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CHAPITRE 11
Traverser la tempête
"Vous êtes dingue ou quoi ?" m'exclamai-je à la patinoire, le jeudi matin, le lendemain de mon déjeuner avec Esmée ou le matin de la deuxième partie des séries éliminatoires des gars.
Phil me faisait travailler comme une folle et j'espérai que c'était l'épuisement qui altérait mon audition. Sinon ça signifiait que Phil avait complètement perdu la tête.
"Il va bien falloir que tu essaies à un moment donné. Tu n'iras nulle part avec tes doubles et tes simples, Isabella. Le patinage individuel est basé sur les triples."
"Je le sais ça, Phil, je ne suis pas stupide," argumentai-je, mes mains posées sur mes hanches.
"Très bien alors, il ne devrait pas y avoir de problème. Tu as fait des doubles sans problème ces deux derniers jours, il est temps de te lancer."
"Je ne pense pas être prête pour l'instant," insistai-je. Oui, il avait raison mes doubles étaient assez solides. Mais le triple était tellement plus risqué. Il y avait plus de vitesse, plus de hauteur et les réceptions étaient plus difficiles. Il y avait tellement plus de place pour l'erreur.
"Tu n'iras nulle part avec ce genre d'attitude. Tu dois arrêter d'être aussi hésitante. Tu dois être prête à passer à l'offensive et à attaquer avec tout ce que tu as… si tu veux gagner."
"Oui mais…"
"Isabella ! Ecoute-le c'est tout," cria Renée de là où elle était, le long de la rambarde, en train de parcourir des fiches. "Il sait de quoi il parle."
J'essayai de protester, essayai de leur dire à tous les deux que je connaissais mon corps et ses capacités bien mieux que chacun d'eux mais c'était inutile. Ils n'allaient pas céder cette fois alors finalement j'abandonnai.
J'utilisai ma colère et ma frustration pour me propulser sur la glace, pivotant pour repartir en arrière et accumuler autant de vitesse que possible avant de lancer ma jambe en arrière et mon poids dans les airs, les bras serrés alors que je tournai rapidement une ou deux fois ne franchissant que la moitié de la troisième rotation avant d'atterrir… durement. Trop durement. Mon genou céda, incapable de supporter la force que je lui avais imposé et je m'effondrai sur la glace.
Je ne ressentis pas la même chose qu'en novembre. Ce n'était ni aussi aigu ni aussi douloureux mais plutôt un battement sourd lorsque je serrai mon genou entre mes mains, grimaçant en respirant lentement pour essayer de combattre cette sensation.
Quand je m'assis, je vis que Renée et Phil étaient venus voir.
"Ça va ?" me demanda-t-il. Après un moment à évaluer la situation, je hochai la tête. Mon genou me faisait mal mais je pensais que ça n'était pas trop grave.
"Bien. Essayons de nouveau," dit Renée.
"Quoi ?" dis-je, le souffle coupé, en faisant les gros yeux. "Tu te moques de moi ? Ne viens-tu pas de voir ce qu'il s'est passé ?"
"Tu ne peux pas te laisser arrêter par une petite chute !"
"Si je peux… si je suis tombée c'est parce que mon genou n'est pas prêt. Je ne vais pas me faire mal en essayant de vous donner une chose pour laquelle je ne suis pas prête. Je ne ferai pas d'autre triple avant d'être allée voir le Dr Cullen pour qu'il regarde mon genou."
"Oh allez !" protesta-t-elle.
"Non maman. Cette fois-ci je ne céderai pas. C'est mon corps et c'est moi qui dois vivre avec lui quand il a mal. Je vais allez le montrer."
"Isabella, ce docteur te rassure. Lui, son fils et sa petite femme essaient de mettre leurs griffes sur toi et…"
"Arrête ! Juste… arrête ça. Je vais voir le Docteur Cullen… et je te ferai savoir ce qu'il m'a dit," claquai-je, me levant et glissant sur la glace en ménageant ma jambe. Je pus les entendre discuter à voix basse mais ils ne me dirent rien de plus, alors je pus m'échapper rapidement, attendant d'être dehors pour composer le numéro de Carlisle.
"Allô ?" répondit-il.
"Carlisle, bonjour. Désolée de te déranger," dis-je, en sortant mes clés.
"Non Bella, pas du tout. Qu'y a-t-il ?"
"Tu es à l'hôpital ?"
"Je suis en train de partir. Esmée et moi avons prévu de nous retrouver avec les filles pour regarder le match ce soir. Tu voudrais te joindre à nous ?" offrit-il.
"Oh, euh oui, ça serait bien. Mais euh, il faudrait que je te parle avant," bafouillai-je, un peu anxieuse de lui dire pourquoi. Il avait été tellement clair dans ses conseils, m'avertissant de prendre les choses lentement. Je ne voulais pas le décevoir.
"Bien sûr. Tout va bien ?" demanda-t-il.
"Je le pense. Euh, je suis tombée rudement sur mon genou et je me demandai si tu pourrais y jeter un coup d'œil ?" m'enquis-je hésitante, ne voulant pas ruiner ses projets.
"Viens de suite," insista-t-il, sa gentillesse précédente se transformant immédiatement en ce que j'appellerai son ton de docteur, à la fois sérieux et inquiet," dis simplement ton nom à Mme Cope à la réception et elle te conduira jusqu'à moi. Ça fait mal ?"
"Pas trop," dis-je essayant de faire tourner le genou pour vérifier mais m'arrêtant immédiatement en gémissant. "Je veux juste être sûre."
"Bien, viens et nous allons regarder."
Quelques minutes plus tard, j'étais sur sa table d'examen, mon pantalon roulé au-dessus du genou et je pouvais voir qu'il avait déjà gonflé.
Après un rapide examen, il remit le tissu en place et s'assit dans son fauteuil. "On dirait que c'est juste un coup. Tu n'as rien de déchiré. Il vaudrait mieux que tu restes tranquille quelques jours, tout le week-end si tu peux. Du repos et de la glace devraient tout arranger."
Je soufflai de soulagement. "Merci Carlisle," dis-je en regardant mes mains et en évitant son regard même si je pouvais sentir ses yeux sur moi, semblant réfléchir pendant un moment avant de parler.
"Bella je suis inquiet. Je sais que j'ai dit que tu pouvais t'entrainer à nouveau et je pense que tu vois tes limites. Mais il semblerait que ce ne soit pas le cas de ta mère ou de ton nouvel entraineur."
Je haussai les épaules car il avait absolument raison et je le savais. Je n'aurai pas dû les écouter. Je n'aurais pas dû les laisser me pousser alors que la voix dans ma tête criait qu'il fallait que je m'écoute.
"Je ne peux pas te dire ce qui est bien pour toi, mais il faut que tu le découvres et vite. Si tu laisses d'autres personnes te mettre la pression, c'est toi qui vas souffrir à nouveau. Et je détesterai voir cela arriver."
"Moi aussi," murmurai-je.
"D'accord, alors je ne dis plus rien. Je suis content que tu m'aies appelé."
"Oui," dis-je le regardant dans les yeux et lui disant, "Merci."
"Tu vas quand même venir voir le match ? Nous avons tout un tas de pack de glace," offrit-il avec un sourire encourageant qui me rappelait tellement celui de son fils.
"Oui ça me plairait," acceptai-je, attendant qu'il range le dossier et se débarrasse de sa blouse pour que je puisse le suivre.
"Carlisle ? S'il te plait ne dit rien de tout ça et plus spécialement à Edward. Il a assez de choses à gérer pour lui," lui demandai-je pendant que nous marchions.
"Bella, je ne peux pas partager tes informations médicales mais tu devrais le dire à Edward. Tu ne voudrais pas savoir s'il était blessé ?"
"Je sais. Je voudrai. Pas maintenant. Ça ne ferait que l'inquiéter et il n'est même pas là. Et ce n'est pas comme s'il pouvait faire quelque chose."
