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CHAPITRE 6
Qui a dit que tu ne pouvais pas rentrer chez toi ?
Cette journée était royalement nulle. En fait, les quatre jours suivants promettaient d'être tout aussi déplaisants.
Championnats nationaux.
La plupart du temps le patinage artistique passait pratiquement inaperçu et ne faisait pas l'objet de commentaires réguliers mais les championnats nationaux mettaient le patinage sous les projecteurs. Des millions de téléspectateurs regardaient, pour voir qui était les nouveaux, qui était prometteur et qui était en difficulté.
L'année dernière j'avais été au plus haut et les Championnats étaient devenus un zoo. Il y avait eu tout un tas d'interviews et de répétitions de dernière minute, j'avais dû être présente plus tôt et plus de stress pour le maquillage et l'ajustement des costumes. L'année dernière j'étais face à des milliers de spectateurs écoutant l'hymne des Etats-Unis et essayant de m'adapter au lourd poids de la médaille qui venait d'être mise autour de mon cou.
Quelle différence en un an !
Cette année je voulais me goinfrer, je m'étais barricadée devant la télé en survêtement et chaussettes pour une séance de torture auto infligée.
J'en avais tellement marre de me faire pitié à moi-même…
Je m'étais toujours considérée comme forte et autonome, travaillant dur pour gagner tout ce que j'avais dans ma carrière et ne m'attendant pas à ce que quoi que ce soit me soit donné.
Sur la glace j'avais confiance. Ça me donnait un espace où me sentir vraiment bien dans ma peau et dans mes capacités. Cela ne m'avait jamais tellement dérangé d'être si nulle hors de la patinoire parce qu'au moins j'avais un endroit où je pouvais m'échapper.
En tombant j'avais perdu cet endroit… je m'étais perdue aussi et je n'avais aucune idée de comment le récupérer.
Reconnaitre que j'étais une pleurnicheuse devait être un pas dans la bonne direction, n'est-ce pas ?
Eh bien ce n'est pas ce soir que ça allait changer, c'était certain. Ce soir était parfait pour me sentir désolée, pour m'apitoyer sur moi-même.
C'était jeudi soir, les programmes courts féminins étaient programmés dans une vingtaine de minutes. Je décidai que c'était le temps qu'il me fallait pour trouver de la vodka à ajouter à mon milkshake et me bourrer.
Je n'avais jamais beaucoup bu, je n'en avais jamais vraiment ressenti le besoin… et avec Renée qui me surveillait comme un faucon, ça aurait été impossible d'essayer. Raison de plus de le faire ce soir, ce serait d'autant plus satisfaisant.
Je mélangeai une bonne dose de vodka à la vanille dans le shaker et je sortis ma plus grande tasse de mes placards. Bien sûr ça devait être celle en plastique que j'avais récupérée au match des Wild avec les filles.
Et bien sûr, ça me fit penser à Edward. Encore.
Pourquoi ne pouvais-je pas me sortir cet homme de la tête ?
Bien sûr il était superbe, personne ne pouvait ou ne devait le discuter. Et totalement sexy avec ses muscles toniques et athlétiques. Et il avait énormément de talent sur la glace. Et il avait un sourire qui me rendait toute molle. Ne parlons même pas du baiser.
D'accord, il y avait donc tout un tas de raisons pour lesquelles je ne pouvais pas me le sortir de la tête.
Peut-être est-ce le fait que bien que j'aie insisté pendant notre conversation sur le fait que je n'étais pas intéressée pour autre chose que de l'amitié, il avait continué à appeler et envoyer des textos au moins une fois par jour, souvent plus que ça.
Quand je le lui avais dit, j'étais tellement sûre qu'il arrêterait et que je n'entendrais plus jamais parler de lui sauf quand il s'agissait d'être en groupe. Mais il m'avait complètement surprise quand il avait voulu parler et apprendre à me connaitre.
Le premier message qui était arrivé plus tard ce soir-là n'avait rien dit d'autre que Fais de beaux rêves.
Il avait continué à m'envoyer des messages le jour suivant, des petits mots pour dire salut, me racontant ce qu'il faisait en préparant son départ avec l'équipe le lendemain matin.
Au début j'ai évité de répondre. Bien sûr je me précipitai sur mon téléphone chaque fois qu'il faisait un bruit, dévorant rapidement chaque mot qu'il m'envoyait, aussi banal soit-il mais je ne répondis pas.
Juste après sept heures du soir mon téléphone sonna. Edward. J'étais trop nerveuse pour répondre et le laissais aller sur la boite vocale, seulement pour entendre le bip quelques secondes plus tard m'avertissant qu'il y avait un nouveau message, je pris une profonde inspiration et l'écoutais.
"Bella je sais que tu es chez toi," fit sa voix rauque légèrement déformée par le téléphone mais toujours tout à fait séduisante. "Je ne vais pas arrêter d'appeler jusqu'à ce que tu répondes, ça va sonner dans une dizaine de secondes."
Je ne pus m'empêcher de sourire et d'appuyer sur le bouton pour mettre fin à l'appel. Moins de sept secondes plus tard mon téléphone sonna à nouveau. Oui j'ai compté.
"Salut," répondis-je timidement à la première sonnerie.
"Tu es vivante !" s'exclama-t-il avec un soupir de soulagement exagéré. "Tu sais que je me suis un peu inquiété que tu m'aies donné un mauvais numéro et que j'aie envoyé des textos à un vieux mec toute la journée."
"C'est une bonne chose que tu n'aies rien raconté d'embarrassant…"
"Ah ! Alors tu as lu mes messages…" dit-il. Et je pus pratiquement voir ce sourire tordu sur son visage.
"Oui je l'ai fait. Je suis découverte. Oui je les ai lus."
"Tu sais, le comportement poli de base c'est de répondre quand un ami t'envoie un message."
"Merci Emily Post*," répondis-je sarcastiquement.
"Hey ma maman m'a bien élevé. Je n'y peux rien si je suis un maniaque de la bienséance."
"Alors comment ça explique ton frère ?"
"Bon, Emmett a été adopté par un groupe de gorilles. Nous avons gardé ça secret pour que ses sentiments ne soient pas blessés."
"Très charitable de votre part."
"Pourquoi tu ne m'as pas répondu ?" demanda-t-il, changeant abruptement de sujet de conversation. Il ne paraissait pas contrarié, ni blessé, seulement curieux.
"Je ne sais pas," répondis-je évasivement, parce que franchement mes raisons de ne pas répondre me semblaient sans fondement, même à moi.
"Tu ne sais pas comment envoyer un message ?"
"Si je sais, je ne suis pas abrutie," l'informai-je, avec une indignation amusée.
"Tu as oublié qui j'étais et as flippé à l'idée qu'un gars quelconque te harcèle ?"
"Non," rigolai-je à cette suggestion. "On ne peut pas t'oublier, Edward."
"Tu as eu des engelures hier soir et tous tes doigts sont devenus noirs et sont tombés ?" s'enquit-il.
"Non… dégoûtant."
"Alors je n'ai plus d'idées. Pourquoi ne m'as-tu pas répondu ?" demanda-t-il sérieusement. Je ne répondis pas, pinçant ma lèvre entre mes dents en essayant quoi savoir dire. Penserait-il que je suis stupide si je lui disais la vérité. Avant que je puisse commencer il parla. "Bella arrête de te mordiller la lèvre et dis-moi simplement."
"Comment tu peux savoir que je me mords la lèvre ?" demandai-je, surprise.
"Parce que tu fais toujours ça quand tu es nerveuse ou essaie de trouver quoi dire. Dis-moi simplement, s'il te plait."
Je ne pouvais rien faire d'autre que d'être honnête avec lui quand il utilisait ce ton, alors je répondis d'une voix timide, "J'avais peur que tu ne le penses pas. Que tu ne veuilles pas vraiment être mon ami et que tu veuilles éviter qu'on soit gêné tous les deux. Je ne m'attendais pas vraiment à ce que tu m'appelles. Ou que tu m'envoies un texto. Et quand tu l'as fait, je n'ai pas su quoi dire."
"Très bien, d'abord, nous sommes tous les deux un peu embarrassés, donc c'est tout simplement inévitable et c'est quelque chose que nous devrons dépasser," me dit-il, me faisant rire doucement.
"Deuxièmement," continua-t-il, et je pouvais l'imaginer en train de compter sur ses doigts. Ses longs doigts élégants et sexy. Arrête, Bella. Je secouai la tête et essayai de me concentrer sur ce qu'il disait. "Nous avons parlé en trois occasions différentes et nous n'avons jamais eu des problèmes pour trouver des choses à dire. Et troisièmement, je n'ai jamais dit et ne dirai jamais rien que je ne pense... Donc, après avoir dit cela, je vais te dire que j'ai été honnête avec toi quand j'ai dit que je veux être ton ami. Mais…" il hésita et je retins mon souffle.
Mais.
Mais tu ne vaux pas la peine d'attendre. Mais j'ai décidé que c'est trop d'efforts. Mais j'ai besoin d'une vraie femme qui puisse satisfaire mes besoins.
Tous ces trucs et bien d'autres me traversèrent la tête pendant que j'attendais la suite en retenant mon souffle.
Il poussa un gros soupir et gémit un peu, le son étant étouffé comme s'il avait recouvert sa bouche avec sa main ou un oreiller. "Écoute, tu m'as dit que tu m'aimais bien. Tu le pensais vraiment ?"
"Oui," dis-je, calmement sans hésiter. S'il était prêt à mettre les cartes sur table, il fallait que je sois assez courageuse pour essayer et faire la même chose.
"Alors, ce soir je me mets à nu et je te dis que je t'aime bien aussi, Bella. Beaucoup, probablement plus que ce qui serait logique mais c'est le cas. Et je veux avoir plus avec toi… quand tu te sentiras prête. Je ne te dis pas ça pour te mettre la pression et j'espère que ça ne te met pas mal à l'aise. Je suppose que j'ai juste besoin que tu saches que je ne vais pas abandonner aussi facilement."
"Je ne veux pas que tu le fasses," lui dis-je, dans à peine plus qu'un murmure. La tension commença à quitter mes épaules et les fissures qui étaient apparues sur mon cœur lorsque je l'avais bêtement ignoré, commencèrent à s'estomper un peu. Je ne voulais pas qu'il me laisse tomber. Je voulais croire qu'un jour je pourrais devenir assez bien pour lui, même si je n'en étais pas encore là.
