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CHAPITRE 10

Pendant une seconde je me suis sentie entière


"Maman ? Qu'est-ce que tu fais là ?" haletai-je, en la voyant là. Une partie de moi se demandait si j'avais déjà trop bu sans m'en rendre compte et que cette vision devant moi était une illusion.

Ou un cauchemar.

Si Renée était là en réalité, ce ne pouvait pas être une bonne chose. Je doutais fortement qu'elle soit venue pour une visite amicale à sa seule fille. Je fermai les yeux une fois, souhaitant que quand je les ouvrirais je découvrirais que le couloir était vide. Mais quand je les ouvris de nouveau elle était toujours là, cette mince brune d'un mètre soixante quatorze qui me ressemblait tellement mais était pourtant si différente.

Ma mère était une femme attirante mais il n'y avait aucune bienveillance sur son visage, pas de lignes qui montrent qu'elle avait déjà ri ou souri. Sa peau était plus foncée que la mienne, ses cheveux plus courts et attachés en un style élégant. Comme à l'accoutumée, elle était parfaitement soignée, depuis ses escarpins et au sac à main assorti jusqu'à la french manucure sur ses ongles immaculés.

"Tu as l'air surprise de me voir Isabella. Je ne peux pas imaginer pourquoi."

"Tu n'as jamais rien dit alors oui, je suis surprise," marmonnai-je, en sortant dans le couloir et en refermant la porte derrière moi. Je pouvais imaginer Rose et Alice essayer d'écouter de l'autre côté mais je ne voulais pas leur faciliter la tâche.

"Je n'ai obtenu aucune réponse," dit-elle d'un ton ennuyé.

"De quoi tu parles ?" demandai-je essayant de parler à voix basse. "Je t'ai tout dit ce que tu avais besoin de savoir."

"Tout, Isabella ?" Elle prit une expression sceptique, le même regard que j'avais lancé à Emmett quand il m'avait affectueusement traité de bitch brow*. Renée était plus près de cette appellation d'après moi et je me sentis m'aplatir en sa présence, haussant les épaules, mal à l'aise.

"Comment s'est passé le rendez-vous avec ton médecin hier ?" demanda-t-elle en connaissance de cause.

"Je te l'aurai dit hier soir si tu avais répondu au téléphone."

"Ne joue pas à ce jeu avec moi, Isabella. Je suis parfaitement au courant de l'heure de ton rendez-vous. Combien de temps faut-il pour appuyer sur un bouton de téléphone ?"

"Je suis allée directement à la patinoire après mon rendez-vous et je t'ai appelée quand j'ai eu fini," insistai-je bien que ce ne fût pas vraiment arrivé juste après que j'aie fini et il est fort possible que je ne l'aurai pas appelée du tout si Carlisle n'avait pas mentionné qu'elle fouinait.

"Peu importe, ma présence ici est évidemment nécessaire. Tu as été assez peu coopérative et même si tu ne faisais que récupérer," dit-elle en roulant des yeux. "Maintenant que tu vas mieux et puisque tu refuses de revenir en Floride alors me voilà."

"Alors quoi ? Tu déménages ici ?

"C'est encore à déterminer."

"Où vas-tu t'installer ? Pas avec moi," m'enquis-je, cette idée m'horrifiait plus que je ne pouvais l'exprimer.

"Je ne pense pas. Tu penses que je vais dormir sur ton canapé pour quelque temps ? Sûrement pas. J'ai une chambre à l'hôtel Saint Paul."

"Je vois," murmurai-je. C'était comme si elle dormait à l'endroit le plus cher qu'elle ait pu trouver. "Quels sont tes projets pendant que tu es ici ?"

"Quelle question idiote," se moqua-t-elle. "Ce que j'ai toujours fait. Rien n'a changé, Isabella. Tu voulais fuir pour ta petite aventure et je t'ai laissé faire pendant un moment. Maintenant, il est temps de se remettre au travail. Le petit interlude est terminé."

"Cet interlude, c'est ma vie maintenant, maman."

"Vraiment ? Quelle est exactement ta vie ici ? Tu mens toute la journée, joue avec tes petits-amis, ton copain…" Je haletai doucement à cela comme si le vent venait de m'assommer. Elle sourit sans aucune trace d'humour. "Oh oui je sais tout à propos de toi et de ton hockeyeur. J'en attendais plus de toi que d'aller t'encanailler avec un voyou à la première occasion qui se présente."

"Ce n'est pas un voyou. Tu ne sais absolument rien de qui il est. Tu peux dire tout ce que tu veux quand il s'agit de moi mais laisse-le en dehors de ça," dis-je avec plus de passion que je ne lui en avais montrée même pour lui jeter des mots d'insulte, mes poings se serrant si fort que mes doigts étaient blancs. Edward était différent. Il était bon et la méchanceté de ma mère ne pouvait pas l'atteindre. Il ne méritait pas ça.

"Bells ? Tout va bien ?" J'entendis la porte s'ouvrir derrière moi et Rose parler derrière moi.

"Oui ça va," marmonnai-je doucement, me tournant vers elle sans la regarder dans les yeux. "On se voit plus tard les filles d'accord ?"

"Tu es sûre ?" fit Alice, en jetant un coup d'œil et je levai les yeux pour la surprendre en train de jauger Renée.

"Bien sûr. C'est bon," insistai-je, même si ce n'était pas vrai. Je ne pouvais pas les entrainer là-dedans et je ne le voudrais jamais. Il valait mieux que Renée soit contenue autant que possible. Je ne voulais pas qu'elle touche à une partie de la vie que je m'étais faite ici de peur que tout ne se brise à son contact glacé.

"D'accord. Nous sommes là si tu as besoin de quoi que ce soit," dit Rose, son ton étant une tentative évidente de me rassurer sur le fait que l'offre était plus qu'une simple politesse. Je hochai la tête et sortis mes clés de la poche de mon sweat-shirt, déverrouillant la porte et la laissant ouverte pour que Renée puisse suivre. Je ne savais pas combien de temps elle avait prévu de rester mais ce que je savais c'est que je ne voulais pas continuer à discuter dans le couloir.

"Je ne sais pas pourquoi tu as voulu vivre en appartement. Les voisins sont si curieux," murmura Renée en entrant et fermant la porte derrière elle.

"Elles ne sont pas curieuses, maman, ce sont mes amies."

"Comment peux-tu le laisser t'appeler par cet horrible surnom ? Ton père t'appelait ainsi," dit-elle avec dérision.

"Il le fait toujours."

"C'est vrai. Ton père a dit qu'il t'avait parlé récemment. Tu n'es pas un peu vieille pour aller te plaindre à ton père, Isabella ?" dit-elle, en tournant la tête dans tous les sens comme si elle essayait d'assimiler tout ce qu'elle voyait.

"De quoi tu parles ? Tu as parlé à papa ? Quand ?"

"Tu crois que te plaindre à ton père allait rendre les choses meilleures ? A-t-il jamais été intéressé par ta carrière ? Quel était le but de lui parler de tout ça ?" demanda-t-elle en errant plus loin dans la pièce, se talons claquant sur le sol alors qu'elle la traversait, s'arrêtant pour soulever des objets sur les étagères et les inspecter.

"Je ne lui ai presque rien dit," m'écriai-je, me sentant encore plus bête maintenant de m'être ouverte à lui. "Il a demandé comment j'allais et j'ai mentionné que les choses étaient un peu frustrantes pour le moment."

"Ce n'est pas tout ce dont vous avez parlé si je ne me trompe," me lança-t-elle avec un air condescendant. "Vraiment Isabella tu es très naïve si tu penses qu'il se soucie de tes petits problèmes insignifiants. Il est à l'autre bout du pays. La moitié de ta vie a été comme ça et même avant il ne t'apportait rien de bon."

"Je sais," murmurai-je démoralisée et je répétai. "Je ne lui ai rien dit."

"En tous les cas il ne s'agit que de il a dit ou elle a dit. Juste ciel," se plaignit-elle en s'arrêtant devant le canapé. "C'est une bonne chose que je dorme à l'hôtel, il est vraiment étroit."

"C'est toi qui l'as choisi, tu te souviens ?" dis-je, je sentais un horrible mal de tête s'installer.

"Oui, bon je suppose que c'est anecdotique. Tu n'as jamais semblé apprécier tous les avantages qui t'étaient offerts."

"Ce n'est pas une mauvaise chose de n'avoir pas besoin de tout ça pour être heureux."

"Non. C'est du gaspillage," soupira-t-elle en prenant une photo dans ma bibliothèque. C'était une photo de nous six à la plongée de l'ours polaire. Nous étions trempés et frissonnant avec de grands sourires sur le visage. J'étais blottie sous le bras d'Edward avec Alice de l'autre côté. J'adorais cette photo et les souvenirs heureux qui y étaient associés. En la voyant dans les mains de Renée l'expression légèrement dégoutée sur son visage me fit me sentir violée. Je ne voulais pas d'elle ici. Je pouvais déjà la sentir menacer de gâcher ce sanctuaire que je m'étais construit.