"Je te laisse faire alors," agréa-t-il alors que nous retrouvions chacun à notre voiture. Je savais qu'il était très probable qu'Edward le sache immédiatement de toute façon. Il était toujours trop attentif quand il s'agissait de moi.
Ce soir-là chez les Cullen je pus me détendre un peu et apprécier le match. Je ne pouvais pas effacer complètement les germes de doute que Renée avait plantés dans ma tête quelques jours plus tôt mais j'essayai très fort d'oublier tout ça et de trainer avec Alice et Rose.
Elles furent ravies de me voir arriver après Carlisle, ne paraissant ni bizarres ni froides car je ne leur avais pratiquement pas parlé depuis le soir où Renée était arrivée.
Mais peu importe combien elles étaient amicales je ne pouvais pas m'empêcher de me refermer en essayant de protéger mon cœur. Bien que je veuille leur faire confiance, j'avais trop peur de me brûler pour le faire complètement.
Je surpris Esmée me lancer des coups d'œil inquiets, souvent vers mon genou avec de la glace. Je leur dis que c'était juste endolori et elles ne me posèrent pas plus de questions mais il était clair qu'elles ne croyaient pas mon explication. Et à chaque fois que la conversation allait vers Renée et mon patinage, je changeais de sujet, leur demandant ce qu'il se passait dans leur vie ou attirant leur attention sur le match.
Voir le beau visage d'Edward sur l'écran haute définition était juste assez pour qu'il me manque mais pas assez pour me réconforter. Tout ce que je voulais, c'était qu'il soit ici avec moi, me tenant au chaud et en sécurité dans ses bras. Quand il était avec moi, je ne me sentais pas si perdue, sans espoir. Il me faisait croire que je n'aurais pas à être comme ça pour toujours.
Sans lui, j'avais peur de l'être. Je ne savais pas si je pouvais trouver la force toute seule. Même le fait d'avoir les filles et Carlisle, même Esmée, n'aidait pas. Ils ne pouvaient pas me donner ça.
Je pouvais les voir tous essayer mais je n'arrivais pas à l'accepter de leur part, je ne savais pas comment m'appuyer sur eux sans devenir trop dépendante d'eux, sans me sentir encore plus faible que je ne l'étais déjà. Je ne voulais même pas l'accepter d'Edward. Je voulais trouver la force moi-même. Je voulais être indépendante et forte toute seule. Je ne savais juste pas si ce jour viendrait.
⁂
J'avais appelé Renée avant d'aller chez les Cullen ce soir-là, pour lui dire que je devais reposer mon genou pendant quelques jours. Elle était furieuse mais elle finit par accepter le fait que je n'allais pas patiner jusqu'à lundi. Bien sûr, l'inconvénient, c'est qu'il y aurait encore plein de jours avec Phil jusqu'à ce que je puisse m'en débarrasser. Cette 'période d'essai' devenait de plus en plus pesante.
En plus le fait de savoir que Renée et lui couchaient ensemble, me mettait toujours un peu mal à l'aise. Chaque fois qu'il posait ses mains sur moi pour ajuster ma position, je sentais des frissons courir le long de ma colonne vertébrale. Et pas du genre agréables. Parfois, je le surprenais à me regarder d'une façon qui ne semblait pas du tout appropriée. Je savais qu'il devait m'étudier mais quelque chose à propos de ses yeux regardant ma silhouette me donnait la chair de poule.
Avec ma trêve forcée, je pus récupérer Edward à l'aéroport. A l'instant où je le vis sortir de l'aérogare, je sentis une grande partie de ma détresse s'évaporer. Avec lui je me sentis plus forte tout de suite, comme si j'étais capable d'entreprendre une fois de plus cette traîtresse d'ascension pour reprendre ma vie en main.
"Hé, ma belle," souffla-t-il dans les cheveux quand je descendis de la voiture, me précipitant pour me jeter dans ses bras, sans même me soucier que mon genou me fasse encore mal. Il se pencha pour m'embrasser, ses mains dérivant juste sous l'ourlet de ma chemise pour caresser la peau au-dessus de mon jean. "Humm," fit-il contre mes lèvres, "Ça m'a tellement manqué."
La sécurité qui patrouillait nous chassa et nous bavardâmes de façon décontractée en voiture jusqu'à chez lui, parlant surtout de ses matchs et de son séjour à Calgary. Ils étaient à 1-1 dans leur série, ayant perdu lors de la prolongation la veille au soir mais Edward semblait de bonne humeur et était encore optimiste pour la suite. Leurs deux prochains matchs se dérouleraient ici, ce qui serait à leur avantage. Il n'y avait pas moyen que je manque cela, je me fichais de ce que dirait Renée.
Quand nous arrivâmes chez lui, Edward ne prit même pas la peine d'apporter son sac dans sa chambre, il le laissa simplement tomber par terre et me conduisit sur le canapé.
"Nous faisons ça souvent," fis-je observer, en me blottissant contre sa poitrine et en soupirant de contentement, reconnaissante de ne plus me sentir si vide.
"Tu te plains, Swan ?" demanda-t-il, embrassant le haut de ma tête avant que je ne la soulève pour le regarder.
"Pas du tout, Cullen." Je levai ma main pour lui caresser la joue où une courte barbe avait commencé à apparaitre. "Qu'est-ce que c'est que ça ?" demandai-je, en sentant la texture grossière contre ma peau.
"La superstition des éliminatoires," répondit-il, en plaçant sa main au-dessus de la mienne.
"Vraiment ? C'est le seul truc que tu as ?" demandai-je, en riant.
"Pour moi oui. Beaucoup de mecs ont le leur. Certains se laissent pousser les cheveux à chaque fois qu'on arrive là et quand c'est fini ils se rasent le crâne."
"Je suis contente que tu ne fasses pas ça," lui dis-je, en passant mon autre main dans ses mèches bronze douces et épaisses en désordre. "Ça me manquerait vraiment."
"Je ne pense pas que je pourrais être chauve," dit-il. "Ma tête est trop bosselée."
"Quoi ?" gloussai-je.
"C'est vrai, sens-le !" il m'encouragea et je fis ce qu'il demandait, en lui passant les doigts dans les cheveux et sentant la texture de son cuir chevelu en dessous. Bien sûr, il y avait quelques endroits où la surface n'est pas parfaitement arrondie comme on pourrait s'y attendre.
"Oh ! C'est plutôt bizarre, Cullen," dis-je. "Heureusement que tu as de beaux cheveux. Espérons que tu ne commences pas à les perdre un jour."
"Alors ça ne te dérange pas ? La barbe ?" demanda-t-il en la frottant.
"Pourquoi ça me dérangerait ?"
"Je ne sais pas, toutes les femmes n'aiment pas ça."
"Ce n'est pas comme si tu allais te transformer en Grizzly Adams ou en mec barbu. Tu la raseras après les séries éliminatoires, n'est-ce pas ?"
"Ouais."
"Alors non, ça ne me dérange pas. Pas du tout. En fait, je veux juste essayer une chose, je peux ?" demandai-je tranquillement, cherchant ses yeux d'émeraude, mon visage près du sien.
Il ne parla pas, hocha à peine la tête, les yeux verrouillés aux miens, sa bouche à peine ouverte. Je me penchai vers lui, comme pour l'embrasser et ses yeux se fermèrent. A la dernière seconde, je tournai la tête sur le côté, me penchant pour appuyer ma joue contre son visage.
Je frottai sa mâchoire avec ma joue, les poils de sa barbe naissante légèrement abrasifs sur ma peau douce. C'était aussi bien que je l'avais imaginé et je me frottai contre lui une fois de plus, me retirant avec un sourire satisfait, attendant que ses yeux s'ouvrent à nouveau avant de parler.
"J'ai voulu le faire la première fois que je t'ai rencontré," avouai-je, avec un sourire timide.
"Vraiment ?" demanda-t-il, les lèvres courbées vers le haut.
