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CHAPITRE 5
Il fait froid dehors chérie*
Quand Alice arriva pour m'aider à me préparer le dimanche matin j'étais une épave complète. Honnêtement je ne pensais pas être si anxieuse en attendant le début de mon programme à Turin. Peu importe combien de fois Rose et Alice m'avaient rassurée que ce n'était pas grave et que tout irait bien, je ne pouvais pas m'empêcher de m'inquiéter.
D'un côté j'étais ravie de revoir Edward mais de l'autre j'étais nerveuse de ne pas savoir à quoi m'attendre et terrifiée à l'idée de me planter d'une manière ou d'une autre et de me ridiculiser. Il était si charmant. Alors que je ne l'étais juste… pas. Jusqu'à présent la seule chose embarrassante qui m'était arrivée en sa présence c'était quelques petits trébuchements, rien pour perdre le sommeil. J'étais inquiète que ma chance ne dure pas une journée complète en sa compagnie.
A cela s'ajoutait le fait que nous allions patiner. Pourquoi avais-je été d'accord avec ça ? Je n'étais pas revenue sur la glace depuis des semaines et la dernière fois ça n'avait pas été un joli spectacle. J'étais sûre que j'allais me ridiculiser. Championne nationale, c'est ça. Jusqu'où les puissants sont-ils tombés ? J'allais probablement rester accrochée au bord comme un bébé qui apprend à marcher. Qui sait peut-être que ma chute avait fait disparaître le peu de talent que je possédais et que je m'étais transformée en une empotée. Des choses plus étranges arrivaient. Je savais au fond de moi que la raison pour laquelle j'avais eu tant de mal auparavant c'était parce que Renée m'avait renvoyée sur la glace avant d'être prête physiquement. J'étais prête maintenant. Si j'échouais et ne m'en sortais pas quelle pourrait bien être mon excuse ?
Trop tard, pensai-je alors qu'Alice s'occupait de mes cheveux avec un fer à friser. J'avais déjà renoncé à le retrouver une fois et peu importe combien j'étais nerveuse aujourd'hui, j'allais le voir maintenant. Et même si je voulais l'éviter Alice serait là pour m'y traîner. Cette femme était comme un chien qui rongeait son os, entièrement déterminée à nous mettre ensemble.
Hier soir, nous avions campé toutes les trois sur le canapé de leur appartement et regardé le match. Ce n'était pas aussi excitant que d'y être mais c'était amusant quand Rose et Alice commentaient à la place des journalistes. Bien sûr ça consistait surtout à souligner l'attraction des joueurs et à baver sur Jasper et Emmett chaque fois qu'ils entraient en scène mais bon, c'était amusant.
Au début, j'étais un peu découragée de voir comment Alice et Rose étaient l'une avec l'autre. Même si elles étaient intimes avec leurs frères respectifs, elles n'arrêtaient pas de bavarder sans fin sur des " détails coquins."
Et à présent Alice était sûre qu'Edward et moi étions des âmes sœurs depuis la nuit des temps qui s'étaient cherchées pour finalement se trouver au moment et à l'endroit les plus inattendus (sa description pas la mienne) et je m'étais laissée entraînée par leur bavardage incessant.
J'en avais probablement plus découvert sur Jasper et Emmett que j'en avais besoin et après avoir écouté Alice essayer de me faire l'inventaire des charmes d'Edward pendant vingt minutes, je l'avais coupée, insistant sur le fait que si je voulais vraiment apprendre à le connaitre, je lui demanderai à lui et pas à sa sœur. Même si elle était ma meilleure amie.
Elle se calma un peu après ça mais elle mit un point d'honneur à le ramener dans la conversation aussi souvent que possible pour le reste de la soirée. Je savais qu'elle essayait de m'encourager en disant que c'était un mec génial, que je tomberai amoureuse de lui mais honnêtement tous ses mots me faisaient me sentir de plus en plus accablée.
Je savais déjà qu'Edward était un mec bien. Je pouvais déjà dire qu'il était drôle et intelligent, qu'il se comportait bien et était totalement merveilleux. J'avais pu voir de mes deux yeux qu'il était absolument magnifique. Mes genoux pouvaient en témoigner car ils devenaient guimauve chaque fois que je me retrouvais face à lui. Je n'avais pas besoin d'Alice pour m'en convaincre. Je savais déjà qu'il était parfait.
Que pourrait-il voir en moi ?
Nous avions passé un agréable moment l'autre soir et il semblerait qu'il apprécie ma compagnie mais je ne pouvais simplement pas imaginer pourquoi je l'intéressais. Je me sentais comme si je n'avais rien à offrir à un homme comme Edward. J'étais ordinaire. Il n'avait pas besoin d'aide financière ou de bénéficier de mon statut de "célébrité" parce qu'il en avait suffisamment tout seul.
Il ne pouvait pas être intéressé par mes amis ou ma famille. Mes amis étaient d'abord les siens et ma famille était pratiquement inexistante pour l'instant. En même temps il avait déjà des parents parfaits et des frères et sœurs qui l'étaient également. Comment pouvais-je être à la hauteur de tout cela ?
Bien sûr, j'appréciai de traîner avec eux et les considérer comme mes amis les plus proches que j'aie jamais eus mais être l'un des six copains était loin d'être la moitié d'un couple dans un groupe de gens parfaits.
"Hé !" Alice claqua deux fois des doigts devant mon visage et me désigna avec une expression sévère alors que sa main tenait le fer. "Arrête ça !"
"Quoi ?" demandai-je sur la défensive.
"Je peux lire sur ton visage comme un article de Cosmo, arrête de réfléchir, amuse-toi, tu n'as pas de décision importante à prendre aujourd'hui."
"Ouais, d'accord," dis-je, en soufflant et en essayant de me débarrasser de ma nervosité. Elle avait raison. Juste apprécier la compagnie d'Edward. J'aimais passer du temps avec les filles, Emmett et même Jasper. J'avais juste besoin de me détendre.
Trente minutes plus tard et nous étions entassées dans la voiture de Rose. Le centre était seulement à un pâté de maisons de l'endroit où nous avions passé la soirée précédente et nous arrivâmes avant même que j'aie eu l'opportunité de me détendre.
La journée était plutôt chaude pour un mois de janvier dans le Minnesota : moins cinq degrés et comme nous allions rester pratiquement dehors toute la journée Alice nous avait équipées chaufferettes pour nos gants et j'ouvris le mien pour l'activer, frottant mes paumes et trouvant quelque chose à faire pour mes mains en attendant.
Je jetai un coup d'œil autour de moi et je me rendis compte à quel point le centre de la ville était joli. Rice Parc était principalement composé d'un grand carré empierré bordé de bancs en fer forgé avec une belle fontaine qui était éteinte pour l'hiver. Un peu de neige enlevait la sévérité de l'étendue cimentée. Des arbres bordaient le carré et de beaux bâtiments anciens l'entouraient, le plus impressionnant était le Landmark Center. On aurait dit un château de conte de fées avec ses tourelles, ses arches et la tour de l'horloge qui dépassait. Je pouvais presque imaginer Cendrillon fuir par ses marches, laisser tomber sa pantoufle et disparaître sous les arbres alors que le prince charmant lui courait après.
"Hé !" entendis-je, une voix familière à mon oreille. Je haletai de surprise et me tournai pour lui faire face, laissant tomber mon petit sachet par terre. Nous nous baissâmes en même temps, nos doigts se touchant et me faisant un peu sursauter puis je me relevai.
"Je suis désolée," fis-je un peu maladroitement, "je rêvassais, je ne t'ai même pas vu." Il rigola un peu et se redressa, attrapant ma main pour mettre le sachet dans ma paume et laissant sa main par-dessus, ce qui fit qu'une délicieuse chaleur se répandit dans mon corps tout entier, rendant la température glaciale carrément étouffante.
"Je suis juste furtif," sourit-il.
J'entendis les rires des autres qui étaient rassemblés juste à quelques mètres de là et j'enlevai ma main de celle d'Edward, ne voulant pas alimenter le feu de leurs spéculations. Il fronça les sourcils en me regardant enfoncer mes mains dans les poches de mon manteau blanc et noir mais il ne dit rien alors que nous rejoignions les autres.
"Vous êtes prêtes, mesdames ?" demanda Jasper, pliant son bras pour qu'Alice mette sa main.
"As-tu apporté ton attelle ?" demanda Edward doucement alors que nous nous approchions des bancs entourant la patinoire.
"Oui, docteur," le taquinai-je, tapotant le sac sur mon épaule ou il y avait l'attelle et mes patins.
Il grimaça. "Je vérifiais juste."
Alice et Jasper s'assirent sur un banc pendant qu'Edward et moi prîmes celui d'en face. Emmett accompagna Rose jusqu'au kiosque de location pour elle. Apparemment, trois ans au Minnesota n'avaient pas été assez longs pour qu'elle puisse en acquérir une paire. Je tirai sur l'ouverture de mon sac et le laissai tomber sur mes genoux en voyant ce qu'Alice retirait du sien. C'étaient des patins artistiques. Je pense. Ils étaient aussi rose vif avec des lacets argentés scintillants et ses initiales en strass.
Elle ne vit pas mon regard amusé mais en sentant un coup dans mes côtes je réalisais qu'Edward l'avait fait. Je le regardai pointer son doigt sur sa tempe en signe de folie avec un sourire affectueux sur son visage, me faisant rire. Alice jeta alors un coup d'œil vers nos têtes proches l'une de l'autre, alors qu'elle finissait de lacer ses patins. Elle agita ses sourcils vers moi pendant que j'essayais de virer l'expression étourdie de mon visage.
