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CHAPITRE 7
Garder le cap
Je me réveillai mardi matin à 6 : 30. Je me sentais en forme, résolue, comme si j'étais prête à prendre le contrôle de ma vie. Hier soir je m'étais couchée avec un calepin et avais mis par écrit mes projets pour "l'opération Bella." J'avais une liste de buts que je voulais atteindre et les avais numérotés selon leur priorité.
Alice serait si fière. Je n'avais jamais vu personne de toute ma vie faire des listes comme elle et ce tous les jours. Je sortis du lit, déchirai la feuille et l'amenai avec moi à la cuisine, la plaquant sur la porte du frigo avec un aimant des Minnesota Wild qui avait la forme d'un palet de hockey et qu'Alice m'avait donné. Voir ce symbole tenir ma liste était un bon rappel de ma motivation à progresser. Alors que je voulais récupérer ma vie, la pensée d'être avec Edward, être vraiment avec lui, était un bonus définitif.
Mon premier but était de revenir à ma routine. J'avais toujours eu une vie structurée et bien que je n'aie pas forcément besoin de revenir à la rigidité à laquelle j'étais habituée, je voulais regagner un semblant d'ordre. Et ça commençait aujourd'hui, lever à six heures trente, petit déjeuner rapide et aller à la salle à sept heures pour une heure et demi de cardio, poids et étirements qui augmenterait progressivement quand je me rapprocherai de ma forme optimale.
Ensuite il serait temps de prendre une douche rapide pour me détendre. Je faisais mes courses le matin si j'avais besoin. J'avais encore des rendez-vous avec le kiné trois fois par semaine et je remplissais le reste de mon temps libre avec ce qu'il y avait à faire.
Ensuite retour à la maison pour ranger un peu, faire la lessive, vaisselle ou entretien de l'appartement.
Puis déjeuner et je recommencerai les séances quotidiennes à la patinoire. Trois heures c'était beaucoup moins que ce à quoi j'étais habituée quand j'étais en compétition mais ça irait pour l'instant.
Pendant mon temps là-bas je travaillerai à retrouver ma force et ma confiance, faisant de petits pas en avant pour retrouver la familiarité qui était en sommeil pendant ces deux derniers mois.
Mes soirées n'avaient pas besoin d'être aussi structurées. Je voulais toujours apprécier la liberté de cette nouvelle vie dans laquelle j'étais tombée. Je voulais du temps à passer avec mes amis maintenant que j'en avais. Je voulais pouvoir trainer et regarder la télé ou lire un bouquin. Me détendre. Ma seule concession était que je devais vraiment me coucher à 22 heures 30 pour conserver mon style de vie actif. Je ne pouvais imaginer le genre de railleries qu'Emmett me ferait subir d'être un tel rabat-joie de devoir rentrer si tôt mais peut-être qu'il me surprendrait. Après tout ce mec était un athlète professionnel, il ne pouvait pas être totalement dépourvu de discipline de vie.
Le samedi et le dimanche seraient moins chargés mais du lundi au vendredi mon travail se concentrerait sur cette routine.
Tout en haut de ma liste il y avait aussi le fait que je devais contacter Marcus, mon coach et prendre une sorte de contrôle de mes finances. Appeler Marcus serait facile mais pour mes finances ça pourrait s'avérer un peu plus difficile. Tout ce qui était à mon nom était relié à Renée. Au fil du temps je commençais à voir de plus en plus à quel point elle m'avait prise au piège dans sa toile. Ma vie entière était centrée autour d'elle. Elle était impliquée dans tout jusqu'à mon départ. Cela devait changer. Si je voulais être adulte, je devais faire une sorte de coupure.
Son nom était sur tous mes comptes et je ne savais pas très bien comment procéder pour rompre ce lien surtout sans l'énerver au point où elle se montrerait à ma porte. Inviter Renée dans ma vie était quelque chose que je ne voulais définitivement pas pour le moment.
Je commençais à voir ce que cela voulait dire de prendre ma vie en main et être réellement une adulte indépendante. D'après ce que j'en avais compris ça semblait sacrément ennuyeux mais le résultat à la fin serait satisfaisant, j'en étais sûre.
Tout en grignotant au comptoir, j'enfilai ma tenue d'entrainement, pantalon de yoga et vieux t-shirt gris et laçai mes chaussures, pris mes clés, mon téléphone et mon iPod. Je mis mes écouteurs tout en remplissant une bouteille d'eau à la cuisine, mettant ma playlist entrainante que j'avais appelée "ça déchire" avant de fermer et de descendre au rez-de-chaussée.
Je passai la porte vitrée de la salle avec le sourire au visage et un élan dans ma démarche. Plus de Bella qui se plaint, plus de bouderie pathétique ni d'apitoiement pour soi-même, pas de noyade de mes peines dans une cuve d'aliments gras et de crème glacée. Eh bien celles–ci ne disparaitraient pas complètement. J'aimais plutôt quelques-uns de mes nouveaux aliments qui avaient été introduits dans mon alimentation depuis que j'étais arrivée ici. Les cupcakes au chocolat Hostess et les doritos Cool Ranch. J'avais toujours besoin d'un peu de plaisir, pas vrai ? La modération serait la clé et je roulai des yeux un peu à la pensée que revenir à la surveillance de ma nutrition était probablement une chose adulte nécessaire. Au revoir beuveries, ça avait été amusant le temps que ça avait duré.
Je chantai secouant la tête au rythme d'AC/DC dans mes écouteurs en me dirigeant vers le tapis de course pour commencer par là quand je sentis une tape sur mon épaule. Je haletai et probablement criai légèrement de surprise. Ma main alla sur ma poitrine pour essayer de contenir mon cœur mais quand je vis qui c'était, le martèlement ne fit qu'augmenter, non plus à cause du choc mais de l'excitation. Il y avait devant moi Edward dans un t-shirt gris et un short de basket noir, montrant plus de ses muscles délicieux que je n'en avais vu jusqu'à présent puisque c'était la fin de l'hiver.
"Tu m'as fait peur, qu'est-ce que tu fais ici ?" criai-je par-dessus la musique alors que je lui tapai doucement sur l'épaule. Il tira doucement sur le cordon, délogeant l'écouteur et baissant le volume à rien de plus qu'un léger bourdonnement alors qu'ils pendaient à mon cou.
"Trop concentrée Swan ? Nous t'avons appelée dès que tu as passé la porte."
"Nous ?" demandai-je en regardant par-dessus mon épaule pour voir Emmett et Jasper assis sur les bancs de musculation.
"Babybel ! Salut à toi mademoiselle !" grommela Emmett en remplissant la pièce de sa voix enjouée nous faisant signe de nous approcher. Quand j'arrivai à côté de lui, il me tira sur ses genoux me faisant couiner un peu alors que j'essayais de me relever. Son gigantesque bras m'empêcha de m'échapper et je me résignai à me percher inconfortablement sur ses jambes essayant d'éviter de peser sur lui.
"Arrête de te tortiller femme," rigola-t-il.
"Je n'aurai pas besoin de le faire si tu n'étais pas aussi agressif, qu'est-ce que tu fais ici ?"
"Un petit oiseau a mentionné que c'était ici le bon endroit pour jeunes adultes actifs."
"Ah vraiment ? Serait-ce un de ces oiseaux de l'espèce Cullenis Alici ? " demandai-je ironiquement.
"Tu as bien révisé ton ornithologie, ma fille ! Bonne façon d'entrainer ce cerveau sexy. J'espère que ça ne te dérange pas d'avoir de la compagnie," dit Emmett.
"Sérieusement les gars vous êtes venus vous entrainer ?" demandai-je en haussant les sourcils, confuse.
"Bon ce ne sont pas des vêtements pour aller à l'église, petite dame," fit Jasper.
"Et vous n'avez pas quelque chose de plus à la mode, une salle de musculation ultra virile quelque part, les mecs ?"
"Bien sûr que oui, Bella mais je parie que c'est beaucoup plus amusant de voir ton petit cul mignon courir sur un tapis roulant qu'une bande de mecs en sueur qui essaient de montrer leurs muscles."
"Ah Emmett je suis tellement touchée que tu préfères me mater plutôt que ces crétins."
"Je suis juste un gars sensible, Babybel."
"Emmett je n'avais absolument aucun doute à ce sujet," pépiai-je impassible.
"Touché, touché, touché," taquina-t-il ponctuant chacun des mots en me piquant avec son doigt.
"Emmett," grogna pratiquement Edward.
"Tu vois Bella je t'ai dit qu'il devient irritable," gloussa Emmett et Edward roula simplement des yeux, prenant mes mains pour essayer de m'extraire de la prise d'Emmett. Il résista une minute alors que tous les deux se fixaient durant ce petit affrontement.
"Hey les gars ne sommes-nous pas venus là pour travailler ?" fit remarquer Jasper. Je lui lançai un regard de remerciement quand Emmett me relâcha et qu'Edward me mit sur le côté.
"Tu as raison Jazz mec, ça demande beaucoup d'entretien pour garder ces beautés en forme," Emmett fit gonfler ses biceps de manière arrogante et inclina la tête pour poser un baiser bruyant sur son muscle saillant. "Allez Swan, embrasse ça."
"Pas moyen Emmett," dis-je en reculant un peu au cas où Emmett essaierait de me rapprocher de lui.
"Ohhh c'est bon que tu sois un peu jalouse Olive, tout le monde ne peut pas avoir les mêmes muscles que Popeye," marmonna-t-il.
"Est-ce que tu m'as traité d'Olive sérieusement ?" me moquai-je, mettant mes mains sur mes hanches.
"Oui toi et tes petits bras maigres," dit-il entourant mon biceps de son pouce et de son index et en l'agitant. Je ne répondis pas, à la place je le regardai le sourcil levé et passai près de lui brusquement en le poussant légèrement, me dirigeant vers les poids.
"Oh oh la garce au sourcil fait son apparition ! Ça devrait être bon les gars," entendis-je Emmett dire alors que je souriais intérieurement, essayant de voir mes options pour le défier un peu. Je sortis un poids de dix-huit kilos facilement, le posai à côté de moi en regardant Emmett fixement et en faisant une série rapide et régulière de dix, ne rompant jamais le contact visuel ou le laissant voir n'importe quel signe de lutte. Quand j'eus fini je remis le poids sur le support et me retournai vers lui. Le visage complètement impassible et j'imitais son action antérieure, fléchis mon biceps, tournant la tête pour l'embrasser avant de croiser mes bras et de le regarder dans l'expectative.
"Putain c'est torride Bella, qu'est-ce que tu fais d'autre ?" demanda-t-il excité comme un chiot avec un nouveau jouet. Au lieu de lui répondre, je l'ignorai et serrai mes mains contre ma poitrine imitant une faible demoiselle.
"Tandis que vous, les hommes, restez ici à soulever ces gros poids effrayants avec votre force brute, je vais prendre mon petit cul maigrichon et courir sur le tapis roulant pendant quelques minutes," dis-je calmement gardant mon expression moqueuse alors que je le regardais en faisant des yeux de biche et essayais de paraitre impressionnée avant de les dépasser tous les trois. Une fois que j'eus le dos tourné je grimaçai, dix huit kilos était environ cinq kilos de plus que ce que j'avais l'habitude de faire mais l'expression sur le visage d'Emmett valait bien un petit effort musculaire.
"Ah, mec, elle est furieuse," entendis-je Emmett chuchoter à haute voix alors que je me dirigeai vers les tapis roulants. Je ricanai dans ma barbe. Je n'étais pas du tout furieuse mais je pouvais le laisser mariner un peu.
"Eh bien, Emmett, tu l'as insultée… à quoi t'attendais-tu ?" demanda Jasper alors que je m'étirai à côté du tapis roulant, faisant semblant de ne pas écouter leur conversation alors qu'en réalité, j'en écoutai chaque mot en gloussant intérieurement.
"Je la taquinais, lui donnait du fil à retordre. Je ne pensais pas qu'elle serait si susceptible. Comment j'étais censé le savoir ?" demanda Emmett sur la défensive.
"Mec, tu as comparé une athlète olympique à un personnage de dessin animé anorexique et maigrichon."
"Tu es un crétin, grand frère," gémit Edward.
"Eddie, va lui parler. Elle a un faible pour toi. Va là-bas et fais courir tes doigts dans tes cheveux sexy pour la distraire afin qu'elle ne m'en veuille plus."