"Ouais. A l'aéroport. Tu étais un peu débraillé à l'époque," lui dis-je, en passant mes doigts sur sa joue à nouveau, devenant rapidement un peu obsédée par la sensation que cela procurait.
"Je devrai sauter le rasage plus souvent si ça veut dire que j'aie des cajoleries comme ça," dit-il.
"Les cajoleries sont peut-être l'une de mes nouvelles choses préférées," gloussai-je. "Avec les baisers esquimaux."
"Oui, c'est bien," dit-il, en se penchant et en m'engageant dans l'un d'eux, en embrassant le bout de mon nez doucement, puis glissant sa joue contre la mienne jusqu'à ce que ses lèvres soient juste au niveau du lobe de mon oreille. "Est-ce que ce sont les seules choses que tu préfères ? " chuchota-t-il d'un ton bas et rauque qui m'envoya une merveilleuse sensation de picotement dans la colonne vertébrale et me fit me demander depuis quand il faisait si chaud dans la pièce.
"Non ?" chuchotai-je avec hésitation, presque comme une question. Mes yeux se fermèrent et je haletai quand il pressa ses lèvres sur ma peau, juste en dessous de mon oreille puis plus bas, traînant le long de mon cou jusqu'à l'encolure de ma chemise.
"Non ?" demanda-t-il, glissant ses mains dans mon dos jusqu'à ce qu'elles s'arrêtent à l'ourlet de ma chemise, puis plus bas sous la ceinture de mon jean. "Quoi d'autre, Bella ? Dis-moi ce que tu aimes."
Je ne pouvais plus parler, je pouvais à peine respirer, mon cœur tapait dans ma poitrine alors que ses lèvres revenaient errer sur ma peau, s'arrêtant à un souffle de ma bouche où il chuchota à nouveau.
"Dis-moi, Bella."
"Embrasse-moi," exigeai-je, en gémissant quand il obéit immédiatement, écrasant ses lèvres sur les miennes.
Mes mains descendirent sur son torse, caressant son côté jusqu'à ce que j'atteigne le bas de sa chemise, en suivant son exemple et en glissant audacieusement ma main sous le tissu pour sentir la peau chaude en dessous.
Il gémit, un son grave et guttural, alors qu'il approfondissait le baiser et se pressait contre moi, bougeant nos corps lentement en tandem, jusqu'à ce que je réalise enfin son intention. Et tout d'un coup, mon dos était pressé contre les coussins du canapé pendant qu'Edward était allongé au-dessus de moi, ses bras autour de moi, bien qu'il soit évident qu'il retenait son poids pour ne pas m'écraser. Je soupirai d'approbation, écartant légèrement les jambes sous lui pour les enrouler autour de son mollet et le tirer plus près, mon sourcil se soulevant de surprise quand je sentis son érection s'enfoncer dans ma hanche.
Il arrêta le baiser, haletant un instant, avant de baisser la tête et d'attaquer mon cou, en suçant doucement la peau tendre. Je gémis et bougeai, inconsciemment à la recherche de quelque chose qui pourrait soulager la merveilleuse douleur entre mes cuisses.
J'essayai de lever ma jambe plus haut un peu trop soudainement et j'haletais à la douleur aiguë dans mon genou. J'espérais qu'Edward ne le remarquerait pas ou qu'il le ferait passer pour un son de plaisir mais non... pas de chance. Il recula immédiatement, clignant rapidement des yeux, ses paupières semblant un peu lourdes et cachant le vert foncé de ses iris.
"Qu'est-ce qui ne va pas ?" demanda-t-il.
"Ce n'est rien," insistai-je, en essayant d'attirer ses lèvres vers les miennes sans grand succès.
"Bella," protesta-t-il, restant hors de ma portée. "S'il te plaît ? Qu'est-ce que c'est ?"
Je soupirai et gémis intérieurement parce que je savais qu'il était trop têtu pour laisser passer ça. J'avais l'intention de lui dire quand même. Rien de tel que le moment présent, je suppose.
"Je me suis blessée au genou hier. Rien de grave," continuai-je rapidement, voyant l'éclair d'inquiétude sur ses traits. "Ton père a dit que c'était juste une bosse et serait parfait pour lundi."
Il se leva entièrement de moi et s'assit sur le canapé en tirant ma jambe sur ses genoux pour examiner mon genou de plus près, en le frottant doucement. "Ça fait mal ?" murmura-t-il, en me regardant dans les yeux pendant qu'il continuait à frotter.
"Pas trop. Juste quand je l'oublie et que je bouge trop brusquement. Ce n'est rien, je te le promets," jurai-je d'une voix apaisante, voulant effacer le pli de l'inquiétude sur son front.
Il se pencha en avant soulevant légèrement ma jambe pour pouvoir poser un doux baiser au creux de mon genou, la chaleur de ses lèvres évidente même à travers l'épaisseur du tissu. Il se rallongea sur le canapé et je roulai légèrement pour lui laisser de la place pour s'étendre, nos visages rapprochés et son bras s'enroulant autour de moi pour m'assurer que je ne serai pas trop près du bord.
"Pourquoi tu n'as rien dit hier soir ?" demanda-t-il.
"Je ne voulais pas que tu t'inquiètes. Ce n'est pas grave et tu n'étais pas là." Il sembla vouloir dire quelque chose mais il ne le fit pas alors qu'il continuait à caresser mon dos pendant une minute avant de me demander ce qu'il s'était passé.
J'hésitai et il me lança un regard interrogateur. "Je ne veux pas que tu te fâches," lui expliquai-je, sachant que je devais lui dire mais pas pressée de le faire.
"Pourquoi me fâcherai-je ?" demanda-t-il, les sourcils froncés.
"A cause de la situation," soupirai-je, me concentrant sur une tache sur sa poitrine plutôt que de le regarder. "Phil me pousse trop fort depuis des jours et Renée le soutient. Hier ils m'ont harcelé pour que j'essaie de faire un triple. Je savais que je n'étais pas encore prête, que je ne devrais pas mais j'ai cédé. Je les ai laissé faire."
Je pus sentir Edward se tendre, son bras s'enroulant juste un peu plus fort autour de moi et au bout de quelques instants de silence je le regardai. Il ne me regardait pas. Il regardait au loin avec un regard meurtrier, la mâchoire serrée et le front plissé.
"Je suis désolée," murmurai-je sentant des larmes de honte m'étouffer. Ses yeux se posèrent aussitôt sur moi, la colère disparaissant complètement alors que ses traits restaient toujours aussi tendus.
"Bella, non," objecta-t-il, sa voix pleine de douleur. "Ne t'excuse pas pour eux."
"Pas pour eux," argumentai-je, alors qu'une larme coulait sur ma joue. "Je n'aurais pas dû laisser ça arriver. J'aurai dû être assez forte pour leur dire non mais je ne le suis pas."
"Bella ?" il expira doucement, balayant la larme avec son pouce et appuyant son front contre le mien. "Tu es l'une des personnes les plus fortes que je connaisse. Je le pense. Ce n'est pas de ta faute si ta mère est comme elle est. Tu as vécu avec ça toute ta vie. Une personne plus faible n'aurait pas survécu, ne serait pas partie, ne serait pas venue si loin même en dépit des difficultés. Tu dois rester forte, tu ne peux pas la laisser gagner maintenant… pas après être arrivée si loin."
"Je ne sais pas comment faire," murmurai-je, frottant mon front contre le sien et cherchant du réconfort.
"Bella, je vais te demander quelque chose et je veux que tu me promettes d'y réfléchir," dit-il après une minute. "Réfléchis-y c'est tout."
Je hochai la tête contre lui, lui faisant savoir que j'écoutais tout ce qu'il me demandait.
"Je connais un bon avocat. Il est habitué à ce genre de situation, contrat, finances, indemnités de licenciement, relations athlète/entraineur. Si je te donne son numéro, voudrais-tu au moins lui parler ?" Je me reculai pour pouvoir le voir et envisager sa demande.