"Allez, Jazzy !" ordonna Alice, prenant sa main et le traînant pratiquement vers le tapis de caoutchouc qui menait à la glace.
Maintenant qu'ils étaient partis, j'avais l'impression de pouvoir baisser un peu ma garde. Ses yeux voyaient davantage que je ne le voulais.
"Sérieusement ?" demandai-je avec étonnement.
"Ouais. Elle les a eus quand elle a commencé à sortir avec Jasper. Elle a dit que si elle devait épouser un joueur de hockey, elle avait besoin de posséder une paire de patins. C'est ceux qu'elle a ramenés à la maison."
"C'est sûr qu'elle est autre chose", dis-je en tirant l'attelle de mon sac.
"Oui, elle a toujours été un drôle de loustic."
"Mais tu l'aimes. C'est facile à voir avec toi et avec Emmett."
"Ils sont bien, je suppose," répondit-il.
"Tu ne me trompes pas, Cullen. Tu ne saurais pas quoi faire sans eux."
"Oui, tu as probablement raison," concéda-t-il, laçant ses patins et tirant le bas de ses jeans par-dessus pendant que j'attachais mon orthèse puis je détachais le velcro, en ajustant la tension un peu avant de refermer les sangles. Attrapant mon sac j'en sortis mes patins en cuir blanc poli.
Bonjour, mes amis.
"Pas de location pour toi, hein, Swan ?"
"Dégoûtant. As-tu la moindre idée de qui a mis les pieds dans ces choses ? Ou pourrais-tu contracter un champignon ?"
"As-tu aussi tes propres chaussures de bowling ?"
"Non. Je n'ai jamais joué au bowling."
"Vraiment ?"
"Non, jamais."
"Huh."
Alors que je me penchais pour tirer sur mes patins, je me cognai contre le genou d'Edward. C'est à ce moment-là que je remarquais à quel point nous étions assis près. Bien sûr, mes nerfs prirent le dessus et je commençai à tâtonner avec les lacets, manquant les boucles et lâchant les lacets. Tout nerveuse, je gémis et virai mon bonnet pour que mes cheveux tombent vers l'avant et fassent un rideau autour de mon visage tout rouge. Reprends-toi, idiote !
Grâce à la vision tunnel que m'offrait mon bouclier capillaire, je pus me concentrer sur mes mains et je me figeai quand Edward apparut au-dessus.
"Ici," murmura-t-il, poussant doucement mes mains sur le côté puis soulevant mon pied pour qu'il repose sur ses genoux, m'obligeant à m'asseoir en arrière. "Puis-je ?" Je repoussai mes cheveux derrière mes oreilles timidement, me mordant la lèvre et hochant la tête.
Ses mains étaient incroyablement douces alors qu'il passait les lacets de ma chaussure à travers les crochets, en tirant de temps en temps pour serrer le lacet autour de mon pied et l'attacher dans un arc parfaitement symétrique.
"Fais ça plusieurs fois ?" essayai-je de le taquiner, mais j'étais si émue par son contact que ça sortit plutôt comme un halètement qu'ironiquement.
Il me regarda en agitant les sourcils, "Tous les jours."
"Les patins de hockey sont un peu différents."
"Pas si différents," dit-il, en posant mon pied sur le sol, en ramassant l'autre et en enlevant ma chaussure. Ses doigts touchèrent légèrement ma voûte plantaire, ce qui me fit tressaillir un peu par réflexe.
Il me jeta un coup d'œil, ses sourcils soulevés en interrogation.
"Désolée. Chatouille," murmurai-je.
"Vraiment ?" demanda-t-il, un sourire diabolique se répandant sur son visage.
"Ne t'avise pas !" l'avertis-je, mon ton dur se transformant quand je souris et éloignai mon pied hors de sa portée.
"Ne fais pas quoi, Bella ?" demanda-t-il innocemment.
"Tu sais quoi. N'y pense même pas."
"Idiote, Bella. Tu ne peux pas contrôler les pensées de quelqu'un. Je peux penser à toutes sortes de choses que tu ne sauras jamais."
"Très bien, garde tes pensées et regarde tes mains, monsieur," lui ordonnai-je, en remettant le pied à sa portée.
Il le prit dans ses mains, tirant un peu ma jambe, de sorte que j'étais assise contre lui sur le banc. Je croisai ma jambe sur sa cuisse pour que mon pied pende entre ses jambes et je dus me rappeler comment respirer. Le contact était décontracté mais intensément intime en même temps. Je n'avais jamais été aussi près d'un homme. Bien sûr, j'étreignais mon père, Emmett et Carlisle. Mais tout cela était si différent. Je n'avais jamais senti d'étincelles d'électricité quand ils me tenaient dans leurs bras. Je n'avais jamais senti le sang s'écouler de ma tête, me laissant un peu étourdie lorsque mon corps entrait en contact avec eux. Mais à chaque fois que n'importe quelle partie de moi entrait en contact avec Edward, même le moindre contact fugace, je sentais plus d'intensité que jamais auparavant.
Il tira sur ma chaussure, ses bras enroulés autour de ma jambe dans une étreinte étrange pendant qu'il le laçait aussi efficacement que l'autre. En me tapotant le pied, il me regarda. S'il était aussi affecté par l'échange que je l'étais, il ne le montrait pas. Il s'éclaircit la gorge avant de sourire.
"Prête, championne ?"
Je roulai des yeux au surnom mais hochai la tête en enfonçant mon bonnet sur mes oreilles. Il poussa sa jambe de la mienne et se leva, tendant sa main pour prendre la mienne et m'aider. Quand je fus à côté de lui, il ne la lâcha pas mais commença simplement à marcher sur le tapis de caoutchouc, ma main dans la sienne. J'avais l'impression que ces chaufferettes seraient complètement inutiles.
Nous nous arrêtâmes à la porte, nous penchant un peu pour dégager nos protège-patins et les laisser tomber sur le côté. Edward commença à avancer pour sortir sur la glace mais je tirai sur sa main, le retenant. "Attends."
Il me regardant, le front plissé d'inquiétude.
"Donne-moi une seconde, d'accord ?" demandai-je, un peu embarrassée de faire ça.
"Prends le temps qu'il te faut, Bella," répondit-il, revenant vers moi pour me faire face et me prenant l'autre main. "Je ne vais nulle part."
"Ça fait un bon moment que je ne suis plus allée sur la glace," balbutiai-je, essayant de rire de la soudaine nervosité qui me frappait alors que je voyais la glace à mes pieds. "C'est stupide d'être nerveuse."
"Non," insista-t-il doucement mais fermement. "Pas du tout stupide, tu as fait une chute brutale, Bella, tout le monde serait secoué après ça." Je pouvais sentir ses pouces caresser doucement le dos de mes mains à travers mes mitaines.
"De quoi as-tu peur ?" demanda-t-il doucement.
"Tomber," ris-je essayant de cacher à quel point j'étais vraiment inquiète.
"Je ne te laisserai pas tomber. Le problème est résolu. Autre chose ?" dit-il avec confiance, ne laissant aucune place au doute qu'il le ferait.
"C'est que… j'ai déjà essayé une fois. Revenir sur la glace. Et ça a été une sorte de désastre. C'est quelque chose que je ne veux pas répéter."
"Quand est-ce que c'était ?"
"En décembre," l'informai-je, avec désinvolture.
"Quoi ?" s'écria-t-il. "Enfer à quoi tu pensais, Bella ? Tu aurais pu vraiment aggraver les choses en te remettant à patiner aussitôt après cette grosse intervention !"
"Je sais ! Je ne voulais pas le faire mais ils…" je m'arrêtai, ne voulant pas en dire plus.
"Ils quoi ?" insista-t-il.
"Rien."
"Bella s'il te plait ?" implora-t-il, la voix pleine de douceur et de compréhension. Et quand je regardai ses yeux je vis la même chose.
"Ce n'est pas bien grave," essayai-je d'esquiver, "Ma mè… manager, a voulu que je revienne sur la glace pour m'entraîner."
"Quelle idiote !" l'entendis-je marmonner entre ses dents alors qu'il relâchait une de mes mains pour pincer l'arête de son nez. "Ton médecin ne lui a-t-il pas dit que c'était dangereux ?"
"Est-ce qu'on peut arrêter de parler de ça ?" demandai-je doucement.
"Seigneur, je suis désolé Bella. Je ne voulais pas gâcher la journée. Ce n'est pas mon rôle, c'était complètement hors de propos."
"Non, non Edward, j'apprécie. Je… est-ce que nous pouvons…" bafouillai-je, en faisant un signe faible de la main.
"Oui," dit-il, acceptant ma demande tacite.
Je regardai la glace devant nous. La patinoire était parsemée de personnes, des jeunes et des moins jeunes. Certaines étaient en couple, d'autres en groupes plus importants. Quelques jeunes enfants tournaient autour de la glace en une seule file, tenant la taille de celui qui était devant eux. Je repérai Alice et Jasper dans le coin le plus éloigné de nous, se serrant les mains et tournant en cercles vertigineux alors que leurs rires emplissaient l'air, se mêlant à la musique qui passait dans les haut-parleurs.
