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CHAPITRE 8
Ne réfléchis pas, saute !
Oh mon Dieu. Oh mon Dieu. S'il te plait ne me laisse pas hyperventiler et m'évanouir avant même qu'il n'arrive ici.
C'était vendredi soir, je faisais les cent pas au point qu'Alice commençait à s'inquiéter que j'use mon parquet. Avec Rose elles étaient venues plus tôt pour m'aider à me préparer, du moins c'est ce qu'elles avaient dit. Je pense vraiment qu'elles étaient venues pour essayer de me calmer. Depuis mon réveil ce matin j'étais complètement paniquée. Edward avait un entrainement tôt le matin et nous n'avions pas pu nous voir pour notre entrainement commun mais il m'avait envoyé un texto à l'heure à laquelle nous le faisions habituellement.
Il me tarde d'être à ce soir, ma Belle. –E
Oh seigneur comment allais-je vivre avec ça ? Mais que fallait-il faire pendant un rendez-vous ? Etais-je censée agir différemment ? Attendait-il quelque chose de moi ? Devrais-je porter une robe ? Peut-être que je devrais prendre d'autres bonbons à la menthe au cas où…
Depuis que j'avais demandé à Edward de sortir j'étais arrivée à me contenir… extérieurement. Je ne laissais voir à personne combien j'étais nerveuse et je ne m'étais que légèrement laissée aller en privé. J'avais même réussi à agir normalement avec lui pendant nos séances d'entrainement. Pourtant j'étais dans la tourmente alors que je faisais les courses la semaine dernière. J'étais même allée jusqu'à la librairie et avait fouillé dans les revues. J'étais partie avec le dernier numéro de Cosmopolitan, contenant des articles comme 100 questions d'amour, 20 réponses à toutes vos questions sur les relations et qu'attend-il de sa petite-amie, avez-vous ces 9 traits surprenants ? Ainsi que le honteusement intitulé Rencontre pour les nuls. Je gardai celui-là bien caché sous le matelas, je ne le sortais que lorsque j'étais couchée avec la porte fermée.
Malgré ces lectures j'étais extrêmement nerveuse. Il semblait y avoir beaucoup d'enjeux pour cette soirée. Alice et Rose étaient toutes les deux tellement excitées quand je leur avais dit qu'Edward et moi allions à un rendez-vous. Elle avait tellement crié que mes oreilles avaient sifflé pour le reste de la journée. Jasper et Emmett étaient moins bruyants mais ils avaient quand même fait quelques commentaires du genre "il était temps !"
Et Edward. Près de moi il agissait tout à fait normalement mais dès la mention de l'événement, il avait l'air excité comme un petit garçon qui sait que son anniversaire arrive dans quelques jours. Et si cette soirée était un désastre complet ? Je ne supporterai pas de les décevoir. Je ne voulais pas que ce soit un échec, pas ça.
Il avait refusé de me dire quoi que ce soit sur ce que nous allions faire, juste d'être prête à sept heures et de m'habiller décontracté. Bien sûr mon idée de décontracté était bien différente de celle d'Alice mais je réussis à m'en sortir avec un jeans et un t-shirt même s'il avait fallu que j'y ajoute un cardigan bleu. Les talons de sept centimètres que j'avais acceptés de porter faisaient du bruit sur le plancher alors que j'arpentais la pièce en me demandant encore une fois pourquoi je pensais pouvoir faire ça.
En passant devant le miroir dans l'entrée principale j'essayais de me regarder objectivement. Alice avait bouclé mes cheveux pour qu'ils tombent en vagues dans mon dos. Pas beaucoup de maquillage, j'avais rehaussé mes yeux avec une ombre et un mascara léger. En fait la fille dans le miroir était plutôt jolie, le bleu de son pull faisait ressortir la pâleur de sa peau et le brun de ses cheveux. Je décrétai qu'Alice était un génie. C'était toujours moi, juste une version plus apprêtée. Tant de fois j'avais été maquillée, pour les compétitions ou les séances photos, je me sentais complètement fausse, me cachant sous du lourd… mais pas cette fois.
Ce soir j'étais Bella. Et pour une fois Bella se sentait belle.
J'étais tellement perdue dans mes pensées que lorsqu'il frappa à la porte, je sursautai. Mes pieds s'emmêlèrent quand je pivotais vers la porte et je tombai sur mes fesses avec un bruit sourd si fort que je craignis qu'il soit entendu de l'autre côté de la porte. Je laissai échapper un gémissement d'irritation devant la trahison de mon propre corps et faisant une brève prière en souhaitant que ce soit le seul truc désagréable qui m'arrive ce soir, je me relevai, époussetai mon pantalon et me dirigeai vers la porte.
Il est temps d'affronter la réalité Bella.
Je pris une profonde inspiration, la retenant dix secondes puis expirai, me débarrassant de ma nervosité tout en faisant un geste de calme avec mes mains comme je le faisais à chaque fois que j'étais nerveuse avant de patiner. J'ouvris la porte, mon sourire en place et semblant plus calme et plus confiante que je ne l'étais en réalité.
Et je me souvins exactement de pourquoi je voulais faire ça. Parce que c'était Edward et quand il me regarda avec son sourire en coin, je sentis que je pouvais tout affronter.
"Hé," me salua-t-il, de l'amusement pétillait dans ses yeux.
"Salut," répondis-je timidement, mon sourire forcé se transformant en véritable sourire alors que je m'accrochai à la porte pour ne pas tomber, que ce soit à cause de mes chaussures ou à cause de son sourire qui rendaient mes genoux tous mous.
"Tu vas bien ? C'est un sacré bruit que je viens d'entendre," dit-il et je reculai, levant les yeux au ciel, en maudissant ma maladresse.
"Tu ne pouvais simplement faire comme si tu n'avais rien remarqué ? Ouais je vais bien," l'assurai-je, en me déplaçant légèrement pour aller prendre mon sac.
"Attends juste une minute," m'arrêta-t-il, il fit un pas en avant et tendit la main avant que je puisse aller trop loin. "Tourne-toi que je puisse vérifier par moi-même."
"Tu es sérieux ?"
"Complètement, Swan. Tu pourrais être blessée et ce n'est pas vraiment comme ça que je voudrais commencer ce rendez-vous," déclara-t-il gravement. "Allez tourne-toi et laisse-moi faire une rapide inspection." Il fit un mouvement tourbillonnant avec son doigt et je soufflai, tournant rapidement sur moi-même et le regardant dans l'expectative quand j'eus fini.
"C'est bien ce que je pensais," dit-il doucement. "Tu n'es pas bien. Tu es magnifique."
Je voulais rougir et faire un commentaire sarcastique à propos de son exagération mais j'avais déjà accepté de sortir avec lui, alors je laissai tomber. Cet éclat dans ses yeux était si sincère que tout ce que je pus faire était un soupir et un tranquille "Merci."
Je pus enfin reculer pour le voir vraiment, mes yeux glissant sur son corps jusqu'à ses longes jambes cachées par un jeans noir délavé, une chemise bleu clair dont il avait roulé les manches pour dévoiler des avant-bras toniques, ouverte sur un t-shirt gris moulant qui se soulevait à chacune de ses respirations. Il s'était fraîchement rasé et ses cheveux étaient dans un merveilleux désordre bien qu'il semble qu'il avait essayé de les apprivoiser un peu plus que d'habitude. Je voulais passer mes doigts dedans pour les ramener à la normale.
Devrais-je lui retourner le compliment et lui dire combien il était beau ? Il l'était. Peut-on dire à un homme qu'il est beau ? Aiment-ils ça ? Peut-être préfèrent-ils superbes ou torrides. Au lieu de parler et de dire la mauvaise chose j'évitais le sujet.
"Qu'est-ce que c'est dans le sac ?" demandai-je, en apercevant un petit sac marron dans sa main, presque caché derrière lui.
"Ah ça ?" dit-il en plongeant sa main dedans pour sortir un bouquet de tulipes, "C'est pour toi."
Je voulais m'évanouir. Je voulais crier de joie comme les filles savaient le faire. Je voulais le serrer dans mes bras.
Je ne pouvais rien faire à part rester là, à le regarder bouche bée, ayant complètement perdu tous mes mots. Les fleurs étaient magnifiques, un bouquet éblouissant de boutons colorés tenus ensemble par un ruban bleu. Et l'homme qui les tenait était encore plus à couper le souffle que chaque simple bouton parfait.
"Tu n'aimes pas les tulipes ? Je savais que j'aurais dû choisir autre chose mais j'ai vu celles-là et je sais comment tu as été cette semaine avec le temps dehors et j'ai pensé que tu apprécierais un peu de printemps," finit-il mélancoliquement sa main encore tendue pour me donner le bouquet.
Juste au moment où je pensais qu'il ne pouvait pas être plus parfait, il m'apporte un arc-en-ciel de fleurs pour illuminer mon ciel sombre.
Ouvre la bouche pour dire quelque chose, espèce d'imbécile !
"Non elles sont adorables, elles sont très belles," soupirai-je, me laissant respirer leur parfum pendant un instant. En regardant par-dessus le bouquet je fus soulagée de voir son sourire ravi. "Laisse-moi un instant pour les mettre dans l'eau," dis-je, avant de retourner dans la cuisine pour attraper… merde.
"Je crois que je n'ai rien pour les mettre…" commençai-je pour voir Edward dans la cuisine qui amenait un simple vase en verre. Je rigolai et le lui pris.
"Tu as été scout ou quoi ?"
"Il faut toujours être prêt," fit-il sérieusement, appuyé contre le chambranle de façon décontractée, il semblait toujours être ainsi.
Je pris un petit moment pour arranger les fleurs, caressant les pétales soyeux en les plaçant avec amour dans le vase. J'avais déjà reçu des fleurs auparavant - des centaines en fait - mais aucun des arrangements élaborés, exotique ou élégant ne ressemblait à la beauté de ce bouquet simple qui ornait maintenant le comptoir de ma cuisine.
"Tu es prête ?" demanda-t-il, en se balançant un peu sur ses talons.
"Tu ne vas pas me dire ce que nous allons faire ?" m'enquis-je, en ouvrant le placard pour prendre ma veste.
"Non, tu as juste à t'asseoir et attendre d'avoir la surprise."
"Ce doit être le bon moment pour te dire que… je déteste les surprises."
"Ça me parait évident que tu n'as jamais eu assez de bonnes surprises dans la vie," dit-il, en me prenant la veste et en la tenant pour que je passe mes bras dedans. Il la mit en place sur mes épaules, soulevant doucement mes cheveux et les sortant de l'encolure, les soupesant presque dans sa main pendant un moment avant de les laisser tomber dans mon dos. "Allons-y."
En chemin vers sa voiture, il m'ouvrit chaque porte, posant sa main au bas de mon dos pour me faire avancer et me prenant la main chaque fois que nous avancions.
Le fait qu'il soit si tranquille aurait dû me calmer mais ça avait exactement l'effet contraire et je ne pense pas avoir dit plus de trois mots pendant le trajet qui nous conduisait je ne sais trop où.
Cet homme m'avait acheté des fleurs, trouvé le vase au cas où je n'en aurais pas. C'était un parfait gentleman, il m'avait aidé avec ma veste, m'avait ouvert les portes et il n'avait probablement pas lu Rendez-vous pour les nuls, avant de faire tout ça. Tout semblait naturel pour lui, il n'y avait pas de pause étrange avant qu'il se souvienne qu'il pouvait faire ces choses, il les faisait sans y penser. Alors que moi j'avais besoin de réfléchir à tout dans le détail, quasiment incapable d'ouvrir la bouche en me demandant quelle était la bonne chose à dire.
