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CHAPITRE 13

Ta tête sur mon épaule

"Bella, tu me tues là," grogna Rose depuis le siège passager.

"Vous allez vous calmer toutes les deux ?"

"Tu vas vraiment doucement, Bells," surenchérit Alice, en passant la tête entre les deux sièges avant.

"Toi," lui dis-je, la menaçant de mon doigt. "Pas de conduite à l'arrière. Assieds-toi et lis ton Cosmo ou autre chose. Je suis sûre qu'il y a des nouveautés qui ne demandent qu'à attirer ton attention."

"Très bien," céda-t-elle, se renversant sur son siège et retournant aux pages brillantes de son magazine. "Mais au sujet de ta conduite sache que j'aurai tout lu avant que tu n'arrives à Milwaukee. Et j'en avais apporté assez pour l'aller et le retour."

"Sérieusement, ma fille tu conduis une Mazda. La pub c'est 'Zoom Zoom' non pas 'Pout-Pout'," railla Rose.

"Har- dy, har har, les filles," dis-je sèchement. "Je conduis vingt kilomètres heure au-dessus de la limite et je cours déjà le risque de ternir mon record de conduite sans contravention."

"Mon permis est nickel aussi et je ne conduis pas comme une grand-mère pourtant."

"Ton permis est intact parce que tu t'en sors en exhibant ton décolleté," s'exclama Alice depuis la banquette arrière, ne levant jamais les yeux de son magazine.

"Sérieusement, tu fais ça ?" demandai-je.

"Hé si tu as les outils, fais-en usage," dit Rose en tapotant ses outils. "Ça fonctionne à chaque fois."

"Alors voilà Bells. Si tu te fais arrêter, cligne ces grands yeux de biche au flic et il te laissera partir. "

"Je préfèrerai simplement conduire à vitesse normale et ne pas avoir recourir à un flirt bon marché pour me sortir d'une contravention."

"Eh bien je préfèrerai arriver à Chicago avant les finales de la coupe Stanley," argumenta Alice, en jetant son magazine sur le siège à côté d'elle. "Arrête-toi à la prochaine sortie, nous devrions prendre à manger et nous pourrons changer de conducteur."

"Peu importe," soufflai-je, en levant les yeux au ciel et mettant mon clignotant pour changer de voie et prendre la bretelle. Cela faisait déjà deux heures que nous étions sur la route, je n'étais donc pas trop contrariée de laisser le volant à quelqu'un d'autre.

Les filles et moi avions décidé de faire une surprise aux gars en partant pour Chicago pour leur cinquième match contre les Blackhawks. Les deux équipes étaient bloquées à deux victoires et ce match ne serait pas décisif mais nous avions pensé que ce serait bien d'y aller pour les soutenir. Le bonus supplémentaire c'était que Chicago n'était qu'à sept heures de route des Twin Cities… pour les gens normaux. Connaissant les habitudes de conduite de Rose et Alice, j'étais sûre qu'elles gagneraient du temps une fois qu'elles prendraient le relais. Je n'avais jamais voyagé en voiture avant et cette idée me plaisait, rien qu'à la façon dont elles en parlaient.

Après deux heures nous étions dans le Wisconsin. Les vitres étaient descendues, faisant voler nos cheveux au vent, le soleil brillait et la musique étaient forte, nous étions enthousiastes. Bien que Rose et Alice m'aient dit plusieurs fois de ne pas me sentir mal à propos de mon passage en tant que 'Zombie Bella' il y a quelques semaines, je ressentais toujours le besoin de me faire pardonner, de me reconnecter. Passer des heures dans la voiture à rire ensemble et rattraper le temps perdu était la solution idéale.

Au moment où nous arrivâmes à la limite de Chicago je me sentis complètement remise dans notre amitié, toutes les pensées de Renée et Phil, le drame et les relations tendues avaient disparu. Rose prit une photo du panneau de la ville de Chicago alors que nous passions devant, envoyant un texto aux gars avec un émoticône clignotant pour les informer de notre arrivée. Il n'était que trois heures de l'après-midi, grâce au besoin de rapidité de mes compagnes de voyage et il nous restait quelques heures à dépenser avant de nous rendre à l'United Center, domicile des Blackhawks de Chicago.

Après être allées à notre hôtel, le même que celui où l'équipe était installée, nous décidâmes d'aller explorer un peu. Bien sûr pour Alice et Rose explorer signifiait faire du shopping même si je réussis à les trainer jusqu'à la Sear Tower pour monter au sommet où nous prîmes une photo de nous trois devant le ciel de Chicago. Après avoir dégusté tôt un dîner de plats traditionnels de Chicago, également connu sous le nom de pizza et bien méritée, nous passâmes rapidement à notre chambre pour poser nos nombreuses acquisitions et nous rafraichir avant de prendre un taxi pour aller au stade.

Je n'aurai pas dû être surprise de voir la foule innombrable se presser par les portes de la patinoire comme une cohorte de fourmis gravissant une colline. A présent j'avais vu tellement de matchs et je savais que les foules pouvaient être imposantes. Mais le fait que les fans de hockey puissent être aussi passionnés ne cessait de m'émerveiller. Ce n'était pas si terrible quand nous retournions à notre patinoire et que les fans étaient en majorité des supporters de notre équipe. Ici, nous étions clairement en minorité, entourées par des fans des Blackhawks vêtus de leur tenue de fans, commençant déjà à encourager et enthousiastes pour le match.

Ce fut une toute nouvelle expérience que de voir le match en tant que supporter de l'équipe visiteuse. Il y avait des fans des Wild dans la foule en raison de la proximité des deux états mais l'avantage revenait clairement à Chicago. Nous ne pûmes pas avoir des places aussi près de la glace et il semblait que les gars ne nous aient pas vues, bien qu'ils sachent que nous étions là puisque Jasper avait brièvement appelé Alice après avoir reçu la photo texto de Rose.

A la troisième période, il y avait égalité et les choses s'échauffaient sur la glace. Il semblait que les Hawks et les Wild avaient une sorte de rivalité et les joueurs, distribuaient les coups quand les arbitres avaient l'attention occupée ailleurs. Emmett avait déjà été sorti deux fois, Edward une fois. Il semblait qu'il ne pouvait pas rester plus de trois minutes avec les deux équipes complètes avant que quelqu'un ne soit sorti. Pour l'instant les cinq joueurs de chaque équipe étaient sur la glace et Edward était en place. Il était accroupi près de la ligne bleue, pratiquement secoué d'énergie et complètement concentré sur la surface devant lui tandis qu'il attendait que l'arbitre remette le palet en jeu. Son adversaire frappait agressivement sa crosse contre Edward et je pouvais pratiquement sentir les vagues d'intensité émaner de lui malgré les dix-huit rangées de gradins qui nous séparaient.

Son adversaire était celui avec lequel je venais de me familiariser. Pas à cause de connaissances personnelles mais plutôt un mélange, je l'avais observé sur la glace les deux dernières fois qu'il était venu jouer à domicile et en écoutant les histoires que me racontait Charlie, il paraissait être un mec bien. Un peu arrogant et d'après ce que disait Charlie, Jake et les Quileute avaient des ennuis dans la réserve, trop sûr de lui avec sa bande de voyous.

Charlie avait insisté sur le fait que je l'avais rencontré plus d'une fois quand j'étais plus jeune mais je n'arrivais à me souvenir que de quelques brides fanées d'un petit garçon bruyant qui tirait mes tresses et me poussait dans les flaques de boue. Il avait beaucoup grandi depuis et je suppose qu'il pourrait être classé comme beau maintenant, grand, brun et bien bâti. Et dans les tribunes il était clair qu'il était le favori des fans féminins.

Malgré sa belle apparence et d'après ce que j'avais vu de lui sur la glace, j'en étais arrivée à la conclusion qu'il était un total abruti. Et s'il ne laissait pas mon petit-ami tranquille, je ne pourrais pas être tenue pour responsable de mes actes.