"On dirait que les choses commencent à se dégrader avec ta mère," poursuivit-il, "et je ne veux pas que tu souffres encore plus à la fin si les choses continuent à se détériorer. Réfléchis à tes options. Veux-tu…"
Je l'arrêtai posant mes doigts sur ses lèvres. "Je l'appellerai," murmurai-je.
⁂
Cet après-midi même j'eus une conversation avec Maître Caius McCormick. Je ne savais pas si quelque chose en sortirait mais au moins je me sentais un peu plus en sécurité, sachant que je ne serais pas seule si les choses tournaient mal avec Renée.
Caius était convaincu qu'il pourrait gérer la situation si cela devenait nécessaire même s'il était clair que l'argent pourrait devenir un problème. Je me sentais stupide de n'avoir pas eu cette idée plus tôt.
Honnêtement je ne savais même pas comment mes finances étaient gérées. Je savais que Renée avait une certaine emprise mais qu'elle avait ses propres comptes, séparés des miens à la hauteur du pourcentage qu'elle s'était attribué comme gérante de mon entreprise depuis qu'elle ne recevait plus de pension alimentaire de mon père.
Caius me dit qu'un comptable devrait jeter un coup d'œil à la situation mais je n'étais pas tout à fait prête à prendre une mesure aussi radicale. C'était peut-être naïf de ma part mais j'espérais toujours que les choses pourraient être réglées. Malgré tous les défauts de ma mère, je ne pensais pas qu'elle soit une voleuse.
Je n'entendis pas trop parler d'elle pendant le week-end et il était clair que Phil et elle continuaient à faire des projets pour moi et la patinoire. Lundi arriverait bien assez vite et je les gèrerai. Je profitais de cette pause pour rattraper mon sommeil et lire, essayant de retrouver mon équilibre et mon calme. Bien sûr je pris du temps pour être avec Edward quand il n'était pas occupé, ce qui était rare. Je me rendis à leur premier match des séries éliminatoires à domicile, me laissant emporter par l'excitation de la soirée alors qu'ils dominaient les Flames.
Lundi matin, je me sentais mieux. Mon genou allait bien et je me sentais reposée et prête à travailler de nouveau, apparemment Phil l'était aussi.
"Non !" cria-t-il une fois alors que nous en étions à la moitié de la séance de l'après-midi. Je jure que j'avais entendu ce mot plus de fois au cours de la dernière semaine et demie que durant toute ma vie. Nous avions travaillé tout l'après-midi sur les spirales, ce qui était généralement mon point fort et encore une fois, rien ne le satisfaisait.
Nous étions en train de décomposer mon grand aigle et je ne savais plus ce que je faisais mal. Il semblait que je ne fasse rien de bien. Entendre à nouveau qu'apparemment je ratais quelque chose alors que tout le mouvement me paraissait bien, était tellement frustrant. Je voulais taper sur quelque chose. "Allez Isabella sors la tête de ton cul et fais-le comme il faut."
Ça y était.
"Tu n'as pas besoin de me parler comme ça !" J'allai vers lui, le regardant droit dans les yeux. "Je t'entends, à chaque fois je t'entends !'
"Si tu m'entendais, tu t'améliorerais," répondit-il, il était plus grand que moi d'une trentaine de centimètres.
"Je ne peux rien arranger si tu ne me dis pas quoi arranger, "dis-je, me détournant et enfouissant mes mains avec colère dans mes cheveux. "Tout ce que tu fais, c'est crier et me dire que je déconne sans rien me dire sur comment je peux mieux faire."
"Tu veux que j'arrange les choses pour toi ?" demanda-t-il, la voix dangereusement calme.
"Si tu veux être mon coach il faut que tu fasses autre chose que me crier dessus. J'ai déjà Renée qui fait ça très bien."
"D'accord, viens par là," me convoqua-t-il avec un doigt, alors que j'y allais en hésitant et m'arrêtais face à lui.
"Je ne veux pas que tu me touches," déclarai-je et j'essayai de me reculer quand il me contourna et posa ses mains à l'extérieur de mes jambes.
"Comment suis-je censé t'aider si je ne peux pas te montrer ce que tu fais mal ?" affirma-t-il, gardant ses mains fermement en place. "Juste ici ? Tes hanches doivent s'ouvrir davantage. Tu ne les écartes jamais assez. Ça n'est pas du tout impressionnant de faire un grand aigle sans écart," expliqua-t-il, en changeant ma position.
"Non attends, nous n'avons pas fini," protesta-t-il quand je me débattis contre lui. "Là. Ton bas est bon, assure-toi de rentrer ce petit cul serré," dit-il en le claquant. Ma mâchoire se serra de colère alors même que mes genoux commençaient à trembler.
"En-lè-ve tes mains de moi," demandai-je lentement, doucement.
"Hum, fougueuse pas vrai ?" murmura-t-il à voix basse, son corps s'alignant derrière moi. "Tu sais, ta mère est fougueuse aussi. Je parierai que tu es encore meilleure sous les draps. Je peux le voir. Tu dois être un chaton sauvage au lit."
"Tu es dégoûtant," dis-je la voix tremblante, j'étais nauséeuse.
"Je parie que tu ne dirais plus ça après cinq minutes dans mon lit. Tu crierais mon nom. Comme ta mère la nuit dernière. Et si nous faisions ce petit test, une petite comparaison ? Je suis sûr que je pourrai te montrer un tas de choses auxquelles ton petit-copain n'a même jamais pensé," murmura-t-il, ses lèvres contre mon oreille.
J'atteignis mon point de rupture et la montée d'adrénaline me permis de me débarrasser de sa prise, j'avançai avant de me retourner. Je ne pouvais même pas parler tellement j'étais en colère. Au lieu de ça je le regardai une fois et m'éloignai, m'asseyant sur le banc et retirant mes patins, oubliant de défaire mes lacets dans la précipitation.
"Isabella, où crois-tu aller ?" demanda ma mère en se dépêchant d'arriver.
"Je pars. Je ne remettrai pas un pied sur la glace tant que cet homme y est," grondai-je. Pointant en colère dans la direction de Phil.
"Tu as accepté deux semaines," persista-t-elle.
"Ouais et bien c'était avant que je sache que tu couchais avec lui et avant qu'il me propose de faire la même chose," criai-je pratiquement.
"Excuse-moi ?" s'étouffa-t-elle.
"Oui, tu m'as bien entendue. Ton chéri ou peu importe comment tu choisis de l'appeler vient juste de me demander de le rejoindre dans son lit bien que ses paroles n'aient pas été aussi dignes."
"Phil ?" appela Renée, lui demandant de se joindre à nous. "Isabella ici prétend que tu l'as draguée. Est-ce vrai ?"
"Pas du tout baby," dit-il en s'approchant d'elle et passant son bras autour de ses épaules. "Elle m'a demandé de l'aider à améliorer son grand aigle. Tu sais bien que je ne te ferai pas ça."
Le connard osait mentir et Renée gobait tout, je pouvais le voir à son expression. Je ne lui laissais pas une chance de parler.
"Tu plaisantes ? Tu vas croire ce parasite plutôt que ta propre fille ? Ta famille ?"
"Je pourrai utiliser le même argument Isabella. Tu ferais ça à ta propre mère ?"
Je criai de frustration : "Oh mon Dieu, pourquoi tu ne te décides pas tout de suite ? Je suis soit une prude de ne pas avoir couché avec mon copain, soit une salope d'avoir couché avec Phil. Lequel choisis-tu ?"
Elle ne répondit pas, me regardant calmement, toujours du côté de Phil.
"Je veux qu'il parte !" exigeai-je.
"Nous avions un accord…" dit Phil.
"Je me fiche du genre d'accord que vous avez avec ma mère mais vous n'en avez pas avec moi !" déclarai-je. "Je n'aurai plus besoin de vos services. Considérez que cet "essai" est officiellement terminé."