"Cheveux sexy, Emmett ?" Edward répondit, l'offense teintant son ton.
"Ouais mec, cette merde a des pouvoirs magiques, les nanas tombent toutes sous le charme."
"Tu sais que ce n'est vraiment pas la bonne façon de me demander de t'aider."
"Ok, ok, ok, ok, Edward, tu veux bien aller parler à Bella pour moi ?" plaida Emmett avec un niveau de politesse que je ne lui connaissais pas.
"Waouh, Emmett. Tu dois être vraiment désespéré, tu ne m'as même pas appelé Eddie."
"Ramène ton cul là-bas."
"Lâche-moi, mec, je m'en vais," murmura Edward exaspéré, "Va jouer avec tes haltères ou quelque chose d'autre."
J'étais en train de finir de m'étirer quand Edward me rejoignit, en montant sur le tapis roulant à côté de celui que j'avais prévu d'utiliser et en s'appuyant sur la barre latérale. "Hé, Emmett ne voulait rien dire par là, il ne réfléchit pas toujours avant d'ouvrir la bouche."
"Je sais," dis-je simplement, en montant sur le tapis et en entrant le programme que je voulais faire.
"Tu n'es pas vraiment en colère contre lui, n'est-ce pas ?" gloussa Edward après une minute.
"Non," dis-je avec un sourire qu'Emmett ne pouvait pas voir, "mais il peut transpirer un peu." Il rit et se redressa.
"Je peux me joindre à toi ?"
"N'as-tu pas des bras de fer à faire avec tes camarades au chromosome Y, Cullen ?"
"La vue est bien meilleure ici, ça fait battre le cœur plus vite," dit-il en démarrant sa propre machine.
"Tu flirtes vraiment avec moi en ce moment ?" demandai-je, un peu incrédule.
"Toujours, Swan."
"Sur un tapis roulant. Quand on est tous les deux en tenue d'entraînement."
"Rien ne vaut l'instant présent. Je n'aime pas gâcher les opportunités qui se présentent à moi."
"D'accord, Lothario, vois si tu peux me suivre," le défiai-je, en appuyant sur le bouton pour augmenter la vitesse. Trente minutes et six kilomètres plus tard, nous avions tous les deux une respiration lourde quand nous commençâmes à ralentir pour enfin nous arrêter. En haletant, je descendis pour étirer à nouveau mes jambes et attraper une bouteille d'eau et une serviette qu'Edward me jeta.
Je me surpris en train de le lorgner Edward alors qu'il passait la serviette le long de sa nuque puis prenait une profonde gorgée de son eau. Un filet s'échappa du coin de sa bouche, coulant sur sa mâchoire, dans son cou et dans son t-shirt. Je planais un peu en imaginant le chemin qu'elle suivait sous son t-shirt, sur ses pectoraux définis puis par-dessus les sommets et les vallées de ses abdominaux, pour peut-être se faire prendre dans cette petite traînée de poils qui menait à…
"Tu vois quelque chose qui te plaît, Swan ?" La voix amusée d'Edward me tira de mon fantasme et je me rendis compte qu'il était pleinement conscient de l'endroit où mon esprit m'avait emmené.
"Non, rien du tout," me moquai-je, déterminée à faire comme si rien n'était arrivé bien que mes joues rouges soient un indicateur clair que j'étais complètement mortifiée.
"Bien sûr," dit-il, riant un peu mais ne disant rien d'autre. Pendant un moment, je me détendis, en pensant qu'il allait juste laisser tomber. Alors que nous essuyions les barres des machines, il fit un signe vers mon visage.
"Bella, tu as un peu de bave sur le menton."
Je levai la main automatiquement avant de réaliser qu'il se moquait de moi. Je la laissai retomber et je le foudroyai du regard avant de rire toute penaude, "Très drôle, Cullen. Tu es tordant."
"Je pensais que c'était assez amusant," dit-il avec un sourire arrogant alors qu'il terminait d'essuyer l'écran avant de me donner une tape avec sa serviette sur la hanche. Je décidai qu'il était temps de lui rendre la pareille. Je me souvenais de sa réaction à la patinoire et me demandais si je pouvais avoir la même hors de la glace. Cela valait certainement la peine d'essayer.
Sur le sol, juste derrière les tapis, j'écartai mes jambes, en ronronnant "Humm, c'était une course difficile. Mes muscles sont complètement ravagés," puis j'étirai les bras au-dessus de ma tête, ma poitrine en avant et l'ourlet de mon t-shirt se soulevant pour montrer un peu de peau puis je me pliai en deux pour toucher mes orteils avec un gémissement de plaisir.
C'était un coup bas mais c'est lui qui avait commencé. Je sus que ça avait marché quand j'entendis le plus délicieusement sexy gémissement guttural à ma gauche. Je souris un peu et lentement me relevai jusqu'à ce que je sois devant lui en demandant innocemment : "Quelque chose ne va pas, Edward ?"
"Mon Dieu, Bella, tu me rends dingue," gémit-il de là où il se tenait, en s'adossant en arrière contre le tapis et se frottant les abdos comme s'il avait mal au ventre.
"Je n'essaie pas. Eh bien, peut-être juste un peu…" concédai-je en riant.
"C'est justement ça. Tu n'as pas besoin d'essayer, même un peu," dit-il, en tendant la main vers l'avant pour caresser ma joue.
"Eddie," se plaignit Emmett, faisant éclater la petite bulle dans laquelle nous étions quand Jasper et lui nous rejoignirent, "je t'ai envoyé pour m'aider, mon frère, pas pour flirter !"
"Je crois que ta demande était que je la distraie avec mes 'cheveux sexy'…" dit Edward en faisait des guillemets lorsqu'il s'éloigna de moi.
"Bella, tu m'en veux toujours ?" Emmett fit la moue, imitant le look de chiot à la Alice. Je pinçai les lèvres en faisant mine de réfléchir. "Je promets de ne jamais te traiter de maigre ou d'Olive. A partir de maintenant, tu es comme Xena ou Lara Croft ou Wonder Woman. S'il te plaît, ne me botte pas les fesses !" Je cédai et ris quand il fit semblant d'avoir peur. "Non, Emmett, je ne suis pas en colère contre toi."
"Tu devrais lui botter le cul de toute façon, Bella" suggéra Jasper. "Je paierais cher pour te voir aplatir cet abruti comme une crêpe."
Nous nous dirigeâmes vers les machines de poids, chacun travaillant selon ses propres routines. Les gars avaient apparemment un système avec les chansons, chacun avait quatre chansons de son choix avant de passer à la personne suivante. Jasper commença par des country mettant en vedette Johnny Cash et Garth Brooks, celle d'Edward était beaucoup plus mon style avec les Stones et Aerosmith. Puis le tour d'Emmett arriva.
"Emmett, éteins cette merde !" gémit Edward quand il entendit le choix de son frère.
"Mec, ne déteste pas la Gaga. C'est de la merde de qualité platine ici."
"Emmett, tu écoutes ces conneries ?" me moquai-je.
"Bien sûr que oui, Babybel. Tu ne peux pas lire mon visage de poker, tu ne peux pas lire mon visage de poker," chantait-il dans un faux soprano, faisant semblant de chanter dans un micro d'une seule main, son doigt pointé autour de la pièce et bougeant ses hanches au rythme de la musique.
"Je crois que j'ai juste un peu vomi," dis-je sèchement, retournant à mon entrainement. Alors que je travaillais, je ne pus m'empêcher de remarquer à quel point c'était agréable. Autant j'adorai traîner avec les filles mais passer du temps avec les gars était tout aussi amusant. C'était différent mais de façon surprenante j'étais à l'aise. Emmett plaisantait tout le temps et Jasper était calme mais plein d'esprit quand il le voulait. Je ne m'attendais pas à ressentir un lien aussi étroit avec eux deux mais ils étaient comme des frères plus âgés, du moins comme je me l'imaginais.
En dépit de mon manque d'expérience et d'interaction avec l'espèce masculine, ils ne me faisaient jamais me sentir mal à l'aise. Et puis, bien sûr, il y avait Edward. Il ne ressemblait certainement pas à un frère mais l'amitié que j'étais déjà en train de construire avec lui rivalisait avec celle que j'avais avec Alice. Encore une fois, c'était différent mais tout aussi génial. Bien sûr que ça ne faisait pas mal qu'ils soient tous les trois d'une beauté dévastatrice et qu'ils travaillaient ces muscles à la sueur de leur front. Une fille ne pouvait pas s'empêcher d'apprécier la vue. Sérieusement, c'est comme un rêve qui se réaliserait, pensai-je. Ils devraient enlever leur t-shirt et faire un calendrier. Ils se feraient des millions.
En finissant avec les haltères, je me mis sur le tapis pour compléter ma séance d'entraînement avec un peu d'exercice d'étirement. Je commençai par le dos, en soulevant ma jambe et en la pliant vers le bas, ma cuisse appuyée contre la poitrine et le genou contre mon épaule.
"Bon sang, Bella, où sont tes os ? Tu es en caoutchouc," dit Jasper avec un petit clin d'œil.
"Mec, je parie qu'Eddie lui prêterait un os," ricana tranquillement Emmett. Edward dut l'entendre parce qu'il apparut juste derrière lui et le frappa fort sur la tête.
"Quoi !?" demanda Emmett.
"Tu sais quoi… imbécile !"
Après avoir répété l'étirement sur l'autre jambe, je fis une fente, fléchissant ma jambe pour tenir le pied à l'arrière de ma tête.
"Seigneur... mais… Bella ? Tu penses que tu pourrais aider un frangin et donner des leçons à Rosie, tu sais de quoi je parle ?"
"Emmett, pervers, ce sont de sérieux étirements athlétiques, pas du matériel pour tes sales fantasmes. Tu devrais avoir honte…" le grondai-je, m'attendant qu'il ait l'air chagriné avant de faire un sourire sournois. "En plus, qui peut dire que je ne l'ai pas déjà fait ?"
"Babybel, t'es géniale, putain," s'exclama-t-il. "Je pourrais t'embrasser tout de suite. Mais je ne le ferai pas, parce que j'aime bien mes couilles là où elles sont et si non Eddie les arrachera. Mec, je sors le Kama Sutra ce soir."
"Emmett, pour l'amour de Dieu, combien de fois dois-je te dire d'arrêter de parler comme ça de ma sœur quand tu es près de moi ?" grogna Jasper.
"Jazz, mec, je ne peux pas m'empêcher de penser que ta sœur est canon et qu'il se trouve que c'est la femme dont je suis amoureux. Tu es mon pote, alors tu vas en entendre des choses que tu ne veux pas entendre…"
"Jasper, raconte-lui juste la fois où Alice et toi vous vous êtes amusés sur le siège arrière de sa Jeep, ça va le faire se taire…" dis-je de mon perchoir sur le tapis et je rencontrai les regards d'étonnement des trois hommes. Jasper devint rouge vif tandis qu'Emmett et Edward éclatèrent de rire.
"Seigneur, il n'y a pas d'intimité dans ce groupe. Bella, attends, chérie, ton heure viendra, ça va revenir te mordre le cul…" me prévint Jasper.
"Crois-moi, Jasper, je le redoute déjà," gémis-je, me déplaçant dans une posture d'aigle déployé, mes jambes en grand écart alors que je posais mon front sur le tapis.
"Alors...Bella..." dit Emmett.
"Quoi ?" demandai-je avec scepticisme, ma voix étouffée par le tapis.
"Vous parlez de quoi, les nanas, dans vos petites forteresses de mystère ?"
"Oh comme habitude : mecs sexy, strings contre des culottes, batailles d'oreillers topless, comment faire avec un garçon..."
"Aww mec… je veux être une fille. Je m'embrasserais bien moi."
"Mec, elle plaisante…" dit Jasper.
"C'est toujours un beau visuel," soupira Emmett avec un regard lointain.
"Emmett, je vais dire la même chose que j'aie dite à Alice... c'est un peu dégueulasse, vu qu'une de ces nanas est ta petite sœur." Il secoua immédiatement la tête et frissonna, le sourire rêveur cédant la place à une légère répulsion.