Encore un peu Bella. Il est tard. Elle va repartir à son hôtel et avec de la chance nos prochaines interactions se dérouleront ailleurs. Quelque part où ce ne sera pas chez moi. Quelque part où sa négativité ne pourra pas déteindre.

"Tu ne devrais pas rentrer à l'hôtel ?" demandai-je, en essayant de ne pas montrer à quel point j'étais désespérée de me débarrasser d'elle. "Si tu as voyagé tout aujourd'hui je suis sûre que tu es fatiguée."

"Tu as raison il est tard. Bien sûr cela ne semble pas t'empêcher de socialiser à toute heure de la nuit," dit-elle avec un regard aiguisé en direction de la porte et de l'appartement des filles de l'autre côté. Je ne pris pas la peine de répondre. Plus je fermai la bouche plus vite elle partirait.

"Je reviendrai dans la matinée. Nous prendrons le petit-déjeuner et commencerons à réparer tout ce bordel," m'informa-t-elle, en se dirigeant vers la porte.

"Non !" m'exclamai-je, bafouillant pour me remettre de ma réaction viscérale. Elle ne pouvait pas revenir ici. Il me semblait déjà que j'allais devoir tout désinfecter de fond en comble pour effacer toute trace d'elle. "Je veux dire, euh pourquoi ne viendrai-je pas moi ? Ça serait plus facile pour toi non ? A neuf heures ? Je pourrai venir à l'hôtel après mon entrainement."

"Je suppose que ça irait," accepta-t-elle. "Ensuite nous irons à la patinoire. Il faut que tu rencontres Phil et commences tout de suite."

"Phil ? Ce coach ? Il est ici ?" demandai-je surprise.

"Bien sûr que oui. Il n'y a pas de temps à perdre."

"Bon oui je sais. Je ne pensais pas qu'il soit déjà là. Je ne lui ai jamais parlé. Et nous n'avons pas pris de décision pour l'instant."

"Tu lui parleras demain," dit-elle doucement comme si elle parlait à une gamine. "Et pour la décision je ne vois pas où est le problème."

"Je t'ai déjà dit qu'il fallait que je lui parle," lui rappelai-je. "Je veux toujours que ce soit Marcus mon entraineur."

"Tu veux la jouer difficile, bien," souffla-t-elle. "On va faire un tour d'essai. Tu auras Phil pendant deux semaines et ça commence demain. A la fin de cette période nous en reparlerons. Il faut que tu essaies, Isabella. Tu ne peux simplement pas rester les bras croisés et bouder pendant deux semaines."

"J'essaierai," marmonnai-je, étant donné que c'était exactement ce que je voulais faire.

"Bien. Phil se joindra à nous pour le petit-déjeuner," dit-elle avec légèreté en partant.

Quand la porte se referma derrière elle, je verrouillai et mis la chaine, et elle parut plus lourde que d'habitude. J'étais totalement drainée de toute énergie, comme si un virus avait envahi mon corps et n'avait rien laissé qu'une coquille vide. C'est ainsi que je me sentais. Frustrée qu'elle puisse me faire sentir ainsi aussi facilement. En colère contre moi-même de la laisser faire. Seule. Tellement seule.

Je ne pouvais pas me débarrasser du lourd sentiment de trahison causé par le comportement de Charlie.

Il l'avait appelée. Renée ne l'appelait jamais. Jamais. Ce devait être lui qui l'avait fait. Pourquoi ? Pour bavarder à mon sujet ? Rire des petites plaintes de la petite fille gâtée ? Je me sentais stupide de lui avoir parlé. Renée avait raison. Quel bien aurait-il pu en sortir ? Il s'en fichait ! Pourquoi avais-je pensé que ça l'intéresserait ?

Je me trainai vers ma chambre et m'effondrai sur mon lit sans même prendre la peine de retirer les bottines que j'avais mises chez Alice plus tôt dans la soirée. Je regardai l'horloge et vis qu'il était vingt-trois heures trente-six. Si peu de temps était passé depuis que je rigolais avec Rose et Alice ? Quelques minutes seulement depuis que mon seul souci était de rester éveillée assez longtemps pour pouvoir avoir des nouvelles d'Edward. A quelle vitesse le vent peut-il tourner ?

A la pensée d'Edward, je tâtonnai sur ma table de chevet cherchant mon téléphone, je le levai et allumai l'écran dans l'obscurité de ma chambre.

1 nouveau message vocal

La vue de ce petit message sur mon écran suffit à me briser et je sentis des larmes tomber le long de mes joues et sur mon oreiller. Je ne pouvais pas le rappeler maintenant. Il saurait immédiatement qu'il y avait un problème. Je lui dirais juste que je m'étais endormie et que je n'avais pas entendu mon téléphone sonner. Ayant besoin d'entendre sa voix, je voulais écouter ma boîte vocale et je tapais désespérément mon mot de passe sur les touches.

"Hé, ma belle !" dit sa voix de velours, "J'appelais juste pour dire bonne nuit. Je suppose que tu dors déjà ou quelque chose comme ça. Je t'appelle demain à notre retour. J'ai hâte d'y être et de voir ton doux visage. Alors, ouais. Tu me manques."

J'éteignis mon téléphone, mes larmes se transformant en sanglots pendant que je m'accrochais à mon oreiller et j'aurais préféré que ce soit Edward à la place. Quelque chose qui pourrait me retenir et me dire que tout irait très bien. Au lieu de cela, je restai éveillée pendant des heures, seule dans l'obscurité, mes sanglots s'évanouissant jusqu'à un doux hoquet pendant que mes yeux se fermaient et je finis par m'endormir et tomber dans un sommeil agité.

Le lendemain matin, je fis mes exercices dans une espèce de transe zombie. Edward n'était pas encore revenu alors j'étais tout seule. Pour une fois, j'étais d'accord avec ce fait. Je ne voulais pas qu'il voie mes yeux rouges ou les poches gonflées dessous. A huit heures trente, j'étais déjà épuisée et la journée commençait à peine. Je n'avais aucun doute que ce serait long si Renée faisait ce qu'elle voulait… et elle le ferait. Elle le faisait toujours.

Malgré mes pieds traînants, je me précipitai dans la douche et séchai rapidement mes cheveux avant d'enfiler un jean, un t-shirt et un pull-over alors que le temps était redevenu frais et vif. A la dernière minute, j'échangeai mon sweat à capuche contre un cardigan, ne voulant pas donner à Renée une raison de plus de se plaindre. Je devrais peut-être mettre des boucles d'oreilles ? Je décidai de laisser tomber, sachant que trouver une paire de boucles d'oreilles me mettrait inévitablement en retard et ça la rendrait grincheuse et qu'elle ne se soucierait même pas de ce que je portais. L'hôtel n'était qu'à quelques kilomètres et je pus trouver une place dans la rue pour me garer, me précipitant dans le hall d'entrée fleuri pendant que je vérifiais ma montre.

8 h 58. Je soufflai de soulagement. Pas en retard. Bien sûr, elle était déjà là, assise dans l'une des causeuses dans le hall, tout près d'un gentleman que je ne pouvais voir que de derrière. Phil, supposai-je, pendant que Renée me remarquait en levant son sourcil et en regardant sa montre. Je haussai les miens à mon tour, me sentant juste un tout petit peu triomphante quand son visage devint inexpressif en voyant l'heure. Tu ne peux pas t'en prendre à moi cette fois, n'est-ce pas ?

Elle se pencha et dit quelque chose à l'homme avant qu'ils ne se lèvent au moment où je m'approchais d'eux.

"Phil, voici ma fille, Isabella," dit-elle, une main enroulée autour de son avant-bras et de l'autre faisant un geste vers moi puis de nouveau vers lui quand elle nous présenta. "Isabella, Phil Dwyer."

Il était grand, probablement près d'un mètre quatre-vingt-treize et complètement chauve, bien qu'il soit clair que c'était par choix et non à cause de la génétique. Sa tête rasée était brillante, presque comme s'il avait mis de l'huile dessus. Il était plus jeune que je ne l'avais prévu, peut-être la mi-trentaine. Il était très en forme sous le manteau de sport et il portait un jean, presque ample.

"Isabella, ravi de te rencontrer," dit-il à voix basse, son ton me hérissant immédiatement. C'était évident que c'était un baratineur. J'en avais déjà rencontré pas mal dans ma vie et il était définitivement l'un d'entre eux. Il attrapa ma main et la souleva sur ses lèvres d'un geste, je suis sûre qu'il pensait être galant mais en réalité, c'était juste flippant. "J'ai vu beaucoup de vidéos de toi. Très impressionnant. Tu es une sacrée petite patineuse, n'est-ce pas ?"

"Merci," chuchotai-je doucement, voulant m'éloigner de son contact. Ses mains étaient moites et beaucoup trop chaudes. J'essayai d'extraire poliment mais fermement les miennes de son emprise. Renée me jeta un regard par-dessus son épaule qui me disait d'être gentille. "Enchantée de vous rencontrer aussi."