"Ça y est, nous y sommes," dit-il, me sortant de ma petite bulle d'anxiété.
"Oh d'accord," crachai-je, détachant rapidement ma ceinture de sécurité et cherchant la poignée de la portière.
"Attends," dit-il, en posant sa main sur la mienne par-dessus la console centrale. "Attends juste une seconde d'accord?" Il attendit que j'enlève ma main de la poignée et acquiesce avant de sortir de la voiture, courant presque pour faire le tour, m'ouvrir la portière et m'aider. Dès que nous fûmes sur le trottoir, je mis mes mains dans mes poches et ne sus plus quoi faire. C'était comme quand nous nous étions rencontrés la première fois à l'aéroport. Je voulais le toucher mais je ne savais pas ce qui était approprié ou si j'allais paraître collante.
"Est-ce que ça va ? Tu es vraiment très calme," demanda Edward, en avançant pour se mettre face à moi et me protéger du vent.
"Oui ça va," répondis-je, mais je n'arrivais pas à parler plus fort qu'un simple murmure.
"Bella," dit-il, le ton de sa voix m'informant qu'il n'allait pas laisser ça ainsi jusqu'à ce que je lui dise la vérité.
"C'est que je n'ai jamais fait ça. Aller à un rendez-vous," marmonnai-je, en regardant mes pieds.
"C'est ça le problème, Bella ?" dit-il, semblant un peu exaspéré et je tressaillis légèrement. Il se dépêcha, "Pas le fait que tu ne sois pas sortie avec quelqu'un, ce qui t'inquiète c'est le fait que ce soit un "rendez-vous". Bella regarde-moi, veux-tu ?" implora-t-il, en soulevant doucement mon menton pour que nos regards se croisent. "C'est moi tout simplement et rien ne doit être différent des autres fois où nous étions ensemble. Ne laisse pas ces petits mots te rendre nerveuse."
"D'accord," dis-je après un moment, relâchant mes épaules et tendant la main pour toucher la sienne qui était à mon menton. "Je suis désolée d'être si idiote."
"Hé ne t'excuse pas. Profite simplement. Euh tu n'as pas à…" bégaya-t-il, enlevant sa main et perdant tout contact avec moi. "Profite. Je veux dire amuse-toi mais ça ne veut pas dire…"
"Edward," le coupai-je, en posant un doigt sur ses lèvres. "J'aime passer du temps avec toi." Il sourit et j'enlevai ma main doucement, touchant l'endroit où mon pouce avait touché ses lèvres pour tenter simplement de l'absorber.
"On peut… ?" demanda-t-il, en m'offrant sa main et en la serrant doucement quand je la glissai dans la sienne. Nous marchâmes dans un silence agréable, il n'y avait que le bruit du vent dans les arbres nus. Je n'avais pas remarqué quand nous nous étions garés mais en regardant je vis que nous étions dans une zone résidentielle.
"Où sommes-nous ?" demandai-je, un peu perdue quant à savoir où nous allions.
"Tu verras. On y est presque."
"Tu vas m'amener dans un sous-sol et me torturer, pas vrai ?"
"Aussi amusant que ça puisse paraître, je préfère garder la chambre de torture pour le troisième rendez-vous."
En approchant de la fin du pâté de maisons, le bruit augmenta un peu et des voitures passaient dans la rue en face. Nous tournâmes au coin et il y avait là des devantures, Edward tira sur ma main, faisant un geste de la tête vers la première porte alors que je passai à côté.
M'appuyant sur lui, j'essayai de lire le panneau et réussis à distinguer Le Nook sur la porte pendant qu'Edward me poussait à l'intérieur. L'endroit était bondé, le restaurant était assez petit, offrant ce qui ne pouvait pas dépasser une douzaine de tables et quelques tabourets le long du bar. Les gens étaient entassés contre le bar en attendant leur tour pour avoir une table et je me préparai à m'installer pour une longue attente. Edward ne s'arrêta même pas, gardant ma main fermement dans la sienne en traversant la foule.
"Edward qu'est-ce que tu fais ? Ne devrions-nous pas attendre à la porte ?"
"Pas nécessairement," répondit-il, levant la main pour saluer un homme qui travaillait au bar, pendant que nous passions devant lui, "J'ai des relations." Il me fit un clin d'œil et me conduisit jusqu'à l'arrière du restaurant. Il n'y avait qu'une seule petite table alignée contre le mur, le reste de la pièce étant occupé par un jeu de fléchettes, une table de billard et quelques jeux d'arcade. Contrairement aux autres tables où il n'y avait que des serviettes et du ketchup, celle-ci avait un petit vase plein de bourgeons multicolores de gerberas, une bougie avec une lumière vacillante et une carte 'Réservé'.
Je m'arrêtai devant l'une des chaises, me retournant pour regarder Edward avec un regard amusé et confus.
"Quelque chose me dit que cet endroit ne prend pas de réservations."
"J'ai toujours pensé que tu étais un bonne observatrice, Swan," s'exclama-t-il, venant derrière moi pour enlever mon manteau. Il le mit sur le dossier de ma chaise et s'installa en face.
"Utilises-tu toujours ton statut de vedette pour impressionner les dames ?"
"Es-tu en train de dire que tu es impressionnée ?" riposta-t-il. "Non, en fait, je suis allé au lycée avec l'un des propriétaires. Son père avait cet endroit et le lui a transmis il y a quelques années."
"Ah, je vois. Relations,'' dis-je, en mimant les guillemets avant de prendre le menu.
"Tu n'as pas besoin de ça," dit Edward et je le regardai intriguée. "Tu veux un Juteux Nookie."
"Un quoi ?" demandai-je un peu abasourdie.
"Fais-moi confiance, s'il te plaît ?"
Je haussai les épaules et suivis sa recommandation lorsque le serveur arriva un moment plus tard.
"Je pense que tu voulais juste que je dise Nookie," le taquinai-je en me penchant en avant, mes bras posés sur la table pour qu'il m'entende mieux vu le bourdonnement dans le restaurant.
"Eh bien, il y a de ça," sourit-il, en se rapprochant, posant ses avant-bras sur la table et jouant avec mes doigts.
"Je suppose que tu viens souvent ici ?"
"Presque chaque semaine. Emmett et moi avions l'habitude de venir ici après l'entraînement pour récupérer toutes les calories qu'on venait de brûler sur la glace."
"Avez-vous déjà joué dans différentes équipes ?" demandai-je, déconcertée quand il saisit ma chaise, me tirant autour de la table à côté de lui.
"Je ne t'entends pas," expliqua-t-il, avec un sourire innocent à mon regard interrogateur.
"Tu aurais pu me demander de parler plus fort, tu sais."
"J'aurais pu, c'était une solution plus efficace. Maintenant, je t'entends parfaitement et je vais faire ça en même temps," dit-il, en enroulant son bras autour de mon épaule et en me serrant contre lui. Je n'essayai même pas de retenir le sourire étourdi qui s'empara de mon visage pendant que ses doigts jouaient avec désinvolture avec les pointes de mes cheveux. "Quelle était la question ?"
Je dus me creuser le cerveau pendant un moment, chaque pensée s'étant envolée à la sensation de son bras sur moi. "Oh, c'est vrai, est-ce qu'Emmett et toi avez déjà joué dans des équipes différentes ?"
"Quand nous étions vraiment jeunes et que les âges nous séparaient," dit-il, revenant à une conversation simple. "Mais nous n'avons jamais eu à jouer dans des équipes adverses. J'ai toujours pensé que ce serait bizarre si l'un de nous était vendu à une autre équipe un jour et qu'on doive s'affronter."
"Ce serait un match intéressant. Cullen contre Cullen."
"Je pense que ma mère exploserait si elle devait essayer d'encourager les deux côtés."
"Elle est hilarante. Vous l'entendez vraiment ?"
"Parfois. Cela dépend du niveau sonore du reste de la foule et de la distance qui me sépare sur la glace mais pas mal de fois, ouais. J'ai remarqué que tu as fait comme elle la dernière fois."
"Ce type était un crétin… essayer d'accrocher ton poignet comme ça ! Il aurait dû aller directement au banc des punitions, c'était un coup bas !" répondis-je, en m'asseyant pour pouvoir le regarder, un soupçon de la ferveur que j'avais ressentie à ce moment-là s'infiltrait dans ma voix. Il rit de tout son cœur et appuya ma tête contre son épaule.
"Tu sais, tu es sexy quand tu râles," murmura-t-il, en tournant son visage de façon que sa voix rauque chuchote directement dans mon oreille.
Je frissonnai un peu en sentant son nez frôler légèrement le lobe de mon oreille. Mes yeux se fermèrent et je me souvins de ce premier jour à l'aéroport où j'étais remplie de l'envie de tout simplement me blottir contre sa joue. Même si la barbe n'était pas présente, j'ai quand même pensé que c'était assez séduisant. En bougeant à peine, je me nichai sous son bras, ma tête s'insérant dans l'espace comme dans un moule.
Le monde disparut alors que je le sentis plus que je ne l'entendis soupirer contre moi, nous nous contentions tous les deux de nous serrer l'un contre l'autre, tranquillement et sans bouger. Il me tenait pendant que je le tenais et c'était parfait.
Je ne pus m'empêcher de renifler subtilement le col de sa chemise, d'inhaler l'odeur qui était tout lui... légèrement musquée, avec des notes persistantes d'assouplissant et de savon, et complètement enivrant.
"Nous voilà, un double Nookie," dit le serveur, posant des paniers de nourriture devant nous et éclatant notre bulle. Je haletai un peu, en me secouant la tête comme si je me réveillai soudainement d'un rêve, un peu étourdie et ne comprenant pas tout à fait où je me trouvais.
"Hey !" protesta Edward, quand je ramenai ma chaise à son emplacement d'origine, "Où crois-tu aller ?"
"A ma place ?"
"Qu'est-ce qui ne va pas avec ta situation actuelle ?"
"Je ne sais pas, tu me donneras probablement un coup de coude quand tu mangeras ton Nookie" taquinai-je.
"Je peux réduire ma voilure si cela signifie que tu restes près de moi," dit-il avec un clin d'œil, en tirant le panier posé de l'autre côté de la table devant moi. Je me mordis la lèvre pour m'empêcher de sourire stupidement et me tournai pour concentrer mon attention sur la nourriture plutôt que sur l'envie de ramper sur ses genoux et de m'y installer pendant dix ou vingt ans.
"Bordel de m-" je jetai un coup d'œil au panier de nourriture devant moi avant de plaquer ma main sur ma bouche. Ce n'était probablement pas très distingué de jurer lors d'un premier rendez-vous.
"Ça a l'air bon, n'est-ce pas ?"
"Ça a l'air d'une crise cardiaque tapie dans un coin," répondis-je avec horreur, en tenant le panier plus près de mon visage pour inspecter son contenu.
"Mais quelle façon d'y aller ! Tu essaies une bouchée et dis-moi que ça n'en vaut pas la peine !" me défia-t-il en me donnant quelques serviettes avant d'en poser une sur ses genoux.
Le regardant d'un air un peu incertain, je lui demandai : "Alors, qu'est-ce qui en fait exactement un "Juteux Nookie" ?
"Tout le fromage est cuit au milieu, donc quand tu mors dedans, c'est un peu comme si tu mordais dans un volcan de fromage."
"Ça a l'air ... euh, audacieux ?"
