil alors qu'il se déplaçait.

"Qu'est-ce qui te fait dire ça Rose ?" demanda Esmée, alors que j'essayai de cacher mon rougissement sous la visière de ma casquette.

"Au bar il était nerveux, il regardait la porte et ne pouvait pas enlever sa main de dans ses cheveux. Vers la fin de la soirée il est devenu teigneux et pinçait son nez comme il le fait toujours quand il est énervé… tu sais les tics habituels d'Edward."

"Pas ça," Alice était totalement en désaccord. "Je le saurais s'il avait rencontré quelqu'un, je peux toujours le dire."

"Tu n'es pas omnisciente Ali, peut-être que je me trompe mais mon radar me dit que notre cher Eddie a une fille en tête."

J'essayai de ne pas top me faire d'illusions par rapport à ce qu'elles disaient mais je n'arrivais pas à arrêter mes pensées de courir en me regardant tordre mes doigts sur mes genoux anxieusement. Ce n'était pas possible qu'il pense à moi. Si ?

Mardi soir, il m'avait dit qu'il sortait avec des amis. Avait-il, pu m'attendre ? Etait-il, contrarié parce que je ne m'étais pas montrée et qu'il était déçu ? C'était si difficile de penser que j'avais pu occuper ses pensées dans une petite mesure au cours des dix derniers jours. Il avait été dans les miennes mais je n'avais jamais pensé qu'il en soit de même pour lui.

Ça n'avait aucun sens.

Il était tellement beau et apparemment si extraordinaire, c'était sûr qu'il allait rester dans mes pensées. Je n'étais rien. Une fille simple, hésitante, avec des béquilles quand nous nous étions rencontrés. Il ne semblait pas m'avoir reconnue en tant que patineuse. Il n'y avait rien en moi qui puisse attirer son attention. Non, il avait été seulement poli. D'après le peu que j'en savais par Esmée il était évident qu'elle l'avait élevé ainsi. Peut-être avait-il, rencontré quelqu'un d'autre. Ça devait être ça.

En levant les yeux je remarquai qu'il regardait vers nous en patinant paresseusement, en attendant son tour. Je pus voir un éclair de reconnaissance sur son visage à travers le masque quand il trouva ses parents dans la foule. Il passa de moi à sa sœur puis à Rose et puis il s'arrêta soudainement. Ses lames provoquèrent un petit raz de marée de copeaux de glace alors que ses yeux revinrent sur moi. Tout le mouvement et tout le bruit autour de moi s'arrêta. C'était comme si quelqu'un avait appuyé sur le bouton PAUSE de ma vie.

Mon souffle se coinça dans ma gorge alors que nos yeux se connectaient à travers le verre et la patinoire entre nous, l'intensité de son regard me donnait l'impression qu'il était très près de moi.

Je ne savais pas quoi faire.

Devais-je, sourire ? Saluer ? Détourner le regard ? Mais je ne pouvais rien faire de tout cela. Je ne pouvais même pas cligner des yeux. J'étais figée.

Puis quelque chose m'empêcha de voir Edward pendant un instant et les sons et l'action revinrent. Le bouton play se réenclencha lorsque notre contact visuel fut rompu.

Je secouai légèrement la tête pour m'éclaircir les idées mais je ne pouvais pas regarder ailleurs. Edward était toujours là, regardant dans ma direction mais Emmett s'était approché de lui et tapotait son casque. Edward lui dit quelque chose et il jeta un coup d'œil, saluant jovialement lorsqu'il repéra notre groupe. Emmett le poussa de façon joueuse dans les côtes jusqu'à ce qu'Edward le secoue et le tape sur la tête puis il me regarda immédiatement.

"Il est mignon, n'est-ce pas ?" demanda Alice, me faisant sauter un peu sur mon siège et rougir d'être prise à le regarder fixement. J'avais pratiquement oublié tout le monde autour de moi et je me rendis soudain compte à quel point j'étais malheureusement transparente. Je me tassai un peu dans mon siège, saisissant le verre qu'Alice m'avait apporté pour me distraire.

"Quoi ?"

"Edward ? Il est mignon."

"Euh, bien sûr. Je suppose," répondis-je, autour de ma paille. Mignon, c'était un euphémisme radical. Je sirotai le soda glacé dans l'espoir que ça me rafraîchisse le visage.

"N'essaie pas de me tromper, Bella. Je te vois rougir sous cette vilaine casquette," dit Alice en se moquant de moi, son doigt manucuré sur ma joue.

"Peu importe, Alice," essayai-je, de la repousser, en voulant ajuster la vilaine casquette.

Elle gloussa simplement et dit : "Tu n'es pas la seule à regarder..."

Je jetai un coup d'œil sur les gens qui nous entouraient, apercevant quelques femmes qui ricanaient, faisant des signes de la main vers les joueurs, essayant d'attirer leur attention.

"Eh bien, tu l'as dit toi-même, Alice, il est mignon. Bien sûr que les gens le regardent."

"Non, idiote, pas les dégoûtantes du palet. Edward. Qui te regarde fixement."

Ma tête tourna, mes yeux reviennent automatiquement à l'endroit où je l'avais vu pour la dernière fois. C'est sûr, il était toujours là à me fixer. Emmett n'était plus avec lui, après être retourné à son échauffement mais Edward se tenait toujours là, son front légèrement plissé de concentration. Quand il me vit le regarder à nouveau, un beau sourire tordu se répandit sur son visage. Il secoua un peu la tête et eut une expression confuse avant de soulever sa main gantée dans un léger mouvement de salut. Je levai timidement la mienne pour lui rendre son salut et je me mordis la lèvre quand je réalisai que je lui souriais en retour.