Je les regardai fixement une fois, expirant de dégoût en prenant mon sac du banc et en partant.
J'avais besoin d'une douche.
⁂
Après m'être frottée sous l'eau chaude jusqu'à ce que j'aie l'impression que ma peau s'écaille, je me sentais toujours sale. Penser à Phil et à ses mains moites sur moi me donnait des frissons. J'avais complètement flippé et j'étais contente d'en avoir fini avec lui.
Et Renée ? Je n'arrivais toujours pas à croire qu'elle ait pris son parti ou cru un seul mot de ce qu'il disait. L'idée que je puisse draguer Phil était manifestement tirée par les cheveux, je ne pouvais même pas imaginer ce qu'il se passait dans la tête de ma mère.
Edward avait eu raison d'estimer que les choses avec elle se détérioreraient rapidement. Je ne savais pas ce que je ferai le lendemain matin mais tout ce que je voulais, c'était partir voir le match et oublier tout ça pour une soirée.
Plus facile à dire qu'à faire. Même dans la foule assourdissante du Xcel, je n'arrivais pas à échapper à mes pensées, les moments de ma vie vacillant dans mon esprit comme un vieux film, avec les critiques constantes de Renée comme bande-son.
J'aurais aimé qu'elle soit différente, qu'on soit différentes. Je n'avais pas besoin qu'elle soit l'incarnation de la maternité comme Esmée. J'avais juste besoin qu'elle soit ma mère, qu'elle me fasse passer en premier pour une fois. Bien sûr, elle dirait qu'elle le faisait toujours mais pas vraiment. C'était ma carrière qu'elle faisait passer en premier.
Après avoir vu l'exemple de la relation d'Alice et d'Esmée, je voulais tellement ce lien. Et je savais que je n'y arriverais jamais avec Renée.
J'étais tellement perdue dans mes pensées que le match était terminé avant que je m'en rende compte. Mes quatre compagnons me jetaient des regards un peu inquiets et j'étais certaine d'avoir plané tout le temps. Je prétendis que je ne me sentais pas bien, m'excusant et hélant un taxi pour rentrer, sachant que les autres sortiraient et fêteraient ça. J'avais trop de choses en tête pour faire la fête et ils méritaient de passer une bonne soirée sans que j'agisse comme un rabat-joie.
J'appelai Edward et tombai sur sa boîte vocale, c'était encore trop tôt pour qu'il ait eu le temps d'allumer son portable. Je lui laissai un message rapide avec ma voix la plus joyeuse, lui disant de s'amuser ce soir et que je le verrais demain.
Je ne dormis pas du tout cette nuit-là, je restai simplement allongée dans mon lit, regardant le plafond comme s'il allait me donner toutes les réponses dont j'avais besoin. La seule chose que je savais, c'est que ça ne pouvait pas durer beaucoup plus longtemps.
⁂
Je franchis les portes de la patinoire le lendemain matin et m'arrêtai brusquement.
"Qu'est-ce qu'il fout ici ?" demandai-je, en voyant Renée et Phil debout juste vers l'entrée.
"Deux semaines, Isabella. Tu ne peux pas juste..."
"Je le peux. Je ne m'approcherai pas de cette glace avec lui dans les parages. Si tu veux que je m'entraîne, tu te débarrasses de lui," la menaçai-je, ma voix plus froide que la glace.
"Pourquoi es-tu si dramatique à propos de tout ça ?"
"Dramatique ? J'ai été très claire hier soir et tu n'as pas écouté. Tu n'écoutes jamais," je secouai la tête, à la fois déconcertée et fatiguée de son comportement.
"Je sais ce qu'il y a de mieux pour toi et ta carrière !" commença-t-elle et je l'arrêtai vite fait.
"Non. Apparemment non. Sors-le d'ici ou j'en ai fini !" répétai-je en la fixant, inébranlable, jusqu'à ce qu'elle lève enfin les yeux et se dirige vers la porte, Phil la suivant de près.
J'allai m'asseoir dans les gradins et fis tomber mon sac de patin par terre. J'en avais tellement marre de ce drame que je me sentais épuisée par ce petit effort que j'avais dû faire pour lui tenir tête. S'il m'avait fallu autant d'énergie pour cela, je me demandais comment je pourrais trouver la force pour l'éloigner de moi. Chaque pas avec elle me donnait l'impression de patauger dans la boue jusqu'à la taille avec des chaînes épaisses attachées à mes chevilles.
La porte s'ouvrit une minute plus tard et quand je jetai un coup d'œil, je dus y regarder à deux fois en voyant arriver Edward à la place de Renée.
"Hé !" Il me dit-il quand il m'atteignit, s'appuyant contre la balustrade devant moi, le regard sobre.
"Edward, salut. Qu'est-ce que tu fais ici ?" demandai-je, la tête reposant sur mes mains.
"Je suis venu voir comment tu allais. Ma mère et Alice m'ont dit que tu avais l'air contrarié hier soir, au match."
"Ouais. Juste quelques trucs avec Phil. Ce n'est rien," soupirai-je, ne voulant pas rentrer dans les détails dégoûtants alors que j'essayais encore de comprendre moi-même.
"C'est tout ?" dit-il.
"Ouais, pourquoi ?"
"Mon Dieu, Bella, si tu dois demander, je ne sais même plus quoi dire.." il se mit à crier de frustration, levant les mains en l'air de défaite. "Je ne sais pas combien de fois je dois te le dire, te demander, te supplier, de me parler. Laisse-moi entrer. Arrête de te cacher de moi. Ce n'est pas juste… pour aucun de nous."
"Quand pouvais-je t'en parler ? C'est arrivé hier après-midi et tu as eu un match hier soir," dis-je, instantanément sur la défensive après tout ce que j'avais traversé au cours des dernières vingt-quatre heures.
"C'est une excuse nulle, Bella, et tu le sais…" Il grogna, croisant les bras et se penchant une fois de plus.
"Ce n'est pas une excuse. On a tous les deux étés occupé. Tu as des choses plus importantes à penser que mes histoires de relation avec mon entraineur..."
"Tu crois vraiment que j'ai été trop occupé pour réaliser ce qu'il se passe ici ?" demanda-t-il d'une petite voix. "Tu deviens l'ombre de toi-même, Bella. Tu as à peine parlé à Rose ou Alice depuis que ta mère s'est pointée. Tu ne réponds pas au téléphone, tu réponds à peine aux sms. Tu n'es pas venue au match. Je sais…" dit-il en levant la main à mon expression, "je t'ai dit que tout allait bien. Je n'ai pas de rancune, ce n'est qu'un exemple de plus."
"Ce n'est pas une grosse affaire, Edward," murmurai-je, en me frottant la tempe et en voulant juste céder.
"Ça l'est ! C'est une grosse affaire, Bella !" cria-t-il. "Comment c'est supposé aller quelque part si tu ne peux pas me faire assez confiance pour me dire ce qu'il se passe dans ta vie ? Comment puis-je te faire confiance alors que tu continues à me cacher autant de choses ?"
"Ça ne t'affecte pas."
"C'est des conneries ! Bien sûr que ça m'affecte, je t'ai… tu comptes plus que tout pour moi. Si elle te fait du mal, elle me fait du mal. Si Phil te fait du mal, c'est à moi qu'il fait du mal," dit-t-il en se penchant en avant et serrant ses mains autour de mes bras, me secouant légèrement, juste assez pour me faire comprendre.
Je n'eus pas eu le temps de répondre avant que la porte s'ouvre à nouveau, Edward et moi jetant un coup d'œil pour voir Renée entrer et marchant droit vers nous.
"Isabella, va te changer !" exigea-t-elle, ne me regardant même pas, son regard furieux fixé sur Edward, et en jetant un coup d'œil vers lui, le sien était dirigé vers elle.
"Maman..." commençai-je à protester.