Partout où je regardai les gens souriaient et je réalisai que je voulais vraiment être l'une d'entre eux. J'avais toujours aimé être sur la glace. C'est là où je me sentais chez moi. Je sentis ma résolution se consolider. Il fallait que j'arrête d'être une mauviette. Courage Swan. Je soufflai et levai les yeux vers Edward, marchant le long du bord.
"Prête à remonter en selle ?" demanda-t-il, avec un sourire rassurant.
"Oui," dis-je, avec confiance.
"D'accord allons-y championne," il me fit un clin d'œil et alla sur la glace en premier, tenant toujours fermement ma main.
Je posai un pied sur la surface lisse puis l'autre appuyant lourdement sur mes pointes pour me stabiliser.
"Le premier pas est le plus difficile," me rassura-t-il, faisant un demi-cercle pour me faire face et prendre mon autre main avant de glisser en arrière doucement jusqu'à ce que nous soyons séparés de la longueur de nos bras. "Allons-y."
Je me laissai glisser lentement mais mes jambes étaient si tendues que je ne pouvais pas déverrouiller mes genoux. J'accrochai un peu la glace, partant en avant. Et voilà la chute, pensai-je automatiquement, me préparant pour la chute. Mais Edward tint parole et fut là pour me retenir, avançant pour passer ses bras autour de moi et me stabiliser.
"Je te tiens," me rassura-t-il, me tenant toujours près. "D'accord ?"
"Oui," dis-je, en hochant la tête contre la laine de sa veste. "Ça va ?"
"Essayons encore ?" suggéra-t-il gaiement, déroulant ses bras et reprenant sa position initiale. J'essayai de me détendre cette fois en pliant légèrement les genoux et en laissant mon corps glisser naturellement vers l'avant sur mes lames. C'était lent, je serrai les mains d'Edward et refusai de lever les yeux mais je ne tombais pas. C'était déjà une grande amélioration.
"Hé," dit Edward, une fois que nous eûmes fait un tour de patinoire.
"Quoi ?" répondis-je, toujours tendue et regardant mes pieds.
"Hé," dit-il à nouveau, riant légèrement cette fois et me faisant lever les yeux vers lui.
"Tu patines !" s'exclama-t-il.
"Je t'en prie," soufflai-je. "Edward un bambin pourrait faire ça."
"Tu as juste besoin de retrouver ton niveau de confiance, tu vas faire une triple boucle piquée en un rien de temps."
"Est-ce que tu sais ce que c'est une triple boucle piquée ?"
"Non. Est-ce que tu sais ce qu'est un triple deke ?"
"Non."
"Non hein," il me sourit.
Nous continuâmes à patiner, Edward glissait en reculant pendant que je commençai à retrouver du plaisir. Mes pas devinrent graduellement plus longs et plus faciles, notre vitesse augmenta. Je me souvins comment croiser mes jambes. Ce n'était rien d'extraordinaire mais je patinais. Et c'était incroyable. Je levai les yeux vers Edward, souriant victorieusement pour le voir sourire aussi.
"Tu vois c'était du gâteau, comment va le genou ?"
"Bien," dis-je sincèrement. Il ne me faisait pas le moindre mal.
"Tu veux essayer seule un peu ?"
"Bien sûr," dis-je, hésitant à le lâcher. "Ne va pas trop loin."
"Je reste juste là," m'assura-t-il, serrant mes mains une fois et me relâchant. Je vacillai un moment, ses bras restant là juste au cas où j'aurai besoin de lui mais j'étais capable de récupérer, de redresser mes épaules avant de recommencer. Il resta là à mes côtés marchant à pas rapides alors que nous faisions le tour de la patinoire. Au cinquième passage je me sentais à nouveau bien et lui lançai un sourire espiègle avant de décoller à toute vitesse. Je l'entendis hésiter derrière moi avant de se précipiter derrière moi avec un sourire chaleureux et décomplexé.
"Je t'aurais, Swan," appela-t-il derrière moi, déjà sur mes talons. Je sentis ses mains passer sur ma veste alors qu'il essayait de m'attraper et il alla sur ma droite, j'échappai de justesse à sa prise et je me tournai pour lui faire face, riant et haletante, alors qu'il fit un arrêt brusque et un pas en arrière pour me prendre dans ses bras.
"Tu penses que tu es mignonne, n'est-ce pas ?"
"Parfois," répondis-je, m'autorisant à me blottir dans sa chaleur pour un moment.
"Hé les gars !" entendis-je Rose crier derrière nous alors qu'Edward relâchait un peu ses bras en s'éloignant de moi, mais toujours en me souriant.
"Trop cool pour le reste d'entre nous ?" plaisanta-t-elle, en s'arrêtant avec Emmett contre la balustrade à côté de nous.
"J'ai juste permis à Bella de se réhabituer à la glace," expliqua Edward.
"Ouais ?" demanda Alice, patinant à côté de lui avec Jasper juste derrière elle. "Maintenant que tu en parles les choses avaient l'air plutôt amicales par ici." Elle nous jeta un coup d'œil, haussant les sourcils en voyant son frère plisser les yeux.
"Arrête de l'accaparer, Eddie," se plaignit Emmett.
"Et si je ne le veux pas ?"
"Dommage ! Maman disait toujours que tu devais partager. C'est mon tour," dit-il en tirant sur mon bras et en m'extrayant d'Edward, puis me prenant sur son épaule.
"Emmett !" criai-je de surprise, "Pose-moi."
"Pas question, Eddie va juste essayer de te piquer de nouveau. Il a déjà eu assez de temps avec toi."
"Eh bien, Emmett, c'est comme ça que toutes les filles veulent être traitées. Comme un nouveau jouet brillant."
"Tu vois ? C'est ce que j'ai toujours pensé aussi. Heureux que tu sois d'accord avec moi," dit-il en me tapotant les fesses alors que je sentais qu'il s'éloignait des autres.
"Attention à tes mains, grosse pieuvre !" le réprimandai-je, en plaisantant.
"Bella, tu sais que je le fais juste pour secouer la cage d'Eddie. Tu aurais dû voir sa tête. Si je n'étais pas son frère, il m'aurait frappé."
"Je suis sûr que tu te trompes…"
"Non. Pas le moins du monde. Comme c'est vrai, je devrai probablement surveiller mes arrières à l'entraînement au cours des prochains jours. Le gamin sait être rancunier. J'oublierai tout ça et Boom ! Attaque furtive."
"Il n'a aucune raison d'être en colère contre toi," affirmai-je.
"Bien sûr que si. J'ai mis mes mains sur sa femme."
"Je ne suis pas sa femme."
"Pas encore au moins. Allez, Babybel, apprends-moi quelques mouvements !" demanda-t-il, en changeant rapidement de sujet.
"Emmett, je viens à peine de maîtriser le fait de patiner en ligne droite, je ne pense pas être prête à faire une démonstration."
"Alors ne fais pas de démonstration, dis-moi juste ce que je dois faire. Ça ne doit pas être trop dur, je suis un professionnel."
"Je ne pense même pas qu'il soit possible de faire du patin artistique avec des patins de hockey," protestai-je, quand il me traîna jusqu'au centre de la patinoire. Le reste du groupe suivit, se rassemblant à proximité et nous regardant avec désinvolture tout en bavardant.
"S'il te plaît, Bella ?" supplia-t-il, boudant pathétiquement avec sa lèvre inférieure.
"Bon, très bien," cédai-je.
Emmett cria un 'oui' victorieux, le poing en l'air pendant que j'entendais Jasper murmurer, "Ca va être bon," dans sa barbe.
"Qu'est-ce que tu veux apprendre, imbécile ?"
"Peu importe. "Éclaire-moi sur tes voies mystérieuses, Senseï."
"T'es vraiment bizarre."
"Babybel, n'essaie même pas de faire comme si tu ne m'aimais pas. La résistance est futile."
"Tu es toujours aussi bizarre."
"Arrête de gagner du temps et apprends-moi quelques mouvements, coach."
"D'accord. Hum, voyons voir. Essayons juste une rotation verticale de base, c'est probablement plus facile."
Emmett était un élève étonnamment assidu. Il m'écouta attentivement lorsque je décrivis la position et les principes de base du mouvement : comment il faudrait qu'il garde les pieds parallèles en les rapprochant tout près de son corps pour aller plus vite. Il a seulement essayé de faire une blague inappropriée sur le fait de replier une partie du corps très spécifique. Quand je lui lançai un regard noir, il se contenta de murmurer, "Aïe ce regard noir. C'est une arme puissante que tu as là, Babybel," et il continua à appliquer mes instructions.
"Tu veux essayer ?" demandai-je, quand je fus sûre qu'il l'avait compris.
"Ouais, mec, faisons-le !" il applaudit, clairement excité.
"Vas-y, mon grand !" lui dis-je, en glissant à quelques mètres de lui, juste devant les autres.
Emmett prit position, les bras perpendiculaires, un genou fléchi et l'autre tendu de côté.
"Tête haute," dis-je. "Tu vas être partout si tu te penches comme ça." Il se redressa immédiatement puis poussa sa jambe, en alignant ses pieds et ses bras. C'était lent et brouillon mais c'était une pirouette par définition. Il termina même en levant ses mains au-dessus de sa tête et levant sa jambe dans une imitation maladroite de ce qu'il avait probablement vu à la télé.
"Regardez la petite ballerine !" dit Jasper en riant, et je le vis pousser Edward qui toussa essayer de couvrir son rire et tourna la tête pour cacher son sourire.