Je savais que les joueurs pouvaient devenir intenses. C'était les séries éliminatoires et tout le monde était à la recherche de sang mais Jake semblait toujours être en train de chercher Edward quand ils étaient sur la glace, ce qui était souvent, la seule pénalité qu'Edward avait eue c'était quand il avait tenté de reculer pour une fois et avait bousculé Jake un peu trop rudement contre les limites juste en face de l'arbitre.

Le palet heurta la glace et Edward en prit le contrôle, le coinçant contre les planches pour dégager l'action de l'autre côté de la patinoire et laisser son ailier prendre le relais. Edward ne se détendait vraiment jamais quand il était sur la glace, c'était évident en voyant ses yeux toujours concentrés sur la rondelle et l'action, n'attendant que l'occasion même quand elle n'était pas à sa portée.

Comme c'était le cas en ce moment. Le jeu se déroulait partout sur la patinoire, entra dans la zone des Wild et la défense prit le relais mais plutôt que de suivre le jeu, je restai concentrée sur Edward. A cause de ça je vis le coup arriver seulement une fraction de seconde avant qu'il ne se produise. Edward ne se rendit compte de rien. Jake s'était attardé derrière et avait profité qu'Edward soit concentré pour le frapper dans le ventre en le doublant.

Par chance un des arbitres l'avait vu cette fois et avait sifflé. Edward se remit suffisamment pour le pousser au niveau du torse se retrouvant face à lui et je suppose lui demandant quel était son problème. Un arbitre se précipita pour escorter Jake tandis qu'un autre essayait de retenir Edward, les deux joueurs se crachant des injures et se maudissant alors qu'ils étaient séparés.

J'avais sauté de mon siège, en criant pour protester alors que les fans autour de moi applaudissaient le petit crétin conduit en cage.

"Oh là, la tueuse !" essaya de me calmer Rose, en tirant sur ma manche jusqu'à ce que je me rassoie. Je le fis mais j'étais toujours en colère et incapable de détourner mes yeux d'Edward où il se tenait, plié en deux essayant de reprendre son souffle.

"Tu as regardé beaucoup trop de matchs avec ma mère," gloussa Alice.

"Allez, tu n'as pas vu ça ? Ce connard stupide n'avait aucune raison de faire ça. Edward n'était même pas près du palet."

"Ça va, il va bien Bells. Il peut se débrouiller," insista Rose en passant son bras autour de mes épaules pour me réconforter.

Quelques instants plus tard Edward prouvait que Rose avait raison en marquant un point dans le coin supérieur du filet, donnant ainsi l'avantage aux Wild. Leur avance ne dura pas longtemps cependant et ils finirent par perdre lorsque les Hawks revinrent dans les trois dernières minutes pour marquer deux buts d'affilé.

Cette montagne russe d'émotions me laissa un peu nauséeuse et complètement déprimée lorsque je regardai nos garçons quitter la glace. La frustration et le découragement se lisaient sur leurs visages alors que les gagnants célébraient leur victoire parmi leurs fans.

Alice leur envoya un texto pour leur dire qu'on se retrouvait à l'hôtel, plutôt que de rester dans les parages. J'étais sûre que les gars voudraient juste traîner à l'hôtel mais ils insistèrent pour sortir et visiter un peu la ville, vu que nous avions fait le voyage. Nous nous retrouvâmes à la Maison du Blues et la musique, les boissons et la compagnie permit à nos garçons d'être de meilleure humeur en un rien de temps.

Je laissai même Edward me convaincre de le rejoindre sur la piste de danse, bien que je l'aie averti que ma coordination n'allait pas plus loin que la patinoire. Je finis seulement par lui marcher sur les pieds trois fois et je me sentais plutôt bien à ce sujet, surtout quand cela le faisait rire sans qu'il y ait un soupçon de mécontentement sur son visage quand je l'avais vu se diriger vers les vestiaires.

Nous étions de retour avec le groupe, tous debout autour d'une table haute à la périphérie de la foule à écouter Jasper raconter une blague quand un regard menaçant passa sur le visage d'Emmett.

"Merde," murmura-t-il, en claquant sa bière sur la table et en poussant le bras de Jasper pour avoir son attention. "Hawks à deux heures."

Les yeux d'Edward se levèrent, son corps se crispa derrière moi si rapidement qu'il me fallut un moment pour comprendre qu'il s'était transformé en statue.

En jetant un coup d'œil dans la foule, je vis finalement où les gars regardaient et vis Jacob Black avancer à travers la mer de gens avec trois copains derrière lui. Ils étaient périodiquement arrêtés pour recevoir les félicitations, les mecs leur tapaient dans le dos, les femmes se lançaient pratiquement à leurs pieds. Les quatre hommes semblaient attirer l'attention, l'un d'eux enroula son bras autour de deux femmes différentes et les conduisit au bar avec lui. Ce n'était qu'en voyant cela que je réalisai exactement pourquoi les joueurs de hockey professionnels avaient cette réputation de coureurs de jupons et de fêtards.

Jake et sa bande se rapprochèrent de nous et en voyant Jasper, Emmett et Edward ils se poussèrent et ricanèrent. Puis, Jake regarda Edward puis moi, ses yeux s'illuminant légèrement de surprise avant qu'un sourire arrogant ne s'étire sur ses lèvres, révélant des dents brillantes qui semblaient trop blanches par rapport à sa peau sombre, comme un modèle pour une publicité de dentifrice.

Jake hocha la tête et cligna de l'œil et ce fut immédiatement évident qu'Edward l'avait vu. Le bras d'Edward se serra autour de mon torse et il bougea, comme pour me protéger de Jake et de ses potes. Quand je lui jetai un coup d'œil, sa mâchoire était serrée et ses yeux flamboyaient. Je levai mon visage juste assez pour frotter ma joue sur la sienne, en attirant son attention sur moi. Je lui fis un sourire rassurant, lui serrant doucement la main avant de le sentir enfin se détendre encore une fois.

Jake et son groupe se mirent à une table voisine. Les boissons firent immédiatement leur apparition et ils cognèrent bruyamment leurs bouteilles de bière dans un toast de célébration. Jetant un coup d'œil vers nous de temps en temps.

"Hey," dit Alice, en claquant des doigts vers les trois hommes de notre groupe qui restaient concentrés sur l'ennemi. "Oubliez-les, c'est tout. Ils essaient juste de vous faire chier."

"Ouais, allez, Em, allons danser !" exhorta Rose, tirant avec force sur le bras d'Emmett, jusqu'à ce qu'il cède, Jasper et Alice les suivant vers la piste de danse.

"Tu voulais danser encore un peu ?" Je me penchai et parlai à l'oreille d'Edward à cause de bruit dans le bar. Il ne répondit pas et bougea à peine, je n'étais pas sûre qu'il m'ait entendu.

Je dis : "Hé !" en tournant les bras et en posant les mains sur ses joues mal rasées, ses yeux se tournèrent enfin vers moi. "Toujours avec moi, Cullen ?"

"Désolé," dit-il, se baissant pour frotter son nez contre le mien et poser son front sur le mien.

"Disons que Jacob Black est en haut de la liste des gens que je peux à peine tolérer."

"C'est quoi son problème ?" demandai-je, en avançant un peu pour m'appuyer contre lui pour que ce soit plus facile de s'entendre avec tout ce bruit. "Il était vraiment déchainé contre toi sur la glace."

"C'est comme ça depuis un moment," soupira-t-il, ses doigts se faufilant entre les mèches de ma queue de cheval. "Nous avons tous les deux étés engagés la même année. Mets deux jeunes recrues qui savent tout sur la glace et les choses tournent mal."

"Je le connais," avouai-je, sentant la main d'Edward sur mes cheveux s'arrêter pendant un moment et je me dépêchais de lui expliquer. "Mon père le connaît et je l'ai rencontré une ou deux fois quand j'étais plus jeune."