Un buzzer strident résonna dans l'arène et il patina, rejoignant ses coéquipiers pour sortir de l'autre côté de la glace, en me jetant un regard. Je suivis sa silhouette jusqu'à ce qu'il disparaisse dans le tunnel.

"Ahem," Alice s'éclaircit la gorge et je la regardai d'un air penaud. Elle souleva simplement un sourcil avec un sourire sournois et s'assit sur son siège, se tournant vers l'autre côté pour chuchoter de façon suspecte avec Rose.

La machine Zamboni commença à lisser la glace, effaçant les marques des lames de l'échauffement. Esmée continua à me demander comment je m'adaptais et à me renseigner sur des magasins et cafés locaux.

Bientôt, les lumières s'éteignirent lorsque la Zamboni sortit et toute la patinoire fut plongée dans l'obscurité. Une chanson rock hurla dans les haut-parleurs et des clips furent diffusés sur l'écran géant, montrant les faits importants du dernier match pour exciter les fans. La vidéo se transforma en ce qui devait être une sorte d'hymne de l'équipe et je pus en distinguer quelques mots puisque les filles chantaient à côté de moi. Quelque chose à propos de se battre jusqu'à la fin, s'aiguiser les dents et Pays du hockey. Ça avait l'air violent.

Les applaudissements reprirent lorsqu'un projecteur toucha la glace à la suite d'un jeune garçon en maillot de hockey qui patinait pour planter un drapeau dans le cercle central. La foule fit de plus en plus de bruit et je commençai à applaudir aussi en me retrouvant prise dans toute cette énergie.

"Ok, Minnesota, debout ! Les voilà qui arrivent : Vos Minnesota Wild !" rugit l'annonceur, alors que les projecteurs balayaient la foule et qu'une corne de brume se faisait entendre. Je me levai en même temps que les autres, autour de moi. Je ne pouvais pas m'entendre penser tant la foule criait pendant que les joueurs réapparaissaient sur la glace, tournant comme des requins sur leurs côtés respectifs.

"Maintenant, voici l'équipe de Minnesota Wild !" Je fus étonnée d'entendre le nom de Jasper annoncé en défense et Edward au centre. Emmett apparemment entrerait en jeu plus tard quand ils auraient besoin d'un homme fort*. Les cris devinrent assourdissants quand Edward fut présenté et je me mis à rire toute incrédule, en voyant autour de moi les milliers de fans qui criaient pour lui. Je me demandais s'il était poussé par leur enthousiasme ou s'il se sentait dépassé par tout cela parfois, comme ça m'était déjà arrivé.

La foule se calma un peu quand on nous demanda de nous lever pour l'hymne national et je surpris Edward me regardant à nouveau pendant que l'air familier était chanté par un artiste local. Une fois de plus, je ne pus pas détourner de lui.

Après l'hymne national, les joueurs prirent position. Je vis Edward s'accroupir au centre de la glace et l'arbitre se mit entre son adversaire et lui alors qu'ils attendaient que le palet retombe sur la glace pour commencer à jouer. Je retins mon souffle quand je le vis tomber et je fus instantanément soufflée par la vitesse et l'excitation.

Alice et Rose étaient encore plus intenses que ce dont je me souvenais en les écoutant quand elles avaient regardé le match à la maison. Mais Esmée était une vraie surprise. Le volume que cette minuscule femme polie pouvait produire était époustouflant et elle était très vocale pour encourager ses garçons. Tous les trois. Chaque fois qu'un d'eux était sur la glace et surtout quand il contrôlait le palet, elle criait.

Je me demandais s'ils pouvaient l'entendre de là-bas.

Carlisle restait en état de transe. Je penserais qu'il s'était endormi les yeux ouverts si je ne les voyais pas bouger et faire le tour de la glace et suivre l'action. De temps en temps, sa mâchoire se serrait s'il y avait une action particulièrement intense. Sinon, il restait silencieux et immobile.

J'applaudis en même temps que la foule et Alice et Rose essayèrent de me donner des indices sur certains des points du match. Ce n'était pas trop difficile à suivre même si j'étais sûre de rater un grand nombre de détails.

Chaque fois que je voyais le numéro dix sauter par-dessus la barrière… et revenir sur la glace, mes yeux se collaient à lui.

Edward était vraiment un beau patineur. Je suis sûre qu'un joueur de hockey ne trouverait pas nécessairement cette description flatteuse mais c'était la seule que j'avais. La façon dont il se déplaçait sur la glace était à la fois impitoyable et élégante. Il était incroyablement rapide mais il avait à peine l'air de dépenser de l'énergie.

De temps en temps tout au long de la première période, je sentais ses yeux sur moi. Chaque fois, c'était comme un bourdonnement d'énergie qui me traversait.

"C'est quoi son problème ?" se plaignit Alice, clairement frustrée.

"Quoi ? Qui ?"

"Edward. Il est juste bizarre. Distrait… à nouveau."

"Comment ça ?" demandai-je, nerveusement, je n'avais rien remarqué, trop occupée que j'étais à le regarder pendant tout ce temps mais je ne faisais pas vraiment attention à ce qu'il faisait réellement.

"Il a raté une simple passe, a été collé deux fois. Juste des erreurs stupides. Ici," dit-elle, en faisant un geste.

"Regarde ça."

Bien sûr, à ce moment-là, je vis Edward faire une pause de l'autre côté de la glace, contre la rambarde et un joueur adverse arriva droit sur lui. Je grimaçai un peu, en mettant mes mains sur mon visage alors qu'il était fortement projeté contre la barrière et qu'il retombait.