"Bella, pourquoi tu gâches mes fantasmes ?" marmonna-t-il, avec l'expression de quelqu'un à qui on vient de voler sa sucette. Je ris et jetai un coup d'œil à Edward qui était resté étrangement silencieux pendant tout l'échange. Il me regardait mais pas vraiment. Il avait cette même expression étrange et vitreuse sur son visage que j'avais remarqué il y a quelques temps.
"Ça va, Edward ?" demandai-je, pour attirer son attention.
"Euh, ouais, je… euh, juste rêvassé pendant une seconde, je vais bien," bégaya-t-il rapidement, tournant la tête et toussant mal à l'aise. Une teinte rosée apparut sur ses joues, c'était un rougissement. Ça me surprenait toujours de le voir comme ça. Edward semblait toujours si confiant et sûr de lui, qu'est-ce qui pourrait le faire rougir ? J'étais complètement consciente de mon penchant à le faire mais c'était une autre des choses que j'étais déterminée à surmonter. Une femme adulte ne devrait pas rougir pour un oui ou pour un non.
"Tu es sûr, Eddie boy ? Tu as l'air d'avoir un peu de fièvre," dit Emmett en agitant les sourcils alors qu'il essayait de vérifier la température d'Edward.
"J'ai dit que j'allais bien, Emmett !" insista Edward en repoussant sa main. Je remarquai qu'il tirait sur ses cheveux et semblait éviter délibérément mon regard. Je ne pouvais pas supporter de le voir si peu sûr de lui-même, même si c'était à cause d'une plaisanterie de son frère. Même s'il était habitué, je ne voulais pas qu'il ressente le moindre malaise.
"Tu sais, Emmett, peut-être que tu aurais aussi de la couleur sur ton visage si tu faisais plus qu'essayer d'être beau. Pourquoi tu ne te lèves pas tes fesses paresseuses pour transpirer comme le reste d'entre nous ?" ricanai-je, en gardant mon ton assez léger pour lui faire savoir que je n'étais pas vraiment en train de le critiquer.
"Ooh ! Mec, quelqu'un te l'a enfin dit !" s'exclama Jasper en tapant des mains d'amusement.
Edward me regarda alors qu'ils se lançaient tous les deux dans une séance de taquineries et je lui fis un clin d'œil, essayant lui offrir un peu de l'assurance qu'il semblait toujours me donner à moi. Le sourire qui se répandit sur son visage réchauffa mon cœur, me remplissant d'une faible lueur alors que je réalisai que peut-être Edward n'avait pas toujours à m'encourager et à s'assurer que j'allais bien. Je pourrais peut-être le réconforter aussi.
⁂
Pour la suite de la semaine je m'en tins à ma routine avec de légères modifications. L'une c'était qu'Edward me rejoignait tous les matins à la salle. Quelquefois nous parlions, d'autres fois nous mettions nos écouteurs sur les oreilles et travaillons côte à côte dans un silence agréable. C'était génial d'avoir de la compagnie et de commencer mes journées avec un Edward transpirant en short ample et t-shirt fin.
Le meilleur moment c'était toujours quand il relevait l'ourlet de son t-shirt pour essuyer la transpiration de son front, me donnant une vision nette de ses abdos définis et d'un V vraiment séduisant qui se poursuivait sous son short.
La première fois qu'il le fit, je lâchais le poids que je tenais avec un embarrassant bruit fort de métal. Au moins j'étais facilement arrivée en m'en sortir en lui disant que tout allait bien, disant qu'il m'avait échappé et imputant ma rougeur à l'exercice physique. Ce qui était vrai après tout. Il fallait vraiment que je me retienne de lui sauter dessus et d'attaquer sa mâchoire avec ma langue. Je pouvais pratiquement goûter le sel sur sa peau.
Ça c'était une autre surprise. Plus les jours passaient plus mes pensées concernant Edward devenaient érotiques. Merci Seigneur il n'était pas télépathe parce ça aurait été mortifiant pour lui de connaitre la direction vers où allait mon cerveau à chaque fois qu'il pliait son bras, léchait ses lèvres ou avalait son eau. Ou respirait.
Je supposais que c'était la façon dont mon esprit et mon corps se rattrapaient d'avoir manqué ce stade de l'excitation adolescente. Tout ce temps perdu transformé en frustration sexuelle constante. Je me réveillais la nuit complètement agitée de rêves d'Edward et de moi ensemble, ses mains sur mon corps, ses lèvres sur ma peau, la sensation des muscles sous mes doigts.
Ce n'était pas seulement la luxure qui imprégnait mon cerveau. Le côté sexuel de l'attraction que je ressentais pour lui était nouveau et excitant mais il y avait tellement plus. Il était doux, gentil et hilarant. Il me faisait toujours rire et il appréciait mon sens de l' semblait avoir une patience infinie spécialement quand il s'agissait de moi mais il ne me laissait jamais oublier le fait qu'il m'appréciait plus qu'une amie. J'attendais ce flirt entre nous depuis le matin et si je devais le dire j'étais devenue assez bonne à ce jeu. Ça me donnait toujours un peu plus de confiance de voir les signes que j'affectais Edward au moins autant qu'il m'affectait et petit à petit je devins moins inhibée, n'ayant plus à me concentrer sur ce qu'il fallait que je dise avant de le dire.
Après les entrainements il rentrait chez lui puis s'apprêtait à aller s'entrainer ou préparer le match du soir. Certains jours, il devait honorer des contrats pour les sponsors ou pour des œuvres caritatives. Chaque matin quand nous nous séparions je sentais un léger pincement d'avoir à lui dire au revoir. Le matin était facilement devenu la partie préférée de ma journée. Emmett et Jasper étaient venus une fois ou deux mais c'était en général un moment pour nous deux.
Bien que je sois triste de le voir partir, mes journées étaient bien remplies. J'étais redevenue moi-même. Pas tout à fait la même que j'étais avant mais nouvelle et je crois une meilleure version de moi-même. J'avais des buts - sur et à l'extérieur de la glace – et j'avais la détermination pour tous les atteindre.
Tôt dans la semaine je m'étais assise et avais commencé à planifier un budget, Alice m'avait proposé son aide. Elle avait beaucoup d'expérience avec son entreprise d'événements, bien sûr prévoir un budget pour un mariage était complètement différent de prévoir les dépenses quotidiennes mais j'avais confiance en son jugement.
J'avais un compte courant et une allocation mensuelle pour mes dépenses courantes. La majorité de mes fonds étaient gérés par Renée. J'étais encore mineure quand ma carrière avait décollé et une fois que j'eus dix-huit ans il n'y avait pas eu de discussion pour changer cet arrangement. A un moment ou à un autre il faudrait bien que je m'occupe de ça. En même temps je devais trouver des liquidités sans que Renée ne soient alertée. Je pensais à trouver un boulot mais si je devais m'entrainer je devrais démissionner rapidement. J'en étais là quand soudain je trouvais la solution tout en conduisant pour aller à la patinoire.
La voiture. La monstruosité ostentatoire. Je détestais cette voiture, de sa peinture beige à toutes ses options. Elle coutait vraisemblablement une fortune et elle était beaucoup trop extravagante. J'aurai été contente d'avoir une vieille berline et Renée avait tout payé. Techniquement c'était avec mon argent. Alors pourquoi ne pas faire d'une pierre deux coups ?
Le lendemain j'avais mentionné devant Edward le fait que je voulais la vendre sans rentrer dans les détails. Il m'avait offert de m'aider à chercher une nouvelle voiture et contacter un concessionnaire pour la vendre.
Une partie de moi était obstinément déterminée à traverser "l'Opération Bella" toute seule. J'étais fatiguée qu'on gère tout pour moi. Je ne voulais pas laisser Renée gérer ma vie ni laisser quelqu'un d'autre prendre la relève. Mais ni Alice ni Edward n'essayaient de prendre contrôle de ma vie. Et je savais que même avec leur aide c'était moi qui prendrais la décision finale. Ils n'avaient jamais essayé de me convaincre d'une chose ou d'une autre mais m'avaient aidée à envisager toutes mes options et ils m'avaient laissé le choix.
Edward m'aida à affiner ce qu'il me fallait comme voiture et vint avec moi pour en tester quelques-unes. C'était un peu compliqué avec les différentes options et motorisations mais à la fin je fus heureuse de mon choix, échanger une BMW pour une Mazda 3 bleu roi peu utilisée. Elle était sportive, ce que j'aimais, offrait toutes les options pour la sécurité et Edward avait beaucoup insisté là-dessus. La différence de prix me laissait pas mal d'argent sur mon compte et la grande satisfaction d'avoir fait un grand achat moi-même. Une fois que l'argent fut sur mon compte, j'appelai mon propriétaire pour demander quelle était la procédure pour mettre le bail à mon nom et je lui fis un chèque pour les six mois suivants.
Sur la glace j'avais retrouvé une grande confiance en moi. Il était rare que j'aie un public bien que les filles soient venues un jour pour déjeuner et Edward était venu me voir en me demandant de faire une pause pour aller boire un chocolat chaud au café du coin. Seule sur la patinoire tous les jours je pouvais me concentrer sur mon patinage, travailler sur des points que je voulais améliorer, faire des combinaisons que je pensais intégrer dans mes programmes futurs. Personne d'autre n'était là pour me dire quoi faire mais je n'avais pas de mal à rester concentrée et motivée toute seule.
J'étais pleinement consciente du fait que quand – et non si – je retournais à la compétition j'aurais besoin d'aide. Dans cet esprit j'appelais Marcus, l'entraineur avec lequel je travaillais depuis six ans. Il était venu avec moi à Turin, il connaissait mes forces et mes faiblesses et j'espérais qu'il m'écoute. Il avait toujours été clair que Renée et lui ne faisaient pas bon ménage mais elle restait avec lui parce qu'il était excellent et arrivait à des résultats.
Marcus avait été heureux d'avoir de mes nouvelles et je lui racontai mes progrès, ce que le médecin avait dit, ce que je faisais en kiné et ce que je travaillais sur la glace. Il m'encouragea et me fit quelques recommandations. Il m'assura aussi qu'il viendrait dans le Minnesota quand j'aurai le feu vert et que tout ce que j'aurai à faire serait de l'appeler. J'étais soulagée d'avoir la garantie d'avoir un bon coach qui saurait comment m'aider à me relancer.
Je savais que Renée n'était pas partie de ma vie et je voyais de plus en plus à quel point ses actions avaient été mauvaises pendant si longtemps mais j'avais toujours l'espoir que les choses puissent s'arranger. C'était toujours ma mère. Malgré ses défauts j'avais besoin de croire qu'elle voulait quand même ce qui était le mieux pour moi, qu'elle m'aimait. Les dernières fois que je lui avais parlé elle avait été plutôt agréable. Je pense que le fait que je sois de retour sur la glace tous les jours l'avait un peu calmée et considérablement réduit ses jérémiades habituelles.
Bien sûr je ne lui avais pas parlé de la voiture ni vraiment de tous les changements de ma vie. Pas besoin de la provoquer avant de savoir que je pourrais affronter la tempête. Tandis que je tenais ferme la direction vers où je me dirigeais je n'étais pas encore prête à l'inviter à revenir dans ma vie. J'étais tout à fait consciente que je n'étais pas encore prête à l'affronter et à rester sur mes positions.
Dimanche après-midi nous allâmes au dernier match à domicile des Wild avant qu'ils ne partent sur la route pendant près de deux semaines. Esmée et Carlisle étaient là encore et c'était génial de les voir. Carlisle demanda comment allait mon genou et Esmée voulut connaitre tous les détails de ma vie maintenant que j'étais revenue sur la glace. Nous étions assises à côté, nos têtes penchées vers l'autre discutant la plupart du temps et c'était merveilleux d'être aussi à l'aise avec elle alors que je la connaissais si peu. Elle était l'incarnation de la grâce, sa nature même était apaisante.
Le match se termina sur une égalité mais c'était tout aussi amusant que le premier match, d'autant plus que maintenant je connaissais vraiment trois des joueurs et que je me sentais plus à l'aise avec ce qu'il se passait sur la glace. Je me retrouvai en train de sauter et de crier avec Esmée quand un des adversaires avait accroché sa crosse autour du poignet d'Edward alors qu'il s'échappait et criait bruyamment quand Emmett marqua un but ce qui les fit mener pendant la plupart de la deuxième période.
