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CHAPITRE 9
Ça laissera une marque
Le printemps au Minnesota n'est pas une belle saison. Il semble que Mère Nature ne parvienne pas à se décider, oscillant entre le froid mordant de l'hiver et les jours de fonte du printemps, changeant parfois en l'espace de vingt-quatre heures.
Dehors les rues sont sales et tout est marron, des plaques de neige trainent encore ici et là recouvertes d'un film sale. En dépit de cet environnement terne j'étais toujours d'humeur enjouée.
Trois semaines s'étaient écoulées depuis mon "premier rendez-vous" avec Edward. Deux depuis que j'avais eu le courage de l'embrasser à nouveau. Les jours qui étaient passés depuis semblaient être une brume de rêve pleins de 'bonjour' chastes dans la salle de sport avant de sauter sur nos tapis de course respectifs, de baisers enjoués lorsque nous trainions dans mon appartement ou de baisers passionnés avant de nous dire bonsoir.
Nous n'avions pas progressé au-delà, ses mains ne quittant jamais ma taille et ne s'emmêlant pas dans mes cheveux, ce dont il ne semblait pas se plaindre et moi non plus. Je le pris au mot quand il disait qu'il n'était pas pressé et me laissais simplement apprécier la phase initiale de notre relation, en particulier le fait que nous puissions nous voler des baisers à chaque fois que l'occasion se présentait, chose dont Edward profitait très souvent.
Pourtant il y avait tellement plus que simplement s'embrasser. Cette amitié que nous entretenions depuis le début ne disparut pas, ni même ne changea pas du tout. J'ai toujours pensé que les gens disaient que quand on se fréquentait ça changeait les choses mais cela ne se passait pas pour nous. Edward disait que c'était essentiellement parce que nous sortions depuis le début et que je finissais juste de le rattraper. Je suppose que d'une certaine manière c'était vrai.
Quand on y pense sortir avec un ami c'est avant tout faire connaissance avec une personne et exprimer un intérêt commun à passer du temps ensemble. Alors oui vous pouvez dire que nous sommes "en couple" depuis la mi-janvier mais peu importe quand tout a commencé, j'étais heureuse de savoir où nous en étions pour le moment.
Plus tôt ce matin, Edward m'avait raccompagnée jusqu'à ma porte après notre séance d'entrainement habituelle, me laissant complètement chancelante après un baiser torride. Il fallait qu'il aille se préparer, apparemment les Cullen et par extension les Hale avaient toujours eu de grands projets pour cette journée.
La Saint Patrick.
Il n'était que neuf heures du matin mais je pouvais déjà voir un fêtard occasionnel se promener dans les rues en bas, tout de vert vêtu.
Alice m'avait laissé un sac hier soir avec "mon uniforme" pour la journée. Je savais qu'on devait porter quelque chose de vert mais ce que je ne savais pas, c'était à quel point ces personnes allaient loin pour ce jour de fête*. Une célébration que je n'avais jamais remarquée auparavant.
Eh bien là c'est bien ancré, pensai-je en étalant les vêtements sur mon lit, ils n'avaient fait que parler de ça la semaine dernière. Je jetai un coup d'œil à la mini-jupe en tartan vert avant de la prendre et de me précipiter dans le couloir.
"Alice Cullen !" criai-je, en tapant à leur porte. Elle apparut quelques secondes plus tard, un sourire innocent sur le visage en me disant bonjour. Trop innocent.
"A quoi pensais-tu en me donnant ça ?" m'enquis-je furieusement, agitant le tissu incriminé devant son visage. "Reprends ça, je ne le mettrai pas."
"Allez Bella ! Tu vas être adorable !"
"Je vais ressembler à une pute ou à une écolière catholique salope."
"Tu sais nous sommes allées à l'école catholique. Nos uniformes n'étaient jamais aussi beaux que cette jupe."
"Ce n'est pas le but," je levai les yeux au ciel d'exaspération.
"Bella, tu ne vas pas ressembler à une salope," insista-t-elle. "La jupe n'est pas aussi courte qu'elle en a l'air et en plus tes jambes son géniales, tu devrais les montrer. Il va faire chaud aujourd'hui, pour une fois je pensais que tu pourrais vouloir profiter du beau temps." Je lui lançai un regard incrédule. "Veux-tu s'il te plait juste l'essayer ? Si tu détestes, ça ira, je ne veux pas que tu sois mal à l'aise toute la journée. Essaie juste, s'il te plait ?"
"Très bien," cédai-je, avec un roulement d'yeux, en retournant dans mon appartement, me laissant aller à claquer ma porte avant d'aller dans la salle de bain pour me laver de ma séance d'entrainement du matin.
Trente-cinq minutes plus tard, après une douche vraiment agréable, je grinçai des dents et redoutai le fait de devoir dire à Alice qu'elle avait raison. Encore. La tenue était mignonne, sexy sans être provocante et je l'aimais vraiment beaucoup. La jupe écossaise verte était associée à un pull noir à col en v et à une paire de chaussettes noires à losanges verts et orange qui montait jusqu'aux genoux. Au fond du sac il y avait une boite à chaussure avec une paire de baskets basses de couleur verte. Cette fille connaissait mon point faible.
En me regardant dans le miroir, je pensais toujours que cette tenue pourrait être un hommage aux écolières catholiques mais au moins ce n'était pas une tenue de salope. Une fois mes cheveux secs, je décidai de rester dans le thème en les attachant pour ressembler à Dorothy du Kansas. Je mis une veste légère et attrapai mon sac pour aller chez Alice et Rose sachant qu'elles essayeraient de me maquiller même si je le faisais moi-même.
Rose et Alice pouvaient parfois être insistantes, spécialement Alice mais malgré mes plaintes et grognements ça m'était plutôt égal. Aucune des deux n'avait jamais essayé de me transformer en quelqu'un que je n'étais pas. J'étais habituée à être transformée en quelque chose que je n'étais pas, ils faisaient ça tout le temps. J'étais habituée à détester ça parce que j'avais l'impression d'être une Bella Barbie méconnaissable mais avec les filles, chaque fois que je sortais d'une de leur petite transformation je me sentais toujours moi, juste plus mignonne et un peu plus confiante.
"Bon sang de bon soir, Bells, tu es sexy," commenta Rose quand j'ouvris leur porte, frappant en passant pour signaler mon arrivée. Je n'étais toujours pas à cent pour cent à l'aise d'entrer chez elles comme Alice le faisait chez moi mais je m'améliorais.
"Merci Rose je ne savais pas que tu avais tourné ta veste," plaisantai-je, en posant mon sac près de la porte.
"Je ne l'ai pas fait. Mais si c'était le cas tu serais définitivement mon type, baby," elle me fit un clin d'œil et attrapa sa veste en cuir dans le placard et appela Alice "On y va, pipsqueak* !"
"J'arrive. J'arrive," dit Alice, en sortant de sa chambre et en fouillant frénétiquement dans son sac à main, s'assurant qu'elle avait tous les éléments essentiels. "Bella tu es superbe, tu vois je te l'avais dit ?" dit-elle, en me voyant.
"Oh et j'ai juste un truc de plus !" fit-elle en claquant des doigts et en retournant dans sa chambre pour émerger quelques secondes plus tard avec deux petits rubans verts à nouer. "Et voilà c'est parfait."
"Edward va faire une attaque quand il va te voir," rigola Rose.
"Je sais, c'est bon ? Je veux être au premier rang pour voir ça," rigola Alice, retournant récupérer son sac sur le canapé. "Allons-y mesdames."
Elles faisaient la paire toutes les deux. Rose portait un débardeur vert et brillant avec le mot Irlande sur la poitrine, un jean moulant déchiré de manière stratégique et des talons aiguille assortis à la couleur de son haut. Autour du cou elle avait un collier de mardi gras avec des perles vertes, orange et blanches. Alice, elle, prenait ça plus au sérieux. Elle portait aussi des perles multicolores mais elle les avait associées à un t-shirt graphique vert citron sur lequel était écrit 'Embrasse-moi, je suis irlandaise,' une mini-jupe plissée noire plus courte que la mienne et un collant noir avec des trèfles aux couleurs vives. Et pour couronner le tout elle s'était fait des mèches vert citron… Alice ne faisait jamais rien à moitié.
Nous avions rendez-vous avec les gars à onze heures et nous nous arrêtâmes à un bar pour un café et un muffin au café et aux baies. Nous profitâmes du matin de printemps pour nous asseoir à l'extérieur sur une corniche en béton et profitâmes d'un petit-déjeuner improvisé en attendant leur arrivée.
"Quel est le programme pour aujourd'hui Alice ?" demandai-je, en prenant un peu du gâteau même si je savais que je ne devrais pas me laisser tenter.
"Eh bien la parade commence à midi par là-bas," elle fit un geste de côté "et finit par le Landmark où il y a des groupes de musique et de danse. Nous avons l'habitude d'y aller, c'est cool. Ensuite, bien sûr une fois que les gars commenceront à se plaindre, nous irons vers le bar où nous resterons probablement pour le reste de la journée."
"Donc en résumé, on marche pendant un bon moment et ensuite on se saoule ?"
"Oui en résumé c'est ça," acquiesça Rose.
"Qu'a-t-il de si spécial ce jour ?"
"Juste une manière de s'amuser, Bella," dit Alice, "on célèbre notre patrimoine, boit de la bonne bière, écoute de la musique géniale, on se détend pour une journée."
"Ce n'est pas mon héritage cependant," soulignai-je.
"Tout le monde est irlandais le jour de la Saint-Patrick, petite fille," expliqua Rose avec un terrible accent. "En plus c'est un grand jour pour observer les gens. Il y a vraiment des fous."
Quelques minutes plus tard, Rose se penchait pour surveiller l'arrivée des gars lorsqu'elle laissa échapper un sifflement. "Regardez ça !"
Alice et moi nous approchâmes pour regarder et elle avait repéré les gars dans la rue. J'étais reconnaissante d'avoir mis mes lunettes de soleil, je pouvais le mater sans que personne ne s'en aperçoive. Edward était du sexe pur et concentré. Je veux dire, il était super tout le temps mais à ce moment-là l'homme était si bon qu'il me donnait envie d'ouvrir mes jambes de vierge pour lui. Son jean était parfaitement ajusté, son t-shirt graphique d'un vert foncé était alternativement moulant et lâche aux bons endroits. Il portait une veste en cuir noire, laissée négligemment ouverte, des baskets kaki, était coiffé décontracté et des lunettes aviateur cachaient ses magnifiques yeux verts. Je suis quasiment sûre de m'être léchée les lèvres mais peut-être pas mon cerveau s'était déconnecté subitement. Il ne nous avait pas encore vues, aucun d'eux, alors qu'ils se dirigeaient vers nous en discutant.
"Hé ben… nous sommes les trois garces les plus chanceuses de la terre," soupira Rose. J'avais tout juste jeté un œil à Jasper et Emmett, mes yeux restant fermement fixés sur Edward mais je pouvais facilement être d'accord avec cette constatation.
J'étais réellement chanceuse. J'avais des amis géniaux. Un petit-ami ? … génial. Un appartement génial. Un travail génial. Ma vie n'avait jamais été aussi parfaite, les avantages l'emportant largement sur les inconvénients.