"T'as l'air en forme, frangin," encouragea Edward, en cachant son amusement. "Très... gracieux." Ils ricanèrent tous les quatre en regardant Emmett s'irriter.
"Hé," cria-t-il, "vous vous moquez de moi, vous vous moquez de ma copine, Bella. Et si vous vous moquez d'elle je n'hésiterai pas à vous botter le cul." Je souris en regardant chacun d'eux essayer d'avoir l'air contrit mais l'un après l'autre, ils perdirent leur sang-froid, s'appuyant l'un sur l'autre en pouffant de rire.
"N'écoute pas les critiques, mon grand c'était un bon début."
"Mais ce n'est pas comme ça qu'on fait, " insista-t-il avec pétulance. "La tienne a probablement l'air plus cool. Allez, viens, montre-moi."
"Je ne peux pas Emmett, je ne suis pas encore censé faire quoi que ce soit."
"Ho, allez. Tu n'as probablement même pas besoin de ta jambe boiteuse. Ne connais-tu pas une pirouette sur une jambe ?"
"Eh bien oui, mais…"
"Fais ça, fais-le !"
"Je jure devant Dieu, Emmett, si je me blesse de nouveau à cause de tes fesses pleurnichardes, tu vas devoir répondre à tous les courriers de fans en colère que je reçois. Écrite à la main. Et tu devras les signer avec un bisou au rouge à lèvres."
Il ne répondit pas, il agita seulement la main pour que je le fasse. J'hésitai, évaluant si c'était vraiment un risque ou non. Allez, Swan. Une pirouette, c'est juste une pirouette, une des choses les plus faciles que tu sais faire. Il n'y a rien d'effrayant à propos d'une putain de pirouette. Un jeu d'enfant. C'est comme faire du vélo, on n'oublie jamais ces conneries.
"Bien," soufflai-je, pestant contre lui. Emmett se tint à l'écart avec les autres, en frappant chacun d'eux sur la tête alors qu'il patinait le long de la ligne pour freiner et s'arrêter à côté d'Edward.
"Un peu de respect !" réprimanda-t-il.
Je gloussai en passant derrière eux, dérivant vers l'arrière et tournant pour obtenir un peu de vitesse avant de prendre appui sur ma bonne jambe, en tournant lentement au début avec ma jambe légèrement tendue devant moi et l'amenant à l'intérieur alors que j'accélérais. Le monde qui m'entourait disparut dans une brume de couleurs, les lames de mes patins ronronnant sur la glace dans un cercle. Je levai mes bras repliés lentement au-dessus de ma tête jusqu'à ce que je devienne une longue ligne. Enfin, tant que je pouvais me débrouiller avec cette pose. Ralentissement légèrement, je soulevai ma jambe pour sortir du mouvement et glisser jusqu'à l'arrêt. Je piquai mon patin et mis les mains sur mes hanches, en pinçant légèrement mes lèvres et en faisant un signe de tête satisfait. Pas trop miteux.
"Sainte," commença Jasper.
"Merde," finit Emmett.
"Comment diable peux-tu ne pas tomber après ça ? Tu n'as pas le vertige ?" demanda Rose.
"Tout est dans le repérage," dis-je, en haussant les épaules. Je n'étais pas modeste, une pirouette la base quelque chose de fondamental. "Ce n'est pas un mouvement très difficile une fois qu'on a la technique."
Edward se balançait d'avant en arrière sur ses pieds. Emmett le remarqua et le poussa dans les côtes en lui jetant un regard que je n'arrivais pas à comprendre. Edward le regarda plus attentivement et lui frappa le front.
Que se passait-il là ?
"D'accord Swan assez de cette merde tournante. Faisons quelque chose de mieux. Je veux sauter !" Emmett tapa Edward dans le dos et revint vers moi en patinant.
"Emmett…" essayai-je de protester.
"Allez Bella, s'il te plait ? Juste un petit saut ?" gémit-il, en mettant un genou sur la glace face à moi et en me prenant la main.
"Très bien, très bien, relève-toi. Mais celui-là je ne peux pas te faire de démonstration."
Je lui expliquai les bases d'un saut. Il était aussi attentif que lorsque je lui avais expliqué la pirouette et je pouvais voir l'éclat de son amusement d'enfant dans ses yeux à l'idée d'apprendre quelque chose de nouveau. Il fallut que je lui répète pendant dix minutes, essayant de le guider étape par étape. Finalement je devais juste le laisser essayer.
Il tourna quelquefois autour de moi pour prendre son élan. Il se prépara avant de lancer sa forme massive en l'air.
Je sus immédiatement que ça n'allait pas être joli.
Effectivement quand il retomba, son patin glissa sous lui. Ses pieds bougèrent comiquement en un va et vient alors qu'il essayait de se rattraper, sans succès. Il tendit la main à l'aveugle et réussit à attraper un peu de mon manteau, m'entraînant moi aussi. Nous atterrîmes sur la glace avec un ouf exagéré dans une pile de membres. Je restai là un moment essayant de retrouver mon souffle et dépasser le choc qui arrive toujours quand on tombe sans s'y attendre, jusqu'à ce que je remarque que quelque chose bougeait sous moi.
Un moment après j'entendis Emmett renifler avant qu'il n'éclate de rire. Ça ne prit qu'une seconde avant que je me joigne à lui, roulant pour me coucher à côté de lui sur la glace. Nos têtes l'une contre l'autre, nos bras autour de nos ventres alors que nous avions un accès de fou rire incontrôlable.
"Très gracieux Emmett," réussis-je à dire, en essuyant une larme au coin de mon œil. "5.7 au moins."
"Tu n'es pas objective !" s'écria-t-il. "Je demande un autre juge. C'est truqué !"
"Je pense que tu devrais t'en tenir au hockey, chéri," suggéra Rose alors qu'elle s'accroupissait aux côtés d'Emmett. J'essayai de calmer mes rires en voyant les autres nous entourer.
"Rosie ! Est-ce que tu m'as vu, baby ?"
"Oui Emmett j'ai vu," l'assura-t-elle sur le ton de la plaisanterie. "C'était merveilleux."
"Tu as sacrément raison, femme," dit-il en tendant la main pour lui taper sur les fesses et la tirer vers lui pour l'embrasser sur les lèvres. "Tu verras, je vais devenir la prochaine Michelle Kwan."
"Tu ferais mieux de faire attention, Bella. On dirait que tu as un adversaire de plus," fit Jasper sarcastiquement.
"Tu vois Emmett," Edward sourit à son frère en s'accroupissant près de moi. "C'est pour ça que je ne te laisse jamais utiliser mes jouets. Tu essaies toujours de les casser." Il fit un clin d'œil à son frère et tendit sa main pour m'aider à me relever.
"Je ne peux pas m'empêcher de jouer à la dure, n'est-ce pas baby ?" Il adressa cette partie de la question à Rose qui était encore étendue sur lui.
"Sur cette note…" fit Jasper. "Nous allons vous laisser là, à votre petite fête perverse."
"Il ne t'a pas fait mal hein ?" demanda Edward alors que nous nous accrochions le long de la patinoire.
"Non je vais bien, ils sont très… affectueux," je fis signe à l'endroit où Emmett et Rose étaient en train de se peloter au milieu de la glace.
"Ça ? C'est rien," dit Edward en suivant mon regard. "Tu devrais les voir quand on va danser. C'est dégoûtant."
"Danser Cullen ?"
"Je suis connu pour fouler la piste de temps en temps," il sourit malicieusement. "Peut-être que si tu as de la chance un jour, tu verras par toi-même."
"Je suis impatiente d'y être."
Rose s'échappa de l'étreinte d'Emmett tapant sur ses mains quand il essaya de la ramener. Elle nous rejoignit en faisant bouger sa mâchoire.
"Mâchoire coincée ma sœur ?" lui demanda Jasper.
"Tais-toi," lui dit-elle, en lui donnant un coup de coude. "Tu es juste jaloux de ne pas l'avoir fait avec Alice en premier."
"Allez tigre," Alice prit le bras de Rose et me tendit sa main nous entraînant vers la sortie. "On fait une pause les gars. Vous aimez chahuter, allez faire ce que les hommes virils adorent faire…" Edward et Jasper allèrent chercher Emmett pendant que nous retournions sur la terre ferme.
Il y avait un petit stand qui vendait du chocolat chaud juste à côté toujours sur le caoutchouc, nous n'aurions pas à enlever nos patins. Nous en prîmes et nous installâmes sur l'un des bancs où nous pouvions encore voir les gars. Il était évident rien qu'à les voir qu'ils s'entendaient bien tous les trois. Ils avaient l'air de trois frères qui s'amusaient, essayant de frapper l'un l'autre, de se battre. Emmett était le plus grand mais Edward était rapide et Jasper insaisissable. Ils étaient bien assortis et c'était suprêmement amusant d'être assises à les regarder faire.
"Alors il semblerait qu'Edward et toi vous entendiez bien."
"Ne commence pas Alice," suppliai-je.
"Quoi ? Je fais juste une observation."
"Et bien tu devrais les garder pour toi. Nous sommes amis."
Elles échangèrent un regard alors que Rose se mit à tousser. "Déni !"
"Les filles, je sais que vous voulez bien faire mais s'il vous plait, laissez tomber !"
"On n'essaie pas de t'embêter Bells," m'apaisa Rosalie.