Pendant les pauses Alice et Rose m'avaient entrainée à la boutique remplie de toute sorte d'attirail pour les supporters. Des t-shirt, des pantalons de survêtement, des palets signés et des porte-clés. Il y avait même une étagère avec les têtes montées sur ressort des nombreux joueurs de l'équipe.
Je fis quelques petites folies, m'achetant un pantalon de survêtement confortable avec le logo de l'équipe et deux t-shirts à manches longues. Quand Alice et Rose mentionnèrent vouloir prendre une collation avant la reprise, je les chassais leur disant que je les retrouverai à nos places.
Une fois qu'elles furent parties je me faufilai vers le mur du fond scrutant nerveusement autour de moi pour m'assurer que personne ne me reconnaissait et sortis un grand maillot avec le numéro 10 marqué E. Cullen dans le dos. J'avais choisi la version verte celle qu'il portait le premier soir où je l'avais vu jouer, le fourrant rapidement sous ma pile en me dirigeant vers la caisse. Je ne voulais pas que quelqu'un sache que je l'avais acheté et m'assurai qu'il était au fond du sac opaque que je ramenais avec moi dans les gradins. Je le voulais juste pour moi.
Il partait treize jours et avoir ce petit bout de lui près de moi m'aiderait juste un peu à moins ressentir le manque. Et il me manquerait, je le savais sans aucun doute. J'appréhendais déjà le lendemain matin quand je passerai les portes de la salle d'entrainement et qu'elle serait vide.
Après le match nous décidâmes de rentrer chez Alice et Rose et de commander une pizza. Je laissais filer l'heure du coucher et je savais que je le paierai demain matin mais ça valait la peine passer un peu de temps avec les gars avant qu'ils ne partent. Nous jouâmes au Texas Hold'Em et Edward fit équipe avec moi pour m'apprendre les bases.
C'était hilarant de voir à quel point chacun d'eux jouait différemment. Alice ne faisait pas attention, jouant au hasard et s'occupant davantage de distraire tout le monde avec des ragots.
Rose était très expressive et c'était facile de voir quand elle était ravie de ses cartes ou dégoutée par son tirage. Jasper était étonnamment agité, ses doigts toujours sur ses jetons, les mélangeant minutieusement, les empilant, les étalant et les remettant en pile.
Edward était un mur de pierre, il ne tressaillait pas, déplaçant à peine un muscle pour soulever le coin de ses cartes avant de les remettre rapidement à plat. Je n'avais aucune idée de comment il voyait même ce qu'il avait la moitié du temps.
Emmett avait sa casquette de baseball abaissée et une paire de lunettes de soleil noire pour cacher ses réactions. Pendant la main il était assez calme, sa concentration rivalisant avec celle d'Edward. La différence arrivait à la fin quand Emmett exprimait très clairement sa position sur la main précédente envoyant ses victoires au visage de tout le monde, ou inventant des excuses pour expliquer pour quoi il avait perdu habituellement avec beaucoup de langage vulgaire. Son excuse préférée c'était qu'Alice ne savait pas ce qu'elle faisait et bousillait son jeu.
Après le premier tour j'eus l'impression d'avoir enfin compris et de pouvoir me débrouiller seule. Au bout d'une heure, Alice avait arrêté après avoir tout misé sur une paire de trois, suivie peu de temps après par Rose. Jasper était avec ses derniers jetons, Emmett dominait et Edward et moi étions assez équilibrés au milieu. Rose distribuait et quand je soulevai le coin je trouvai des as. Je dus me mordiller la lèvre pour arrêter mon sourire idiot qui voulait s'échapper. Je posai mes cartes calmement et enchéris faisant continuer le jeu. Rose posa trois cartes : roi, as, deux, un cœur et deux trèfles. Je passai ma langue sur mes dents et essayai de paraitre hésitante alors que les autres jouaient. Je mordis ma lèvre comptant mes jetons et prenant mon temps.
"Qu'est-ce que c'est déjà un flush ?" demandai-je essayant de paraitre un peu désemparée.
"C'est quand toutes tes cartes sont de la même couleur, comme des trèfles," expliqua Edward patiemment.
"Oh c'est vrai, je suppose que je vais relancer."
Edward relança aussi et Rose donna une carte. Reine de pique.
Chacun parla alors que les trois joueurs principaux réfléchissaient à leurs options. Je décidai qu'il était temps de remonter un peu et de jeter un minimum d'argent mais pas trop pour faire fuir quelqu'un. Tout le monde passa sans que personne ne se couche et Rose sortit quatre as. Je n'arrivais pas à le croire. Je ne fis plus rien quand Emmett enchérit. Ce n'était pas possible qu'il ait mieux si ? Jasper relança et je suivis poussant un tas de jetons et ajoutant un bon montant. Edward se coucha, Emmett relança et Jasper poussa le reste de ses jetons. Une fois que tout le monde eut misé Jasper retourna ses cartes pour montrer trois rois. Et le double as lui donnait deux paires. Emmett applaudit et retourna ses cartes pour montrer un roi, une reine poussant Jasper hors du jeu. Je m'adossai à mon siège en souriant légèrement alors que je le regardais se réjouir prématurément.
"Attends une seconde Em, tu ne veux pas voir ce qu'à Bella ?" s'écria Edward.
"Elle a parlé de couleur, Eddie, tu l'as entendue mais bon, vas-y montre tes cartes Babybel que je puisse récupérer mes gains."
"Tu as raison Em, je n'aurai probablement pas dû rester aussi longtemps. Je ne sais pas à quoi je pensais," dis-je en tournant l'as de trèfle et regardant son visage se faner.
"Merde, la nouvelle m'a balayé avec un as," se lamenta-t-il en reculant sa chaise.
"Tu ne veux pas voir mon autre carte, Emmett ?" demandai-je doucement.
"Peu importe Bella tu gagnes déjà," bouda-t-il.
"Ouais," soupirai-je. "Mais ce qui est merveilleux ce n'est pas que je gagne… c'est que je te botte le derrière," dis-je en retournant le deuxième as.
"Putain tu plaisantes," dit-il alors que sa mâchoire tombait et qu'il prit la carte de ma main, l'approchant de son visage comme si la voir de plus près changerait quelque chose. "Tu as des putain de fusées de poche ?"
"Bien joué cette fois Bella," dit Jasper en me félicitant et en poussant les jetons devant moi en riant à la vision d'Emmett assis là, stupéfait, toujours en train de fixer les cartes devant lui et Jasper continua. "Ça m'est égal de perdre contre toi. Donne une leçon à cet abruti, il a besoin d'être remis à sa place des fois."
Alice s'installa sur ses genoux, sa tête posée au creux de son cou et sa main sur sa taille, ses doigts jouant avec l'ourlet de son chemisier. L'expression sur leurs visages était du pur contentement. Les voir ensemble me faisait envie d'avoir cela pour moi, cette confiance que tu appartenais aux bras de l'autre et que tu serais toujours bienvenue là. Jetant un coup d'œil à Edward pendant qu'on distribuait les cartes, il attira mon attention et me donna une combinaison mortelle de son sourire en coin et d'un clin d'œil subtil et pour la première fois je commençais à sentir que cette possibilité devenait réelle pour moi.
Au tour suivant Edward se coucha, il s'adossa à son siège pour regarder la partie se dérouler. Il se rapprocha de moi, ses doigts se frayant un chemin vers mes cartes avant que je tape sur sa main. "Pas besoin de jeter un coup d'œil, tu voulais voir ma main, tu devrais mettre ton argent dedans."
"Chut tueuse," rit-il avant de d'effleurer mon oreille avec son nez et de murmurer. "J'aime bien quand tu es déterminée. Nous devrions jouer en privé quelquefois, juste toi et moi."
"Edward ?" soupirai-je et je haletai exprès en me tournant pour le regarder sous mes cils, nos visages étaient si proches, je léchai mes lèvres et fis ce qu'Alice et Rose avaient appelé une fois mes yeux du lit.
"Ouais ?" demanda-t-il c'était un grognement provenant du fond de sa gorge alors que ses yeux passaient à un vert foncé.
"N'essaie même pas de me distraire. Je suis en mission là et j'ai totalement l'intention de botter les fesses de ton frère," murmurai-je avant de tapoter sa joue.
"Petite coquine," marmonna-t-il s'adossant à nouveau à sa chaise et bougeant un peu mal à l'aise.
"C'est de bonne guerre, Edward. Tu ne peux pas être le seul à t'amuser. C'est juste un prêté pour un rendu pour ce tour de force que tu as fait au Chatterbox avec ma flanelle."
"Quel tour de force ?" demanda-t-il innocemment. "Sincèrement j'ai apprécié la sensation du tissu. En fait tu devrais en porter plus souvent, donne-moi une excuse pour que je pose mes mains sur toi."
"Quelque chose me dit que tu n'as pas vraiment besoin d'excuse pour essayer."
"Tu te plains, Swan ?"
"Je n'ai pas dit ça Cullen," dis-je en revenant à la partie en cours.
Pour finir, Emmett refusa d'accepter le fait qu'une fille débutante puisse lui botter le cul et pourtant c'est ainsi que ça finit. Il joua chaque main, jetant désespérément des jetons à droite et à gauche pour essayer de revenir dans la partie. Edward le sortit facilement avec une paire de dix.
Finalement il était minuit passé et plutôt que de trainer davantage, Edward et moi déclarâmes le match nul et il me murmura avec assurance que nous reprendrions une autre fois. Je sentis un frisson me parcourir et sus instantanément à quoi j'allais rêver cette nuit.
Edward m'accompagna jusqu'à ma porte pour me souhaiter bonne nuit. Pendant un moment nous fûmes gênés tous les deux, incertains de la façon de nous quitter. Je voulais le serrer dans mes bras mais je ne me sentais pas à l'aise de le faire. Peu importe combien de fois il m'avait dit que je lui plaisais ou montré par ses actions je ne pouvais pas tout à fait me débarrasser de la peur persistante qu'il me rejette ou qu'il se réveille et se rende compte qu'il était trop bien pour moi. Oui, je faisais des progrès mais je n'étais pas prête à abandonner mes insécurités et à sauter dans ses bras sans hésiter.
"Tu voudras m'envoyer un texto quand tu seras en route ?" demandai-je timidement, serrant et desserrant mes mains devant moi.
"Oui," répondit-il, posant ses mains sur les miennes pour calmer leur mouvement et me calmer instantanément. "Ça fonctionne dans les deux sens tu sais, tu n'as pas besoin d'attendre pour m'envoyer un texto en premier."
"D'accord, " dis-je doucement regardant nos mains jointes.
"Bella ?" demanda-t-il et je levai les yeux pour le regarder. Il passa ses bras autour de moi, une au bas de mon dos et l'autre sur mes épaules alors que ses doigts tortillait mes cheveux, arrivant à ma nuque. Je passai mes bras autour de son torse et posai ma tête contre sa poitrine, sentant tout mon corps appuyé contre le sien. Sa joue se posa sur le dessus de ma tête et il me sembla que tout son corps se relaxait contre moi tout comme je le faisais. Il resta là une minute, sans parler ni donner d'indication qu'il allait me laisser jusqu'à ce qu'il serre ses bras une fois.
"Fais bon voyage," dis-je en quittant son étreinte. "Essaie de ne pas perdre de dents."
Il rit et mit une mèche de mes cheveux derrière mon oreille puis laissa son doigt glisser le long de mon nez, "Pas de promesse." Il me fit un sourire en coin et se tourna pour partir.
"Edward ?" demandai-je brusquement, ma main se tendit pour l'attraper par le poignet. Il se tourna avec le regard interrogateur. Il fallait que je lui donne une indication quelconque de mes sentiments avant qu'il ne parte. J'hésitai un peu et ne pouvais pas le regarder dans les yeux mais j'essayai de le dire. "Je suis… euh… tu vas vraiment me manquer," dis-je, mordillant ma lèvre et le regardant en face enfin. Je n'eus pas le temps de comprendre son expression avant que ses bras soient de nouveau autour de moi, cette étreinte était un peu plus ferme que celle d'avant.
"Tu vas me manquer aussi Bella," murmura-t-il alors que je m'appuyai contre lui pour un autre instant. Je sentis la douce pression de ses lèvres sur mon front avant qu'il ne s'éloigne, serrant mes mains une fois de plus avant de les laisser. "On se parle demain," dit-il attendant que je hoche la tête pour partir.
