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CHAPITRE 12
Réparer
Après avoir laissé Edward à l'aéroport je fis un bref arrêt avant de retourner chez moi. J'avais des choses importantes à faire et ça ne ferait pas de mal d'être bien armée pour mon offre de paix.
Au lieu d'aller chez moi je pris une profonde inspiration pour me préparer et tapai chez Alice et Rose. Je ne savais pas si elles étaient chez elles ou même si elles répondraient. Je réalisai avec une certaine honte que je ne savais même pas ce qu'elles avaient fait ces derniers temps. J'avais dû les voir deux fois la semaine dernière et même quand nous trainions ensemble j'étais tellement perdue dans mes pensées que je n'avais réellement pas participé. OUI. M'excuser était vraiment nécessaire.
J'entendis le cliquetis du verrou avant que la porte ne s'ouvre sur Rosalie. Elle s'appuya contre l'embrasure de la porte, les bras croisés avec une expression de mécontentement sur le visage.
"Euh, bonjour, Rosalie," balbutiai-je, en toussant un peu mal à l'aise et ne sachant pas trop par quoi commencer. "Euh ? Pourrai-je entrer une seconde, peut-être ? Je viens avec des cadeaux…" dis-je en tendant un sac plastique contenant la glace Ben&Jerry que j'avais pris au magasin. Cela m'avait paru approprié sur le moment.
Ses lèvres s'étirèrent en un sourire amical alors qu'elle me prenait par la main, me tirant par la porte. "Ramène ton petit cul par ici," ordonna-t-elle, donnant un coup sec sur mes fesses alors que je franchissais le seuil.
"Alice !" appela-t-elle, après avoir claqué la porte derrière nous. Alice sortit de sa chambre et s'arrêta brusquement en me voyant à la porte. Je vis cette même expression d'inquiétude que j'avais remarquée dans ma brume les deux dernière fois et je sentis les larmes remonter dans ma gorge, rendant toute parole impossible. Je me sentais horrible de les avoir ignorées, de les éviter, de douter ne serait-ce que brièvement de leur amitié et de leur authenticité.
"Alice," grognai-je, "Je… je suis désolée. Tellement dé…" je n'eus même pas le temps de lâcher les tous premiers mots qu'elle s'élança sur moi et m'étreignit, je laissai tomber mon sac sur le sol et m'accrochai à elle, des larmes de honte coulaient de mes yeux alors qu'elle me murmurait des mots apaisants à l'oreille.
"Je suis désolée," répétai-je encore quand j'arrivais à mieux me contrôler. "Je m'excuse les filles, " dis-je, en levant la tête de l'épaule d'Alice pour regarder Rosalie qui était à côté de nous.
"Oh," roucoula Rose "C'est un moment tellement émouvant."
"Bouge tes fesses, Hale," ordonna Alice, en reniflant un peu et en faisant un geste du bras. Un moment plus tard je sentis les bras de Rose passer autour de nous, sa tête se posa sur mon épaule.
Quelle bande d'émotives nous sommes," soupira Rose. "Tu sais, j'ai une réputation à tenir. Les larmes doivent s'arrêter. Il n'y a que quand on regarde N'oublie jamais qu'elles sont acceptables."
"Ne t'inquiète pas Rose…" la rassura Alice, "… nous n'allons pas raconter tout ça aux gars du garage. Tu es une dure à cuire à cent pour cent."
"Bon sang," acquiesça-t-elle, se reculant et balayant furtivement l'humidité de ses yeux.
"Je pense que cela nécessite une nuit d'urgence les filles. Hale va chercher les provisions."
"Oui chef, bien chef," répondit Rose avec un salut impertinent, attrapant le sac de crème glacée tombé sur le sol et l'emportant avec elle dans la cuisine où je l'entendis s'activer pendant quelques minutes.
Quarante-cinq minutes plus tard nous étions plongées dans nos pots de glace et boites de mouchoirs pendant que je leur racontais les événements de ces deux dernières semaines, du moment où Renée était arrivée à ma porte jusqu'à l'après-midi précédent son départ. Elles étaient attentives et réagissaient parfois mais elles écoutaient surtout.
"Je n'arrive pas à croire que vous soyez si compréhensives avec tout ça," avouai-je à la fin, jetant la boite vide de Chubby Hubby sur la table basse. Je serrai un coussin contre ma poitrine, ma tête sur l'épaule de Rose pendant que je me lamentais. "J'ai été tellement bête."
"Bella tu n'es pas bête," dit Rose. "Oui tu t'es éloignée et non ce n'était pas la bonne chose à faire et en entendant toute l'histoire on peut comprendre pourquoi tu l'as fait."
"Il ne s'agit pas d'être compréhensives," continua Alice posant sa tête sur ma cuisse et me regardant. "Nous sommes tes amies. Les vrais amis n'ont pas de rancune surtout quand leur amie est visiblement en difficulté. Je me sens vraiment mal à cause de tout ça. J'aurai dû essayer de te parler davantage et comprendre ce qu'il se passait."
"Seigneur tu ressembles tellement à ton frère parfois, Alice," rigolai-je, en me souvenant qu'Edward avait dit quelque chose de tout à fait semblable. "Personne n'a nullement besoin de se sentir coupable à part moi. Je ne voulais parler à personne. Je ne voulais pas que quelqu'un sache ce qu'il se passait. Je me suis contentée de la fermer. C'était plus facile à ce moment-là."
"Peut-être que c'est ce qui semblait le plus facile mais j'espère que tu commences à réaliser que cela rend les choses encore plus difficiles à long terme," déclara Rose.
"Oui je suis en train de le comprendre," reconnus-je.
"Les meilleurs amis ne se contentent pas de rire et de regarder des films, de boire, de bavarder, on doit parler avec eux quand on ne sait pas vers qui d'autre se tourner, on peut aller vers eux quand on a l'impression que tout s'écroule et ils peuvent t'aider quand tu sens que tu ne peux pas y arriver seule."
En entendant ces mots je savais que je devais avouer ma faiblesse et purger complètement le doute qui me trottait dans la tête depuis que ces mots avaient été mis là par Renée.
"Tu te souviens de la semaine dernière, la soirée que nous avons passée ensemble ? Avant le dernier match de la saison ?"
"Oui quand tu te comportais si bizarrement ?" dit Rose voulant en savoir plus.
"Oui, je suppose. Renée m'a dit des choses, ce jour-là à la patinoire," dis-je, en faisant glisser la casquette d'Edward de ma tête ainsi mes doigts pouvaient être occupés avec la sensation réconfortante du tissu usé alors que je me rappelais de son expression lorsqu'il me l'avait mise. "Je n'arrivais tout simplement pas à me sortir ça de la tête. Même si je savais que ça ne pouvait pas être vrai, je les entendais encore et encore."
"Quel genre de choses ?" demanda Alice, les sourcils froncés, son regard passant au-dessus de ma tête alors qu'elle échangeait un regard confus avec Rose.
J'hésitai, ne voulant pas vraiment admettre ce que Renée m'avait fait croire même si ça n'avait été que brièvement.
"Nous ne serons pas en colère, Bella. Tu peux nous le dire," m'encouragea Alice avec une pression sur mon avant-bras.
"C'est juste que je sais qu'elle se trompait complètement," expliquai-je. "Je le savais avant aussi mais vous ne la connaissez pas et vous ne savez pas qui je suis quand je suis près d'elle. Elle sait exactement où appuyer pour me faire mal, là où je suis la plus vulnérable." Je soufflai et sus que c'était une bonne chose de leur dire. Les meilleurs amis parlent.
"Elle a dit que nous ne vouliez être avec moi que parce que j'étais célèbre, que vous vous intéressiez à moi maintenant mais que bientôt je vous ennuierai… je serais juste 'un sujet de conversation', je crois que c'est ce qu'elle a dit. Que je n'appartenais pas à votre monde et que j'étais stupide de croire que je pouvais être avec vous."
"Oh Bella," soupira Alice en serrant ses bras autour de moi. "Tu vas si bien avec nous. Tu es parfaite. N'en doute plus jamais."
"Mais quelle garce !" marmonna Rose, sa main me caressant le bras pour me réconforter, ce qui contredisait l'amertume de sa voix. "Putain qui dit pareille merde ?"
"Ma mère."
"Je pense vraiment que tu es très courageuse d'avoir fait ce que tu as fait, Bella," murmura Alice. "La laisser partir était la bonne chose à faire même si ça a été difficile."
"J'aurais juste aimé que ça n'aille pas si loin avant que je comprenne que l'avoir comme manager n'était pas une bonne chose. Ça fait longtemps que ça dure," dis-je, en soupirant longuement et retrouvant ce sentiment de liberté d'avoir réussi à m'occuper de cette situation.
"Eh bien maintenant tu peux tout recommencer, avancer sans elle. Vas-tu appeler ton ancien entraîneur ? Marcus, tu as dit, n'est-ce pas ?" demanda Rose.
"Oui Marcus. Honnêtement ? Je ne sais pas. Je ne suis même pas sûre de vouloir continuer à patiner," avouai-je.
"Bella," haleta Alice sous le choc. "Tu es sérieuse ? Mais tu as tellement travaillé. Pourquoi voudrais-tu arrêter maintenant ?"
"Je ne sais pas. Je n'ai pas pris la décision. Je ne sais plus vraiment ce que je veux. Travailler avec Phil et Renée ? C'était horrible. Je n'arrivais à rien faire correctement, je me sentais maladroite, usée, épuisée. Peut-être que ça ne vaut pas la peine de reprendre tout ça. Je devrais passer à autre chose. Je serais bientôt obligée de prendre ma retraite alors ce n'est pas comme si je renonçais a beaucoup de choses," expliquai-je, partageant les idées qui me hantaient ces derniers jours.
"Bells, on te soutiendra quoi qu'il arrive," m'apaisa Rose. "On veut juste s'assurer que tu prennes ton temps. Il très possible que tu aies ressenti ça parce que Phil n'est qu'un entraîneur nul qui n'a aucune idée de ce qu'il fait."
"Ou peut-être que j'ai déjà atteint mon plein potentiel et qu'il vaut mieux que je m'incline élégamment," répondis-je, en adossant la tête contre le canapé.
"Tu ne sauras jamais si tu n'essaies pas," souligna Alice.
"Ouais. Peut-être," dis-je. "Pour l'instant, je vais prendre quelques jours de congé. J'ai l'impression d'avoir perdu la joie que j'ai toujours associée au fait d'être sur la glace. J'ai commencé à le sentir comme une corvée, comme quelque chose que je redoutais à chaque fois que je devais aller à la patinoire. Je déteste qu'ils m'aient pris ça."
"Tu le retrouveras, Bells," dit Rose d'un ton rassurant.
"Je l'espère", dis-je avec beaucoup moins de confiance qu'elles.
⁂
L'après-midi suivant, j'eus la compagnie d'Esmée, qui accepta finalement mon offre de déjeuner ensemble.
"Salut, merci d'avoir accepté de me rencontrer ici," la saluai-je à la porte, en la serrant dans mes bras.
"Tout le plaisir est pour moi, chérie. C'est beaucoup mieux qu'un café bondé," dit-elle, en rentrant et en se débarrassant de sa veste alors qu'elle reniflait l'air. "Quelque chose sent merveilleusement bon."
"Oh, c'est vrai ? J'espère que les pâtes sont bonnes," dis-je, me sentant un peu timide à propos de la simple nourriture après avoir goûté sa cuisine. "C'était la chose la plus facile à laquelle je pouvais penser."
"Tu as cuisiné ?" demanda-t-elle, un sourire ravi illumina son visage. "Oh, chérie, tu n'avais pas besoin de faire autant pour moi."
"Non, je le voulais," protestai-je. "Tu as tant fait pour moi, je voulais juste faire quelque chose de bien pour toi."
"Eh bien, ça sent certainement délicieusement bon. J'apprécie ce geste, aussi inutile soit-il," dit-elle, venant dans la cuisine avec moi pour m'aider à préparer les assiettes.
Nous nous assîmes sur le canapé, mangeant et discutant de tout et de rien. Nous parlâmes de la performance de l'équipe et de ses chances plus tard dans la soirée, comme ce serait bien pour eux s'ils gagnaient et se reposaient quelques jours de plus avant la prochaine série.
Esmée me mit au courant de certains des projets qu'elle avait en cours. Elle ne travaillait pas formellement mais elle était impliquée dans un certain nombre d'organisations caritatives et semblait avoir toujours quelque chose à faire.
"Alors, comment vas-tu vraiment ?" demanda Esmée, après avoir nettoyé nos assiettes et être retournées au canapé.
"Mieux," répondis-je sincèrement. "Beaucoup mieux en fait. Edward ou Alice ont-ils dit quoi que ce soit à propos de ce qu'il s'est passé ?"
"Edward m'a dit que tu lui avais parlé et que ta mère partait. Je suis contente que les choses se soient arrangées…" dit-elle en me tapotant la main, "… entre toi et Edward."