Jasper patina devant lui alors qu'il sautait sur ses pieds et semblait lui dire quelque chose. Je pouvais voir Edward serrer sa mâchoire de détermination et ses yeux brûler alors qu'il fila sur la glace après le joueur en bleu et blanc avec le palet. Quelques manœuvres rapides avec sa crosse et Edward avait pris possession du palet. Il faisait face à leur gardien de but. Il fit semblant d'aller à gauche avant de revenir en arrière et de tirer un coup dans le coin supérieur droit du filet, passant devant le gardien de but pour marquer le premier but du match.

La foule se leva alors que la corne de brume s'embrasait de nouveau et je ne pus m'empêcher de crier à pleins poumons. Voir Edward mettre un but était exaltant. Ce qui le rendit encore plus important, c'est le fait que même si ses coéquipiers étaient entassés dans une accolade autour de lui, ses yeux étaient pointés directement sur moi alors qu'un sourire fier ornait son visage.

Par la suite le match resta serré, l'avance oscillant entre les équipes et dans les dernières minutes de la deuxième période, il semblait que chaque personne dans le stade était au bord de son siège. Sur la glace, il était clair que les joueurs devenaient de plus en plus agressifs. Je ne surpris plus Edward en train de regarder vers moi à nouveau mais j'aimais le voir dominer sur la glace. Il avait marqué un deuxième but et avait appuyé l'un de ses coéquipiers lors d'une passe décisive.

Au cours d'une accalmie, Rose m'expliquait quelque chose, alors que l'un des joueurs blancs sortit de nulle part et patina derrière Emmett, saisit sa crosse avec deux mains devant lui et percuta Emmett contre la balustrade avec force. Rosalie cria et devint encore plus hargneuse quand il devint évident que l'arbitre n'avait rien vu et n'allait pas siffler la faute.

Esmée sauta sur pieds et je ne pus empêcher ma mâchoire de tomber, en état de choc, en entendant ce qui sortait de sa bouche.

"Allez, l'arbitre, vous êtes aveugle ?! Sors la tête de ton cul et ouvre les yeux !" dit-elle. Personne d'autre autour de moi ne broncha, Carlisle toujours concentré sur la glace pendant que le match reprenait et Alice et Rose continuèrent à commenter jusqu'à ce qu'elles voient mon regard. Alice jeta un coup d'œil à Esmée puis me regarda à nouveau en riant.

"On ne plaisante pas avec les petits de Maman Ours !"

Je me mis à rire avec elle alors qu'Esmée se réinstallait dans son siège, les yeux maintenant rivés sur la glace.

"Tu peux croire ce type," demanda-t-elle, en marmonnant. "C'était un cas d'école de mauvaise utilisation de la crosse, il devrait être en prison !"

"Ne t'inquiète pas Esmée, Emmett se nourrit des mauvais coups, ça lui donne l'occasion de faire un retour sur investissement," dit Rose, en applaudissant alors que les Wild volait le palet à l'autre équipe.

Je pouvais voir Emmett bouillir alors qu'il restait au bord alors que la possession changeait d'équipe plusieurs fois. Il ressemblait à un gros chat qui n'attendait que sa chance pour bondir. Effectivement il ne restait que vingt secondes dans la période et le joueur qui l'avait frappé passait avec le palet. Emmett lui coupa la route, carrant les épaules, faisant tomber le gars, récupérant le palet et s'éloignant à toute vitesse. Il le passa à un coéquipier qui le fit glisser à côté du gardien et il finit au fond du filet.

Pendant la troisième période Edward marqua son troisième but et les Wild menaient cinq à trois et quand nous nous réinstallâmes dans nos sièges, je surpris Alice souriant et secouant la tête.

"Qu'est-ce qu'il y a ?" demandai-je,.

"En parlant de sautes d'humeur," se moqua-t-elle. "Pendant la première période il a agi comme s'il était totalement dans les nuages et maintenant il joue super bien. Il n'est jamais aussi bon tu sais. Ne me comprends pas mal, il est génial la plupart du temps mais ce n'est pas comme s'il atteignait ces records à chaque fois. C'est vraiment bizarre, c'est tout !"

"Ouais bizarre," convins-je, en rigolant à la perplexité d'Alice. Je pouvais deviner la cause de sa distraction précédente car il semblait que chaque fois qu'il faisait une erreur, il regardait dans ma direction. Et je sais que quand je fais une erreur stupide dans mon programme je suis d'autant plus déterminée à coller à chaque mouvement qui arrive pour compenser. Peut-être qu'Edward est pareil.

Le match se termina sans qu'aucun autre but ne soit marqué et le bruit de la foule s'amplifia alors que les gens se dispersaient dans les allées, impatients de rentrer chez eux.

Carlisle finit par sortir de sa transe et un sourire satisfait s'étira sur son visage alors qu'Esmée et lui se tapait dans la main pour ce match gagnant. Nous restâmes dans le coin quelques minutes pour bavarder avant qu'ils nous disent au revoir et aillent voir les garçons pour les féliciter avant de rentrer chez eux. Les gars viendraient ici où ils retrouvaient régulièrement Alice et Rose avant d'aller prendre un verre pas loin.

Esmée et Carlisle me serrèrent dans leurs bras pour me dire au revoir, ils firent de même avec les filles et Esmée me demanda si ça me plairait de la retrouver pour prendre un café un jour. J'acceptai avec enthousiasme sans ressentir le moindre sentiment d'obligation. J'appréciai vraiment la compagnie d'Esmée. C'était différent d'Alice ou de Rose mais bienvenu en même temps.