"Je voulais simplement dire que vous semblez à l'aise ensemble. C'est agréable de vous voir sourire tous les deux," dit Alice avant de changer de sujet. Pendant les vingt minutes suivantes je les écoutai discuter des avantages et des inconvénients d'un buffet plutôt que d'un repas assis pour le mariage de Jasper et d'Alice en juin. J'écoutai à moitié et regardai les gens autour de moi en sirotant mon chocolat, appréciant cette accalmie. Une fois que nos tasses furent vides nous revînmes sur la glace et rejoignîmes les gars dans un jeu de loup.
Une heure et demie après Alice dit qu'elle arrêtait. Jasper et elle rangèrent leurs patins et rentrèrent pour se réchauffer un peu. Rose et Emmett traînèrent encore, flirtant sans honte de l'autre côté.
Edward et moi fîmes des tours de patin paresseusement main dans la main. Alors que l'après-midi s'étirait, la glace était moins encombrée et il était plus facile de se détendre. Edward et moi parlions peu, nous nous contentions de patiner en silence, écoutant la musique dans les haut-parleurs maintenant que le bruit de fond n'était plus là pour la recouvrir.
L'une de mes préférées arriva, me faisant soupirer de contentement. Après quelques mesures j'entendis Edward fredonner doucement et il me sourit.
"Quoi ?" demanda-t-il, quand il remarqua que je le fixais.
"Rien," je secouai la tête et regardai ailleurs, toujours en souriant.
"Tu la connais ?"
"Bien sûr. C'est une de mes préférées."
"Ah oui ?" Il sourit et regarda ailleurs de nouveau. Au lieu de fredonner cette fois, il chanta doucement en un doux baryton. "Je prendrai tes mains, elles sont comme de la glace."
Je ris un peu mais à l'intérieur je fondais pour sa voix, chantant doucement juste pour moi.
"Allez Swan," dit-il en agitant nos mains jointes. "Chante avec moi."
"Euh euh," protestai-je. "Je ne chante pas."
"Jamais ?"
"Pas quand quelqu'un peut m'entendre," expliquai-je timidement.
"S'il te plait ?"
Je secouai la tête mais sentis ma volonté vaciller devant son regard incroyablement vert et implorant.
"Ma belle, ne te presse pas," continua-t-il avec la chanson, en même temps que la chanteuse sur les quelques lignes suivantes. Je ne voulais pas l'écouter chanter avec elle.
"Les voisins pourraient penser," je me joignis tranquillement au début du vers suivant, jetant un coup d'œil vers lui et le voir sourire. Il ne manqua pas un mot et continua. Nous chantâmes, ma voix s'amplifiant au fur et à mesure que je me sentais un peu plus à l'aise et qu'il ne riait pas du fait que j'étais juste un peu décalée.
Bientôt, je n'entendis plus la voix à travers les haut-parleurs, seulement les voix d'Edward et la mienne ensemble, se chevauchant ligne après ligne. Au fur et à mesure que la chanson se poursuivit, Edward devint un peu plus flirtant et attachait des actions aux lignes qu'il chantait.
Quand il chanta : "Je vais prendre ton chapeau, tes cheveux ont l'air ébouriffé", il arracha mon bonnet et m'ébouriffa les cheveux. A "Et si je me rapproche", il le fit en pliant son bras autour de moi tout en tenant toujours ma main dans la sienne. Il était assez joueur avec ses actions pour que je ne me sente pas mal à l'aise. Oui, je voyais bien qu'il flirtait. C'était plus pour jouer les mots que nous chantions que n'importe quoi d'autre. Sa voix était forte et pleine de rires.
Au moins à ce moment-là.
Mais le vers suivant commença et sa voix s'adoucit.
"Baby, il fait froid dehors" chanta-t-il, alors que nos mouvements ralentissaient.
"Oh, chérie, il fait froid dehors," Edward tourna en rond devant moi et nous arrêta.
"J'ai de la chance que tu sois tombée," nous étions face à face. Je n'étais consciente de rien autour de moi. La seule chose que je voyais c'était Edward. La seule chose que je ressentais c'était Edward. Il avait gardé nos bras entrelacés. Son autre main s'étendit et repoussa une mèche de cheveux de mon visage, en la mettant derrière mon oreille. Mais il ne la posa pas. Il la laissa là, sur le côté de mon visage.
"Regarde la tempête par la fenêtre," chanta-t-il encore, mais à peine. Je réalisai que j'avais complètement arrêté. Je ne pouvais rien faire d'autre que de le regarder, mes lèvres légèrement écartées, je respirai à peine.
"Mec, tes lèvres ont l'air délicieuse," chuchota-t-il avec la chanson, ses yeux descendant vers ma bouche puis remontant jusqu'à mes yeux avec le regard plus intense que je ne lui avais jamais vu auparavant. Il était silencieux, laissant la chanson se poursuivre, alors que nous nous tenions simplement enlacés et le regard fixe. Je vis un flash traverser ses yeux juste un instant avant qu'il ne commence lentement à baisser sa tête.
Je me sentis céder, mes yeux se fermant. Je retins mon souffle en prévision de la sensation de ses lèvres sur les miennes.
Mais ça n'arriva jamais.
Au lieu de cela, je sentis le corps d'Edward s'avancer contre moi soudainement, mon front heurtant sa mâchoire, son bras se serrant autour de moi alors que nous perdions tous les deux l'équilibre et basculions. Edward atterrit sur moi alors que nous nous étalions la glace, l'air sortant de mes poumons. La main qui était dans mes cheveux protégeait ma tête de la glace. Nous restâmes parfaitement immobiles pendant un moment avant que je ne l'entende parler dans mon oreille.
"Ça va ?" sa voix pleine d'inquiétude. Je hochai la tête presque imperceptiblement dans son épaule.
"Bella ?" demanda-t-il, sa voix paniquait légèrement.
"Oui," réussis-je à dire à bout de souffle. "Je vais bien. Et toi ?"
"Ouais. Quelque chose m'a heurté. Désolé," s'excusa-t-il. "Et maintenant je t'écrase. Je suis désolé, Bella." Il roula, inversant nos positions alors que nous nous reculions un peu. Voyant nos visages et la situation comique dans laquelle nous nous trouvions nous nous mîmes à pouffer de rire.
Quand je recommençai à prendre le contrôle, mon cerveau se mit à cogiter. Mon cerveau stupide, irréfléchi, névrotique et peu sûr. Il tint compte du fait que mon visage était caché contre sa poitrine, la laine de manteau doux contre ma joue, le son de son rire flottant au-dessus de moi. Il prit en compte le fait que nos jambes étaient emmêlées et que ses bras étaient autour de moi. Il prit en compte le fait qu'il m'avait presque embrassé trente secondes plus tôt. Et que fit mon cerveau ? Il envoya un avertissement massif.
Attention ! Attention ! Tu te précipites, Bella ! Éloigne-toi, vite !
"Qu'est-ce que tu dirais si on arrêtait avant que je te fasse d'autres bleus ?" plaisanta-t-il, et je sautai sur l'opportunité de m'échapper et de me ressaisir. Sortir de la glace, c'était comme revenir à la réalité et le changement était comme un coup de poing dans les tripes. Dès que j'eus franchi le seuil, je me sentis commencer à trembler. J'essayai d'enlever mes patins aussi vite que possible, en attachant les gardes par-dessus les lames et en les lançant dans mon sac avec mon attelle.
"Tout va bien ?" demanda Edward.
"Ouais. Bien, pourquoi ça n'irait pas ?" répondis-je, un peu trop vite pour paraître aussi décontractée que je l'espérais.
"Tu es devenue vraiment silencieuse tout d'un coup."
"Juste fatiguée."
"Tu veux que j'emmène ton sac à la voiture de Rose ? Je pense que nous allions nous promener un peu, peut-être dîner aussi."
"Oui, ce serait génial. En fait, je vais aller aux toilettes," lui dis-je, en faisant des gestes maladroits vers le bâtiment.
"D'accord. On se voit dans une minute," dit-il, ramassant nos deux sacs.
Je m'échappai avant même qu'il n'ait eu l'occasion de se lever, en essayant de ne pas sprinter quand je me détournais de lui. Je grimpai les escaliers et poussai les lourdes portes, en essayant d'apprivoiser ma respiration au moins jusqu'à ce que je puisse entrer dans les toilettes et ne plus être vue du public.
Quand je trouvai les toilettes pour dames, j'étais toute haletante. Je me sentais en surchauffe et claustrophobe et je défis les boutons de mon manteau pour essayer de me libérer. Je le savais, que ce n'était pas le manteau qui causait mon malaise mais cela m'aida un peu avant d'arriver aux toilettes. Heureusement que c'était vide et je m'effondrai pratiquement sur le comptoir, penchée en avant, dissimulant ma tête dans mes bras croisés.
C'est quoi ton problème, Bella ? Sérieusement. Pourquoi as-tu besoin d'être complètement cinglée ?
Toujours penchée sur le comptoir, je réussis à me ressaisir un peu et je levai la tête pour voir mon visage dans le miroir. Mes joues, mon nez étaient rouges et mes yeux brillants de panique. Mes cheveux étaient en désordre. En les remettant en ordre, je me rendis compte qu'Edward avait toujours mon bonnet qu'il l'avait mis dans sa poche pendant la chanson.
La chanson. Le baiser. Enfin presque. Mes doigts touchèrent mes lèvres en me rappelant comment je m'étais sentie à ce moment-là, sa bouche à un souffle de la mienne. J'avais pratiquement pu le goûter.