"Bien. Mais jusqu'à ce jour, je veux qu'on soit amis. J'aime parler avec toi, passer du temps avec toi. Et pour l'instant c'est suffisant," dit-il sincèrement, en me faisant pleurer légèrement. "Alors, penses-tu que tu pourrais répondre à mes textos ?" Sa voix, ridiculement exaspérée, me fit étouffer un rire.
"Je pense que je peux y arriver."
Nous avions parlé pendant trois heures ce soir-là. Il m'avait raconté où ils allaient voyager pendant les quatre prochains jours et les équipes contre lesquelles ils allaient jouer. J'avais parlé de ma rééducation et ma nouvelle haine pour l'exercice du mur. Il m'avait mise sur haut-parleur et faisait ses bagages. Je fis la même chose en préparant le dîner, en marmonnant des réponses la bouche pleine, trop envoûtée par la conversation pour me souvenir de mes manières et d'avaler avant de parler.
Cela avait pris vingt minutes après qu'il ait dit qu'il devrait raccrocher et se coucher pour que nous arrivions à raccrocher. Quelque chose qu'il avait appelé un "Minnesota Long Goodbye". Quand on s'était finalement quittés, je m'étais accrochée à mon téléphone, essayant de garder ces sentiments de réconfort et de bonheur qui ne m'envahissaient rien qu'en écoutant sa voix. Moins de trente secondes après avoir raccroché, j'avais reçu un SMS.
Tu me manques déjà, mon amie.
J'avais ri, lui répondant d'aller au lit. Je m'étais effondrée sur mes oreillers, enfouissant le visage et couinant comme une ado. J'étais dans la merde.
Le texto suivant était arrivé le lendemain matin après leur départ. Il m'avait envoyé le MMs d'un champ de maïs avec un petit mot : Salutations du pittoresque Iowa.
Il avait continué à m'envoyer des photos tout au long de leur voyage, des panneaux de signalisation routière et de petits monuments pendant leur voyage jusqu'au Tennessee où ils jouaient contre les Nashville Predators la veille de leur départ vers le nord jusqu'en Ohio, puis de retour tard le jeudi.
Apparemment, les gars l'avaient surpris parce que les texto Edward étaient entrecoupés d'autoportraits d'Emmett faisant des grimaces drôles et des commentaires suggestifs. Il avait même réussi à m'envoyer une photo qu'il avait prise d'Edward faisant une adorable grimace et son bras tendu comme s'il essayait de récupérer son téléphone. J'avais réglé mon téléphone pour avoir une sonnerie spéciale chaque fois que c'était lui qui m'envoyait un texto.
Chaque message me faisait sourire. Il était toujours amical tout en flirtant et j'étais de plus en plus à l'aise pour lui répondre. Il semblait savoir exactement ce qu'il fallait me dire avant que je ne sache moi-même ce que j'avais besoin d'entendre.
Malgré ma détermination, je tombais amoureuse de lui un peu plus à chaque nouveau bip sur mon téléphone.
Mon hésitation avec Edward n'était pas parce qu'il ne m'attirait pas. Il m'attirait et ça en était presque gênant. Chaque fois que je le voyais ou même que je l'imaginais dans ma tête, je me trouvais en train de perdre complètement le fil de mes pensées. Mon esprit s'éteignait et la seule chose qui restait c'était Edward.
Si j'étais honnête avec moi-même, j'étais effrayée, complètement terrifiée serait plus précis, de la façon dont il me faisait me sentir après l'avoir connu si peu de temps. Mon expérience avec les hommes était inexistante et ma connaissance des relations en général était biaisée par le fait que Renée était mon seul exemple dans vie. Franchement, le fait qu'elle saute d'homme en homme avait laissé un mauvais goût dans ma bouche.
J'ai toujours détesté quand elle ramenait un nouveau mec à la maison. Avant même que j'aie le temps de connaitre son nom il était parti et elle filait chercher le prochain, parfois même sans attendre de virer le premier pour amener le suivant.
En plus de tout cela, il y avait le souvenir de son mariage raté avec mon père. Notre maison avait été un champ de bataille jusqu'à leur divorce, une cacophonie de hurlements, de cris et d'objets lancés quand Renée voulait faire une scène.
Edward semblait si... incroyable. Je n'avais pas le courage de le décevoir alors je continuais à me retenir.
Mon téléphone sonna juste au moment où je finis de mélanger mon milkshake, faisant sursauter mon cœur d'impatience dans ma poitrine.
Je viens d'arriver en ville. Dis-moi si tu as besoin d'une épaule.
Cet homme pourrait-il être encore plus parfait ? Il savait que j'étais déprimée à propos des Nationaux. Nous avions parlé hier soir, lorsqu'il avait appelé après le match. Le match que j'avais enregistré pour le regarder de nouveau, pour pouvoir juste le mettre en pause à chaque fois qu'Edward était sur la glace.
Les filles et moi nous retrouvions pour regarder le match à chaque fois que les Wild jouaient. Parfois chez moi mais la plupart du temps chez elles vu qu'elles avaient un abonnement pour un pack sport pour voir tous les matchs possibles de leurs mecs. Ça, c'est de la dévotion.
Ce qui m'avait vraiment déconcerté, c'est que ni l'une ni l'autre n'avait demandé ce qu'il s'était passé dimanche. Avec toutes les discussions qui avaient eu lieu lors de notre petite sortie, la seule fois où Alice avait juste demandé si j'avais passé un bon moment, c'était quand elle m'avait ramené mes patins. Je n'avais rien dit et elle n'en avait pas reparlé. Je me demandais si Edward lui avait dit quelque chose et j'étais inquiète qu'elle me donne un semblant de paix et qu'à un moment elle me tombe dessus en voulant tous les détails sur ce qu'il s'était passé entre nous.
Depuis quatre jours j'avais passé plus de temps à trop analyser la situation que je n'osais l'admettre. Chez le kiné, j'étais passée à compter les raisons pour lesquelles j'étais folle de le repousser. Je n'arrivais pas à penser à quoi que ce soit d'autre.
J'étais là, au moment le plus romantique de toute ma vie et j'avais dit au bel homme qui m'embrassait d'arrêter. Chaque texto et chaque appel de sa part m'avait fait réaliser plein de choses. Tu es une telle idiote, Bella.
Renée m'avait envoyé des texto toute la journée, juste pour s'assurer que je regarderai ça et me donner des conseils sur les choses que je devrais étudier et rechercher dans ma "compétition". Et ne pas devenir paresseuse juste parce que tu es assise sur la touche. J'étais vraiment tentée de juste éteindre mon téléphone pour le reste de la soirée mais je ne voulais pas courir le risque de manquer un appel ou un message d'Edward, et peu importe à quel point Renée m'embêtait, ce n'était pas quelque chose que j'étais prête à faire. Ses messages étaient la seule chose qui me faisait sourire au milieu de tout ce cauchemar déprimant.
Un coup de poing sur ma porte se fit entendre quelques minutes avant le début du programme et je me blottis obstinément encore plus dans le canapé, avalant mon mélange de vanille par une paille et jurant d'ignorer qui que ce soit.
"Bella !" dit Alice derrière la porte, "Nous savons que tu es là-dedans. S'il te plaît, ouvre la porte !"
Je voulais vraiment être seule. Je n'avais pas besoin d'entraîner quelqu'un d'autre au fond des abimes ou de les laisser voir combien j'étais pathétique.
Bien sûr, c'était Alice et elle n'abandonnait pas facilement. Quand je ne répondis pas, elle essaya avec sa clé. La porte ne s'ouvrit qu'un peu, la chaîne l'empêchant d'aller plus loin.
"Je suis sérieuse, Bella, ouvre la porte ! Nous ne partirons pas tant que tu n'enlèveras pas la chaîne. Je peux vraiment être chiante si je veux..."
"Elle peut, crois-moi," dit une autre voix, une voix qui me prit par surprise et me fit filer vers la porte avant de pouvoir réfléchir davantage. Je refermai la porte, décrochai la chaîne et rouvris un instant plus tard. Là, dans le couloir, se tenaient Alice, Rosalie et Esmée.
"Tu ne regarderas pas ça toute seule !" ordonna Rose, passant devant moi pour entrer dans l'appartement. Je ne pus faire rien d'autre que de rester en arrière et les laisser entrer.
"Bonsoir ma chérie," me salua Esmée, me picorant la joue en passant.
"Ah ouais, je vois que tu as commencé sans nous…" dit Alice, en voyant les couvertures, les mouchoirs et la nourriture. "Ne t'inquiète pas. On a apporté des renforts." Avec ça, elle montra le sac d'épicerie qu'elle avait et commença à sortir des boites de crème glacée, en les empilant dans mon congélateur.
"Voilà," dit-elle, me tendant une boite de Chocolate Chip Cookie Dough Ben & Jerry's avec une cuillère et pointant vers la vodka pour que je la lui passe. "Crois-moi, sucre et bonne compagnie vont rendre cette soirée bien meilleure que l'alcool."
Je soupirai et lui tendis le gobelet, enlevant le couvercle de la boîte de crème glacée et piochant dedans en allant vers le salon. Alice me suivit en transportant des cuillères et de la crème glacée à distribuer. On était toutes empilées sur le canapé, Rose d'un côté, Esmée de l'autre, avec Alice et moi, au milieu.
La soirée fut remplie de rires. Elles commentaient, commentant les costumes ou la sélection musicale, les mouvements qu'elles aimaient ou n'aimaient pas. Elles m'ont distrait avec des questions sur ce qu'il se passe dans les coulisses, m'interrogeant sur comment étaient les autres patineuses dans la vraie vie et je me retrouvai en train de profiter de l'émission.
Pour une fois, c'était sympa de s'asseoir et regarder le sport que j'aimais. Bien sûr, le coup de nostalgie était toujours là et mon esprit jonglait avec des pensées comme "Purée, je pourrais faire ce mouvement tellement mieux" ou "J'utiliserais ce morceau de musique si différemment si j'étais là." Je ne pouvais pas m'en empêcher, j'avais toujours été une compétitrice féroce.
De temps en temps Edward envoyait un message, quelques mots, typiquement quelque chose pour me faire rire. J'essayai d'être discrète en les lisant et en lui répondant mais c'était difficile à faire avec trois personnes assises pratiquement sur tes genoux.
Le seul bémol de la soirée c'était les messages occasionnels de Renée. Au début je les regardai, roulant des yeux à ses commentaires sur les programmes. Après le huitième j'arrêtais de les ouvrir, vérifiant seulement que ce soit son nom avant de reposer le téléphone à l'envers sur la table basse.