Vingt minutes plus tard je commençai à flipper sérieusement. Je ne pouvais pas rester tranquille, tordant mes doigts aussi discrètement que possible pour ne pas attirer l'attention d'Alice ou de Rose. Elles bavardaient joyeusement et quand elle m'incluait dans la conversation pour me demander ce que j'avais pensé du jeu et me disant ce que nous allions faire ensuite, j'arrivais à peine à me concentrer sur leurs mots.

J'essayai de répondre et commenter vaguement au bon moment mais je pense qu'elles parlaient de moi quand elles se rapprochèrent et commencèrent à chuchoter. Mes yeux allaient partout ne voulant pas être prise au dépourvu mais n'ayant aucune idée de la direction par laquelle les gars allaient arriver. Soudain j'entendis la voix amicale et envoûtante d'Emmett.

"Babybel !" Je me tournai vers sa voix, roulant des yeux. Il se précipita et me prit dans une étreinte écrasante avant que je puisse voir si quelqu'un d'autre était avec lui.

"Salut Emmett," je me sentis souffler à cause de sa pression sur ma cage thoracique avant qu'il me pose sur le sol.

"Voler en solo hein, fille ? Où sont tes ailes ?"

"A la retraite, espérons-le pour toujours."

"Chouette, alors je peux vraiment te faire tourner maintenant. Alice se plaint beaucoup quand j'essaie. Et elle mord aussi !"

"Ça oui," dit Alice, en faisant claquer ses dents alors que Rose et elle se rapprochaient de nous. "Il a bien fallu que je trouve un moyen de me défendre avec un grand gars comme toi."

"Hé tu me fais mal," dit Emmett, en touchant l'endroit où était son cœur avant de tendre le bras pour lui ébouriffer les cheveux.

"Merde Emmett !" s'écria-t-elle, en se dégageant de sa main pour se cacher derrière Jasper qui était près de nous à présent. Emmett enlaça Rose dans une grosse étreinte, embrassant sa tempe bruyamment et révélant Edward qui était derrière lui.

Il se tenait un peu en arrière, ses mains enfoncées dans les poches de son jeans. Le voir si près de moi à nouveau sans son équipement ne pouvait me donner meilleure appréciation. Ses cheveux étaient humides, de transpiration ou de la douche après match, les rendant plus foncés que ce dont je me souvenais et ils retombaient en mèches sur son front. La légère barbe qui recouvrait sa mâchoire à l'aéroport avait disparu laissant son visage lisse, faisant ressortir la ligne de sa mâchoire et dévoilant une légère cicatrice sur son menton.

Laissant son visage je réalisai que je n'avais jamais réellement vu son corps jusqu'à présent. A l'aéroport il portait une grosse veste et sur la glace il était rembourré ce qui empêchait de voir sa silhouette. Il portait une chemise gris foncé à manches longues ajustée mais pas trop. Je pouvais dire que ses bras étaient musclés mais on ne pouvait pas réellement les voir. Il était beaucoup plus proche de la constitution de Jasper que de celle d'Emmett. A la façon dont le tissu s'étirait sur son torse il était évident qu'il était tonique mais encore une fois je ne pouvais rien voir de précis.

Son jeans foncé couvraient ses longues jambes et il portait des converse usées. En les voyant je dus sourire. J'avais exactement les mêmes à la maison et dans un état similaires, usés. Je rougis un peu lorsque je revins à son visage espérant qu'il n'avait pas remarqué que je le détaillais.

Nos regards se croisèrent à nouveau et je lui offris un sourire timide. Il s'avança laissant un peu de distance entre nous. Il n'envahissait pas mon espace personnel mais je sentis l'air se charger entre nous. Je pouvais pratiquement sentir sa chaleur s'enrouler autour de moi et me tirer vers son étreinte.

"Hé," dit-il, tranquillement, m'envoyant un de ses regards entre ses cils comme il l'avait fait à l'aéroport. Je fondis un peu en entendant sa voix douce à nouveau même si ce n'était qu'une toute petite dose.

"Hé," répondis-je, dans un souffle essayant d'arrêter de vouloir me dérober à son regard et regarder mes pieds. Nous restâmes là sans parler pour je ne sais combien de temps. J'avais complètement perdu la parole, la seule chose que mes pensées pouvaient invoquer c'était 'tu m'as manqué'. J'étais sûre que si je lui disais ça il aurait peur, je me mordis la langue et me contentai juste d'être là, en sa présence, sentant ce regard émeraude me brûler comme s'il pouvait voir jusqu'à mon âme.

"Alors ?" pépia Alice, attirant notre regard alors qu'elle apparaissait à côté de moi, nous regardant l'un puis l'autre plusieurs fois. "Vous vous connaissez ?"

Quelque chose dans son ton était un petit peu trop ravi quand elle posa la question et elle connaissait clairement la réponse.

"Oui en quelque sorte," bafouilla Edward, enlevant une main de sa poche pour tirer sur ses cheveux.

"Nous ne nous sommes rencontrés que quelques minutes," ajoutai-je, quand il ne dit rien de plus.

Le visage d'Alice ressemblait à celui d'un enfant le matin de Noël car je me rappelais juste un instant trop tard que je lui avais confessé mon béguin pour le gars qui m'avait aidé pour les bagages. Ça me prit toute ma volonté pour ne pas pour ne pas me taper la tête contre le mur

"Oh vraiment ?" fit-elle, en me lançant un regard avisé alors que je rougissais comme une tomate. "N'est-ce pas une heureuse coïncidence ? Alors je suppose que je n'ai pas besoin de vous le dire, Bella c'est mon frère Edward Cullen. Edward voilà Bella Swan, notre nouvelle voisine."