Ce moment sur la glace avant que nous soyons tombés avait été l'un des moments les plus parfaits de ma vie. Je me tenais là dans les bras d'un bel homme et j'étais à deux doigts de l'embrasser. Mais ce moment était pratiquement un rêve. Quand la réalité est apparue, j'ai réalisé que c'était une blague de penser une seconde que je pourrais l'embrasser.
Les hommes comme Edward n'avaient rien à faire avec des filles comme moi. C'était le problème. C'était un homme, c'est sûr, et j'étais visiblement une fille. Il était sexy, fort et talentueux. Indépendant. Il avait besoin d'une femme à la hauteur, capable de prendre soin d'elle-même. Qui n'était pas si perdue. Il méritait mieux.
J'entendis des voix qui s'approchaient et je m'enfermai rapidement dans une des toilettes, pas tout à fait prête à affronter le monde.
On aurait dit deux jeunes femmes. Elles riaient et bavardaient et je me tus en attendant qu'elles finissent et me laissent à ma solitude.
"Oh mon Dieu, tu as vu les frères Cullen ?" demanda l'une d'elles, captant mon attention.
"Putain, tellement torrides."
"Je sais ? Je veux dire, Emmett est censé être pris mais depuis quand ça signifie quelque chose ? Je veux dire c'est un joueur professionnel, on sait bien qu'il fait des choses à côté." Ma mâchoire se décrocha un peu son effronterie. Elle n'avait aucune idée de comment était Emmett. Non, je ne le connaissais pas depuis bien longtemps, mais je savais sans aucun doute qu'il ne tromperait jamais Rosalie. Le ferait-il ? Je suppose que les gens se trompent tout le temps, ce ne serait pas inhabituel. Renée avait trompé les hommes plus de fois que je ne voulais m'en souvenir. Mais Emmett ? Je ne pouvais tout simplement pas l'imaginer.
"Edward est célibataire et c'est vraiment lui que je préfère," dit la deuxième femme avec une sorte de ronronnement à la fin.
Je voulais me boucher les oreilles. Je ne voulais vraiment pas entendre ça. Spécialement en ce moment. Mais je ne pouvais pas ne pas écouter. Je devais être une sorte de masochisme.
"Sérieusement cet homme est totalement magnifique," acquiesça la première.
"Je le laisserais bien mettre son bâton dans mon filet n'importe quel jour de la semaine, c'est probablement un putain de dieu du sexe, rien qu'un regard vers son petit sourire sexy et je mouille ma culotte."
"Le maître du clito. Tu vas l'aborder ?"
"Je ne sais pas, il a passé toute la journée avec cette autre fille."
"Tu peux totalement gérer, tu es tellement plus sexy."
"Non, je sais mais je n'ai pas envie d'avoir une bagarre avec une autre, peut-être que je vais essayer de lui glisser mon numéro, qu'il m'appelle quand il sera débarrassé de l'autre."
"Second choix, Bree ?"
"Non. On peut dire qu'elle n'est pas du genre à laisser tomber, il peut la mettre au lit tôt et puis venir ramper dans le mien." Elles repartirent vers la porte, continuant à fanfaronner.
Les mots qu'elles avaient prononcés étaient dégoûtants. Je n'étais pas suffisamment stupide pour croire ce que ce genre de femme intéressait Edward. Je n'étais pas suffisamment naïve pour croire qu'Edward était totalement inexpérimenté mais j'étais assez cynique pour croire qu'Edward était un coureur de jupons comme le prétendaient ces femmes.
Le problème c'est qu'il lui fallait quelqu'un juste entre les deux. Il n'avait pas besoin d'une petite fille pathétique comme moi. Il n'avait pas besoin d'une garce comme elles avec qui il pourrait passer la nuit. Un jour il trouverait une femme aussi merveilleuse que lui pour être sa partenaire, qui pourrait aller au lit avec lui et se blottir contre son épaule. Qui pourrait le tenir aussi solidement qu'il la tenait. Et j'étais jalouse de cette femme sans visage.
Cela importait peu qu'Alice pense que nous serions parfaits ensemble. Ça n'avait pas d'importance qu'il semble apprécier ma compagnie. Au fond je savais que je n'avais aucune chance. Je ne pourrais jamais être digne de lui.
Ce qui était vraiment terrifiant c'est que j'étais en train de tomber amoureuse de lui, et vite… je n'avais aucune idée de comment arrêter ça.
"Bella ?" j'entendis la voix familière d'Alice quand la porte s'ouvrit à nouveau.
"Tu es là chérie ?" suivit la voix de Rose, leurs voix décontractées me firent comprendre qu'elles n'avaient aucune idée que j'étais sur le point d'avoir une attaque de panique complète quelques minutes plus tôt.
"Ouais," les appelai-je, faisant en sorte que ma voix soit forte. "Je sors dans une seconde."
"D'accord, nous t'attendons dehors, nous allons acheter à manger et ensuite nous nous promènerons pour voir les sculptures."
J'attendis le bruit de la porte pour sortir de mon box. Je reboutonnai mon manteau et je pris quelques profondes respirations calmantes. Tu peux le faire, Bella. Arrête de t'angoisser et retourne avec tes amis comme une personne normale.
Je souhaitai d'oublier ce que je venais d'entendre. Ce n'était pas juste ni pour Emmett ni pour Edward d'agir différemment envers eux en me basant juste sur les non-sens de deux inconnues qui ne les connaissaient pas. Aucun d'eux n'avait fait quoi que ce soit pour trahir ma confiance. Bien au contraire.
En même temps je savais que je ne pouvais pas me comporter de la même manière avec Edward. Je ne pouvais pas me laisser continuer. Je ne pouvais pas le laisser faire, le laisser croire que j'étais quelqu'un que je n'étais pas en réalité. Je ne pouvais pas l'ignorer, il ne méritait pas ça je ne pouvais pas me laisser être plus proche de lui.
Je reculai, enfilai mes mitaines en m'approchant du groupe qui était au pied de l'escalier. Edward me lança un sourire plein de question quand il me vit m'arrêter et me mettre entre Rose et Alice et j'essayai de lui faire un sourire rassurant. Je suis presque sûre qu'il était sorti comme une grimace.
Ils avaient décidé d'aller au restaurant pendant que je me cachais aux toilettes et nous commençâmes à y aller. Je ne voulais pas être avec Edward par défaut alors je restais proche des filles, entraînant Alice dans une conversation dans un effort pour l'éloigner furtivement de Jasper. Ça fonctionna comme sur des roulettes. Assez rapidement nous nous promenâmes bras dessus bras dessous quelques pas devant les gars, tout en allant vers le restaurant.
Au diner je tentai d'éviter subtilement Edward. J'étais assise à côté de lui ne voulant pas séparer les autres couples et ne voulant pas le heurter en me mettant le plus loin possible de lui mais je ne tombais pas dans une conversation facile comme avant. Je faisais un effort actif pour me concentrer sur les échanges des autres membres de notre groupe, intervenant de temps en temps dans la conversation pour m'assurer qu'il ne capte pas mon attention et m'entraîne dans un dialogue. Je savais que dès qu'il me dirait un mot de sa douce voix, destinée uniquement à mes oreilles, je serai incapable de m'arrêter.
J'essayai de ne pas le regarder mais je me surpris en train de le faire inconsciemment du coin de l'œil de temps en temps. De toute évidence, il avait l'air normal, heureux et en train de s'amuser. Mais je pouvais distinguer un soupçon de grimace dans son sourire, comme s'il devait le forcer et y avait un plissement autour de ses yeux. Le regret que je pouvais le blesser me traversa l'esprit mais c'était mieux ainsi. Ça devrait l'être.
Nous retournâmes au parc qui s'était transformé le temps que nous étions partis. Quand nous étions partis le soleil était bas dans le ciel. A présent il faisait nuit, des centaines de lumières scintillantes brillaient à travers les arbres qui bordaient le parc, projetant une lueur fantastique. Les sculptures de glace qui avaient paru impressionnantes pendant la journée étaient maintenant encore plus accentuées par les lumières qui brillaient de l'intérieur, soulignant les pics et les creux des sculptures. Nous nous promenâmes en prenant des photos en groupe.
"Que se passe-t-il ?" demanda Alice de façon inattendue. En regardant autour de moi je réalisai que Rose et elle nous avaient subtilement séparées des autres, les dépassant juste assez pour qu'ils ne puissent rien entendre de ce que nous disions.
"De quoi tu parles ?"
"Tu es bizarre depuis que nous sommes allés manger," dit Rose.
"Je n'ai pas été bizarre…" insistai-je.
"Si tu l'es, tu n'es vraiment pas une très bonne actrice, Bella," fit remarquer Alice.
"Vous savez, l'entraîneur me dit toujours que le jeu est l'un de mes points forts, je suppose que je devrai le virer pour m'avoir menti," éludai-je d'un ton sec.
"Isabella Marie Swan," gémit Alice. "Nous savons qu'il se passe quelque chose. Tu peux aussi bien nous dire ce que c'est."
"Comment tu connais mon deuxième prénom ?" demandai-je, encore une autre tentative pour détourner son attention et aussi parce que j'étais curieuse.
"Je l'ai cherché sur le net," dit-elle avec désinvolture.
"Tu as cherché sur G°°gle ?"
"Bien sûr Bella c'est mon travail de meilleure amie de garder un œil sur ce qui se dit à propos de toi, de cette façon je peux te tenir au courant et te débarrasser des idiots qui essaient de dire de la merde."