Vers le milieu de la diffusion, le groupe suivant de patineuses en était à l'échauffement et les commentateurs débitaient les absurdités habituelles. Je les écoutais peu, discutant avec Esmée jusqu'à ce que j'entende quelque chose qui fit s'arrêter mon cœur. Mon nom.
Tout le monde se tut et regarda la télé. " La championne de l'année dernière Isabella Swan a complètement disparu entre les deux saisons. Aucune annonce n'a été faite sur son statut officiel ou si elle avait pris – ou non, la décision d'arrêter. Swan qui a été médaille d'argent à Turin et une excellente patineuse a été considéré comme la meilleure chance de médaille en or des Etats Unis pour les prochains Jeux Olympiques de Vancouver. Plusieurs ont tenté de contacter ses représentants mais n'ont pas réussi à obtenir d'informations sur l'enfant chérie du patinage américain. Elle n'apparait dans aucune compétition cette saison. Le temps seul nous dira si Swan a quitté la glace de façon définitive."
"Aïe," marmonnai-je, en retombant dans les coussins. Esmée passa son bras autour de moi et posa ma tête contre son épaule.
"Ce n'est pas si mauvais," encouragea Alice en serrant ma jambe. "Ce n'est pas une surprise que tu sois mentionnée, Bella. Tu as gagné l'année dernière et tu n'es pas là cette fois."
"Je sais, ce n'est pas un choc," convins-je. Mais ça faisait mal de l'entendre.
Mon téléphone sonna cette fois, c'était la sonnerie de Renée. Apparemment un texto n'avait pas suffi pour celui-là.
Je ronchonnai et tendis la main pour arrêter la sonnerie et retombai contre l'épaule réconfortante d'Esmée.
"Ta mère ?" demanda Alice, en montrant le téléphone.
"Ouais, elle est en super forme ce soir."
"Quel est son problème ?" demanda Rose.
"Je ne sais pas. Elle a toujours voulu patiner, faire de la compétition mais sa famille n'avait pas les moyens quand elle était jeune. Puis elle m'a eue…"
"Une maman qui régente tout, pas vrai ?"
"Je suppose qu'on peut dire ça. Ma carrière a toujours été importante pour elle. Tu sais que j'ai voulu arrêter ? Quand j'avais douze ou treize ans, je détestais tout ça. Je voulais juste être une fille normale qui allait à l'école et avait des amis, des envies, des petits-amis, qui n'aurait rien d'autre à se plaindre que d'avoir trop de devoirs ou de corvées. Plus je grimpais dans la compétition plus mon patinage devenait envahissant et ça me rendait malade. J'ai piqué une grosse crise, je l'ai mise dans l'embarras, elle a intensifié mes heures d'entrainement pour que je sois trop épuisée pour pouvoir pleurnicher," me rappelai-je, en me blottissant contre la main d'Esmée qui caressait mon bras.
"Quelle garce !" murmura Rose et je haussai simplement les épaules, ne trouvant pas vraiment à discuter. Renée n'était pas une personne gentille et bien qu'il me semble que je devrais la défendre simplement parce qu'elle était ma mère, je ne pouvais pas justifier son comportement devant mes amies.
"D'un côté je suis contente qu'elle ait insisté parce que j'aime vraiment ça," soulignai-je. "J'aurai seulement souhaité ne pas avoir à abandonner tellement de choses à côté, je suppose."
"Tu as toujours voulu devenir une patineuse, chérie ?" demanda doucement Esmée.
"Je suppose que oui. Ça m'a toujours plu et il semblerait que ce soit la seule chose à laquelle je sois bonne. J'étais si bizarre et si maladroite quand j'étais enfant. Et ne nous le cachons pas, je le suis toujours. Mais pas sur la glace. Je me sens forte et belle là. Ça rendait ma mère heureuse, ce qui me rendait heureuse à mon tour. Je n'ai jamais vraiment pensé à faire autre chose. Je suppose que c'est pour cela que cette interruption me perturbe autant."
Alice détourna notre attention vers le programme quand la prochaine patineuse entra en piste dans une débauche de plumes et de paillettes rose vif et nous retournâmes à nos plaisanteries. Ensuite ce fut fini pour la soirée, samedi soir ce serait les figures libres et je me félicitais mentalement d'avoir survécu à cette soirée. Je pensais que les filles et Esmée allaient rassembler leurs affaires et partir. J'aurai dû le deviner…
"Bien, parlons d'Edward !" ordonna Alice, se tournant légèrement sur le canapé et s'appuyant sur le dossier pour me faire face.
"Alice !" réprimanda Esmée.
"Non. Je lui ai laissé trois jours et demi pour tout ressasser et analyser. Là c'est ma limite..."
"Qu'est-ce que tu veux que je te dise Alice ?" demandai-je, en reculant légèrement.
"Je veux que tu me dises pourquoi tu le repousses alors que c'est si évident que tu l'apprécies, n'essaie même pas de le nier," ajouta-t-elle précipitamment. "Tu as ce petit sourire étourdi sur le visage chaque fois que tu reçois un texto de lui… Et oui je sais que ça vient de lui parce que tu n'aurais pas cette expression aux textos de ta mère."
"C'est compliqué," marmonnai-je, en enlevant une bouloche de ma chaussette et ne voulant pas discuter avec elle.
"Je suis une femme intelligente. Je pense que je peux comprendre."
"Alice, je pense que tu ne devrais pas te mêler de ça. C'est entre Bella et Edward," dit Esmée en arrangeant ma queue de cheval.
"Bella, je dis ça seulement parce que je me soucie de toi. Je veux juste te voir heureuse et là… tu ne l'es pas. Je ne dirais rien si c'était ce que tu voulais vraiment."
"Ça n'a pas d'importance ce que je veux."
"Bien sûr que si ! Ne sois pas ridicule !" dit Rose, en changeant de position pour pouvoir me voir derrière Alice.
"Il devrait se trouver quelqu'un qui soit comme lui. Je suis sûre qu'il y a plein de femmes dehors qui pourraient lui donner beaucoup plus que moi, qui pourraient le rendre heureux."
"Chérie, Edward et moi sommes très proches. Je ne trahirai pas sa confiance mais je te dirai que je ne l'aie jamais entendu parler d'une femme comme il parle de toi," dit Esmée.
"Sérieusement Bella je ne l'ai jamais vu agir avec quelqu'un de cette façon. Pas même son ex," insista Alice.
"Si tu ne veux rien d'autre que de l'amitié avec lui alors c'est une chose, Bella et c'est bien si c'est ton choix. Mais si tu te retiens à cause d'une peur quelconque – que tu as peur de ne pas être assez bien pour lui, je trouverais ça vraiment très… triste ?" dit Esmée, en soulevant mon menton pour que je la regarde. "C'est un adulte Bella qui est capable de décider ce qu'il veut et avec qui. Tu te le dois à toi et tu le dois à Edward de lui laisser ce choix si c'est quelque chose que tu veux."
"Mais ça n'a aucun sens ! Ne voyez-vous pas ? Je n'ai rien à offrir à quelqu'un comme lui. Après ces quelques semaines j'en suis venue à comprendre que ma vie était une plaisanterie. Je suis une préado dans le corps d'une fille de vingt-quatre ans. Je ne suis responsable de rien, j'ai tout juste le contrôle de ma vie. Tout ce que j'aie c'est le patinage. Toute ma vie a été consacrée à ça, 1600 m² de glace. Et maintenant que j'en suis privée je me sens perdue et pathétique. Qui pourrait trouver ça attirant ?" fulminai-je, "Et il tellement parfait…"
"Bella je suis la plus grande fan de mon fils mais il est loin d'être parfait, il est têtu et d'humeur changeante, il essaie de prendre les décisions pour les autres et il peut être tête brûlée. Il fait craquer ses articulations et rigole bêtement quand il est impatient ou nerveux, ce qui fait trembler tout le canapé. Il est presque toxique après un match ou un entrainement et ses cheveux sont un perpétuel désordre parce qu'il ne peut pas les laisser tranquilles. C'est un homme bien mais il n'est pas parfait," trancha Esmée.
"Tu ne peux pas le mettre sur un piédestal, Bella. Ce n'est pas juste, ni pour lui ni pour toi," insista Rose.
"Ou alors mets-le sur ce piédestal mais ouvre les yeux et réalise que tu es assez bonne pour être avec lui," lança Alice.
"Sérieusement, regarde-toi dans un miroir," continua Rose. "Tu es belle, talentueuse, forte et drôle. Tu es une des plus douces personnes que j'aie rencontrée dans ma vie. Alors peut-être que tu as été un peu à l'écart mais ce n'est pas de ta faute, tu as laissé ça derrière toi maintenant, tu as eu le courage de tout quitter pour venir ici, ce qui te rend assez étonnante à mes yeux d'ailleurs."
"Tu n'es pas pathétique Bella, ta vie a été gérée pour toi et on ne t'a pas laissé le choix mais c'est toi qui as décidé de venir ici. Ta mère voulait que tu restes en Floride et tu as sorti l'artillerie et fait ce que tu pensais être bien. Alors prends cette détermination et commence à la suivre," implora Alice. "Prends ta vie en charge, Bella. Qu'est-ce que tu veux ? Parce que c'est toi qui dois être satisfaite de ta vie. Ta mère ne sera pas avec toi pour toujours."
"Chérie on peut te rabâcher que tu es merveilleuse indéfiniment mais cela ne servira à rien si tu n'arrives pas à le voir par toi-même, tu dois le voir vraiment et le croire," déclara Esmée.
"Ecoute, nous ne nous attendons pas à ce que tu coures vers lui en lui déclarant ton amour éternel, nous savons que ce n'est pas facile pour toi mais tu commences à te débrouiller seule et tout est en attente. Tu es sûrement dépassée. Mais réfléchis-y. Ne tourne pas le dos à quelque chose qui pourrait définitivement vous rendre heureux tous les deux," finit Alice, me laissant un peu étourdie par l'assaut qu'elles venaient de me faire subir.
"Waouh, vous êtes une force avec laquelle il faut compter," dis-je, en secouant la tête d'admiration.
"Enfer ! Oui ! Power Rangers, équipe puissante et merveilleuse !" s'exclama Rose, en tendant son poing face à elle.
"Activation !" renchérit Alice, faisant 'tope-la ' avec Rose et Esmée.