"Tu ne m'as jamais dit ça," dit-il, sa main reprenant son mouvement calmant.

"Honnêtement, je ne m'en souviens pas vraiment. J'étais si petite. Charlie l'a mentionné l'autre soir, quand on s'est parlé."

"Je suppose que Jake est un garçon en or aux yeux de ton père. Ça craint ça," grogna-t-il.

"Non. Il semblerait qu'il ait dû arrêter Jake pour un peu trop de manigances sur la réserve pour croire qu'il est un ange parfait," dis-je, en me frottant la joue contre le creux de son cou.

"Pourtant, ils ont un passé. Cela place automatiquement Black en tête," expliqua Edward, la voix un peu tendue.

"Qu'est-ce que c'est maintenant, une compétition ?" demandai-je, en me retirant de ses bras pour le regarder et lever un sourcil d'amusement. Edward haussa simplement les épaules, détournant ses yeux, une expression bizarre sur le visage.

"Ne t'inquiète pas pour Charlie. Ou Jake," l'apaisai-je, en posant fermement mes mains sur son visage pour tourner son attention sur moi puis je me mis sur la pointe de pieds pour l'embrasser doucement sur les lèvres. "Tu es le numéro un sur mon tableau d'affichage."

Il sourit, se pencha en arrière pour m'embrasser à nouveau alors que je sentais enfin la tension s'évacuer de son corps. "J'aime être le numéro un."

Pendant la demi-heure qui suivit, nous restâmes à notre table, bavardant et sirotant nos boissons, les bras d'Edward enroulés autour de mon torse et nous balançant sur la musique. Le reste de nos amis faisaient des allers-retours entre la piste de danse, le bar et la table et il semblait que tout le monde soit capable de regarder au-delà de la présence de leurs adversaires et profiter de la soirée.

"Je vais aux toilettes, d'accord ?" dis-je à Edward en reculant.

"Tu devrais peut-être attendre une minute, Bella," me pressa-t-il, hésitant à me laisser partir. "Jusqu'à ce que Rose ou Alice reviennent et aillent avec toi."

"Edward, je suis une grande fille," gloussai-je. "Je peux me débrouiller pour aller aux toilettes des dames et revenir toute seule."

"Bella..." protesta-t-il.

"Tout ira bien. Tu vas avoir des cheveux gris si tu continues à t'inquiéter autant pour moi," dis-je, en passant la main à travers les mèches cuivrées.

"C'est mon boulot de te protéger, Bella," insista-t-il, en posant ses mains sur mes hanches.

"La seule chose dont tu as besoin pour me protéger en ce moment, ce sont tous les ivrognes qui continuent de me rentrer dedans et renverser mon verre. Peux-tu aller m'en chercher un autre ?" demandai-je, tenant ma bouteille vide dans l'espoir de le distraire.

"Bien sûr, oui," dit-il, en se concentrant déjà sur sa nouvelle tâche plutôt que sur son inquiétude infondée.

"Même chose, ma belle ?"

"Oui, merci," dis-je, en essayant de me retenir de rire, l'embrassant rapidement avant de poser ma bouteille sur la table. "Je te retrouve ici."

Il me fallut du temps pour me frayer un chemin à travers la foule et au moment où j'atteignais les toilettes j'avais été bien bousculée. Je passai beaucoup plus de temps que je ne l'espérais dans la file d'attente, du coup j'étais complètement concentrée sur le fait de retourner à la table et Edward quand je sentis une main sur mon épaule.

"Hé, tu es Isabella Swan, c'est ça ? La fille de Charlie Swan ?" entendis-je une voix inconnue me demander, mes yeux immédiatement sur la main agrippant mon épaule puis je vis un bras musclé et le visage souriant de Jacob Black.

"Euh, oui, c'est Bella," le corrigeai-je, automatiquement en me tournant davantage vers lui, ne voulant pas être complètement impolie et continuer à marcher. "Hey."

"Bella," répéta-t-il en souriant, la main tendue vers moi. "Je suis ja…"

"Jacob Black," l'interrompis-je, plaçant à contrecœur ma main dans la sienne, dans l'attente d'une poignée de main habituelle. Peut-être que ce type n'était pas un vrai connard. Peut-être qu'il était juste très intense et compétitif sur la glace. Je me dis que je devrais au moins être polie. "Oui, je sais qui tu es."

"Uh oh !" Il gloussa joyeusement, un sourire amical sur son visage qui me fit baisser ma garde juste un peu, même si j'étais un peu mal à l'aise avec le fait qu'il n'ait pas encore lâché ma main. "Ma réputation me précède, ça ne peut jamais être un bon signe. Je suppose qu'on est quittes. J'ai entendu dire beaucoup de choses sur toi aussi, Bella."

"Ah oui ?" demandai-je, en levant le sourcil de surprise. Je n'avais toujours pas complètement assimilé l'idée que Charlie avait pensé à moi toutes ces années.

"Nos pères sont meilleurs amis, ça ne devrait pas être une surprise. Charlie parle beaucoup de toi." Il se rapprocha encore de moi quand quelqu'un le heurta en passant.

"Tu retournes souvent à Forks ?" demandai-je, en retirant enfin ma main et voulant automatiquement jouer avec mes cheveux avant de me rappeler que je portais une casquette et je laissai maladroitement tomber mes mains dans mes poches.

"De temps en temps. Pas autant que je le devrais."

"Je suis sûre que Chicago t'occupe."

"Ça a ses avantages. Bien qu'il semble que le Minnesota soit le meilleur endroit pour trouver de belles femmes..." dit-il doucement, en baissant un peu la voix et en planant un peu au-dessus de moi, trop près pour mon confort. "C'est là où tu es maintenant, non ? C'est la dernière nouvelle que j'ai eue du vieil homme."

"Oui," fis-je en me reculant un peu et me raclant la gorge alors que je rougissais. "Les cités Jumelles."

"Alors, qu'est-ce qui t'a amené à Chicago, Jolie Bella ? Tu es une fan de hockey ?"

"Je…"

"Jake," un homme que je reconnus être l'un des coéquipiers de Jacob nous rejoignit, s'adressant à son pote mais ne me quittant jamais des yeux. "Qui es ton amie, mec ?"

"C'est Isabella Swan," grommela Jake, clairement irrité par cette interruption.

"Tu n'es pas une sorte de patineuse artistique célèbre ?" demanda son pote.

"Euh, oui, je suppose ?" répondis-je avec hésitation.

"Je suis Quil Atera," se présenta-t-il, levant sa tête de façon arrogante comme si son nom était censé signifier quelque chose pour moi.

"Hé est-ce que Embry ne t'attend pas au bar ?" dit Jake en lui lançant un regard menaçant.

"Non. Oh… Euh, oui je veux dire," se ravisa-t-il en comprenant finalement les signaux pas très subtils de Jake. "Je devrais aller le retrouver. Ravi de te connaitre Isabella."

"Désolé pour ça," Jake se tourna vers moi, sourire charmeur en place une fois que son ami fut parti. "Tu disais ?"

J'avais perdu le fil de la conversation et essayais de me souvenir ce que je disais juste avant. "Ah oui, je suis juste venu pour le match."

"Ah oui ? Alors tu étais au match ce soir ?" s'enquit-il son visage s'illuminant à cette information.

"Ouais, j'y étais," dis-je ma voix perdant juste un peu de sympathie en me souvenant de son comportement durant le match.

"Tu es fan des Wild pas vrai ?" demanda-t-il avec un amusement quelque peu condescendant.

"Tu pourrais dire ça," répondis-je froidement.

"Je pense que cette fois tu as passé un mauvais moment," dit-il dans un souffle, se baissant afin que je puisse l'entendre. "'Je pourrai être un peu partial cependant."

"Bien c'est mon équipe locale. J'ai un intérêt direct."