"Mesdames, on y va ?" Il fit un geste en direction du restaurant, juste à côté de l'entrée du hall.

Sa main reposait légèrement au creux de mon dos, comme Edward l'avait fait tant de fois depuis que je l'avais rencontré. Avec Edward, c'était naturel, poli et ça me donnait toujours envie de me fondre en lui. Avec Phil ça me rendait raide et mal à l'aise et je redressai le dos en marchant dans un effort pour m'éloigner de sa main. Une fois installés, d'autres politesses furent échangées jusqu'à ce que le serveur arrive. J'étais affamée après mon entraînement du matin et je demandai une omelette aux épinards et des toasts.

"Oh, non !" protesta Renée. "Tu sais que tu ne peux pas manger ça Isabella, c'est beaucoup trop de calories. Elle va prendre un bol de granola et un demi-pamplemousse," dit-elle au serveur, en lui remettant la pile de menus et en le congédiant.

"Maman, je brûle des tonnes de calories, une omelette ne fera aucun mal," dis-je, mais c'était inutile de se battre avec elle. Elle avait déjà obtenu ce qu'elle voulait.

"D'après ce que j'ai vu, tu as mangé un peu trop d'omelettes depuis que tu es ici."

"Je pèse exactement le même poids qu'en Floride," dis-je sur la défensive, "je n'ai pas pris un gramme depuis que je suis ici."

"Humm. Ça doit être ton choix vestimentaire alors", murmura-t-elle.

"Allez, Renée, calme-toi, elle a l'air en forme," dit Phil en me faisant un clin d'œil ce qui me donna envie de grimacer et de resserrer mon pull pour couvrir chaque centimètre de peau qui était visible.

"Laisse tomber les omelettes," ordonna-t-elle, ne voulant jamais ne pas avoir le dernier mot. Ensuite elle se tourna vers Phil, son visage se transformant du ricanement quand elle s'adressait à moi à la fascination. "Phil, pourquoi ne pas parler à Isabella de certaines des choses dont nous avons discuté. Tu as des idées merveilleuses."

Phil et Renée prirent complètement la relève, me laissant essayer de tout absorber, obtenant à peine un accord timide ici et là et finalement, j'abandonnai et mâchai mon granola en silence, poignardant mon pamplemousse avec juste un peu plus de force que nécessaire par frustration. Ce n'était pas important que je ne sois pas d'accord sur quelque chose, c'était clair. Tous les deux avaient formé un solide duo et il n'y avait pas d'autre choix que de les suivre.

Les principaux points que je saisis étaient plus d'heures sur la glace, plus de conditionnement que par le passé, plus de répétitions, plus d'entraînement de force que je n'en avais l'habitude, plus de sex-appeal dans mes programmes. Toujours plus. Leur exposé m'avait épuisé et j'aurais vraiment aimé avoir commandé cette putain d'omelette.

Quand Renée essaya de changer les choses en parlant de sponsors et de publicité, je dis stop. Une étape à la fois. J'avais besoin d'avoir une chance de concourir à nouveau avant de me jeter à la presse et aux sponsors. Heureusement, nous avions fini de manger à ce moment-là et je pus me libérer un moment, prétendant que j'avais oublié mon sac de patinage chez moi et que j'aurais besoin d'y retourner et le récupérer avant de les retrouver à la patinoire. Je ne l'avais pas oublié mais les quelques minutes supplémentaires de répit valaient bien le regard noir que Renée me lança avant que je file.

Je ne pouvais pas m'asseoir dans ma voiture là où j'étais garée, s'ils passaient et me voyaient, elle dirait quelque chose. Je ne pouvais pas aller directement à la patinoire. Je ne voulais pas retourner chez moi, juste au cas où Alice et Rose traîneraient dans le coin. Je n'avais pas le courage d'essayer de faire comme si tout allait bien.

L'idée de m'effondrer dans une rue latérale me sembla pathétique et c'est là que ça me frappa. Edward. Il serait toujours parti, je n'ai pas à parler à qui que ce soit ou à faire face aux regards désapprobateurs de mes amis quand ils verraient à quel point j'étais vraiment faible quand il s'agissait de ma mère mais je savais qu'être près de lui me réconforterait.

En quelques minutes, j'étais arrêtée devant chez lui. Sa Volvo argentée était garée dans l'allée, il était parti avec Emmett à l'aéroport. Je me garai derrière et après un moment d'hésitation, je sortis et montai les quelques petites marches de son porche, je m'appuyai contre la porte et glissai pour m'asseoir sur le ciment froid.

Je me dégoûtais tellement. Renée était en ville depuis moins de vingt-quatre heures et elle s'engouffrait et volait les rênes de mes mains. Je ne m'étais même pas battue. C'est un peu comme si je n'avais même pas eu le courage d'essayer.

Tout s'était si bien passé ces dernières semaines. J'avais enfin l'impression que j'avais commencé à trouver ma voie. J'avais répondu à Renée plus d'une fois au téléphone. Pourquoi était-il si difficile d'essayer quand elle était devant moi ? Pourquoi avait-elle toujours autant de pouvoir sur moi ? Je restai assise là un quart d'heure, essayant de puiser de la force dans cet endroit qui me rappelait des souvenirs si chaleureux, qui contenait tant d'Edward. Je finis par craquer, remontai dans ma voiture et pris la direction de la patinoire, sachant que je ne pouvais pas m'éloigner trop longtemps avant qu'ils ne réalisent que j'avais besoin de plus de temps que de récupérer mon sac.

En arrivant, je vis une Cadillac beige garée dehors, la voiture de location de Renée sans doute. Alors que je me garais à côté, je me souvins qu'elle ignorait que j'avais échangé la Mercedes. Super. Un truc en plus dans la longue liste.

Me sentant juste un peu plus forte après ces quelques instants où j'avais pu me ressaisir, je fis craquer mon cou et redressai mes épaules avant de tirer la porte, remarquant que Renée et Phil étaient assis ensemble dans les gradins. Je ressentis quelque chose de bizarre en les voyant si proches mais je ne pouvais pas dire exactement ce que c'était.

"Pourquoi ne t'es-tu pas changée chez toi, Isabella ? Tu ne peux pas patiner en jean. Vas-y. Change toi," commanda-t-elle d'un simple geste dédaigneux de sa main. Je roulai des yeux et filai vers les vestiaires. Tant pis pour tenir tête, Bella.

Sortir sur la glace avec Phil était si différent. Il n'y avait pas de musique dans la patinoire ou dans les écouteurs de mon iPod. Il n'y avait pas de tours de piste sur la largeur pour faciliter l'entrée dans la session.

Après un rapide étirement contre la balustrade, c'était vite vite vite. Phil me fit faire trois tours d'échauffement avant de commencer à donner des instructions. Les épaules en arrière. Ne bouge pas tant les bras. Des croisements plus lisses avec tes jambes. Des pas plus longs. Pas aussi raide. Maintenant tu es trop lâche, resserre. C'était frustrant. J'avais l'impression que chaque minuscule changement que j'apportais provoquait tout un tas de critiques.

Ce n'est pas comme ça que je travaillais avec Marcus, il était patient. Il me laissait essayer de comprendre mes problèmes toute seule au début, offrant ses conseils quand il était clair que je ne comprenais pas quelque chose. Avec Phil, il n'y avait aucune chance de régler quoi que ce soit avant qu'il ne signale le prochain problème. S'il était si dur avec mes mouvements de base, je ne voulais même pas penser à ce qu'il dirait quand on travaillerait sur des techniques avec lesquelles je savais que j'avais du mal.

Après seulement quarante-cinq minutes avec Phil, je savais que je ne pouvais pas l'avoir comme entraîneur. J'étais prête à m'arracher les cheveux ou juste éclater en larmes. Renée n'aidait pas, elle le soutenait à chaque fois, en mentionnant qu'il s'agissait de choses qu'elle avait déjà remarquées auparavant et à quel point il était attentif vu qu'il voyait beaucoup de défauts dès le départ. Elle me regardait de temps en temps avec ces regards qui criaient : "Tu vois ? Je t'avais dit que ce type serait génial."

A la fin de la séance matinale de trois heures, j'étais épuisée. Je ne m'étais jamais sentie aussi maladroite sur la glace de toute ma vie. Phil me déconcertait. Il me rendait nerveuse, mes mouvements étaient raides et saccadés. J'avais trébuché sur les trucs les plus simples. Bien sûr, dans l'esprit de Renée, le blâme m'en revenait. C'est ma chute et le temps que j'avais passé à l'extérieur de la patinoire qui faisaient que j'avais des difficultés, pas le fait que Phil était un tyran exigeant.

"D'accord. Faisons une pause d'une heure, déjeunons et revenons pour recommencer," dit Renée, tapant dans ses mains quand j'enlevais mes patins, réprimant un gémissement aux douleurs de mes pieds.