"Ramène ton poing de guerrière, Bells. C'est ton initiation officielle," m'informa Rose.
"Ai-je droit à un t-shirt ?" demandai-je avec un petit sourire, en tendant la main et en rejoignant leur cercle.
Une heure plus tard, alors que la soirée touchait à sa fin, Esmée m'entraina à l'écart pendant que les filles ramassaient des boites de glace vides.
"Bella, pour ce que vaut mon opinion, je pense que mon fils a beaucoup de chance de t'avoir dans sa vie," dit-elle doucement et je sentis mes yeux s'humidifier à ses paroles.
"Merci, Esmée," réussis-je à dire, retenant les larmes avant qu'elles ne puissent tomber. "Ton avis signifie beaucoup pour moi. Plus que je ne peux vraiment le dire."
Elle me serra contre elle pendant un moment et je me laissai me détendre, m'immergeant dans son étreinte maternelle.
Après leur départ, je n'arrêtais pas de penser à tout ce qu'elles avaient dit et à ce dont nous avions parlé. Esmée avait raison, ce n'était vraiment pas juste pour moi de faire ce choix pour Edward. On avait choisi pour moi tellement de fois et je détestais même la pensée de lui faire ça. Je l'aimais bien. Je voulais plus que de l'amitié avec lui. Mais j'avais besoin de me ressaisir d'abord. Je n'allais pas le bombarder avec mon désordre émotionnel. En rampant dans mon lit, je commençai à esquisser mon plan pour l'Opération Bella.
⁂
Samedi soir, nous retrouvâmes les gars dans le restaurant d'un petit village à la périphérie de la ville, appelé le Chatterbox Pub. Au début de la soirée, j'étais nerveuse comme d'habitude. Bien que nous ayons parlé tous les jours, je n'avais pas vu Edward depuis qu'il m'avait déposée à ma porte le soir du Carnaval. Je me sentais tellement à l'aise avec lui au téléphone et j'étais inquiète que ça ne soit plus la même chose quand on se retrouverait face à face.
Apparemment, je n'aurais pas dû m'inquiéter. Les gars attendaient déjà à l'extérieur quand nous arrivâmes. Emmett me fit un de ses câlins d'ours, suivi d'une rapide et amicale accolade de Jasper, ce qui me surprit un peu parce qu'il ne m'avait jamais semblé affectueux comme les autres, sauf envers Alice. Puis je me retrouvai face à Edward et je n'eus même pas eu un instant pour me sentir mal à l'aise. Le sourire sur son visage était contagieux alors qu'il me tira dans ses bras et que ça dura quelques secondes de plus que nécessaire. Egoïstement je me laissais aller contre lui, profitant du fait que je ne me sentais jamais mal à l'aise de lui montrer de l'affection. Son contact était toujours à la fois réconfortant et excitant.
Il prononça son habituel, "Hey" en reculant mais en gardant une main sur le bas de mon dos, en me faisant passer la porte avec le reste du groupe. Le restaurant était assez bruyant en raison de la foule du samedi soir, l'environnement était branché et éclectique. Il y avait des box et des tables normales mais il y avait aussi des fauteuils et des canapés mal assortis, l'un d'entre eux étant centré autour d'une télé où un groupe de personnes jouaient à Super Mario Brothers.
"Es-tu déjà venu ici ?" demandai-je à Edward alors qu'on nous amenait à notre table.
"Oui, plusieurs fois. Le service prend un peu de temps mais ils ont une tonne de jeux de société et tout ça, donc on a l'habitude de venir ici."
Quand nous arrivâmes à la table, Edward enleva son manteau ce qui me fit éclater de rire.
"Qu'est-ce qu'il y a de si drôle, Swan ?"
"Rien… Je crois que je vais devoir garder mon manteau pour le reste de la soirée."
"Pourquoi ça ? Qu'est-ce que tu as là-dessous ?" demanda-t-il d'un air soupçonneux, en tirant de façon espiègle sur le col de mon manteau.
Je le déboutonnai pour lui montrer la source de mon amusement. "On est faits l'un pour l'autre !" En fait, nos tenues étaient assorties presque complètement. Nous avions tous les deux des jeans foncés avec des converse noires et blanches et une chemise à carreaux noir et rouge en flanelle. La sienne était déboutonnée et il portait un t-shirt blanc dessous. Je portais un bonnet noir mais à part cela, nous étions identiques.
Il sourit et secoua la tête alors qu'il m'aidait à enlever mon manteau et il le posa par-dessus le sien sur la patère. "Je suis tellement tendance que tu ne peux pas t'empêcher de me copier…"
"Oui, c'est vrai. Tu es totalement en vogue, Edward. C'est quoi ce t-shirt… Batman ?" le taquinai-je, en tirant sur sa chemise pour mieux voir.
"Bien sûr que oui, c'est un t-shirt Batman. Ne te moque pas du style, jumeau de flanelle."
"Alice n'a pas encore vu ma tenue, c'est la seule raison pour laquelle j'ai pu aller aussi loin sans qu'elle ne me crie pas dessus."
Comme un fait exprès, Alice me vit et gémit.
Emmett gloussa et dit : "Oh oh, c'est comme Sadie Hawkins. * Vous devriez aller chercher une grange et vous rouler dans le foin tous les deux."
Je rougis, probablement au point où ma peau devint aussi rouge que ma chemise et je tirai le bonnet sur mon visage juste un instant, en maudissant le fait de rougir aussi facilement.
"Bella, tu es tout aussi difficile à amadouer que mon frère," gémit Alice, "Tu n'aurais pas pu porter quelque chose de plus mignon ? Tu sais, qui ne soit pas en tissu écossais ?"
"C'est confortable," fis-je en haussant les épaules, défendant mon choix de garde-robe.
"Les pantalons de survêtement aussi et tu ne les porterais pas en public, pas vrai ?" dit-elle, en soulignaient les deux derniers mots.
"Laisse-la tranquille, Ali. Je trouve qu'elle est mignonne," intercéda Edward derrière moi.
"Evidemment, Al Borland*. C'est mon travail en tant que ta sœur et quelqu'un qui a bien meilleur goût pour... t'informer que la flanelle n'a rien d'attrayant," lui répondit Alice par-dessus mon épaule.
"Au contraire, je trouve la flanelle très sexy," l'informa-t-il en enveloppant ses bras autour de moi par derrière et caressant mon estomac doucement à travers le tissu, le pinçant et le froissant doucement entre ses doigts. Puis il pencha la tête et me murmura à l'oreille, "C'est très doux sous les doigts."
Je suis presque sûre que mes yeux sortirent de ma tête et que mon souffle se bloqua dans ma gorge. Je faillis presque m'étouffer avec ma propre langue. Mon esprit s'égara dans un truc complètement inapproprié impliquant Edward et des draps de flanelle. Et c'était très sexy.
"Humm. Il semble que tu aies raison, Edward. Qu'en penses-tu, Bella ?"
"Hein ?" piaillai-je, la voix haut-perchée, alors que je sortais de mon étourdissement pour voir Alice me regarder avec un sourire sournois.
"Penses-tu que la flanelle soit sexy ?"
"Euh, ouais. Bien sûr. On peut s'asseoir maintenant ?" demandai-je un peu désespérément, en m'extrayant des bras d'Edward et me laissant tomber dans le box à côté de Rose. Je vis Edward et Alice partager un regard tandis qu'ils s'asseyaient, se tirant la langue pour mettre fin à leur désaccord.
Les deux heures et demie qui suivirent furent très agréables et très confortables une fois que je me souvins de comment faire pour respirer. Personne ne me donnait jamais l'impression d'être une étrangère, ils me traitaient comme si j'avais toujours fait partie de leur petit cercle douillet. Plus je les connaissais, plus je me rendais compte à quel point j'avais besoin de cela dans ma vie – d'amitié et de rires, de gens qui m'aimaient bien et s'intéressaient à moi et à ce que j'avais à dire. Des gens qui semblaient vraiment se soucier de moi.
La soirée fut une frénésie de divertissement, on rit comme des fous pendant les jeux, on se chamailla pour savoir qui allait s'étouffer avec les dernières frites trempées dans la fondue au fromage. Nous étions tellement pris dans notre jeu de Trivial Pursuit que nous finîmes par manger avec les assiettes sur nos genoux pour faire de la place pour le plateau sur la table. A chaque nouvelle partie, on changeait d'équipe. Une fois c'était les garçons contre les filles, une autre fois les couples, bien que cela n'ait pas été exprimé comme ça puisque techniquement Edward et moi n'étions pas un couple. Quand Alice parla des frères et sœurs, Emmett me dit qu'il appréciait le fait d'avoir enfin un partenaire dans la lutte contre les "jumeaux criminels magnifiques," alias Edward et Alice.
Faire équipe avec Emmett fut un plaisir même si je craignais pour mes tympans. Quand les autres étaient en train de gagner il disait des bêtises, essayant de les distraire pour qu'ils fassent un mauvais geste. Chaque fois que nous avions bien joué, il applaudissait odieusement. A la fin, nous gagnâmes d'un cheveu et je pensais qu'Emmett allait me déboulonner la tête quand il enroula son bras colossal autour du cou, m'arrachant mon bonnet et frottant vigoureusement ses jointures sur mon cuir chevelu pendant qu'il déclarait notre victoire.
"Merde, Emmett ! Tu vas m'étouffer dans ton aisselle puante…" criai-je, en le tapant et essayant de me libérer.
"Babybel, tu es la petite sœur la plus cool du monde. Désolé, Ali, tes services ne seront plus nécessaires…" taquina-t-il et il lui tira la langue. "Eddie et toi pouvez aller lécher vos blessures pendant que Bella et moi, nous prélassons dans notre gloire."
Pendant le reste de la soirée, j'appréciai le cadre et la compagnie. C'était difficile d'imaginer que moins de trois semaines plus tôt, j'avais vécu une existence aussi solitaire. J'étais certaine que je ne pourrais jamais revenir à cela maintenant que je savais ce qui me manquait durant tout ce temps.
Au milieu du repas, je sentis quelque chose contre mon mollet. En jetant rapidement un coup d'œil autour de la table, je regardai Edward, assis en face de moi. Il prêtait attention à une histoire que Jasper racontait mais il y avait un petit soupçon d'espièglerie dans son attitude et il semblait ne pas accorder toute son attention aux paroles de son ami.