"Bella Swan," répéta-t-il, doucement, en tendant sa main pour prendre la mienne, ce qui provoqua une décharge électrique qui secoua tout mon bras à son contact. "C'est un plaisir de te rencontrer officiellement."

"Pour moi aussi," murmurai-je, en réponse, un peu étourdie de me retrouver face à lui et de sentir sa main sur la mienne. Il ne la serra pas mais la tint, dans le petit espace entre nous.

"Allez venez tous les deux," appela Jasper et je levai les yeux pour voir que les autres avaient avancé jusqu'aux portes et qu'ils nous attendaient. "On s'en va…"

Edward sembla hésiter un moment avant de relâcher ma main. Je ne bougeai pas tout de suite, touchant mes paumes pour essayer de retenir la chaleur que sa main y avait laissée.

"Tu viens pas vrai ?" demanda Edward, dans un mélange d'espoir et un soupçon d'urgence. Je levai les yeux pour voir qu'il avait fait quelques pas vers les autres. Il avait dû se retourner quand je ne l'avais pas suivi.

"Oui," dis-je,, en le rejoignant rapidement et marchant avec lui jusqu'à ce que nous atteignions les autres. Jasper portait Alice sur son dos et elle avait enroulé ses jambes autour de sa taille pendant que le bras d'Emmett était drapé sur les épaules de Rose. Ils avaient l'air tellement à l'aise ensemble. Je levai les yeux vers Edward avec un sourire timide alors que nous passions les portes et que je gardai mes bras enroulés autour de moi pour éloigner l'air froid de la nuit. Il marchait près de moi alors que nous suivions le groupe, ses mains dans ses poches.

Nous n'allions pas loin, juste de l'autre côté de l'intersection, dans une sorte de bar irlandais de style pub appelé Le Liffey*. Nous trouvâmes une table dans un coin à l'arrière, le gars recevant des félicitions alors que nous nous éloignions de la foule bruyante.

C'était plus calme quand nous nous installâmes autour de la table et je fus soulagée de pouvoir m'entendre réfléchir à nouveau après le bruit dans la patinoire. Les couples restèrent collés l'un à l'autre, blottis, nous laissant Edward et moi entre eux.

Une serveuse vint vers nous quelques minutes plus tard et Emmett passa commande pour toute la table sans même nous consulter.

"Une tradition," m'expliqua Edward, en voyant mon expression confuse.

"Et qu'est-ce que c'est ?"

"Nous prenons toujours la même chose quand nous gagnons. Si nous perdons chacun choisit ce qu'il veut."

"Pourquoi ça ?"

"Chacun à sa recette pour digérer la défaite. Jasper a besoin du réconfort du sud, un peu cliché mais ça fonctionne. Emmett aime Captain et Coke quand il n'a pas le moral, la caféine le remet d'aplomb et il commence à se mettre à courir partout et à faire la pose pour les publicités. Le problème c'est qu'à ce moment il est trop soul par rester sur une jambe et il finit par tomber sur son cul."

"Et toi ?" demandai-je,, en rigolant encore à la description d'Emmett soul. Ce n'était pas très difficile à imaginer.

"Oh Eddie ici présent aime des trucs de fille," le coupa Emmett. "Qu'est-ce que tu as bu l'autre soir ? Daïquiris à la fraise ?"

Le visage d'Edward se teinta d'un adorable voile de rose et je réalisai qu'il était en train de rougir. C'était bon à savoir que je n'étais pas la seule à avoir ce problème.

"Un fois mec. Une putain de seule fois j'ai commandé un truc fruité et je vais devoir payer pour toujours."

"Tu le sais frangin. C'est comme ça."

"En fait c'était assez délicieux," dit-il, me lançant un regard étrange que je n'arrivais jamais à déchiffrer.

"Tu me tues, Eddie," gémit Emmett.

"Emmett combien de fois dois-je, te demander d'arrêter de m'appeler comme ça ?"

"Trois millions, nous en sommes actuellement à un million trois cent douze et tu as encore un long chemin à parcourir, Eddie." Il se mit à ébouriffer ses cheveux en riant alors qu'Edward tentait de s'échapper et de le taper sur sa main.

"Alors qu'a-t-on ?" demandai-je, attirant son attention vers moi et essayant de le sauver du harcèlement.

"De la Guinness."

"Qu'est-ce que c'est ?"

"Minute papillon !" Emmett haussa la voix reposant sa main sur la table face à moi. "Tu n'as jamais bu de Guinness avant ? "

"Non."

"Oh Swan !" Il secoua la tête d'un air abattu.

"Laisse-la un peu tranquille, mon grand, c'est un goût acquis," me défendit Alice.

"Alors qu'est-ce que c'est ?"

"Le seul verre le plus délicieux que tu auras goûté de toute ta vie," déclara Emmett.

"C'est un type de bière irlandaise," éclaircit Edward pour moi.

"Ce n'est pas seulement un type de bière, c'est la seule bière."

"Emmett est un peu rattrapé par notre héritage quand il s'agit d'alcool," expliqua Alice, en roulant des yeux vers son frère.

"Alors vous êtes irlandais ?" demandai-je,.

"Aussi vert que la feuille d'un trèfle à quatre feuilles, Lassie," piailla Emmett, ressemblant un peu au lutin porte bonheur.

"Je t'en prie Emmett," se moqua Alice. "Maman est juste à moitié irlandaise et papa, quoi un quart ?" Elle regarda Edward pour confirmation. "Cela fait de nous des trois huitièmes d'irlandais."