"Moi aussi," dis-je avec un sourire triste, me souvenant de ce qu'il avait fallu pour y arriver, de la douleur que je lui avais causée. "Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans lui. Je ne pouvais pas supporter l'idée de le repousser plus que je ne l'avais déjà fait. Quand il a dit qu'il ne pouvait plus le faire ? J'ai eu l'impression que mon cœur s'arrêtait de battre. Je ne pouvais pas le laisser partir, pas si je pouvais faire quoi que ce soit pour l'arrêter. Est-ce que ça me rend faible ?" lui demandai-je, incapable de rencontrer ses yeux. "Le fait que j'ai tellement besoin de quelqu'un que j'aie l'impression que je ne pourrais pas y survivre s'il n'était pas là ?"
"Non," affirma-t-elle d'une voix claire et sans hésitation. Elle m'attrapa la main et me fit m'allonger, la tête sur ses genoux, ses doigts me grattaient la tête. "Ça ne fait pas de toi quelqu'un de faible, du tout. Ce que vous avez, Edward et toi, ça vous rend tous les deux plus forts. Ce n'est pas quelque chose à craindre, bien que cela puisse être effrayant et écrasant la plupart du temps. C'est quelque chose à embrasser et à chérir."
"Il lui a parlé, tu sais… à Renée. Eh bien, je ne sais pas si c'est le bon mot, " dis-je, "J'étais hors de la pièce et je n'entendais rien de ce qu'ils disaient mais quand je suis revenue il avait l'air de vouloir l'étrangler. Il n'a pas voulu me dire ce qu'elle lui a dit, ou ce qu'il lui a dit, lui."
"Je ne pense pas qu'il essaie de te cacher des choses, Bella. Je pense qu'il ne veut pas te voir encore plus blessée que tu ne l'es déjà."
"C'est justement ça, je sais qu'il souffre aussi, ou du moins qu'il souffrait. Je sais que ce n'est pas pareil pour lui, il est plus intelligent que ça et n'écouterait rien de ce qu'elle dit mais je ne pourrais pas le supporter si elle avait dit quelque chose qui l'avait blessé d'une façon ou d'une autre. Surtout si c'est quelque chose que je peux réparer."
"Edward sait qui il est et il sait qui tu es, Bella," me réconforta Esmée. "Rien de ce qu'elle a pu lui dire ne le fera douter de toi."
"J'espère que non. Elle est tellement..." je fis une pause, tordant mes mains et cherchant la bonne description.
"Elle est comme cette maladie invisible. On ne la sent pas vous infecter tant que vous n'êtes pas déjà malade et que vous ne pouvez plus rien y faire."
"Mais tu as fait quelque chose," me rappela-t-elle.
"Ouais. Mieux vaut tard que jamais, je suppose."
Je lui racontai tout. En remontant beaucoup plus loin que je ne l'avais fait avec Alice et Rose, plus loin qu'avec n'importe qui. Revenant à ce qui s'était vraiment passé entre ma mère et moi. Tant de souvenirs de moments et d'événements qui avaient semblé être des comportements normaux à l'époque mais maintenant, ils paraissaient si manifestement erronés. J'ouvris le torrent de tant d'années de répression, d'émotions, de pensées, de souvenirs. Pour la première fois, je n'avais pas envie de pleurnicher en parlant de tout ça, j'avais envie de guérir, de me purger. J'avais l'impression de partager avec quelqu'un qui se souciait vraiment de moi et qui voulait écouter.
Les larmes d'Esmée me firent sentir moins honteuse des miennes et j'avais moins peur de partager mes faiblesses avec elle.
"Bella, ma chérie, tu dois savoir à quel point elle a tort," dit Esmée, ses bras m'enlaçant fermement.
"Les choses qu'elle a faites mais surtout les choses qu'elle a dites. Tu le sais, n'est-ce pas ?" Je haussai les épaules, parce que même si je voulais croire que c'était vrai, c'était difficile d'oublier du jour au lendemain vingt-quatre années de souvenirs.
"Je suis sérieuse, Bella," dit-elle, se dégageant pour me regarder dans les yeux pendant qu'elle parlait. "Cette femme est émotionnellement abusive. Elle avait besoin d'un exutoire pour son amertume et son désespoir et tu étais là. Elle aurait dû subvenir à tes besoins en tant qu'enfant et au lieu de cela, elle a fait pression sur toi et t'a rabaissé. Elle ne faisait pas son travail. Tu n'as rien à te reprocher.
"Et peut-être que maintenant qu'elle n'est plus professionnellement attachée à toi, elle va réaliser ses erreurs et les choses vont changer. Mais si ça ne change pas, tu dois savoir que ce n'est pas de ta faute. C'est elle qui a failli, Bella. Comprends-tu cela ?" demanda-t-elle, me tenant le visage dans ses mains, ses yeux me cherchant jusqu'à ce que j'aie finalement hoché la tête.
"Quoi qu'il arrive, tu n'es pas seule," m'encouragea-t-elle, en me prenant dans ses bras. "Tu es l'une de nous maintenant, Bella, et nous serons toujours là."
⁂
Plus tard dans la soirée, les filles et moi avons applaudi les Wild sur mon canapé pendant qu'ils triomphaient à Calgary, terminant ainsi leur première série éliminatoire en cinq matchs.
Le lendemain matin nous allâmes toutes les trois les accueillir à l'aéroport, ils étaient tous de bonne humeur et prêts à profiter de quelques jours de repos.
Ce soir-là, nous étions tous les six chez Alice et Rose, à célébrer leur succès avec un repas gastronomique de pizza et de bière. C'était si bon de se détendre et de rire à nouveau avec eux, sans avoir à me soucier du nuage qui planait au-dessus de moi avant.
Au milieu de la soirée, Alice nous réunit tous dans leur salon pour une " surprise ". Tout le monde campait à sa place habituelle, Rose et Emmett prenant tout le canapé, Edward et moi sur le sol, appuyés contre les oreillers de fortune pendant que je m'asseyais entre ses genoux fléchis. Jasper s'assit dans le fauteuil, attendant qu'Alice commence et le rejoigne.
"Tu sais de quoi il s'agit ?" chuchotai-je à Edward quand Alice demanda l'attention de tout le monde.
"Aucune idée," répondit-il en secouant la tête.
"Je sais ce que c'est !" annonça Emmett d'un battement de mains victorieux. "La morveuse est en cloque. J'ai raison, n'est-ce pas ?"
"Quoi ?" s'exclama Alice, d'un rire déconcerté.
"J'espère que ce n'est pas ça !" grogna Jasper, en plaisantant de son siège.
"Personne n'est enceinte. Pas que je sache, en tout cas," dit Alice en regardant Rose d'un air inquisiteur.
"Hé, ne me regardez pas !" affirma Rose, d'un signe négatif de la main, tournant les yeux vers moi.
"Oh, allez !" gémis-je sarcastiquement. "Comme si vous deviez vous inquiéter de ce genre de chose à mon sujet…"
"Bon. Maintenant qu'il est établi qu'aucune d'entre nous n'est enceinte, puis-je poursuivre ?" demanda Alice, hochant la tête de satisfaction quand elle eut l'attention de tout le monde.
"Donc cette surprise est pour Bella en fait mais tout le monde va devoir la fermer et faire avec."
"Oh Seigneur," grogna Emmett, couvrant dramatiquement ses yeux avec son bras. "C'est des histoires de filles, pas vrai ?"
"Non, non pas histoires de nana. Bon… si en quelque sorte. Quoi qu'il en soit, Bella il faut que tu attrapes un truc sous le canapé, c'est ta première surprise."
"Alice, sérieusement ? ! Je pensais que nous étions censés célébrer les gars ici présents," me plaignis-je, ne prenant aucun plaisir à être sous le feu des projecteurs inopinément.
"Oh s'il te plait, ils attirent beaucoup l'attention, ils peuvent se mettre un peu en retrait sur la banquette arrière," insista Alice avec un geste désinvolte de ses doigts.
"Hé je n'ai rien contre les sièges arrière !" déclara Emmett, agitant ses sourcils vers Rose qui répondit par un reniflement et un roulement d'yeux. "En fait… je suis très amical envers les sièges arrière."
"Oui Emmett, nous sommes tous conscients que tu es un peu exhibitionniste quand il s'agit d'activités dans les véhicules," dit Alice aux facéties de son frère. "Bella, pourrais-tu, s'il te plait, regarder sous le canapé pour que nous n'ayons plus à écouter d'autres fantasmes d'Emmett."
Je me baissai et passai ma main dans le petit espace entre le canapé et le plancher et elle heurta quelque chose de petit, rond et en plastique, je le sortis pour l'inspecter.
"Qu'est-ce que c'est ?" demandai-je, en tournant ce qui semblait être un grand bouton coloré.
"Appuie dessus !" ordonna Alice, en tapant des mains, toute excitée avec un sourire étourdi sur le visage.
Je haussai les sourcils, amusée, me tournant vers Edward pour obtenir une explication mais je ne reçus qu'un haussement d'épaule déconcerté en réponse. Ma curiosité triompha finalement et j'appuyai sur le bouton, le laissant tomber quand ça se mit à chanter. J'étais de plus en plus perdue jusqu'à ce que je reconnaisse la chanson et éclate de rire avec tous les autres.
"Ding dong la sorcière est morte. Laquelle ? La vilaine sorcière ! Ding dong, la sorcière est morte !" ça chantait.
"Alice où diable as-tu trouvé ce truc ?" demandai-je, quand la musique s'arrêta, essayant toujours de contrôler mon rire.
"Un magasin dans le centre commercial," dit-elle avec un petit sourire satisfait. "N'est-ce pas génial ? C'est comme un petit bouton 'Bella Power.' Chaque fois que tu as besoin de te rassurer, tu appuies sur le bouton et tu te souviendras comment tu as dit à la sorcière de déguerpir sur son balai."
"C'est vraiment bizarre mais j'aime beaucoup. Merci," dis-je, en essuyant les larmes d'amusement et posant l'objet devant moi.
"D'accord alors pour continuer sur ça, j'ai toute une introduction élaborée. Reste juste avec moi," dit Alice se préparant clairement à nous honorer de la présentation qu'elle avait préparée. "Bella, tu es comme Dorothy et le Minnesota est ton Oz. Evidemment Renée est la Méchante Sorcière de l'ouest et nous tous sommes les habitants de ce nouveau monde coloré qui allons t'aider sur ton chemin en brique jaune."
"Oh oui ? Qui est qui ?" demanda Edward sceptique.
"Oui Alice," répétai-je. "Qui est qui ?" répétai-je, intéressée d'entendre ce qu'elle avait trouvé.
"Facile, Edward est ton épouvantail," dit-elle ne montrant son frère. "Je veux dire que ça devrait être évident. Il lui manque un cerveau et il a les cheveux fous."
"Hé ! Je ne suis pas d'accord !" affirma-t-il.
"Tu as bien les cheveux fous, Eddie," soutint Emmett, en tendant la main pour ébouriffer les cheveux d'Edward, récoltant un doigt d'honneur en retour.
"Continuons," dit Alice, interrompant ses frères alors que je faisais un sourire sympathique à Edward et remettais ses cheveux en place, les emmêlant un peu plus en fait parce que c'était ainsi que je les préférais. "Rose est le Lion parce qu'elle a un très grand cœur caché sous son aspect de bête féroce."
"Tu as beaucoup trop de temps pour toi," gémit Rose.
"Alors est-ce que ça fait de toi l'homme en étain parce que tu es brillante," demanda Emmett, faisant rire tout le monde.
"Pas parce que je suis brillante, idiot mais oui, ça marche pour moi. Maman pourrait être Glina et Papa son sage Magicien d'Oz."
"Tu sais que le sorcier n'était pas vraiment sage ?" argumentai-je. "Il ne pouvait même pas faire fonctionner correctement une montgolfière."
"Et bien ça marche encore mieux parce que papa peut faire des choses vraiment stupides pour un gars aussi intelligent."
"Et alors qu'est-ce qu'il reste pour Jazz et moi ?" s'enquit Emmett.
"Facile. Vous êtes les Microsiens," annonça-t-elle avec un rire.
"Quoi ?" cracha Emmett. "Pas moyen que je sois ça !"
"Tu pourrais être le maire de la cité des Microsiens, qu'en penses-tu Emmett ?" essaya de l'apaiser Alice.
"Euh non. Pas moyen. Vois-tu la moindre trace d'un Microsien dans ce corps ?" fit-il, en faisant un geste autour de lui.
"Je ne sais pas Em," sourit Alice, ses mains toujours sur ses hanches. "Je me souviens clairement d'avoir aperçu un truc miniature. En fait cette image est restée gravée de façon permanente dans mes rétines."
"Alice, tu as vu mon engin une fois, j'avais huit ans et j'ai presque tout perdu dans ce lac. En mai. Tu sais combien l'eau était froide ?" se défendit férocement Emmett.
"Excuse, excuse-moi," rétorqua-t-elle, en soupirant.
"Oh tu veux une preuve ?" dit-il, en lançant son bras autour des épaules de Rose et attrapant sa ceinture.