Je fis un test, pivotant ma cheville, en tapotant légèrement contre l'objet qui m'avait touchée. Et voilà. Son sourcil se leva, sa bouche faisant ce sourire tordu caractéristique et sa mâchoire se serra légèrement. Je m'enhardis au fur et à mesure de mes explorations, appuyant ma jambe contre la sienne de la manière la plus discrète possible. Le seul truc qu'il fit fut un clin d'œil. En dehors de cela, nous n'attirâmes pas l'attention sur le flirt léger qui avait lieu et continuâmes notre petit jeu de pieds jusqu'à ce que quelqu'un suggère d'aller chez Alice et Rose pour un film.
De retour à leur appartement, Rose et Emmett se blottirent sur le canapé, tandis que Jasper et Alice firent de même dans un fauteuil surdimensionné. Edward et moi, nous allongeâmes sur le sol, sur le ventre et en appui sur nos coudes. Nous regardâmes Transformers, surtout pour apaiser les mâles qui étaient là mais je me retrouvais en train de m'amuser avec Edward qui m'expliquait le fond de film, son chuchotement m'envoyant des frissons dans la colonne vertébrale.
Alice et Jasper abandonnèrent au milieu pour partir chez lui. Quand le film fut terminé Edward et moi vîmes que Rose et Emmett s'étaient endormis à un moment donné. Rose ronflait doucement sur le torse massif d'Emmett et lui avait la bouche ouverte et un filet de bave dégoulinait sur son menton.
"Ahh n'est-ce pas intéressant de voir ça ?" Je fis un geste vers eux avant de poser ma tête sur mon bras pour trouver une position plus confortable.
"Ouais si tu voulais penser qu'ils sont doux et innocents tu ne pourrais pas trouver mieux," rigola Edward, en roulant sur son dos et en mettant ses mains sous sa tête. Je ne pouvais m'empêcher de le regarder. A cause de sa position, son t-shirt était remonté juste assez pour monter un peu de peau de ses abdos et une étroite bande de gris apparaissait sous la ceinture de son jeans. J'essayai de contrôler la couleur de mes joues à cette vision, ce rougissement était sans doute dû plus au désir qui me parcourait qu'à ma timidité habituelle. J'essayai autant que possible de contribuer à la conversation que nous partagions mais j'étais distraite par des visions d'Edward et de moi à différents stades de déshabillage.
Jusqu'à ce que je le rencontre je n'avais jamais été aussi bombardée par des sentiments de désir, de pensées érotiques et de tension sexuelle frustrée. Tout cela m'était étranger mais en fait je commençai à accueillir avec bienveillance ces émotions qui se réveillaient en moi.
Mes yeux commencèrent à devenir lourds alors que nous étions couchés là, à parler à voix basse nos têtes penchées l'une vers l'autre. La dernière chose dont je me souvins de cette nuit fut les yeux verts d'Edward, en vrai cette fois et pas dans mon imagination.
⁂
Lundi je rentrai chez moi après ma séance avec le kiné et je me sentais distraite. Ce matin Seth m'avait informée que mon genou guérissait bien et que je devais recommencer à entraîner progressivement ma force et mon amplitude de mouvement. Ensuite il lâcha la bombe et me conseilla de trouver une patinoire et d'y aller quelques jours par semaine. Je ne m'attendais pas à revenir sur la glace aussi tôt, du moins pas avant d'avoir revu Carlisle en avril. Mais Seth m'avait assuré que ce serait la meilleure chose pour moi car c'est là que je m'entraînais la plupart du temps avant ma blessure. Il m'avait suggéré de chausser les patins et de revenir graduellement à mon entrainement habituel pour avancer dans mon rétablissement sauf que je ne pouvais pas sauter. Un pied devait toujours rester en contact avec le sol jusqu'à ce qu'il me dise que c'était bon.
Ma tête était un fouillis et mes sentiments partagés à cette nouvelle. D'un côté j'étais soulagée et excitée par la possibilité de revenir sur la glace et de l'autre j'étais nerveuse. Je n'avais pas encore décidé si je voulais vraiment revenir à la compétition. Voulais-je même essayer ?
Je n'avais pas appelé Renée mais j'avais envoyé un message à Alice et Rose pour leur faire connaitre la tournure des événements. Je savais qu'elles seraient excitées mais qu'elles accepteraient sans problème la décision que je prendrai.
Renée serait furax si je lui disais que j'arrêtais mais il fallait que j'arrête de prendre des décisions en fonction de ses réactions. Penser à elle d'abord et ensuite à moi est ce qui m'avait amenée à cette triste situation.
Il fallait que je sache ce que je voulais faire. Il y avait tellement de pensées qui s'entrechoquaient dans ma tête. Qu'allais-je faire au sujet du patinage ? Pour Renée ? Pour Edward ? Combien de temps allais-je pouvoir continuer à vivre dans cet état étrange ?
Une chose était certaine, je n'allais pas trouver de réponse en restant assise dans mon appartement.
Avant que je m'en aperçoive j'étais en train de chercher des informations sur une patinoire locale dans un dossier que Renée m'avait donné quand j'étais partie. J'appelai et réservai un créneau quand la femme me dit qu'ils avaient de la place cet après-midi. Je me changeai et attrapai mon sac puis conduisis au seul endroit où je pensais pouvoir réfléchir en toute tranquillité.
Je m'arrêtai devant un grand bâtiment en pierre et même si je ne l'avais jamais vu auparavant tout m'était familier. Comme dans toutes les autres patinoires par lesquelles j'étais passée, je m'y sentais plus chez moi que n'importe où ailleurs.
Le bourdonnement du système de refroidissement constituait le bruit de fond, ensuite celui du métal contre la glace, l'odeur de l'eau gelée mêlée à celle de la sueur, la façon dont l'air piquait les poumons et la peau, toutes ces choses étaient réconfortantes pour moi. Elles disaient maison. J'étais là, assise dans ma voiture sur un parking vide, plus effrayée de revenir là où je me sentais le plus chez que je ne l'avais jamais été. Il y avait tellement de "si" dans ma tête. Et si ça ne me convenait plus ? Et si je ne pouvais plus le faire ? Et si j'essayais quand même ?
Pour finir mon côté pratique l'emporta. J'avais loué cet endroit. Allai-je vraiment rester assise là, dehors et me morfondre ? Tu es pathétique Bella, c'est juste une patinoire. Sors de là et va jusqu'à la porte.
J'attrapai ma veste et allai jusqu'à la porte avant de changer d'avis. Les portes étaient lourdes, un poids bienvenu dans mes mains et je fus accueillie par le mur familier d'air froid et vif lorsque j'entrai dans la patinoire.
Les gradins en métal s'alignaient d'un côté tandis que les bancs des joueurs étaient de l'autre, la glace marquée de lignes et de cercles constituait une patinoire de hockey. Ça me fit penser à Edward et je me sentis immédiatement un peu plus à l'aise.
Le bâtiment était calme et vide. J'avais loué l'espace pour deux heures et je ne savais pas exactement comment ça allait se passer. J'étais sûre qu'il y avait des gens de la maintenance quelque part mais pour l'instant j'étais complètement seule.
Je marchai à l'extérieur des rambardes, mes doigts les effleurant jusqu'à ce que j'arrive à l'endroit où on pouvait rentrer sur la glace. J'ouvris le battant métallique et regardai par terre, la surface lisse à quelques centimètres de mes pieds.
Je n'étais pas prête à chausser mes patins. Même si j'avais patiné avec Edward - et tous les autres - ça c'était complètement différent. Là-bas il n'y avait eu aucune pression, pas de résultats à montrer. J'avais été une fille ordinaire qui ne devait savoir rien faire d'autre que patiner en cercle avec ses amis. Quand j'aurai posé mes lames sur cette glace ce serait le vrai test pour savoir si j'allais y retourner ou non. Il faudrait que j'essaie les pirouettes et les spirales et je devais me préparer à la conclusion que c'était définitivement terminé pour moi. Je n'étais pas encore prête à découvrir ça.
Je me débarrassai de ma veste et la posai sur la rambarde avant d'avancer sur la glace avec mes chaussures de ville. Renée serait horrifiée que je la salisse avec mes semelles sales, que je ramène de petits graviers sur la surface lisse. Pour l'instant tout ce dont j'avais besoin c'était d'être là, retrouver la connexion que j'avais toujours eue. Je marchai près du bord puis m'arrêtai au niveau du filet des buts. Je me penchai contre la vitre et tombai sur le sol, les genoux serrés contre ma poitrine alors que je sentais la fraîcheur bienvenue s'infiltrer à travers mon jeans et me glacer la paume des mains.
D'accord Bella. Ça suffit. Il est temps de voir ce que tu peux faire. Il n'y a personne ici qui te le dira. Il n'y a personne qui attende quelque chose de toi. C'est juste la glace et toi.
Je fermai les yeux, appuyant ma tête contre la rambarde, les questions se bousculant dans ma tête.
Est-ce que c'est toi qui veux ça Bella ? Pas Renée ?
Pourquoi veux-tu patiner à nouveau ?
Est-ce que tu veux refaire de la compétition ? Parce que si tu as cette chance c'est à toi de te mettre au travail. Renée peut faire toutes les demandes qu'elle veut mais au final c'est ton corps qui prend la punition de l'entrainement, tes nerfs qui doivent encaisser le stress et l'anticipation. C'est toi qui vas souffrir si tu échoues. C'est toi qui triompheras si tu y arrives. Pas elle.
Trente minutes plus tard j'étais toujours là à retourner toutes ces questions dans ma tête et à chercher les réponses en fixant la glace vide quand la porte de la patinoire s'ouvrit, un claquement perturbateur traversant le silence suivi de pas tranquilles.
"Bella ?" La voix familière me serra le cœur et je ne pus m'énerver de cette interruption.
Je levai la main au-dessus de ma tête, tapotant contre la vitre et pointant vers le bas afin qu'il comprenne où j'étais. Je l'entendis rire de l'autre côté de la vitre puis le bruit de ses pas franchit le portillon et arriva devant moi.
"Tu ne pouvais pas trouver un endroit plus confortable pour rêvasser ?" taquina-t-il en regardant en bas, un coin de sa bouche se souleva en un petit sourire.
"Cela m'a semblé être le bon endroit," lui dis-je en inclinant la tête en arrière pour mieux le voir, debout au-dessus de moi.