"Prends de petites bouchées au début et tu survivras, Swan," dit-il, me poussant avec son bras. Il prit son hamburger et fit un geste pour que je fasse de même.
J'hésitai, le regardant d'abord pour m'assurer que le fromage ne l'attaquait pas avant d'en prendre un peu pour tester. Il me fallut trois petites bouchées pour percer jusqu'au milieu, le fromage suintant sur les frites dans le panier. La première bonne bouchée que j'ai prise était étonnante, pain, viande et fromage chaud, fondant sur ma langue dans une délicieuse combinaison.
"Oh mon Dieu !" gémis-je.
"Tu vois ?" sourit-il, en prenant une autre bouchée.
"C'est délicieux," réussis-je à dire, entre deux bouchées enthousiastes de mon hamburger. "C'est une bonne chose que je ne sois pas une patineuse en couple, mon partenaire te tuerait."
"S'il te plaît, Bella, tu pèses pratiquement moins que mes patins de hockey..."
Je roulai des yeux un peu mais je me laissai aller à la légère lueur d'un plaisir vain. J'étais tout à fait consciente du fait que je n'étais pas du tout hors forme mais il m'avait toujours semblé que peu importe l'effort que j'avais fait à propos de ma nutrition ou à la salle de gym, rien n'avait été assez pour satisfaire Renée.
Ça avait toujours été : "Ne mange pas ça, Bella, tu ne pourras jamais lever ton cul en l'air si tu ne gardes pas ton poids " ou "tu feras mieux d'ajouter un ou deux kilomètres, tu es un peu rondouillarde aujourd'hui." Je n'avais pas besoin qu'on me dise que j'étais petite, mince ou jolie mais ça me permettait tout de même de me sentir fière de savoir que tous mes efforts pour maintenir ma forme ne passaient pas complètement inaperçus.
Nous passâmes le reste du repas à discuter sans effort. C'est comme si nous n'étions jamais à court des choses à discuter quand nous étions ensemble. Il y avait toujours une nouvelle facette à découvrir. Avant Edward je ne m'étais jamais sentie intéressante. J'avais l'impression que ma vie était consacrée au patinage et que c'est tout ce qu'il y avait pour moi.
Edward, lui voulait connaitre les livres que j'avais lus ou voulais lire, les films que j'aimais ou que je ne pouvais même pas regarder en entier. La musique était un sujet sur lequel nous pouvions débattre pendant des heures. C'était une passion pour nous deux et nous avions des goûts très similaires. J'adorais lui parler de groupes dont il n'avait pas encore entendu parler mais qu'il aimerait, je le savais. Il était impatient d'entendre tout ce que j'étais prête à partager sur ma vie et il n'eut jamais l'air de s'ennuyer une seule fois, ses questions n'ayant jamais l'air d'être posées par politesse.
J'avais hâte d'échanger avec lui, de lui parler comme je ne l'avais jamais fait avec quelqu'un d'autre. Quand je parlai de mon patinage, ça me faisait du bien...
Je n'avais jamais l'impression de me vanter, comme je l'avais souvent ressenti lorsque je faisais des interviews ou que je parlais à quelqu'un dans le passé. Il était vraiment intéressé et dans la faible lumière je pouvais presque voir un regard plein de fierté quand je lui racontais l'histoire de certaines des plus grandes compétitions auxquelles j'avais participé.
Ma partie préférée était toujours de l'écouter parler. Ça n'avait pas d'importance s'il riait à cause des souvenirs de sa famille ou de défendre avec passion le travail de F. Scott Fitzgerald dont je méprisais les livres et qu'il a énumérés parmi ses préférés, la cadence de sa voix était comme une sorte de berceuse pour moi, apaisant chaque rebord rugueux de mon âme en un contentement complet. Je voulais juste l'enregistrer en train de parler pour pouvoir m'endormir au son de sa voix de velours tous les soirs.
Avant que je ne m'en rende compte, notre nourriture avait disparu, les paniers vides depuis longtemps, poussés plus loin sur la table pour que nous puissions nous pencher au-dessus, nous aventurer dans notre petit monde où personne d'autre n'existait.
Il avait la tête appuyée sur la paume de sa main, son coude sur la table et l'autre main reposant sur mon genou sous la table. J'étais dans la même position que lui, mes doigts caressant doucement le dos de sa main, traçant la topographie des creux et des crêtes recouvertes d'une peau douce.
"Tu vas manger ça ?" demandai-je, lors d'une pause dans la conversation, en faisant des gestes vers un cornichon oublié à côté de son panier vide.
"Quoi, tu veux grignoter mon cornichon, Swan ?" fit-il, avec un plissement suggestif de son front en même temps qu'il me le passait.
Je me penchai un peu plus sur la table, en me rapprochant de lui avec des yeux langoureux. J'ouvris la bouche, en enveloppant mes lèvres autour du cornichon et en croquai une bouchée. "Mmm, savoureux," murmurai-je, lui faisant un clin d'œil insolent.
Je ne savais pas si c'était l'aisance que je ressentais en la présence d'Edward qui diminuait mes inhibitions ou si les conseils de Cosmo sur le flirt en étaient responsables mais je ne rougis même pas. Je n'avais pas de honte à flirter avec des insinuations, pas avec Edward. Je me sentais à l'aise, d'une manière confortable et séduisante en même temps.
"D'accord," dit-il, en posant sa main sur la table et en repoussant sa chaise. "Je pense que nous avons assez dîné, n'est-ce pas ? Attends ici, je dois prendre quelque chose au bar."
Edward se précipita et je gloussai devant son soudain sentiment d'urgence, en étirant mes jambes un peu. Il revint moins d'une minute plus tard, s'asseyant de nouveau et glissant une boîte enveloppée dans du papier bleu devant moi.
"Edward, tu ne peux pas m'offrir de cadeaux," argumentai-je automatiquement, en repoussant la boîte devant lui, "Tu m'as déjà offert des fleurs et un dîner."
"Tu en as besoin pour la prochaine partie de notre rendez-vous. C'est le dernier, je promets," insista-t-il doucement en poussant la boîte devant moi, sa main restant dessus pour la garder là jusqu'à ce que je cède.
Je la pris, en glissant soigneusement l'ongle de mon pouce sous le ruban adhésif.
"Oh, tu fais partie de ces gens, n'est-ce pas ?" dit-il en riant. "Déchire le papier, Bella."
Je plissai le front et retournai à mon déballage minutieux, prenant encore plus de temps.
"Vu le temps que tu mets pour déballer, nous serons trop vieux pour utiliser ce qu'il y a dedans," se moqua-t-il, et je cédai, accélérant un peu mon rythme.
"Ne pense même pas à jeter ça sur moi," me prévint-il. "Je n'ai pas peur de riposter et j'ai plein de témoin dans cet endroit qui diront que c'est toi qui as commencé…" Je gloussai avant de soulever le couvercle de la boîte.
"Tu m'offres des chaussures ?" demandai-je, un peu déconcertée en voyant ce qu'il y avait là.
"Chaussures de bowling. Ou trouves-tu romantique de contracter un pied d'athlète ?" demanda-t-il, en retournant contre moi le commentaire que je lui avais fait ce jour-là au carnaval d'hiver.
"On va au bowling ?" demandai-je, en le regardant, l'idée m'excitait beaucoup plus que ce à quoi je m'attendais quand je soulevai l'une des baskets bleues nacrées pour la voir de plus près.
"En effet, Swan. Allons voir si on peut t'avoir ton premier strike."
Le bowling était juste à côté du restaurant, avec des machines pour poser les quilles et rendre les boules et des couloirs usés par des années d'utilisation.
"Ce n'est pas le plus chic mais ça marche," dit Edward, les mains maladroitement enfoncées dans ses poches alors qu'il scrutait mon visage, en essayant de déterminer ma réaction.
Il avait raison, il n'y avait pas une seule chose brillante ou nouvelle dans cet endroit et l'air était un peu moisi, à cause du manque de circulation d'air mais j'adorais. Le juke-box dans le coin était en train de brailler de vieilles chansons et le son des boules lourdes qui roulaient et s'écrasaient sur les quilles de bois était exactement comme je l'avais toujours imaginé.
"Cet endroit est génial," dis-je avec enthousiasme en serrant ma boîte à chaussures contre ma poitrine et en levant les yeux pour le voir me regarder fixement, à la recherche de quelque chose. "Quoi ?"
"Rien, je n'étais pas sûr de ce que tu pensais."
"Qu'est-ce que tu entends par là ?" demandai-je vraiment curieuse.
Il sembla un peu mal à l'aise, frottant son orteil dans un trou du tapis usé en répondant. "Ecoute tu n'es pas la seule à être un peu en dehors de ton élément ce soir Bella. Je n'ai pas vraiment fréquenté quelqu'un ces derniers temps, depuis… et bien ça fait longtemps. Et les filles, je t'ai parlé de Kate et ça n'a rien à voir avec ce soir, mais elle ne serait jamais venue dans un endroit pareil avec moi, et sûrement qu'aucune des autres non plus. Tu es si différente des autres que j'aie rencontrées, d'une bonne façon, vraiment de la meilleure des façons. Et j'ai l'impression de bien te connaitre mais il y a encore tellement de choses sur toi que j'apprends et je ne suis pas encore sûr…" il s'arrêta.
"Edward qu'est-ce qu'il y a ?" l'implorai-je, en passant légèrement le bout de mes doigts sur sa joue, essayant de faire en sorte qu'il me regarde pour que je puisse essayer de déchiffrer exactement ce qui lui passait par la tête. Il leva sa main et en recouvrit la mienne, appuyant sa joue dans ma paume.
"Bella je sais que tu as été en contact avec certaines des choses les plus raffinées de la vie, ce n'est pas comme si les athlètes de classe mondiale vivaient de sandwichs servis sur des assiettes en papier. Tu es probablement habituée aux serviettes en lin et aux hôtels étoilés et tout ce qui est de première classe, je ne pense pas que tu aies besoin de tout ça. C'est juste, je ne veux pas que tu penses que je ne peux pas te donner tout ça. J'aurai pu embaucher un chauffeur et t'emmener dans le restaurant le plus chic de la ville avec champagne et des douzaines de roses rouges mais ça ne me ressemble pas Bella. Ça…" dit-il en montrant tout ce qui nous entourait, "hamburgers gras et pistes de bowling, ça c'est moi. Je veux te donner tout ce que tu mérites et plus encore et…"
Il s'interrompit avalant difficilement et détournant à nouveau son regard du mien. Je tendis mon autre main pour prendre son visage, caressant doucement sa mâchoire jusqu'à ses oreilles ne l'incitant pas à continuer mais essayant de calmer ce qui avait provoqué cette soudaine crise d'anxiété. Il finit par me regarder de nouveau, ses mains enserrant mes poignets d'une pression douce mais ferme comme s'il essayait de m'ancrer à lui. "Et si ça ne te suffit pas ?"
J'en aurais ri s'il n'avait pas l'air si inquiet. En l'occurrence j'essayai de combattre mon incrédulité quant au fait qu'il puisse ressentir la moindre insécurité près de moi et trouver un moyen de le rassurer sur le fait qu'il n'avait pas à s'inquiéter.
"Edward," murmurai-je, la voix apaisante, mes doigts se serrant sur son visage pour l'obliger à se concentrer sur mes mots. "Ce soir a été l'une des meilleures soirées de toute ma vie, pas à cause de l'endroit où j'étais mais parce que c'était avec toi. C'est tout ce qui m'importe. Je ne vais pas discuter et prétendre que je n'ai pas eu ces choses mais je n'en ai pas besoin et honnêtement elles m'ont toujours mises mal à l'aise. J'ai préféré être ici à manger des burgers gras avec toi que manger dans le restaurant le plus chic de la planète avec quelqu'un d'autre."