"Bella," interrompit doucement Edward en me regardant. "Tout va bien."
Ses yeux me suppliaient de m'éloigner, le feu qui y mijotait me disait qu'il était prêt pour l'affrontement. Je ne pouvais pas lui refuser sa chance, alors je hochai la tête, m'éloignant quand il me relâcha sans que j'aie eu le temps de jeter un regard en direction de ma mère. Mon sac sur l'épaule, j'allai vers les vestiaires, le silence derrière moi était rempli de tension et d'attente, bien qu'aucun d'eux ne dise un mot jusqu'à ce que je sorte de la pièce.
J'essayai d'écouter derrière la lourde porte mais je n'entendis rien. Je me changeai rapidement, fourrant mes vêtements dans le sac et me précipitai hors de la pièce quand leurs voix devinrent de plus en plus fortes. J'arrivai juste à temps pour voir Edward la surplomber comme s'il était prêt à lui sauter dessus ou simplement lui briser le cou. Quand il me vit, juste à l'extérieur des vestiaires, il la foudroya du regard une fois de plus avant de partir en trombe, claquant les portes avec colère.
"Edward, attends !" l'appelai-je, me précipitant vers les portes aussi vite que mes jambes me le permettaient, conduite entièrement par la peur. J'entendis vaguement la voix de ma mère qui criait après moi mais je ne pouvais pas comprendre ses mots. Je n'entendais rien d'autre que l'affolement de panique qui assourdissait mes oreilles à la pensée qu'il pourrait être parti.
Je franchis la porte, désespérée de l'attraper avant qu'il puisse aller trop loin. Lorsque je sortis, je jetai un coup d'œil fou sur le parking, mes yeux s'ajustant au soleil brillant de l'après-midi. Mes épaules se relâchèrent de soulagement quand je vis Edward. Il n'était pas parti, il n'était même pas sorti du parking. Il s'était arrêté près de la table de pique-nique et faisait les cent pas en m'attendant.
"Edward, je suis tellement, désolée…" essayai-je pour le calmer, en allant vers lui. "Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?"
"Il ne s'agit pas de moi Bella," explosa-t-il. "Je me fous de ce que cette femme a à dire sur moi. C'est ce qu'elle dit de toi. La façon dont elle te traite. Et tu la laisses faire ! Pourquoi diable la laisses-tu agir de la sorte envers toi ? Tu penses que c'est bien ? Ce que cette femme te fait c'est pratiquement de l'abus. C'est de l'abus, émotionnellement et toi tu restes là et endures !"
Je ne bronchai pas. C'était la colère que je cherchais depuis le début et je ne pouvais rien faire à part rester là et encaisser chaque coup.
"Pourquoi Bella ?" demanda-t-il impuissant, s'arrêtant juste devant moi pour me prendre par les épaules.
"Je ne peux pas l'expliquer Edward," dis-je doucement. "Ça toujours été comme ça."
"Et tu penses que c'est bien ?" demanda-t-il.
"Non, les choses étaient juste comme ça. C'est la nature de cette vie. Tu ne sais pas ce que c'est," soupirai-je.
"Tu crois que c'est quoi mon boulot, Bella ? Je suis mis sous pression tous les jours pour jouer, pour être le meilleur, pour patiner plus vite et taper plus fort. Alors oui je pense que je sais ce que c'est que cette vie et le genre de pression que tu subis," dit-il patiemment mais sa frustration était sous-jacente.
"Ça ne doit pas être comme ça," dit-il en prenant mon visage dans ses mains. "Il y a tellement plus dans la vie que patiner et gagner. Et je pense que tu le sais. Même si ta mère ne le croit pas, au fond de moi je sais que tu veux tellement plus dans ta vie."
"Tu ne dois rien à cette femme," continua-t-il, apaisant les inquiétudes que j'avais exprimées dans le passé. "Je sais que c'est ta mère et que tu veux toujours croire au meilleur des gens mais elle n'est rien d'autre qu'une sangsue. Tout ce qu'elle veut c'est te pousser plus pour pouvoir rester à tes côtés et en récolter les bénéfices jusqu'à ce que tu n'aies plus rien à lui donner. Il y a sept personnes ici qui s'inquiètent vraiment pour toi. Toi Bella. Pas Isabella Swan l'athlète. Demande-leur à chacun, ils se ficheront que tu aies une autre médaille. Tu n'as pas à gagner leur amour. Ils veulent juste que tu sois heureuse."
"Demande-moi," m'incita-t-il dans un soupir passionné, en se baissant pour que nos visages soient au même niveau. "Je ne préoccupe de rien d'autre que de toi. Si tu étais enseignante, comptable ou que sais-je, je me soucierai autant de toi et j'aurai craqué aussi, peu importe que tu sois pauvre ou qu'aucune autre personne sur cette planète ne connaisse ton nom aussi longtemps que je te connais moi. Je te connais Bella et je sais que tu ne veux pas vivre comme ça."
Il fit une pause, m'implorant d'un regard de lui faire confiance, de le croire, de comprendre. J'étais bouche bée, tellement bouleversée et pratiquement étourdie par tout ce qu'il se passait que je ne trouvais pas les mots pour parler. Comme je restai là à le regarder, il baissa les mains et secoua la tête.
"Je ne peux pas continuer ainsi," murmura-t-il en s'éloignant de moi. "Je ne peux pas continuer à m'ouvrir à toi si tu ne crois pas en nous, pas assez pour lutter."
Quand je vis le derrière de sa tête, j'attirai immédiatement son attention et trouvai les mots.
"Attends," haletai-je dans un sanglot. Mon bras se tendant pour attraper son poignet et pour le tirer vers moi avec plus de force que je ne croyais posséder. Je fus instantanément dans ses bras, mon visage fermement appuyé contre son torse, mes doigts s'agrippant dans son dos dans l'espoir de le ramener à moi, ses mains berçant ma tête contre lui. "Je t'en prie ne t'en va pas."
"C'est tout ce que je veux, Bella," souffla-t-il contre ma peau, comme une berceuse calmante confirmant sa présence. "Que tu me demandes de rester. Je tiens tellement à toi, tellement et être ensemble pourrait être incroyable. Enfer ça l'est déjà. Mais j'ai besoin que tu sois prête à te battre pour nous autant que je le suis. J'ai besoin que tu aies besoin de moi autant que j'aie besoin de toi. Je te promets que je ne te laisserai pas tomber," promit-il, nous séparant juste assez pour pouvoir me regarder dans les yeux. "Mais il faut que tu sautes en premier. Il faut que tu me fasses confiance, je te rattraperai." Il repoussa mes cheveux en arrière, soulevant mon visage comme s'il était très précieux. "T'ai-je déjà laissée tomber ?"
"Non," murmurai-je, en levant mes mains pour les poser sur les siennes. "Je te fais confiance. Plus que je n'ai jamais fais confiance à quelqu'un."
"Alors laisse-moi t'aider. Tu n'as pas à faire les choses toute seule. Avoir besoin des autres ne doit pas être un problème. Bella ta relation avec ta mère n'est pas saine et tu le sais. Elle t'a gardée isolée et prise au piège parce qu'elle est désespérée. Je sais que tu veux rompre avec ça, que tu ne veux pas dépendre des autres et je suis fier de toi pour ça, parce que tu es incroyable. Tu n'as plus besoin de ta mère. C'est pour toi. Je souhaiterai seulement que tu vois ce que je voie," soupira-t-il.
"Je commence à peine à m'en rendre compte."
"Bien. Parce que ce que je vois est très beau et tu ne devrais pas le rater," dit-il, posant son front contre le mien. Nous restâmes là donnant de la force et du réconfort à l'autre, essayant de retrouver cet équilibre que nous avions avant que toute cette merde ne déferle. Malgré le stress et la douleur je ne pouvais pas regretter les événements qui venaient de se passer. J'étais finalement sûre que ma place était près d'Edward et j'étais suffisamment forte pour faire ce qu'il fallait.