Alors que les trois hommes se rapprochaient, Alice les interpela, attirant leur attention, elle s'éloigna de nous pour accueillir Jasper dans un câlin enthousiaste. Emmett et Rose se laissèrent aller à leur regard typique bien avant qu'Emmett ne la prenne dans ses bras par la taille. Edward resta immobile un moment avant qu'un côté de sa bouche ne forme ce sourire tordu et se dirige vers moi alors que je lissai ma jupe.
"Salut," dit-il en s'arrêtant devant moi, légèrement haletant bien que je sache que ce n'était pas dû au pas rapide qu'il l'avait amené jusqu'à moi.
"Salut," répondis-je doucement, me mordant la lèvre avec un sourire timide.
Je me demandais toujours si nous arriverions à dépasser ces moments de timidité et d'incertitude. Ils semblaient être un moment d'hésitation mais disparaissaient toujours rapidement. Il se pencha et posa un doux baiser sur mes lèvres et le moment de gêne disparut. Je laissai échapper un soupir de contentement et posai mes lèvres fermement contre les siennes, lui disant bonjour à nouveau, cette fois sans aucune trace d'insécurité alors qu'il prenait mes mains. Il m'embrassa une fois de plus avant de reculer, nos mains enlacées et il put me regarder.
"Tu ressembles à un péché…" grommela-t-il, me faisant souhaiter d'avoir laissé mes cheveux lâchés pour pouvoir cacher mon rougissement.
"Tu es vraiment allé dans une école religieuse ?" demandai-je.
"Oui, aucun de nous ne pratique vraiment et j'ai souffert dans le confessionnal pendant des années."
"Quelque chose me dit que c'est Emmett qui a dû faire le plus pénitence."
"Non Alice. Elle causait toujours des problèmes," murmura-t-il fort et je ris.
"Enfer Bells !" se mit à crier Emmett, en me prenant dans ses bras pour une accolade rapide pendant que je priais que ma jupe couvre tout le nécessaire. "Si les filles de l'école te ressemblaient j'aurais chassé beaucoup de jupes dans les couloirs."
"Plus ?" se moqua Alice alors qu'Emmett me reposait. "Tu pouvais à peine t'en sortir avec toutes celles que tu avais ! Emmett si tu avais passé plus de temps à courir après des jupes tu aurais manqué la moitié de tes matchs et tu te serais occupé d'hamburgers plutôt que de joueurs."
"Hey je ne peux pas contrôler mon magnétisme animal. Les dames sont attirées par moi."
"C'est vrai tu es un animal, Emmett, un gros, qui sent," plaisanta Alice.
"Rosie, est-ce que tu vas la laisser parler de moi ainsi ?" bouda Emmett.
"Tu es grand garçon. Tu peux supporter la vérité," dit-elle, en se rapprochant de lui et en se mettant sur la pointe des pieds pour lui chuchoter quelque chose de suggestif, sans aucun doute.
"Allez," dit Edward en prenant ma main. "Allons chercher un bon endroit pour regarder."
La parade était bruyante et agitée, remplie de gens vêtus de leur plus belle "fierté irlandaise". Une femme était allée jusqu'à teindre son petit West Highland terrier en vert. Les rues étaient bondées, tous célébrant et profitant de la belle matinée de printemps alors que la cornemuse bourdonnait et que le tonnerre des tambours résonnait dans la foule. Edward me serrait contre son torse tout le temps, se penchait pour me parler à l'oreille à cause du bruit de la foule et me montrer ce qui était intéressant à gauche ou à droite.
Je gardai mes lunettes de soleil dans la foule, protégeant mes yeux mais me cachant aussi. Ce n'était pas souvent qu'on me reconnaissait mais c'était arrivé et je ne savais pas si j'étais tout à fait prête à renoncer à mon statut d'invisible. Le Minnesota n'avait pas grand-chose à voir avec les paparazzis mais avec le nombre d'appareils photo qui crépitaient, je ne voulais pas prendre le risque d'être filmée.
Bientôt, le défilé nous dépassa et nous prîmes notre temps pour marcher jusqu'à Rice Park où nous nous arrêtâmes pour profiter des groupes de musique et de danses locales pendant un court moment.
Lors d'un déjeuner tardif, au-dessus de paniers de poisson, de frites et de pintes de Guinness dans un pub voisin, Alice brandit une feuille de tatouages temporaires, insistant sur le fait que tout le monde avait besoin de plus de "Fierté Irlandaise".
Elle la fit circuler autour de la table avec une paire de petits ciseaux qu'elle gardait toujours dans son sac à main 'au cas où' et elle lançait des regards noirs vers ceux qui hésitaient jusqu'à ce qu'on cède un à un et à contrecœur découpions une décalcomanie.
Edward récupéra la feuille que lui tendit Rose et l'étudia rapidement avant d'en découper une. Avant que je puisse prendre la feuille il la jeta sur le dessus de la table et attrapa ma main.
Je la retournai, la paume en haut alors qu'il remontait doucement la manche de mon chandail pour exposer mon poignet. Il enleva la couche protectrice de la décalcomanie et la plaça doucement sur mon poignet pendant que mes veines battaient sous ses doigts.
Il plongea la serviette de table dans un verre d'eau glacée, continuant à tenir mon poignet dans sa paume et pressant la serviette mouillée sur ma peau soudainement surchauffée. Après avoir tapoté légèrement, il souleva le coin et enleva la protection puis leva mon poignet plus près de son visage pour inspection.
Ses yeux rencontrèrent les miens alors qu'il soufflait sur ma peau pour sécher l'encre. Je ne vis même pas ce qu'il avait choisi, je ne pouvais pas détourner mes yeux de son vert foncé.
Après avoir soufflé une dernière fois, il leva mon poignet pour poser un baiser doux et persistant à l'endroit où il avait posé le tatouage. Je ne pus retenir complètement le bourdonnement de plaisir que son contact provoquait mais je pus l'étouffer en serrant mes lèvres. Son regard me dit qu'il savait exactement ce qu'il me faisait et je décidai que je ne devais pas être la seule à souffrir.
Avant qu'il puisse le voir venir, je retirai mon poignet de sa douce prise et le posai autour son cou en sautant pratiquement sur ses genoux pour fusionner mes lèvres avec les siennes, mes doigts plongeant dans ses cheveux aussi vigoureusement que ma langue plongeait entre ses lèvres écartées.
Soit il en fut incapable soit il ne prit pas la peine de cacher son gémissement de plaisir alors qu'il répondait avec empressement à mon contact, m'entourant avec un bras pour m'approcher pendant que son autre main touchait ma nuque avant de caresser mon bras jusqu'à atterrir sur la peau nue de ma cuisse mais pas plus loin que l'ourlet de ma jupe, me rendant dingue. Après quelques instants, de ce baiser torride, Edward reprit ses esprits et recula, légèrement haletant et posa son front contre le mien.
"Mon Dieu, Bella," dit-il en riant, encore essoufflé, "tu te fais tatouer et tu deviens instantanément une femme sauvage."
"Seulement quand c'est toi qui fais le tattoo," gloussai-je, me penchant vers l'avant pour picorer légèrement ses lèvres encore une fois avant de m'éloigner et de m'asseoir sur ma chaise, qu'il tira instantanément juste un petit peu plus près de la sienne.
Je regardai finalement mon poignet pour voir ce qu'il avait choisi et éclatai de rire. Il s'agissait d'un trèfle à quatre feuilles avec les mots 'Get Lucky*'en courbe autour. "Est-ce que c'est censé signifier quelque chose ?"
"Pas du tout !" dit-il innocemment.
"Est-ce que je peux faire le tien maintenant ?" demandai-je, en ramassant la feuille de décalcomanie abandonnée et soupesant mes options.
"Tu crois vraiment que c'est une bonne idée ?" chuchota-t-il à mon oreille, en passant le bout de son nez le long de la courbe de ma mâchoire et embrassant mon cou.
"Ouais, tu as probablement raison," dis-je, abandonnant la feuille et posant ma tête contre son épaule.
"En plus, je n'ai pas besoin d'un truc provisoire quand j'ai le vrai truc," dit-il.
Ça attira mon attention.
"Qu'est-ce que tu veux dire par le vrai Tu as un tatouage ?" demandai-je avec un sourire surpris, en reculant et le scrutant comme si je pouvais déterminer son emplacement, même à travers plusieurs couches de vêtements. Son sourire satisfait de ma réaction était juste un peu arrogant mais j'étais trop curieuse pour lui faire la tête.
"Où est-il ?"
"Un gentleman ne révèle pas ses secrets…" fit-il.
"C'est des conneries ou alors tu n'aurais rien dû dire ! Pourquoi je ne l'ai pas vu ? As-tu un piaf tatoué sur le cul, Cullen ?" me moquai-je, en essayant de trouver le truc le plus embarrassant. "Oh non, je sais, c'est un Batman sur ton épaule, n'est-ce pas ?"
Il rit de bon cœur et me serra contre lui. "Ni l'un ni l'autre. Et si tu es gentille, un jour, je pourrai te laisser voir ce que c'est vraiment…"
"Un vrai allumeur," murmurai-je, en claquant mes doigts contre sa poitrine, dans un faux sentiment de frustration.
"En as-tu un ?"
"Quoi, un tatouage ?" lui demandai-je, sans le regarder dans les yeux. Il pouvait me lire tout à fait trop facilement.
"Ouais."
"Qu'en penses-tu ?" lui demandai-je avec sarcasme en haussant les sourcils, lui jetant un regard parce que je ne voulais pas ouvrir ma bouche et lui mentir.
"Dommage, Swan, les tatouages peuvent être très sexy."
"Je déteste les aiguilles," dis-je, parce que c'était la vérité, et une réponse attendue qui, je l'espère était suffisamment convaincante pour qu'il abandonne le sujet.
"Tu es plutôt une dure à cuire, tu pourrais le supporter," dit-il, et j'acquiesçais.
"Tu n'en as vraiment pas besoin pour être sexy", dit-il en posant un tendre baiser sur ma clavicule et la caressant avec son pouce jusqu'à ce que le bord de mon pull le bloque. "Ta peau… c'est la perfection telle qu'elle est."
"Comment sais-tu toujours ce qu'il faut dire ?" soupirai-je.
"Je dis simplement la vérité."
"Edward, hé !" une voix cria derrière nous, attirant l'attention d'Edward vers un homme assez grand et mince aux cheveux noirs de jais et aux yeux marron foncé.
"Salut, Ben, comment ça va ?" Edward le salua amicalement, glissant son bras de mes épaules et se levant pour serrer la main de l'homme une fois qu'il fut à notre table.
"Pas mal, j'ai pensé qu'on pourrait te croiser aujourd'hui."
"Je ne peux pas briser la tradition," gloussa Edward et me tendit la main en retour, me faisant un rapide sourire rassurant en me tirant sur mes pieds et près de lui. "Bella, voici Ben Cheney. Il est ailier droit dans notre équipe. Ben, voici Bella, ma petite-amie."