"Tu as déjà suivi une autre équipe ? Comment peux-tu savoir quelle est la meilleure si tu n'as jamais donné le moindre coup d'œil à une autre équipe ?" demanda-t-il avec un sourire sournois et je n'étais pas tout à fait sûre s'il parlait encore d'équipes de hockey.

"Je suppose que je sais juste ce qui fonctionne pour moi," dis-je fermement.

"Tu sais on pourrait revenir à la patinoire si tu veux jeter un coup d'œil, comme tu es patineuse…" offrit-il, changeant de sujet. "Un petit tour en privé ? Tu pourrais me montrer quelques-uns de tes mouvements et peut-être que je pourrai te montrer quelques-uns des miens," offrit-il, inclinant la tête pour murmurer à mon oreille. Et simplement comme ça il redevenait un connard.

"Non merci," me moquai-je et je me tournai pour m'éloigner.

"Hé attends ce n'est pas très amical," dit Jake se précipitant pour m'empêcher de partir, le sourire sur son visage était toujours éclatant me montrant clairement que mon refus ne l'avait pas découragé. "Tu sais ça pourrait être comme autrefois, quand on faisait des tartes à la boue quand nous étions petits."

"Oui j'ai bien compris," dis-je avec désintérêt, réussissant à peine à ne pas taper du pied et me demander comment faire pour mettre fin à toute cette conversation. "Ecoute Jake il y a des gens qui m'attendent."

"Oh allez Bella pourquoi ne pas me laisser t'offrir un verre. Au nom du bon vieux temps ?" insista-t-il. "Après tout entre ton vieil homme et mon vieil homme nous sommes pratiquement de la famille."

"Alors quoi tu veux jouer au grand frère juste parce que nos pères sont amis ?" demandai-je, mon sourcil se haussant d'incrédulité.

"Crois-moi Bella…" dit-il, se rapprochant trop vite pour que je puisse l'empêcher de m'attraper par la taille. "Je ne suis pas intéressé à te considérer comme une sœur." Je restai là, complètement interloquée quand nous fûmes interrompus une fois encore.

"Hé !" J'entendis la voix d'Edward crier, mes yeux attirés immédiatement vers d'où elle provenait alors que le soulagement me parcourait toute entière. "Putain Black, tu crois que tu es en train de faire quoi là ?"

"Oh, hé Cullen !" fit Jake, ses lèvres faisant une espèce de ricanement. Il se tourna pour faire face à Edward laissant tomber une de ses mains mais laissant l'autre en place sur ma hanche, son bras maintenant fermement collé dans mon dos. J'essayai de l'ignorer mais il m'agrippa encore plus fermement, inconscient ou indifférent au fait que je ne voulais clairement pas. "Surpris de te voir sortir ce soir. Je pensai que tu serais à l'hôtel en train de panser tes blessures."

"Viens Bella," me supplia Edward, ignorant totalement ce que disait Jake et me tendant la main. "Alice te cherche." J'essayai encore une fois de quitter l'étreinte de Jake et de prendre la main d'Edward mais je fus déjouée une fois de plus par Jake qui me tira en arrière, me mettant légèrement derrière lui comme Edward l'avait fait plus tôt. Bien que cette fois je me sentais prise au piège plutôt que protégée.

"Hé peut-être qu'elle veut rester avec moi…"

"Crois-moi elle ne veut pas," insista Edward, répondant finalement à Jacob et lui jetant un regard qui m'aurait fait frissonner de peur s'il avait été dirigé vers moi.

"Qui es-tu pour dire ce qu'elle veut ?" éluda Jake, la malice de son ton valant bien la colère d'Edward.

"Son petit-ami, voilà qui je suis, crétin," cracha-t-il pratiquement au visage de Jake et faisant un pas en avant, regardant significativement la main de Jake. "Et je te remercierai de retirer tes mains de ce qui est à moi."

"A toi ?" répéta Jacob, son humour évident, énervant seulement Edward. "Un peu possessif non ? Peut-être que tu devrais la laisser s'exprimer. Ou alors aurais-tu peur d'un peu de bonne compétition ? Tu as peur que si elle jette un regard alentour elle puisse voir quelque chose qui est un peu mieux ? Menacé Cullen ?"

"Par toi ? Même pas, chiot ?" ricana-t-il sans aucune trace d'humour, reculant d'un pas et me tendant à nouveau la main, regardant toujours Jacob. "Allons-y Bella."

Cette fois j'arrivai à me débarrasser de Jake et fis un pas en avant vers Edward avant de sentir sa grosse patte s'enrouler autour de mon poignet. Et avant que j'aie le temps de réagir la main d'Edward était sur le poignet de Jake, les phalanges blanches à cause de la pression qu'il exerçait.

"Enlève tes sales pattes ou tu auras une main de moins pour tenir la crosse sur la glace lors du prochain match," grogna Edward, la mâchoire tendue, ouvrant à peine la bouche.

"Tu aimerais bien, pas vrai ? Peut-être que tu aurais alors une chance de gagner."

"La série n'est pas encore terminée, chien. Il y a encore beaucoup d'occasions de te botter le cul."

"Je ne parierai pas là-dessus," tenta Jake avec arrogance, bien que je puisse voir la grimace de douleur sur son visage depuis la prise d'Edward.

"Tu as cinq secondes pour la lâcher ou nous verrons bien si ton équipe à une chance de gagner avec toi allongé sur un lit d'hôpital."

Une expression de défiance passa sur les traits de Jake et il me serra le poignet si fort que je criais. Les yeux d'Edward s'écarquillèrent, il vit la douleur sur mon visage et je sus que ça pouvait vraiment devenir mauvais.

Il lâcha la main de Jake et posa ses mains sur ses épaules, son visage devenant de plus en plus rouge. Jake me lâcha aussitôt et je portai mon poignet à ma poitrine, frottant ma peau meurtrie avant de réaliser que je ne pouvais pas rester là.

Les deux hommes semblaient prêts à se battre et je ne pouvais pas laisser cela se produire. Ce n'était pas que je craigne qu'Edward ne puisse pas se défendre mais je ne voulais pas qu'il ait d'ennuis pour quelque chose d'aussi inutile. Jake n'était rien et certainement pas assez important pour se lancer dans une sorte de bagarre dans un bar.

"Arrêtez !" m'écriai-je, me précipitant vers Edward et m'accrochant à son bras. Même si j'étais forte je savais que je ne l'étais pas suffisamment pour le retenir, pas quand il était aussi concentré sur l'attaque.

"Edward ? Non, s'il te plait," plaidai-je d'une voix apaisante, levant la main sur son menton pour essayer de lui faire tourner la tête pour qu'il me regarde, rencontrant une résistance due à toute la tension qui régnait dans son corps, le bras que je tenais vibrait de colère. Plutôt que de me battre contre lui, je m'avançai, me mettant directement devant lui, entre Jake et lui. "Edward," répétai-je, en posant ma main sur sa nuque et en caressant ses cheveux, réussissant enfin à attirer son attention. La colère dans ses yeux mijotait encore puis elle sembla s'évacuer lorsque je frottai les muscles tendus de son cou et murmurai doucement pour que lui seul puisse entendre. "Ce n'est qu'un abruti il n'en vaut pas la peine."

Il hocha la tête et m'attira contre lui, passant ses bras autour de moi et posant son front sur le mien pendant un instant puis se détournant sans même un regard vers Jake, sa main posée au bas de mon dos et mon bras enroulé fermement autour de sa taille.

"Hé Bella si tu retrouves tes esprits et veux me voir, Charlie pourra te donner mon numéro. Je suis sûr qu'il sera très content d'entendre parler de toi et que nous nous sommes vus," nous cria Jake, ne sachant visiblement pas s'arrêter. Edward se tendit une fois de plus et je pus le sentir lutter contre l'envie d'y retourner.

"Que dirais-tu d'aller retrouver tes petits copains, Jacob avant que j'oublie je viens de l'empêcher de te botter le cul," crachai-je en me tournant vers lui pour le regarder une fois, gardant ma prise ferme sur la taille d'Edward.