Ses lèvres affichèrent un doux sourire, ses doigts glissant de mes poignets vers mes avant-bras pour attraper mes coudes, me tirant près de lui et je dus incliner ma tête pour ne pas rompre le contact visuel avec lui. "Tu es bien mieux qu'assez," murmurai-je. Ses bras se resserrèrent autour de moi, mon front s'appuyant contre sa clavicule pendant un moment avant qu'il ne recule et suggère de prendre quelques feuilles pour noter nos scores et commencer à jouer.
L'ambiance lourde avait disparu et nous revînmes aux échanges faciles que nous semblions toujours avoir quand nous pouvions être détendus et juste profiter d'être ensemble. Je le taquinai, quand plutôt que de louer une paire de chaussures pour lui, il se dirigea vers une rangée de casiers le long d'un mur, ouvrant rapidement la serrure à combinaison et en sortant un sac vert contenant une paire de chaussures noires et grises brillantes et une boule de couleur ardoise et personnalisée.
"Tu es plein de surprises," rigolai-je faisant tourner la boule dans mes mains pour lustrer son nom et le petit symbole sous les trous des doigts.
"Qu'est-ce que c'est ?" demandai-je, en le montrant en frottant la surface douce avec mon pouce.
"L'emblème de la famille," dit-il en la sortant plus en hauteur pour souligner chaque aspect du marquage. "Le lion pour le courage, la main pour la foi, la sincérité et la justice, les trèfles pour la longévité et le chevron pour la protection."
"Waouh c'est vraiment cool," dis-je, l'inspectant de plus près avant de lui sourire.
"Oui il a toujours été dans la famille. Ma grand-mère le portait en médaillon qu'elle a transmis à ma mère quand elle est morte et mon père l'a fait mettre sur le heurtoir lors de l'achat de leur première maison. Ils l'ont pris avec eux à chaque fois qu'ils ont acheté une nouvelle maison."
"Dans combien de maisons as-tu vécu ?"
"Trois, enfin deux avec mes parents et celle dans laquelle je suis maintenant. Ils ont déménagé une fois avant ma naissance et puis à nouveau quand j'avais six ans, ils sont encore dans cette maison d'ailleurs. C'est à peu près la seule dont je me souvienne."
"Ça doit être sympa cette continuité," dis-je.
"Oui. Je suis content qu'ils soient encore ici, qu'ils n'aient pas déménagé pour une maison plus petite quand nous nous sommes dispersés. C'est juste la maison de famille, tu sais ?"
Je hochai la tête bien que je ne sache pas vraiment. Je pouvais imaginer.
"Alors comment ça marche exactement le bowling ? On fait simplement rouler la boule en essayant de renverser le plus de quilles, c'est ça ?"
"A peu près. C'est un peu plus nuancé que ça, Swan," dit-il, tirant ma main pour aller à notre couloir, posant notre feuille de match sur la table inclinée et inscrivant nos noms avec un crayon pendant que je parcourrai les étagères pour choisir une boule de la bonne taille et du bon poids, finissant par en prendre une bleu clair et blanche juste parce qu'elle était jolie et assortie aux chaussures qu'il m'avait offertes. Une fois lacées elles allaient parfaitement. Je n'aurai pas dû en être surprise, Alice était sa sœur après tout et c'était impossible qu'elle ne soit pas au courant de ses projets pour ce soir bien qu'elle ne m'ait absolument rien dit.
Il avait pensé à tous les détails, y compris à des chaussures pour moi. Je levai les yeux au ciel me souvenant de ses mots d'incertitude concernant la soirée. Personne n'avait jamais pensé à passer autant de temps avec moi. Comment pourrai-je penser que ce rendez-vous n'était pas juste parfait ?
Une fois que nous eûmes nos boules, Edward se tint sur la ligne avec moi, m'expliquant brièvement les règles du jeu, essayant de me montrer la technique pour faire le lancer parfait puis les choses à éviter comme lancer la boule trop haut.
Il commença, prenant position alors que je me rangeai sur le côté, fit quelques pas gracieux et relâcha la boule qui ne fit quasiment aucun bruit déviant, changeant un peu de direction puis fit tomber toutes les quilles en faisant du bruit.
"Frimeur," marmonnai-je, quand il me fit un petit sourire satisfait.
"Non, juste du talent pur, Swan."
Je roulai des yeux et récupérai ma boule sur le rail alors qu'il écrivait son score, tenant son menton dans ses mains pour me regarder lancer.
"Arrête de me regarder," ris-je, exaspérée puisque je sentais encore ses yeux sur moi.
"Je dois regarder ou tu essaieras de tricher en disant que tu as renversé plus de quilles que tu ne l'as fait," rit-il.
"Alors fixe les quilles pas moi !"
"Et si je veux te regarder ?"
"Non," je lui lançai un regard d'avertissement, gloussant un peu quand il cacha ses yeux de façon amusante, regardant à travers ses doigts.
Je tenais la boule dans ma main, laissant mon bras s'ajuster à son poids avant d'avancer et d'essayer de reproduire le mouvement qu'Edward avait fait. Ma boule ne fut pas aussi silencieuse ni aussi rapide sur la piste, elle ne resta pas sur le côté, elle resta assez droite, touchant juste à gauche et en haut, en renversant huit.
"Hey ! Pas si mal !" s'exclama-t-il, alors que je me tournai pour le regarder avec un sourire étourdi. "Tu apprends vite Swan."
Au fur et à mesure que nous avancions dans la partie je réussis à ne pas me mettre dans l'embarras n'atterrissant que trois fois dans la rigole, faisant sourire Edward de ravissement quand je jetai un regard noir aux quilles et lançai la prochaine boule avec un esprit de vengeance.
Je fis mon premier strike au septième carreau mais mon excitation fut complètement éclipsée par la joie totale que je ressentis lorsqu'Edward me souleva et me fit tourner à me donner le vertige pour célébrer ma réussite.
Après une triste performance, je me mis juste derrière Edward pour le regarder totaliser les scores. Mes cheveux tombèrent comme un rideau juste devant son visage et il me regarda avec un sourire, prenant la main que j'avais posée sur son épaule et me tirant pour m'asseoir sur le côté sur ses genoux, son bras passé autour du mien alors qu'il continuait à écrire le score, son menton posé sur le creux de mon épaule.
Nous fîmes trois parties et je devins de plus en plus compétente. Je n'aimais pas perdre même si je savais que je n'avais aucune chance de le battre. Il ne se retenait pas pour me laisser gagner comme certains auraient pu le faire, me mettant plutôt au défi de progresser et m'offrant des conseils petit à petit pour améliorer ma position. A la fin j'étais à soixante-dix points de lui et je ne puis retenir le sourire sur mon visage quand il dit qu'il faudrait qu'il m'achète ma boule bientôt alors qu'il rangeait mes chaussures dans le vestiaire avec les siennes.
Nous quittâmes le bowling peu après vingt-deux heures et Edward m'informa que nous avions encore un arrêt à faire. Cette fois nous prîmes la voiture, au son de Flightless Bird, American Mouth d'Iron & Winneen qui passait doucement par les haut-parleurs tandis que nous roulions dans les rues faiblement éclairées.
Il s'arrêta et je n'essayai même pas de descendre avant qu'il puisse m'aider. Une forte brise soufflait, nous faisant tous les deux grincer des dents, nous serrant l'un contre l'autre sur le trottoir pour tenter d'éviter le froid mordant, riant car c'est tout ce que nous pouvions faire. Dans un coin abrité nous nous dirigeâmes vers une porte, son bras me tenant toujours près de lui en riant alors que nous entrions dans la chaleur. Le vent avait ébouriffé ses cheveux et il avait vu son reflet dans la vitre, essayant frénétiquement de les remettre en ordre à nouveau.
"Non," lui dis-je doucement, arrêtant son mouvement et ébouriffant à nouveau les mèches qu'il venait de remettre en place en profitant de la sensation de la texture soyeuse sous mes doigts. "J'aime ça comme ça."
"Quoi ? Ce désordre incontrôlable ?" rigola-t-il, luttant contre mes doigts.
"Ce n'est pas du désordre," dis-je, en écartant la main pour essayer de réparer les dégâts qu'il avait causés en essayant de les remettre en ordre. "C'est sexy."
"Sexy hein ?" Il sourit et j'essayai de ne pas rougir alors que je retirai mes doigts. "Je dois dire que je j'ai un faible pour ta mine ébouriffée aussi," dit-il, en passant sa main sur toute la longueur de mes cheveux.
"Puis-je vous aider ?" demanda une fille derrière le comptoir et je me souvins que nous n'étions pas seuls. Mais en regardant autour de nous je vis que nous l'étions en quelque sorte. Nous étions les deux seules personnes à part la fille de l'autre côté du comptoir. En regardant dans la vitrine je levai les yeux vers Edward.
"Crème glacée ?"
"La meilleure."
"Tu dois bien savoir qu'on est au mois de février ? Et qu'il fait moins douze dehors ?"
"Tu ne peux pas te tromper avec Chez Izzy, Bella c'est un délice toute l'année."
Nous commandâmes nos cornets, fraise pour moi et menthe/pépites de chocolat pour lui avec une petite cuillère marquée Izzy plantée en haut. Nous nous assîmes à une table haute dans un coin, posant nos pieds au même endroit sous la table et nous léchâmes nos cornets, dans la boutique tranquille et déserte jusqu'à ce que la fille revienne de l'arrière-boutique.
Il avait raison c'était une parfaite fin de soirée, assis là nous regardant et riant, je rougis chaque fois qu'il me surprenait en train de l'observer par-dessus ma glace. Je léchai longuement sortant ma langue pour attraper ce qu'il restait au coin de ma bouche, ma mâchoire tombant un peu quand Edward tendit sa main essuyant le coin de mes lèvres puis lécha son pouce. "Hum il faudra que j'essaie la prochaine fois," dit-il avec un clin d'œil alors que j'essayai de me souvenir de respirer. On se fit virer peu de temps après et j'eus le sentiment que cette soirée touchait à sa fin.
Je ne remarquai rien de différent dans le comportement d'Edward alors que nous allions vers mon immeuble mais je pouvais sentir les papillons se mettre à danser dans mon estomac en imaginant ce qui allait arriver dans quelques minutes à peine. Il me raccompagnerait à ma porte je n'en doutais pas. Que se passerait-il alors ? Tout ce que j'avais lu ou regardé, me disait qu'un baiser était inévitable. Je ne savais pas exactement quoi ressentir à ce sujet.
Je voulais l'embrasser à nouveau. Je me souvenais de la sensation de ses lèvres contre les miennes et j'avais hâte de recommencer. Une partie de moi avait peur de paniquer à nouveau. Je commençai à m'habituer aux contacts occasionnels avec Edward mais j'étais toujours incapable de les initier moi-même à moins qu'il ne m'ait touché en premier. Etais-je prête à l'embrasser de nouveau ?
Prête ou pas, je sentais que ça allait arriver.
Il se gara sur une place visiteur face à la porte d'entrée, m'escorta à l'intérieur, monta dans l'ascenseur et m'accompagna jusqu'à ma porte. Je me sentais comme abasourdie, tout se déroulait exactement comme je l'avais imaginé. En m'arrêtant devant ma porte je la déverrouillai mais ne l'ouvris pas et je me tournai vers lui et attendis, incertaine de quoi faire ensuite.