"Waouh ! Arrêtez-vous là ! Aucune preuve n'est nécessaire !" déclara Edward, s'éloignant d'où son frère était assis et essayant de se couvrir les yeux.
"Rose dis-leur ! Tu es censée défendre mon honneur, femme !" l'implora Emmett, avec un coup espiègle sur la cuisse.
"Tu veux vraiment que je donne une description détaillée de ton anatomie Emmett ? Quoi, tu as besoin que je mesure ce soir afin de te rassurer ?" ricana Rose.
"Quoi qu'il en soit je ne suis toujours pas d'accord pour être un Microsien," maintint Emmett, croisant ses bras sur son torse, irrité.
"Ne sois pas un tel rabat-joie, Em," réprimanda Alice. "Qui pourrais-tu être d'autre ? Toto ?"
"Enfer non !" fit-il passionné.
"Chérie je suis avec le maire des microsiens, il y a des trous importants dans ta métaphore," l'informa Jasper, levant rapidement les mains dans un geste apaisant alors qu'Alice se tournait vers lui pour le fixer. "Ne sois pas offensée, chérie !"
"D'accord j'admets que ce n'est pas parfait," concéda Alice avec une expiration dégoutée. "Pourquoi ne pouvez-vous pas apprécier une bonne métaphore sans la sur-analyser ? Le fait est que Bella est ici dans un voyage pour se retrouver et que nous sommes tous là pour l'aider. Avec cette pensée en tête, arrêtez de critiquer," continua-t-elle avec un regard ennuyé vers chaque personne dans la pièce, "J'ai préparé un petit quelque chose."
"Qu'est-ce que tu as fait ?" grognai-je d'horreur, un sentiment d'effroi me parcourut.
"Et bien l'autre soir, tu as dit avoir besoin d'un petit rappel des raisons pour lesquelles tu voudrais peut-être reprendre la compétition. Cela ne doit en aucun cas faire pression sur toi… mais j'ai préparé un peu… une rétrospective, si tu veux… dans l'espoir de te rafraichir la mémoire," dit-elle, avec un sourire malicieux, en tenant la télécommande du dvd.
"Oh seigneur," murmurai-je, sentant déjà mon visage rougir d'embarras alors que je me tournais pour enfouir ma tête contre l'épaule d'Edward.
Elle ignora ma mortification et prit un siège après avoir mis le lecteur de dvd en marche.
"Où as-tu trouvé quelque chose d'ailleurs ?" demandai-je, en me dévissant la tête pour la voir.
"Internet. Je peux être très débrouillarde quand je veux. Maintenant… regardez ma petite princesse des glaces," dit-elle.
"Je te déteste vraiment en ce moment," marmonnai-je, en suivant ses ordres et en me tournant vers la télé juste au moment de l'introduction.
Emmett siffla d'admiration. "Babybel tu es vraiment très jolie dans cette petite jupe courte."
"Hé !" protesta Edward. "C'est les fessiers de ma petite-amie que tu mates, crétin."
"Eh bien pour ton information, je parlais des jambes, pervers toi-même… et strictement par goût sportif," se défendit Emmett, tirant la langue au regard sceptique de son frère. "Mais les fessiers sont très jolis aussi," ajouta-t-il après une longue pause, récoltant un coup d'Edward puis de Rose.
"Euh, petite-amie ? Assise juste là ?" lui rappela-t- elle, se désignant comme s'il n'était pas évident qu'elle parlait d'elle-même.
"Oh allez Rosie, tu sais que c'est ton cul que je préfère !" la réconforta Emmett, s'enfonçant un peu plus dans le canapé, en la tenant dans ses bras.
"D'accord, ce n'est pas le but ici," grommela Alice. "Pouvons-nous en revenir au sujet ?
Une série de clips couvrant une multitude d'années sur la glace défila à l'écran. Des flashs de moi en compétition, m'échauffant, montant sur le podium du vainqueur, saluant la foule, assise dans le coin 'kiss and cry' en attendant mes notes. Je pouvais me rappeler chaque moment avec une clarté parfaite. Après quelques minutes, une chanson idiote commença et une sorte de bande-annonce de mes plus grandes gaffes débuta.
"Oh ouais, Alice, c'est vraiment inspirant !..." dis-je, en riant sarcastiquement, en grimaçant en me souvenant d'une chute particulièrement douloureuse lorsque le clip passa à l'écran. "… me regarder tomber sans cesse sur le cul."
"Ooooh !" Tout le monde gémit en chœur de sympathie après une autre chute épique.
"Eh bien, j'aurais pu ignorer tout ça," gloussa Alice, en s'expliquant, "mais une partie de ce qui fait de toi une super patineuse c'est ta capacité à te relever, à te secouer et à continuer. C'est important de se rappeler cela."
"Ta sœur peut-être très intelligente parfois," chuchotai-je à Edward, en soupirant enfin dans la défaite et me blottissant contre son épaule pour profiter du reste du spectacle.
C'était vraiment amusant de me regarder sans avoir à étudier chaque minuscule détail de chaque programme. Bien sûr, je voyais toujours des choses ici et là et je pouvais toujours dire quand j'avais foiré quelque chose, même un peu. Je remarquais pour la première fois qu'à chaque fois que ça arrivait, je me mordais la lèvre, brisant cette image froide et confiante pendant une fraction de seconde jusqu'à ce que je me ressaisisse.
Au début, je me sentais un peu vaniteuse en me regardant et je me concentrais davantage sur le commentaire et les plaisanteries de mes amis qui me donnaient un tout nouvel angle pour voir des choses. Aucun d'entre eux ne connaissait un seul terme technique ou n'avait aucune idée de ce qui jouait pour les points ou la stratégie de chaque mouvement. C'était rafraîchissant de voir les choses à travers leurs yeux.
Finalement, j'arrivais à ne plus écouter leurs commentaires lorsque mon programme long sur Clair de Lune arriva. J'aimais tout de ce programme, la musique, les mouvements, le costume et le fait que j'avais enfin pu participer à la chorégraphie.
Au lieu de vraiment le regarder à la télé devant moi, je sentis mon esprit me ramener à ces minutes de patinage aux Nationales l'hiver précédent et je commençai à me rappeler pourquoi j'avais fait ça, pourquoi j'aimais la compétition, pourquoi j'aimais partager cette partie de moi avec des millions d'étrangers autour du monde. Parce qu'il n'y avait absolument rien de pareil. C'était exaltant et effrayant et merveilleux et je voulais retrouver ce sentiment.
"Celui-ci est mon préféré," chuchota Edward à mon oreille et je lui souris, en me demandant encore une fois s'il pouvait lire dans mes pensées parfois. Mais il était clair au vu de son regard fixe sur l'écran qu'il le pensait vraiment.
" Tu as regardé assez de mes programmes pour avoir un préféré ?" demandai-je.
"J'ai probablement vu à peu près tout ce que tu as fait," dit-il en riant.
" Tu ne l'as pas fait ! ?" insistai-je sceptique.
"YouTube. Les vols en avion passent beaucoup plus vite," dit-il, en m'embrassant la joue quand je restai bouche bée et qu'il ne pouvait pas capturer mes lèvres.
"Tu dois être le meilleur copain du monde," ris-je, en passant mentalement, en revue combien de vidéos il aurait pu visionner.
"Oui, je sais…" soupira-t-il, en souriant d'un air arrogant, baissant la tête vers l'avant pour m'embrasser doucement et ensuite me serrer plus fort dans ses bras alors que nous nous retournions pour regarder la suite de la vidéo.
Quand ce fut fini, Alice me jeta un regard plein d'espoir.
"Et alors ?"
"Quoi, tu veux que je prenne une décision maintenant ?"
"Tu me connais, je suis impatiente," dit-elle.
"Je crois avoir quelques appels à passer demain…" dis-je, avec un sourire, en tapant sur mes mains quand Rose et elle couinèrent et se jetèrent sur nous, rejoints quelques instants plus tard par Jasper et Emmett, dans le tas.
"Babybel est de retour !" jubila Emmett.
"Oh, Bella, on vient te voir patiner. Penses-tu que tu pourrais nous faire entrer en coulisses ?" demanda Alice toute ravie.
"Oui, et tu vas nous laisser t'aider choisir tes costumes. Je veux dire, si tu le veux, à moins que tu n'aies des gens pour ça ou quelque chose comme ça," fit Rosalie se joignant à son excitation.
"Oh mon Dieu, oui ! Quelque chose de fleuri et d'impressionnant !" Alice partit en courant en jetant des idées entre elles et elles commencèrent à parler paillettes, strass et mousseline.
Je ris de leur enthousiasme, en rencontrant les yeux d'Edward au milieu de la mêlée.
"Bon retour," chuchota-t-il, en me donnant un baiser rapide. "Tu vas être géniale."
Je savais qu'un long chemin m'attendait mais ensevelie sous tout un tas d'amis, je n'avais aucun doute qu'ils allaient... être là pour me soutenir tout le long du chemin.
⁂
Le lendemain matin, j'appelai Marcus, qui semblait heureux d'avoir de mes nouvelles. Eh bien, aussi heureux que Marcus pouvait l'être. Il était plus âgé et britannique et correspondait à tous les stéréotypes que cela impliquait : doux et bien élevé, calme et un peu sans émotion. Pour la plupart. Il pouvait vraiment avoir ses moments.
Il avait l'air d'être surpris d'avoir eu de mes nouvelles après avoir reçu un appel de Renée disant que j'avais décidé de travailler avec quelqu'un d'autre quelques semaines plus tôt. Quand j'entendis ça, je souhaitai juste que Renée soit à côté de moi pour pouvoir l'étrangler.
Heureusement, Marcus n'avait pas pris un autre patineur, bien qu'il se soit renseigné sur d'autres possibilités pour lui. Il me fallut un peu de douceur et beaucoup d'excuses en insistant sur le fait que Renée n'était plus là avant qu'il ne s'incline devant notre accord original, m'informant qu'il serait dans le Minnesota lundi pour qu'on puisse se remettre au travail.
Je passai la fin de semaine à "réviser", ne voulant pas me ridiculiser devant un homme que j'admirais et respectais. Le temps que je monte sur la glace lundi matin, je me sentais à nouveau moi-même, ne trébuchant plus inutilement sur mes pieds. Une fois que j'eus oublié tous les conseils que Phil m'avait donné, je me retrouvai à faire ce qui me semblait juste et ça m'avait l'air bien.
L'homme me mit à l'épreuve lors de ma séance du matin. J'avais fait un bon échauffement de dix minutes et à la fin de la première heure, je ne pouvais plus me faire passer pour " rayonnante ". C'était là de la sueur pure et travailleuse.
Finalement, il me donna un moment pour reprendre mon souffle et me réhydrater, en me rejoignant sur les bords pour discuter.
"D'accord, Isabella, je ne vais pas mâcher mes mots," commença-t-il d'un ton clair et concis. "Nous allons avoir beaucoup de travail à faire si tu veux être prête pour la compétition de la saison prochaine."
Je hochai la tête en buvant de l'eau. Il ne disait rien de plus que ce que je savais déjà.
"Cependant, tes jambes ont l'air fortes et ta forme n'a pas souffert. Tu as toujours tous les ingrédients… il faut juste qu'ils se mélangent à nouveau."
"Alors, vous croyez qu'on a une chance ?" demandai-je, en m'occupant du bouchon de ma bouteille d'eau.
"Isabella, je n'aurais pas perdu mon temps à venir dans le Minnesota si je n'avais pas pensé qu'on n'avait pas une chance. C'est une bataille mais on peut y arriver si tu es prête à faire des efforts."
"Puis-je faire une demande ?" m'enquis-je sérieusement. "Appelez-moi Bella ? S'il vous plaît ?"
"Je pense que je peux faire une petite concession," accorda-t-il, en voyant que c'était une demande sincère. "Tu vas devoir le mériter. Mettons-nous au travail."
A la fin de l'après-midi, j'étais complètement épuisée. J'avais demandé à Edward de passer à la fin de la journée pour rencontrer Marcus et ils se mirent à discuter pendant que je rangeais mes affaires. Edward fit fonctionner son charme et fit même sourire Marcus une fois, ce qui était rare en effet, car il y avait des siècles de rivalité entre les Irlandais et les Britanniques. Une fois qu'Edward découvrit que Marcus était un fan de rugby, je pus à peine les séparer et je faillis finir par m'endormir sur les gradins.
Après que Marcus ait quitté la patinoire mardi, après une autre journée complète d'entraînement, je décidai de rester sur la glace juste un peu plus longtemps. Je ne me sentais pas aussi éreintée que la veille, me réadaptant rapidement à la routine que Marcus et moi avions toujours eue.
C'était si bon d'être de retour à ce que j'aimais. Marcus me comprenait. Il ne me laissait pas patauger mais il ne me jetait pas non plus dans des eaux infestées de requins. Il me mettait au défi sans menacer la joie absolue que je ressentais quand j'étais sur la glace et que je faisais ce que je faisais le mieux.