"Encore ?" crachai-je, incrédule. Elle était folle ? "De quoi tu parles ? On en a fait trois heures, maman."

"Nous avons beaucoup de temps perdu à rattraper. Trois heures ne suffiront pas, surtout avec le fait que tu as l'air coincée en ce moment. Honnêtement, Isabella. Même ta pirouette a l'air bancal. On a beaucoup de travail."

"Je suis épuisée, maman. Faut-il vraiment qu'on fasse une autre séance aujourd'hui ? Je ne suis pas censé fatiguer mon genou si fort."

"Ton médecin a dit que tu peux faire un entraînement compétitif."

"Oui, mais il a aussi dit d'y aller doucement."

"Et c'est ce que nous faisons. Je ne t'ai pas encore vu essayer un seul saut," dit-elle, comme si c'était une sorte de faveur pour moi.

"Très bien. Peu importe. Je rentre chez moi pour une heure et demie. Je te retrouve ici," cédai-je et je filai avant qu'elle ne puisse discuter.

De retour à mon appartement, je pris une douche, laissant les jets enlever un peu la tension de mes épaules. Si je devais avoir encore trois heures d'activité, je ne pouvais pas repartir sans laver la sueur que j'avais déjà accumulée. Je me fis un sandwich puis un second puisque j'avais dévoré le premier en moins de deux minutes. Quand j'eus finis, il me restait encore une heure. Je pris un sac de glace de mon congélateur et décidai que ce serait une bonne idée de m'asseoir et le mettre sur mon genou pendant un petit moment. Ce n'était pas douloureux, juste une mesure préventive.

Pendant que j'étais assise là et que je reprenais mon souffle, je savais qu'il n'y avait qu'une seule chose que je voulais faire. Je pris mon téléphone et composai le numéro d'Edward. Je ne savais pas s'il répondrait ou ce qu'il était en train de faire mais je voulais juste entendre le son de sa voix. Quelque chose qui pourrait me rappeler qu'il était réel, que la vie que j'avais commencée à me faire ici était réelle, qu'il n'avait pas disparu comme un rêve merveilleux dont je venais de me réveiller.

Il ne répondit pas mais sa messagerie vocale suffit à me calmer, mes yeux se fermant pendant que je me berçais du ton rauque de sa voix qui me demandait de laisser un message. Je le fis, juste un petit "Hey, désolée de t'avoir raté," avant de raccrocher à nouveau. Je voulais aller mettre son maillot et me glisser sous les couvertures et me cacher. Au lieu de cela, je lâchai un gémissement bruyant avant de jeter la glace à nouveau dans le congélateur et de repartir par la porte.

Que les réjouissances reprennent !

Si j'avais pensé que ma matinée avait été rude, ce n'avait rien été comparé à l'après-midi. Phil me faisait faire des tours encore plus compliqués. La répétition constante combinée à mon faible niveau d'énergie me laissait étourdie et déséquilibrée. Je dus m'arrêter très souvent, me pencher en avant pour essayer de retrouver un certain sens de l'équilibre.

C'est à l'un de ces moments que j'entendis le bruit métallique des portes de la patinoire suivi par la voix aigüe de de Renée qui criait, "Jeune homme c'est un entrainement privé. Vous ne pouvez pas rester là."

Je levai les yeux, les mains toujours sur mes cuisses, toujours essayant de retrouver mon souffle. Quand je vis à qui elle s'adressait je ne pus empêcher le sourire de s'étaler sur mon visage. Chaque douleur dans mon corps, chaque crispation sur mon front, chaque inquiétude disparut à la vue de son sourire tordu à travers la vitre. Je partis en un éclair glissant vers la porte et l'ouvrant alors qu'Edward contournait les barrières inférieures ne semblant même pas avoir entendu l'avertissement de Renée. Il marcha sur la glace et me prit dans ses bras, me serrant fort contre lui et tirant ma tête près de la sienne.

"Tu vas bien ?" murmura-t-il à mon oreille, de l'inquiétude pointant dans son ton.

"Ouais, je vais bien," répondis-je contre sa joue, parce qu'à ce moment là ça allait.

Jusqu'à ce qu'un raclement de gorge irrité retentisse derrière lui, je me blottis contre lui juste un petit peu plus avant de me reculer, lui faisant un petit sourire nerveux avant de prendre sa main et de nous retourner face à ma mère qui se tenait juste devant l'entrée de la glace, un pli ennuyé sur son front.

"Edward, c'est ma mère, Renée. Maman voici Edward."

"Mme Swan," la salua poliment Edward mais sa voix était bien plus froide que jamais. Il tendit la main et elle le fixa un moment avant de lui donner la plus brève poignée de main à laquelle j'avais assisté. J'aurais été mortifiée si je n'avais pas saisi le petit sourire narquois sur les lèvres d'Edward.

Elle le congédia immédiatement, ce concentrant sur moi. "Nous n'en avons pas fini ici Isabella."

"Maman, nous y avons passé toute la journée," me plaignis-je.

"Nous n'avons pas fini," répéta-t-elle lentement, s'arrêtant entre chaque mot.

"Laisse-moi juste une minute alors. S'il te plait ?"

"Emmène-le dehors," céda-t-elle finalement, se retournant pour s'éloigner, puis disant par-dessus son épaule. "Les chaussures de ville ne sont pas autorisées sur la glace."

"Je ne pense pas qu'elle m'aime beaucoup," murmura Edward en s'accroupissant près des gradins où je m'étais assise pour retirer mes patins. Je levai les yeux vers lui pour essayer de m'excuser quand je réalisai qu'il n'était pas contrarié le moins du monde. Il semblait plutôt amusé.

"Elle n'aime pas vraiment grand monde," lui chuchotai-je, appréciant le bruit de son rire alors qu'il me prenait la main pour passer les portes de la patinoire.

Une fois dehors il se pencha pour me soulever jusqu'à ce que je puisse enrouler mes jambes autour de sa taille, ses bras me tenant fermement contre sa poitrine alors que je passai mes bras autour de son cou et baissai la tête pour inspirer son odeur. Je ne remarquai même pas qu'il s'était déplacé avant qu'il ne me pose sur une table de pique-nique à proximité, m'asseyant juste sur le rebord pour qu'il puisse se mettre entre mes jambes, ses mains prenant mon visage en coupe et enfonçant ses doigts dans mes cheveux tout en m'embrassant sur le front.

"Comment vas-tu ? Tu es sûre que ça va bien ?"

"Ouais," exhalai-je, fermant les yeux et appréciant la sensation de sa joue appuyée contre mon front, mes mains glissant le long de ses bras pour entourer légèrement ses poignets, m'ancrant à lui. "C'était un peu un choc. Elle est arrivée hier soir quand j'étais chez Alice."

"Elle me l'a dit cet après-midi. Elle est venue nous récupérer à l'aéroport," clarifia-t-il, se reculant un peu, ses yeux cherchant quelque chose dans mon visage probablement pour voir par lui-même que tout allait vraiment bien.

"Je suis désolée que nous n'ayons pas pu parler hier soir," murmurai-je, en frôlant sa mâchoire de mes doigts.

"Tu m'as manqué," dit-il en levant mon menton avec son index avant d'ajuster ses lèvres sur les miennes. Je soupirai dans son baiser mais ne pouvais pas me laisser complètement aller. Je me sentais comme si les yeux de Renée étaient tout autour de moi et je ne pouvais pas supporter qu'elle me voie ainsi. C'était trop intime, trop parfait.

"Tu m'as manqué aussi," murmurai-je quand je reculai, me léchant les lèvres et profitant de leur goût. "Félicitation au fait. Encore un c'est ça ?"

"Espérons. Au moins pour la saison," rigola-t-il.

"Tu étais superbe là-bas."

"C'est un travail difficile d'être une super star mais quelqu'un doit le faire…" se moqua-t-il, avec un simulacre d'épuisement. Je reniflai et claquai sa poitrine.

"Je devrai y retourner. Je préférerais ne plus être réprimandée," murmurai-je, glissant du bord de la table où je fus immédiatement tirée dans les bras d'Edward.

"Ne la laisse pas te pousser d'accord ?"

Je soupirai me blottissant contre lui un peu plus sans répondre. Je ne pouvais pas lui promettre ça. Parce que peu importe le nombre de fois où je m'étais dit que je devrais sortir de son emprise, elle réussissait toujours à m'y ramener.

Après qu'Edward soit parti, je rentrai espérant me remettre les patins et revenir sur la glace avant que Renée puisse dire quelque chose. Ni elle ni Phil n'était là. Je jetai un coup d'œil depuis les gradins essayant de comprendre où ils auraient pu passer. Puis juste au moment où je finissais d'attacher mes lacets je les vis sortir du vestiaire ensemble, Phil se frottant le menton, les vêtements parfaits de ma mère en désordre et un petit sourire satisfait sur le visage.