"Et ces trois huitièmes comptent pour quelque chose," insista Emmett alors que la serveuse revenait avec un plateau rempli de verres. La boisson était presque noire avec une couche de mousse au-dessus et je la regardai douteusement quand elle fut devant moi.

"Allons-nous trinquer les gars ?" fit Rose, dans une tentative de fêtard irlandais.

"Oh Rosie, mon amour tu n'as pas la moindre goutte irlandaise en toi !" rigola Emmett, en gardant son accent.

"Au contraire, j'en ai un bout assez souvent," répondit-elle, avec un petit sourire.

"O-ho !" Emmett explosa de rire et tapa bruyamment dans ses mains. "Tu as entendu ça, Hale ?"

"Tu ne veux pas commencer ça à nouveau Em," répondit Jasper en s'adossant à son siège et en passant son bras autour des épaules d'Alice pour la blottir contre lui. "J'ai plus qu'assez de munitions pour me défendre, comme la nuit dernière quand Alice s'est déguisée…"

"Dégoûtant, arrête là mec, c'est ma petite sœur avec qui tu joues."

"Et c'est ma petite sœur que tu colles à tes irlandais," rétorqua Jasper.

"Ouais… mais elle… je veux dire c'est ma Rosie," bégaya Emmett, avec une moue pathétique.

"C'est mon Alice."

"Mec, j'ai besoin d'avoir des amis qui ne soient pas liés à moi par le sang."

"Je pense que techniquement cette étape prendra fin lorsque nous serons fiancés," fit remarquer Alice.

"Pas moyen, ça signifie simplement que tu traîneras avec lui régulièrement. La phase de la lune de miel et tout ça."

"Pouvons-nous faire ça tout de suite ?" intervint Edward, en claquant son verre sur la table. "Il va me falloir plus d'alcool si je dois en supporter davantage."

"De la bouche de quelqu'un qui a désespérément besoin de rendez-vous réguliers…" marmonna Emmett, avant de lever son verre au centre de la table.

Edward lui jeta un regard et leva le sien avec tous les autres. "A la santé de ces Canucks et de leurs mamans canadiennes," fit-il,, nous faisant rire alors que nos verres se touchaient bruyamment.

"Bien joué ce soir les gars !" ajouta Rose, avant de prendre une gorgée.

Je portai le verre à mes lèvres, mes yeux se connectant à ceux d'Edward. Je regardai sa pomme d'Adam bouger quand il avala, buvant avidement pour étancher sa soif soudaine. Ce liquide inconnu n'était pas ce à quoi je m'attendais. C'était amer mais étonnamment doux. Cela me rappelait la voix d'Edward, profonde et velouté, intense comme un doux coup de poing dans mon ventre.

"Tu aimes, Swan ?" demanda Emmett, quand je posai mon verre.

"C'est étonnant mais oui," répondis-je.

Nous nous mîmes à discuter joyeusement du match. C'était amusant d'écouter les gars parler de comment ils voyaient les choses de leur côté. J'étais parfaitement consciente que ce qu'il se passait sur la glace était souvent juste aussi intéressant que ce qui se jouait face au public. Il semblerait qu'un de leur coéquipier ait oublié sa coque de protection pendant la première période et qu'il l'avait chèrement payé avant qu'ils ne puissent retourner dans le vestiaire pour la pause.

"Sérieusement c'est comme s'ils avaient un radar ou quelque chose," s'esclaffa Emmett à l'infortune de son coéquipier. "Le pauvre il a pris plus de coups là pendant cette mi-temps que pendant toute l'année !"

Alice et Rose offrirent leurs commentaires sur les gens drôles qu'elles avaient observés dans le public, comme les deux flamboyants qui portaient des chemises à logo pailleté et des perles de mardi gras et avaient passé toute la seconde période à débattre des attributs physiques de leur équipe nationale. L'un d'eux avait même sortit un stylo pour prendre des notes. Alice détailla la réaction d'Esmée pour le défendre et je ne pus pas m'arrêter de rire à cette réaction.

Plus la soirée avançait plus je m'étonnai d'être aussi à l'aise avec ces gens et combien ils m'acceptaient facilement. Quand je parlais ils m'écoutaient réellement et me répondaient. La plupart du temps quand je parlais les autres faisaient une pause polie avant de continuer comme si je n'avais rien dit du tout.

J'aurai été complètement détendue si je ne m'étais pas rendue compte qu'un peu après l'arrivée des paniers d'amuse-gueule alors que tout le monde se servait, Edward avait jeté son bras négligemment sur le dossier de ma chaise.

J'étais hyper consciente de combien il était proche.

Chaque fois que son bras passait sur mon dos, je fermai les yeux et me chauffai à la chaleur que son contact faisait scintiller à travers moi. Bien que j'essaie de cacher comment il m'affectait, Rose et Alice me surveillaient, me jetant des regards moqueurs et gloussant toutes les deux.

Alors que les amuse-gueule disparaissaient, ils reprirent leurs commentaires sur la soirée et je me tendis légèrement quand j'entendis Edward se racler la gorge.

"Alors c'est toi la vedette ?" Il baissa le bras et se tourna un peu sur sa chaise pour me faire face.

"Pardon ?"

"Alice n'a pas arrêté de bavarder au sujet d'une patineuse artistique qui vient d'emménager à côté," gloussa-t-il, un peu, baissant la voix pour que les autres ne puissent pas écouter. Je me tournai vers lui imitant sa position pour mieux l'entendre.

"Je n'aurai pas dit vedette. Plus modestement entraînée," répondis-je, le faisant rire.