Après avoir travaillé avec Phil, je n'étais même plus sûre de vouloir essayer. Maintenant, je ne pouvais pas m'imaginer de ne pas essayer. Il ne s'agissait pas de gagner des médailles ou des prix mais de voir jusqu'où je pouvais me pousser. Pour moi. Essayer et faire de mon mieux. Pas pour quelqu'un d'autre cette fois mais pour moi. Même si je terminais plus bas dans le classement qu'avant, ça valait quand même le coup d'essayer.
Je mis mes écouteurs, je glissai et bougeai avec la musique sans penser à la chorégraphie. Cela avait toujours été l'une de mes parties préférées du patinage, le fait d'être capable de mélanger mon amour de la musique aux mouvements sur la glace. Marcus avait pris note de ce fait dès le début de notre partenariat et m'avait permis de contribuer aux routines, d'abord en petits morceaux puis progressivement plus, au fur et à mesure que lui et moi avions plus confiance en mes capacités. Je n'avais jamais pensé à moi en tant que chorégraphe, pour moi, c'était juste jouer, tâtonner, rien de sérieux.
Les notes chantantes de la composition pour piano me traversèrent et je m'y laissais aller. Je ne sais pas combien de temps je restai sur la glace comme ça, quelques minutes ou quelques heures, les yeux fermés, mes mouvements paresseux, je me contentais de rester comme ça aussi longtemps que je le pouvais. Sortant d'une pirouette je sentis un bourdonnement d'énergie familier juste un instant avant de sentir la main toucher mon épaule. Un sourire se répandit sur mon visage alors que je me tournais pour le saluer et mon sourire s'agrandit à la vue de son propre sourire tordu quand il tira sur le cordon de mes écouteurs.
"Je vois que tu es perdue dans ton petit monde à nouveau," rigola-t-il.
"Peut-être," répondis-je timidement, passant mes bras sous les siens et autour de sa taille. "Ne t'inquiète pas il y a autant de place que tu le souhaites dans mon monde."
"C'est très rassurant Swan," dit-il, se baissant pour m'embrasser chastement sur les lèvres. "Ça t'est égal alors que je me joigne à toi."
Je regardai ses pieds et vis qu'il avait déjà ses patins.
"Ça fait combien de temps que tu es là ?" demandai-je, un peu amusée mais aussi gênée à l'idée qu'il ait pu me regarder depuis un certain temps sans que je m'en aperçoive.
"Assez longtemps pour tomber complètement sous ton charme. C'est un plaisir de te voir faire ce que tu aimes."
"Ça fait du bien aussi," admis-je, prenant sa main alors que nous faisions le tour de la patinoire nonchalamment.
"Oui ? Plus de doutes sur un nouvel essai ?"
"Non," dis-je avec confiance. "Ju suppose que j'étais simplement inquiète."
"A quel sujet ?"
"Je ne sais pas. Je n'ai jamais su si j'entrais en compétition pour moi ou pour les autres et surtout pour Renée. Je n'ai jamais vraiment eu beaucoup le choix en la matière. Cette fois c'est mon choix," affirmai-je, me sentant très bien à ce sujet. "Personne ne me force à m'entrainer ou à me dépasser, c'est juste pour moi. Il y a moins de pression, tu sais ? Je veux dire… il y en a encore beaucoup et je veux bien faire mais c'est une pression avec laquelle je peux composer car c'est moi qui le fais. Et…"
"Et ?" m'incita-t-il quand il vit que j'hésitais.
"Eh bien une partie de moi avait peur de revenir, cela signifiait peut-être que je ne pouvais pas lâcher prise," avouai-je. "Je pense que cela me fait peur plus que tout, plus que d'échouer ou de me blesser, c'est l'idée que je ne pourrais pas renoncer si je le devais. Parce que peut-être que cela me rendrait comme elle…"
"Bella," m'interrompit-il abruptement, tirant un peu sur mon bras pour m'arrêter et m'obliger à me retourner face à lui. "Tu n'as rien à voir avec elle. Tu ne pourras jamais être comme elle."
"Pourquoi pas Edward ?" argumentai-je. "Qu'est-ce qui me rend différente d'elle ? Je ne pense pas qu'elle ait toujours été comme elle l'est actuellement. Et si elle était comme moi et que l'amertume de ne pas pouvoir patiner l'avait amenée à ce qu'elle est maintenant ?"
Il ne répondit pas de suite, il me regarda simplement, réfléchissant un instant. "Pourquoi patines-tu Bella ?"
Je haussai les épaules et répondis par les termes les plus faciles auxquels je pouvais penser. "Parce que j'aime ça."
"Et là est toute la différence," dit-il. "Tu serais heureuse de patiner même s'il n'y avait personne pour te regarder. C'est elle qui avait besoin de gagner. Elle voulait la renommée et la notoriété qui l'accompagne. Tu n'as pas besoin de ces choses. C'est pour cela que tu ne seras jamais comme elle. Alors, pourquoi veux-tu concourir à nouveau ?"
"Pour le défi. Voir si je peux vraiment le faire. Même si je n'y parviens pas au moins j'aurais essayé et je pourrais prendre ma retraite en sachant que j'ai tout donné et pas abandonné en cours de la route."
"Bien, ce que je peux dire c'est que ça va être très agréable de te regarder essayer," dit-il, en remettant une mèche de mes cheveux qui était tombée de ma queue de cheval derrière mon oreille et reprenant ma main pour repartir. "Tu me feras un signe quand tu seras sur la plus haute marche du podium à Vancouver, pas vrai ?"
"Ne présumons de rien," suggérai-je, en levant les yeux au ciel.
"Je fais ma demande tôt parce que je ne voudrais pas que tu m'oublies," dit-il avec un clin d'œil.
"Comme si c'était même possible," me moquai-je.
"Qu'est-ce que tu essaies de dire Swan ?"
"Simplement qu'on ne peut pas t'oublier," soupirai-je exagérément.
"A tous les égards ? Et toujours plus c'est comme ça que tu resteras," fit-il avec les lignes suivantes, sa voix devenant un baryton lisse et pourtant mielleux alors qu'il tournait autour de moi.
"Tu sais Cullen je pense que tu as manqué ta vocation," ris-je.
"Ouais ? Laquelle ?"
"Tu devrais être pianiste. Peut-être un membre du Rat Pack. Eblouir les femmes autour du monde avec ta voix mélancolique."
"Eblouir ? Je t'éblouis Swan ?" demanda-t-il, avec un haussement de sourcil sceptique.
"Absolument. Je suis suffisamment éblouie. Je titube, au bord de l'évanouissement "
"Bon nous ne pouvons pas te laisser t'évanouir," dit-il, les coins de sa bouche se relevèrent en un sourire malicieux juste une seconde avant qu'il se baisse pour passer son bras sous mes genoux et me soulever.
"Edward !" m'écriai-je. "Pose-moi ! Tu vas me tomber dessus et ce sera moi qui aurais une jambe cassée parce que ce serait juste ma chance."
"Ne sois pas idiote Bella," dit-il en faisant un bruit amusé avec sa langue. "Tu sais que je ne te laisserai jamais tomber."
"Oh si… si tu tombais aussi. De mauvaises choses arrivent à de bonnes personnes lorsqu'elles sont en équilibre sur une lame de métal de quatre millimètres," insistai-je. "Pose-moi, maintenant."
"Tu sais tu es une demoiselle très résistante. Et je pensais que tu titubais," se plaignit-il, en me remettant sur mes pieds.
"Tituber conduit généralement à l'inconscience," l'informai-je, faisant jouer mes doigts sur son torse et tapant légèrement sur son nez. Je crois que tu as dit une fois qu'embrasser une princesse évanouie n'était pas très sexy."
"Tu marques définitivement un point," concéda-t-il, se baissant pour poser un doux baiser sur mes lèvres.
"Edward," murmurai-je, éloignant juste un peu ma bouche de la sienne.
"Ouais ?"
Je l'embrassai doucement une fois de plus avant de murmurer contre ses lèvres, "Tu l'es."
Avant qu'il ait une chance de comprendre, je m'éloignai de lui, décollant sur la glace en riant. Je l'entendis me poursuivre un instant plus tard et essayai d'échapper à sa prise quand il se rapprochait, je pivotai pour patiner à reculons alors qu'il me suivait. Ce n'était pas comme la dernière fois, j'étais de retour en pleine forme au moins en termes de vitesse et d'agilité et utilisai cet élément de surprise pour lui échapper, le narguant plusieurs fois.
"Quel est le problème Cullen ? Je sais que tu peux patiner plus vite que ça," me moquai-je, en faisant une moue avec mes lèvres qui se transforma en cri quand il fonça, me prenant au dépourvu avec la soudaineté de son approche. Je réussis à peine à lui échapper une fois de plus parce que ses doigts n'arrivaient pas à agripper ma veste.
"Tu penses que tu es sexy maintenant que tu n'es plus sur la liste des boiteuses, pas vrai ?" taquina-t-il, ralentissant un peu, même si je pouvais dire qu'il était toujours sur le point de bondir dès que je baisserai la garde.
"Je suis plutôt sexy Cullen" répondis-je sagement, plantant le bout de mon patin dans la glace tout en me balançant pour faire un virage pivotant. "C'est Sports Illustrated qui l'a dit. Tu peux vérifier sur G°°gle."
"Pas besoin de G°°gle pour savoir ce que je sais déjà."
"Et que sais-tu exactement ?" demandai-je, travaillant sans réfléchir à une série de mouvements imposés car j'avais tendance à les faire chaque fois que j'étais sur la glace. J'avais toujours du mal à rester immobile quand j'avais la glace sous les pieds.
"Ce que je sais, c'est que si tu continues à faire cette merde, tu vas au-devant de graves ennuis."
"Comme quoi ?" demandai-je, innocemment confuse mais je n'arrêtais pas mes mouvements.
"Ça," il avança vers moi avec un geste, là où j'avais glissé en une profonde fente. "Comment peux-tu faire ce genre de choses ?"
"Quoi ça ?" demandai-je le refaisant, avec un petit sourire malicieux pendant que je compris ce qui lui passait par la tête quand il se mit à gémir tranquillement, enfonçant profondément ses mains dans ses poches. "Ça s'appelle une pointe, Edward."
"Tu vois ces petits idiots ici ?" demandai-je, en levant mon pied devant moi et en le tournant pour montrer la petite griffe de ma lame. "Ils m'empêchent de tomber à plat sur mon visage quand je saute. Aussi utiles pour sauter, tourner, s'arrêter et tout autre petit mouvement, astucieux," expliquai-je, en allongeant ma jambe en arrière, ma jambe avant pliée légèrement.
Décidant de jouer juste un peu plus avec lui, je levai les bras et courbai le dos loin derrière moi pour faire ressortir ma poitrine. J'entendis son souffle devenir saccadé et quelque chose qui ressemblait à un gémissement s'échappa de ses lèvres. Je le regardai en me relevant, son regard était un peu embrumé et il fixait mes jambes.
"Ça te pose un problème Edward ?" souris-je. "C'est le bout de mon patin qui te met dans cet état ?" Je ponctuai chaque mot avec quelques virages pivotants. Il ne parlait pas et ne bougeait pas les yeux.
"Bout de patin," chantai-je à son oreille alors que je l'entourai dans un grand aigle.
"Ce n'est pas une putain de pointe, Swan," dit-il sa tête tournant pour me suivre.
"Qu'est-ce que c'est alors ?" demandai-je, en m'arrêtant juste devant lui.
"C'est toi. Juste toi ?" dit-il en enroulant ses bras autour de mon dos et me soulevant pour écraser avidement ses lèvres contre les miennes jusqu'à ce qu'aucun de nous deux n'arrive à plus à respirer.
Il recula lentement, les yeux fixés sur les miens, ses bras me serrant encore fort contre sa poitrine. J'essayai d'étirer les jambes pour remettre mes pieds sur la glace mais il me tenait un peu trop haut pour que je puisse. Au lieu de cela, je sentis à peine son changement de position jusqu'à ce que ses pieds soient juste sous les miens. Je plaçai doucement mes lames juste au-dessus des orteils de ses bottes, en testant un peu mon poids d'abord pour être sûre qu'il n'était pas mal à l'aise avant de lâcher tout mon poids et de réajuster ma prise autour de ses épaules pour être un peu plus détendue.
En le regardant dans les yeux, je fus instantanément prise au piège, perdue dans leurs profondeurs, m'imprégnant de leurs différentes nuances de vert. Ils étaient comme une forêt profonde de conifère avec des nuances herbeuses plus claires tourbillonnant en eux, une étincelle scintillante les transforma en joyaux les plus précieux que j'aie jamais vus.
Quand je pus détourner mes yeux, je jetai un coup d'œil à sa bouche. Elle était légèrement ouverte, sa respiration devenait superficielle. Il y avait un léger soupçon d'humidité au milieu de sa lèvre inférieure, laissée par notre étreinte précédente et qui me tenta un peu plus de presser mes lèvres contre les siennes à nouveau. Il garda la tête en arrière, assez pour me décourager, bien que le désir grandissant dans ses yeux ne me faisait pas sentir rejetée mais simplement curieuse.