"Tu veux bien m'emmener quelque part ?" demandai-je serrant ses mains une fois puis me reculant.
"Oui," accepta-t-il, sachant déjà où je voulais aller. "Merci de me l'avoir demandé."
"Je suis désolée de ne pas l'avoir fait plus tôt, de t'avoir repoussé. De t'avoir blessé. C'est la dernière chose que je veux," dis-je, parce que même s'il semblait que nous soyons plus forts j'avais besoin de son pardon.
"Je te pardonne," dit-il en levant mon menton pour un baiser doux et apaisant. "Ne refais plus ça d'accord ?"
⁂
"Je viens avec toi," insista Edward alors que nous nous garions sur le parking de la patinoire plus tard dans l'après-midi. Après avoir rencontré Caius nous étions repassés par la patinoire et vu que sa voiture était toujours sur le parking.
Il fallait en terminer maintenant.
"Non s'il te plait attends-moi," l'implorai-je, en passant ma main sur sa joue râpeuse. "Je ne te demande pas de partir. J'ai juste besoin de l'affronter. Elle ne me prendra jamais au sérieux si tu es avec moi."
"Bella…" Il ouvrit la bouche pour me faire changer d'avis.
"S'il te plait Edward. Il faut que je le fasse. Pour moi."
"D'accord," dit-il à contrecœur, se rasseyant dans son siège.
Je m'apprêtai à ouvrir la portière, me figeant au dernier moment et lui demandant calmement sans me retourner. "Tu restes là n'est-ce pas ?"
"Hé," me dit-il, posant sa main sur mon épaule et me faisant me retourner vers lui, il se pencha par-dessus la console pour m'embrasser intensément en caressant ma joue. "Je ne vais nulle part."
"Bien," exhalai-je, l'embrassant doucement une fois de plus. "Parce que j'ai besoin de toi, Edward."
Sur ce, je trouvai la force de sortir de la voiture, fixant les portes de la patinoire et me reprenant. Ça n'allait prendre qu'un moment. J'étais prête pour ça et je n'allais pas revenir en arrière. Je carrai mes épaules et me dirigeai avec confiance vers la porte et vers elle qui était assise dans les gradins en train de feuilleter des dossiers.
"Ça y est, tu as fini ta petite crise ?" demanda-t-elle, prenant à peine le temps de me regarder.
"J'ai terminé."
"Bien Phil était très contrarié par tout ça mais je suis sûre que nous pourrons le récupérer si tu t'excuses."
"Non mère. J'en ai terminé avec tout ça."
"De quoi tu parles ?" soupira-t-elle longuement, en posant ses papiers à côté.
"Je ne vais pas concourir comme ça. Les entraineurs tyranniques, les costumes trop ajustés, la chorégraphie de la bombe sexuelle, les sessions interminables qui me rendent malade et me laissent épuisée," énumérai-je.
"C'est ce qu'il faut faire pour gagner, Isabella."
"Si c'est ce qu'il faut faire alors je ne veux pas gagner. Je ne veux pas en faire partie. J'ai déjà concouru avant et réussi sans ces choses et je suis sûre comme l'enfer que je n'ai pas besoin de tout ça."
"Tu es devenue faible Isabella. Cette blessure et le temps passé loin de la glace t'a rendu molle. Tu es habituée à avoir le feu et l'entrainement. Tu étais prête à faire tout ce dont tu avais besoin pour atteindre le sommet."
"Ah oui ? Je n'ai jamais voulu gagner autant que tu le voulais. J'adore patiner. Mais je n'ai jamais eu ce besoin de gagner. Tu m'as poussé. Toute ma vie tu m'as poussé. Et je… j'en suis reconnaissante parce que sans cela je n'aurais peut-être pas vu tout mon potentiel. Mais je ne peux pas continuer à vivre ma vie en t'étant redevable."
"Tu devrais être reconnaissante. J'ai sacrifié toute ma vie pour toi."
"Et quels sacrifices as-tu faits ?" me moquai-je incrédule. "Je suis allée partout où tu voulais. J'ai fait tout ce que tu as voulu. Je suis restée à l'écart pendant que tu batifolais avec tous les hommes de l'Etat. L'argent que j'aie gagné t'a donné une vie extrêmement confortable. Qu'as-tu sacrifié ? Que t'ai-je empêché de faire ?"
"Tu n'es rien qu'une petite fille gâtée ! On t'a tout remis sur un plateau d'argent mais tu refuses de donner quelque chose en retour."
"Quand cela suffira-t-il maman ? Qu'est-ce qu'il te faudra pour être heureuse ? La médaille d'or te suffira-t-elle ? Que se passera-t-il si je ne réussis pas ? Je ne serai plus en mesure de me qualifier dans quatre ans. Le jour même de ma retraite arrive plus tôt que tu ne le penses et que vas-tu faire alors ? Me jeter comme une vieille chaussure usée qui ne vaut plus rien ?"
Elle ne dit rien et ça me disait tout.
"Je ne continuerai pas si tu restes. La seule chance que tu aies de me voir concourir à nouveau, c'est sans toi à mes côtés."
"Tu mens. Tu ne peux pas abandonner."
"Je peux," dis-je froidement. "C'est la différence entre toi et moi. J'ai parlé à un avocat. Toutes les informations que tu as sur ma carrière me seront transférées. J'apprécierais que tu m'envoies le reste de mes affaires une fois rentrée à la maison. Je peux déposer une ordonnance si nécessaire mais j'ai bon espoir de ne pas en arriver là.
Tu recevras une indemnité de départ très confortable, après quoi tu n'obtiendras plus un centime de ma part. Un juriste comptable s'occupera de tout problème financier entre nous. Si tu as essayé de faire quoi que ce soit de sournois, ils le découvriront et je porterai plainte. Ne te donne pas la peine d'essayer d'accéder à mes comptes, ils ont été gelés. Je suis sûre que tu en as plus qu'assez pour un billet d'avion."
"Quoi, tu me vires ?" se moqua-t-elle, dubitative, en se levant pour se tenir devant moi. Là où je m'étais toujours recroquevillée, je tins bon, le menton levé pour rencontrer ses yeux.
"Si tu as des sentiments pour moi en tant que ta fille, retourne en Floride et laisse-moi commencer à vivre ma vie. Tu ne peux pas être mon manager et ma mère. Ça ne marche pas."
"Tu n'y arriveras jamais toute seule, Isabella. Tu ne vaudras rien sans moi."
"Tu te trompes !" Je me redressai, croyant enfin à ce que je disais et voyant ses propos pour ce qu'ils étaient - des menaces vides et désespérées. "Je suis une femme capable et intelligente. Je ne suis plus une petite fille perdue que tu peux commander et modeler à ta guise. Je peux et je me débrouillerai seule et je n'ai pas besoin que tu essaies de me rabaisser pendant que je le fais. Rentre chez toi, Renée. Je suis sûre qu'il y a plein d'hommes qui t'attendent pour t'accueillir dans leur lit si tu t'ennuies."
Je ne vis rien venir jusqu'à ce que ce soit déjà fini. Un claquement aigu de mains résonna dans la patinoire, ma tête tourna de côté à cause de la force de sa main. Ma joue piqua et je sentis le sang affluer en surface où elle avait fait contact. J'étouffai un rire d'incrédulité, en me retournant pour lui faire face. Ses yeux étaient ombrageux, son visage rougissait. Je ne l'avais jamais vue aussi bizarre.
"Vous voudrez peut-être faire examiner votre main. C'est plus de travail physique que d'habitude pour vous. Vous auriez pu vous casser un ongle," dis-je d'un air hautain. "Vous pouvez disposer, Mme Swan."