"Ça te dérange si je te rejoins ?" demanda-t-il, en tirant ses cheveux sur sa nuque. Je secouai la tête et désignai l'espace vide à côté de moi. Il s'installa de la même façon que moi, sa main à plat sur la glace juste à côté de la mienne, son petit doigt si près du mien que je pouvais sentir la chaleur et l'électricité qui se produisaient toujours à son contact. "Ça fait combien de temps que tu es assise là ?"
"Un moment," répondis-je avant de tourner la tête pour le regarder. "Qu'est-ce que tu fais là ?"
"J'ai pensé que tu serais ici. Puisque tu as obtenu le feu vert du kiné."
"'Comment tu as…"
"Alice."
"Ah," fis-je et je retournai mon regard à la patinoire vide. "Je ne lui ai pas dit que je venais ici," réalisai-je en haussant un sourcil. "Est-ce que tu me surveilles ?"
"Non, non !" s'exclama-t-il, en levant les mains. "Je passai par là et j'ai vu ta voiture sur le parking. Non vraiment," insista-t-il quand je continuai à le regarder.
"Edward ça va. Je te taquine c'est tout," dis-je, lui souriant pour le rassurer. Ses traits se détendirent et il appuya son dos contre la balustrade.
"Tu sais j'ai patiné ici quand j'étais gamin. Dans la ligue Pee Wee, nous avions tous nos matchs ici."
"C'est vrai ?"
"Oui. Tu es assise sur la glace où le légendaire Edward Cullen a pris son envol," dit-il sérieusement. Je ricanai et je lui donnai un de ces regards 'Tu te fous de moi'.
"Si modeste."
"Je sais, n'est-ce pas ? Mais non, vraiment," continua-t-il doucement, l'arrogance factice de son ton s'estompant, "Ça a toujours été ma patinoire préférée."
"Vraiment ?"
"Oui. Je viens encore patiner ici quand j'ai envie de m'évader. Je me souviens d'avoir eu mon premier but ici, ma première pénalité, m'être ébréché ma première dent. C'est un rite de passage au hockey."
"Je ne le savais pas."
"En fait, j'en ai ébréché trois et j'en ai perdu une."
"Tu mens…" dis-je, "tes dents sont parfaites."
"Je ne mens pas, tu vois ?" me dit-il, en me montrant ses dents et les petits défauts.
"J'ai l'impression que tu as un bridge complet," dis-je, en tortillant mon cou pour inspecter.
"Celle-là," dit-il en montrant l'incisive à gauche. "C'est une fausse."
"Quelle a été ta première pénalité, tu t'en souviens ?"
"Je suppose qu'on peut dire que j'étais un peu... enthousiaste. Bon sang, maman est devenue folle quand ils m'ont envoyé sur le banc et toutes les autres mamans ont été horrifiées que cette charmante Esmée Cullen sache même ce que signifiait la moitié des mots qui sortaient de sa bouche. C'est l'autre raison pour laquelle j'aime cette patinoire, tous les souvenirs d'elle et mon père nous encourageant. Ils sont venus à autant de matchs qu'ils le pouvaient mais il n'y a rien comparé à ces jours-là."
Je lui souris doucement avant de fermer les yeux et de poser ma tête contre le garde-corps. J'étais heureuse qu'Edward puisse avoir ce genre de souvenirs mais je pus m'empêcher de ressentir une légère envie pour ce qu'il avait eu en grandissant, pour ce qu'il avait encore. Juste une fois, ça aurait été sympa de voir Renée se comporter comme ma mère, pas comme mon manager. Je savais que le patinage artistique n'était pas une tasse de thé pour Charlie mais ça aurait été sympa de le voir là pour moi.
"Veux-tu que je parte ?" demanda-t-il, timidement. Je réalisai que je fronçais les sourcils et je ne voulais pas qu'il pense que c'est à cause de lui ou de ce qu'il avait dit.
"Non. Tu peux rester", dis-je puis j'ajoutai vite : "Je veux dire, tu n'as pas à le faire si tu ne le veux pas… ou si tu as d'autres choses à faire."
"Bella ?" me coupa-t-il tranquillement et je me retournai pour rencontrer ses yeux, des piscines vert émeraude qui avaient l'air si invitantes.
"Oui ?"
"Je vais rester."
"D'accord. Merci," dis-je avec un petit sourire. Nous tombâmes dans un silence confortable, rien que sa présence suffisait à soulager mon fardeau mental. Il y avait toujours une tension sous-jacente quand Edward était proche, pas nécessairement inconfortable, juste une prise de conscience dans chaque nerf de mon corps qu'il était proche. En même temps, sa proximité me permettait de me détendre et empêchait mon esprit de partir à cent à l'heure.
"Tu sais qu'il n'est pas permis de porter des chaussures sur la glace !" se moqua-t-il légèrement, en désignant mes bottes.
"Quoi, tu vas me dénoncer ?"
"Bien sûr. Je prends l'entretien de la glace très au sérieux, Swan," répondit-il sèchement.
"Edward, qu'est-ce que c'est que ça ?" demandai-je avec une curiosité exagérée, en agitant mon doigt vers ses baskets, "Oh attends !"
"Oh, je me suis fait prendre. Tu vas cafter, Swan ?"
"Ne me tente pas."
"Et si on se débarrassait des chaussures et qu'on lace nos patins. Ça résoudrait le problème, n'est-ce pas ?"
"Je ne sais pas," dis-je, me refermant un peu sur moi-même.
"Bella. C'est pour cela que tu es venue ici," dit-il, d'un ton sérieux mais décontracté, comme si je ne devrais pas hésiter.
"Je sais. Je ne sais pas si je suis prête," murmurai-je.
"Prête pour quoi ? Tu y es bien allée dimanche dernier."
"C'était différent," insistai-je.
"Ça n'a pas à l'être."
"Tu ne comprends pas."
"Alors fais-moi comprendre, Bella," demanda-t-il, calmement mais fermement, alors qu'il prenait mon menton dans sa main pour que je le regarde en face. "Ne me repousse pas, je suis là et je t'écoute."
"Et si je ne suis plus cette fille, Edward ?" demandai-je, exposant mes insécurités. "Je ne sais pas comment être autre chose."
"Bella, être une patineuse artistique ne te définit pas. Ce n'est qu'une partie de ce que tu es." Ses doigts caressaient ma joue et je n'aurai pas pu m'empêcher de me pencher à son contact même si je l'avais voulu. Et je ne le voulais pas. Je voulais me délecter de ce réconfort qu'il offrait librement.
"C'est la seule chose que je sais faire."
"Qu'est-ce que tu aimes quand tu es sur la glace ?" demanda-t-il, le ton de sa voix passant d'une voix douce et intense à son rythme normal et décontracté.
"Quoi ?"
"Allez, fais-moi plaisir, Swan," dit-il, tapotant légèrement son doigt sur le bout de mon nez. "Qu'est-ce que tu aimes quand tu es sur la glace ?"
Je réfléchis sérieusement à sa question et je réalisais que la meilleure réponse était simple et honnête. "C'est là où je me sens le plus heureuse."
"Et pourquoi ça ?"
"Parce que sur la glace, je me sens forte. Je me sens capable, confiante. J'ai l'impression de savoir quel est mon but et qui je suis. Je n'ai jamais ressenti ça ailleurs."
"Penses-tu que tout cela a disparu parce que tu as fait une chute ? Tu t'es déchiré le ligament, Bella, ne laisse pas ce truc te briser…" Je regardai profondément dans ses yeux en me permettant d'absorber ses paroles. Il avait raison. J'étais vraiment immature à ce sujet. Pourquoi est-ce que je laissais tout ça m'atteindre autant ? Les patineurs tombaient tout le temps, les athlètes se blessent tous les jours et ils se remettent sur pied. Pourquoi est-ce que je serais différente ? C'était seulement différent parce que je le permettais.
"Allons-y," dit-il, en se poussant pour se lever et en offrant sa main pour m'aider à faire de même. "Tu n'iras nulle part en regardant la glace fondre."
Je n'hésitai plus avant de hocher la tête et de prendre sa main. "D'accord."
"Alors, as-tu une routine ou un échauffement standard ?" demanda-t-il, alors que nous étions assis dans la première rangée de gradins, en train de sortir nos patins.
"Pas vraiment. D'habitude, je ne fais que des tours et des trucs avec mon iPod."
"Tu l'as avec toi ?"
"Oui, mais je ne porterai pas de casque avec toi ici. C'est un peu antisocial, non ?"
"Puis-je le voir ?" demanda-t-il, la main tendue.
Je sortis mon Nano bleu, lui montrant la playlist que j'utilisais avant qu'il ne disparaisse derrière les gradins. Je continuai à lacer mes patins. J'attachai mon orthèse et tirai mes jambières multicolores vers le bas. Moins d'une minute plus tard, j'entendis Set the Fire to the Third Bar de Snow Patrol sortir des haut-parleurs et résonner dans la patinoire. Edward réapparut en souriant et s'assit à côté de moi pour lacer rapidement ses patins.
"Comment as-tu..."
"Je ne peux pas révéler mes secrets…" m'arrêta-t-il avec un sourire sournois et des sourcils levés. "Prête ?"
Nous entrâmes en piste ensemble et décollâmes à un rythme régulier, nous adaptant facilement à l'état de la glace et au rythme de la chanson en arrière-plan. Jusqu'à présent, tout allait bien. Rien de différent de ce que j'avais fait à la patinoire du Landmark.
Au fur et à mesure que nous nous échauffions, Edward augmentait occasionnellement sa vitesse, ce qui me poussait à augmenter la mienne pour rester en ligne avec lui. Au début, ce n'était même pas perceptible mais ensuite... je commençai à me sentir de plus en plus derrière lui. Je grinçai des dents, me précipitant en avant pour revenir en ligne avec lui. La troisième fois, je jetai un coup d'œil sur lui avec un léger soupçon d'exaspération.
Il répondit à mon regard avec un sourire arrogant. Il se déplaça juste en face de moi, se tournant pour me faire face sans perdre de la vitesse.
"Allez Swan, je sais que tu peux patiner plus vite que ça."
Je le fusillai du regard avant de me décaler sur le côté et de me propulser devant lui, le prenant par surprise avant qu'il ne me rattrape. Nous étions au coude à coude sur la glace mais alors que je donnais tout ce que j'avais je pouvais sentir qu'il me dépassait alors que nous approchions de la ligne d'arrivée tacite.
"J'ai gagné !" cria-t-il triomphalement alors que nous coupions la ligne bleue.