En le regardant partir je me rendis compte que la moitié de mon cerveau était prêt à jeter toute prudence aux orties, à courir après lui pour l'embrasser. La partie la plus censée me dit de respecter mon plan, d'atteindre mes objectifs et ensuite je serai libre de courir après lui autant que je le voudrais.
Les treize jours passèrent lentement. Chaque fois que je parlais à Edward au téléphone, on avait l'impression de ne se parler que quelques minutes avant de devoir raccrocher, alors qu'en réalité on restait près d'une heure au téléphone. Mes matins dans le gymnase semblaient s'éterniser sans sa présence.
Il y avait les matchs à la télé tous les deux soirs et Alice, Rose et moi, on s'installait à regarder. Cela m'aida de pouvoir le voir à l'écran, même si son visage était masqué par son casque la plupart du temps. Vu qu'ils étaient équipe visiteur les spectateurs n'était pas très encourageants. Quand il marquait un but les encouragements étaient timides. Mais nous les filles on les encourageait à la maison à renfort de grands cris. Manifestement, ils n'entendaient pas mais ça semblait être la bonne chose à faire.
J'ai adoré le temps passé sur la glace. Avec la musique dans mes oreilles et mes patins aux pieds, le monde disparaissait entièrement pendant quelques heures.
Edward me manquait, à tel point qu'il était évident pour moi que je ne pouvais pas continuer à me retenir beaucoup plus longtemps. Mes sentiments pour lui étaient tellement plus que de l'amitié et je n'étais pas sûre si je pourrais continuer cette mascarade. Une partie de moi était nerveuse de voir à quel point mes sentiments pour lui étaient profonds et j'étais inquiète qu'une relation avec lui m'engloutisse complètement. Chaque partie de moi le désirait ardemment et je savais que ce n'était pas sain de penser autant à lui.
Ce qui me donnait de l'espoir c'était que je fonctionnais bien sans lui. Je gardai ma routine, m'amusai avec les filles, ma lessive était faite et mon appartement était en grande partie propre. Bien sûr, je me blottissais dans le canapé avec des couvertures et un bol de crème glacée de temps à autre en relisant ses texto ou pour écouter sa voix dans ses messages mais c'était assez normal, n'est-ce pas ?
Et peut-être que je dormais dans son maillot presque toutes les nuits mais surtout parce qu'il était confortable et pas seulement parce que ça m'apaisait d'imaginer ses bras enroulés autour de moi au lieu du tissu.
Pendant qu'il était parti, j'étais déterminée à faire des progrès pour me rapprocher autant que possible de mes objectifs avant son retour. J'ai commencé à faire des recherches sur les différentes compétitions disponibles pour ma catégorie, celles auxquelles j'aurais besoin d'aller pour me qualifier et où j'obtiendrais une exemption en raison de mon précédent classement. Renée m'avait toujours soumis à tous les concours mais j'ai été sûre qu'il y avait une sorte de stratégie pour tout ça. Ça ne pourrait pas faire de mal de comprendre ce qu'il se passait de ce côté de ma carrière.
Edward m'envoyait des texto tous les jours et essayait de m'appeler tous les soirs, bien qu'il ait admis une fois qu'il ne voulait pas me déranger quand leurs matchs étaient tard car il savait que je m'entrainais tôt le matin. Il me fallut dix jours avant de trouver le courage et de suivre ses conseils et de l'appeler en premier.
La surprise dans sa voix à l'autre bout du fil enleva toute la nervosité que j'avais ressentie en composant son numéro. Chaque fois que je me sentais m'évanouir à cause de ses paroles ou rougir à cause d'un texto, je me le rappelais : Reste là, reste dans la course, Bella, la récompense en vaudra la peine à la fin.
⁂
Jeudi je m'étais assise dans le hall d'une petite épicerie fine, en attendant Esmée. Elle m'avait appelé plus tôt dans la semaine, me demandant de me joindre à elle pour le déjeuner et je n'avais pas hésité à accepter l'invitation. J'aimais passer du temps avec Esmée, elle était si amicale et charmante. C'était facile de voir pourquoi ses enfants étaient gentils comme ça. Les Cullen devaient être une sorte de clan surnaturel, parce qu'en quelques semaines seulement, j'étais tombée sous leur charme et je ne pouvais imaginer ma vie sans eux.
Un bruit de talons me fit jeter un coup d'œil vers le haut pour voir Esmée, légèrement essoufflée se précipiter par la porte.
"Oh, Bella !" m'appela-t-elle en me voyant, traversant pour m'envelopper dans un rapide câlin. "Je suis vraiment désolée de te faire attendre, la circulation était dingue. Tu es ravissante, cette nuance de bleu est très tendance."
Je dis merci en rougissant un peu, n'ayant pas l'habitude d'accepter ce genre de compliments. Alice et Rose voulaient toujours essayer de renforcer ma confiance en moi-même et Edward me faisait soupirer quand il m'appelait belle, je n'avais jamais eu de figure parentale qui m'offre des éloges ou même me fasse une remarque anodine comme celle d'Esmée.
Nous obtînmes une table rapidement et nous nous engageâmes dans une petite conversation facile sur le menu puis nous passâmes la commande.
"Je suis si contente que tu aies accepté de déjeuner avec moi, Bella," dit Esmée, en me donnant une tape amicale sur la main.
"Merci de m'avoir demandé," répondis-je timidement.
"J'espère que ça ne te dérange pas que je le dise, sache que je ne ressens aucune pitié envers toi. Tu es une femme adulte et tu es très capable de te gérer toi-même, même si tu commences à peine à t'en rendre compte. D'après ce que tu as dit, il semble que tu n'es pas très proche de ta mère, que votre relation n'a jamais été la plus, eh bien, aimante ou encourageante je suppose. Je sais ce que c'est que de grandir avec une mère qui n'approuve rien, Bella. Ça peut être très difficile de s'épanouir quand on essaie de te retenir," dit-elle, de la tristesse dans sa voix.
"Ma mère était une femme très difficile à satisfaire, très froide et soucieuse uniquement de l'image. Mon père et elle avaient un mariage sans amour mais sont restés ensemble pour l'apparence. Pas de divorce à l'époque, c'était beaucoup trop scandaleux. En plus, mon père subvenait à ses besoins et elle était libre de passer ses journées au country club. J'étais leur seul enfant et honnêtement je pense que la seule raison pour laquelle ils m'ont eue, c'est parce qu'on s'attendait à ce qu'ils le fassent," dit-elle, en s'arrêtant car notre nourriture était arrivée. Elle remercia le serveur et me fit signe de manger pendant qu'elle prit sa propre fourchette, en continuant son histoire.
"J'ai grandi avec des nounous, certaines sont restées un moment, d'autres quelques semaines. Ma mère était un employeur très dur et très critique. Quand j'ai été assez vieille, elle a voulu que je suive ses traces. Me marier avec un riche et vivre une vie confortable et assez insignifiante. Je suis allée à l'université parce que mon père a insisté pour que je parte. C'était la seule fois où j'ai eu l'occasion de le voir lui tenir tête. D'habitude, il s'asseyait là et la laissait jouer le rôle de parent. Il était à peine à la maison, se concentrant sur le travail et évitant probablement autant d'interaction avec elle que possible. Une fois que je suis partie, j'ai pu voir qu'il y avait tout un monde dont ma mère ne faisait pas partie et que je n'avais pas à finir comme elle. Et puis j'ai rencontré Carlisle, qui m'a aidé à voir que l'idée du mariage n'était pas nécessairement un piège ou simplement un contrat légal qu'on fait parce que tout le monde l'attend de toi. Quand on aime quelqu'un, ça peut être l'un des cadeaux plus merveilleux que l'on pourrait donner ou recevoir.
"Bella, je te l'ai dit, parce que j'espère que si tu veux parler à quelqu'un, tu te sentiras à l'aise et que tu viendras me voir. Je sais que tu as ta propre mère et tu as Rose et Alice qui sont... des filles merveilleuses et qui savent écouter. Mais si tu as besoin de moi, je suis là pour toi, Bella. Tu es très spéciale pour moi, ma chère," elle tendit la main pour repousser mes cheveux de mon front.
Pendant un instant je n'arrivais à rien dire mais finalement je réussis à dire tranquillement, "Ça me plairait beaucoup, Esmée."
"Bien. D'accord, qu'est-ce qu'il y a entre mon fils et toi ?"
Je m'étouffai un peu avec la gorgée d'eau que je venais de prendre.
"Hum, qu'est-ce que tu veux dire ?" crachai-je après avoir maîtrisé ma toux.
"Bella, j'ai peut-être trente ans de plus que toi mais je ne suis pas aveugle. J'ai vu la façon dont tu le regardes pendant les matchs et la façon dont il parle de toi. S'il n'y a pas déjà quelque chose qui se passe, ça arrivera."
"Je veux juste que tu saches que je ne trahirai jamais ta confiance. Tout ce que tu me dis ne sortira pas d'ici."
"Eh bien..." j'hésitai un moment de plus avant de sentir toute l'anxiété sous la surface s'échapper. "Je veux dire, tu sais déjà que je l'aime bien, tu étais là le soir des Nationales quand je me suis épanchée sur toi, Alice et Rose. Et j'essaie, j'essaie vraiment de réévaluer ma vie et de commencer à voir ce que vous m'avez toutes dit.
Je ne pense pas être assez bien, on m'a dit toute ma vie que je ne suis pas assez bien, pas assez jolie, pas assez intelligente, pas assez douée, pas assez talentueuse mais je veux l'être. Je ne veux plus être ce bébé pathétique et pleurnichard.
Je veux dire, je vois Alice et Rose et ce sont des femmes si fortes, elles sont si sûres d'elles et je le veux tellement. Donc j'essaie, j'ai mis en place tout ce plan, et ensuite peut-être que je pourrais enfin être normale et avoir une relation avec Edward sans me sentir comme une petite sœur avec qui il est coincé et dont il doit s'occuper tout le temps. J'ai vingt-quatre ans, personne ne devrait avoir à prendre soin de moi, je devrais prendre soin de moi-même. C'est ce que je fais enfin, mais peut-être qu'il ne voudra pas attendre ou il trouvera quelqu'un d'autre..."
"Bella, Bella, arrête," me coupa Esmée et elle prit mes mains dans les siennes. "J'ai besoin que tu m'écoutes un instant, tu veux bien faire ça ?" Je hochai la tête, me mordis la lèvre, un peu gênée de voir à quel point j'avais tout sorti.
"Tu es très bien. Celui qui t'a dit ces choses a tort. Quand les gens doivent pousser constamment d'autres personnes vers le bas, c'est typiquement parce qu'ils essaient de se sentir mieux. Et c'est le cas pendant un petit moment mais le moment passe et ils redeviennent amers, alors ils le font encore et encore et encore. Rien de tout cela n'est vrai à ton sujet. Tu es aussi forte qu'Alice et Rose et tout le monde ressent de l'insécurité, certains le cachent mieux que d'autres.
Les changements que tu apportes dans ta vie ? C'est super et très admirable. Je crois vraiment que tu peux faire tout ce que tu as décidé et prendre ces mesures t'aidera à commencer à voir ce que nous autres voyons déjà mais les sentiments d'Edward pour toi ne sont pas déterminés par une liste. Il se soucie de toi à cause de la personne que tu es. Il n'a pas besoin que tu sois parfaite, il a juste besoin que tu sois toi-même, la belle et merveilleuse personne que tu es."
"Tu le penses vraiment ?" demandai-je timidement, en fixant ses mains sur les miennes.
"Non," dit-elle fermement et je la regardai avec consternation. "Je le sais."
Mon visage s'adoucit et je lui fis un petit sourire.
"Et, Bella, peu importe ton âge, tout le monde doit être pris en charge. Ce qui est merveilleux dans une relation, c'est d'avoir un partenaire pour te soutenir. Il s'occupe de toi et tu t'occupes de lui."
"Crois-tu vraiment que je pourrais m'occuper de lui ? Je peux à peine me débrouiller tout seule."
"Je le crois et ce qui est plus important, c'est qu'Edward le croie. N'aie pas peur de t'appuyer un peu sur lui, il peut le supporter. Cela ne veut pas dire qu'il te portera mais cela allège un peu la charge d'avoir quelqu'un avec qui partager. Que penses-tu du dessert ? Parce que ce pudding me fait des clins d'œil depuis les autres tables."