C'est alors que je compris ce qui était bizarre entre eux. Ils couchaient ensemble, j'en étais sûre. J'avais déjà vu cette expression sur le visage de ma mère après son retour à la maison après sa dernière conquête. La compréhension me frappa au ventre mais je n'eus pas le temps de digérer avant que Phil m'appelle pour que je retourne sur la glace.

L'après-midi suivant je dis à Renée que je partais à dix-sept heures. Le groupe avait des projets pour trainer et se détendre avant leur grand match du lendemain soir. Elle ne protesta pas autant que je m'y étais attendue, sûrement parce que ça leur laisserait plus de temps ensemble à Phil et elle. Je n'arrivais pas à comprendre comment je me sentais à ce sujet. Je me sentais trahie et blessée, cependant je ne pouvais pas réellement expliquer pourquoi. Et ça devait être en lien avec le fait que je n'aimais pas du tout cet homme alors qu'elle était fascinée par le moindre de ses mots. C'était comme si elle le choisissait lui plutôt que moi.

"Des projets avec tes petits amis ?" s'enquit-elle, alors que je rangeais mon sac.

"En fait, oui."

"Je ne comprends pas pourquoi tu t'embêtes," m'appâta-t-elle et bien sûr je ne pus m'empêcher de mordre à l'hameçon.

"Avec quoi ?"

"Tu n'es pas à ta place."

"Tu ne les as pas rencontrés," argumentai-je.

"Je n'ai pas besoin de les connaitre pour le savoir. Tu es une nouveauté pour ces gens, quelque chose qui brille, de nouveau et intéressant. Tu es une patineuse et les gens pensent que c'est cool. Ils voient que tu mènes une vie qui semble glamour et totalement différente de la leur et ils en veulent un avant-goût. Un jour ils pourront dire qu'ils ont connu Isabella Swan. Ce sera un sujet de conversation lors de leurs dîners. C'est tout ce que tu seras pour eux. Tu n'es pas à ta place. Ils se lasseront tous assez vite. Surtout ton petit copain. Lorsque tu ne lui donneras pas ce dont il a besoin, il te jettera pour passer à la suivante."

"Tu ne le connais pas. Tu ne sais rien de lui. Edward se soucie de moi," insistai-je, même si mes mots semblaient faibles à mes oreilles. Tandis qu'elle parlait je pouvais me sentir me flétrir, me replier alors que son venin se répandait dans mes veines.

"C'est ce que tu penses maintenant. Tu n'as qu'à attendre et tu verras."

Je ne pus en supporter davantage. Je pris mon sac et courus pratiquement hors de la patinoire, sautai dans ma voiture et mis la clé dans le démarreur alors que les larmes remplissaient mes yeux.

Je savais bien que je ne devais pas l'écouter. Je les connaissais, ils m'avaient montré à maintes reprises qu'ils s'inquiétaient vraiment pour moi. C'était sa voix. La voix de Renée qui semblait tellement sûre d'elle-même. Elle m'avait toujours parlé ainsi et je l'avais toujours crue. Je pouvais sentir le doute s'infiltrer à travers les mailles du filet. J'aurai voulu pouvoir oublier ses mots mais je ne pouvais faire taire cette petite partie du moi qui se demandait s'il y avait un peu de vérité dans ses mots.

Ce soir-là quand nous étions tous les six je n'arrivais pas à me débarrasser des mots de Renée. Je me sentais comme si je vivais une sorte d'expérience hors du corps. Une partie de moi essayait de rire et de plaisanter avec eux comme toujours tandis qu'une autre se tenait de côté avec un regard sceptique, essayant de creuser sous la surface de chaque mot et de chaque action des cinq personnes, à la recherche d'indices ou d'arrières pensées, de significations cachées, de condescendance ou de pitié dans les regards qu'ils me lançaient. Je n'en trouvais pas mais je ne pouvais pas m'empêcher de les chercher.

Je me sentais mal à l'aise avec eux comme je ne l'avais jamais été. Je devais m'empêcher de reculer à chaque fois que l'un d'entre eux me touchait même de façon décontractée. La partie sceptique en moi était inquiète de ne pas m'ouvrir plus à eux que je ne l'avais déjà fait… et si Renée avait raison ? J'avais l'impression que cela me tuerait si c'était le cas, si un jour je les ennuyais tous et qu'ils retrouvent leur vie normale sans moi.

J'avais déjà senti le coup de la trahison de Charlie et je n'étais pas aussi vulnérable avec lui. Non, après des années de négligence je n'aurais pas dû être surprise par ses actions. Mais si ça arrivait avec Emmett. Ou Alice. Ou Ed… Je ne pouvais même pas y penser. Je n'y survivrais pas. Pas si je ne gardais pas une partie de moi en arrière, en sécurité. A l'abri de tout le monde.

Au milieu de la soirée, Alice m'éloigna du groupe.

"Qu'est-ce qu'il se passe, Bella ?" demanda-t-elle doucement une fois qu'elle m'eut toute seule.

"Qu'est-ce que tu veux dire ?"

"Tu agis bizarrement ce soir. Comme si tu étais mal à l'aise."

"Non, je ne le fais pas," répondis-je, un peu sur la défensive, en croisant les bras devant moi, même si je savais que je devais l'être. Je n'aurais jamais pu me comporter normalement avec toute cette confusion dans ma tête.

"Si, Bells," dit Rose, en se joignant à nous. "Tu le fais."

Je ne répondis pas. Je ne pouvais même pas les regarder parce que j'avais peur qu'elles voient clair en moi comme elles le faisaient si souvent.

"On n'est pas fâchées, Bella, on s'inquiète juste pour toi. Je sais que ta mère te stresse quand elle n'est même pas en ville et maintenant… elle est ici," dit Alice. "On veut juste s'assurer que tu vas bien."

"Oui, ça va," je hochai la tête en les regardant rapidement, avant de détourner à nouveau les yeux, en essayant d'être plus ferme. "Je vais bien. Juste fatiguée, je suppose. Ça a été une longue semaine." C'était la vérité mais une excuse bidon quand même.

"D'accord. On est là si tu as besoin de parler. Trois heures du matin ou n'importe quand. Nous sommes là si tu as besoin de nous."

Je hochai la tête pour les apaiser mais je savais déjà que je ne pouvais pas m'ouvrir à elles, pas à ce sujet.

Même si j'étais entourée de gens, dont certains m'étaient devenus très proches, je me sentais entièrement seule. Ils ne pouvaient pas comprendre ce que Renée me faisait et je ne voulais pas qu'ils comprennent. Je ne voulais pas qu'ils s'occupent de cette partie pathétique de ma vie, de ma personnalité. Alors à la place, je cachais cette partie au fond de moi pour le reste de la soirée et essayais d'agir comme la Bella qu'ils avaient appris à connaître, la Bella qui pensait qu'elle pourrait avoir sa place ici.

Samedi matin, je me rendis à la patinoire, espérant apaiser Renée avec quelques heures supplémentaires sur la glace et pour pouvoir m'évader pour le match des gars plus tard dans l'après-midi. Elle s'était montrée coopérative hier soir, après tout.

J'aurais dû m'en douter.

Dès que j'entrai, Renée me fit signe de venir où elle se tenait avec Phil et une autre femme. Elle était mince et blonde décolorée avec un visage sévère et des yeux gris froids. Elle avait l'air vaguement familière mais je ne pouvais pas la situer.

"Isabella, voici Heidi Shapiro," me présenta Renée et c'est là que je compris. Heidi était une grande chorégraphe parmi les concurrents senior. Elle était surtout connue pour une interprétation audacieuse de Carmen qu'elle avait faite pour Tanya Denali, six ans plus tôt et qui avait eu le bronze aux Championnats nationaux. Heidi avait des programmes solides et créatifs. Mais ce n'était pas moi. Du tout. Ils étaient toujours très aguicheurs parfois suggestifs. Ses choix musicaux étaient audacieux où je préférais le doux et le classique. L'élégance et la grâce contre le feu et le sexe.

Je la saluai poliment avant de demander à Renée de s'éloigner un moment avec moi. Une fois dans les vestiaires, je me tournai vers elle.

"Que fait-elle ici ?" chuchotai-je en colère.

"Elle est ici pour me rendre un grand service. Tu as besoin de programmes solides si tu veux être au-dessus de la meute. Les programmes de Heidi, jumelés avec le bon patineur, sont une victoire garantie."

"Ce n'est pas moi, maman. Elle n'est pas du tout mon style."

"Ton style change avec chaque programme," répondit-elle. "C'est ton boulot. C'est de la comédie."

"Je ne me sens pas à l'aise..."

"La compétition n'est pas une question de confort…" dit-elle. "Si tu es à l'aise c'est que tu ne forces pas suffisamment."

"Marcus et moi avons toujours chorégraphié mes programmes ensemble."

"Marcus n'est pas là et tu n'es pas une chorégraphe assez forte pour le faire tout seule."

"Comment le saurais-tu alors que tu ne m'en as jamais donné l'occasion ?"

"Ce n'est pas le moment de jouer. Tu as besoin de quelqu'un qui sait ce qu'il fait."