"Waouh c'est à la fois doux et effrayant."
"Et tu évites le sujet, qu'est-ce qui ne va pas ?"
"Rien, je suis juste un peu nerveuse c'est tout." Je me détendis essayant de minimiser l'étendue de mon état.
"A quel sujet ?"
"Edward ?" demanda Alice et j'acquiesçai.
"Bella, Edward est un gars bien il ne va pas te mettre la pression si c'est ce qui t'inquiète."
"Sérieusement mon frère est un vrai gentleman je ne pense pas qu'il soit capable de pousser une femme hors de sa zone de confort."
"Surtout toi," renchérit Rose. "Tu devrais voir comment il te regarde, Bella."
Cela faisait partie du problème. Je voyais la façon dont il me regardait. Et je n'avais aucune idée de comment le gérer.
"Tout semble tellement rapide," expliquai-je. "Je ne sais pas quoi faire ou comment agir."
"Alors dis-lui ça," suggéra Alice.
"Ce n'est pas si facile."
"Ça l'est. C'est toi, Bella qui compliques les choses," dit doucement Rose.
Nous retournâmes vers les gars et continuâmes à marcher autour du parc, faisant le tour des blocs de glace qui avaient été soigneusement sculptés. Emmett fit rire tout le monde en essayant de les mimer ou en faisant des commentaires ou des gestes inappropriés. Ça lui attira le regard très mauvais de deux femmes plus âgées qui passaient juste à côté quand il fit une blague sur la taille de la trompe de l'éléphant. Je commençai à sentir que la tension me quittait. Il était difficile de ne pas se sentir à l'aise en compagnie de ces personnes. Bien sûr lorsque ma garde était baissée, ma détermination diminuait également.
Il ne fallut pas longtemps pour que je remarque que Rose et Emmett et Alice et Jasper s'étaient remis en couples. Comme ils devraient. Ils étaient amoureux pourquoi ne voudraient-ils pas avoir du temps seuls ? Bien sûr, cela me laissait avec Edward et il est impossible d'éviter quelqu'un quand tu es seul avec lui.
Les autres étaient toujours à proximité mais si vous ne saviez pas que nous étions ensemble vous n'auriez pas pu le deviner.
"Bella ?" demanda Edward avec hésitation et je me tendis mais levai le regard vers lui. "Tu voudrais peut-être un peu marcher avec moi, je veux dire tu n'as rien à faire je pensais juste que ce serait bien de m'éloigner d'eux, de leur laisser un peu d'espace," balbutia-t-il. Il semblait un peu mal à l'aise de les voir si bien ensemble mais pas d'une manière qui désapprouvait leurs démonstrations d'affection.
Mon cerveau disait non. Alors bien sûr je lui répondis oui.
Et là son hésitation disparut et son sourire perdit tout signe d'être forcé. Je gardai mes mains dans mes poches pour maintenir un semblant de protection.
Pendant les deux premières sculptures nous eûmes de petites conversations remplies de pauses gênantes et désagréables alors que nous nous efforcions de retrouver nos marques l'un avec l'autre. J'essayai de trouver un équilibre entre être amicale et me laisser complètement aller. Il était, j'en suis sûre en train d'essayer de trouver un sens à ce qu'il se passait dans ma tête et qui avait causé un changement aussi radical dans mon comportement.
Plus nous avancions, plus notre conversation devenait facile. Je me sentis me détendre alors que les lumières du parc s'évanouissaient derrière nous et que les rues s'obscurcissaient à mesure que nous avancions vers la ville par les rues calmes. Il me parlait des concerts auxquels il avait participé pour des groupes et des chanteurs avec lesquels nous partagions un intérêt mutuel.
Je lui racontai comment j'avais rencontré Michael Bublé à un événement caritatif il y avait quelque temps. Il me raconta quelques anecdotes sur Alice et Emmett et je lui racontai comment ça s'était passé quand nous nous étions rencontrés. Les choses n'étaient plus forcées ou tendues entre nous. Je ne pouvais plus penser à mes préoccupations quand il riait à quelque chose que je disais ou quand il me faisait ce sourire en coin, ses yeux brillants de joie. Mon cerveau s'apaisait et mon cœur reprenait le dessus.
Alors que nous tournions, mon souffle se suspendit et je sentis revenir le conte de fées. Le coin face à nous ressemblait à une version miniature de Rice Park. Un petit carré de glace qui était complètement entouré par des arbres nus éclairés par des lumières blanches. Deux côtés étaient bordés par des bouleaux qui semblaient être dans le lit d'une rivière. De l'autre côté il y avait un petit pavillon, une plate-forme en pierre couverte d'un toit voûté et éclairé. La neige avait commencé à tomber légèrement pendant que nous marchions et recouvrait les allées d'une mince couverture blanche.
Cela n'aurait pas dû m'affecter autant, pas après avoir vu le grand parc mais ce petit endroit était si différent. Comme si nous avions trébuché sur un lieu magique et secret que personne d'autre ne connaissait. Contrairement à la foule animée de Rice Park cet endroit était complètement abandonné et isolé. Il n'y avait personne en vue, ni même le bruit d'une voiture. Pas une seule empreinte n'entachait la neige au sol. C'était juste nous.
"Waouh ! C'est tellement beau," soupirai-je, tournant sur place une fois que nous eûmes atteint le centre pour avoir une vue d'ensemble.
"Oui, il y a peu de monde qui connait cet endroit mais c'est un de mes endroits préférés en ville. Spécialement l'hiver quand c'est comme ça. Calme, vide. Je viens ici pour m'éloigner quelquefois."
"De quoi as-tu besoin de t'éloigner ?"
"Je ne sais pas. Tout ? Ne te méprends pas, j'ai beaucoup de chance. Ma famille est incroyable. J'ai de la chance d'avoir un travail que j'aime. Mais parfois, j'ai juste besoin de m'échapper. Aussi géniale que ma famille soit… ils sont tous très intenses. Ils peuvent être un peu trop puissants. Et maintenant, avec tous les couples…." dit-il.
"Cinquième roue ?"
"Oui, plutôt la septième roue. Je suppose que c'est approprié. Ils sont aussi subtils qu'un semi-remorque," il bougea pour s'asseoir sur le rebord de la plate-forme, ses pieds touchant à peine le sol. La neige collant à ses cheveux et à son manteau.
"J'ai eu cette impression," compatis-je, me hissant pour le rejoindre sur le rebord, mes pieds pendant.
"Ne laisse pas Alice t'embobiner. Elle aime repousser les limites mais vraiment, elle respectera tes limites. Eh bien, la plupart du temps," dit-il en riant.
"Ça doit être sympa…" me dis-je, "d'avoir une famille si proche."
"Tu n'es pas proche de ta famille ?"
"Je n'ai pas de frères et sœurs. Je ne vois presque jamais mon père."
"Et ta mère ?"
"Je suppose que ça dépend de ta définition de proche. Du point de vue de la proximité, nous avons toujours été proches. J'ai vécu avec elle jusqu'à ce que je déménage ici. Elle a toujours été très impliquée dans mon patinage. Mais à part ça ..."
"Et les grands-parents ? Tantes, oncles ?"
"Non. Enfant unique d'enfants uniques. Et tous mes grands-parents sont décédés. Au moins, je suis presque sûre qu'ils sont morts, ils n'étaient jamais vraiment là."
"As-tu beaucoup d'amis en Floride ?"
"Pas vraiment. C'est assez difficile quand on a des horaires de fou au niveau de compétition où j'étais. Mon Dieu, écoute-moi… Pauvre fille gâtée, n'est-ce pas ? Je n'ai pas l'intention de me plaindre, je suis bien."
"Ne sois pas ridicule, j'ai demandé. Et peu importe combien tu as ou à quel point tu as du succès. Tu peux encore te sentir seule."
Je le regardai à travers mes cils. L'expression dans ses yeux était comme une couverture en laine polaire chaude enveloppée autour de moi, pleine de réconfort et de compréhension sans un soupçon de pitié ou de jugement. Je n'ai pas pu regarder ailleurs et j'ai trouvé que je ne voulais pas le faire.
Une brise passa, soufflant mes cheveux et des flocons de neige autour de mon visage mais je ne détournai pas les yeux.
"Tu as froid ?" demanda-t-il, et je me rendis compte que je frissonnais. Il n'attendit pas la réponse avant frotter ses mains vers le haut et le bas de mes bras et puis m'attirer contre sa poitrine. Je soupirai et je sentis me fondre dans sa forme, sa tête reposant sur le dessus de la mienne, mes mains coincées entre nous. Je n'avais jamais eu aussi chaud.
Je ne sais pas combien de temps nous restâmes assis là dans le silence et la neige qui tombait. Minutes, heures. Je me serai contentée d'y rester pour toujours.
Ses bras se relâchèrent autour de moi, sa tête se souleva de la mienne juste assez loin pour qu'il puisse me regarder quand je soulevai la tête de sa poitrine. Le temps ralentit encore. Je pouvais presque voir chaque flocon autour de nous descendre dans l'air alors que mon cœur battait la chamade dans mes oreilles. J'étais pleinement consciente de sa main sur ma taille. Je sentais la traînée de chaleur que ses doigts laissait quand il leva son autre main vers mon bras et vers mon visage, virant des flacons de neige de ma joue puis s'ancrant légèrement dans mes cheveux, la paume de sa main sur mon visage.