"J'ai vraiment passé un bon moment ce soir, Bella," dit-il, en me souriant et ses yeux semblaient briller dans la douce lumière du couloir.
"Moi aussi," dis-je doucement, mordant ma lèvre d'anticipation.
Il se rapprocha, prenant ma main, celle qui ne tenait pas les clés. "Nous avons un match demain soir et je fais quelque chose avec mes parents dimanche. Tu veux peut-être qu'on fasse quelque chose lundi soir ? Juste toi et moi ?"
"Oui, ça me plairait beaucoup," dis-je avec un sourire timide. Il sourit en retour et enroula ses bras autour de moi dans une éteinte chaleureuse que je lui retournai avec empressement alors que mon cœur battait si fort que je craignais qu'il puisse le sentir même à travers deux couches de lourds manteaux.
Il se pencha légèrement, me fixa profondément dans les yeux, baissa son visage contre le mien et frotta doucement le bout de nos nez une fois, deux fois, trois fois, tandis que mon souffle se bloquait dans ma gorge à ce geste intime. Il se recula, un sourire satisfait que je ne pus m'empêcher de lui rendre.
"On se voit lundi matin," dit-il, relâchant son emprise autour de moi et prenant du recul alors que j'acquiesçai de la tête. "Bonne nuit, Bella."
"Bonsoir, Edward," répondis-je en chuchotant alors que je m'adossai contre ma porte et le regardai partir, tâtonnant pour trouver la poignée de la porte derrière mon dos et me faufilant à l'intérieur une fois qu'il eut disparu.
Je flottai pratiquement dans ma chambre, en me déchaussant, laissant tomber mon manteau par terre et me jetant contre les oreillers avec un énorme sourire sur le visage. La soirée avait été si parfaite. Il ne m'avait pas embrassée, et c'était un peu bizarre, mais son doux baiser d'esquimau ressemblait à un rêve merveilleux. En fait, j'étais un peu soulagée.
Je voulais l'embrasser a nouveau mais j'étais un peu nerveuse à l'idée de lui dire que même si j'étais prête a sortir avec lui, je n'étais pas du tout prête pour quelque chose de physique. Je n'allais pas m'en faire trop pour ça. Il m'avait montré de tant de façons différentes qu'il me trouvait attirante et qu'il voulait être avec moi, peut-être qu'il avait ses propres raisons de se retenir.
Après m'être brossé les dents et lavé le visage, je me glissai sous les couvertures et je me permis de revivre chaque moment de la soirée, des images, des sons et des contacts m'envoyèrent dans un sommeil paisible.
⁂
Le lendemain matin Alice vint frapper à ma porte, en me jetant mon sac à main et en me disant que nous étions en route pour le brunch "du matin d'après" et une séance de papotage. Apparemment, c'était comme une tradition entre Rose et elle, un moyen de décompresser après un grand événement dans leurs vies.
Elles m'emmenèrent dans une crêperie remplie de meubles anciens qui me rappelaient une vieille maison victorienne et je goûtai les meilleures crêpes à la banane de toute ma vie.
Avec des bouchées sirupeuses et des gorgées de café, je me remémorai les événements de la soirée précédente, en survolant d'abord les faits saillants, puis en plongeant dans les détails lorsqu'Alice insista pour je lui dise ce qu'elles avaient besoin d'en entendre le plus. Alternativement elles soupirèrent et poussèrent des cris quand je leur dis qu'il était arrivé avec des tulipes et en décrivant les différents endroits où il m'avait emmenée. Leur excitation atteignit son comble et j'étais à nouveau dans l'exaltation que j'avais ressentie la veille au soir.
"Alors, il t'a embrassée ?" demanda Rose à la fin de mon récit.
"Non," marmonnai-je.
"Non ? Quel imbécile !" couina Rose. "Il t'emmène à un rendez-vous merveilleux et ne t'embrasse même pas pour te dire bonne nuit ?"
"Je ne sais pas, on aurait dit qu'il voulait le faire mais il s'est retenu à la dernière seconde et m'a fait un bisou esquimau à la place."
"Aww," dit Alice, "On pourrait lui juste faire un câlinou, non ? Edward a toujours été un amour."
"Oh allez, Alice. Tu préfères vraiment te faire câliner plutôt que de te faire ravager, sauvagement, toute en sueur et sexy ?"
"Tout le monde n'aime pas des trucs torrides au premier rendez-vous, Rose," se moqua Alice, son ton ne voulait pas dire que c'était une critique, en réponse Rose fit une grimace et lui colla sur le front son sachet de sucre vide, lui montrant qu'elle ne l'avait pas pris comme une insulte.
"Sérieusement, comment arrivez-vous de parler de ça ? Ce n'est pas bizarre ?" Je posai la question qui me taraudait depuis que j'avais découvert qu'elles sortaient avec leurs frères respectifs.
"C'est une question de perspective, Bella," explique Alice," quand on papote entre filles, ce n'est pas mon frère, c'est le petit-ami de ma meilleure amie."
"Ce n'est pas à toute épreuve mais ça fonctionne plutôt bien," dit Rose.
"On était amis avant de sortir avec Emmett ou Jasper. C'était un peu gênant au début mais quand on y pense, c'est plutôt parfait, tu vois ? Qui de mieux pour sortir avec mon frère que ma meilleure amie ? Et je sais que je ne me retrouverai pas un jour avec une belle-sœur salope avec qui je ne m'entends pas."
"C'est logique, je suppose," dis-je.
"Sauf que maintenant, j'ai deux fois plus de blocage à faire," gémit Alice en me faisant un clin d'œil amical.
"Je ne pense pas que tu auras à t'inquiéter de bloquer quoi que ce soit quand il s'agira de moi, Alice."
"On ne sait jamais, Bella," dit-elle en riant, "Maman m'a toujours dit que c'était les plus calmes dont il fallait se méfier."
"Et Edward est définitivement un homme calme," convint Rose.
"Je ne parlais pas d'Edward !" dit Alice en me jetant un regard acerbe.
"Quoi ?" demandai-je.
"Toi, Bella, tu es calme. Je peux dire que tu as du feu caché sous toute cette douceur et légèreté. Mon frère ne saura jamais ce qui l'a foudroyé."
⁂
Lundi soir, Edward se présenta avec un sac bombé de nourriture chinoise et un scrabble. Nous nous allongeâmes par terre, nous piquant avec les baguettes et essayant de voir les mots de l'autre pour pouvoir tricher. De temps en temps, il me regardait avec cette expression étrange et sérieuse mais il était toujours prompt à se ressaisir quand il me voyait le regarder, en grimaçant vers moi ou en me chatouillant. A la fin de soirée, sur le pas de ma porte il se pencha suffisamment pour frotter son nez contre le mien, me faisant rire.
Mardi, j'arrivais finalement à ma première sortie en groupe chez Billy. Traîner avec le groupe en tant que couple n'était que légèrement différent qu'en tant qu'amie d'Edward. Edward était plus enclin à me toucher, drapant paresseusement son bras sur mes épaules ou enveloppant ses bras autour de moi par derrière.
Il s'empressait de lancer des regards noirs à n'importe quel mâle autre qu'Emmett et Jasper qui essayait de s'approcher de moi. Je ne l'admettrai jamais mais le fait qu'il soit si protecteur me faisait me sentir toute chaude à l'intérieur, tant qu'il se contenait. Son visage en colère était en fait assez sexy tant qu'il était dirigé contre les autres.
Au milieu de la soirée, Emmett essaya de m'apprendre l'art des fléchettes quand Alice cria de l'autre côté de la table où nous avions installé notre campement juste à côté de la cible.
"Oh mon Dieu, Bella, j'avais complètement oublié ! Tu dois faire le grand saut avec nous ce week-end !"
"De quoi parle-t-elle ?" murmurai-je à l'oreille d'Emmett quand nous nous approchâmes de la table.
"Plongeon de l'ours polaire, Babybel. Tu vas le faire !"
"Je ne ferai rien tant que tu ne m'auras pas dit ce que c'est."
"C'est un événement caritatif pour récolter des fonds pour les Jeux Olympiques Spéciaux," me dit Jasper.
"Nous l'avons fait ces deux dernières années, c'est génial, Bella," dit Alice.
"Qu'est-ce qu'un "plongeon" implique exactement ?" demandai-je, toujours sceptique.
"C'est au lac Calhoun. Ils creusent un grand trou dans la glace et les gens sautent dedans, habituellement en équipe," dit-elle et haussa les épaules comme si c'était une chose normale.
"Quoi ? Vous voulez aller sauter dans un lac gelé en février, vous êtes fous ? Je veux dire, vous trois, vous êtes des indigènes fous," dis-je en désignant les frères et sœur Cullen, "mais vous deux Vous êtes du Texas pour l'amour de Dieu, à quoi pensez-vous ?"
"Oh allez, Bella, c'est amusant. De plus, c'est pour une bonne cause," dit Rose. "Et on est déjà en mars." Je roulai un peu des yeux, comme si une poignée de jours pouvait faire une différence quand le lac serait aussi froid qu'il y a deux semaines.
"Oui, Bella, tu es une olympienne. Tu ne veux pas aider tes camarades athlètes ?"
"Jolie tentative de culpabilisation, Alice. Je peux soutenir mes camarades athlètes tout en restant au chaud et au sec, merci beaucoup," dis-je.
"S'il te plaît, Bella ?" Elle me fit sa moue avec les yeux de chiot.
"C'est un de ces moments de pression des pairs dont tout le monde parle, n'est-ce pas ? Tu sais, 'Si tes amis veulent tous sauter dans un lac gelé, tu le ferais aussi '?"
"Je sauterai juste à côté de toi," offrit Edward, en glissant son bras autour de ma taille, ses doigts me serrant la hanche. Tout autour de moi, des visages me suppliaient et je sentais ma détermination s'effriter.
"Argh, très bien. Je ne veux pas en parler, je sens l'hypothermie se manifester rien qu'en y pensant…" dis-je en frissonnant.
"Ne t'inquiète pas, ma belle, je te réchaufferai," promit Edward en chuchotant doucement à mon oreille.
A la fin de la soirée, Edward me retint un peu pour me dire bonne nuit pendant que les autres allaient vers la voiture. Ils partaient le lendemain matin pour un match à Toronto et reviendraient jeudi soir. Il me fit son baiser d'esquimau, s'accrochant à moi un peu plus longtemps que d'habitude, en me disant qu'il m'appellerait de la route et qu'il me verrait quand ils reviendraient en ville avant de m'accompagner vers les filles.
Bien que son geste de salut n'ait jamais été maladroit et toujours le bienvenu, j'étais complètement confuse. Chaque fois qu'Edward et moi étions ensemble, surtout seuls ensemble, je pouvais presque me noyer dans la tension sexuelle. Les choses n'ont jamais été tendues entre nous, loin de là.
Il me faisait rire plus que n'importe qui, même plus qu'Emmett. Il savait écouter mais il semblait désireux de parler aussi, ainsi ça n'a jamais semblé déséquilibré. Il trouvait toujours le moyen de me toucher ou d'être près de moi et ça ne m'a jamais mise mal à l'aise, du moins pas comme d'habitude.
L'embarras surgissait quand je me trouvais en sa présence, comme si toutes les cellules de mon corps vibraient. Mais il ne m'avait toujours pas embrassée.