"Pourquoi aujourd'hui ?" demandai-je, en changeant de tactique, acceptant que cette discussion n'aboutirait à rien. "Pourquoi tu ne m'as pas dit qu'elle venait ici ?"

"Elle est très occupée en ce moment. Elle est très demandée et je n'étais pas sûre qu'on puisse l'avoir. Elle ne peut rester ici qu'un jour et il faudra quelques semaines avant qu'elle puisse revenir. Elle a besoin de te voir pour se faire une idée de ton niveau d'habileté et de ta technique. Quand elle reviendra, elle aura ton programme long et court déjà en tête."

"Juste comme ça, hein ? Et si je n'aime pas ses programmes ?"

"Ce n'est pas une question de goût ou d'aversion. C'est une question de résultats. Maintenant, sortons d'ici. Elle a un vol ce soir à vingt et une heure. On a beaucoup à faire d'ici là."

"Je suis censée..." commençai-je à protester mais je me tassai sous l'intensité de son regard. Il n'y avait pas moyen de mentionner le match. Elle rirait à l'idée que j'ai envie d'aller à un match de hockey ridicule plutôt que de travailler avec une chorégraphe de renommée mondiale. "Peu importe. J'arrive dans une minute."

Je pensai à appeler mais je savais que je perdais la notion du temps en lui parlant et que ça finirait par une engueulade avec Renée pour avoir perdu un temps précieux. Alors à la place, j'envoyai un texto rapide à Alice, pour lui faire savoir que je ne pourrais pas y aller, pour qu'elles ne s'inquiètent pas puis en tapai un autre à Edward, hésitant avant d'envoyer le message.

Je ne peux pas être au match ce soir. Il est arrivé quelque chose et je ne peux pas me libérer. Je suis vraiment désolée. Je te rappelle plus tard. Bonne chance ! -B

C'était pathétique et loin d'être suffisant mais quand Renée frappa à la porte, je décidai de l'envoyer et de mettre mon téléphone en mode silencieux quand je sortis des vestiaires.

En me garant devant la maison d'Edward le lendemain matin, j'étais un peu nerveuse. Edward avait l'air bien la veille, quand j'avais enfin pu lui parler après le match, évidemment déçu que je n'aie pas pu y aller mais pas en colère, du moins, c'est comme ça que je le sentis. J'aurais aimé qu'il soit en colère. Je méritais sa colère de l'avoir laissé tomber, de ne pas avoir tenu bon, d'être une telle mauviette quand il s'agissait de ma mère.

Toutes les étapes que j'avais franchies, tous les progrès que j'avais faits pour rompre, pour construire ma propre vie. Ce qui m'avait pris des semaines à accomplir ne m'avait pris que quelques heures, quelques instants en fait, pour être détruit. J'étais de retour au point zéro et je n'arrivais pas à trouver la force de recommencer à grimper. Je voulais qu'il soit en colère contre moi pour me sentir mieux parce que je me détestais.

Au lieu de cela, il m'accueillit avec un sourire, les bras ouverts et un doux baiser, comme si rien n'avait changé.

Et peut-être que rien n'avait changé pour lui. Peut-être qu'il n'y avait que moi qui avais l'impression que tout mon être avait été démonté et réarrangé dans le mauvais ordre ces derniers jours.

"Je suis désolée," chuchotai-je contre son cou alors qu'il me tenait dans ses bras.

"Hé, qu'est-ce que j'ai dit hier soir ? Arrête de t'excuser, Bella. Ce sont des choses qui arrivent. Je le sais bien. Je suis désolé que tu aies manqué le match mais je comprends," dit-il en reculant juste assez loin pour frotter son nez contre le mien, ce signe d'affection qui n'appartenait qu'à nous.

"Tu ne devrais pas avoir à être si compréhensif. J'aurais dû être là. Je t'avais dit que j'y serai," murmurai-je, en plaçant mes mains sur sa poitrine et en me concentrant sur l'une des lettres imprimées sur le tissu.

"Bella, c'était juste un match."

"C'était important pour toi," insistai-je, en le regardant dans les yeux.

"Et il y en aura d'autres. Ne t'en fais pas tant pour ça, ma belle. Je ne m'en fais pas," dit-il en repoussant mes cheveux en arrière et baissant la tête pour m'embrasser doucement.

Je me sentais toujours mal d'avoir manqué quelque chose de si important mais je savais qu'il était inutile de continuer à me vautrer dans ma culpabilité, au moins à voix haute. Au lieu de cela, je figeai un sourire sur mon visage et demandai : "Alors, qu'est-ce que tu voulais faire aujourd'hui ? Je suis libre toute la journée."

"Je veux juste rester ici avec toi. Tu m'as manqué ces derniers jours," dit-il, en prenant ma main et me tirant sur le canapé pour qu'on puisse s'allonger contre les coussins.

"Je sais, je sais. Les choses sont chargées en ce moment," je soupirais, alors qu'il me mettait à côté de lui, nos pieds se frottant paresseusement l'un contre l'autre.

"Pour nous deux. Comment se passe ton entraînement ?"

"Bien, je suppose. Phil est... eh bien, il est dur. Je ne l'aime pas vraiment mais j'ai dit que je lui donnais deux semaines, donc…"

"Qu'est-ce que tu n'aimes pas chez lui ?" demanda-t-il, en me caressant les cheveux d'une manière qui m'apaisait toujours.

"Je ne sais pas. J'ai l'impression qu'il fait ressortir le pire en moi. Je n'ai jamais l'impression de faire quoi que ce soit de bien, il est toujours si critique, il ne dit jamais rien de positif. Je n'ai pas besoin d'un coach qui me dise juste à quel point je suis merveilleuse, ne te méprends pas. C'est juste difficile d'entendre autant de négativité tout le temps," murmurai-je, en jouant avec les boutons de sa chemise.

"Je suis sûr que tu t'en sors bien. Ça ne fait que quelques jours, Bella," dit-il en essayant d'être encourageant.

"Je sais, je sais. Je suis juste impatiente, je suppose. Je veux arriver à refaire tout ce que j'avais l'habitude de faire."

"Tu y arriveras bientôt.

"Oui," soufflai-je, me blottissant dans le creux de son épaule un peu plus. J'espérai que ce soit le cas mais pour le moment je n'en étais pas sûre.

"Alors tu ne penses pas que ça va fonctionner avec Phil ?" demanda-t-il, après un moment.

"Je ne veux pas. J'aime mon ancien entraineur. Phil me met mal à l'aise. Parfois…" Je m'arrêtais, pas vraiment sûre de devoir dire quoi que ce soit. Je n'avais pas vraiment de preuve après tout, à quoi servirait-il d'en parler ?

"Quoi ?" dit-il, m'invitant à continuer.

"Je pense qu'ils sont ensemble avec Renée. Comme ensemble ensemble."

"Quoi, comme ils couchent ensemble ?" demanda-t-il, ses mains se crispant dans mes cheveux.

"Ouais."

"Tu leur en as parlé ?"

"Non je ne saurais même pas quoi dire," murmurai-je dans sa poitrine, caressant la couture non boutonnée de sa chemise alors que ses doigts reprenaient leur mouvement réconfortant à travers les mèches de mes cheveux.

"Et ça te fait te sentir comment ?" demanda-t-il, embrassant mon front et laissant ses lèvres posées là.

"Je ne sais pas. Blessée ? Confuse ? Je ne comprends pas pourquoi elle me fait ça. Je veux dire peut-être que ça n'a rien à voir avec moi et qu'ils s'aiment vraiment mais ça me gêne. Je ne sais pas si elle était déjà avec lui avant de décider de le faire travailler avec moi ou si elle a voulu que ce soit mon coach en premier et qu'ils se sont mis ensemble ensuite. Mais peu importe ça me gêne."

"Alors dis-le leur," me supplia-t-il ses lèvres douces contre ma peau. "Tu ne peux pas travailler avec un entraineur s'il y a tant de choses qui se cachent sous la surface."

"Je sais. Peut-être," cédai-je, pas sûre d'être capable de parler de cette situation délicate. Je savais qu'Edward n'accepterait pas un peut-être, il continuerait à insister jusqu'à ce qu'il soit sûr de pouvoir faire quelque chose à ce sujet. Je pouvais déjà le sentir reprendre son souffle pour continuer cette discussion, alors je changeai de tactique et m'échappai. "Alors ces séries éliminatoires. Tu es excité ?"

"Oui," dit-il après un instant d'hésitation, visiblement réticent à laisser tomber le sujet mais comprenant que je ne voulais plus en parler. "Ça va devenir fou mais nous avons une bonne équipe. Et nous avons la possibilité d'aller plus loin cette année."

"Vous allez être géniaux," dis-je, levant la tête de sa poitrine pour le regarder dans les yeux. "Je le pense vraiment. Tu es vraiment incroyable sur la glace."