Son visage s'abaissa, hésitant à peine, ses yeux cherchant. Puis ses lèvres touchèrent les miennes, juste un murmure de douceur et de chaleur pressé contre elles avant qu'il se retire, en reposant son front contre le mien pendant un moment avant d'avancer à nouveau, mes yeux se fermant à l'instant où sa bouche rencontra la mienne. Le baiser était douloureusement doux au début, une danse de caresses de soie. Son goût était enivrant alors que son haleine se mêlait à la mienne et me consumait. Peu à peu, le baiser s'approfondit. Il ne força pas, ne bougea même pas ses mains. Il augmenta juste la pression et la ferveur de sa bouche alors que nous nous perdions dans cette première exploration.
Sa langue traça ma lèvre inférieure et un faible gémissement dériva vers mon oreille. Je fus choquée de réaliser qu'il venait de moi. Le son qu'il émit en réponse était bas et guttural et me frappa directement entre les jambes. Une avalanche d'émotions, principalement le désir, me balaya et j'étais partie.
"Stop," haletai-je, nous surprenant tous les deux. Je ne réfléchis pas à quitter ses lèvres. Ça se produisit. Mais maintenant que c'était le cas, je savais que je le pensais vraiment. J'avais arrêté pour une raison. Je lui avais dit d'arrêter pour une raison.
"Bella, qu'est-ce qu'il y a ?" demanda-t-il, toujours à un souffle de moi, la voix grave et rauque comme quelqu'un qui n'aurait pas parlé depuis longtemps.
"Je ne peux pas," chuchotai-je, n'ayant pas le courage d'ouvrir les yeux et de le regarder.
"Quoi ?" répondit-il et je ne savais pas s'il était confus ou s'il ne m'avait tout simplement pas entendue.
Je déglutis en ouvrant les yeux et en me répétant un peu plus fort. "Je ne peux pas, Edward."
"Qu'y a-t-il, Bella ? Tu ne peux pas quoi ?"
"Je ne peux pas faire ça," je reculai un peu, sentant sa main s'éloigner de mon visage et l'autre de ma taille alors que je mettais une légère distance entre nous. Ses yeux s'étaient assombris, un mélange de rejet et de déception et je ne pouvais pas supporter le fait d'être la cause de ce regard-là. Donc au lieu de reconnaître, je glissai de la plate-forme, m'éloignant d'un pas et regardant le parc vide.
"Je suis désolée. Je suis sûre que ça n'a aucun sens. Je suis probablement en train de te donner le tournis. Honnêtement, je n'essayais pas de te mener en bateau ou quoi que ce soit. Je n'aurais jamais dû laisser cela se produire. Mais tu es si gentil et parfait et toute cette journée a été merveilleuse et j'ai juste... je ne pouvais pas ne pas t'embrasser. La plus grande partie de la journée. La partie de la journée où je n'agissais pas comme une crétine complète. Ou peut-être que la partie où j'ai pensé que je pouvais faire ça, quand j'agissais stupidement, je ne sais pas." Je faisais des va et vient, essayant de donner un sens à mes pensées alors qu'elles se précipitaient à travers mes lèvres.
"Edward, tu me plais. Beaucoup. Je suis sûre que je ne suis pas censée te dire ça. Je pense que les filles sont censées être timides et jouer les dures, n'est-ce pas ? Mais je n'ai aucune idée de ce que je suis et je suis tellement dépassée que ce n'est même pas drôle. Je ne suis ni sophistiquée ou coquine. Je ne suis pas compétente ou intelligente dans ce domaine, je me sens juste dépassée. Je ne peux pas faire ça. Je ne suis pas prête pour ça. Pour toi."
"Bella…" dit-il pour la première fois, juste derrière moi. Il avait dû se lever et bouger pendant que j'étais incohérente. Au lieu d'écouter, je me précipitai et lui coupai la parole.
"Non, s'il te plaît. Ne dis rien du tout. Je suis tellement gênée. Je veux dire que je me suis pratiquement jetée sur toi et maintenant je fais ça. Mon Dieu, je suis une telle idiote. Tu devrais t'éloigner le plus possible de moi. C'est probablement contagieux," babillai-je, sentant les larmes se former dans mes yeux. Bien que j'essaie de les combattre je sentis une larme traîtresse couler sur ma joue.
"Bella," dit-il doucement, ses mains sur mes épaules pour me tourner vers lui, son index levant mon menton quand je refusai de lever les yeux. "Regarde-moi, s'il te plaît ?"
Je ne pouvais pas refuser et je levai les yeux pour rencontrer les siens. Il frotta doucement le pouce sur ma joue, essuyant une larme. "Je ne te précipiterais jamais ou ne te pousserais jamais dans quelque chose que tu ne veux pas ou pour laquelle tu n'es pas prête. Je ne regrette pas de t'avoir embrassée mais si ce dont tu as besoin, c'est que je ne sois que ton ami en ce moment, je peux le faire. Je peux être ton ami."
"Pourquoi ? Pourquoi tu ferais ça Edward ? Je ne sais plus où j'en suis."
"Je me suis attachée à ton… genre de gâchis."
"Je ne suis pas bien pour toi, Edward. Tu mérites tellement mieux."
"Pourquoi ne me laisses-tu pas décider de ce que je mérite ?"
Je fis une pause avant de demander avec scepticisme : "Tu veux être mon ami ?"
"Oui, Bella, c'est vrai." Je fouillai ses yeux et n'y trouvai rien d'autre que la sincérité.
"D'accord," dis-je doucement.
"D'accord," répéta-t-il. "Alors, mon amie, je peux avoir ton numéro pour t'envoyer un texto pendant qu'on est sur la route cette semaine ?"
Je laissai échapper un rire étranglé, reconnaissante qu'il semble dire la vérité sur le fait de vouloir... être mon ami et soulagée qu'il ait pu briser la tension que je ressentais. "Ouais, je peux faire ça." C'est le moins que je puisse faire puisque j'avais été un tel fiasco. Je pris le téléphone qu'il m'offrait et programmai mon numéro. Quand je le lui rendis il appuya sur un bouton. Un instant plus tard, je sentis mon téléphone bourdonner dans la poche de mon manteau.
"Et voilà. Maintenant, tu as le mien aussi."
"Merci."
"Devrions-nous rentrer ?"
"En fait, je suis un peu fatiguée. On n'est pas très loin de l'appartement," commençai-je, en faisant une pause pour me mordre la lèvre, je ne savais pas si c'était approprié de lui demander de marcher avec moi ou si je devrais le laisser revenir vers aux autres.
"Puis-je te raccompagner chez toi, Bella ?" demanda-t-il, m'ôtant un poids.
"Es-tu sûr ? Je veux dire, comment vas-tu revenir, alors ? On peut juste y aller et je vais voir si Rose..."
"Bella, j'en suis sûr. Puis-je te raccompagner chez toi ?" répéta-t-il.
"Merci," répondis-je tranquillement.
Il nous fallut dix minutes pour revenir à mon immeuble, le temps était rempli de silence, bien que cette fois ce n'était pas tout à fait confortable. Ma main se sentait vide sans la sienne. Je la poussai au fond de ma poche, mes pensées emportées dans le doute, l'apitoiement sur soi-même et le dégoût.
Pourquoi devait-il être si parfait ? Pourquoi suis-je si imparfaite ?
Bientôt, il se lasserait de mes défauts et se sentirait frustré que je sois vicieusement imparfaite. Il ne voudrait pas rester, j'en étais certaine. J'étais assez égoïste pour souhaiter qu'il le fasse, même en sachant que je n'étais pas capable de lui donner plus.
Il me raccompagna jusqu'à ma porte, insistant sur le fait qu'il avait besoin de savoir que je sois rentrée à l'intérieur en toute sécurité. Je m'attardai dans l'embrasure de la porte ouverte et lui fis un petit sourire.
"On se parle bientôt ?" Ça sortit comme une question.
"Oui," confirmai-je. "Tu vas être parti pour un moment ?"
"Juste quelques jours."
"Eh bien. Sois prudent," dis-je, et le coin de sa bouche se souleva.
"Toi aussi. Doucement sur la jambe."
"Je le ferai," l'assurai-je.
Nous restâmes maladroitement là, aucun de nous ne voulant dire au revoir. Je souhaitai de tout mon cœur pouvoir me pencher et l'embrasser pour lui souhaiter bonne nuit. J'aurais aimé pouvoir lui dire que j'avais eu tort, qu'on devrait... que nous étions faits l'un pour l'autre. Mais je ne pouvais pas, parce que nous ne l'étions pas. Il n'était pas à sa place avec moi.
Après une longue pause, il soupira doucement. "Bonne nuit, Bella."
"Bonne nuit, Edward." Je me glissai à l'intérieur et fermai avec un clic silencieux. Je verrouillai et mis la chaîne, fermant le monde dehors et moi-même dedans.
Je ne n'avais pas la moindre idée de comment ouvrir la porte de mon cœur. Pourtant je voulais l'ouvrir… Je me recroquevillai sur mon siège à la fenêtre et regardai la neige tomber. La ville était comme une boule à neige, un monde séparé de moi par le verre. Serai-je toujours à l'écart des autres ? Il en avait toujours été ainsi. Je craignais que ce ne soit pour toujours.
…
*Baby is cold outside : extrait de la comédie musicale de 1949 La fille de Neptune reprise par Michael Bublé en 2014