"Mieux vaut garder la main sur celle-là, Cullen," rigola Jake alors que nous recommencions à nous éloigner. "Elle est fougueuse. A plus tard, Isabella."

Je ne répondis rien mais cédai à mon caractère un peu immature en levant la main derrière moi en lui faisant un doigt d'honneur pendant qu'il s'éloignait. Peut-être qu'une dame ne le ferait pas mais ce petit con m'avait énervé.

"Allez, allons-y, d'accord ? J'aurais bien besoin d'un peu d'air de toute façon," suppliai-je, en essayant de nous déplacer vers la porte plutôt que de retourner à la table. Edward ne protesta pas, il me fit un signe de tête et m'escorta rapidement dehors.

La légère brise nocturne faisait du bien après la chaleur étouffante de la salle bondée. Nous avançâmes dans un silence tendu, n'ayant aucune idée où nous allions. Soudain Edward s'arrêta, laissant tomber son bras autour de moi et plaçant ses deux mains contre le mur d'un immeuble, la tête baissée, les épaules tendues.

"Bon sang, Bella. Tu aurais dû me laisser le frapper. Le bâtard l'a bien cherché," grogna-t-il.

"Il n'en vaut pas la peine, Edward," répétai-je d'une voix calme, en m'approchant de lui pour reposer ma joue contre son omoplate, la sentant pratiquement vibrer sous moi. Il respirait profondément, ses doigts serrant et se relâchant contre le mur à chaque respiration.

Mon front se fronça d'inquiétude. "Hey, hey, pourquoi es-tu si en colère ?" demandai-je, en me mettant devant lui, "Ce n'est qu'un crétin."

"Parce que, Bella, tu aurais dû voir comment il te regardait."

"Je ne suis pas aveugle, Edward, bien sûr que j'ai vu," dis-je, incapable de retenir mon irritation.

"Alors je ne vois pas pourquoi tu es confuse. J'aurais dû étaler ce salaud," dit-il, s'éloignant du mur dans la frustration et s'appuyant contre un arbre qui bordait le boulevard.

"Ça n'a pas d'importance, Edward. Tu ne comprends pas ?" m'exclamai-je en m'avançant. "As-tu vu la façon dont je le regardais ? Parce que si c'était le cas, tu devrais savoir que tu n'as pas à t'inquiéter."

"Pourquoi tu lui parlais ?"

"Oh allez, Edward. Il m'a arrêté en revenant vers la table et s'est présenté. Son père et le miens sont amis. Ce serait impoli de passer devant lui sans lui dire bonjour."

"Oui, mais…"

"Pas de mais Edward…," l'arrêtai-je, en plaçant un doigt sur ses lèvres. "Jake n'est qu'un crétin arrogant. Tu crois que je n'ai pas vu ça ? Je le savais avant même de le rencontrer. Demande à Rose et Alice, elles ont dû m'empêcher de sauter par-dessus les barrières et de m'en prendre à lui alors qu'il n'arrêtait pas de te harceler. J'ai pensé que je devrais au moins lui donner une chance de prouver qu'il n'était pas un connard mais ça ne semble pas être le cas, comme on vient de le voir."

"Vraiment ?" Edward me regarda avec un sourire timide. "Tu voulais venir à mon secours ? Tu allais me défendre contre le grand méchant loup, Bella ?" Il tendit la main et m'attira contre lui.

"Tu n'es pas le seul à être protecteur," lui dis-je, mettant les bras autour de son cou et pressant mes lèvres contre les siennes.

"Il n'a pas tort, Bella," dit Edward d'une voix renfrognée, ses doigts faisant des cercles sur mon visage. "Je veux dire, tu n'as pas vraiment eu l'occasion de 'tâter le terrain' pour ainsi dire. Et si tu..."

"Arrête ça tout de suite, Edward Anthony Cullen," lui dis-je fermement, ses yeux rivés sur les miens. "Je suis peut-être vierge mais ça ne fait pas de moi une idiote. Je connais mon cœur et ce qu'il veut… et c'est toi. Même si Jacob Black était venu me voir et avait été un type merveilleux, ça n'aurait pas fait de différence, parce que tout ce que je vois, c'est toi."

"Bella…"

"Non. Tu parles d'avoir besoin que je te fasse confiance ? Eh bien, ça va dans les deux sens. Tu dois me faire confiance, Edward. Je sais que je suis encore assez nouvelle dans tout ça et je ne sais pas toujours ce que je fais mais j'ai besoin... que tu me fasses confiance. Crois-moi quand je dis que je te veux toi et seulement toi. Tu peux faire ça ?"

Nous nous tenions là, le réverbère brillait sur nous comme un projecteur et l'arbre au-dessus de nous frémissait doucement dans la brise. Des voitures passaient dans la rue alors que j'attendais sa réponse, mon regard verrouillé au sien dans une sorte de transe.

"J'ai confiance en toi, Bella," murmura-t-il enfin, sa main approchant mon visage vers le sien, et ponctuant ses paroles d'un baiser ardent.

Après avoir discuté et nous être compris, Edward et moi parcourûmes Chicago main dans la main. Une fois à l'hôtel nous nous séparâmes pour aller chacun dans nos quartiers. Les gars partaient tôt le lendemain et comme Alice, Rose et moi n'avions pas d'obligations nous visitâmes la ville avant de faire le voyage de retour.

Il était presque minuit quand finalement nous trainâmes nos bagages jusqu'à nos appartements, tellement épuisées que nous nous souhaitâmes tout juste bonne nuit avant de nous séparer. J'aurais dû aller directement au lit après une si longue journée mais je choisis de sauter dans la douche d'abord afin de me débarrasser de la fatigue du voyage.

Je mis le maillot d'Edward, rampai dans mon lit, épuisée mais rafraîchie. Bien qu'ils aient perdu leur match, l'excursion de deux jours avait été un vrai plaisir. Je me sentais plus proche que jamais d'Alice et Rose et j'avais pu découvrir un nouvel endroit en voyant plus la ville que l'intérieur d'une patinoire.

Le point culminant avait été le moment où Edward m'avait vue pour la première fois de retour à l'hôtel avant de sortir pour la soirée. Comment le regard déçu sur son visage s'était immédiatement transformé en un éclat de bonheur en me voyant, comment il s'était précipité en avant et m'avait emporté dans ses bras sans hésitation, combien ses baisers me donnaient le vertige et l'essoufflement, sa voix dans mon oreille quand il a ri et m'a dit à quel point il était excité de me voir là.

Avec cette image en tête, j'envoyai un petit texto à Edward pour lui dire que nous étions rentrées et que je le verrai le lendemain, avant de m'endormir.

Le lendemain fut un tourbillon. Marcus avait eu la gentillesse de me laisser partir pour deux jours à Chicago mais je le payais quand il me remit sur la glace. Je réussis à peine à rentrer chez moi, prendre une douche rapide et me sécher les cheveux avant de me précipiter à la porte pour retrouver les filles et aller au match.

J'étais sur le bord de mon siège pendant tout le match, mon comportement était un mélange de l'intensité de Carlisle, la concentration et l'enthousiasme flagrant d'Esmée. Quand le sifflet de fin retentit, j'étais épuisée mais avec le score final en faveur des Wild, je savais que nous allions passer une longue nuit à faire la fête.

Ils étaient à égalité à trois matchs, le match décisif devait avoir lieu à Chicago vendredi soir. Carlisle et Esmée avaient déjà réservé leur vol pour aller voir leurs garçons jouer. Alice, Rose et moi serions coincées dans le Minnesota cette fois. Je me sentais horriblement mal de ne pas y aller mais ça m'aidait de savoir qu'au moins Carlisle et Esmée seraient dans les gradins pour les encourager.

J'avais eu raison de prédire que la nuit serait longue. Tout le monde s'était apprêté pour sortir et s'amuser après la victoire. Je tins le coup aussi longtemps que je pus, luttant contre le sommeil.