Ses mains se posèrent fermement sur mes hanches, me tenant en place pendant qu'il nous faisait traverser la glace, ses pieds sous les miens. Je ne prêtais pas attention à où nous allions jusqu'à ce que je sente le bois et le plexiglas de la bordure contre mon dos.
Sa tête s'inclina et ses lèvres se posèrent sur ma gorge, mon pouls flottant comme un colibri sous sa bouche pendant que mon souffle s'accélérait.
"Humm, Edward…" lâchai-je en gémissant alors que sa langue traçait ma clavicule.
"Mon Dieu, Bella, j'adore quand tu dis mon nom comme ça," gémit-il, en poussant ses hanches contre les miennes avec plus d'insistance pour que je puisse sentir chaque centimètre de son érection contre moi. "Sens- tu ce que ça me fait ?"
Je hochai la tête avec enthousiasme, gémissant doucement alors que je le sentais pressé contre mon ventre. Je bougeai mes hanches contre lui, inconsciemment au début, juste désespérée de ressentir plus. A son gémissement content, je devins plus audacieuse et juste un peu plus déterminée dans mes mouvements.
"Tu n'as pas idée à quel point ça fait du bien," dit-il, la tête penchée en arrière, les yeux fermés, sa respiration devenant de plus en plus laborieuse.
"Je crois que j'en ai une petite idée," répondis-je, ma voix basse. Je décidai de tenter ma chance et passai légèrement mes mains le long de ses côtés, mes yeux regardant son visage tout le temps. Laissant une main reposer sur sa taille, l'autre s'aventura plus loin, tout juste à peine caressant sa longueur avant que mes tentatives ne soient déjouées. Je n'eus même pas une chance d'être déçue parce qu'à l'instant où mes doigts entrèrent en contact avec lui par-dessus son jean, quelque chose sembla craquer en lui.
Ses mains serrèrent mes poignets, levant mes bras au-dessus de la tête avec un bang retentissant contre le plexi, du coup je n'enregistrais même pas le son graveleux qui sortit de sa gorge quand ses lèvres attaquèrent les miennes. Sa langue trouva la mienne et la défia en un duel passionné. Mes doigts cherchaient sans relâche, essayant de trouver quelque chose pour m'agripper, ne trouvant que de l'air alors que je gémissais de frustration contre ses lèvres. Il recula un instant pour poser son front contre le mien, son souffle haletant contre mon visage se mêlant au mien avant qu'il ne poursuive son attaque, avalant mon gémissement et gémissant aussi.
Pendant notre étreinte, Edward dut perdre son emprise sur la glace car nous avions dérivé je ne sentais plus la rambarde contre mon dos. Il dut le remarquer aussi, alors qu'il retirait sa bouche de la mienne, le feu coquin dans ses yeux enflammant les miens. Il me bouscula sur ses patins, ne me donnant même pas un moment pour sentir mes pieds sur la glace avant de me coincer à nouveau contre la paroi. Un boom assourdissant retentit dans la patinoire suivit d'un gémissement haletant de sa gorge qui résonna avec mon cri.
"Ça va ?"
Je hochai la tête rapidement, fixant passionnément ma bouche à la sienne à nouveau et nous poussant loin de la balustrade maintenant que mes mains étaient libres, espérant qu'il répète ses actions. Il ne me déçut pas, me coinçant rapidement une fois de plus, tendant ses mains vers le haut pour s'agripper au bord supérieur de la vitre, sécurisant ainsi notre position cette fois.
"Mon Dieu, Bella", dit-il contre mes lèvres. "Je n'ai jamais pensé que pousser quelqu'un contre le bord pourrait être si sexy."
"Ne t'inquiète pas," lui dis-je, en faisant pleuvoir des baisers sur sa mâchoire rêche. "Je ne vais pas te jeter sur le banc des punitions." Il gloussa un instant, le son se dissolvant quand mes mains errantes voyagèrent le long de ses flancs, traînant le long du haut de son jean.
Il siffla à voix basse, les yeux fermés et sa poigne se resserrant contre le plexi pendant quelques instants avant qu'il ne lâche son emprise, ses mains s'étirant pour caresser l'arrondi de mes fesses et je le sentis me soulever. Je n'hésitai pas à enrouler mes jambes autour de sa taille, en me rappelant au dernier moment de faire attention à mes lames. J'avais tellement envie de juste m'écraser plus fermement contre lui mais pas assez pour prendre le risque de le découper en tranches avec les arêtes aiguisées de mes patins.
Ses doigts s'enfoncèrent dans mes fesses, me collant encore plus contre lui, semblant lire dans mes pensées et comprendre exactement ce que je voulais. Ses lèvres attaquèrent mon cou, la peau de sa mâchoire frottant mon cou avec la sensation d'inconfort la plus délicieuse que j'aie jamais ressentie.
Au bout d'une minute, ses mains tâtonnèrent aveuglément sur mes jambes, les exhortant à desserrer leur prise autour de sa taille alors qu'il retirait ses lèvres des miennes en respirant lourdement et me remettant sur mes pieds.
"Non, ne fais pas ça !" sursautai-je, mes mains le serrant de toutes mes forces, refusant de le laisser s'éloigner cette fois. J'appuyai mes lèvres contre son cou et murmurai contre sa peau, "Ne t'arrête pas."
"Je ne le fais pas," promit-il. Il accrocha son pouce dans l'élastique qui retenait mes cheveux et l'enleva, ses mains plongeant dans la masse qu'il venait de libérer, les doigts serrant fermement les mèches mais pas agressivement pour être douloureux, alors que son autre main finit dans le creux de mon dos. Soudain, je me sentis comme si je perdais l'équilibre, comme si je flottais, et ce n'est que lorsque je sentis le froid de la glace en dessous de moi que je réalisai qu'il nous avait couchés sur la glace, son corps parfaitement aligné avec le mien. La chaleur de son corps contre le mien et le froid de la glace dans le dos m'envoyait de délicieux frissons le long de ma colonne vertébrale.
Son regard parcourut mon visage, avant que sa bouche ne soit sur la mienne une fois de plus. Sa main dériva par-dessus mon épaule, me persuadant de soulever mon bras et de l'enrouler autour de son corps, une demande que j'acceptai de tout cœur. Ses doigts passèrent le long des côtés, pressant légèrement contre mon corps et me faisant regretter de ne pas porter beaucoup moins de vêtements que le tissu lourd de ma veste.
J'arrachai mes gants. Je ne retirai mes mains de son dos que pendant les quelques secondes qu'il me fallut pour le faire et je les jetai désespérément. J'avais besoin de le toucher ou... Il n'y avait pas d'alternative. J'avais simplement besoin de le toucher. Mes mains plongèrent sous l'ourlet de sa chemise pour toucher les muscles chauds de son dos.
"Oh, Bella !" gémit-il, sa main continuant à descendre plus bas sur mon corps jusqu'à ce qu'il puisse envelopper la main autour de mon genou, le tirant hâtivement vers le haut pour l'accrocher autour de sa hanche. En faisant attention de garder ma lame assez loin de son corps, je serrai ma jambe autour de lui, soulevant mes hanches juste assez pour avoir la friction que j'attendais désespérément. Son corps répondit au mien, son bassin au début, s'appuyait légèrement contre moi mais qui graduellement prit un peu plus de vitesse.
Son corps transférait une chaleur inconnue à chaque poussée de ses hanches contre les miennes et qui semblait grandir jusqu'à ce que je sente le feu se propager dans tout mon corps. Nos sons résonnaient dans la patinoire vide pour chanter à nouveau dans mes oreilles, le froid de la glace disparaissant complètement à mesure que la chaleur en moi augmentait et je me demandais comment la glace n'avait pas fondu sous moi.
Mes doigts se serrèrent dans son dos, mes yeux s'écarquillèrent, ma bouche s'entrouvrit sur un gémissement étranglé alors que je sentais une rapide tension dans mon ventre suivie par une détente complète de chaque muscle de mon corps d'un seul coup.
Un instant plus tard, je le sentis se tendre au-dessus de moi. Il enfouit son visage dans mes cheveux, libérant un gémissement contre la peau de mon cou. Son corps s'immobilisa au-dessus du mien, sauf pour le mouvement de sa poitrine se soulevant et tombant, luttant pour reprendre son souffle.
Il se détendit après quelques minutes et je sentis son poids me quitter jusqu'à ce qu'il soit allongé sur la glace à côté de moi, un bras au-dessus de sa tête tandis que l'autre me cherchait à tâtons, se posant finalement une fois qu'il me sentit sur sa poitrine.
Allongé avec lui sur la glace, je me sentis heureuse mais pas sûre de moi en même temps. N'ayant jamais rien fait de tel avant, je n'étais pas vraiment sûre de la façon d'agir après coup ou de ce qu'il fallait dire.
Je restai donc allongée là avec rien d'autre que son souffle et le bourdonnement de la glace qui brisait le silence.
"Si c'est comme ça alors que nous sommes tous les deux habillés," dit-il enfin, la voix rauque et langoureuse. "Je ne sais pas si je survivrais quand tu seras nue…"
Je gloussai et enfouis mon visage rougissant contre sa poitrine pendant un moment avant de me pousser pour poser mon visage sur mon bras et le regarder fixement. Profitant de la vue remarquable de ses yeux mi-clos et de ses cheveux ébouriffés, la peau sous sa barbe, rose à cause de l'effort, de la glace ou de la friction, je n'étais pas sûre. La satisfaction pure sur son visage me rendit à la fois timide et étourdie et je dus enfouir mon visage dans son épaule une fois de plus. Bien que je me sente soudainement timide après ce que nous avions fait, je ressentais aussi un énorme sentiment de fierté parce que c'est moi qui avais provoqué cette expression sur son visage. Moi. Bella. Qui le faisait sentir si bien.
"Hé, ne te cache pas de moi. Je n'en peux plus que tu me caches ces beaux yeux bruns. Ils me disent tant de choses."
"Comme quoi ?"
"Secrets, Swan. C'est entre moi et tes yeux."
"Tu es si bête parfois."
"Ça fait mal ?" demanda-t-il, ses doigts frottant légèrement la peau de mon cou.
"Non ? Pourquoi ?"
"Je crois que je me suis un peu emporté pendant une minute. Tu as une sacrée brûlure à cause de ma barbe. Désolé."
"Ne le sois pas, j'ai adoré," dis-je, posant ma main par-dessus ses doigts.
Il fit un bruit d'appréciation et leva son visage pour se blottir contre ma joue. "Bien. Moi aussi. J'aime beaucoup de choses."
Un frisson soudain rampa dans ma colonne, me faisant frémir entre ses bras.
"Nous devrions probablement quitter la glace," suggéra-t-il, ses mains me serrant contre lui pour nous asseoir. "Aussi bien que ce soit, la prochaine fois nous devrons probablement trouver un endroit plus chaud."
"Je ne sais pas. Ça me parait assez chaud à moi," rigolai-je, en me levant et en époussetant la glace de mon pantalon.
"Oui mais ce n'est pas très propice au retrait des vêtements," dit-il, en saisissant la main que je lui avais tendue pour l'aider à se relever. "Et je suis très intéressé par l'enlèvement des vêtements," dit-il, directement dans mon oreille, provoquant à nouveau des frissons pour une raison complètement différente cette fois-ci.
"Tu es bien sûr de toi, tu ne crois pas ?" demandai-je, en essayant de rendre ma voix plus ferme. "Tu penses que je vais te laisser enlever mes vêtements aussi facilement ?"
"Me laisser ?" Il gloussa, ses lèvres trouvant l'endroit parfait sous ma mâchoire, je fondais à chaque fois. "Crois-moi Bella, tu vas me supplier."
Un faible cri s'échappa de mes lèvres quand je réalisai qu'il avait cent pour cent raison. Des images de nous au lit traversèrent mon imagination, reflets de mes rêves ces derniers mois et il me fallut une minute pour réaliser qu'il s'était reculé et me fixait avec un sourire entendu.
Je quittai ses bras, essayant de mettre juste assez de distance entre nous pour reprendre pied. Je lui fis la moue en me dirigeant vers la porte. "Sois gentil ou je ne prêterai pas la serviette."
"Tu devrais Swan. C'est ta faute s'il m'en faut une."
"C'est vrai ! ?" demandai-je, avec un sourire triomphant.
"Oh oh, je pense que nous avons créé un monstre," dit-il et nous sortîmes de la glace, nos rires résonnant dans la patinoire.
⁂
Les jours suivants défilèrent rapidement. Je passai beaucoup de temps sur la glace à renouer avec Marcus et ses méthodes. Déjà, je pouvais sentir mon patinage devenir plus fort et plus constant. La trêve des gars étaient terminés et le reste des équipes atteignaient la fin de leur série principale. Ils commençaient leur quart de finale contre les Blackhawks à Chicago ce week-end. Ils avaient perdu leur premier match et gagné le deuxième la veille au soir. Ils devaient rentrer dans le Minnesota plus tard dans l'après-midi pour leurs deux matchs à domicile. Les filles et moi espérions faire un voyage à Chicago pour le cinquième match, la semaine suivante car c'était une garantie de pouvoir aller plus loin.