"Ce n'était pas très chevaleresque de ta part," me plaignis-je, en le repoussant légèrement quand il tourna autour de moi. "Est-ce que ta mère ne t'a pas appris qu'il fallait toujours laisser les femmes gagner ?"
"La chevalerie passe au second plan quand il s'agit de ma virilité, femme…" plaisanta-t-il sèchement alors que nous nous dirigions au bord pour boire.
"Tu sais les patins de hockey sont faits pour aller plus vite et c'est sûr que tu vas me battre," dis-je en me penchant contre la balustrade et en sirotant mon eau.
"Excuses, excuses," grommela-t-il en se glissant à côté de moi, en me poussant du coude tout en buvant. "Tu vas vraiment me laisser gagner au motif de la qualité de l'équipement ?"
"Ce n'est pas de la technique, c'est un fait scientifique que les patins de hockey sont conçus pour la vitesse et l'agilité alors que ceux pour le patinage artistique non."
"Je ne sais pas Swan d'après ce que j'ai vu tu es très… agile," dit-il, en agitant ses sourcils de façon suggestive.
"De quoi tu parles, tu ne m'as jamais vu sur la glace ?" rétorquai-je, en buvant tout d'un coup pour étancher ma soif et refroidir ma peau rougie. "Tu m'as vue ?" Comme il ne répondit pas, je le regardai. Il tirait sur ses cheveux sur sa nuque et souriait d'un air penaud. "Tu m'as vue… ?" l'incitai-je, avec un amusement étonné en le chatouillant.
"Peut-être," concéda-t-il avec un sourire malicieux.
"Vraiment ? Le joueur de hockey macho Edward Cullen regarde des compétitions de patinage artistique… c'est trop mignon."
"Moque-toi Swan, je voulais juste voir les mini jupes," me lança-t-il en haussant les sourcils.
"Alors quelle est ta préférée ?" demanda-t-il, sur le ton de la conversation.
"Les spirales," répondis-je après y avoir réfléchi.
"Bien. Et qu'est-ce que c'est ?"
"C'est un glissement sur un pied alors que l'autre est en l'air," expliquai-je en rigolant.
"C'est quelque chose que tu peux faire sans mettre de la pression à ton genou ?"
"Bien sûr," dis-je en haussant les épaules.
"Merveilleux. Montre-moi," demanda-t-il, se redressant pour s'asseoir sur le rebord et croisant ses mains en attendant.
"Quoi ? Maintenant ?" demandai-je, en reculant un peu et mordillant ma lèvre tout en enroulant mes bras autour de moi.
"Pourquoi tu as quelque chose de mieux à faire ? Si tu veux repartir du bon pied il te faut une bonne motivation. Ton mouvement préféré est sans doute la bonne chose pour commencer, qu'en penses-tu ?"
"Oui mais là ? Avec toi qui me regardes ?" éclaircis-je en hésitant.
"Bella tu as patiné face à des millions de gens et tu es effrayée de devoir patiner devant moi ! ?"
"Bon… oui. Je suis dans un état différent quand je suis devant la foule."
"Alors si ça t'aide fais comme si je n'étais pas là."
"Je ne peux pas faire ça."
"Pourquoi non ?"
"Je ne peux pas, c'est tout."
"Oh si tu ne me donnes pas une raison, je peux rester assis là tout l'après-midi jusqu'à ce que tu le fasses," dit-il, en posant ses mains sur la rambarde de chaque côté de lui et en s'y appuyant légèrement, montrant bien son intention de s'installer là pour un bon moment.
L'éclat dans ses yeux ne me laissa aucun doute quant au fait qu'il tiendrait sa promesse. Ou sa menace. Peu importe comment vous le voyez. Plutôt que de discuter je décidai qu'il avait raison. C'était idiot d'être nerveuse à l'idée de patiner devant lui. Il était temps de voir ce que je pouvais vraiment faire… Je décollai, croisant mes pieds tout en reculant pour prendre de l'élan. Quand je sus que j'avais pris assez de vitesse pour me propulser, je m'avançai, étendant ma jambe droite bien au-dessus de ma taille derrière moi et étirant mes bras. L'air frais de la patinoire me submergea et je ne pouvais rien faire d'autre que de sourire et de fermer les yeux alors que finalement je compris.
Je pouvais le faire. Il fallait que je puisse. Pour moi.
Pour moi patiner c'était comme respirer, c'était naturel, pas toujours sans effort mais presque. Il n'y avait rien de comparable à cette joie pure que je ressentais quand j'étais comme ça. Il n'y avait rien de plus proche à part voler. Les sauts vous libéraient de l'attraction mais le stress annulait beaucoup de ce plaisir. Pour moi il n'y avait rien de mieux que de glisser sur la glace pour une séquence de spirale forte et régulière. Alors que je me retrouvai de l'autre côté de la patinoire, je baissai la jambe et retournai la tête dans l'autre sens, levant l'autre jambe derrière moi et me penchant jusqu'à ce que mes doigts effleurent la glace.
Rien de mieux que de se retrouver chez soi.
Cette seconde position me ramena sur la longueur de la glace et je me relevai faisant quelques pas pour retrouver de l'accélération et continuer la section finale de cette séquence. C'était celle-là qui avait conduite à ma blessure, la Fan spirale. Je pris une grande inspiration et forçai ma nervosité à se calmer comme je changeai de jambe, étendant la droite devant moi, pliant légèrement ma jambe d'appui et levant les bras au-dessus de ma tête alors que je faisais un demi-cercle, terminant par planter mon patin là où j'avais commencé devant Edward.
Je l'avais fait.
"Eh bien regarde-moi ça !" Edward haussa un sourcil et se pencha en avant, posant ses mains sur ses genoux. "Maintenant je pense que c'est vraiment phénoménal, putain. Tu n'es pas vraiment miteuse, Swan."
"Oh je t'en prie ! Je me dois de déclarer que je n'aie jamais reçu de compliment plus doux, monsieur," fis-je avec cet accent idiot du sud.
"Je ne veux pas que tu aies la grosse tête. Elle ne rentrerait plus dans tes petits bonnets," dit-il en me prenant le bonnet.
"Hey ! Rends-moi ça," ris-je, en sautant vers lui pour essayer de le lui arracher mais il leva ses mains au-dessus de sa tête.
"Pourquoi tu couvres toujours tes cheveux ?" demanda-t-il.
"Je ne le fais pas," insistai-je, me sentant perdue.
"Si tu le fais. Chaque fois que je te voie tu as un bonnet."
"Tu es ridicule."
"Non, vraiment. Le match, le carnaval, samedi et maintenant ici ?" compta-t-il sur ses doigts.
"Quatre fois ce n'est pas encore une habitude," chantonnai-je, en attrapant mon bonnet et en le remettant sur ma tête et en revenant sur le bord. "En même temps c'est l'hiver dans le Minnesota."
"Bella," murmura-t-il, se baissant pour être à ma hauteur, sa main se levant et faisant doucement glisser le bonnet de ma tête, mes cheveux tombant sur mes épaules. "Tu n'as pas à te cacher de moi."
"Tu analyses trop tout ça," essayai-je de dire aussi calmement que possible, ne voulant pas qu'il se rende compte à quel point ses paroles et ses actions m'affectaient.
"Tu crois ? Je ne pense pas," constata-t-il sérieusement et je le regardais à travers mes cils. Sous son regard je me sentais complètement nue, comme s'il pouvait tout voir de moi mais cette exposition ne me mettait pas mal à l'aise. Je ne savais pas ce que je ressentais ou comment décrire la façon dont il me regardait. La chose la plus proche qui me venait c'était… de l'adoration ?
"Ça donne vraiment la nausée de voir combien tu es parfait tu le sais ça ?" dis-je, en serrant mes mains avec de la frustration feinte avant de les poser provisoirement sur son torse.
"J'espère que ton estomac est fort parce que je n'irai nulle part," dit-il doucement, en caressant doucement ma joue avec le dos de son index, avant de me saisir les épaules et de me pousser en arrière. "Maintenant assez de relâchement, allons au travail !"
"Quoi ?"
"Tu t'attendais à quoi ? Tu fais juste un mouvement et c'est fini pour la journée ? C'est ce genre d'entrainement qui t'a valu une médaille olympique ? Parce que si c'est le cas, je me mets au patinage artistique tout de suite. Quelle vie charmante tu as !"
"Ah c'est malin," haletai-je.
"Très malin en fait. Un 2025 à mon SAT*. Et tes fesses ont eu combien ?"
"Mon cul n'a pas pris le SAT," dis-je ne roulant des yeux.
"Sérieusement ? Je me suis tapé la tête contre les murs pendant six mois à cause de ce test stupide."
"Je peux voir que j'ai vraiment manqué beaucoup de choses, "dis-je sèchement, en faisant des cercles d'avant en arrière paresseusement pour garder mes jambes en mouvements.
"Oh, tu l'as fait. La beauté du SAT était un petit quelque chose appelé "les rendez-vous d'étude".
"Je suis sûre que tu étais un partenaire d'étude très populaire."
"Je n'y peux rien si je suis doué…" dit-il en soufflant sur ses doigts et en les frottant sur le revers de sa veste.
"Aurais-tu besoin d'emprunter ceci pour contenir cet ego massif, Cullen ?" Je le frappai, en lui offrant mon bonnet.
"Merci," me dit-il, me surprenant lorsqu'il l'arracha de ma main et le mit sur sa tête, couvrant le désordre sexy qu'était ses cheveux de bronze.
"Je ne sais pas si le bleu vert est ta couleur…" taquinai-je, glissant pour me mettre devant lui et touchant son nez avec un des pompons.
"Tu es juste jalouse que ça m'aille mieux qu'à toi."
"Tu m'as eu là," méditai-je doucement, faisant un nœud papillon sous son menton et en tapotant sa joue avec un sourire.
"Alors, qu'as-tu d'autre dans ton sac à malices ?"
A sa question, la chanson sur les haut-parleurs changea et le son d'une guitare électrique dans Slow Dancing in a Burning Room résonna dans la patinoire et me remplit complètement d'énergie du désir de patiner. Je n'ai jamais pu l'utiliser, c'était trop contemporain pour n'importe quelle compétition et trop sexy pour une exhibition.
Mais le rythme, la montée en puissance puis descente, était la toile de fond parfaite pour la légèreté que j'adorais dans le patinage artistique et j'avais trouvé une routine d'entrainement après l'avoir entendu pour la première fois. Je ne serais pas capable de faire tout l'enchaînement avec mon genou mais je savais que je pouvais m'en sortir facilement.