"C'est bien. Je ne m'étais jamais attendu à ce que la jolie fille avec des béquilles se transforme en une des meilleurs athlètes au monde."

"Ça c'est un peu exagéré," dis-je, attrapant ma boisson pour cacher un peu mon rougissement. Je ne pouvais m'empêcher de sentir des papillons se réveiller dans mon ventre en l'entendant dire que j'étais jolie.

"C'est vrai ?" dit-il,, le ton de sa voix était sincère et il ne posait pas vraiment une question.

"Tu n'es pas si mauvais non plus," déviai-je, essayant de tenir la conversation loin de moi.

"Je ne peux pas le dire," rit-il, en passant ses doigts dans ses cheveux. "De nous deux ce n'est pas moi qui aie une médaille olympique."

"Hé tu pourrais toujours troquer ta crosse contre une chemise pailletée et ça le ferait. Montre-moi tes mains de jazz !" demandai-je.

"Quoi ?" fit-il, avec un froncement adorable de confusion.

"Tes mouvements de mains jazzy, Edward," répétai-je, en lui montrant. "Tu ne vas pas gagner une médaille d'or sans les perfectionner."

"Je suppose que je vais devoir travailler dessus," rigola-t-il.

Edward et moi continuâmes à bavarder doucement à notre coin de table, notre conversation allant de la musique que nous aimions tous les deux aux livres que nous avions lus. Je fus étonnée de constater que nous avions les mêmes goûts. Nous aimions les Kings of Leon et Muse et détestions Nickelback et Lady Gaga. Il gémit quand j'avouai secrètement aimer les romans Harlequin et je ris quand il me dit que son plaisir coupable était de collectionner les bandes dessinées Batman vintage.

J'appris qu'il pouvait parler sans fin des compositeurs classiques et je m'aperçus que j'aimais sa passion et sa perspicacité sur des chansons que j'écoutais depuis l'enfance. J'appris aussi qu'il jouait au piano pendant ses moments de liberté, chose qu'Esmée avait fait pour chacun de ses enfants quand ils étaient plus jeunes pour équilibrer leur engagement sportif. Apparemment Edward était le seul à l'avoir accepté. Je pouvais l'imaginer là, assis sur le banc devant un piano noir et brillant, ses longs doigts élégants caressant les touches d'ivoire.

Quand j'attrapai mon verre pour soulager ma gorge sèche je m'aperçus qu'il était complètement vide. Je jetai un coup d'œil dans la pièce et je me rendis compte que nous étions là depuis des heures. La foule diminuait et les barmen nous informaient qu'il était temps de partir. Rose avait l'air endormi alors qu'elle posait sa tête sur le bras d'Emmett tandis qu'Alice avait les yeux plus brillants que jamais. Ils commencèrent à rassembler leurs affaires et je ressenti un léger pincement que la soirée touche à sa fin. Je jetai un coup d'œil à Edward et remarquai qu'il ne semblait pas trop heureux que la soirée soit finie mais nous nous levâmes à contrecœur pour rejoindre les autres.

"Vous partez demain les gars ?" s'enquit Alice, alors que nous nous dirigions vers la sortie. Je ne savais pas pourquoi elle demandait, elle avait complètement mémorisé leur calendrier pour la saison.

"Tu sais bien que oui baby," confirma Jasper, en passant ses bras autour d'elle par derrière.

"Vous rentrez dimanche matin ?"

"Oui à l'aube de l'aube," se lamenta Emmett.

"Nous devrions faire quelque chose ! Nous tous," proposa-t-elle, en arrivant finalement là où elle voulait en venir et en haussant un sourcil vers moi.

"Ne pense même pas à me tirer du lit avant midi, minus. Tu sais bien que tu es incapable de lever mon énorme corps," plaisanta-t-il,, en fléchissant les bras.

"Le carnaval d'hiver commence," proposa Jasper. "Pourquoi ne pas aller à Rice Park ? Landmark a déjà probablement ouvert sa patinoire extérieure."

"Est-ce que ça te va Bella ?" demanda Edward. "Je veux dire tu ne devrais probablement pas encore patiner, si ?"

"Non tout va bien," le rassurai-je, appréciant qu'il s'inquiète pour moi. "Ton père a dit que je pouvais patiner tranquillement, une patinoire c'est fait pour ça de toute façon."

"Génial !" s'enthousiasma Alice. "Alors treize heures ? Ça vous donne assez de temps pour récupérer ?"

"Je suppose," dit Emmett, avec un gros soupir.

"Oh je t'en prie," souffla Rose. "Vous serez probablement debout avant nous toutes."

"Sauf celle-là," ajouta Alice, en me montrant du doigt. "Elle est à la salle de gym et en train de préparer le petit-déjeuner avant même que mon réveil sonne."

Nous sortîmes et Jasper héla un taxi puisque leurs voitures étaient garées de l'autre côté. Nous nous souhaitâmes bonne nuit, le taxi s'arrêta et leur souhaitâmes bonne chance pour leur match du lendemain soir.

Les filles qui avaient fini leurs au-revoir montèrent dans le taxi, me laissant assez de place pour que je puisse y entrer après elles. Je m'arrêtai avant de monter, voyant qu'Edward restait là et s'était appuyé contre le toit au dessus de la portière ouverte.

"C'est comme si on avait déjà été là," dit-il, avec son sourire en coin, faisant référence au fait que nous avions déjà été devant un taxi nous disant au revoir à l'aéroport.

"Oui, du déjà vu," agréai-je, avec un doux rire.