⁂
Samedi soir. La Saint-Valentin. Les gars étaient arrivés tard la veille au soir et Edward m'avait envoyé un texto pour me dire qu'ils étaient rentrés chez eux. Nous avions bavardé un peu plus tôt dans la journée mais ni l'un ni l'autre n'avions parlé de nous voir. Évidemment, avec les vacances, les couples allaient profiter d'un moment romantique seuls. Vers huit heures, je me résignais au fait que je ne verrais pas Edward ce soir-là.
Ce n'est pas si mal, Bella, me dis-je, tu le verras demain matin. Nous avions prévu de nous retrouver le lendemain matin pour des crêpes et les potins du voyage des gars. Je suppose que tu vas devoir attendre encore quelques heures. De plus, pensais-tu vraiment qu'il se précipiterait vers ta porte dès qu'il serait de retour en ville ? Ce mec a probablement des choses beaucoup plus importantes à faire. Comme les plantes à arroser ou le courrier à trier.
Je pris une couverture sur le canapé et me préparai à me blottir dans l'alcôve avec un livre et profiter d'une soirée tranquille. Avant même que je puisse tourner une page, il y eut un coup à ma porte.
C'est bizarre, Rose et Alice étaient parties depuis des heures.
J'étais confuse en traversant la pièce et regardant par le judas, haletant de surprise quand je vis Edward de l'autre côté. Ma réaction immédiate fut d'ouvrir et de lui sauter dans les bras. Puis je me souvins exactement dans quel état j'étais.
Je gémis doucement, maudissant le fait de ne pas pouvoir aller me changer avant de le saluer. Au lieu de cela, je me contentais d'ouvrir la porte et d'essayer de me cacher derrière. Il sourit en me voyant et je ne pus m'empêcher de lui rendre son sourire, en disant un timide, "Salut".
"Hé, ça te dérange si j'entre ?" demanda-t-il, en soulevant son sourcil quand je restai derrière la porte.
"Non, entre," dis-je, en ouvrant plus grand pour le laisser passer.
"Très mignonne, Swan," dit-il, agitant sa main vers ma tenue d'un pull à capuche, un short court en coton rayé et jambières en laine grise, mes cheveux dans une queue de cheval désordonnée. "Tu portes toujours ces petits shorts ? Parce que si c'est le cas, je vais devoir venir à l'improviste beaucoup plus souvent."
Je gloussai et rougis un peu avant de remarquer exactement ce qu'il portait. "Je pourrais dire la même chose de toi, Cullen. Trop paresseux pour t'habiller ? Au moins, j'ai l'excuse d'être à la maison."
Il portait un sweat rouge à capuche avec le nom de l'équipe en blanc sur la poitrine et un pantalon de survêtement noir. Il était mignon à croquer. Ou se blottir. Ouais … à croquer.
"La soirée exigeait une tenue décontractée." Il fit un clin d'œil avant de poser un sac à dos à côté, dans le recoin et jeter un coup d'œil autour. "Tu sais, je ne suis jamais vraiment venu dans ton appartement."
"Oui, tu as raison," dis-je, "Alors, qu'en penses-tu ?"
"C'est sympa. Très toi."
"Qu'est-ce que ça veut dire exactement ?"
"Chaud, confortable, invitant, beau."
"C'est moi, hein ?"
"Eh bien, pas tout à fait," dit-il en se tournant vers moi et en prenant ma joue en coupe, sa main encore froide de l'extérieur.
"Tu es bien plus que ça, Bella."
"Que fais-tu ici, Edward ? Tu n'as pas un rencard sexy ?" Je souris, me blottissant légèrement contre sa main.
"Ouais, je le regarde. Tu n'avais pas besoin de t'habiller comme ça, mais je ne me plains pas."
"Qui, moi ?"
"Oui," dit-il, tendant la main dans la poche de son sweatshirt et retirant une minuscule boîte rose de bonbons en forme de cœurs pour moi. "Veux-tu être ma Valentine, Bella ?"
L'homme était fatal. Mon cœur enfla au point où je crus qu'il allait éclater et je pus me sentir toute rayonnante. Je pris doucement la boîte de bonbons, voulant garder un ton léger.
"Eh bien, je suppose que je vais devoir le faire. C'est trop tard pour que tu trouves quelqu'un d'autre et je détesterais te laisser sans Valentine. Ça serait pathétique. En plus, tu m'as apporté des bonbons."
"J'ai apporté plus que ça, Swan," dit-il, se retournant et saisissant son sac avant d'avancer dans la pièce et se laisser tomber sur le canapé comme s'il était déjà venu ici un million de fois. Il semblait à l'aise dans mon appartement. Il mit son sac sur la table basse et l'ouvrit pendant que je m'asseyais à côté de lui. Il en sortit un sachet de pop-corn, une petite pile de DVD, une pizza congelée et quelques bouteilles de bière irlandaise.
"Comme c'est romantique, Cullen," je poussai un soupir, "Pizza et bière, c'est le rêve de tout mec pour Saint-Valentin."
"J'ai apporté des films de filles…" se défendit-il en levant les DVD. J'y jetai un coup d'œil rapidement, en ramassant un.
"Miracle, Edward ? Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un film de nana."
"Hé, je pleure à chaque fois que je regarde ce film, Swan," dit-il et je ricanai. "Quoi, est-ce que tu te moques de ma sensibilité ?"
"Pas du tout," gloussai-je en prenant la pizza de la table et en me dirigeant vers la cuisine, en jetant un coup d'œil par-dessus mon épaule et disant, "Pleurnichard !"
"Hé, qui tu traites de pleurnichard ?" cria-t-il.
"Dit le mec qui vient d'avouer avoir pleuré pour un film de hockey."
Je mis la pizza à chauffer dans le four et retournai le rejoindre, lui souriant. "Alors, je mets ça et j'attrape les mouchoirs ?"
"C'est ça," murmura-t-il, me saisissant par la taille et me jetant sur le canapé, planant au-dessus de moi pendant qu'il attaquait mes côtés, me chatouillant implacablement pendant que je donnais des coups de pied et lui criais d'arrêter, riant si fort que j'en pleurais. "Euh, euh," dit-il avec un sourire arrogant. "Qui pleure maintenant, Swan ?"
"Très bien, très bien ! Tu n'es pas un pleurnichard. N'importe quel homme pleurerait en voyant l'équipe des USA battre les Soviétiques !" criai-je.
"C'est ce que je pensais," dit-il en arrêtant brusquement son attaque et se levant pour mettre un film. Il s'installa sur le canapé et décapsula les bouteilles de bière avant de m'en donner une et poser ses pieds sur la table basse.
"Jolies chaussettes," dis-je en riant, en regardant ses pieds couverts de chaussettes moelleuses. "J'en ai quelques paires moi-même."
"Ces choses sont géniales. Les chaussettes les plus confortables du monde."
Je mis mes pieds à côté des siens, devant me blottir un peu plus contre le canapé que lui.
"Jolies jambières," dit-il sur le même ton que celui que j'avais utilisé. "Très... Flashdance."
"Quoi, tu vas me dire que tu en as un tiroir plein à la maison ?"
"Non, je vais peut-être devoir tester les tiennes…" dit-il, en posant sa bière sur la table à côté de lui, agrippant mes chevilles et me balançant un peu sur le canapé pour que mes pieds reposent sur ses genoux. J'eus le souffle coupé quand il fit glisser ses mains vers le haut de mes mollets sous les jambières, à mi-chemin entre la surprise de la sensation de picotement que son toucher déclenchait mais surtout du fait que ses mains étaient gelées.
"Froid !" criai-je, en me reculant sans effet vu que ses mains étaient bien au chaud à l'intérieur de mes jambières, "Mon Dieu, Edward, tes mains sont gelées !"
"Et voilà la raison pour laquelle j'emprunte tes jambières... non mais !" dit-il en plaisantant.
"Oui, mes jambières. Qui sont censées garder mes guiboles au chaud, pas les glacer avec ce que tu fais passer pour des mains. Utilise ton sweat-shirt ou quelque chose comme ça."
"Non, c'est tellement plus efficace," insista-t-il, en levant les jambes sur le canapé et s'étirant derrière moi sans enlever ses mains. Nous étions allongés là, nos têtes à l'opposé sur le canapé, nous regardant au lieu de regarder le début du film.
"Tu sais que ta sœur aime bien s'allonger comme ça aussi," lui dis-je, un peu amusée par leur ressemblance.
"Oui, on faisait ça souvent quand on était petits. Nous aimions tous les deux lire, nous étions sur le canapé pendant les après-midis pluvieux ou quand il faisait trop froid dehors. Mais c'est beaucoup mieux," dit-il, prenant mon pied et frottant légèrement ma voûte plantaire alors que nous étions allongés là. "Tu as des orteils très mignons."
"Fétichiste des pieds, Cullen ?"
"Pas vraiment," rit-il, "Mais les tiens sont juste tellement adorables, Swan."
Nous bavardâmes un moment, décidant d'attendre que la pizza soit cuite pour commencer le film ainsi nous n'aurions pas à nous lever. Je remarquai que le générique était terminé et je regardai le résumé de Princess Bride.
"Je pensai que tu voulais voir Miracle," dis-je.
"Pas question. Il faut que tu mérites ce privilège de regarder ce film avec moi. C'est une expérience sacrée Swan. Il y en a très peu qui l'ont mérité."
Je ricanai puis me mis sur mes pieds quand la minuterie sonna, je découpai la pizza sur le cercle en carton et l'amenai dans le salon avec un rouleau d'essuie-tout et deux assiettes. Nous commençâmes à manger et je la dévorai en réalisant que je n'avais pas beaucoup mangé dans la journée. "Humm c'est bon," marmonnai-je, la bouche pleine de fromage fondant et délicieux.
"Tu es très facile à contenter tu le sais ? Une pizza à cinq dollars, des bonbons pour 95 centimes…"
"Quoi tu es en train de me traiter de rendez-vous bon marché, Cullen ?" dis-je, en jouant l'offensée.
"Crois-moi Swan quand je te sortirai pour un rendez-vous, je ferai bien mieux que des cœurs en sucre et un tas de dvd," m'assura-t-il en prenant une bouchée de pizza. Je rougis et retins le sourire idiot qui voulait se montrer.
La pizza fut rapidement finie, nos assiettes entassées d'un côté et nous nous installâmes confortablement dans le canapé pour voir le film, nos pieds sur la table pendant que nous regardions le conte de Wesley et Bouton d'or se dérouler.
"Qu'est-ce que tu penses que sont les cinq baisers ?" demandai-je.
"Quoi ?"
"A la fin, l'histoire dit que le baiser de Wesley et Bouton d'or était dans le top cinq des baisers de tous les temps. C'est quoi les cinq ?" expliquai-je.
"Tu veux classer les baisers ?"
"Oui pourquoi pas. Les meilleurs cinq baisers de film de tous les temps. Alors ?"
"Bon il y a beaucoup de facteurs qui entrent en jeu. Quels sont les paramètres ?"
"Je ne sais pas. Ils disent dans le film que les leurs étaient les plus purs et les plus passionnés. Donc pas de baiser porno. Ils doivent être romantiques, pas sexuels."
"Pas sexuels du tout ?"
"Bien. Les deux parties doivent être totalement habillées. Pas de pelotage ou quoi que ce soit qui dépasse la première base."
"D'accord. Tu commences, un des tiens d'abord."
Je fronçai les lèvres en réfléchissant, essayant de trouver ce qu'était un baiser parfait de cinéma pour moi. "Blanche-neige," dis-je quand ça me passa par la tête.
"Le film de Disney ?" rit Edward un peu incrédule.
"Oui. Le prince charmant lui a donné le dernier baiser de véritable amour, ils ont brisé le charme ce qui leur a permis d'avoir leur fin heureuse. Je dirai que ça les met dans le top 5," expliquai-je, défendant mon choix.
"Bella, comment est-ce que ça peut compter ? D'abord c'est un dessin animé. Ce ne sont même pas des gens réels."
"Tu n'as pas spécifié cette règle," fis-je remarquer.
"Bien, je la donne maintenant. Pas de dessins animés. Ce doit être des acteurs bien vivants."
"Qu'est-ce qui ne te va pas avec Blanche-neige ?" demandai-je.