En regardant les matchs à la télé, je me souvins que le fils de l'ami de Charlie, Jake, jouait dans l'équipe. Je l'avais vu quelquefois sur la glace et bien sûr j'avais également vu sa photo en couverture d'ESPN. Je supposais qu'il était très beau mais rien à voir avec Edward. Il était grand, la peau foncée de ses ancêtres et les cheveux noirs attachés en queue de cheval sous son casque. Il avait un visage enfantin et je savais qu'il avait un an de moins que moi.
Le voir sur la glace me fit penser à Charlie. Je ne l'avais pas appelé depuis que Renée était partie, toujours incapable de surmonter la douleur que j'avais ressentie à l'idée qu'il prenne parti pour Renée. Il n'avait pas tenté de me contacter non plus et je n'étais pas pressée de faire le premier pas pour réparer les choses. Pas encore, tout était trop frais dans ma tête. Peut-être que ça s'arrangerait avec lui. J'avais un petit plus d'espoir d'arranger les choses avec lui qu'avec Renée.
Juste après le déjeuner mon téléphone sonna. Alors que je l'arrachai de sa base sur le comptoir, je jetai un coup d'œil rapide à l'identité de l'appelant, mon cœur s'accélérant un peu en voyant le nom qui s'affichait. C'était l'appel que j'attendais et redoutais toute la semaine. Caius avait dit qu'il appellerait quand ils auraient plus d'informations. Il semblait que mon temps à faire comme si rien ne s'était passé s'était écoulé. En appuyant sur le bouton pour décrocher je pris une profonde respiration et le portai à mon oreille. Il était temps de faire face.
"Bonjour ?"
"Oui, Melle Swan ? C'est Caius McCormick, nous avons parlé la semaine dernière."
"Bien sûr, Monsieur McCormick," répondis-je. Comme si je pouvais oublier... Avec une vague de nausée, je réalisai que je n'oublierai jamais avoir dû faire face à cette situation.
"Oui, bon je suis sûr que vous êtes anxieuse t'entendre ce que nous avons trouvé. Je préfèrerai que vous veniez au bureau ainsi nous pourrons discuter face à face. Mon emploi du temps est assez léger pour les deux prochains jours, pourriez-vous venir ?"
"Oui tout à fait. Dès que possible, si ça vous va. J'aimerais en finir avec ça."
"Oui je peux le comprendre. Bon si vous avez du temps dans l'après-midi, je pourrais vous recevoir vers quinze heures."
Bien que j'aie insisté pour le rencontrer plus vite, l'idée d'entendre éventuellement de mauvaises nouvelles me laissa sans souffle. Il me fallut un moment pour répondre. "Oui, ça me convient. J'apprécie monsieur McCormick."
"Génial, on se voit cet après-midi," dit-il après avoir vérifié que je me souvenais de son adresse.
Après avoir mis fin à l'appel j'enfouis mon visage dans mes mains. J'avais déjà mal à la tête… un million de scénarios possibles se bousculaient, tous pires les uns que les autres. C'était dans des moments comme celui-là où j'aurai souhaité être plus optimiste mais il était si difficile de voir un résultat positif sortir de tout cela.
J'appelais rapidement Marcus, pour lui expliquer que je n'irai pas à la patinoire cet après-midi. Nous avions organisé une courte séance plus tôt mais nous avions prévu de nous revoir plus tard.
Après avoir terminé avec lui je réalisai que je devrais appeler une autre personne. En jetant un coup d'œil à l'heure je vis qu'Edward devait être en train de prendre l'avion maintenant. Je pensais simplement attendre et le lui dire quand il serait rentré chez lui, ce soir après avoir déjà parlé à Caius.
Ensuite je me souvins de ce qu'il m'avait dit quelques jours avant, me demandant de m'ouvrir davantage à lui. Je voulais que les choses fonctionnent avec Edward et pour que ça se produise il fallait que je lui parle même si ça signifiait lui laisser un message. Avec cette pensée, je tapai sur le raccourci pour l'appeler.
Ça sonna trois fois et juste quand je m'entendais à sa voix sur son répondeur, il décrocha, un peu essoufflé comme s'il avait couru.
"Hé," souris-je au son de sa voix, un peu étouffé à cause du bruit de fond. "Je ne pensais pas que tu répondrais. Je pensais que tu étais à l'aéroport maintenant."
"J'y suis. J'attends juste pour rentrer dans l'avion mais j'ai quelques minutes. Quoi de neuf ?"
"Je, euh, je voulais te dire que Caius avait appelé," l'informai-je, essayant de garder mon ton léger et désinvolte pour cacher à quel point j'étais nerveuse. "Je vais le voir dans un moment."
"A-t-il dit quelque chose au téléphone ? Ont-ils trouvé quelque chose ?"
"Il n'a rien dit, juste qu'il voulait me voir."
"Est-ce que ça va aller, tu peux y aller toute seule ? Je suis sûr qu'Alice ou même ma mère irait avec toi si tu leur demandais."
"Non ça va aller," l'assurai-je. "Il a été bien chaque fois que je lui ai parlé alors je ne m'inquiète pas pour ça. C'est…"
"Quoi Bella ? Qu'est-ce qui ne va pas ?" demanda-t-il, la voix apaisante même à des centaines de kilomètres. J'hésitai un instant de plus, toujours juste un peu mal à l'aise pour parler de mes soucis, de mes faiblesses.
"Seigneur Edward… et si je n'ai plus rien," murmurai-je, en me frottant le visage avec la main pour tenter de dissiper les émotions qui menaçaient de me submerger. "Et si elle avait tout pris ou tout dépensé sans même que je le remarque… ? J'ai été tellement stupide !"
"Hé, hé, hé ne parle pas de toi comme ça," demanda-t-il. "Je déteste t'entendre te rabaisser autant. Tu n'es pas stupide."
"Si Edward, je l'ai été à ce sujet," affirmai-je dans un reniflement, étouffant un rire sans humour. "J'aurais dû me rendre compte il y a longtemps que c'était une possibilité et je n'y ai jamais pensé, pas une seule fois… qu'elle puisse voler sa propre fille. Maintenant après ce qu'il s'est passé ? Je ne suis pas sûre que cette pensée soit farfelue."
Ma voix s'estompa vers la fin, en repensant à son regard quand elle avait pris le parti de Phil contre moi, quand elle avait cru ses mensonges et pas ma vérité, ma parole. Je n'avais toujours rien dit à Edward à ce sujet et j'espérais qu'il n'aurait jamais besoin de le savoir. Je ne me sentais pas bien de le lui cacher mais vraiment, à quoi cela servirait-il de lui en parler ? Il serait juste en colère et il ne pourrait rien y faire. Phil était parti c'était fini. Non il n'y avait aucun intérêt à le faire. Il vaut mieux ne pas réveiller le chien qui dort.
"Peut-être," répondit-il doucement, attirant mon attention. "Peut-être que tu t'inquiètes pour rien du tout. Tu ne le sauras pas avant d'aller discuter avec Caius."
"Je sais. Je suis juste nerveuse. Je veux dire… je n'ai pas besoin de tout cet argent mais d'un autre côté, je ne veux pas devenir une sans-abri. Qu'est-ce que je ferai ? Rester sur le bord de la route avec une pancarte en carton sur laquelle on pourrait lire. "Puis-je patiner contre de la nourriture et un abri ?"
"Tu sais bien que cela n'arrivera jamais, Bella. Tu nous as tous avec toi et nous ne laisserons rien de mal t'arriver. Si Renée a fait quelque chose, nous gèrerons. D'accord ? Bella ?" interrogea-t-il, quand je ne répondis pas de manière audible, réalisant bêtement que j'avais hoché la tête en oubliant qu'il ne pouvait pas me voir.
"Oui je hoche la tête," l'informai-je. "Je sais que c'est juste de l'argent."
"Bella nous savons tous les deux qu'il ne s'agit pas d'argent."
"Ouais," je respirais parce qu'il avait raison et j'aurai dû me rendre compte qu'il le saurait. Il semblait toujours tout savoir.
"Ils nous demandent d'éteindre nos téléphones, mon amour, je dois y aller, " dit-il après une autre pause. "Tu es sûre que ça va aller ?"
"Ouais, ne t'inquiète pas pour moi," insistai-je, en me débarrassant de ma mélancolie alors qu'il était sur le point de décoller et la prochaine fois que je lui parlerai, heureusement ce serait en personne. "Je te dirai comment ça s'est passé à ton retour ce soir."
"D'accord. Je te verrai dans quelques heures," dit-il, simple déclaration qui sonnait comme une promesse qu'il serait là pour moi, quoi qu'il arrive.
"Bon vol," lui dis-je, en raccrochant.
Quelques heures plus tard, j'arrivai au cabinet d'avocats Anderson et McCormick et fus immédiatement accueillie par Caius qui m'escorta dans une salle de conférence privée.
"Mlle Swan, merci d'être venue," dit-il, en me faisant signe de m'asseoir.
"Merci d'avoir pu me recevoir en si peu de temps, M. McCormick."
"S'il vous plaît, appelez-moi Caius," dit-il, prenant la chaise en face de moi où une pile de paperasse était déjà en place. "Pas besoin de rendre ça plus inconfortable qu'il ne le faut, n'est-ce pas ?"
Je lui fis un petit sourire reconnaissant tout en restant une boule de nerfs. "Alors appelez-moi Bella."
"Eh bien, Bella, pour commencer, nous avons rédigé l'accord de séparation que vous avez demandé pour Renée Swan ainsi qu'une requête au tribunal pour une réclamation de possession de biens ou documents," m'informa-t-il, en glissant quelques feuilles de papier sur la table en verre. "Si vous voulez les lire avant que nous soumettions quoi que ce soit, je vous encourage à le faire. Une fois que vous les aurez signés, nous mettrons tout en route aussi vite que possible."
"Et Phil, euh M. Dwyer ?" demandai-je, évoquant l'autre sujet que j'avais abordé, lors de notre première rencontre. "Vous êtes sûr qu'il ne pourra pas me poursuivre ?"
"D'après ce que j'ai compris, c'est très improbable," dit-il, s'adossant plus sur sa chaise. "Vous n'avez jamais eu de contrat ou d'entente écrite avec lui, simplement un contrat verbal. Les contrats verbaux n'ont pas beaucoup de poids. Un bon avocat lui dirait qu'il n'est pas dans son intérêt de vous poursuivre. Bien sûr, il y a plein d'avocats qui s'occuperaient de lui, donc je ne serais pas vraiment surpris si vous entendez quelque chose. Si c'est le cas, venez me voir immédiatement et on concoctera un plan d'attaque. Ce n'est pas quelque chose dont vous devriez vous inquiéter. Si quelque chose arrive, je suis confiant que nous pouvons rapidement tout rejeter."
J'acquiesçai de la tête, satisfaite de sa réponse, parcourant nerveusement les feuilles qu'il m'avait données.
"Alors, Bella, comme vous le savez, nous avons demandé à Félix d'examiner l'aspect financier de tout cela," poursuivit-il, ma lecture s'arrêta instantanément quand mon cœur se mit à battre plus fort.
"Oui," soufflai-je, je n'étais pas sûre de vouloir entendre les mots qui sortiraient de sa bouche.
"Ce que nous avons trouvé est un peu surprenant, étant donné ce dont nous avions parlé au départ. Pas en mal, plutôt en bien même…" m'assura-t-il, "… juste surprenant."
"Surprenant, comment ? Qu'est-ce que c'est ? Elle a pris quelque chose ?" bégayai-je.
"C'est un peu plus compliqué que ça. Pourquoi je n'expliquerais pas ce qu'on a trouvé et si vous voulez après, n'hésitez pas à poser des questions," suggéra-t-il, en attendant mon approbation avant d'ouvrir un autre dossier plein de paperasse.
"Donc, d'après ce que vous m'avez dit, on s'attendait à beaucoup plus de difficultés pour trouver une issue positive à la séparation de vos avoirs financiers et ceux de votre mère, avec la possibilité d'un détournement de fonds. Ce que nous avons plutôt constaté, c'est que vos comptes ont été séparés des siens depuis un certain temps. En fait depuis le tout début de votre carrière."
"Quoi ?" demandai-je, complètement ébranlée par ses paroles. C'était si loin de ce que je m'attendais à entendre. J'aurais probablement été moins surprise s'il m'avait dit que chaque centime avait disparu.
"Quand vos parents ont divorcé, un contrat a été signé par les deux parties qui stipule que tout l'argent gagné pendant votre carrière et vos avenants devaient aller dans un compte pour vous et Renée Swan devait agir à titre d'exécuteur tutélaire jusqu'à ce que vous ayez atteint l'âge légal pour prendre la relève," dit-il en jetant un coup d'œil sur les formulaires devant lui.