"Tu ne vas pas disparaître cette fois, pas vrai ?" demanda-t-il, Il était clair qu'il tentait de plaisanter mais qu'il était sincèrement curieux en même temps.

"Ça risque d'être difficile," dis-je. "Tu sais où j'habite."

"C'est vrai. Tu ne peux plus te cacher Swan."

"J'ai très peur Cullen."

"Tu devrais." Il tendit sa main soulevant le bord de ma casquette, mettant une mèche qui s'était échappée de ma queue de cheval, derrière mon oreille. "On se voit dimanche ?"

"Oui. Dimanche," convins-je, sans bouger.

"Allons-y Bella !" gémit Rose, depuis l'intérieur du taxi en attrapant ma jambe, me prenant par surprise et me déséquilibrant un peu.

Edward me stabilisa en m'attrapant par les coudes.

"Déjà vu aussi," rigola-t-il. "Comment tu fais quand je ne suis pas là pour te rattraper ?"

"Je tombe," dis-je, sérieusement. "Beaucoup." Nous rigolâmes tous les deux et il fit le tour de la portière, passant ses mains sur mes avant-bras pour serrer mes mains avant de me relâcher.

"Je suppose que je vais devoir rester près de toi alors." Je rougis, mordillant ma lèvre pour ne pas faire un sourire ridicule.

"Allez Juliette," marmonna Rose, attrapant ma main et me tirant à l'intérieur.

"Bonne nuit Edward," fit Alice.

"Bonne nuit Ali. Rose," leur dit-il,. "Bella."

"'nuit Edward !" répondis-je,, avant qu'il ferme la portière et recule sur le trottoir avec Emmett et Jasper.

Nous les avions à peine perdus de vue qu'Alice et Rose commencèrent à me bombarder. Je me recroquevillai dans mon siège au grand volume de leurs demandes enthousiastes.

"Oh mon dieu Bella je ne peux pas croire que c'était Edward ton porteur de bagage sexy !" s'exclama Rose.

"Sérieusement c'est trop fou. Quand l'as-tu compris ? Pourquoi tu n'as rien dit ?"

"Est-ce qu'il te plait ?"

"C'est sûr que tu lui plais."

"Oh seigneur, Ali est-ce que tu les as vus au bar ? Dans leur petit monde, ils étaient si mignons !" Rose se tourna vers Alice et elles se mirent à discuter comme si je n'étais pas là.

"Je sais, et qu'est-ce que c'était que cet au-revoir ? Je jure si ce n'était pas mon frère je serais jalouse de la façon dont il la regardait," s'écria Alice.

"Waouh, waouh, waouh," les coupai-je, finalement. "Tout d'abord Rose tu n'as qu'un an de plus que moi et es éperdument amoureuse d'Emmett, de quoi parles-tu "

"Oui Bella mais c'est différent, Emmett et moi sommes ensemble depuis trois ans, nous sommes pratiquement mariés, c'est différent des débuts d'une romance, tomber amoureux est tellement excitant !"

"Ce qui m'amène au deuxième point," continuai-je. "Il n'y a pas d'amour, je connais à peine ce gars. Oui. J'avoue être attirée par lui mais qui ne le serait pas ?" L'attraction est loin de l'amour.

"Laisse-nous une pause Bella," se moqua Alice. "Nous vous avons regardés vous faire les yeux doux toute la soirée, peut-être que ce n'est pas encore de l'amour mais il est facile de voir où ça mène."

"Comment tu peux voir ça ?" demandai-je, avec un soupçon de panique. "Je ne sais rien de sortir avec un mec ou d'être en couple, comment peux-tu nous imaginer tomber amoureux quand je ne peux même pas m'imaginer aller à un rendez-vous sans avoir une attaque de panique ?"

"Bella tu en fais une affaire trop sérieuse, ça ne doit pas être si intimidant de vivre une relation amoureuse."

"Ouais," ajouta Rose. "Certaines personnes pourraient considérer ça comme amusant. Réconfortant même. Ça peut être vraiment bien d'avoir quelqu'un qui est toujours de ton côté."

"Je n'ai pas le moindre indice de quoi faire," insistai-je,, me sentant au bord de l'hystérie.

"Tu n'as rien à faire, Bella sois toi-même… Edward semblait t'apprécier ce soir et tu t'es bien amusée pas vrai ?"

"Eh oui," admis-je. "Mais c'est différent, ce n'était pas un rendez-vous, vous étiez tous là."

"Bella, vous ne nous avez pratiquement pas parlé de toute la soirée," constata Rose d'un ton neutre. "Tu pourrais tout aussi bien avoir été seule."

"Ne t'en fais pas autant," dit Alice, en récupérant le ticket de taxi dans son sac alors que nous nous garions devant notre immeuble. "Nous sortirons dimanche, Rose, Emmett, Jasper et moi serons tous là avec toi, vas-y et regarde ce qu'il se passe."

Alors que je me lavai le visage et rampai dans mon lit ce soir là, j'essayai de me répéter les mots d'Alice comme un mantra. Vas-y et vois ce qu'il se passe. Ce n'est pas une affaire. Sois toi-même. Je me connaissais suffisamment pour savoir qu'il faudrait plus que la répétition de quelques mots pour me calmer.

Ça ne serait pas la fin. Mais le sommeil prit le dessus, je me concentrai pour me rappeler la chaleur des contacts d'Edward qui était toujours sur ma peau et des visions de ses yeux verts, brillant de rire ou concentrés dans une intensité tranquille. J'imaginais son sourire tordu et je m'endormis en souriant.

*Enforcer en anglais, un défenseur.

*Fleuve irlandais traversant Dublin.