C'était la première fois qu'Edward me présentait à quelqu'un comme étant sa petite-amie ou même qu'il utilisait le terme en ma présence et je ne pouvais pas arrêter la lueur exaltée qui se répandait en moi, sous la forme d'un sourire étourdi. Je réussis à peine à me souvenir de mes manières et à tendre la main à Ben pour serrer la sienne, "Enchantée de te rencontrer."
"Moi aussi, Bella. Ne le laisse pas trop te bousculer, d'accord ? Parfois il peut être un connard autoritaire."
"Je ne suis autoritaire que quand tu traînes sur la glace et que tu ne couvres pas le palet. Angela est ici ?"
"Non, elle travaille aujourd'hui, pauvre fille."
"Angela est la petite-amie de Ben," expliqua Edward. "Elle te plaira, c'est une version moins folle de ma sœur."
"Oui, c'est vrai ?" Ben gloussa, jeta un coup d'œil à Edward et aperçut les autres et leur fit un léger signe de la main. "On dirait que tu as fait sortir toute la bande."
"Avec qui es-tu ici ?" demanda Edward, en regardant autour de lui.
"Oh, j'ai laissé Crowley et Newton au bar," dit-il, faisant vaguement un geste en direction de la foule. "Ils essayaient de faire des avances à des filles. C'était trop douloureux à regarder."
"Veux-tu te joindre à nous ?"
"Non, c'est cool. Je devrais probablement voir ce qu'ils font et voir si on s'en va. Amusez-vous."
"D'accord, on se voit au X demain."
"A plus tard. Bella, ravi de t'avoir rencontrée," dit-il avec un sourire amical, avant de partir vers le bar.
"Il est gentil," dis-je, en me rasseyant en face de lui, nos genoux s'entrechoquant dans l'espace entre nos sièges.
"Oui, c'est un type bien. Les deux autres pas tant que ça mais Ben est solide."
"Qu'est-ce qui ne va pas avec les deux autres ?"
"Ils correspondent au stéréotype, c'est tout," dit Edward, glissant ses mains sous les miennes, nos paumes à plat l'une contre l'autre.
"Quel stéréotype ?" demandai-je.
"Beaucoup de gens pensent que les joueurs de hockey professionnels, et bien les athlètes professionnels masculins en général je suppose, ne sont rien d'autre qu'une bande de machos crétins qui couchent avec une tonne de femmes simplement parce qu'ils le peuvent. Crowley et Newton jouent là-dessus, trouvant des femmes différentes à chaque fois, les amenant dans leur lit en se pavanant de leur statut de joueur de la NLH et ne les rappelant plus jamais après."
"C'est…" je fis une pause, cherchant exactement comment répondre.
"C'est dégoûtant, voilà ce que c'est…" murmura Edward. "C'est irrespectueux."
Je dus sourire au ton de sa voix, montrant clairement son dégoût pour le comportement de ses coéquipiers. Je me souvenais des filles des toilettes au carnaval d'hiver, la façon dont elles étaient si décontractées à propos de les draguer. Je savais déjà qu'Edward n'était pas comme ça mais l'entendre maintenant, et ayant eu l'occasion de mieux le connaître, de mieux connaître sa famille et les gens qu'il fréquentaient, je savais que non seulement c'était un comportement qu'il ne voulait pas avoir mais quelque chose qu'il ne voulait pas cautionner. Il était trop gentleman pour trouver cela acceptable.
"Alors, petite-amie, hein ?" demandai-je, évoquant le sujet qui me trottait dans la tête depuis que ces mots lui avaient échappé. J'entrelaçai nos mains, en les étudiant plutôt qu'en regardant son visage.
"Eh bien, oui. Comment t'appellerais-je autrement ?"
"Je ne sais pas," haussai-je les épaules, en me mordant la lèvre. "Je suppose qu'on n'a jamais rien dit de formel."
"Bella ?" Il m'incita à le regarder, en soulageant doucement ma lèvre entre mes dents et en la caressant avec son pouce.
"Ouais ?"
"Je te considère comme ma petite-amie. C'est-à-dire, si tu veux l'être," me sourit-il, juste un soupçon d'incertitude dans ses yeux pendant que je regardais son visage.
Un sourire timide remonta les coins de ma bouche. "Ça veut dire que je peux t'appeler mon petit-ami ? "
"Putain oui !" Il se pencha, toute trace d'incertitude disparue et il sourit contre mes lèvres.
⁂
Samedi matin, les filles et moi arrivâmes devant une belle maison Victorienne sur l'avenue Summit. On aurait dit qu'elle sortait directement des pages de Dickens ou des sœurs Brontë. C'était une maison à deux étages, entièrement en bois peint en brun moka avec garniture ivoire. Une terrasse couverte s'étendait sur toute la longueur de la maison et une tour polygonale s'élevait vers le ciel avec sa tourelle pointue.
"C'est la maison de tes parents ?" dis-je, en marchant sur le trottoir.
"Yup, home, sweet home," dit Alice en gazouillant, prenant ma main et me tirant derrière elle vers l'allée.
"Enfant, tu portais des robes longues et des chaussures boutonnées ?"
"Hein ?"
"Rien. On dirait juste qu'elle sort d'un livre d'histoire, c'est tout."
"C'est vrai, n'est-ce pas ? Oh et regarde ça, il y a un gentleman qui t'attend pour te faire la cour," gloussa-t-elle, quand la porte d'entrée s'ouvrit et qu'Edward sortit.
"Tais-toi !" Je la poussai sur le côté pendant que nous montions les marches et Edward m'enlaça pour m'embrasser rapidement. Rose et Alice se glissèrent à l'intérieur, appelant Esmée alors qu'elles allaient tout droit à l'arrière de la maison.
"Bienvenue à la Casa de Cullen," dit Edward, en prenant ma main et en marchant avec moi à l'intérieur de la maison.
Mes yeux s'écarquillèrent en essayant de m'imprégner de ce qui m'entourait.
"Je n'arrive pas à croire que tu aies grandi ici. Je suis complètement jalouse."
"Pas un mausolée ?"
"Pas question ! C'est magnifique. Je veux dire, c'est historique mais c'est quand même un foyer, pas comme si on avait peur de toucher quelque chose."
"C'est maman, elle s'y connaît en décoration d'intérieur et elle en a fait beaucoup elle-même."
"Eh bien elle a fait un travail extraordinaire," dis-je, en jetant un coup d'œil au salon qui contenait un beau piano à queue brillant.
"Merci ma chère." La voix d'Esmée résonna agréablement alors qu'elle s'approchait par un long couloir, un tablier en toile à fleurs noué autour de la taille. "Je suis tellement heureuse que tu sois là," dit-elle, en me saluant rapidement en me prenant la main.
"Edward, va chercher les garçons et trouvez-vous une occupation, je prends Bella."
"Mam," gémit-il pour protester, me faisant rire et il me foudroya. "Ça te fait rire, Swan ?"
"Non je peux tout à fait bien t'imaginer piquer une colère comme quand tu avais six ans avec cette même voix."
"Ouais, j'aurais pris le risque d'être puni si j'avais pu jouer avec toi pendant cinq minutes de plus," sourit-il en m'embrassant sur le front. "Assure-toi que Rose ne vole pas tout le pain à la banane avant que j'en prenne un morceau, elle essaie toujours."
"Alors," dit Esmée, en passant son bras sous le mien et en me conduisant vers la cuisine. "On dirait que vous vous entendez assez bien."
"Oh Esmée," soupirai-je, l'empêchant de s'approcher de la porte où j'entendais Rose et Alice, "Il est tellement merveilleux. Je suis tellement inquiète de tout gâcher. Je veux dire, ça a été si bien pendant les deux dernières semaines et tout semble si naturel avec lui…"
"Tu sais quoi, chérie ? Tu t'inquiètes beaucoup trop. Détends-toi et laisse les choses arriver. Si tu es simplement toi-même je ne pense pas que tu puisses faire tout foirer. Maintenant allons faire le brunch. Je vais partager ma recette secrète du pain à la banane et aux noix avec toi. C'est le préféré d'Edward et personne d'autre ne sait comment faire."
Le brunch chez les Cullen se passa sans effort. Nous étions nombreux mais chacun était accepté tel qu'il était, et différentes dynamiques semblaient être installées entre tous. Jasper et Rosalie étaient comme des membres de la famille et à ma grande surprise, je réalisai que j'étais aussi la bienvenue.
Les filles travaillaient dans la cuisine, coupant les fruits, préparant des frites, du pain perdu qui remplit la maison d'une odeur de cannelle à faire baver.
Le repas lui-même fut une cacophonie de voix qui parlaient ensemble ou en petits groupes, parfois tout le monde échangeait sur le même sujet. Le clou du repas fut lorsque Carlisle nous régala d'une sélection de blagues scandinaves qui parlaient de Sven, Ole et Lena, la plupart assez torrides dans leur chute. C'était un nouveau côté du bon docteur que je n'aurais jamais pu soupçonner et quand je ris et rougis à profusion à une blague particulièrement salace, je me demandais comment je ferai pour le prendre au sérieux lors de mon prochain rendez-vous.
A la fin du repas je me levai et commençai à récupérer les assiettes pour les ramener à la cuisine et aider à nettoyer.
"Hé ma belle, je m'en occupe," dit Edward, en me prenant les assiettes des mains et m'embrassant sur la tempe. "Va te reposer, je suis sûre que maman voudra te faire visiter la maison."
"Je peux aider," insistai-je.
"Non. Ce sont les règles de la maison, ceux qui cuisinent ne rangent pas. Tu seras bienvenue en cuisine mais après que chaque assiette sera étincelante."
"Eh bien c'est très strict," rigolai-je et je lui fis un baiser rapide avant de le laisser pour retrouver Esmée en suppliant qu'elle me fasse faire le tour de la maison.
Supplier fut totalement inutile. Esmée était trop désireuse de montrer son chef-d'œuvre avec Rosalie et même Alice qui était évidemment plus que familière de ces lieux et elle nous rejoignit alors que nous parcourions les couloirs.
Elles soulignèrent les points qui méritaient mon attention tout au long de la visite, comme la poignée de porte qu'Edward avait cassé un après-midi à neuf ans et était resté coincé dans sa chambre pendant trois heures avant que ses parents ne s'en aperçoivent à cause de son silence.
Ou alors à l'étage, le coup dans le couloir qui datait de l'été où Emmett avait décidé qu'il fallait qu'il fasse de la luge et était descendu dans un panier à linge par l'escalier… et s'était écrasé directement sur le mur.
Ou encore la fenêtre par laquelle Alice avait essayé de passer un soir quand elle était au lycée et qu'elle avait fini par tomber en arrière et atterrir dans les parterres de fleurs d'Esmée. Une fois qu'Esmée avait vu que sa fille était indemne, elle était plus en colère pour les dégâts causés à ses fleurs qu'autre chose.
Dans la chambre qui avait appartenu à Edward un petit tas d'articles de journaux était posé sur le bureau et celui qui était dessus me sembla très familier. C'était une coupure qui était parue dans la Pioneer Press le lendemain de la Saint Patrick, une photo d'Edward et moi au pub. Je me souvenais du moment exact où la photo avait été prise.