Edward fit comme moi vers une heure du matin quand je faillis m'assoupir, la tête sur son épaule.

Il gloussa en me ramassant, annonçant à nos amis qu'il accompagnait la 'Belle au bois dormant 'dans ses appartements. J'essayai de protester, ne voulant pas qu'il doive écourter sa soirée à cause de moi et j'insistai pour rester dans les parages jusqu'à ce qu'il soit prêt à partir ou que j'attrape un taxi tout seule pour qu'il puisse rester mais il ne voulut rien entendre. En fait je dormais pratiquement debout.

Quand nous arrivâmes dans mon immeuble, j'avais cessé de lutter, réalisant que c'était inutile et il m'accompagna jusqu'à la porte.

Bien sûr, ça commença par un baiser de bonne nuit et ça s'intensifia rapidement, se terminant une demi-heure plus tard. Cheveux ébouriffés, lèvres enflées, yeux tombant, je ne pris même pas la peine de me changer avant de m'effondrer sur mon lit, réussissant à peine à enlever mes baskets.

Deux soirs plus tard, Rose et moi nous installâmes chez moi pour regarder le dernier match de la série. Alice arriva à mi-match après avoir terminé une répétition pour un mariage le lendemain. Bien que nous ayons ri et plaisanté toute la soirée comme nous le faisions toujours quand nous étions ensemble, il y avait une tension sous-jacente car nous étions toutes les trois bien conscientes de l'enjeu du match.

S'ils perdaient, la saison serait terminée.

Deux heures et trente-huit minutes plus tard, c'est exactement ce qui arriva. Terminé. Après une finale épuisante contre les Blackhawks, les Wild perdirent de deux buts, mettant fin à la série et à leur saison.

Je ne pouvais même pas imaginer ce qu'Edward devait ressentir quand je l'aperçus sortant de la patinoire avec ses coéquipiers. Découragé, déçu, en colère, frustré ? J'imaginais tout cela et bien plus encore. Pour lui, perdre contre les Hawks, et Jacob Black en particulier, n'était que de remuer le couteau dans la plaie. Il aurait été bouleversé de perdre quoi qu'il arrive mais perdre contre l'équipe de Jake était bien plus dur.

Sachant cela je me fis un devoir de quitter la patinoire assez tôt le lendemain soir pour aller accueillir Edward à l'aéroport, espérant trouver un moyen de le soutenir et de lui remonter le moral. Plutôt que d'attendre qu'il m'envoie un texto lorsqu'il aurait atterri, je pris le chemin du terminal un peu plus tôt et me garai, me distrayant avec un livre en attendant sur un banc près de la zone de récupération des bagages.

Je gardai un œil sur le tableau des arrivées, attendant avec impatience que l'état de son vol passe de attendu à arrivé mais incapable de me concentrer sur les pages de mon livre. Quand il changea je m'approchai des escalators. C'était probablement idiot car il lui faudrait un certain temps pour arriver à la porte d'embarquement en passant par le terminal mais savoir qu'il était si proche m'excitait trop pour rester assise encore plus longtemps. Après environ dix minutes un texto arriva m'expliquant qu'il avait atterri et vers quelle porte il se dirigeait.

Moins de cinq minutes plus tard, j'aperçus la couleur familière de ses cheveux alors qu'il prenait l'escalier pour descendre récupérer ses bagages. Il ne m'avait pas vue et je pus l'observer pendant un petit moment.

Il paraissait fatigué, appuyé contre la rampe de l'escalier, son sac de sport posé sur la marche au-dessus de lui. Ses épaules étaient légèrement contractées par rapport à sa posture normale forte et confiante. Ses cheveux étaient plus en désordre que d'habitude, ce qui me disait que ses doigts étaient passés beaucoup plus souvent dans ses mèches. Son visage était mal rasé. Ses yeux semblaient éteints alors qu'ils étaient toujours remplis d'humour et de vie.

Je ne pus plus rester à le voir aussi triste. Je voulais revoir cette lueur dans ses yeux. Une fois qu'il eut atteint le milieu de la descente, je l'appelais pour l'alerter de ma présence.

Comme je l'avais espéré il tourna la tête, ses sourcils se froncèrent et ses yeux cherchèrent pendant un instant avant qu'il ne me voie et un sourire fit son apparition sur son visage. Il récupéra son sac, le mit à son épaule et se dépêcha de finir de descendre, s'excusant auprès des personnes qu'il dérangeait avant d'arriver en bas, poser son sac et me prendre dans ses bras.

Nous restâmes là, lèvres collées et langues mêlées alors que des voyageurs pressés nous contournaient, enfermés dans notre petite bulle. Je me reculai, lui sourit et il fit de même, récupérant son sac et tendant sa main pour prendre la mienne alors que nous sortions pour rejoindre le parking.

Puisqu'il était presque l'heure du dîner nous passâmes récupérer à manger. Avec les séries éliminatoires, Edward avait été tellement occupé qu'il n'y avait plus rien dans sa cuisine à part une boite de céréales. Et bien que les plats à emporter ne semblent pas très appétissant c'était bien mieux que de regarder des placards vides.

Assis dans le canapé à manger de la nourriture chinoise grasse, je ne pus garder la bouche fermée beaucoup plus longtemps.

"Je suis vraiment désolée," dis-je sérieusement, frottant mon pied nu contre le côté de sa jambe.

"Désolée pour quoi ?" demanda-t-il la bouche pleine.

"Le match, les séries qui finissent comme ça. Je suis sûre que tu es déçu."

"Oui, bon… "Il haussa les épaules, prenant un autre bout de poulet.

Tiquant à sa réponse je posai mon assiette sur la table basse, je me rapprochai de lui.

"Tu peux me parler, tu sais."

"Je te parle, Bella."

"Tu as raison. Nous parlons beaucoup," concédai-je. "Ce que je veux dire c'est que tu peux me parler de choses comme celle-ci. Des choses qui t'inquiètent ou t'énervent. Tu n'as pas toujours besoin d'être fort. Je ne vais pas te regarder différemment à cause de cela."

Il souffla, posant son assiette près de la mienne avant de se tourner vers moi, replier ses jambes pour s'installer comme moi.

"Je suis déçu," admit-il. "Je suis frustré. La plupart du temps, j'étais juste énervé. Je veux dire ce sont les Hawks…" gémit-il en serrant les doigts, "Jacob Black. Chaque fois que je vois sa petite gueule sur ESPN j'ai envie de lui taper dans les dents. Mais il n'y a rien que je puisse y faire," dit-il, prenant ma main dans la sienne et suivant les lignes de ma main avec son doigt.

"C'est fait, c'est fini. La saison prochaine nous aurons une autre chance et c'est vraiment tout ce que je peux faire. Alors je ne veux pas trop m'attarder dessus parce que je n'y peux plus rien. Nous nous sommes bien battus mais cette fois ça n'a pas été suffisant. Sûrement la prochaine fois…"

"C'est très zen de ta part," dis-je, prenant un moment pour assimiler ses mots. Il ne cessait jamais de me surprendre.

"Ne te méprends pas, ça me contrarie. J'aime gagner et je déteste perdre mais je sais que j'ai encore pas mal d'occasions devant moi pour me qualifier pour la coupe. Je n'essayais pas de t'exclure, je suppose que je n'ai vraiment jamais eu quelqu'un avec qui parler de ce genre de choses avant toi. Je veux dire, mes parents, ma famille bien sûr, mais pas un … eh bien, un partenaire," dit-il enlevant son regard de nos mains jointes pour me regarder dans les yeux. "Je suis habitué à garder beaucoup de choses pour moi."

"J'imagine que c'est une chose sur laquelle nous devons travailler tous les deux," souris-je, me penchant pour frotter ses lèvres avec les miennes. Il tourna un peu le visage et se rapprocha pour frotter sa mâchoire contre mon cou, les poils me chatouillant.