"C'est difficilement un baiser," s'étouffa-t-il. "La fille est morte, elle ne lui rend pas son baiser. Embrasser une princesse comateuse ce n'est pas de la passion, c'est flippant."
"Bien. Je le concède. Un des tiens alors ?" demandai-je et nous nous lançâmes dans un grand débat.
C'est Spiderman qui gagna contre N'oublie jamais et Déjeuner à Tiffany pour le meilleur baiser sous la pluie, N'oublie jamais menait au sexe et aucun de nous n'aimait les chats, éliminant ainsi le classique de Hepburn.
Roméo et Juliette était dans nos deux listes mais nous n'arrivâmes pas à nous mettre d'accord sur la version qui était la meilleure, celle de 1968 l'originale ou le remake avec Claire et Léo.
Ghost fut éliminé à l'unanimité au motif que le baiser avec de la glaise jusqu'au coude n'était pas du tout romantique.
A la fin Titanic et Autant en emporte le vent rejoignirent les rangs et nous n'arrivâmes pas à nous mettre d'accord sur le 5e.
"Je n'arrive pas à croire que tu penses que Transformers a l'une des meilleures scènes de baiser. Tu es vraiment un gars."
"Pas de discussion là. Qu'est-ce qui ne va pas avec celui-là ?"
"Tu aimes celui-là parce que Megan Fox est vêtue scandaleusement et qu'ils font ça sur le capot d'une Camaro au coucher du soleil. C'est un fantasme totalement masculin."
"Je répète. Qu'est-ce qui ne va pas avec celui-là ?"
"Je n'arrive pas à croire que tu veuilles en gaspiller un pour cette squelettique Megan Fox."
"C'est mon vote…"
"Je redis Pirates des Caraïbes."
"En parlant de genres de films, Pirates, Bella ? Vraiment ?"
"Quoi ? C'est un bon baiser de fin."
"Hum. C'est sûr," dit-il avec scepticisme en se réinstallant dans les coussins, faisant en sorte que ma tête reste sur son épaule.
"Tu as déjà eu un baiser digne d'un film ?" demandai-je, n'étant pas vraiment sûre de vouloir connaitre la réponse.
"Peut-être," répondit-il d'un ton taquin, "Et toi ?"
"Peut-être," fis-je en l'imitant. "Raconte le tien !"
"Toi d'abord."
"Pas question. En même temps tu as dû en avoir des douzaines."
"Non. Juste un." Il n'expliqua pas davantage et je ne racontais rien.
"Edward ?" demandai-je doucement, en jouant avec les fils de son sweatshirt. "Tu as déjà été amoureux ?"
"Je pense que je l'ai été une fois."
"De Kate ? Alice a mentionné son nom et que vous vous êtes séparés l'an dernier."
"Ouais, Kate. Nous sommes sortis ensemble pendant deux ans et avons rompu l'hiver dernier."
"Que s'est-il passé ?"
"Tu veux vraiment que je te raconte ça ?" demanda-t-il, en mettant ses doigts sous son menton pour que je le regarde."
"Oui, pourquoi pas ? Nous sommes amis, pas vrai ? Les amis discutent."
"Bon ouais mais…"
"Je veux savoir Edward et j'écouterai," l'assurai-je, le suppliant du regard pour lui montrer que je voulais être là pour lui, comme lui essayait toujours de l'être pour moi. Il souffla et s'enfonça dans le canapé un peu et me ramena contre son torse.
"Nous nous sommes rencontrés peu après que je sois devenu pro. J'avais vingt-deux ans et était encore inconnu. J'ai été recruté dès la sortie de l'université mais comme la plupart des bleus, je n'ai pas beaucoup patiné. Elle était en dernière année à étudier le droit des Affaires. Nous nous sommes rencontrés lors d'une collecte de fonds à laquelle Alice m'avait trainé. La famille de Kate est super riche et aime le faire savoir à tout le monde, tu comprends ?" demanda-t-il et je hochai la tête, même si c'était hypothétique.
"Quand on s'est rencontré la première fois, Kate n'avait pas du tout l'air d'être comme eux. Elle était douce, concentrée sur ses cours, ambitieuse. Elle aimait un peu faire la fête et j'ai pensé que c'était normal à notre âge. Elle m'a dit qu'elle voulait continuer ses études et avoir son Master of Business Administration.
On a commencé à sortir ensemble et je me suis laissé entrainer dans cette spirale. Ça m'était égal que personne dans ma famille ne semblait se préoccuper d'elle, moi je le faisais. Peu m'importait que ses parents désapprouvent parce qu'elle m'avait dit qu'elle m'aimait et je pensais que je l'aimais aussi," soupira-t-il, s'arrêtant un moment, ses doigts jouant avec le bout de mes cheveux. Ma main glissa sur sa nuque et je caressai doucement son crane espérant lui apporter un peu de réconfort.
"Ma carrière dans le hockey démarrai doucement et je ne remarquai même pas que les choses commençaient à aller de travers jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Avec mes matchs, mes entrainements et ses cours, nous nous voyons très peu et quand nous le faisions, nous étions toujours en train de nous chamailler pour quelque chose. Elle m'a dit qu'elle voulait abandonner ses études, qu'elle voulait se marier et commencer une famille mais j'hésitais. Nous étions trop jeunes et je n'étais pas prêt. Et plus que ça, je savais au fond de moi que je n'étais pas prêt à épouser Kate et que je ne le serai jamais.
"Je n'arrivais pas à nous imaginer sur le long terme. Je n'arrivais pas à voir à quoi ressemblerait la cérémonie du mariage ou à quoi pourrait ressembler nos enfants. Je n'arrivais simplement pas à imaginer ma vie avec elle. Malgré ça je restais avec elle parce que c'était confortable. Oh… ce n'est pas quelque chose dont je suis fier mais c'était bien d'avoir quelqu'un qui m'attendait quand je revenais à la maison, sans avoir cette pression des rendez-vous à gérer ou avoir besoin de chercher quelqu'un de nouveau.
"Elle est devenue pleine de rancœur et c'est là que son vrai caractère s'est révélé. Un soir pendant une dispute elle a complètement perdu le contrôle. Elle s'est mise à hurler, me disant que je l'avais embobinée trop longtemps, me disant que ça faisait des mois qu'elle me trompait et qu'elle n'était restée avec moi que pour mon argent. Qu'elle avait voulu se marier avec moi ainsi elle n'aurait pas besoin de travailler et comme je voyagerai la plupart du temps ce serait un avantage supplémentaire, elle n'aurait pas besoin de passer du temps avec moi. Sans doute qu'ainsi elle pourrait continuer à sortir et à faire la fête, à se trouver des hommes d'un soir. J'ai craqué et lui ai dit que ça n'arriverait jamais et elle est partie."
"C'est horrible," dis-je doucement.
"C'était pour le mieux," fit-il en haussant les épaules. "Je n'aurais jamais dû rester aussi longtemps avec elle. Ce n'était juste pour aucun de nous dès l'instant où je me suis rendu compte que ça ne nous mènerait nulle part."
"Tu es sorti avec quelqu'un d'autre depuis ?"
"Pas vraiment, un peu ici et là mais rien de sérieux. Je n'ai jamais été ce genre de gars. C'est plus le genre d'Emmett. Enfin jusqu'à ce qu'il rencontre Rose."
"Pourquoi pas ? Je sais que ce n'est pas à cause du manque d'intérêt de la gent féminine."
"Qu'est-ce que tu essaies de dire Swan ?" dit-il malicieusement, l'humour revenant finalement dans sa voix.
"Edward ne fait pas l'idiot. Tu sais que tu es très beau."
"En fait, Bella, j'étais totalement inconscient de ce fait. Je pense que tu vas devoir m'éclairer."
"Tu es absolument torride, " dis-je en me penchant pour attraper la boite de bonbon et ouvrir le rabat en revenant à ma place. "Pas étonnant que tu aies la grosse tête."
"Crois-moi Bella, ce n'est pas la seule chose que j'ai grosse."
"Edward !" dis-je avec un rire choqué alors que je m'appuyai à nouveau contre lui pour l'admirer alors que je rougissais.
"Quoi ? Je parlai de mes oreilles. N'aie pas l'esprit mal tourné, Swan," dit-il en tirant sur ma queue de cheval. Je fis une grimace, lui jetant un cœur violet sur le front. Il rebondit et atterrit sur son sweat shirt, il le récupéra et le mangea. "Merci !"
Je levai les yeux au ciel, posant un peu la tête sur ses genoux, mes jambes recroquevillées sur le canapé à côté de nous, j'étais face à la télé, suçant des bonbons et essayant d'empêcher mes yeux de se révulser quand il commença à me caresser les cheveux.
"Alors et toi ?"
"Moi ?" dis-je soudainement très attentive à la forme des petits cœurs en bonbons.
"Des hommes au cœur brisé qui viennent frapper à ta porte et avec lesquels je vais devoir me battre ?" demanda-t-il, en tendant sa main pour avoir un bonbon. Je l'entendis en mettre quelques-uns dans sa bouche.
"Non tu es à l'abri de ça. Pas de prétendants rejetés à combattre," dis-je sèchement.
"Vraiment ? Euh."
"Quoi ?"
"Rien."
"Je sais, c'est pathétique. Vingt-quatre ans et jamais eu de petit-ami, ce n'est que récemment que j'en ai eu mon premier vrai baiser..."
"Waouh, waouh, waouh," me coupa-t-il. "Répète ça. Récent comment ?"
"Dans un passé pas si lointain ?" J'essayai de récupérer ma gaffe, en me donnant une gifle mentalement.
"Comme ces derniers jours ? Le mois dernier ? L'année dernière ? Aide-moi, Swan !" dit-il, essayant de me tourner pour le voir.
"Edward…" plaidai-je, me battant contre ses mains au début, mais en perdant la bataille quand il me tourna face à lui.
"C'était il y a quelques heures, n'est-ce pas ? Un type est parti par la fenêtre quand je suis arrivé. Tu ne devrais pas perdre ton temps avec une mauviette comme ça, Bella."
"C'était toi. D'accord ?" m'exclamai-je.
"Vraiment ?"
Je hochai la tête, complètement embarrassée et me frottai les yeux, attendant juste qu'il se moque de moi. C'était pathétique. Il y avait des filles de huit ans qui avaient plus d'expérience avec les garçons que moi. Mais il ne rit pas. Au lieu de cela, il caressa mon front, ce qui m'apaisa quand mes yeux s'ouvrirent.
"Tu sais, pour une novice, tu embrasses très bien."
Je ricanai, "Oui, bien sûr."
"Tu sais tu m'as demandé si j'avais déjà eu un baiser digne d'un film ?" demanda-t-il tranquillement, sobrement, "C'était... celui-là. Le meilleur baiser de toute ma vie." Je le regardai et vis à l'intensité de son regard je ne pouvais pas douter de la véracité de sa déclaration.
J'étais complètement sans voix et je n'arrivai pas à dire quelque chose, juste le regarder avec émerveillement. Puis son visage s'assombrit de façon dramatique, sa main s'agrippait comiquement à son cœur et il murmura avec sarcasme : "Au moins, ça l'était jusqu'à ce que tu me rejettes, espèce de briseuse de cœur !"
"Ouais, ouais, ouais. Je vois que tu es vraiment blessé. C'était probablement bon pour toi. On ne peut pas avoir toutes les filles tomber à ses pieds, joli garçon. Je parie d'ailleurs qu'aucune fille ne t'a jamais fait attendre," plaisantai-je avec ironie.
"Bella," chuchota-t-il, son visage à nouveau sérieux, "J'ai l'impression que je t'attendrais un siècle. Parce que je crois que tu en vaux la peine." Ses doigts caressèrent ma joue. J'eus l'impression que ma tête tournait. Un moment, il était incroyablement doux et me coupait le souffle avec ses mots, son expression. L'instant d'après, il plaisantait et me faisait rire. C'était à la fois déroutant et exaltant.
"Je te promets que je ne te ferai pas attendre si longtemps. Je suis désolée que tu doives attendre," répondis-je en chuchotant, mon ton rempli de regrets.
"Moi je ne le suis pas," dit-il, allongé sur le canapé et me tirant contre lui, posant ma tête contre sa poitrine, mon front reposant contre son menton. "Les meilleures choses de la vie valent la peine d'attendre."
⁂
J'allais demander à Edward Cullen de sortir avec moi.