C'était juste après que je l'ai appelé mon petit-ami et qu'il s'était penché pour m'embrasser. Ma première réaction avait été de m'énerver qu'un moment si personnel et intime soit diffusé mais la photo était si précieuse que je ne pouvais pas en ressentir de l'amertume. Nos lèvres se touchaient à peine et s'étiraient en un sourire. Quand je l'attrapai pour l'examiner pour ce qui devait être la trentième fois en quatre jours, Esmée s'approcha de moi, parcourant les papiers avec son pouce.
"Il faut vraiment que je me mette à jour. La pile ne cesse de grossir."
"Qu'y a-t-il dedans ?"
"Des coupures de journaux pour les enfants, principalement les garçons et le hockey, il y en a quelques-uns des magazines de mariage qui mentionnent Alice."
"Qu'en fais-tu ?"
"J'ai une sorte d'album pour les ranger. Je ne les laisse pas trainer car ils pourraient se vanter et les exhiber. Mais je dois les garder. Je suis si fière d'eux tous."
"Et celle-là par exemple ? Tu es fière que ton fils soit photographié dans un bar ?"
"Il n'y a rien de mal à montrer des signes d'affection Bella. Mais non je l'ai gardé parce que je ne me souviens pas d'une fois où j'ai vu mon fils aussi heureux."
"Il a l'air heureux pas vrai ?" demandai-je, en passant mon pouce sur la photo.
"Oui il l'est et c'est toi qui le rends heureux, chérie," dit-elle, en embrassant ma joue et me laissant seule dans la chambre.
Je m'assis sur le lit, le même dans lequel Edward avait dormi enfant et je me mis à lire le texte sous la photo.
"En balade à St Paul pour fêter l'Irlande nous avons vu le Capitaine des Wilds, Edward Cullen, très affectueux avec la patineuse olympique Isabella Swan dont l'absence mystérieuse en compétition a fait beaucoup parler ces dernières semaines. Visiblement Swan est venue dans le Minnesota et des sources disent que le tombeur joueur de hockey local et la princesse des glaces éblouissante ont récemment commencé à se fréquenter. Nous avons tenté de contacter le représentant de Swan pour avoir des informations sur la future championne ainsi que la nature de sa relation mais nous n'avons rien obtenu."
Etre reconnue, voilà ce qui m'avait effrayée. Bien que je ne sois pas traquée, on m'avait reconnue une ou deux fois dans la rue depuis sa parution. Renée n'avait rien dit quand je lui avais brièvement parlé la veille et elle n'avait pas appelé pour m'engueuler alors je pouvais espérer qu'elle n'avait pas vu ce journal local.
Tôt ou tard elle finirait par apprendre pour Edward ou moi. Il n'y avait pas de raison d'avoir honte, pas du tout. Je n'étais simplement pas désireuse de le porter à son attention. Les choses se passaient si bien entre Edward et moi. Je ne voulais rien gâcher de cela.
"Hé !" Edward m'avertit de sa présence avec un coup contre le chambranle de la porte. "Puis-je entrer ?"
"C'est ta chambre…"
"Ou ça l'était," dit-il, en s'asseyant à côté de moi, reculant sur le lit et tenant ses genoux relevés pour pouvoir me tirer entre eux et reposer contre sa poitrine. " Elle ne ressemble plus du tout à ce qu'elle était quand j'étais plus jeune. Elle est bien mieux maintenant."
"Oh vraiment ?" ris-je.
"Ouais. Un ado et un équipement de hockey puant la transpiration n'est jamais un bon mélange."
"Je peux imaginer."
"J'aime cette photo," commenta-t-il, appuyant son menton sur mon épaule et levant la coupure de journal.
"C'est vrai ?"
"Pourquoi pas ? C'est une bonne photo. Moi en train d'embrasser ma merveilleuse petite-amie."
"Ça t'est égal que ton nom soit étalé en tête ?"
"Je ne suis pas très fan de ça, c'est vrai mais ça n'a jamais été un grave problème. Je ne sors pas et je n'ai jamais eu de problème avec la presse."
"Pas de squelette dans tes placards, hein ?" plaisantai-je.
"Non mes placards sont pathétiquement impeccables," dit-il, en récupérant la coupure et en la posant sur la table de chevet avant de passer ses bras autour de moi qui me contentais de rester tranquillement assise.
"Alors combien de filles as-tu embrassées sur ce lit ?" lui lançai-je après une minute.
"Zéro."
"Oh allez ! Tu n'as jamais amené une fille en cachette dans ta chambre ?" m'enquis-je, incrédule.
"Non, j'allais plutôt chez elle," fit-il en clignant de l'œil. "J'avais trop peur que ma mère nous surprenne."
Je me tournai et m'assis en tailleur entre ses genoux et fis courir mes doigts le long de ses bras en le regardant. "Alors est-ce que ça signifie que je vais être ta première pour quelque chose ?"
"Hum," fit-il, frottant ses mains dans mon dos et baissant la tête. "Promets juste d'être gentille avec moi," murmura-t-il, juste avant de poser ses lèvres sur les miennes.
⁂
Plus tard dans la journée je décidai de prendre Carlisle à part et de lui parler. Il était venu à la cuisine pour un café et je sautai sur l'occasion pour attirer son attention sans que personne d'autre ne soit présent.
"Carlisle, puis-je te parler un instant ?" lui demandai-je tranquillement de la porte.
"Oui bien sûr. Tu veux qu'on aille dans mon bureau ?"
"Euh ce n'est probablement pas nécessaire," dis-je, "ça ne devrait pas prendre longtemps."
"Ce n'est pas un problème, moins de chance d'interruption," dit-il, en désignant l'autre pièce alors qu'un éclat de rire retentissait.
"D'accord."
"C'est par là," me dit-il, en m'escortant dans l'escalier dans la pièce qu'Esmée avait désigné comme étant son bureau à la maison, refermant la porte tranquillement derrière nous et me faisant signe de m'assoir alors qu'il s'installait sur son bureau. "En quoi puis-je t'aider Bella ?"
"Je sais que je ne devrais pas t'embêter avec ça alors que tu es chez toi, j'aurai pu simplement prendre rendez-vous où appeler quand tu travailles," bégayai-je, réticente de discuter avec lui de quelque chose dont je ne ressentais même pas la nécessité.
"S'il te plait Bella je suis là chaque fois que tu as besoin de moi en tant que médecin ou ami. Sache juste que la confidentialité médecin patient existe même à l'extérieur de l'hôpital. Tout ce dont tu me parles reste entre nous. Maintenant dis-moi ce qui te préoccupe. "
"Eh bien je sais que mon prochain rendez-vous est en avril. Je fais la kiné avec Seth qui est génial. Je patine presque tous les jours et mon genou va bien mais je sais que tu as dit que c'est quand ça va mieux que ça devient risqué et qu'on peut se blesser à nouveau…" et il fut assez aimable de continuer lorsque je m'arrêtais.
"C'est exact. Alors que ton ligament a guéri au point de ne plus te causer d'inconfort physique, il faut encore du temps pour retrouver la force nécessaire à l'intensité de l'effort que tu exerces sur cette articulation."
"C'est exactement ça !" m'exclamai-je, incapable de rester assise pendant que la frustration frémissait. Je traversai la pièce pour regarder par la fenêtre, surplombant leur vaste cour arrière, toujours en hibernation.
"C'est exactement ce que je pensais et ce que je lui ai dit mais m'écoutera-t-elle ? Non."
"De qui parles-tu ?"
"Ma mère. Elle m'a appelé et voulait que j'avance mon rendez-vous. Elle pense que tu vas changer d'avis et me dire que je peux reprendre l'entraiment intensif… ou il y a deux semaines quand elle voulait que je te parle. Je n'ai rien fait que toi ou Seth m'ayez dit de ne pas faire," l'assurai-je en me tournant vers lui. "Je ne veux pas risquer de me faire mal. Elle est tellement... difficile. Elle n'a jamais vraiment compris la nature de ma blessure ou combien c'est sérieux, alors il lui semble que j'ai fait une petite chute et que j'exagère la gravité de la situation tous ces derniers mois."
"Eh bien, je suis content d'apprendre que tu ne l'as pas écoutée. Je t'assure que ce type de blessure peut être extrêmement grave s'il n'est pas traité correctement, ce qui entraînerait des dommages permanents qui affecteraient ta vie de tous les jours, sans parler de la fin de ta carrière de patineuse. Je sais qu'avril n'est qu'à quelques semaines et ça semble si près que ça ne devrait pas faire de différence mais si, ça en fait une. Tu es toujours en train de guérir et plus tu seras capable d'éviter l'effort, plus ton genou sera fort."
"Alors, tu crois que je vais devoir attendre encore plus longtemps ? Serait-il préférable de ne pas recommencer l'entraînement, même après le rendez-vous dans trois semaines ?"
"Quatre mois, c'est une période de convalescence parfaitement satisfaisante, Bella. Tu devrais être prudente au début et faire attention à ce que tu ressens. Si tu remarques que ton genou gonfle ou te cause des ennuis, tu devras mettre de la glace et te reposer. Tu devras porter l'attelle pendant un moment. Tu n'en auras probablement pas besoin après les premières semaines mais quand tu recommenceras à travailler tu devras la porter jusqu'à ce que tu te sentes à l'aise de t'en passer."
"D'accord. C'est une bonne chose. Rien de différent de ce à quoi je m'attendais ou de ce que tu m'as dit au début."
"As-tu d'autres questions ?"
"Non. Ce n'étaient même pas vraiment mes questions. Tu veux appeler ma mère et lui dire tout ça ? Peut-être qu'elle t'écouterait toi…" dis-je, en plaisantant presque.
"Malheureusement, ma clause de confidentialité m'empêche de partager toute information concernant ta santé."
"Même avec ma mère ?"
"Oui, une fois que tu as plus de dix-huit ans, ta santé est complètement ton affaire. Il faudrait que tu signes une autorisation pour que je puisse en dire quelque chose…" Il s'arrêta un moment, l'air incertain de savoir comment continuer. "Bella, puis-je parler librement ?"
"Bien sûr," répondis-je, curieuse de savoir de quoi il voulait parler.
"Esmée m'a parlé un peu de ta mère. S'il te plaît, ne lui en veux pas de me l'avoir dit, ma femme et moi avons une relation très ouverte, nous n'aimons pas garder de secret l'un pour l'autre."
"Non, c'est bon."
"Ma famille est très prise de toi, et bien que j'aie eu moins d'occasions d'apprendre à te connaître, je me soucie de toi et de ton bien-être. Je devrais te décourager fortement de... d'accorder à ta mère tout accès à tes affaires, qu'il s'agisse de ta santé ou d'autre chose. On dirait que c'est une invitation aux ennuis."
"Tu ne te trompes pas…" soupirai-je. "C'est quelque chose sur quoi je travaille. C'est compliqué."
"Si tu as besoin d'aide, de conseils, de recommandations… ? J'espère que tu sais que tu peux venir nous voir."
"Merci, Carlisle."
"Pas de problème. On va voir si Emmett a laissé des cookies ?"
"Je n'y compterais pas," gloussai-je. "Vas-y, je vais m'arrêter aux toilettes vite fait."