"Un pourcentage était fixé pour la rémunération des services de Mme Swan en tant que votre manager. Mis à part ce pourcentage, elle ne détenait aucun droit ou accès à vos gains. L'argent pouvait être utilisé pour tout ce qui concerne votre carrière, les déplacements, les frais de compétition, l'équipement et ainsi de suite mais il a fait l'objet d'une surveillance étroite. Nous avons jeté un coup d'œil aux retraits et tout semble être en ordre," poursuivit-il, en feuilletant quelques pages. "D'après ce qu'on a pu trouver sur l'historique du compte, il y avait quelques soupçons de retraits avant… mais aucun au cours des dix dernières années."
"Des soupçons, comment ?"
"Essentiellement, des choses qui ne pouvaient pas être comptabilisées comme pour votre carrière," explique-t-il, en les décomposant pour moi. "Strictement spéculatif ? Il est possible que votre mère ait essayé d'en prendre plus qu'elle n'en avait pas le droit. Il semble que la situation ait été corrigée il y a un certain temps. Comme je l'ai dit tous les retraits au cours des dix dernières années sont clairement conformes aux termes du contrat."
"Attendez une minute...Donc, elle n'a rien pris ?" demandai-je, en essayant de comprendre ce qu'il me disait. "Comment... mais son style de vie..."
"C'est un peu délicat," acquiesça-t-il. "Le pourcentage de Mme Swan était à l'origine fixé à un montant plus élevé que celui qui est habituellement attribué à quelqu'un dans son rôle, probablement en raison de vos liens familiaux. Ce pourcentage aurait dû être baissé lorsque vous avez eu dix-huit ans comme elle n'avait plus l'obligation légale de subvenir à vos besoins en tant qu'enfant. Au lieu de cela, le pourcentage est resté le même et elle a tiré 30% de vos revenus. Entre vos gains sur la glace et les multiples contrats que vous avez eus au fil des ans, il s'agit d'une somme d'argent considérable.
"J'ai toutes les informations, ainsi qu'une copie du contrat original rédigé par vos parents pour que vous puissiez y jeter un coup d'œil si vous voulez voir plus de détails," dit-il, glissant un épais dossier vers moi. "Maintenant, on peut aller l'attaquer pour le trop-perçu et je pense qu'on aurait une chance. Cela impliquerait un long procès et ça peut prendre des années avant d'avoir des résultats mais je suis prêt à mettre la main à la pâte si c'est ce que vous voulez."
"Est-ce que l'indemnité s'arrête ?" demandai-je. "Elle n'en aura plus, pas vrai ?"
"C'est exact."
"D'accord," dis-je, en poussant un soupir de soulagement qu'au moins les choses immédiates soient réglées. "Puis-je regarder d'abord tout ça, y réfléchir."
"Bien sûr. Tenez-moi au courant. Je sais que c'est beaucoup à assimiler d'un coup. Je vais vous donner quelques minutes pour lire les demandes que j'aie rédigées pour que vous puissiez les signer aujourd'hui," dit-il en repoussant sa chaise et en se levant. "Prenez votre temps et si vous avez des questions ou des changements que vous aimeriez apporter, aussi petits soient-ils, dites-le moi."
Il me laissa seule dans la salle de conférence avec une pile de paperasse et un million de pensées. Décidant d'en finir rapidement je lus les accords concernant les indemnités de départ de Renée. Tout semblait être en ordre, même si le langage froid et informel des documents me donnait des frissons… si impersonnels pour traiter une situation apparemment si personnelle.
Je décidai d'attendre le retour de Caius pour les signer, au cas où un témoin serait nécessaire. Quand ce fut fait, je ne pus freiner ma curiosité plus longtemps. Il me fallut vingt minutes pour parcourir même superficiellement la pile de formulaires et les chiffres, le tout me donnant le tournis. Une étude plus approfondie permettrait d'absorber les détails complexes mais une conclusion ressortait clairement et était d'une clarté flagrante avec des lumières brillantes et clignotantes qui attirent l'attention sur elle.
Charlie.
C'est à cause de lui que Renée n'avait pas eu le droit de dilapider mon argent et probablement la seule raison. Il avait initié le contrat et avait donné à Renée pratiquement tout ce qu'elle voulait dans le divorce pour s'assurer que ses demandes seraient satisfaites. Il avait payé la pension alimentaire pour moi, bien plus que le minimum depuis des années. Même quand ma carrière rapportait plus qu'il n'en fallait pour que Renée continue à vivre dans un style de vie très confortable, il avait payé. Il avait continué à payer jusqu'à mon dix-huitième anniversaire.
Je réalisai que c'était la raison pour laquelle il avait été surpris au téléphone des semaines auparavant quand j'avais mentionné mes comptes. Renée était censée avoir abandonné son rôle d'exécuteur tutélaire sur mes comptes il y a des années, en plus de réduire son pourcentage, ce qu'elle n'avait jamais fait.
Tout pointait vers lui et j'avais du mal à digérer tout cela à son sujet avec cette nouvelle information. Je pensais qu'il s'en fichait mais alors pourquoi avoir causé tant d'ennuis à Renée ? Je pensais qu'il m'avait oubliée quand Renée et moi étions parties, alors pourquoi aurait-il surveillé les choses d'assez près pour se rendre compte qu'elle avait essayé de rompre les termes qu'ils avaient fixés ? Pourquoi lui faisait-il un chèque tous les mois pendant mon enfance ? Sans qu'il ne m'appelle jamais et ne me parle jamais vraiment ? Tout cela n'avait aucun sens.
"Tout va bien, Bella ? Avez-vous des questions ?" demanda Caius, en revenant. J'étais tellement perdue dans mes pensées que j'avais presque oublié pour quoi j'étais là.
"Oh, non, je suis désolée. C'est super," dis-je en tenant les formulaires pour Renée. "Je peux signer l'autorisation tout de suite. Je me suis laissée emporter par le reste," soufflai-je et je fis un geste vers les papiers devant moi.
"Oui, c'est beaucoup de choses à assimiler. Avez-vous des questions ?"
Je secouai la tête en me frottant la tempe où je commençais avoir une douleur lancinante. J'avais des questions et même un million mais Caius n'était pas la personne à qui les poser.
Il n'y avait qu'un seul homme qui pouvait me donner les réponses que je cherchais.
⁂
Plus tard dans l'après-midi, j'étais couchée par terre dans mon salon, entourée de papiers. Je n'avais pas eu le courage d'appeler Charlie et étais honnêtement encore trop perplexe pour avoir la moindre idée de quoi lui dire. Alors, je me distrayais en lisant chaque papier que Caius m'avait donné jusqu'à ce que je sente que mes yeux allaient commencer à saigner.
On frappa à la porte alors que j'étais profondément absorbée et partiellement ensevelie sous une série de formulaires. Au lieu de me lever pour répondre je criai simplement : "C'est ouvert !" en supposant que c'était l'une des filles.
"Quoi tu viens de laisser n'importe qui entrer dans ton appartement ?" rigola Edward, en ouvrant la porte.
"Hé !" dis-je avec un sourire surpris. Je jetai un coup d'œil à ma montre et réalisai qu'il était bien plus tard que ce que je pensais. "Tu m'as appelée ?"
"Non, je pensais que tu serais chez toi et que j'allais te faire une surprise," expliqua-t-il en traversant la pièce, remettant quelques papiers en tas avec précaution pour pouvoir s'asseoir derrière moi, me prenant dans ses bras. "C'est quoi tout ça ?"
"Honnêtement ? Je ne sais même plus," gémis-je, empilant les papiers éparpillés sur mes genoux et les mettant par côté. "Mon cerveau est frit."
"Est-ce que tout va bien ? Comment ça s'est passé avec Caius ?"
"Bien," l'assurai-je. "On s'occupe des choses avec Renée et il ne pense pas qu'il devrait y avoir de problèmes majeurs."
"C'est bien. Et tu ne fais pas tes bagages alors je suppose que tu n'es pas fauchée et que tu ne cherches pas un grand carton pour dormir dans la rue."
"Non, je ne suis pas ruinée," rigolai-je, me blottissant dans ses bras et lui racontant tout alors qu'il m'écoutait tranquillement et jouait avec les pointes de mes cheveux.
"Je suis complètement perdue," lui confiai-je, avec un soupir de frustration après lui avoir tout dit.
"Pourquoi, amour ?"
"Les choses avec Charlie. Pourquoi a-t-il fait tout ça ? Pourquoi a-t-il continué à la payer ? Je sais qu'il n'a pas pu faire beaucoup plus, je veux dire il n'est qu'un petit chef de police, ce n'est pas comme s'il roulait sur l'or. Et il n'a jamais vu un centime de ce que j'ai gagné. Il aurait probablement pu. Je veux dire que ça ne me semble vraiment pas bien qu'il la payait pendant qu'elle et moi avions beaucoup et lui si peu ?"
"C'est ton père Bella."
"Oui c'est mon père mais j'ai toujours cru qu'il n'en avait rien à faire de moi et n'y avait jamais plus pensé après que nous soyons parties. Pourquoi n'aurait-il jamais rien dit ?"
"Peut-être parce que tu n'es pas la seule à croire quelque chose qui n'est pas vrai. As-tu déjà pensé à ça ?" demanda-t-il, en repoussant les cheveux de mon cou et embrassant la peau qu'il avait découverte.
"Non," répondis-je parce que je ne l'avais jamais fait. "Tu penses vraiment qu'elle… ça ne fait rien," m'interrompis, "Bien sûr qu'elle l'a fait. Je ne devrais même plus être étonnée." Je m'arrêtai un instant pour absorber la douleur de cette nouvelle découverte.
"Elle a essayé de me voler," murmurai-je doucement, reconnaissant pour la première fois à haute voix la conclusion à laquelle j'étais parvenue en parcourant tout ce que Caius m'avait donné. Edward ne dit rien mais me serra plus fort et me laissa prendre mon temps.
"Il y a longtemps quand j'ai vraiment commencé. J'ai gagné des compétitions juniors à treize ans. C'est à partir de là que l'argent a commencé à vraiment rentrer. Elle a en fait essayé de me voler à partir de là et elle aurait continué si elle n'avait pas été prise. Charlie encore semble-t-il. Il a dû remarquer quelque chose et le lui dire. Ça a du sens, en fait. C'est vers cette époque qu'elle a commencé à me pousser à faire plus de compétitions et prendre plus de contrats publicitaires quand on m'en offrait."
"Il semblerait que ton père et toi ayez besoin de discuter."
"Je sais que c'est vrai mais je ne sais pas quoi lui dire," expliquai-je, me sentant impuissante. "Je suis désolée ? Merci ? Ça me semble parfaitement insuffisant."
"Pourquoi ne pas commencer par 'Bonjour ' et puis voir comment ça se passe à partir de là ?" suggéra-t-il, en embrassant doucement ma joue. "Peut-être qu'il a des choses à te dire aussi."
"Peut-être," dis-je en regardant l'heure. "Il devrait être à la maison maintenant, il est seulement cinq heures à Forks. Je devrais juste en finir. Je ne vais pas arrêter d'y penser jusqu'à ce que je le fasse."
"Tu veux que je reste ?"
J'hésitai, une part égoïste en moi voulait qu'il reste ici et une autre partie pensait que je devais faire ça seule. "Je ne sais pas combien de temps ça va prendre et tu es probablement fatigué ? Tu as voyagé et…"
"Bella je vais bien. Je peux aller trainer dans un coin," offrit-il, faisant référence à mon endroit préféré "ou si tu préfères être seule je peux aller trainer chez Alice pendant que tu discutes avec lui. " Il tourna mon visage vers le sien et insista. "Ne t'inquiète pas pour moi. Qu'est-ce que tu veux ?"
"Je ne veux pas que tu partes," avouai-je, pas plus fort qu'un murmure.
"Alors je ne le ferai pas," dit-il facilement, en se penchant pour m'embrasser doucement une fois puis de nouveau après un moment. "Tu veux que je sorte de la pièce ou autre pendant que tu lui parles."
"Non reste là, tu peux regarder la télévision ou autre chose," insistai-je, en me glissant hors de ses bras et m'étirant un instant avant de me lever. "Ou si tu as faim il y a de la nourriture dans le frigo. J'irai dans ma chambre pour parler à Charlie."
Il leva la main et me tira vers lui pour que je m'accroupisse à son niveau. "Je suis juste ici si tu as besoin de moi, d'accord ?"
Je hochai la tête, posant un baiser sur sa joue en murmurant : "Merci."
Dix minutes plus tard, j'étais enfermée dans ma chambre, assise au bord de mon lit à fixer mon téléphone. J'avais tapé le numéro mais j'hésitai encore à appuyer sur la touche pour appeler. Je réalisai enfin que j'étais idiote et appuyai sur le bouton de façon résolue.
"Chef Swan," répondit-il en se raclant la gorge.
"Pa... Papa ?" répondis-je devant m'éclaircir la voix aussi. "Euh, bonjour, c'est Bella."
Enfin Bella, me réprimandai-je en roulant des yeux à ma bêtise. Il ne l'a pas compris quand tu as dit papa, qui d'autre pourrait bien l'appeler papa… hein ?
"Bella ?" dit-il de la surprise dans sa voix. "Euh que se passe-t-il ma fille ? Je ne m'attendais pas à toi. Tout va bien ?"