Esmée avait raison, c'était ridicule de penser que je devais être "réparée" avant de sortir avec lui. Je commençai à réaliser que "devenir adulte" était un processus continu. J'avais l'impression que d'avoir attendu avait été une bonne décision, parce que ce jour-là, à la fête foraine, ce n'aurait pas été un bon départ pour commencer une relation et dans les semaines qui ont suivi, Edward et moi avions construit une amitié solide que je chérissais vraiment. Je me sentais à l'aise avec lui, même lorsqu'il faisait battre mon cœur plus fort.
Bien que je n'aie pas encore compris à cent pour cent ce qu'il voyait en moi, je ne remettais plus en question le fait qu'il ait des sentiments pour moi. Quant à moi, je savais que je voulais être avec lui. Je voulais essayer d'être sa petite-amie. Je pouvais continuer à travailler sur l''Opération Bella' sans que le but final soit de sortir avec Edward. Je devais avoir confiance qu'il serait à mes côtés et m'aiderait à avancer. Ce dont j'avais vraiment besoin était de commencer à me faire confiance.
Dans les jours qui suivirent la Saint-Valentin, j'essayai de trouver le courage de lui demander, lui dire. J'étais prête. Au gymnase, je me motivais tous les matins. Dans un petit acte de vanité je frissonnais à l'idée de demander un rendez-vous cet homme dont je tombais amoureuse alors que j'étais en tenue de sport, mes cheveux ébouriffés en une queue de cheval crépue et moite. La plupart des soirées, nous traînions en groupe, et même si nous passions eu du temps seuls quelquefois, je ne me sentais pas à l'aise de lui demander avec les autres autour de nous. Ils se mettraient à jacasser bien assez tôt quand ils l'apprendraient.
Puis samedi arriva. Une semaine après qu'il se soit pointé chez moi et m'ait fait perdre la tête avec les bonbons cœurs. Il avait beaucoup neigé cette semaine-là et les prévisions étaient ensoleillées et douces pour le weekend. Alice nous suggéra de nous adonner à une journée de "nostalgie de l'enfance" en nous dirigeant vers un endroit près de chez Jasper, où se trouvait une colline parfaite pour faire de la luge. Quand nous arrivâmes, empaquetés dans des vêtements de neige les gars étaient déjà là, entourés de traîneaux en plastique colorés et engagés dans une bataille de boule de neige.
Jasper avait aligné trois traîneaux, les plantant dans la neige comme barricade. Edward avait construit un petit mur de neige dans lequel il s'était enfoui comme dans un bunker, levant à peine la tête au-dessus pour tirer ses missiles. Emmett n'avait rien fait, courant librement autour de lui, balançant ses boules et se fichant d'être touché à plusieurs reprises par les deux camps. Edward faisait face à la direction opposée et ne nous voyait pas approcher. Je levai la main vers Emmett quand il me vit pour qu'il ne me trahisse pas pendant que j'amassais quelques boules de neige.
Je me faufilai derrière Edward aussi tranquillement que possible avec l'aide d'Emmett et de Jasper qui criaient pour essayer de le distraire. Finalement je me retrouvai à quelques pas de lui et tirai rapidement dans le dos, touchant son bonnet qui tomba de sa tête, l'obligeant à s'enrouler en une petite boule défensive pendant que les autres éclataient de rire. Il souleva finalement la tête et me vit, balançant ma dernière boule de neige.
"Les règles, Edward, ne baisse jamais ta garde !" souris-je.
"Ah oui, Swan ?" demanda-t-il avec un soupçon de bravade, "J'ai une règle pour toi. Ne jamais commencer un combat quand tu ne connais pas ton adversaire." Disant cela il bougea juste assez pour que je puisse voir les boules de neige parfaites qu'il avait alignées le long du mur qu'il avait construit. Je n'eus même pas le temps de me tourner avant qu'il ne commence à me bombarder, me saisissant un bras et me poursuivant quand je couinais et essayais de m'enfuir. J'essayai de ramasser de la neige et de riposter mais ça me ralentissait trop. Après avoir jeté quelques boules au hasard, j'abandonnai et courus, pour essayer d'éviter les boules. Il finit par manquer de munitions et se mit à me poursuivre, m'attrapant facilement par la taille et nous laissant tomber dans la neige.
Je pouvais à peine reprendre mon souffle, je riais si fort ! Je pouvais entendre les cris des quatre autres qui poursuivaient leur bagarre. Nous restâmes couchés là, dans la neige, ayant une crise de fou-rire et je me relevai pour enlever un peu de neige de ses cheveux. Quand il remarqua ce que je faisais, il s'ébroua comme un chien, m'aspergeant le visage de neige et recommençant à rire. Au bout de quelques minutes, nous nous calmâmes et Edward se pencha pour jeter un coup d'œil par-dessus la neige.
"Attaque furtive ?" suggéra-t-il, malicieusement.
"Je te suis." Je me mis au travail en façonnant des boules de neige, en silence pour ne pas attirer l'attention sur nous. Quand nous en eûmes assez, nous nous installâmes dans notre amoncellement de neige, attendant que l'ennemi s'approche.
Il fallut environ cinq minutes avant que les autres commencent à nous appeler. Mais ils étaient tous encore trop loin, nous nous regardâmes faisant signe de garder le silence.
"Où ont-ils disparu ?" demanda Alice.
"Peut-être qu'ils se sont enfin mis ensemble et sont allés quelque part pour s'embrasser," dit Rose et je dus mettre ma main sur ma bouche pour ne pas rire.
"Eddie !" cria Emmett : "Ne viens pas pleurer quand tu auras des engelures sur ta kékette ! Si tu veux déconner, fais-le à l'intérieur, mec !"
Edward gémit, son visage devenant rouge vif avant de l'enfouir dans son manteau.
"Hé," je le poussai et chuchotai, "Tu veux t'amuser ?"
"Définis s'amuser," répondit Edward.
"Fais comme moi, d'accord ?" dis-je, en pouffant de rire. Je ne pouvais pas croire que j'allais faire ce que j'allais faire. Respirant profondément et mettant mes mains vers mon visage dans un mouvement calmant, je dis :"Oh, Edward, ça fait du bien," je gémis, m'assurant que c'était assez fort pour que les autres puissent entendre, à peine le dernier mot était sorti que j'éclatais en rires embarrassés, étouffés par mes mitaines.
La mâchoire d'Edward se décrocha en état de choc avant qu'il n'enfouisse son visage dans la neige, ses épaules tremblantes et riant silencieusement. Je lui donnai un coup exaspéré et lui demandai de m'aider.
"Hum, Bella, ouais, juste comme ça," gémit-il bruyamment.
"Mec, t'as entendu ça ?" fit Emmett et on s'effondra ensemble pour garder notre sang-froid.
"Ouais, mec, d'où ça vient ?" demanda Jasper. Ils étaient encore assez loin, alors nous décidâmes de continuer à les attirer un peu plus.
"Oh, mon Dieu, oui !" haletai-je, plus fort et Edward me soutint avec des gémissements exagérés.
"Bébé, c'est incroyable, continue à faire ça," cria Edward prenant les boules de neige et se préparant à bondir alors que nous entendions les pas qui se rapprochaient. Nous les entendîmes chuchoter en essayant de nous surprendre.
Edward compta un, deux, trois sur ses doigts et nous surgîmes de la neige, les bombardant. Bientôt, nous fûmes engagés dans une guerre.
Il n'y avait pas d'équipe, c'était chacun pour soi. La guerre mena directement aux luges et Alice en prit une et descendit la colline pour échapper à l'attaque d'Emmett. Emmett la suivit tout de suite après, se plaignant qu'elle trichait et en exigeant qu'ils reviennent au sommet pour recommencer la course. Je ne sais pas combien de fois nous grimpâmes la colline pour redescendre, parfois seuls, parfois par deux, une fois nous étions cinq sur une luge. Je revins au sommet après une course avec les filles pour trouver Edward allongé sur le ventre sur une luge, me faisant signe de le rejoindre.
"Monte, Swan", dit-il.
"Edward, je ne vais pas m'assoir sur toi."
"Non, ne t'assieds pas, tu t'allonges comme moi."
"Quoi ? Tu as perdu la tête !" Je me mis à rire.
"Je le pense vraiment ! Crois-moi, tu dois essayer le Superman."
Je roulai des yeux, descendant doucement sur lui, mon estomac se pressant sur son dos et je m'agrippai à ses épaules.
"Ok, quand on y va, tends tes mains comme ça," dit-il, étendant les bras vers l'extérieur. "Prête ?"
Je hochai la tête et il dut le sentir parce que, il nous poussa pour nous faire dévaler la colline. Au début, je restai comme j'étais, agrippée à lui. "Allez Bella, mets tes bras dehors !" Je fis ce qu'il me dit, ressentant une légère poussée d'adrénaline en descendant la colline de plus en plus vite.
Alors que nous arrivions à la fin, notre luge heurta une bosse, nous envoyant tous les deux dans la neige dans un mélange de rires.
Nous restâmes là à souffler et vîmes que les autres étaient en train de remonter.
"Hé," chuchota Edward, "Tu veux voir quelque chose ?"
"Bien sûr," je haussai les épaules.
"Viens ici, nous devons nous dépêcher pendant qu'ils sont distraits ou ils verront…" dit-il, en saisissant ma main avec empressement et me tirant vers le bas de la colline avec lui. Edward me tenait la main, me conduisant vers un bosquet d'arbres. Le terrain était en pente et à une trentaine de mètres, il y avait une légère alcôve, comme une petite cavité en forme de grotte dans la neige. Edward me lâcha la main et commença à creuser la neige et je l'aidai pendant quelques minutes, nous avions creusé un trou assez grand. Nous étions complètement cachés de tout, le seul signe de notre emplacement à l'extérieur était un trou juste assez grand pour qu'Edward puisse se faufiler en rampant. Nous y entrâmes nous cognant un peu.
"Nous venions ici quand nous étions enfants," me dit-il en nous blottissant l'un contre l'autre, les visages proches et les jambes entrelacées dans le petit espace, la lumière était tamisée car elle était principalement bloquée par la neige. "Je me suis souvent caché ici. Emmett et Alice ont toujours été si bruyants. Parfois, j'avais juste envie de partir où je pouvais être seul pendant un moment. C'est suffisamment enfoncé, on ne peut pas être vus depuis l'autre côté du champ et on est toujours caché par les bosquets, ils n'ont jamais trouvé exactement où j'étais."
"Je suis sûre que c'était utile."
"Ouais, jusqu'à ce qu'une fois, j'ai accidentellement fait une sieste ici et je me suis réveillé aux cris de mes parents qui me cherchaient. Maman m'a grondé de lui avoir fait si peur… et était pratiquement en train de m'étrangler en me câlinant en même temps," dit-il en riant, en racontant et je ris avec lui, imaginant parfaitement la scène.
"Ta mère est vraiment géniale."
"Elle a dit que vous aviez passé du temps ensemble. Elle ne m'a rien raconté," se dépêcha-t-il de dire quand je rougis. "Je suis content que vous vous entendiez si bien. Et tu peux lui parler."
"Moi aussi," dis-je doucement.
"Elle tient vraiment à toi, Bella. Nous le faisons tous," dit-il sérieusement, ses yeux m'implorant de le croire.
"Moi aussi, je tiens à toi," lui dis-je doucement, puis en le regardant dans les yeux, clarifias, "Vous tous".
Mon cœur se mit à battre quand je réalisai que c'était ça. Il n'y avait que lui et moi, personne d'autre et il n'y n'aurait jamais de meilleur moment. Prenant une grande respiration et rassemblant chaque morceau de courage que je possédais, je le regardai intensément dans les yeux et lui demandai : "Edward, sortirais-tu avec moi ? Comme avoir un rendez-vous ?"
Je me mordis la lèvre en attendant sa réponse, doutant que les mots soient enfin sortis. Il me tendit la main, tirant la lèvre de mes dents avec son pouce et frottant doucement tout en souriant.
"Je pensais que tu ne demanderais jamais."
…
*The Princess Bride '1987 un jeune garçon malade au lit écoute son grand-père lui lire une histoire de princesse et de vengeance.
*Miracle," (2004) histoire vraie du parcours de l'équipe de hockey sur glace des USA aux JO de 1980'
*première base." Par analogie au baseball… qui ne dépasse pas un baiser chaste.