Il redescendit l'escalier et j'allai à la salle de bain, m'assis sur le couvercle fermé des toilettes en sortant mon téléphone et tapai un message rapide.
Le 7 avril et pas un jour avant. Ordre du médecin. Laisse tomber, c'est tout.
⁂
Les derniers jours de mars filèrent et pas seulement pour moi. Avec la saison des mariages et l'approche de son propre mariage avec Jasper, Alice allait et venait plus souvent que d'habitude. Elle avait l'air d'être une mariée étonnamment calme et je ne pouvais qu'imaginer sa profession et le nombre de mariages qu'elle avait organisé pour d'autres. Jasper et elle avaient décidé de se marier en juin, au lac familial dans le nord du Minnesota. Elle avait dit que ce serait une petite affaire, relativement privée, ce qui m'aurait peut-être surpris si je ne la connaissais pas.
Tandis qu'Alice avait l'air élégant et appréciait d'être vue en société, j'avais appris qu'au fond, c'était une femme qui chérissait sa famille avant tout. Je n'avais aucun doute qu'elle ferait un mariage élégant, tout à fait adapté à son style et à celui de Jasper. Sa dernière 'corvée de mariage' a été d'assembler et d'écrire les adresses sur ses invitations. Elle nous avait déjà engagées, Rose et moi, pour une soirée entre filles début avril.
Les gars étaient tout aussi occupés alors que la saison régulière tirait à sa fin et que la course à la place dans les séries éliminatoires était passée à la vitesse supérieure. Leur classement leur laissait une bonne chance mais rien n'était garanti. Leurs entrainements étaient prolongés et quand ils n'étaient pas sur la patinoire ou sur la route, ils étaient tous assez épuisés et voulaient juste s'affaler et traîner dans un de nos appartements.
Pour ma part, je restai concentrée sur mon objectif d'être prête pour le mois d'avril et pour mon rendez-vous avec Carlisle. Je ne voulais pas trop espérer mais s'il donnait son accord, je serais prête à m'entrainer. Je commençai à m'impatienter de reprendre l'entrainement.
Les Championnats du monde de patinage artistique devaient avoir lieu à Los Angeles le week-end prochain et contrairement à la dépression que j'avais vécue pour les Nationaux, j'étais cette fois-ci remplie d'un désir ardent d'être là, de mettre la dernière main à mon rêve.
Les Mondiaux fixeraient le nombre de créneaux attribués à chaque pays pour Vancouver. Les préparatifs pour les Jeux Olympiques commençaient déjà et j'avais hâte de me remettre en action.
Edward et moi avons essayé de passer du temps libre ensemble, seuls ou avec nos amis. Un après-midi, il m'avait convaincue de faire l'école buissonnière et d'aller voir un film en matinée. Nous avons mis les pieds sur les sièges vides devant nous, relevant les accoudoirs et nous blottissant l'un contre l'autre, nos doigts prenant du pop-corn dans le grand seau et buvant avec la même paille dans l'énorme gobelet de soda.
Notre relation physique restait la même, avec des baisers innocents et des étreintes persistantes. Il y eut des moments où je voulais plus que cela, pour qu'il ne s'échappe pas chaque fois qu'il sentait qu'un baiser devenait peu trop intense, pour qu'il relâche le contrôle étroit qu'il semblait exercer sur lui-même et qui ne voulait pas laisser ses mains errer.
Je ne savais pas comment lui communiquer ça, donc pour l'instant, j'appréciai le point où nous en étions, me permettant ainsi d'être de plus en plus à l'aise et confiante dans notre relation. Quand nous ne pouvions pas nous voir, nous nous parlions encore au téléphone ou par SMS. Il savait que mon rendez-vous approchait mais je ne dis pas exactement quand il devait avoir lieu, ne voulant pas le distraire alors qu'il était si occupé par son job.
J'assistais à tous les matchs à domicile et j'applaudissais avec enthousiasme depuis les tribunes. Des fans m'avaient arrêtée une fois ou deux dans la foule, ils savaient, à cause de l'article, que je serais là pour soutenir Edward. Alice et Rose riaient à chaque fois qu'on s'approchait de moi, me disant que c'était étrange de me voir comme Isabella Swan, Princesse de la glace, plutôt que Bella, leur amie.
Sachant que l'endroit où je vivais était maintenant connu du public, j'aurais dû me préparer un peu pour l'appel téléphonique que je reçus un jeudi après-midi. Quand je pris l'appel je fis presque tomber le téléphone tellement j'étais choquée, réussissant à appuyer sur le bouton et à le mettre à mon oreille.
"Papa ?" demandai-je, curieuse de savoir pourquoi il appelait.
Il m'appelait si rarement, surtout à l'improviste. Il se faisait toujours un point d'honneur à me contacter pour mon anniversaire et avant les vacances de fin d'année. Nous nous envoyions des mails à l'occasion pour nous tenir au courant de nos vies mais je n'avais pas eu de ses nouvelles depuis que j'étais arrivée dans le Minnesota.
Je l'entendis s'éclaircir la gorge, le son était légèrement étouffé car il devait tenir le téléphone à distance. "Hey, Bells, euh Bella. Comment ça va, ma fille ?"
"Bien, super, euh... ok, je suppose," bégayai-je, me sentant toujours un peu mal à l'aise pendant nos conversations et sentant qu'il l'était autant que moi. "Comment vas-tu ?"
"Très bien, pas grand-chose à signaler."
"Rien d'excitant à Forks ?"
"Pas trop. Harry Clearwater a accroché une grosse truite il y a quelques semaines et Billy Black a passé beaucoup de temps à visiter mon écran plat avec la saison de hockey en pleine effervescence."
"Oh, oui, c'est vrai. Le fils de Billy joue, n'est-ce pas ?" demandai-je, me souvenant vaguement qu'il parlait de lui de temps en temps dans le passé.
"Ouais, Jake est à Chicago avec les Blackhawks."
"Ha. J'avais oublié ça…" marmonnai-je, curieuse de savoir si Edward ou les gars le connaissaient. Je n'avais jamais rencontré Jake mais je savais que Charlie et son père étaient de bons amis.
"C'est ce qui m'a poussé à t'appeler," bégaya-t-il, et je me demandai s'il avait toujours la moustache et s'il la touchait encore quand il était mal à l'aise comme il le faisait quand j'étais petite.
"Quoi ? Jake ? Je ne le connais même pas," dis-je, perplexe.
"Non, non, pas Jake. Euh les matchs de hockey. Nous regardions les Capitals jouer au Minnesota hier soir et je t'ai vue dans les gradins.
"Et ?" demandai-je bêtement.
"A la télé, Bells. Ils t'ont filmée dans les gradins sur ESPN pendant le match, et ont mentionné quelque chose te concernant ainsi qu'un joueur."
"Ah," dis-je tranquillement, incertaine de savoir quoi répondre. Est-ce qu'il essayait de confirmer ? Etait-il mécontent que je sorte avec un joueur de hockey ? Pourquoi s'en préoccuperait-il ? Je veux dire je sais qu'il est mon père mais il avait si peu d'intérêt dans ma vie que cela ne me renseignait pas du tout sur le but de son appel.
"Je veux juste… je ne… Ecoute Bella tu as ta vie et je ne veux pas m'en mêler. Je voulais juste te dire que tu avais bonne mine. Tu sembles heureuse. Et c'est bon de te voir comme ça."
"Merci papa," murmurai-je.
"Ouais et bien ce n'est pas mon rôle comme je l'ai dit. Je n'avais jamais entendu dire que tu sortais avec un garçon par le passé. J'espère juste qu'il te traite bien."
"Oui papa. Edward est génial. C'est un gars bien."
"Bon c'est bon. D'accord je voulais juste vérifier et dire bonjour. Comment va ta mère ?"
"Je n'en sais rien papa. Elle et moi ne sommes pas dans les meilleures dispositions pour le moment."
"Tu vas bien… Bella ? Je sais qu'elle peut être difficile."
"Oui je commence seulement à voir combien elle l'est," dis-je avec un long soupir.
"Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour t'aider ?"
"Je ne sais pas, papa. Je ne sais pas ce que tu sais concernant mon patinage, sur ce qui est en train de se passer maintenant. C'est juste très compliqué," marmonnai-je, en retombant dans mes oreillers.
"Quel est le problème, ma fille ?"
"C'est peut-être rien. Elle me harcèle beaucoup depuis quelque temps. J'essaie de me débrouiller toute seule depuis que je l'aie quittée mais elle est toujours responsable de ma carrière, de mes finances, Je ne suis pas sûre de savoir comment faire changer tout ça, faire en sorte qu'elle arrête de contrôler toute ma vie."
"Tes finances ?" demanda-t-il, de la surprise dans la voix. "Est-ce qu'elle gère encore tes comptes Bells ?"
"Oui elle l'a toujours fait. Pourquoi ? Papa ?" insistai-je, comme il ne répondait pas.
"Oui, désolé, je suis là," grommela-t-il après un instant.
"Je suis désolée, je n'aurai pas dû t'embêter avec ça. Ce n'est pas ton problème," murmurai-je, gênée de m'être ouverte autant à lui. Fréquenter les Cullen commençait vraiment à me faire perdre mon habileté à garder les choses pour moi. Et à me taire.
"Bella…" commença-t-il.
"Non vraiment c'est bon. Je m'en occupe. Comme tu l'as dit, tu ne veux pas t'en mêler et je ne veux pas t'entrainer dans mes problèmes. Je suis heureuse que tu m'aies appelée papa. Je suis ravie de t'entendre," dis-je voulant mettre fin à l'appel.
"Oui d'accord. Bien j'espère que les choses iront bien alors. Prends soin de toi Bells."
"Oui toi aussi."
"Toujours," murmura-t-il et il y eut une pause maladroite avant que je raccroche.
Je restai allongée à regarder le plafond, mon front se plissa. De quoi s'agissait-il ? Nous. Si souvent nos appels ressemblaient à ceux de connaissances occasionnelles. Nous ne faisions pas vraiment partie de la vie de l'autre. Je n'avais jamais vraiment su quoi lui dire et je n'avais jamais pensé qu'il se souciait vraiment de ce qu'il se passait dans ma vie. Il ne s'était jamais intéressé à mon patinage pourtant c'était notre seul sujet de conversation.
Quand j'étais enfant il venait rarement à la patinoire, ses horaires de travail à l'époque rendaient difficile sa venue à mes entrainements et il n'était venu que quelquefois me voir en compétition. Ma mère avait toujours été là alors peut-être pensait-il que je n'avais pas besoin de lui. Je suis sûre que le patinage artistique et les paillettes n'étaient pas vraiment sa tasse de thé, ça ne devrait pas me déranger autant qu'il ne s'y intéresse pas.
Mais il ne le faisait pas et je me débrouillais bien par moi-même. Bien sûr les choses avec Renée étaient compliquées mais j'arrivais à gérer. Je n'avais pas besoin que Charlie intervienne. J'avais peut-être souhaité que mon père s'investisse et me sauve quand j'étais petite mais les choses n'étaient pas ainsi entre Charlie et moi. Tout le monde n'est pas une fille à papa.
⁂
Le mardi suivant je m'assis, seule cette fois, dans la salle d'attente de St Joseph et attendis avec anxiété qu'on m'appelle.