Ses yeux étaient comme un feu de forêt, dangereux et incontrôlable et je pensai qu'elle pourrait me frapper encore une fois. Mais je ne bronchai pas. Je ne me recroquevillai pas. Je ne dis rien sur la gifle. Je relevai la tête et la dévisageai. Finalement, elle sembla réaliser que je ne bluffais pas et qu'elle ne gagnerait pas. Elle souffla une fois, se penchant pour prendre son sac à main et s'éloigner. Je comptai chaque cliquetis de ses talons sur le béton jusqu'à ce que j'entende la porte s'ouvrir et se refermer en claquant derrière elle, ne laissant que le silence.
Je savais qu'elle ne s'en irait pas si facilement mais je m'occuperai des conséquences un autre jour.
Quand je fus seule, je caressai la peau rougie de ma joue, heureuse de ressentir une autre douleur que celle que j'avais dans le cœur. J'étais fière de moi pour ce que j'avais fait mais j'étais encore pleine de regrets que cela ait été nécessaire.
Je ne remarquai même pas qu'Edward était entré jusqu'à ce qu'il halète.
"Oh mon Dieu, Bella, mon amour, qu'a-t-elle fait à ton beau visage ?" demanda-t-il, en levant les doigts pour effleurer doucement ma joue. "Je n'aurais pas dû te laisser entrer toute seule. J'aurais dû être là. J'aurais dû l'arrêter, faire quelque chose."
"Non, Edward," le coupai-je, ne voulant pas qu'il se noie dans une culpabilité inutile. Je pris son visage en coupe. "Il fallait que je le fasse tout seule."
"Bella…"
"Edward, la marque s'estompera," l'assurai-je. "Et tu as fait quelque chose. Je n'aurais jamais pu lui tenir la tête comme ça si ce n'était pas pour toi. Je savais que tu étais ici avec moi. Elle aurait pu me gifler une douzaine de fois ou me dire ce qu'elle voulait et j'aurais tenu bon. Grâce à toi... et à ce que tu as fait pour moi. "Je fis un pas, en glissant les bras autour de sa taille.
"Tu veux bien me serrer dans tes bras, s'il te plaît ?"
Ses bras s'enroulèrent immédiatement autour de moi, me serrant contre lui alors qu'il nous berçait.
Le fait que ce lourd fardeau que j'avais porté si longtemps était parti me fit trembler, me laissant un peu étourdie.
"C'est bon maintenant, mon amour," chuchota Edward contre mes cheveux, ses bras se relâchant juste un peu autour de moi pour faire des cercles apaisants dans mon dos. "Tout va bien se passer."
"Ne me lâche pas," suppliai-je, resserrant mon étreinte autour de lui. "S'il te plaît. Ne me lâche pas."
Il revint à sa ferme prise sur moi et promit : "Jamais, Bella. Je ne lâcherai jamais."
⁂
Cette nuit-là, Edward ne voulut pas me quitter. Il insista pour rester chez moi, à camper sur mon canapé au cas où Renée déciderait de pousser les choses et de passer chez moi. Peu importe le nombre de fois où je lui avais dit que j'irais bien, il ne recula pas et au fond, je lui en étais reconnaissante.
Surtout quand, à deux heures du matin, je décidai d'arrêter de faire semblant de dormir pour aller le rejoindre sur le canapé, à l'étroit et blottis sous une couverture trop petite pour nous deux. Malgré la proximité et mes orteils gelés, je n'avais jamais mieux dormi que cette nuit-là, le dos chaudement blotti contre sa poitrine, nos mains entrelacées contre ma hanche, son autre bras sous ma tête. Son haleine chaude et endormie dans mes cheveux calma la douleur de mon cœur. Dans ses bras, je me sentais en sécurité et satisfaite. A présent, je savais que je pouvais lui faire confiance et qu'il ferait n'importe quoi pour m'empêcher de souffrir.
Le lendemain matin, je l'emmenai chez lui pour qu'il puisse faire ses valises puis je le conduisis à l'aéroport. Le cinquième match de leur série était prévu ce soir-là à Calgary. Le trajet fut assez calme. Edward ne parlait pas vraiment beaucoup et je n'essayai pas de forcer la conversation.
Sa main reposait sur la mienne au-dessus de la console centrale, son pouce dérivant d'avant en arrière sur mes articulations. Son genou qui tressautait légèrement était le seul indicateur qu'il n'était pas complètement calme.
Je le regardai, l'interrogeant mais il me sourit simplement et me serra la main. Quand je m'arrêtai près du trottoir pour le déposer, j'étais contente de voir que l'endroit était assez désert. J'espérai avoir une minute de plus pour lui dire au revoir avant que les agents de sécurité ne me chassent.
Il prit son sac dans le coffre et le posa sur le trottoir, claquant la portière et se tournant vers moi. Ma lèvre était coincée entre mes dents et mes bras enroulés autour de moi, ne sachant pas vraiment ce qu'il se passait avec lui. Peut-être qu'il était nerveux à propos du match ce soir-là. C'était un match important et ce serait une explication valable. Peut-être que le drame de la veille avait finalement usé sa patience et il s'est senti mal à l'aise. Peut-être qu'il pensait que j'étais un fardeau maintenant, une fille difficile à vivre et c'était trop d'ennuis pour ce qu'elle valait.
"Arrête," demanda-t-il doucement, son pouce frottant ma lèvre inférieure, puis il prit mon visage en coupe.
"Quoi ?"
"Je peux te voir réfléchir. Je sais que j'ai été calme ce matin. Ce n'est pas toi. Eh bien, ça l'est. Je ne me sens pas bien de te quitter. Pas ici comme ça, pas si vite après ce qu'il s'est passé," expliqua-t-il, une expression peinée sur le visage.
"Edward…"
"Je devrais être là pour toi. J'aurais dû être là pour toi tout ce temps. Peut-être que les choses n'auraient pas dégénéré si je n'étais pas autant parti quand elle était là."
"Non, Edward, tu ne peux pas penser comme ça", dis-je fermement, désireuse de soulager sa culpabilité. "Tu ne peux pas mettre ta vie entre parenthèses pour moi. Tu ne peux pas me sauver tout le temps."
"Je peux essayer," persista-t-il.
"J'avais besoin d'apprendre à me sauver," lui dis-je. "C'est fait. Eh bien, la partie la plus difficile au moins. Je sais qu'il y a encore beaucoup à faire pour surmonter ça… mais je vais m'en sortir. Je ne referai plus ces mêmes erreurs. Je vais m'en sortir et je t'attendrai ici à ton retour. Tu n'as aucune raison de te sentir coupable, d'accord ? Aucune."
"Ouais," céda-t-il, puis il se pencha pour frotter son nez contre le mien, nous offrant à tous les deux le réconfort de ce geste familier et intime.
"Alors, va souffler ces Flames pour gagner ta série et revenir vers moi," dis-je.
"Je n'ai jamais été aussi motivé," dit-il, me faisant enfin l'honneur de son sourire tordu, un vrai sourire. Il enleva sa casquette de baseball, sa préférée avec le logo des Wild et me la mit sur la tête, repoussant mes cheveux derrière mes oreilles avant de se pencher pour m'embrasser, ses lèvres s'attardant sur les miennes. "Je t'appelle ce soir."
"J'attendrai," jurai-je, lui donnant une fois de plus un bref baiser sur ses lèvres. Il attrapa son sac et l'accrocha sur son épaule alors qu'il s'approchait des portes coulissantes, levant la main dans un geste rapide que je lui rendis avant de disparaitre dans l'aérogare.
De retour dans la voiture j'enlevai la casquette. Elle était usée et légèrement décolorée et sentait comme lui. Je pris une profonde inspiration et un sourire étourdi fit son apparition car il m'avait laissé ce morceau de lui-même, tout comme les nombreux autres morceaux de moi-même qu'il avait emmenés avec lui. En souriant, je jurai de ne jamais lui rendre la casquette.
En m'éloignant du trottoir, j'entendis ces mots se répéter dans ma tête. "Je vais m'en sortir." Et finalement je sus que ces mots étaient vrais.
Je m'en sortirai.