"Hum… oui tout va bien je suppose. Euh je voulais juste te parler… de quelques trucs," bégayai-je et maudissant le lien génétique entre nous qui rendait les choses faciles si compliquées. "C'est bon pour toi ? Sinon je peux rappeler plus tard, je veux dire ce n'est pas grave pas besoin de se précipiter si tu es occupé ou…"
"Bells ?" m'interrompit-il. "Respire. J'ai toujours du temps quand il s'agit de toi."
Ces six mots me déstabilisèrent complètement parce que c'est tout ce que je voulais de lui. La seule chose dont j'avais toujours eu besoin et que je n'aurais jamais pensé qu'il puisse me donner. Avant de pouvoir les arrêter, les larmes avaient déjà coulé sur mes joues, de gros sanglots coincés dans ma gorge rendant toute discussion impossible et ma respiration difficile et je dus tenir le téléphone éloigné de mon visage pendant une minute. Mes bras s'enroulèrent autour de ma taille pour tenter de me retenir physiquement tout en essayant de faire de même avec mes émotions.
"Bells ? Bells ? Tu es toujours là ?" J'entendis la voix de Charlie dans le haut-parleur et ravalai mes larmes juste assez pour lui répondre.
"Oui papa, je suis là," réussis-je à dire.
"Bells, est-ce que tu pleures ? Qu'est-ce qui ne va pas chérie ? Que s'est-il passé ?" s'enquit-il, d'un ton devenant de plus en plus inquiet à chaque syllabe.
"Je… je ne sais pas comment on en est arrivé là, papa. Comment les choses en sont arrivées là ?" sanglotai-je, même pour moi tout ça n'avait aucun sens, je ne comprenais plus rien à ce que je ressentais.
"Bella tu dois te calmer d'accord ?" dit-il d'une voix ferme. "Je ne peux pas t'aider si tu ne peux pas te calmer suffisamment pour me parler, chérie."
"Oui d'accord," je hochai la tête et pris quelques profondes respirations en essuyant frénétiquement les larmes de mon visage. "Je suis désolée, ça va."
"D'accord, c'est mieux," dit-il après un moment quand il constata que je n'allais pas recommencer. "Tu veux me dire ce qu'il se passe maintenant ?"
"Je ne sais même pas par où commencer, papa, c'est tout le problème…" gémis-je, me laissant tomber sur mon lit , les jambes pendantes. "Tout cela semble trop énorme pour qu'on puisse se limiter à une seule chose."
"Qu'est-ce qui a déclenché tout ça ? C'est probablement un bon point de départ."
"J'ai viré maman," dis-je sobrement, mais je ne pus m'empêcher de rire au ridicule de ces mots.
"Waouh. D'accord cela me semble être un point de départ sans nul autre pareil," dit-il en riant lui aussi mais avec perplexité. "Tu veux me dire comment ça s'est passé ?"
J'expliquai le processus qui m'avait conduit à me débarrasser de Renée en passant sous silence une grande partie des détails, y compris la gifle d'adieu et le harcèlement de Phil. J'essayai de ne pas m'enfoncer trop loin dans le passé mais une fois que j'eus commencé à parler je ne pus plus me retenir. La constance de Charlie pour obtenir plus de détails n'aidait pas et ce n'est que lorsque j'eus fini que je me souvins qu'il était flic et qu'il avait beaucoup d'expérience pour faire parler les gens. A en juger par ce qu'il m'avait fait dire sans que je m'en rende compte, je trouvais qu'il était sacrément doué.
"Bella, je ne sais pas vraiment quoi dire. Je n'avais pas réalisé... Je suis désolé de ne pas avoir prêté plus d'attention. J'aurai dû..." traina-t-il, semblant ne pas savoir quoi dire.
"Elle a dit que tu l'avais appelée ?" demandai-je avec hésitation, en ouvrant la dernière blessure de notre relation.
"Euh, ouais. Quand tu as dit qu'elle s'occupait encore de tes comptes..." bafouilla-t-il.
"Tu ne l'as pas vraiment appelée pour te plaindre de moi, n'est-ce pas ?" dis-je, c'était plus une déclaration qu'une question car je commençais à voir la situation dans son ensemble.
"Quoi ? Non ! Mon Dieu, Bella, d'où te vient cette idée ? Elle te l'a dit ?" rugit-il, sa voix devenant légèrement hostile à la fin.
"Pas en si peu de mots," admis-je.
"Je pourrais juste tordre le cou de cette sa…" Il grogna, s'arrêta et prit quelques grandes respirations avant de continuer. "Bells, je ne sais pas ce que ta mère t'a dit au fil des années et je sais que je n'ai pas été un bon père pour toi mais je t'aime, Bells. Je l'ai toujours fait. Je suis juste désolé de ne pas avoir su le montrer mieux que ça."
"Moi aussi, je suis désolée," chuchotai-je en pleurant, consciente d'avoir mes propres erreurs à expier. "J'étais juste en colère contre toi parce que je pensais que tu te fichais de ce qui m'était arrivé, que tu te moquais de ce qu'il se passait dans ma vie. Elle a toujours dit que tu n'étais pas intéressé par mon patinage, que je perdrais mon temps à te demander de venir me voir parce que tu t'en fichais."
"Oh, Bells, ma chérie, ce n'est pas vrai !" dit-il d'une voix ferme mais consolante. "Ecoute, les choses ne se sont pas très bien terminés entre ta mère et moi… et ça craint vraiment de le dire mais le fait est que tu sois... prise… au milieu des choses. J'ai honte de l'admettre mais à l'époque, c'était plus facile de penser que tu serais mieux avec ta mère. Je pouvais voir à quel point tu adorais patiner et je savais que si tu retournais à Forks avec moi, tu n'aurais pas les mêmes opportunités qu'avec ta mère. Puis quand tu es partie, tout a commencé à décoller pour toi et j'ai pensé que j'avais fait le bon choix et que tu n'avais plus vraiment besoin de moi."
"J'ai toujours eu besoin de toi, papa," affirmai-je tranquillement, tandis que nous nous enfoncions dans un silence contemplatif, mon esprit essayant de déterminer où aller à partir de là. "Alors, les comptes ?" lui demandai-je finalement, en me souvenant ce qui avait conduit à cet appel.
"Oui, tu as parlé d'aller voir cet avocat. Je suppose que j'aurais dû dire quelque chose plus tôt." Il soupira et je pouvais pratiquement le voir se gratter inconfortablement le cou comme il avait toujours eu l'habitude de le faire quand j'étais enfant.
"Pourquoi ?" demandai-je.
"Isabella Marie Swan, tu as toujours été et tu seras toujours ma fille. Maintenant, je n'ai pas fait du bon boulot en tant que père. J'aurais pu faire beaucoup de choses différemment mais malgré ça, c'est mon boulot de te protéger du mieux que je pouvais. Ta mère, elle, c'était clair qu'elle avait de grands projets pour toi... Eh bien, le fait est que je savais que tu allais avancer et que ta mère serait là tout au long du chemin, pour le meilleur ou pour le pire. Je ne voulais pas croire qu'elle ferait quelque chose pour te blesser mais pendant le divorce, j'ai vu un côté très méchant d'elle que je n'avais jamais vu auparavant et je ne pouvais pas prendre le risque qu'elle fasse des mauvais choix et que ce soit toi qui aies à en payer les conséquences."
"Si tu savais comment elle était, pourquoi tu m'as laissée partir avec elle ?" demandai-je d'une voix triste, pas fâchée mais essayant d'absorber ce qu'il venait de dire.
"Je sais que les choses ont l'air difficiles maintenant mais je pense que j'ai fait le bon choix à ce moment-là. Je t'ai regardée sur la glace et c'était facile de voir que tu aimais ça. Tu n'aurais jamais été heureuse ici, avec moi, vivant dans le vieux et ennuyeux Forks, restant à la maison pendant que ton père pêchait, n'ayant jamais vraiment de distraction. Peut-être que tout ne s'est pas bien passé mais toi, tu étais destinée à bien plus qu'une vie tranquille et sans histoire ici avec moi," expliqua-t-il, semblant à la fois se justifier pour lui-même autant que pour moi.
"Chaque fois que je te vois patiner, je m'en souviens. Tu es…" dit-il en s'éclaircissant la gorge puis il poursuivit d'un ton bas et timide, "Eh bien, tu es très belle sur la glace."
"Papa, tu regardes les compétitions de patinage artistique ?" demandai-je, en ricanant un peu.
"Non, je regarde ma petite fille," dit-il sobrement, me laissant sans voix et visualisant mon père macho assis pendant des heures à regarder le patinage juste pour me voir, moi. "Euh, et après je vais arrêter quelques bagarres dans les bars, rendre la vie dure à quelques suspects pour rétablir ma virilité."
"Euh vraiment ?" me moquai-je, gardant un ton sérieux. "Des suspects. A Forks. Ah ah ah !"
"J'ai le courage d'admettre que je n'ai pas toujours fait les meilleurs choix, quand il s'agit de toi. Je sais qu'on ne peut pas tout oublier mais tu crois qu'on pourrait tenter notre chance ?" demanda-t-il, la voix incertaine mais pleine d'espoir.
"Oui", dis-je, en sentant le poids quitter mes épaules. "Je pense qu'on pourrait faire ça."
"Très bien, alors. Tu pourrais expliquer à ton père ce qu'il se passe dans ta vie en ce moment ?"
"Quoi, maintenant ?"
"On doit bien commencer quelque part, non ? Et euh, je ne pense vraiment pas que parler de pêche à la truite soit une bonne idée et c'est à peu près tout ce que j'aie en ce moment."
Finalement c'est plus d'une heure plus tard que nous mîmes fin à l'appel, et pendant ce temps, j'entendis mon père dire plus de mots que je n'en avais entendu de sa bouche tout au long de ma vie. Certes ce n'était pas un bavard mais il a vraiment parlé. Il écoutait, il posait des questions, étant plus présent qu'il ne l'avait jamais été auparavant.
Je n'étais pas tout à fait prête à croire que les choses changeraient entre nous comme par magie, avec un seul coup de fil, mais nous avions avancé et nous étions dans un bien meilleur endroit que nous ne l'avions été depuis de nombreuses années. Avant de raccrocher, nous avions convenu de faire un effort pour rester en contact, que ce soit par e-mail ou en nous appelant.
Je m'effondrai sur mon oreiller et je m'endormis presque, épuisée par les émotions de la journée quand je me souvins qu'Edward était encore chez moi. Je me levai, fonçai pratiquement jusqu'à la porte et l'ouvris.
"Edward ?" criai-je, perdue de ne pas le trouver assis dans le canapé à regarder une chaine sportive quelconque comme je l'avais pensé.
"Ici !" fit-il depuis l'autre côté de l'appartement, gloussant un peu, je suivis sa voix pour le trouver dans mon endroit préféré, recroquevillé avec un livre de poche dans l'alcôve.
"Qu'est-ce que tu fais ?" demandai-je du bas des marches, heureuse de le voir là.
"Euh… je lis ? C'est typiquement ce que l'on fait avec un livre, tu sais !" se moqua-t-il.
"J'ai entendu cette rumeur. Qu'est-ce que tu lis ?" demandai-je, une fois devant lui.
Il souleva le livre et je gloussai parce que j'aurais dû m'attendre à ce qu'il trouve le seul livre de F. Scott Fitzgerald parmi la pléthore de titres sur mes étagères. "Je croyais que tu le détestais, Swan ?"
" Je le déteste" insistai-je, puis je me glissai sur ses genoux quand il posa le livre et m'ouvrit les bras. "Je n'arrive pas à me résoudre à jeter un livre. Ça doit être sacrilège ou quelque chose comme ça. Je suis désolée que ça ait duré aussi longtemps."
"Pas de problème, je me suis trouvé de l'occupation. Comment ça s'est passé ?"
"Bien," dis-je, en poussant un soupir satisfait quand sa main commença à me caresser les cheveux. "Très bien, en fait. Les choses ne sont pas parfaites mais avec un peu de travail entre nous... Je pense que ça va aller beaucoup mieux."
"Je suis content. Pour vous deux."
"Je ne sais pas, Cullen. Tu penseras peut-être différemment quand tu devras le rencontrer un jour et qu'il pointe son arme sur toi. C'est un flic, tu sais," taquinai-je.
"Eh, il ne me fait pas peur," répondit Edward avec bravade.
"Oh, non ? Tu as une peau à l'épreuve des balles ?"
"Non, je ne suis pas à l'épreuve des balles", dit-il en riant. "Mais ça n'a pas d'importance, même la main armée de ton père ne pourrait m'éloigner de toi."
Nous restâmes blottis là à parler jusqu'à tard dans la soirée jusqu'à ce qu'aucun de nous ne puisse garder les yeux ouverts. Edward dut rentrer chez lui, bien que la façon dont il s'attarda sur le baiser de bonne nuit me montra qu'il voulait rester. Au lieu de ça, je lui fis au revoir, sachant que je le verrais demain et je tombai dans un sommeil épuisé, mais satisfaisant, attendant avec impatience un nouveau jour pour un nouveau départ.