"Nous verrons comment les choses se passent," dit-il, en faisant tourner une de mes mèches dans ses doigts. "Je déteste le fait qu'il y ait autant de déplacements, ça devient vite lassant."

"Ça commence à l'extérieur, non ?" demandai-je, déjà un peu nerveuse à ce sujet. Il était déjà parti avant et ça s'était bien passé mais je me sentais déjà mal, même avec lui à mes côtés.

"Oui pour quelques jours. Tu vas me manquer Bella. Tellement," murmura-t-il, en se penchant pour trouver mes lèvres.

"Oh tu vas me manquer aussi," soupirai-je, l'embrassant une autre fois avant de remettre ma tête sur sa poitrine et disant ce que je pensais que nous voulions entendre tous les deux. "Ça passera vite j'en suis sûre. Tu auras tellement de choses à faire."

"Pas assez. Ça me parait déjà une éternité et je ne t'ai pas encore quittée," se lamenta-t-il, me serrant plus fort pendant un moment.

"Oui," convins-je.

Nous restâmes silencieux quelque temps, contents d'être ensemble et redoutant les jours de séparation à venir, du moins de mon côté. Bien sûr en silence, mes pensées erraient et se dirigeaient vers l'endroit où je ne voulais pas qu'elles aillent.

Il va vite se lasser. Lorsque tu ne lui donneras pas ce dont il a besoin il te jettera pour passer à la suivante, me sifflait la voix de Renée à l'oreille.

Toutes les fois où nous avions été ensemble il avait été si prévenant avec moi, presque hésitant. Il était si ouvert avec l'affection physique mais seulement jusqu'à un certain point et bien que je sache qu'il avait parlé de quelque chose concernant la maitrise de soi, ce jour-là il m'avait passé la glace minérale, je ne pouvais m'en empêcher de me demander s'il y avait quelque chose de plus que ça.

"Edward je peux te poser une question ?" murmurai-je, en levant la tête de son torse. Il ne répondit pas, il mit juste mes cheveux derrière mes oreilles et attendit que je continue. J'ouvris la bouche pour parler mais je n'arrivais pas à prononcer les mots. Je ne pensais pas pouvoir supporter sa réponse si elle pouvait correspondre à ce que m'avait dit Renée alors au lieu de ça je me penchai et lui chuchotai : "Embrasse-moi."

Sa main s'enroula autour de mon cou et il poussa mes lèvres vers les siennes, exhalant un gémissement lorsque nos bouches se fondirent, un mélange de lèvres douces et chaudes et de langues humides et caressantes. Je gémis quand il caressa ma lèvre inférieure avec le bout de sa langue avant de l'enfoncer dans ma bouche, ma main serrant le tissu de sa chemise alors que sa prise sur mes cheveux se resserrait. Je voulais plus. Je voulais qu'il me touche, pour me montrer combien il me voulait. Pour me faire croire que j'étais à ma place avec lui et qu'il ne pouvait pas me laisser partir, jamais. Pleine de détermination, je bougeai, jetant ma jambe sur son corps et me levant pour le chevaucher, mes lèvres ne quittant jamais les siennes.

Il poussa un long gémissement à notre changement de position et j'avalai goulûment le son émanant de sa gorge. Ses mains tombèrent immédiatement sur mes hanches soit pour me retenir, soit pour m'aider, ses doigts crispés autour de l'ourlet de ma chemise. Instantanément je sentis sa longueur dure contre moi, la preuve de son désir que je cherchais, que je voulais ardemment. Je m'appuyai contre lui, mes hanches s'efforçant de le sentir encore plus près avant que ses mains ne se resserrent et n'immobilisent mes mouvements et qu'il arrache sa bouche de la mienne.

"Bella," gémit-il, les yeux toujours fermés et les sourcils froncés de concentration. Je n'étais pas prête à m'arrêter. Je pouvais toujours sentir ces fissures dans mon cœur qui s'agrandissaient avec le poison de Renée et je voulais quelque chose pour les vider et les reboucher. Je posai mes lèvre sur son cou, déposant des baisers mouillés bouche ouverte, sentant ses muscles vibrer sous l'effort. Quand j'atteignis la jonction entre son cou et sa mâchoire, je posai mes lèvres sur la peau tendre et aspirai, mes hanches essayant de lutter contre la force inflexible de ses mains.

"Seigneur, Bella. Arrête, s'il te plait, tu dois arrêter," affirma-t-il, me rejetant pratiquement de lui mais seulement pour me reposer contre les coussins du dossier du canapé, son corps toujours aligné contre le mien.

"Qu'est-ce qu'il y a Edward ? Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ?"

Il se frotta furieusement le visage avec les mains et gémit. "Non pas toi, femme irrésistible et idiote. Putain, putain tu fais tout absolument bien et c'est ce qui ne va pas."

"Pourquoi ?" demandai-je, complètement perdue et essayant de lutter contre le sentiment de rejet.

"Parce que Bella. Tu n'es pas prête pour ça. Non…" il continua rapidement alors que j'ouvrais la bouche pour parler, "… je sais que je te dis toujours que tu dois me laisser prendre des décisions par moi-même et je n'essaie pas de le faire ici. Je sais que ça y ressemble et ça l'est un peu mais le sexe, passer cette étape est important. Au moins ça devrait l'être et ça l'est pour moi. Je ne veux pas que ce soit quelque chose de décontracté qui se produit à un moment quelconque. Pas avec toi. Tu es trop importante. C'est trop important."

"Mais ce n'est pas que le sexe Edward. Tu ne me laisses pas te toucher, tu me touches à peine du moins pas de cette façon. Pourquoi es-tu toujours si prompt à t'éloigner de moi ?" demandai-je, incapable de garder ma douleur complètement pour moi.

"Bella," souffla-t-il, prenant ma joue en coupe et soulevant mon visage pour me forcer à le regarder dans les yeux. "Je veux que tu me touches. J'aime que tu veuilles essayer des choses avec moi. Je ne veux pas te décourager de le faire. Je veux tellement te toucher. Je veux mémoriser chaque centimètre de ta peau et trouver tous les petits endroits qui te font soupirer ou gémir mon nom," murmura-t-il, faisant courir son index le long de ma gorge jusqu'à ma clavicule.

"Alors pourquoi ne le fais-tu pas ?"

"J'ai peur de me laisser aller," admit-il, en me regardant intensément. "Je… je te veux tellement et j'ai peur de ne pas pouvoir m'arrêter assez vite et de te faire aller trop loin avant que tu sois prête. Et je ne suis pas sûr que tu me demanderas de m'arrêter même si tu n'es pas prête."

"C'est probablement vrai," concédai-je, en repoussant une mèche sur son front. "Je me sens tellement bien chaque fois que je suis avec toi, spécialement comme maintenant, je suppose que je me mets un peu à planer parfois."

"On y arrivera Bella. Tu as raison, nous pouvons avancer sans que ça aille trop loin, trop tôt. Je vais travailler là-dessus, d'accord ?"

J'acquiesçai et reposai ma tête contre lui, me sentant un petit peu mieux. Nous restâmes blottis quelques minutes de plus avant qu'Edward demande, "Tu as faim ? Tu veux qu'on cherche à manger ?"

"Non, est-ce qu'on peut rester comme ça un petit peu plus longtemps ?" demandai-je.

"Autant que tu veux ma belle," soupira-t-il et il bougea juste un peu pour que nous puissions tous les deux être à l'aise. "Il n'y a aucun autre endroit où je voudrais être."

Après un petit moment Edward commença à fredonner doucement. Je sentais les vibrations de son torse contre ma joue tout autant que le son sourd à mon oreille. Je reconnus tout de suite la mélodie, un doux sourire caressant mes lèvres alors que je fermai les yeux, me blottissant contre lui alors qu'il commençait à chanter doucement les paroles du refrain.

"Si je restais ici, couché là, resterais-tu avec moi pour oublier le monde ?" chanta-t-il. Ma tête se vida, toutes les pensées de Renée, Phil ou des éliminatoires ainsi que le stress s'estompèrent jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'Edward et moi. Je m'endormis avant qu'il ait fini la chanson.

Lundi matin l'équipe partit pour Calgary où elle entamerait sa première série des éliminatoires contre les Flames. Leurs deux premiers matchs se dérouleraient à l'extérieur, les gardant loin d'ici jusqu'au vendredi. J'avais pu les accompagner pour le départ puis Renée avait raccourci la séance d'entrainement disant qu'elle avait des projets pour la soirée. Je me fichai que ses projets impliquent Phil. J'étais tellement excitée de revoir Edward avant son départ. Je ne voulais pas qu'il parte presque toute la semaine sans avoir pu lui dire au revoir.

Ce que je n'avais pas prévu, c'est que quand il partit, il prit avec lui la seule partie de moi qui avait une chance de tenir tête à ma mère.

Il emporta tout et bien sûr le fait que je sois si faible sans lui, me fit encore plus honte. Je me sentais comme une ombre qui avait perdu son corps, détachée avec à peine un soupçon de la personne que j'étais devenue, une personne avec laquelle j'étais heureuse. Le pire, c'est que je savais à quel point j'avais tort. J'étais tout à fait consciente du fait que je disparaissais peu à peu, me repliant sur moi-même.