Je n'avais parlé à personne de mon rendez-vous ce jour-là. Edward avait un long entrainement cet après-midi, Rose travaillait et Alice devait organiser plusieurs réunions avec des clients et faire des courses. Je ne voulais pas les déranger mais même plus que ça je ne voulais pas me porter la poisse. Si j'avais de la chance aujourd'hui allait être le jour où je pourrais recommencer à m'entrainer. Mon sac de patinage était dans le coffre de ma voiture et j'avais déjà appelé la patinoire pour prolonger mon temps sur la glace cet après-midi juste au cas où. Je ne savais pas ce que je ferais si Carlisle me disait que je n'étais pas encore prête. Je devais l'être.
L'infirmière m'appela, me guida dans les étapes préliminaires et me laissa attendre Carlisle qui arriva presque de suite.
"C'est le grand jour, Bella," dit-il en passant la porte, en me tapotant le dos affectueusement avant d'ouvrir mon dossier.
"Je l'espère."
"Bon, regardons ça et nous serons fixés,"' dit-il, en commençant son examen.
Quinze minutes plus tard j'avais ma réponse. Il n'avait même pas eu besoin de dire les mots, le sourire encourageant sur son visage me disait tout ce que j'avais besoin de savoir.
"Alors ?" lui demandai-je, essayant de ne pas paraitre trop excitée.
"Bella, je veux que tu te rappelles ce que nous avons déjà dit. N'en fais pas trop, écoute ton corps et porte l'orthèse pour commencer mais si tu veux mon opinion professionnelle, c'est bon tu peux y aller."
"Vraiment ?"
"Vraiment. Tu pourras nous réserver une place à Vancouver, à Esmée et moi, pas vrai ?" demanda-t-il, avec un sourire.
Je ne pus retenir plus longtemps un cri d'excitation et je me levai d'un bond et le serrai dans mes bras, me reculant rapidement, soudainement embarrassée. "Désolée ? Je suis désolée, je suis tellement soulagée. Merci beaucoup Carlisle."
"Hé je n'ai rien fait. Tout le mérite te revient."
"Alors je peux sauter à nouveau ? Aujourd'hui ?"
"Oui, mais…" il leva un doigt. "Je précise, n'en fais pas trop. Tu peux sauter. Commence avec des sauts simples et ceux qui sont le moins difficiles. Tu ne vas pas exécuter des triples sauts tout de suite. Et si je peux te demander quelque chose… j'aimerais que tu m'envoies des nouvelles quand tu l'auras fait, simplement pour que je sache comment ton genou réagit."
"D'accord c'est promis," dis-je, prête à me précipiter dehors, vibrant pratiquement d'excitation.
"Et bien qu'est-ce que tu attends ? Va retrouver la glace, Bella !"
Il n'eut pas besoin de me le dire deux fois. Je lui souris, disant au revoir rapidement avant de partir précipitamment en direction de la patinoire.
Moins de quinze minutes plus tard j'étais à l'entrée, un exploit impressionnant car il fallait généralement vingt minutes pour aller de l'hôpital, au centre-ville, à la patinoire. Je pouvais sentir l'adrénaline circuler dans mes veines, m'encourager. Tout ce que je voulais c'était faire un tour rapide sur la glace et me lancer pour un triple axel parfait. Et j'avais l'impression que je pourrais y arriver simplement grâce à cette montée d'adrénaline. Mais n'était-ce pas simplement provoquer des ennuis ?
Je fis un pas en arrière, levant ma jambe pour reposer mon talon sur les planches dans un long étirement, contrôlant ma respiration pour me calmer et ne pas me précipiter dans quoi que ce quoi qui pourrait me faire revenir voir Carlisle.
Quand je me sentis suffisamment souple, je lâchai la rambarde et glissai sur la glace vide. J'envisageai de mettre de la musique mais décidai que non. Je n'avais besoin de rien d'autre pour me motiver encore plus ou alors j'allais me mettre à rebondir contre le plafond en métal. Je me demandais si Alice se sentait comme ça tout le temps, elle semblait toujours avoir plus d'énergie que ce qui pouvait être contenu de manière réaliste dans une personne aussi petite.
Ok Bella commence lentement. Ne va pas trop loin.
Je me mis à faire mes tours d'échauffement, laissant les longues foulées régulières me calmer davantage. Ça fonctionna. En quelque sorte. Jusqu'à la fin de mes quinze tours obligatoires. Ensuite je redevins une boule de nerfs purs et d'énergie.
Peut-être devrais-je attendre Marcus ? Non c'est stupide. Ça fait combien d'années que tu sautes ? Si tu n'arrives pas à te débrouiller seule, tu peux tout aussi bien tout arrêter maintenant.
Je détestais vraiment que ma voix intérieure ait raison.
Vas-y Swan. Rien de tel que le présent.
J'accélérai progressivement. Je sentais que je m'approchais d'une vitesse qui pourrait me lancer dans un solide double si je le voulais.
Pas si vite, Swan. Des petits pas.
Relevant légèrement le pied devant moi, je pris une grande respiration... et je paniquai. Juste au moment où j'étais sur le point de me mettre sur la pointe, une série d'images me traversèrent l'esprit, toutes impliquant la douleur et le désastre.
"Merde," murmurai-je, en tirant ma jambe vers l'arrière. Y avait-il un truc du genre syndrome post-traumatique quand il s'agissait de blessures de patinage artistique ?
J'étais déjà tombée un million de fois. Tous les patineurs tombent. Il y a une raison pour laquelle tomber correctement est le premier truc qu'un bon instructeur nous apprend. Et bien sûr, ça fait encore mal parfois mais la récompense de ce sentiment d'exaltation la seule fois où tu n'es pas tombé vaut chaque tentative ratée.
C'est dans cet esprit que je décollai une fois de plus sur la glace, le bruit de patins semblait me murmurer à l'oreille "Allez, Bella. Allez, Bella." Un peu comme un petit moteur. Peut-être que ça pourrait m'aider.
En croisant les pieds, je chantai doucement : "Je crois que je peux. Je pense que je peux."
J'hésitai une fois de plus à tendre le pied, en me raffermissant pendant que je me mettais sur la pointe du patin, et me déconnectant de la glace pendant une fraction de seconde et… tombant.
"Aie !" gémis-je, quand l'air me quitta, en atterrissant lourdement sur ma hanche. "Ça va laisser une marque."
Tu vois, Bella. C'est pourquoi il ne faut pas hésiter. Tu hésites, tu tombes.
Alors que je me préparais à une autre tentative, étrangement je me souvins de la scène d'un vieux film avec Fred Astaire et Ginger Rogers que j'avais vue quand j'étais gosse. Ginger essayait d'apprendre à Fred à danser car il tombait comiquement tout le temps. Comment c'était déjà ?
Reprends-toi en main. Dépoussière-toi. Recommence à zéro.
Alors, c'est ce que je fis. Encore et encore. Et encore une fois. Tombant à chaque fois, toujours pour des raisons différentes. Pas assez de vitesse, trop de rotation, pas assez de rotation. La douleur dans ma hanche me faisait frémir et un bleu sur l'épaule commençait à se voir. Ça ne me dissuada pas, ça m'incita simplement, déterminée à atterrir bien une seule fois.
Puis, lors de ce qui dut être ma vingt-cinquième tentative, je le sentis. Serrant les dents, je sautai, le pied en avant. Ça devait être la bonne. Vitesse parfaite, parfait timing, il n'y avait aucune chance que je n'atterrisse pas.
Alors que je m'envolais dans les airs, le temps sembla ralentir pendant un instant, toute ma concentration se rétrécit, visualisant un retour en douceur sur la glace et une seconde plus tard, c'était une réalité. Je glissai, la jambe suspendue derrière moi, les bras tendus pour l'équilibre alors que je m'abaissais pour arriver à m'arrêter et éclater triomphalement de rire.
Enfin.
Je ne m'arrêtai pas là, le reste de mon après-midi sur la glace fut rempli de tentatives de sauts divers mais jamais au-delà d'une seule rotation. Cela viendrait à point nommé. Certains vinrent facilement, tandis que d'autres me firent manger beaucoup plus de glace et augmenter le nombre de bleus qui se formaient sur ma peau.
Au bout de trois heures, j'étais fatiguée, en sueur, je pouvais à peine bouger. Et je me sentais fantastique.
Edward m'appela juste au moment où j'essuyais mes lames. Après une petite discussion, il m'invita à dîner chez lui ce soir-là. Je n'y étais jamais allée avant et j'étais excitée de voir son cadre de vie. Serait-ce moderne ou vintage, comme sa maison d'enfance ? Serait-il propre ou aurait-il des piles de trucs par tout ? Serait-ce la "garçonnière" typique ou quelque chose de complètement différent ? Je ne savais pas à quoi m'attendre mais je m'amusais à deviner en rentrant chez moi et pendant que je me rinçais les cheveux, me donnant quelques minutes supplémentaires sous l'eau chaude pour soulager mes douleurs. Je voyais déjà du violet se montrer.
Habillée décontractée, en jeans, en débardeur et une chemise qu'Alice m'avait fait prendre le premier jour chez Target, je mis du mascara et du brillant à lèvres, me souvenant à la dernière seconde avant de partir que j'avais promis à Carlisle de lui dire comment s'était passé ce premier entrainement.
"Bella, comment ça s'est passé ?" répondit-il, après deux sonneries.
"Bien. Bien. J'ai survécu et mon genou est toujours intact, alors c'est bien ça ?" gloussai-je d'autodérision.
"Ça va devenir plus facile, Bella," dit-il, "Tu vas devoir être patiente."
"Je sais que tu as raison. C'est juste difficile d'accepter que je puisse faire si peu quand je sais que je suis capable de plus."
"Tu en es encore capable, tu n'as plus qu'à rééduquer le genou pour qu'il te soutienne. Tu y arriveras."
"Ouais. Je suis un peu mal en point mais mon genou ne me fait pas mal."
"Je suis content de l'entendre. Ecoute, Bella, je veux te prévenir de quelque chose," dit-il, sa voix pleine de réconfort.
"Oui, de quoi ?"
"Ta mère a appelé cet après-midi pour obtenir des informations sur ton rendez-vous. On ne lui a rien dit, je t'ai parlé de notre confidentialité. Mais j'ai pensé que tu devais savoir."
"Merci, Carlisle. Ce n'est pas vraiment une surprise. Je n'ai pas été aussi ouverte avec elle ces derniers temps, c'est logique qu'elle cherche l'information ailleurs."
"Eh bien, tu lui dis quand tu veux, c'est à toi de voir."
"Kay. Merci encore une fois."
"Bonne soirée, Bella."
"Ouais, à toi aussi. Dis à Esmée que je lui passe le bonjour, d'accord ?"
"Bien sûr, elle sera ravie de l'entendre."
Moins d'une minute après la fin de l'appel, j'appelai Renée, tenant le téléphone entre l'oreille et l'épaule pendant que je fermai à clé derrière moi. Elle n'arrêterait pas tant que je ne lui donnerais pas quelque chose.