Chaque fois qu'on se séparait, il me serrait dans ses bras et se penchait pour frotter son nez contre le mien. Autant j'aimais ces petits moments, je ne pouvais m'empêcher de me sentir un peu déconcertée. Bien que n'ayant pas beaucoup d'expérience dans le domaine du cœur, je savais qu'il voulait m'embrasser. C'était dans son regard chaque fois que son visage était près du mien, je pouvais voir le désir que je ressentais se refléter sur moi. Je ne doutais pas qu'il le voulait. Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi il ne le faisait pas. Je n'étais pas assez courageuse pour le lui demander et je n'avais certainement pas le courage d'initier un baiser, surtout sans savoir quelles étaient ses hésitations.
Alors, je m'inquiétais, je me mis à penser à toutes les différentes possibilités. Jeudi après-midi, alors que j'ouvrais ma porte après mon retour de la patinoire, je n'avais toujours pas trouvé de raison possible. Complètement perdue et un peu frustrée, je laissai tomber mon sac dans l'entrée en soufflant et je filai dans la cuisine pour sortir mon péché mignon d'urgence, la glace au cheesecake à la fraise.
Pourquoi ne m'embrasserait-il pas ? Il a dit que j'embrassais bien, "le meilleur baiser de ma vie", je crois que c'est ce qu'il a dit, alors quel était le problème ? Je lui avais demandé de sortir avec moi, n'est-ce pas ? Ça devrait vouloir dire quelque chose, non ?
Je fus interrompu de ma confusion par la sonnerie de mon téléphone. Le sortant de mon sac de patinage le demi-sourire qui avait commencé à se former à l'idée de parler à Edward s'effaça.
Renée.
Inutile d'agir comme un bébé et de l'éviter, Bella, me dis-je et je répondis juste avant la messagerie vocale.
"Salut, maman."
"Bonjour, Isabella. Tu étais à la patinoire ? J'ai essayé de te joindre plus tôt."
"Oui, maman, à la même heure, comme tous les jours. Je viens juste de rentrer," dis-je avec impatience en traversant la pièce pour tomber sur le canapé. Il vaudrait mieux te me mettre l'aise.
"Bien, je suis contente d'entendre que tu n'as pas complètement perdu ta discipline."
"Tu m'appelais juste pour me surveiller ou il y avait autre chose ?"
"Il y a quelque chose, en fait. As-tu pris rendez-vous avec le Dr Cullen ?"
"Il a dit avril, maman, c'est encore dans un mois."
"Je pense que tu devrais le rappeler pour voir si tu peux reprendre plus tôt. Tu as dit que ton kiné pense que tu progresses bien et que tu sembles bien patiner. Si tu peux avoir un rendez-vous rapidement et demander au Dr. Cullen de te donner carte blanche pour l'entraînement, on peut se remettre en route. Il va falloir qu'on soit très agressif si tu as l'espoir d'être en pleine forme cet automne."
"Maman, je sais que je vais devoir travailler dur mais le Dr Cullen a insisté pour que je n'en fasse pas trop ni trop tôt ou je risque de me blesser à nouveau au genou, peut-être définitivement cette fois."
"Isabella, tu as dit toi-même que tu n'éprouvais presque jamais de douleur ou d'inconfort. Cela dure depuis assez longtemps."
"Il a dit que c'était une période cruciale pour la récupération… que je retrouverai un état normal… mais que mon genou n'était pas encore assez fort pour supporter des chocs importants ou l'atterrissage de mes sauts."
"Bon ça ne peut pas faire de mal de l'appeler. Peut être changera-t-il d'avis une fois qu'il t'aura vue à nouveau."
"Peut-être," concédai-je doucement, pas que je pense que le diagnostic de Carlisle soit différent de celui de janvier mais simplement parce que je ne vois pas la nécessité de lutter contre Renée. Il faudra que je le dise à Carlisle la prochaine fois que je le verrai, il me dira la même chose et ainsi je pourrai lui répéter.
"Dans tous les cas il faut que nous commencions à parler de ce qui arrivera une fois que tu seras complètement remise."
"Qu'y-a-t-il à discuter ? Je t'ai dit que j'avais déjà parlé à Marcus et il viendra ici pour travailler avec moi," dis-je fermement, incertaine de quel était le problème.
"Oui, et je t'ai déjà dit que j'étais ennuyée que tu l'aies contacté sans me le dire."
"Mais c'est mon coach, maman. J'aurai aimé penser que tu sois contente que j'aie pris l'initiative d'aller de l'avant."
"Inutile de continuer avec ça, ce qui est fait est fait. J'ai discuté avec le futur entraîneur, Phil Dwyer et je pense qu'il va être parfait."
"Tu as parlé à un nouvel entraîneur sans me le dire ? Maman…" protestai-je avec colère.
"Isabella, Marcus est excellent mais tu as besoin du meilleur si tu veux gagner. Phil est exactement ce dont nous avons besoin pour te permettre de te remettre au top."
"Je veux Marcus. Il me connait, penses-tu vraiment que le mieux pour moi actuellement est que je doive m'adapter à un tout nouveau style d'entrainement ?"
"Oh je t'en prie quel genre de période d'ajustement faudrait-il ?" se moqua-t-elle et je pouvais juste la voir agiter la main devant mes inquiétudes. "Un entraîneur est un entraîneur, il te dit quoi régler et toi tu l'écoutes."
"Si un entraîneur est un entraîneur pourquoi pas Marcus ?" dis-je, ne me souciant pas de savoir si ça paraissait capricieux.
"Marcus est trop doux. Tu as perdu une saison entière, Isabella. Tu ne vas pas rattraper tout ce temps perdu avec Marcus qui te traite comme un bébé. Il te faut un coach qui te dise les choses telles qu'elles sont et qui te pousse à te surpasser."
"Marcus l'a toujours fait mais lui le fait en ayant conscience de mes limites."
"C'est juste ça Isabella. Tu ne peux pas te permettre d'avoir de limites, pas si tu veux l'or. Tu as regardé les Nationaux ? Tu as regardé les compétitions internationales ? Le Japon et le Canada ont dominé et tu peux parier qu'ils travaillent comme l'enfer pour être encore meilleurs pour Vancouver en février. Si tu veux rattraper leur niveau nous avons besoin de prendre des mesures drastiques pour t'y amener."
"Je ne suis pas une machine, maman, je suis un être humain. Les humains ont des limites. Tu ne peux pas appuyer sur un bouton et t'attendre à ce que sois comme tu le souhaites !" m'écriai-je, ma voix montant progressivement alors que je commençai à sentir le piège se refermer sur moi.
"Arrête ta comédie, je n'ai jamais dit ça. Mais le mieux c'est le mieux parce qu'ils savent comment te faire dépasser tes limites."
"Et c'est pour ça que je ne suis pas la meilleure d'ailleurs ? Parce que je ne veux pas me tuer pour une stupide médaille."
"D'où est-ce que ça sort Isabella ? Je n'apprécie pas du tout cette petite rébellion."
"Cette rébellion, comme tu dis provient, du fait que cette fois tu vas trop loin. Comment as-tu osé contacter un nouvel entraineur sans me demander mon avis ? C'est ma vie !"
"C'est mon travail de manager de te trouver les outils dont tu as besoin pour gagner. Phil est un outil juste comme Marcus l'a été. Considère ça comme une promotion."
Je savais qu'elle ne ferait pas machine arrière, pas sans que j'aie l'air de prendre ses conseils en considération. Avec de la résignation je marmonnai. "Bien. Je le rencontrerai. Mais seulement rencontré. Marcus reste mon entraîneur officiel et je ne reviendrai pas sur ça."
"Ah ce n'était pas si difficile, pas vrai ?" dit-elle sa voix redevant polie maintenant qu'elle ne rencontrait plus de résistance.
"Il faut que j'y aille maman. Je n'ai pas encore fait les étirements et je peux sentir mes ischio jambiers se contracter," murmurai-je, attendant à peine qu'elle me dise au revoir avant de raccrocher. Je m'étais étirée avant de partir de la patinoire mais je ne pouvais pas rester une minute de plus au téléphone avec elle. Je ne pouvais pas supporter de m'aplatir devant elle une fois de plus.
Pourquoi tout devait-il être si difficile avec elle ? Pourquoi ne pouvait-elle pas tout simplement m'écouter juste une fois ? Pourquoi ça ne faisait aucune différence ce que je voulais pour ma vie ?
A présent je pouvais voir que ce ne sont pas toutes les mères qui agissent de la sorte, comme je l'avais toujours supposé. Esmée n'était pas comme ça. Pourquoi était-il aussi facile de trouver du réconfort auprès d'Esmée alors que ma propre mère - la personne qui devrait le plus me soutenir, m'encourager, avoir de la compassion - n'arrivait tout simplement à avoir la fibre maternelle.
Etait-ce moi ? Peut-être que je l'avais amenée à ce point. Esmée ne me connaissait pas depuis assez longtemps… peut-être que ce n'est qu'une question de temps avant qu'elle et tous les autres ne commencent à ressentir la même chose.
Allongée sur le canapé de terribles larmes coulaient sur ma joue puis sur les coussins et je fixai le mur, l'air abasourdi essayant de vider ma tête. Je ne sais pas combien de temps je restai là mais il faisait complètement sombre quand j'entendis frapper à la porte. Je frottai mes mains sur mon visage, essayant de me ressaisir et allumai la lampe au bout de la table. Personne n'avait besoin de savoir que j'avais sombré.
On frappa de nouveau alors que j'étais à mi-chemin et j'entendis Edward crier : "Bella !"
En l'entendant quelque chose en moi me mit presque à genoux et je fus soudain désespérée qu'il me retienne. Que quelqu'un m'embrasse et me dise que je compte.
Je parcourus les quelques pas qu'il restait, trébuchant sur mon sac de patinage toujours posé à côté de la porte où je l'avais abandonné. J'ouvris la porte haletant son nom une fois avant de passer mes bras autour de sa taille, enfouissant mon visage dans son épaule et frissonnant de soulagement lorsque je sentis ses bras m'envelopper fermement.
"Hé qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est ce qui ne va pas Bella ?"
"Rien, tu m'as manqué," marmonnai-je, les mots étouffés par sa chemise alors que je refusais de bouger même d'un centimètre. Je tremblai mais je ne pouvais pas me contrôler. Je me sentais en sécurité, je me sentais désirée, je me sentais bienvenue. Et je ne voulais jamais perdre ça maintenant que je l'avais enfin trouvé.
"Et bien tu m'as manqué aussi mais je ne pense pas que ce soit ce que c'est," dit-il, inquiet alors qu'il entrait, ne relâchant pas sa prise, en donnant un coup de pied dans mon sac et en refermant la porte. Nous restâmes silencieux, sa main caressant mes cheveux doucement jusqu'à ce que je cesse de trembler.
Quand je repris un peu le contrôle j'essayai de me calmer en murmurant : "Je suis désolée. Je vais bien."
Il retira rapidement son manteau et enleva ses chaussures, me prit par les mains et m'amena au canapé, s'allongeant sur les coussins et m'ouvrant les bras. Je n'hésitai pas un instant, rampant sur lui pour essayer de m'approcher le plus près possible, cherchant le réconfort que son contact m'apportait toujours et m'accrochant aussi fermement que mes doigts le permettaient au tissu de sa chemise.
"Parle-moi, Bella," dit-il après une minute.
"C'est… j'ai juste parlé avec ma mère avant que tu arrives," dis-je puis je fis une pause pas vraiment sûre de quoi dire ensuite. Je savais que j'étais en colère mais pas vraiment sûre de savoir comment partager ce que je ressentais.