Renée prenait le contrôle mais je me sentais complètement impuissante à l'arrêter, il n'y avait pas de branches auxquelles m'accrocher pour me sortir des sables mouvants.

Même s'il m'appela, je n'eus jamais l'occasion de lui parler. Je ne pouvais pas avoir mon téléphone portable à la patinoire, ce qui était presque tout le temps maintenant. J'eus plus d'appels manqués que d'appels auxquels je répondis et si j'arrivais à le rappeler, il était occupé et j'aboutissais sur sa boîte vocale. C'était un jeu frustrant qui me faisait me sentir désespérée d'échanger avec lui autre chose qu'un court message. Les miens étaient toujours brefs et vagues, ne voulant pas l'entraîner dans mon chagrin et ma solitude. Même mes textos étaient épars et pas plus qu'un "Super match" après leur première victoire ou de temps en temps "Tu me manques".

Je ne voyais pas les filles. De temps en temps, il y avait un message de l'une d'elles au milieu de ceux d'Edward. Je n'allais même pas allée chez elles pour regarder le match des gars, puisque Renée avait voulu que je dîne avec elle ce soir-là.

Sans elles, sans lui, il n'y avait rien. Il n'y avait que Renée et elle se nourrissait de ma vulnérabilité comme un requin qui sent le sang dans l'eau. J'étais en train de dépérir et en prendre conscience me donnait envie de me recroqueviller et de pleurer en même temps, de sortir de mon propre corps pour pouvoir me retourner et me gifler d'être aussi bête.

Mercredi après-midi, Renée et moi étions assises dans une petite épicerie fine pour discuter 'de stratégie' pendant le déjeuner. Pour Renée, cela allait des compétitions auxquelles je devais m'inscrire, les décisions concernant le maquillage, les sponsors dont nous avions besoin pour faire la cour à la presse qu'elle essayait de mettre en place et des apparitions, et tout ce qu'il y a entre les deux.

Tout ce qu'elle me dit me donna mal à la tête. Je ne voulais pas aller à New York pour parler à ABC News puis traverser le pays pour une séance photo de Sports Illustrated. Je ne voulais pas poser pour un MAC avec rien d'autre qu'une paire de patins artistiques et du brillant à lèvres.

Je ne pouvais penser à rien d'autre qu'au fait que ça venait juste de commencer et que je sentais déjà complètement épuisée. Peut-être que je n'en pouvais plus. Peut-être que je n'étais pas faite pour les compétitions impitoyables et le cirque qui les entourait, à ce stade de ma vie. Je ne ressentais pas une goutte de passion ou le désir de patiner quand je rentrais sur la glace pour travailler avec Phil. Peut-être que c'était fini pour moi. Il faudrait que je trouve autre chose à faire et patiner pourrait être un passe-temps agréable.

Cette pensée me brisait le cœur. Après tout le travail que j'avais déjà fait, je ne pouvais pas supporter l'idée de quitter le patinage mais honnêtement, je ne savais pas combien de temps encore je pourrais tenir comme ça.

"Bella ?" Une voix familière me fit sortir de ma brume et je tournais la tête pour voir Esmée se diriger vers notre table. "Je pensais que c'était toi. Je suis si heureuse de te voir," dit-elle chaleureusement alors qu'elle se baissait pour embrasser ma joue.

"Esmée. Salut," répondis-je, sentant le réconfort instantané qu'elle me donnait toujours, en essayant de me battre contre la raideur de savoir que ma mère était juste là, à me juger.

"Tu nous as manqué au match de samedi."

"Oh, ouais. Je suis désolée. J'avais, euh, quelque chose," bégayai-je, mon regard qui voltigeait inconfortablement entre elle et Renée.

"Comment ça va, ma chérie ? Comment te sens-tu ?" demanda-t-elle avant de prendre connaissance de ma compagnie. "Oh, je suis désolée ! Je n'avais pas réalisé que je t'interrompais."

"Non. Pas du tout," la rassurai-je, reconnaissante qu'elle soit là. Si j'avais à entendre un mot de plus sur la publicité, j'aurais peut-être perdu mon déjeuner.

"En fait, Isabella, nous étions au milieu de quelque chose," dit Renée d'un air acerbe.

"Je m'excuse, vous devez être Renée. Je suis Esmée Cullen," se présenta-t-elle en tendant la main à ma mère. Quand Renée prit la sienne, je fus frappée par leurs différences. Physiquement elles étaient semblables, bien que Renée soit plus grande, toute les deux étaient habillées élégamment, avec les vêtements de marque. Esmée était plus pâle, mais tout en elle criait douceur et chaleur alors que Renée n'était que lignes dures, froides et hostiles. Mais elles n'auraient pas pu être plus différentes, à mon avis.

"Cullen ?" demanda Renée avec curiosité.

"Oui. Mon mari a travaillé avec Bella pour son genou, et mes enfants sont tous devenus très proches d'elle. Vous devez être très fière, Bella est une femme remarquable," dit Esmée, passant sa main le long de ma queue de cheval.

"C'est gentil à vous de dire ça, Mme Cullen."

"Pas du tout, c'est tout simplement la vérité," répondit-elle avec un sourire chaleureux, même si je pouvais détecter un soupçon d'acier sous la douceur du timbre de sa voix.

"Oui, eh bien, comme je l'ai dit, Mme Cullen, Isabella et moi étions au milieu de quelque chose," dit Renée, essayant clairement de la presser de partir.

"C'est vrai. Bella, tu pourrais me raccompagner ?" demanda Esmée, "Ça ne prendra qu'un moment."

"Bien sûr, Esmée," dis-je, repoussant ma chaise et me tenant debout rapidement, désireuse de m'échapper, même pour juste quelques secondes.

"Isabella…"

"Maman, ça ne prendra qu'une seconde. On a tout notre temps avant d'être de retour à la patinoire," lui rappelai-je, en m'éloignant avec Esmée avant qu'elle ne puisse argumenter davantage.

"Je suis désolée, Esmée," commençai-je tout de suite dès que nous fûmes hors de la vue de Renée.

"Pour quoi, ma chère ?"

"Elle," lui dis-je, en faisant un geste en direction du restaurant où Renée était encore assise.

"Tu n'as pas à t'excuser auprès de moi, Bella. Ses actions sont les siennes. Est-ce que tu vas bien ?" m'interrogea-t-elle doucement, caressant ma joue.

Je hochai la tête, incapable de la regarder ou même d'ouvrir la bouche. Il avait été plus facile d'ignorer Alice et Rose, mais la voix douce d'Esmée suffit à me faire pleurer.

"Bella, ma chérie, regarde-moi," dit-elle d'une voix douce et ferme. "Tu peux me le dire."

"C'est juste dur," cédai-je. C'est peut-être la seule personne que je connaissais qui avait une chance de comprendre.

"L'avoir ici, le nouvel entraîneur, retourner à l'entraînement, et maintenant Edward est parti. Je vais bien. C'est juste qu'il se passe beaucoup de choses."

"Tu as fait de grands progrès ces derniers mois, Bella. Tu dois juste t'en souvenir. Je sais que c'est dur. C'est beaucoup plus facile de se battre quand la force n'est pas face à toi."

"Oui," dis-je, retenant les larmes qui menaçaient de s'échapper.

"Edward a appelé hier soir. Je sais qu'il s'inquiète pour toi."

"Il ne devrait pas s'inquiéter. Il a tellement d'autres choses à faire auxquelles il devrait penser."

"Néanmoins. Il pensera toujours à toi. C'est ce que les gens font quand ils s'en soucient. Peu importe à quel point ils sont occupés. Je sais que c'est dur, chérie, mais laisse-le être là pour toi. Il veut être là pour toi," dit-elle, attendant mon signe de tête avant de dire gentiment. "Je devrais te laisser. On devrait déjeuner ensemble la semaine prochaine. J'adorerais rattraper le temps perdu."

"Oui, bien sûr, Esmée. Ce serait sympa."

"Reste forte, ma chérie. N'aie pas peur d'appeler si tu as besoin de quoi que ce soit," dit-elle en me serrant dans ses bras. Je dus m'empêcher physiquement de mettre mes bras autour d'elle comme des chaînes pour qu'elle reste avec moi. Au lieu de cela, je lui rendis son étreinte avec les bras ballants et je la laissai partir, pour retourner à l'intérieur affronter Renée, seule une fois de plus.

Je voulais être forte comme Esmée l'avait proposé mais je me sentais si faible. Je ne savais pas comment j'avais réussi à vivre si longtemps comme ça, tellement sans vie et seule, toujours recroquevillée sur moi-même, toujours en reculant.

Maintenant que je savais que la vie pouvait être différente, que je l'avais goûtée moi-même, le retour à mon ancienne vie semblait encore plus pénible.

* Garce qui hausse les sourcils