Edward avait raison. J'avais besoin de me rappeler ce que j'aimais dans le patinage. J'avais besoin de reprendre confiance en moi. Et il n'y avait pas de routine dans mon arsenal qui pourrait le faire aussi bien que celle-ci.
"Pas de malices. Mais j'ai peut-être un certain nombre de choses dans ma manche, Cullen," murmurai-je évasivement en le poussant doucement contre le bord et en reculant pour commencer la routine juste avant qu'il ne saisisse mes mots.
J'oubliais tout sauf la sensation de la glace sous mes lames, le balancement de mes bras et de mes hanches. Ce que j'adorais dans cette routine, c'est que je n'avais jamais eu à réfléchir. Aucun souvenir négatif n'y était associé puisqu'elle n'avait jamais été jouée en public, je n'avais pas de souvenirs d'erreurs que j'avais faites ou de points qui avaient été effacés. La musique courait à travers mes veines, me rendant légèrement euphorique. J'avais toujours eu confiance en moi sur la glace et j'étais enfin en train de la récupérer.
En partie, mes mouvements me rapprochaient d'Edward. Il était assis sur la balustrade et regardait silencieusement, tenant mon bonnet dans ses mains. Je lui fis un petit clin d'œil quand je le vis mais il ne cligna même pas des yeux et avait une expression des plus étranges. Edward avait un drôle de regard et pendant une seconde, je crus presque qu'il ne me regardait pas, qu'il était absent.
Mais à chaque fois que je jetai un coup d'œil sur lui, ses yeux me suivaient et restaient sur moi. Avec un tressaillement, j'eus un choc en réalisant qu'Edward aimait vraiment mon patinage. Genre, aimait vraiment. Je n'avais jamais pensé au patinage artistique comme quelque chose de séduisant et sensuel mais en voyant le désir dans les yeux d'Edward, je ne m'étais jamais sentie aussi sexy.
Je décidai de tester un peu ma théorie et ajoutai un peu plus d'amplitude à mes mouvements et une oscillation à mes hanches, en me livrant à la musique et en me permettant de croire, même si ce n'était que pour un moment...que j'étais une femme séduisante qui pouvait captiver ce bel homme devant moi.
Du coin de l'œil, je cherchais discrètement toute altération de son comportement. Et voilà. J'engageai un Bauer, une fente parallèle et je pris délibérément tout mon temps pour remonter mon torse. Quand j'arrivai, je l'observai et je pus voir de subtiles mais indubitable différences. Ses articulations étaient blanches alors que sa main serrait le bonnet qu'il tenait. Sa mâchoire était serrée et je pouvais voir sa pomme d'Adam bouger. Puis son genou commença à rebondir légèrement et je me souvins qu'Esmée avait dit qu'il s'agissait d'une de ses habitudes nerveuses.
Je dus me détourner pour cacher le sourire de satisfaction étourdissante alors qu'une lueur de confiance et d'accomplissement m'inondèrent. Il n'y avait pas à le nier. Je rendais Edward nerveux. Edward était attiré par moi. Edward pensait que j'étais sexy. Moi. Bien qu'il n'eût pas gardé secret le fait qu'il m'aimait bien, voir la preuve devant les yeux, me le fit comprendre bien plus que n'importe quels mots.
Cette révélation me donna le peu de confiance dont j'avais besoin. J'avais flirté avec Edward toute la semaine mais il l'avait toujours initié. Il était temps de lui rendre la pareille. Alors, je patinai plus près de lui, attirant son attention pour le secouer un peu et pour le sortir de son étourdissement. Je m'attardai près de lui et l'appelai avec mon doigt.
"Tu vas rester assis là, sur ton cul de paresseux toute la journée ou tu vas venir et patiner avec moi ?" lui demandai-je, en essayant de rendre ma voix séduisante et en espérant désespérément ne pas être ridicule.
Il sourit, se frottant les mains sur ses cuisses pendant un moment avant de sauter de son perchoir, touchant à peine la glace avant de décoller pour me rattraper. Il ne fallut que quelques instants avant que ses pas ne correspondent parfaitement aux miens, nos patins se déplaçant à l'unisson alors que nous nous tournions sur la patinoire.
Alors que nous passions le coin de la patinoire, je sentis la chaleur de son corps tout près de moi, il ne me touchait pas mais copiait ma position. Ses mains s'étendirent et trouvèrent les miennes, entremêlant nos doigts et levant nos bras. Sa poitrine s'appuya contre mes épaules. Je n'avais jamais patiné en couple et je ne pensais pas qu'Edward l'avait fait avant mais nos pas se fondirent si bien ensemble qu'il semblait impossible que nous n'ayons jamais fait quelque chose comme ça avant. Il leva mes bras au-dessus de ma tête, me conduisant habilement pour me retourner et lui faire face, nos bras se croisant maintenant dans un x entre nous et je me penchai vers lui, soulevant une jambe en arabesque avant qu'il ne m'attire vers lui.
Je respirai profondément et décidai de tenter ma chance, emmêlant mes doigts aux siens et en le tirant doucement vers moi, enveloppant nos bras joints autour de mon torse, l'un à ma taille et l'autre autour de mes épaules, frissonnant légèrement à l'intensité de la sensation, sa tête appuyée sur la mienne.
Je sentis ses bras s'éloigner, me tenant toujours les mains pendant qu'il me retournait vers lui une fois de plus. Ses yeux étaient sombres et intenses, d'un vert profond et persistant, par opposition au vert étincelant normal. Ses doigts se relâchèrent, se frottant contre les miens une fois avant de laisser aller et amener ses mains sur mes hanches et les miennes allèrent vers le haut de ses bras pour saisir légèrement ses biceps.
Alors que la chanson se terminait, il me pencha, touchant mon front avec le sien puis bougeant ses sourcils. Je gloussai, reconnaissante qu'il fasse quelque chose pour briser la forte tension qui s'était formée entre nous pendant que nous patinions.
Il m'avait promis de ne pas me pousser et semblait vouloir tenir sa parole, ce qui me fit me sentir en sécurité pour explorer et élargir ma zone de confort avec cette chose, quelle qu'elle soit, entre nous.
"Tu es sûr de n'avoir jamais fait de patinage artistique ?"
"Non, jamais."
"Euh. Tu sais qu'ils ont probablement une place dans l'équipe olympique masculine si tu veux essayer. Tu serais vraiment adorable en lycra."
"Je pense que je vais passer mon tour."
"Oh allez, Emmett et toi pourriez le faire ensemble, un peu d'action de Lames de la Gloire," dis-je, roulant ma langue dans un ronronnement.
"Arrgh. Super. Maintenant, je vois mon frère en pantalon scintillant. La matière moulante sur lui n'était pas l'image que je voulais dans ma tête. Merci beaucoup, Swan..." marmonna-t-il, puis il enfonça ses doigts dans mes côtes quand j'éclatai de rire en essayant de m'échapper.
"Non, non, non, stop ! Edward, s'il te plaît, je ne peux pas respirer," plaidai-je en riant de façon incontrôlable pendant qu'il continuait son attaque, jusqu'à ce qu'il s'arrête finalement et me jette sur son épaule.
"Tu as commis un crime odieux, Swan. Tu dois être punie," plaisanta-t-il et je m'emparai de lui, m'agrippant à ses côtés et le chatouillant de mon perchoir sur son épaule. Il sursauta légèrement et gloussa.
"Tu n'as vraiment aucune idée de ce que tu viens de commencer !" m'avertit-il, me laissant tomber légèrement sur mes pieds. Nous nous poursuivîmes autour de la glace, nous nous retrouvâmes puis libérâmes, ne nous arrêtant que brièvement pour reprendre notre souffle avant de nous réengager dans notre petite guéguerre de flirt.
Je demandai une trêve et baissai ma garde quand il allait me serrer la main. Je fis semblant de me rendre seulement pour bondir quand il s'approcha pour m'aider à me relever. A la fin, nous nous étendîmes sur la glace à bout de souffle et épuisés.
Alors que nous étions allongés là, dans un silence satisfait, en nous regardant, je reconnus finalement que je voulais réellement Edward. Plus que juste un ami. C'était facile d'être avec lui, aussi naturel que de respirer, de patiner. J'avais un peu peur que tout cela change si nous commencions à sortir ensemble mais il me faisait sentir exaltée, comme si je pouvais flotter sur un nuage de béatitude et il était difficile d'imaginer que cela disparaîtrait.
Je ne croyais toujours pas que j'étais assez bien pour lui, du moins pas maintenant mais j'étais finalement arrivée à croire que je pourrais y arriver. J'y arriverais. J'avais toujours l'impression d'avoir du travail à faire sur l'Opération Bella. Quand je lui dirais que j'étais prête, je voulais être capable de me tenir à ses côtés en tant qu'égal. Je ne me donnais pas non plus l'illusion que ce qu'il se passait entre nous serait juste une aventure rapide et décontractée. Je voulais être prête à entrer dans une relation, une relation qui a le potentiel de durer, pas vouée à l'échec parce qu'une partie freinait.
Edward m'avait dit qu'il attendrait que je sois prête et j'avais confiance en lui. Je me fis la promesse silencieuse de ne pas le laisser attendre trop longtemps…
…
* Le premier Sadie Hawkins Day, fête folklorique américaine dédiée aux jeunes filles célibataires — équivalent aux catherinettes françaises — a eu lieu dans la bande dessinée Li'l Abner le 13 novembre 1937 : en effet, Sadie Hawkins est une éternelle fille à marier dont le père avait trouvé l'idée d'un jour dédié aux célibataires. Deux ans après la bande dessinée, de nombreux lycées et nombreuses universités avaient repris l'évènement à leur compte, notamment au centre et au sud du pays. Généralement c'est juste une soirée où les filles invitent les garçons. Cette fête a normalement lieu le 29 février mais vu qu'elle est assez populaire chez les ados, les lycées la fêtent (dans la plupart des cas) chaque année. Certains vont même jusqu'à porter des habits rappelant la ferme.
*Emily Post : femme de lettres américaine, auteur d'ouvrages sur le savoir-vivre (1872 -1960)
*Al Borland personnage de la série américaine Papa bricole (Home Improvement)
*SAT : est un examen standardisé sur une base nationale et utilisé pour l'admission aux universités des États-Unis. Tandis que l'administration du SAT est confiée au College Board1, l'examen qui a la forme d'un questionnaire à choix multiples est conçu, publié et corrigé par l'Educational Testing Service.*