Je fus surprise de tomber sur sa messagerie. C'était tellement rare qu'elle ne réponde pas à mes appels. Peut-être qu'elle était sortie pour la soirée. Je haussai les épaules, laissant un bref message disant que j'avais appelé et que je lui parlerais plus tard avant d'éteindre mon téléphone. Je n'avais pas besoin qu'elle interrompe ma soirée avec Edward.
Je montai dans ma voiture en faisant attention, sentant déjà les ecchymoses apparaître sur tout mon corps au vu de mes nombreuses chutes de cet après-midi. Ça n'allait pas être beau à voir. Suivant les indications d'Edward, il me fallut moins de dix minutes pour me garer devant chez lui.
Une fois dans l'allée, je dus sourire. Ça lui ressemblait. Ce n'était pas prétentieux mais élégant et beau tout en paraissant encore chaud et confortable. C'était une maison de style Craftsman, grise et blanche avec un toit à deux pentes, bas, et une large terrasse à l'avant avec des colonnes effilées en pierre et bois blanc. C'était complètement charmant. Surtout quand la porte d'entrée s'ouvrit et qu'Edward sortit, s'appuyant sur la balustrade en attendant que je remonte l'allée, me donnant un léger baiser avant de me conduire à l'intérieur. Il prit mon manteau et le suspendit dans le placard pendant que je me déchaussai en observant l'entrée.
"Alors ?" dit-il, en se balançant un peu sur ses talons, les mains enfoncées dans les poches de son jean.
"Alors ?" répondis-je, ne sachant pas à quoi il faisait allusion.
"Qu'en penses-tu ?"
Je gloussai un peu. "Je ne sais pas, jusqu'ici je n'ai vu que le placard à manteaux. C'est très organisé."
Il rit, ses épaules détendues alors qu'il retirait ses mains de ses poches, pour prendre la mienne. "Ouais, je suppose que je devrais te laisser voir cet endroit avant de te demander de te forger une opinion. Allons faire le tour," dit-il, me tirant avec empressement dans sa maison.
Plus j'en voyais, plus j'aimais sa maison. Chaque partie lui allait et il semblait complètement à l'aise dans son environnement. Les poutres de bois foncé au plafond, les bibliothèques encastrées pleines de livres et de photographies encadrées, la cheminée en pierre avec des bûches, l'élégant piano dans le salon, de belles portes-fenêtres, la cuisine récemment rénovée avec des appareils électroménagers en acier inoxydable et des placards en bois foncé. Autant j'aimais mon appartement, ce n'était rien comparé à ça.
"Maintenant je peux officiellement le dire…" dis-je, en terminant la visite dans la cuisine, "… je suis amoureuse de ta maison. Tu veux faire un échange ?"
Il rit en me prenant dans ses bras. "Ça dépend, Swan. Qu'es-tu prête à offrir ?"
"Il faudra peut-être que je vienne plus souvent."
Il fit un bruit d'acceptation, frottant son nez contre le mien. "Hum, j'aime ça. Tu es toujours la bienvenue "
"Tu ne devrais probablement pas faire une invitation aussi ouverte. Il se peut que mon courrier soit redirigé vers l'alcôve de ton salon."
"Tu n'entendras pas d'objection de ma part," dit-il, pressant ses lèvres sur les miennes. "Tu sais, tu as déjà une alcôve dans ton appartement..."
"Je sais, j'aime la mienne. Je ne pense pas que je pourrai vivre quelque part où il n'y en a pas."
"Alors quoi ? Ça fait de toi une dépendante au… siège de fenêtre ?"
"Tu pourrais dire ça. C'est juste l'endroit parfait pour se blottir et se perdre dans un livre ou rêver toute la journée."
"Eh bien tu es plus que la bienvenue de venir rêver ici sur mon siège de fenêtre."
La minuterie du four sonna, il y alla et prit un gant de cuisine.
"Tu as cuisiné ?" demandai-je, véritablement surprise.
"Oh non. Je ne cuisine pas. J'aimerai beaucoup pouvoir le faire… mais maman me gâte avec des repas surgelés de temps en temps. Celui-là est tout d'elle," dit-il, en sortant un plat de lasagnes du four, une odeur d'ail, de fromage et de sauce tomate flotta dans la cuisine. "J'ai quand même déballé le pain à l'ail…"
"Waouh tu es un vrai Mario Batali*," me moquai-je, appuyée contre l'îlot et il sortit des assiettes et des verres d'un des placards. "Puis-je aider ?"
"Je pense que c'est prêt. Le principal avantage des lasagnes c'est qu'il n'y a besoin de rien d'autre," dit-il, en découpant les pâtes avec une spatule et en déposant les parts dans les assiettes. "C'est assez pour toi ?"
"Oui ça semble génial," dis-je. Il coupa deux tranches de pain à l'ail et m'en tendit une.
"Le vin est déjà sur la table basse," me dit-il, en prenant deux serviettes en tissu sur le comptoir ainsi que deux fourchettes. "J'ai pensé que nous pourrions manger au salon. Je ne me sers pas vraiment de la table de la cuisine."
"Parfait pour moi."
Nous nous installâmes sur le canapé moelleux et attaquâmes les délicieuses pâtes.
"Depuis combien de temps tu vis ici ?"
"Quelques années maintenant. J'avais un appartement près de chez toi mais vivre dans une maison me manquait. J'aime avoir un espace à moi avec personne d'autre dans le coin."
"Oui, je sais ce que tu veux dire. La vie en appartement n'est pas toujours ce qu'il y a de mieux. Cet endroit est magnifique. Pas du tout comme celui d'un célibataire."
"Bon j'admets avoir une assez grande salle de jeux au sous-sol. J'essaie de ne pas laisser les souvenirs scintillants de sport déborder dans le reste de la maison.
"C'est Esmée qui a fait la décoration ?"
"Elle a aidé. Mais j'ai beaucoup fait par moi-même. Je ne suis pas tout à fait nul non plus."
"Quoi qu'il en soit c'est très impressionnant," dis-je, en posant ma fourchette et en reposant mon assiette sur la table basse.
"Tu as fini ?" demanda-t-il, en prenant mon assiette pour la ramener à la cuisine.
"Oui. Je ne pourrai pas en manger plus. Ta mère est vraiment une très bonne cuisinière."
Nous nous installâmes dans le canapé confortablement quand il revint, la digestion me rendait somnolente alors que nous nous blottissions l'un contre l'autre et bavardions paresseusement. Je me surpris en train de m'assoupir quand il bougea un peu, touchant un point particulièrement douloureux à mon épaule. Je ne pus retenir la grimace à cause de la douleur.
"Qu'est-ce qu'il y a ? Ça va ?" demanda-t-il inquiet.
"Oui ça va," le repoussai-je, ne voulant pas en faire une grosse affaire.
"Qu'est-ce que c'est ?" demanda-t-il.
"Rien, Edward. Un bleu. Ne t'inquiète pas pour ça."
"Ça doit être méchant si tu fais cette grimace. Est-ce que je peux voir ?"
"Edward…" protestai-je.
"S'il te plait," plaida-t-il, défaisant ma résistance.
"Bien. Tu n'arrêteras pas tant que tu n'auras pas vu alors…"
"Ravi que nous nous comprenions," sourit-il, pendant que je déboutonnais mon chemisier pour pouvoir écarter le tissu et montrer mon épaule.
"Seigneur Bella," grimaça-t-il, alors que la peau violette de mon épaule apparaissait. "Que diable as-tu fait ? Plongé comme une bombe sur la glace ?"
"Euh ouais, en quelque sorte."
"Tu ne devrais rien faire qui conduises à ce résultat. Qu'as-tu fait ?"
"Des sauts."
"Bella…" commença-t-il, pour objecter mais je secouai la tête pour l'interrompre.
"Ton père m'a dit que ça allait. J'ai eu un rendez-vous avec lui ce matin."
"Tu as eu ton rendez-vous ? Qu'a-t-il dit ? Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?" demanda-t-il rapidement.
"Oui je l'ai vu. Il m'a dit que je pouvais recommencer mon entrainement normal."
"Bella c'est formidable !" s'exclama-t-il, me serrant dans ses bras et faisant un effort pour éviter de toucher mon bleu. "Alors si je comprends tout, tu as recommencé immédiatement."
"Oui, oui, pas vraiment de temps à perdre. Ce n'était pas joli-joli mais j'ai réussi à me réceptionner sans tomber plusieurs fois. Je suis tombée, beaucoup c'est vrai… d'où les bleus."
"Tu en as d'autres ?"
"Probablement. Un sur ma hanche c'est sûr, je peux le sentir." Il m'observa un moment avant de se lever me tirant par la main.
"Viens avec moi," demanda-t-il.
"Où allons-nous ?" demandai-je, alors qu'il m'entrainait dans l'escalier.
"En haut. J'ai quelque chose qui pourrait aider."
"Où en haut ?"
"Ma chambre."
"Tu essaies de me mettre dans ton lit, Cullen ?" fis-je, un sourcil haussé en le suivant.
"Pas pour ce à quoi tu penses," dit-il, en me regardant par-dessus son épaule. "Je vais attendre que tu ne grimaces plus de douleur à chaque fois que je te touche. Reste là un instant."
Il me laissa en haut de l'escalier et entra dans une petite pièce, une salle de bain sûrement. Tout l'étage était sa chambre qui était mansardée, des fenêtres sur les côtés et un puits de lumière au-dessus de l'immense lit en bois sombre. Les murs étaient vert mousse, les rideaux et les coussins chocolat accentuaient l'espace et une couette ivoire recouvrait le lit.
"Tu as un débardeur là-dessous," demanda Edward en revenant, un petit pot à la main.
"Oui pourquoi ?"
"Enlève ton chemisier."
"Quoi ?" m'exclamai-je, surprise par sa demande.
"Le chemisier Bella," il roula des yeux. "Garde le débardeur et couche-toi."
"Qu'est-ce que tu es autoritaire dans ta chambre," marmonnai-je, finissant de déboutonner mon chemisier et le posant au bout du lit.
"Ce sera quelque chose que nous pourrons explorer un autre jour. Sur le ventre Swan !"
Je fis ce qu'il dit. M'allongeant dans la largeur, ma tête reposant sur mes bras croisés. "Bon maintenant que tu m'as fait mettre là, qu'est-ce que tu as prévu de me faire ?"
"Ça," dit-il, me mettant le pot devant le visage alors qu'il montait à genoux sur le lit pour se rapprocher de moi.
"Glace minérale ? Edward ce n'est pas vraiment nécessaire. J'en ai à la maison, je peux faire ça plus tard."
"Ou on peut le faire maintenant et tu te sentiras déjà mieux plus tard."
Je marmonnai un peu mais ne discutai pas alors qu'il dévissait le couvercle, le posant sur le matelas, mettant un genou de chaque côté de mon dos. Il sortit un peu de gel bleu, le frotta entre ses mains avant de caresser la peau de mon épaule avec la pommade. Je gémis alors que la chaleur apaisante remplaçait le froid initial, aidé par le contact réconfortant de ses mains. Le parfum du menthol se mêlant à celui qui était à Edward et imprégnait la couverture sous moi.
"Ça va ?"