"Tu sais…" rigolai-je en le repoussant, "autant j'apprécie les plaisanteries, tu commences vraiment à ressembler à un montagnard."

"Oui je suppose qu'il est temps de retirer la barbe des séries éliminatoires pour cette année," soupira-t-il, frottant ses doigts contre sa joue.

"As-tu une sorte de rituel pour t'en débarrasser ? Par exemple allumer des bougies et de l'encens avec une poupée vaudou d'un des joueurs des autres équipes posée sur ton lavabo ?"

"Non, ça serait bizarre," ricana-t-il en ébouriffant mes cheveux.

"Tu veux de la compagnie ?"

"Quoi, tu veux rester là et me regarder me raser ?" demanda-t-il, paraissant à la fois déconcerté et amusé.

"Ouais ? Pourquoi pas ?"

Il haussa les épaules, frottant ses mains sur ses cuisses avant de se lever, s'étirant et me poussant du pied pour que je le suive dans l'escalier, récupérant son sac en passant. Il le laissa tomber sur le rebord du lit, l'ouvrit et en sortit sa trousse de toilette avant de se diriger vers la salle de bain principale.

Une fois entrés dans la salle de bain, il la posa sur un côté du lavabo et tapota le comptoir de l'autre côté pour que je m'y assoie alors qu'il déballait tous ses produits : sa brosse à dent qu'il remit dans son support et ensuite il aligna méticuleusement son déodorant, son dentifrice, son eau de Cologne et ses vitamines sur la petite étagère en verre à côté du miroir.

"Tu es très organisé, est-ce que quelqu'un t'a déjà dit ça ?" souris-je, appuyée contre le mur.

"C'est ma façon de faire," répondit-il, sortant son rasoir et sa crème à raser, les posant près du bord et fermant la trousse pour la ranger dans le placard sous le lavabo.

"Tu arranges tes chemises par couleur aussi ?" taquinai-je.

"Non mais par type de tissu, en fait," dit-il sèchement en faisant la grimace pour montrer qu'il plaisantait.

J'aurai continué sur ma lancée de plaisanteries espiègles mais à ce moment il mit ses mains derrière la tête et tira sa chemise, la jeta contre une petite porte dans le mur derrière lui, ça devait être son panier à linge.

Mes yeux s'écarquillèrent et je rougis immédiatement mais je n'aurais pas pu détourner le regard même si je l'avais voulu. Il était tellement… beau. Les muscles de son torse étaient fins et sculptés, preuve de son style de vie actif et du travail qu'il déployait pour les entretenir. Mais en regardant son torse nu, la salle de gym et les séances d'entrainement étaient les dernières choses auxquelles je pensais. Du moins à ce genre de séances d'entrainement. Il n'était pas exagérément musclé.

Ses pectoraux ne ressortaient pas comme ceux d'un culturiste costaud. Mais il était bien musclé, il ressemblait à un athlète, un modèle du genre. Une fine couche de poils sur sa poitrine donnait envie de glisser les doigts dedans et les suivre le long de son corps jusqu'à son boxer qui dépassait de son jean.

"Hé Swan tu rêves ?" demanda Edward, un sourire entendu sur ses lèvres alors qu'il tournait le robinet et retirait la protection de son rasoir.

"Je ne sais pas… je suis probablement en train de rêver. Tu devrais peut-être me pincer," soupirai-je, en appuyant ma tête contre le mur, me secouant en sentant un pincement minuscule sur ma jambe. "Aïe ! Je ne le pensais pas vraiment Edward !"

"J'accède à ta requête, c'est tout," gloussa-t-il. "Je suppose que ça signifie que tu es réveillée."

"J'imagine que je le suis," acquiesçai-je d'une voix timide. "Cela signifie simplement que j'ai un véritable apollon comme petit–ami."

"Apollon ?" ricana-t-il. "C'est vraiment ringard" Bella."

"Tu préfères autre chose ? Beau mâle ? Beau gosse ? Régal pour les yeux ? Adonis ? " soupirai-je exagérément avec un ronronnement d'appréciation. "J'aime bien Adonis en fait."

"Il faut vraiment que tu arrêtes de fréquenter Rose et ma sœur," rigola-t-il.

Je ris aussi le regardant ouvrir le flacon de crème à raser, le secouer un peu avant d'en mettre dans sa main. Comme il avait le bras levé je pus voir son côté gauche et un éclair d'encre noire sur sa peau claire.

"Aha !" m'exclamai-je, en faisant un sourire victorieux. "Tu sais, je me demande depuis un bon moment où est ce mystérieux tatouage."

"Désolé ce n'est ni un piaf ni une chauve-souris," s'excusa-t-il en plaisantant, repoussant mes cheveux derrière mon oreille quand ils tombèrent devant mon visage alors que je me penchais pour essayer de mieux voir.

"Je suppose que je vais surmonter ma déception," soupirai-je de façon dramatique, en posant mes mains sur ses hanches pour le rapprocher de moi. "Laisse-moi voir ce truc."

Il expira, baissant la tête en arrière comme si ma demande était un énorme désagrément pour lui et en se tortillant juste assez pour que je puisse voir clairement le tatouage.

En voyant le symbole gravé là, je souris, surprise, en jetant un coup d'œil sur son visage pour le voir me sourire aussi, avant de regarder de plus près.

Sur la peau tendue de sa cage thoracique, il y avait une image que j'avais déjà vue, une image que je n'aurais jamais imaginé voir sur sa peau mais maintenant que je la voyais, je ne pouvais pas l'imaginer choisir quoi que ce soit d'autre.

C'était le même symbole que celui que j'avais vu gravé sur sa boule de bowling et sur le heurtoir de la porte de la maison de Carlisle et Esmée, les armoiries de la famille Cullen. Chaque détail était comme je m'en souvenais. Le lion, les trois trèfles et la main, le tout entouré d'un ovale aux contours ornés. Le long d'un côté de l'ovale il y avait un mot que je ne connaissais pas, en caractères celtiques.

"Qu'est-ce que ça veut dire ?" demandai-je, touchant à peine l'encre noire sur sa peau.

"C'est du gaélique," dit-il, se raclant la gorge. "Neart. Ça veut dire 'force'."

"Pourquoi as-tu choisi ça ?" lui demandai-je, en le regardant.

"Ça me semblait approprié. C'est ce qui me vient à l'esprit quand je pense à ma famille."

"Vraiment ?" demandai-je, plissant mon front.

"Ouais. Pas la force physique, bien que je sois sûr que c'est ce que la plupart des gens pensent quand ils découvrent ce que cela signifie mais la force émotionnelle de chaque individu et des liens qui nous lient. C'est ce qui me donne de la force."

"C'est vraiment beau," murmurai-je, en passant le bout de mes doigts sur la marque avant de m'appuyer de nouveau contre le mur et me donner l'espace supplémentaire pour récupérer mon souffle après avoir été si près de lui d'une manière si nouvelle. "Je ne l'aurais jamais deviné mais ça te représente bien."

"Ouais, eh bien je ne voulais rien de permanent sur ma peau à moins que ça signifie quelque chose pour moi."

"Quoi ? Pas de tatouages d'ivrogne, Edward ?"

"Non," dit-il en riant, "c'est Jazz qui a fait ça…"

"Quoi ? Jasper est tatoué aussi C'est quoi le sien ? Où est-il ? Attends, je ne sais pas si je veux le savoir..." hésitai-je, changeant immédiatement d'avis. "Si, je veux savoir. Dis-moi !"

"C'est un grand passionné d'histoire, surtout de la guerre de Sécession," expliqua-t-il, en s'appuyant sur le comptoir. "Et tu sais comment il est… quand on le rencontre pour la première fois, il semble timide et sérieux tout le temps. Alors quand il a rejoint l'équipe, il traînait avec nous mais ça lui a pris du temps pour se détendre et être lui-même.