"Quelque chose est arrivé ?" s'enquit-il.
"Non. Bon oui et non. Elle n'écoute pas. Je lui ai dit il y a des semaines que je voulais recommencer avec mon ancien coach quand je pourrai à nouveau m'entraîner et c'est comme si ça rentrait par une oreille et sortait par l'autre. Elle en a trouvé un nouveau et elle veut que ce soit lui. Apparemment ça fait un moment qu'elle l'a rencontré pour mettre en place un plan pour quand ton père me dira que c'est bon même si je continue à lui dire que c'est Marcus qu'il me faut."
"C'est courant dans le patinage ? Je veux dire… jamais mes parents n'ont eu leur mot à dire…"
"C'est mon manager Edward," l'interrompis-je doucement.
"Quoi ?" demanda-t-il, complètement perdu.
"Ma mère est mon manager."
"TA mère ? C'est elle qui t'a faite revenir sur la glace quelques semaines après une opération majeure du genou ?" grogna-t-il, avec une voix très hostile et je pouvais presque le sentir vibrer de colère sous moi.
Je m'éloignai de lui, un peu nerveuse au ton de sa voix et ne pus répondre qu'en lui faisant un hochement de tête hésitant. Sa mâchoire était serrée je pouvais presque entendre ses dents grincer.
"C'est simplement… elle est…" bafouilla-t-il, cherchant les mots justes avant de croiser mon regard et sa colère s'adoucit. Il reposa ma tête contre son épaule, embrassant gentiment mon front et appuyant sa joue où ses lèvres m'avaient frôlé. "Je suis désolé Bella, ça m'a énervé."
"C'est Renée !" Je haussai les épaules parce que c'était vraiment la seule façon dont je savais le décrire.
"Elle a toujours été comme ça ?"
"Honnêtement, je ne sais pas. Je n'avais rien remarqué quand j'étais plus jeune. J'ai pensé que toutes les mères étaient ainsi, les mères des autres patineurs semblaient être comme ça aussi. Après Turin quand je suis rentrée à la maison avec la médaille d'argent j'ai commencé à le remarquer davantage. Elle semblait me pousser beaucoup plus fort, ses critiques étaient beaucoup plus dures et personnelles, elle n'avait jamais vraiment dit quoi que ce soit d'encourageant. Avant, elle était toujours dure avec moi mais elle savait me dire quand je faisais quelque chose de bien. Après Turin rien n'était jamais assez bien. J'ai patiné de bons programmes et à ses yeux j'étais toujours une perdante."
"Perdante ? Putain tu as eu une médaille d'argent aux JO, Bella je ne pense pas que cela puisse être considéré comme une défaite," s'écria-t-il et je ne pus m'empêcher de sourire un peu à la rancœur qu'il ressentait à ma place.
"Pour elle c'est comme ça. Ce n'était pas l'or. Pour elle, elle a tout fait bien, m'a mise en relation avec de bons coaches, embauché les bons chorégraphes, choisi la bonne musique et m'a habillé dans les bons costumes, ça doit être quelque chose que j'aie fait ou n'aie pas fait. Je n'ai pas assez flirté avec les juges, j'ai laissé ma nervosité se montrer, j'ai fait trop de pas pour la transition dans un mouvement. Tout a été passé au peigne fin. Pour elle la question d'aller à Vancouver ne s'est même pas posé et cette fois je lui donnerai ce qu'elle veut."
"Et tu as réfléchis, tu sais, à ne plus l'avoir comme manager ?"
"Quoi, la virer ?" demandai-je et il hocha la tête contre moi. "Je ne sais pas si je pourrais. Il me semble que si je le faisais il n'y aurait pas de retour en arrière possible. Je ne sais pas si je peux rejeter entièrement ma mère de ma vie, peu importe ce qu'elle a fait ou n'a pas fait pour moi."
"Bella ce n'est pas parce qu'elle ne sera plus ton manager, qu'elle n'en restera pas moins ta mère."
"Je pense que si," répondis-je honnêtement, partageant l'une de mes craintes les plus profondes pour la première fois. "Avec elle c'est exactement ce que ça veut dire."
"Pourquoi dis-tu ça ?"
"Quelquefois j'ai l'impression que c'est tout ce que je suis pour elle, sa patineuse, son billet pour le sommet. Je ne sais pas ce qui nous arriverait si ça n'était plus comme ça."
"Si elle est assez stupide pour rater tout ce que tu as à offrir, je ne pense pas qu'elle mérite sa chance."
"Je ne me suis jamais sentie comme si j'avais autre chose à offrir. Pas avant toi, eh bien, toi, Alice et tous les autres."
"Bella," murmura-t-il, repoussant mes cheveux de devant mon visage et me regardant avec une telle adoration que je sentis que mon cœur pourrait exploser.
Il se pencha un peu en avant et je fus sûre que c'était le moment. Il s'arrêta à moins d'un centimètre de mon visage, son souffle chaud contre mes lèvres, ses yeux descendant vers ma bouche puis il me regarda dans les yeux. Je vis le changement se produire, si subtil que si j'avais voulu le chercher je ne l'aurai pas vu. C'était ce même changement qui s'était produit à chaque fois que nous nous étions approchés d'aussi près la semaine dernière. Il se pencherait et je retiendrai mon souffle d'anticipation, attendant de sentir ses lèvres sur les miennes et à la dernière seconde ses yeux changeraient. Il frotterait doucement son nez contre le mien toujours avec un adorable sourire parfois incroyablement tendre, parfois extrêmement grave, comme maintenant. A chaque fois il s'arrêtait, se reprenait, érigeant un léger mur, presque imperceptible entre nous.
Après avoir frotté son nez trois fois contre le mien, laissant le bout traîner le long du mien il se réinstalla dans les coussins berçant ma tête contre son torse et tortillant mes cheveux entre ses doigts. Il ne laissa aucune indication quant à savoir s'il fallait poursuivre ou entamer une autre conversation, il était parfaitement immobile et complètement silencieux.
Je ne supportais pas de ne pas savoir ce qui lui passait par la tête. Tant de choses à propos de cette chose entre nous, cette relation, était un tel puzzle pour moi. En lisant tous ces livres et magazines, je me souvenais de conseils sur la façon de flirter, de me retenir et de présenter un air digne, et le mystère, sur le fait de jouer les dures à cuire, de ne pas s'allonger trop vite. Je n'ai juste pas pu comprendre ces choses. Je ne savais pas jouer… trop naïve pour essayer d'apprendre les règles. J'espérais juste qu'Edward ne jouait pas non plus.
"Edward, je peux te demander quelque chose ?" chuchotai-je doucement, nerveusement, me serrant contre sa poitrine et essayant de trouver la force de continuer.
"Tout ce que tu veux, Bella."
"Pourquoi..." commençai-je, mais les mots restèrent bloqués dans la gorge. Je secouai la tête presque imperceptiblement contre lui, m'agrippant nerveusement à la manche de sa chemise. "Laisse tomber, oublie ça."
"Non, qu'est-ce que c'est ?" me supplia-t-il de continuer avec ses yeux et sa voix, tout en relevant mon visage pour le regarder. "Tu peux me le dire."
"Pourquoi n'as-tu pas essayé de m'embrasser ?" dis-je en toussant inconfortablement. "Je veux dire on l'a déjà fait, j'ai juste supposé quand on est sortis ensemble..."
"Bella, ce n'est pas que je ne veuille pas. Je le veux. Franchement, parfois, je ne pense qu'à ça. Le truc c'est que, Bella, je ne suis pas un saint. Je suis un mec. Je ne veux pas te mettre mal à l'aise ou te donner l'impression que je te presse d'aller plus vite que tu ne le veux. Je ne dis pas que si je t'embrassais, je finirais par te déshabiller mais…"
Il s'arrêta, faisant une expression pleine de doute et d'irritation, bien qu'il soit clair que cette réaction était dirigée contre lui-même. J'essayai de l'implorer des yeux comme il l'avait fait pour moi, en le rassurant sur le fait que j'écouterais tout ce qu'il disait et je ferais de mon mieux pour comprendre. Ça eut l'air de fonctionner parce qu'il se tourna vers moi, passant doucement ses doigts tremblants contre ma joue.
"Je ne pense pas que je pourrais le supporter si je t'embrassais et que tu t'éloignes à nouveau de moi. Je comprends pourquoi tu l'as fait et je ne t'en tiens pas rigueur. Je ne peux pas recommencer. J'ai besoin que tu sois sûre cette fois," dit-il de sa voix rauque et sa constatation me remplit de honte.
"Je suis désolée, Edward."
"Non, Bella, je ne dis pas ça pour te faire culpabiliser ou te mettre la pression. Ecoute, je sais que c'est tout nouveau et ça suffirait à faire flipper n'importe qui. Mais il n'y a pas que toi qui aies peur ou qui sois nerveuse."
"De quoi as-tu peur ? De moi ?" demandai-je, incapable de cacher que cette idée - penser que je pouvais faire peur à quelqu'un, encore moins à lui, me paraissait totalement absurde.
"Non, enfin pas spécifiquement. C'est juste que je pense qu'il y a quelque chose de vraiment incroyable entre nous et je ne veux pas tout faire foirer en précipitant les choses. J'aime bien où nous en sommes maintenant et je ne vais pas partir. Je ne suis pas pressé avec toi, Bella," dit-il, en me replaçant dans ses bras et en me montrant par son toucher ce que ses mots voulaient dire.
Il embrassa doucement le dessus de ma tête en me murmurant à l'oreille avec un chuchotement rauque, "Mais ne pense pas que ça signifie que je ne penserai pas à te mettre à poil jusque-là."
Je gloussai un peu, un doux rougissement colora mes joues à l'idée que cela se produise un jour, à la fois enthousiaste et nerveuse à l'idée que cela devienne une réalité. "Tu pourrais être déçu."
"Bella, je ne pense pas que ce soit possible."
⁂
Samedi matin, je sortis dans le couloir de bonne heure pour trouver Rose et Alice adossées contre le mur, de grandes lunettes de soleil leur couvrant la moitié du visage et des tasses du café fumantes dans leurs mains. Quand elles me virent émerger, elles se dirigèrent vers l'ascenseur lourdement.
"Bonjour à vous aussi !" murmurai-je avec amusement.
"Nous ne te parlons pas," dit Rose par-dessus son épaule alors qu'elle appuyait furieusement sur un bouton.
"Qu'est-ce que j'ai fait ?"
"Mon frère chéri et toi, nous avez abandonnés hier soir, nous laissant deux fois plus de margaritas à consommer, ce qui a entraîné des gueules de bois massives … dont tu ne souffres manifestement pas," me dit Alice.
"Je croyais que tu n'avais jamais la gueule de bois, Alice," fis-je remarquer.
"Je me suis trompée et gravement. Apparemment tout ce qu'il faut, c'est une Margarita au-delà de ma limite…" gémit-elle en inhalant les vapeurs de son café sans le boire.
"Nous nous sommes trompées du tout au tout," murmura-t-elle, en tournant son attention vers sa camarade, "Nous aurions dû attendre environ douze heures et nous saouler ce matin, avant d'aller sauter dans le lac gelé. Pas hier soir… et maintenant on doit sauter dans le lac avec la gueule de bois."
"Alice, t'es la reine de la planification, pourquoi tu n'as pas prévu ça pour nous éviter cette misère."
"Ces margaritas avaient l'air si savoureuses."
"Ne dis pas ce mot," gémit douloureusement Rose.