"Bien vraiment bien," gémis-je, sentant la douleur s'atténuer alors qu'il continuait à se frayer un chemin sur mes épaules, accordant une attention particulière à la zone la plus meurtrie en travaillant les nœuds de tension dans mon dos alors que je ne savais pas qu'ils étaient là.
Ma peau était souple sous ses doigts fermes, mes muscles se liquéfiaient pratiquement. Une fois qu'il eut fini mes bras et mes épaules, il descendit un peu plus bas jusqu'à ce qu'il soit perché plus près de mes genoux. Je le sentis relever l'ourlet de ma chemise quand il me redemanda : "Ça va ?"
Je dis : "Oui," la réponse sortant à peine plus fort d'un croassement quand il posa ses mains sur le bas de mon dos, frottant en petits cercles le long de de mon jean.
Mon souffle devint court à mesure que le désir me traversait. Je voulais ses mains sur moi et pas pour me soigner. Je voulais sentir le poids de son corps m'enfoncer dans son matelas, il était au-dessus de moi mais il évitait tout contact soigneusement.
Je savais que je n'étais pas prête pour le sexe mais je voulais ressentir plus de cette passion que je savais qu'il retenait. Il massait encore mon dos, bien qu'il ait arrêté d'appliquer plus de gel. J'hésitai un peu, ne voulant pas enduire son lit de gel mais je l'entendis gémir aussi doucement quand ses pouces caressaient les deux fossettes peu profondes dans le creux de mon dos et je priai pour qu'il ne m'en veuille pas.
Je me retournai facilement entre ses jambes, je le fixai un instant, éblouie par le vert sombre de ses yeux qui me regardait fixement. Je me soutins sur un bras, mon autre main s'enroula autour de son cou et je tirai fermement sa tête vers moi, me relevant juste un peu plus pour le rencontrer quand il refusa de coopérer complètement. Il n'hésita pas quand mes lèvres rencontrèrent les siennes mais il ne céda pas non plus, continuant à se retenir pendant que nous nous embrassions.
Je savais qu'il me tenait, je levai la main sur laquelle j'étais appuyée, saisis son épaule et essayai de le tirer vers le bas, sur moi y arrivant un peu. Il me fit redescendre jusqu'à ce que je sois couchée à plat mais il planait encore au-dessus de moi, baissant la tête pour m'embrasser.
Ce n'était pas assez.
Je le tirai avec insistance vers moi, levant l'une de mes jambes pour tenter d'abaisser son corps pendant que je le distrayais en traçant sa bouche avec le bout de ma langue.
"Bella," il haleta, se secoua la tête "On ne peut pas..."
"Nous n'en sommes pas là. Nous ne le ferons pas," murmurai-je, en posant des baisers bouche ouverte contre son cou. "Embrasse-moi. S'il te plaît ?"
Il capitula. Sa main plongea dans la masse de mes cheveux et il poussa un gémissement sourd et affamé avant de posséder ma bouche, sa langue balayant ma lèvre inférieure avant de se glisser à l'intérieur, s'abaissant finalement sur moi, nos corps alignés. La pièce était remplie des soupirs et des gémissements, de bruit de tissu froissé alors que nous nous déplacions l'un contre l'autre.
J'étais ravie du poids de son corps sur le mien, c'était tellement mieux que ce que j'avais pu imaginer. C'était une expérience complètement nouvelle, si différente même de toutes les fois où il m'avait serrée dans ses bras ou m'avait embrassée sur le canapé. J'eus à peine eu le temps de réaliser exactement ce qu'était cette différence avant qu'elle ne disparaisse.
Il releva son corps du mien, ne brisant pas notre baiser et me roulant avec lui jusqu'à ce qu'on soit allongé tous les deux sur le côté. Je poussai un gémissement de protestation et il tenta de se calmer, son souffle haletant alors qu'il chuchota : "Je ne peux pas, Bella. C'est juste... Pas encore. Je ne peux pas."
"Qu'est-ce qui ne va pas ?" demandai-je, haletante.
"Je n'ai qu'une piètre maîtrise de moi-même. Je pense qu'aucun de nous deux ne soit encore prêt pour ça."
"Alors, on ne peut pas..."
"Non, non, non, non, on peut le faire," se précipita-t-il, "c'est juste que, si je dois dégager, tu dois me laisser faire, d'accord"
"Okay," dis-je, mon regard oscillant entre ses yeux et ses lèvres, voulant juste qu'il s'arrête de parler. Il accéda à ma demande tacite, me caressant les cheveux et se penchant à nouveau vers moi. J'avançai, reprenant la danse passionnée de nos langues et je mis mes bras sur son dos, mes doigts pétrissant les muscles tendus pendant que je me perdais en lui et que je le sentais se relâcher une fois de plus. Nous restâmes ainsi pour ce qui aurait pu n'être que quelques minutes ou des heures, ne nous séparant que quelques instants pour respirer avant de nous retrouver.
Cette fois, c'est moi qui arrêtais en posant un baiser final sur le bout de son nez avant de frotter le mien contre le sien et souriant quand il me regarda dans les yeux.
Il soupira, sa main relâchant sa prise sur mes cheveux pour les caresser légèrement sur toute leur longueur. Je chantonnai de contentement, profitant de la vue sur son visage reposant sur le matelas tout près du mien.
"Bella ?" chuchota-t-il, dans le silence de la pièce.
"Hmm ?"
"Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? Ton rendez-vous ?" clarifia-t-il, à mon sourcil levé. "Je sais, que c'était important pour toi, que tu sois nerveuse à ce sujet."
Je haussai l'épaule et je me mordis la lèvre. "Je ne sais pas. Tu as été tellement occupé, avec les séries éliminatoires qui approchent et tout. Je ne voulais pas te déranger. Tu as déjà pleins de trucs auxquels penser."
"Bella," il me roula dessus, me coinçant contre le lit et me cachant tout ce que je voyais sauf lui. "Je ne suis jamais trop occupé pour toi. Compris ? Je veux toujours être au courant de ce qui est important ou même si ça ne l'est pas… Si ça compte pour toi, ça compte pour moi, d'accord ?"
"Kay," chuchotai-je, en lâchant ma lèvre juste avant que la sienne ne rencontre la mienne, dans un long baiser d'apaisement.
⁂
Le soir suivant, les gars jouaient à Detroit et les filles et moi nous installâmes chez Alice et Rose pour la Nuit des Filles. Alice était été assez gentille pour nous permettre d'avoir de l'alcool près de ses meubles impeccables, bien que sa règle du " liquide clair seulement " nous ait laissé avec des cocktails de Sprite et de Vodka. Je ne sais pas pourquoi elle avait cette règle. Si quelque chose se renversait ça serait ruiné de toute façon, liquide clair ou pas…
Le match était à l'arrière-plan pendant que je mettais les invitations dans enveloppe, Rose les fermait et Alice estampillait, doublant avec précision l'affranchissement sur chaque enveloppe. Je dus admettre que les invitations étaient jolies. Cartes blanches simples avec de l'encre vert doux incrustée dans le papier, les mots encadrés de feuilles. Je fus étonnée d'apprendre qu'Alice hésitait à me donner ou non ma propre invitation et qu'elle envisageait d'attacher mon nom à celui d'Edward.
En fin de compte, elle finit par me donner mon invitation, juste au cas où j'aimerais en avoir une copie, bien qu'elle n'ait pas été silencieuse sur le fait qu'elle s'attendait à ce qu'on y assiste ensemble. Le fait qu'elle regardait devant elle et nous imaginait ensemble, me faisait chaud au cœur. Je n'avais pas beaucoup pensé à mon avenir mais maintenant qu'il était porté à mon attention, je savais que je voulais toujours être ici, avec ces gens, avec Edward et honorer deux de mes chers amis.
"Euh, Bella," commença Alice, voulant clairement quelque chose.
"Quoi ?" lui demandai-je, en la regardant d'un air un peu sceptique alors que je remplissais l'enveloppe suivante.
"Je sais que c'est un peu court mais je me demandais si tu pourrais envisager de tenir compagnie à Rose pour notre mariage ?"
"Quoi ?" bafouillai-je, dans un mélange de confusion et de surprise : "Comme une demoiselle d'honneur ou quelque chose comme ça ?"
"Ouais. Il n'y aurait que vous deux. Tu n'aurais pas besoin de porter des robes assorties ou quoi que ce soit, mais tu aurais des fleurs, tu serais sur des photos, tu garderais mes mouchoirs pour quand je serais complètement émue pendant que Jasper prononce ses vœux."
"Alice, tu crois vraiment que c'est une bonne idée ?"
"Bella, ne sois pas ridicule ! Rose et toi êtes mes meilleures amies… bien sûr que je veux que tu sois là avec moi."
"Oui, mais tu ne me connais pas depuis très longtemps, tu veux vraiment que je sois à ton mariage ?"
"Peu importe depuis combien de temps on se connaît, Bella. On est comme des filles âmes sœurs. Quand c'est juste, tu le sais, c'est tout."
"Vraiment ? Tu veux vraiment que je sois une de tes demoiselles d'honneur ?" demandai-je, avec un sourire timide en voyant toutes les raisons logiques pour lesquelles elle ne devrait pas me le demander et d'accepter la possibilité que... qu'Alice pourrait bien être une amie de longue date.
"C'est un "oui" ?" couina-t-elle, en se penchant au-dessus de la table pour me serrer dans ses bras puis en reculant. "Oh, merde, j'ai écrasé quelque chose ?"
"Non, Alice," la rassura Rose, en levant les yeux. "Elles sont toutes en parfait état." Elle se tourna vers moi avec un murmure exagéré qu'Alice put entendre. "Dieu merci, tu as dit oui. Maintenant elle a quelqu'un d'autre à embêter avec toutes ces conneries..."
"Hé !" cria Alice avec indignation, tapant Rose avec un carnet de timbres en gloussant. "Je ne suis pas aussi mauvaise."
Une fois les invitations terminées, alignées par ordre alphabétique dans l'une des nombreuses boites "mariage" d'Alice nous nous allongeâmes devant la télé pour regarder le reste du match.
Le score final donnait la victoir pour les Wild. S'ils gagnaient leur prochain match à domicile, samedi contre Edmonton, ils se qualifieraient pour les séries éliminatoires. Je m'attardai sur leur canapé pendant un moment, sachant que ça prendrait quelques minutes à Edward pour boucler les choses et pouvoir m'appeler et que je n'irais pas me coucher avant de lui avoir parlé. Alice parlait d'aller regarder des robes pour son mariage quand elle s'arrêta.
"Bella, est-ce que quelqu'un frappe à ta porte ?" demanda-t-elle, en tendant un peu la tête pour écouter. Nous restâmes calmes pendant un moment quand j'entendis le son dont elle parlait.
"Ça ne peut pas être chez moi. Qui ça serait ?"
Le coup revint, plus fort cette fois, et incontestablement de l'autre côté du couloir. Je plissai le front et me dirigeai vers leur porte, jetant un coup d'œil par leur judas et haletant avant d'ouvrir la porte.
"Maman ? Que fais-tu ici ?"
…
* c'est férié au US
*Demi-portion
*Get Lucky … être heureux mais aussi prendre son pied
*Mario Batali : Chef américain, écrivain, restaurateur et personnalité médiatique.