"Quoi, savoureux ?"
"Non. L'autre. Le démoniaque. L'Etoile de la Mort des boissons."
Je ne pus retenir un grognement à sa comparaison, attirant leur attention sur moi.
"J'ai tellement envie de te haïr en ce moment," murmura Alice en sirotant son café.
"Euh, désolée ?"
"Non, tu ne l'es pas, Bella. Tu n'es pas du tout désolée de t'être faufilé avec ton nouveau jouet pour un peu du temps seuls," dit Rose, soulevant ses lunettes de soleil pour me faire un clin d'œil coquin.
"Tu as raison. Je ne le suis pas. Surtout en voyant l'état lamentable dans lequel vous êtes tous les deux."
"Oh, on n'est même pas mauvaises. Tu aurais dû voir Emmett et Jasper. La tequila n'est pas leur amie."
"Qu'est-ce que vous avez fait de toute façon ?" demanda Alice.
"Pas grand-chose, juste regardé un film. C'était une longue semaine."
"Hum hum, bien sûr, regardé un film…'" se moqua Rose d'un ton suggestif.
"Oui, on a regardé un film. C'est tout."
"Vraiment ? Il ne t'a toujours pas embrassé ?" demanda Alice avec incrédulité et je secouai la tête. "Rose, il faut qu'on rentre un peu de bon sens dans le crâne de ce mec…"
"Non, les filles, ne dites rien, s'il vous plaît. Je le comprends et je ne veux pas en faire tout un foin, alors on laisse tomber, s'il vous plaît…?"
Elles haussèrent les épaules en signe d'accord et nous continuâmes à bavarder en nous dirigeant vers l'entrée. J'entendais les gars, le sourire se répandit sur mon visage avant même de les voir. Ils se tenaient dans le hall, Jasper et Emmett avaient l'air aussi mal au point que les filles. Le visage d'Edward s'illumina quand il me vit, il quitta son appui contre le mur. Je voulais tellement courir vers lui et le serrer dans mes bras.
Alors pourquoi pas, Bella ? Pourquoi tu te retiens toujours autant ?
Ma voix intérieure était incroyablement persuasive ce matin et je bondis droit dans ses bras, mes pieds quittèrent le sol quand il me souleva tout en riant.
"Eh bien," marmonna-t-il contre mes cheveux, "Bonjour à toi aussi, ma belle."
"Oh, regarde comme ils sont mignons, Ali," roucoula Rose, la poussant sur le côté alors qu'elle s'affalait contre Emmett qui s'appuya contre le mur.
"Allez Rosie, on est aussi mignons qu'eux," dit Emmett d'un ton acerbe.
"Non, Emmett. On n'a jamais été aussi mignons. Tes mains errent trop pour nous qualifier de mignons."
"Ouais, je suppose que tu as raison," dit Emmett, frottant sa main sur les fesses de Rose et la pinçant avec espièglerie.
"Allons-y, les tourtereaux," gloussa Alice, entraînant Jasper dehors. Edward finit par conduire le pick-up de Jasper alors que les autres soignaient encore leur gueule de bois. Jasper et Alice se blottirent à l'arrière, chuchotant si bas que personne ne pouvait comprendre un seul mot de ce qu'ils disaient. Rose avait la tête appuyée contre la vitre, le plus loin possible d'Alice. Sa bouche s'ouvrit et on aurait dit qu'elle dormait. Emmett prit la moitié de la banquette de devant, m'écrasant au milieu entre Edward et lui.
Lorsque nous arrivâmes au lac Calhoun, toute notre compagnie était alerte et impatiente d'y aller.
Même si la température n'était pas complètement insupportable, elle était encore assez mordante pour que je m'interroge sur la santé mentale de chaque personne ici. Alice engagea notre équipe et remit nos dons et tout ceux qu'ils avaient collecté et nous nous installâmes sur une parcelle de terrain qui n'était pas directement au milieu de la foule qui avait commencé à se rassembler, chacun attendant son tour pour cette folie. Le premier saut était prévu pour dix heures et ça continuait dans l'ordre dans lequel les équipes avaient signé.
Nous avions le numéro dix-sept, alors nous patientâmes et j'aimais la distraction que les gens qui m'entouraient me procurait avec leur humour et leurs plaisanteries. Sous peu, j'entendis des cris suivis par le bruit de plusieurs corps sautant dans l'eau pendant que les premières équipes sautaient et je poussai un gémissement d'effroi.
"Excitée ?" demanda Edward de derrière moi, serrant ses mains sur mes épaules et me secouant un peu.
"Je ne pense pas que ce soit exactement le mot que je choisirais," murmurai-je et il gloussa.
"Allez, Swan! Pense à la montée d'adrénaline !" dit-il, en me frottant les bras avec vivacité et essayant de m'insuffler un peu de son énergie.
Je grimaçai et il se moqua de ma tentative pathétique de sourire.
"Ne réfléchis pas et saute, Bella."
Notre tour arriva bien avant que je sois prête alors que nous entassions nos couvertures et manteaux près du bord où nous allions sortir. Mais je commençais à me sentir excitée. Etre assise à regarder tout le monde faire le grand saut m'avait rendu nerveuse et tremblante mais être là debout, au bord du trou, forcée à relever le défi, me fit réaliser que j'étais prête.
Bien que j'appréhende le froid, je ne pouvais arrêter le petit frisson d'anticipation qui commençait à couler dans mes veines, surtout en levant les yeux pour voir Edward, un sourire étourdi et insouciant sur le visage.
"Prête ?" demanda-t-il et je hochai la tête.
Il me prit la main, Alice me serra l'autre pendant que nous nous accroupissions en groupe et nous sautâmes.
Avant de toucher l'eau, j'entendis Alice hurler, Emmett crier 'Cowabunga'* et je sentis l'emprise d'Edward sur ma main quand il haleta de surprise. Je n'eus pas le temps de cligner des yeux avant de toucher l'eau, d'avoir le souffle coupé et sentir le picotement du froid comme un million de petites pointes d'aiguille sur mon corps. Étonnamment, je me suis sentie complètement rafraîchie et revigorée, remontant à la surface et riant à bout de souffle en voyant Edward remonter à mes côtés.
"Putain, c'est froid!" suffoqua-t-il, en repoussant les cheveux de ses yeux et en me tirant dans ses bras, passant ses mains sur mon visage et ses jambes autour de moi. "Ça va ?"
"Ouais. Froid," réussis-je à dire, en riant.
"Allez, sortons d'ici avant de souffrir d'hypothermie," suggéra-t-il, en nageant jusqu'à la sortie, où nos amis étaient déjà, enveloppés dans de lourdes couvertures et partaient à la recherche des jacuzzis.
Edward se hissa en premier puis me souleva pratiquement de l'eau glacée et dans ses bras, dépliant une couverture et nous enroulant confortablement dedans. Il nous poussa sur le côté pour ne pas que nous gênions les autres, nous accrochant l'un à l'autre tandis que nos dents claquaient.
Il me frictionna le dos sous la couverture, en essayant de me réchauffer et j'essayai de faire de même, abandonnant après avoir réalisé que je ne le faisais pas bien et au lieu de ça, j'enroulai simplement mes bras autour de sa taille et me blottis contre lui.
Peu de temps après, je cessai de trembler. Je me sentais tout à fait en paix, la joue appuyée contre son torse, cachée dans le cocon du moelleux de la couverture, n'entendant rien d'autre que son souffle et le battement régulier de son cœur.
L'air était froid, nos vêtements trempés mais je n'étais pas pressée de bouger d'un pouce de l'endroit où je me tenais, dans la couverture et les bras chauds d'Edward.
Puis je tremblais à nouveau, non plus à cause du froid mais parce que je réalisais que je devais faire un autre plongeon. J'étais plus que prête pour ça.
Je me souvins de la voix d'Edward "Ne réfléchis pas et saute". C'est ce que je fis.
Avant qu'aucun de nous ne s'en rende compte, mes lèvres étaient sur les siennes et Edward se figea, ses bras serrés autour de moi, raides et inébranlables. Il ne bougea pas un muscle, ses lèvres chaudes et douces sous les miennes mais il ne réagissait pas, on aurait presque dit qu'il avait cessé de respirer.
Découragée, je faillis reculer. Mais ensuite, j'eus l'impression que ses lèvres sourirent sous les miennes, ses bras relâchant leur emprise sur mes épaules juste assez pour qu'il puisse descendre d'une main jusqu'au creux de mon dos et me serrer plus près de lui, la couverture encore autour de nous, nous protégeant de l'air et du monde. Juste lui. Juste moi.
Soudain, il m'embrassait en retour et les sensations qui coururent en moi à cause de nos souffles mêlés envoyèrent des étincelles qui me parcoururent de la tête jusqu'au bout des orteils.
Avec hésitation, je glissai mes mains autour de sa taille, traînant mes doigts le long de sa colonne vertébrale jusqu'à ce qu'ils atteignent ses omoplates, ancrant mon corps au sien alors que je m'ouvrais à lui.
Ça commença doucement, une série de baisers légers sur mes lèvres qui se transforma en une exploration paresseuse, nos bouches n'étant pas disposées à se séparer même pour une respiration rapide. Mon emprise devint moins hésitante alors que je bougeais une main vers le haut pour enfiler mes doigts dans ses cheveux mouillés et partiellement gelés de sa nuque, ce qui provoqua chez lui un ronronnement bas et satisfait dans sa gorge alors qu'il inclinait légèrement sa tête sur le côté, modifiant la profondeur de la prochaine rencontre de nos lèvres pendant que je soupirais dans l'étreinte.
Bien avant d'être prête, je le sentis se reculer et j'enfonçai mes doigts dans ses cheveux, écrasant mes lèvres contre les siennes et inhalant son gémissement profond quand sa langue tournoya avec la mienne. Le temps qu'il s'éloigne à nouveau, j'avais commencé à me sentir étourdie par le manque d'air et l'assaut de l'émotion que son baiser avait agité dans mon âme.
Bien que ses lèvres ne se soient plus sur les miennes, nous n'étions pas séparés. Il ne fit que baisser la tête pour parsemer des baisers doux sur ma joue, mon cou, ma clavicule, devenant de plus en plus malicieux alors qu'il souriait contre ma peau et commençait à rire, le plaisir total s'étalant sur son visage quand il se détendit pour me regarder et me rendre plus heureuse que je ne l'avais jamais été de toute ma vie.
Il se pencha pour presser chastement ses lèvres sur les miennes une fois de plus, nos lèvres se rencontrant à cause de nos sourires exaltés assortis. Quand il recula cette fois-ci, il me regarda avec un sourire contemplatif.
"Tu es sûre que c'est nouveau pour toi, Swan ?" Je gloussai, serrant mes bras autour de sa taille et reposant ma joue sur sa poitrine avec un soupir satisfait.
"J'apprends vite."
"Tu sais, on dit toujours que les joueurs sont les meilleurs entraîneurs."
"Tu vas m'entraîner, Cullen ?"
"Je ne sais pas, Swan…!" s'exclama-t-il, touchant ma joue avec la sienne, ses prochains mots chuchotés contre mes lèvres.
"Peut-être que c'est toi qui peux m'entraîner…"
…
*'Cowabunga' Cri de guerre, ou expression de stupéfaction utilisé dans de nombreuses bandes dessinées et dessins animés tels que Peanuts, Les Simpson, Les Tortues Ninja, ou 1, rue Sésame. Celui qui le prononce est souvent un pratiquant de surf ou de skate-board.