La première fois qu'on est sorti boire un verre ensemble, on lui racontait des conneries sur le fait qu'il avait besoin d'être cool. C'était avant qu'il ne commence à sortir avec Alice. Emmett l'a taquiné, disant qu'il avait besoin d'apprendre à s'amuser un peu. Jazz s'est indigné, prétendant qu'il savait s'amuser. Em l'a poussé à parier cent dollars qu'il ne ferait pas quelque chose de dingue comme un tatouage. Il s'avère que Jazz ne peut pas résister à un pari et on a fini au salon de tatouage le plus proche. Jasper est sorti avec le drapeau confédéré sur le cul."

"Tu plaisantes ? !"J'éclatai de rire. "Oh mon Dieu, c'est hilarant. Je vais devoir taquiner Alice à ce sujet demain."

"Ouais, elle a été furieuse contre nous tous quand elle l'a découvert, maintenant elle pense que c'est plutôt drôle," dit-il, ramassant une fois de plus la crème à raser, remplissant finalement sa paume avec le gel moussant et en l'étalant sur sa joue, sur sa mâchoire jusqu'à ce que tout soit couvert par la crème blanche. Il se rinça rapidement les mains, m'éclaboussant joyeusement avant de les sécher. Pendant qu'il avait les mains occupées, j'eus une idée puis cédant à l'impulsion, je pris le rasoir du comptoir.

Quand il voulut le prendre et ne le trouva pas, il me jeta un coup d'œil confus.

"Je peux essayer ?" demandai-je, en agitant le rasoir.

"T'es sérieuse ?" demanda-t-il, en haussant les sourcils quand je hochai la tête. "Je ne sais pas… tu pourrais glisser et me couper la jugulaire."

"Je ne le ferai pas," criai-je en signe de protestation. "Je ferai attention, promis."

"Bella, tu es peut-être douce et gracieuse sur la glace mais tu peux être carrément traître. J'aimerais être là la saison prochaine et avoir une chance de faire repousser ça."

"Bien," soufflai-je, lui tendant le rasoir et faisant une moue boudeuse et irritée. "Fais-le toi-même, puisque tu ne me fais pas confiance."

"Oh ho !" dit-il en riant, se penchant vers moi et me chatouillant. "Tu joues sur la culpabilité, n'est-ce pas, Swan ? C'est un coup bas. J'en attendais plus de toi."

"Je ne sais pas de quoi tu parles…" lui dis-je innocemment, en lissant ma chemise et en posant le rasoir sur le comptoir puisqu'il ne l'avait pas pris. Il le récupéra, fit couler l'eau dessus pendant quelques secondes, en secouant l'excès avant de me le donner.

"Tiens !"

"Non, je n'en ai plus envie," lui dis-je, en faisant la moue, les bras croisés sur la poitrine.

"Bella," dit-il d'un ton bas et plein de sollicitude en posant une main sur ma cuisse, me tournant jusqu'à ce que je sois face à lui plutôt qu'à côté de lui. "S'il te plaît ?"

Je fis une grimace, considérant qu'il avait seulement accepté pour m'empêcher de bouder.

"J'ai confiance en toi," chuchota-t-il, en plaçant ses mains sur mes genoux et en les poussant juste assez pour pouvoir s'installer entre eux et s'appuyer contre le comptoir. Il me tendit le rasoir, les yeux suppliants et sincères jusqu'à ce que je cède et que je le prenne. Je remis la lame sous l'eau et posai la petite serviette de toilette sur mes genoux avant de le regarder de nouveau.

Ce qui avait commencé comme une idée loufoque de flirt semblait soudain sérieux et intime avec ses mains chaudes reposant légèrement sur mes cuisses, son menton relevé et ses yeux sur les miens. Mes doigts tremblaient quand je posai le rasoir sur sa joue mais après le premier passage je pus me détendre un peu, confiante que je n'allais pas débiter sa peau en rubans.

Me concentrant sur la tâche à accomplir, je m'approchai un peu plus près, mon visage près du sien alors que mes doigts touchaient doucement sa mâchoire pour pouvoir enlever toute la barbe, ne laissant rien d'autre qu'une peau lisse et nue. La chaleur de son torse était un rappel constant de sa proximité et du peu de vêtements qu'il portait.

Je n'avais jamais réalisé à quel point un vêtement pouvait faire une telle différence. De temps en temps quand je changeais de direction pour le raser, mon coude touchait sa peau et j'étais toujours déchirée entre le choc et l'envie de m'attarder. Au lieu de cela, je continuai et essayai de ne pas trop montrer l'effet qu'il avait sur moi.

Ses yeux se fermèrent et ce n'est que lorsque je dus me reculer pour voir le résultat que je réalisai que son corps s'était progressivement refermé sur moi, tombant imperceptiblement en avant. J'aurais pu penser qu'il était juste fatigué et commençait à céder à son épuisement si ce n'est que ses mains sur mes cuisses commencèrent à se déplacer plus fermement, ses doigts montant vers le haut sur mes jambes.

Quand je fis un dernier passage avec la lame, mon cœur battait la chamade et son souffle était lourd sur ma joue. Je rinçai le rasoir une dernière fois, le laissant sur le comptoir et je plongeai la serviette dans l'eau puis la passai sur sa mâchoire, enlevant les traces de crème à raser sur sa peau. Quand j'eus fini, je tendis la main pour caresser sa joue, sentant sa peau douce pour la première fois depuis des semaines. Il fredonna doucement à mon contact, s'appuyant dans ma paume pendant un instant avant de se tourner pour y déposer un baiser.

Quand il se retourna, ses yeux étaient sombres et passionnés, ce qui me coupa le souffle en prévision de ce qui pourrait arriver ensuite. Je n'eus pas besoin d'attendre longtemps avant qu'il se penche en avant, s'accaparant avidement ma bouche, son torse poussant le mien avec la force de son baiser. Mes jambes s'enroulèrent automatiquement autour de sa taille pour me stabiliser.

Mes mains glissèrent de son visage pour atteindre ses cheveux, passant à travers les mèches et tirant dessus quand sa langue balaya la mienne. Ses mains, qui reposaient encore sur mes cuisses, montèrent sur mes hanches avant de s'agripper à mon jean alors que ses doigts me pétrissaient les fesses, me tirant encore plus près du bord du comptoir, vers lui.

Quelques instants plus tard, ses pouces se détachèrent de mon pantalon et il me souleva du comptoir comme si je ne pesais rien du tout. Il nous conduisit dans sa chambre, ne me lâchant pas quand nous atteignîmes le lit. Au lieu de cela il y grimpa en s'agenouillant sur le matelas avec moi encore enroulée autour de lui. Il poussa le sac de sport. Sa bouche bougeait lentement, fermement sur la mienne, son baiser m'absorbant et me distrayant presque de la réalisation que nous étions sur son lit et Edward était à moitié nu.

Puis il m'appuya sur la couette et je ne pouvais penser qu'à ça. Mes yeux s'ouvrirent et ma bouche quitta la sienne, mon souffle était un mélange de désir et de panique. Je voulais Edward, j'aimais la sensation de son corps contre le mien, ses lèvres sur ma peau et mon visage, mes mains sur les siennes mais étais-je prête pour ça ? Je n'étais pas sûre et avec l'incroyable sensation de torture d'une érection pressée entre mes jambes, je savais que je ne dirais pas non si c'était la direction que ça prenait.

"Est-ce que ça va ?" demanda Edward, sa voix basse et rauque alors que ses mains parcouraient la longueur de mon corps. Je me mordis la lèvre inférieure, la plus grande partie de moi voulant tellement dire "oui, prends-moi", alors qu'une petite voix me disait d'arrêter, que c'était trop, trop tôt, que je n'étais pas prête.

Pourquoi ne pouvais-je pas être prête ?

"Bella ? Qu'est-ce qui ne va pas, ma belle ?" demanda-t-il, sa main repoussant mes cheveux en arrière quand ses yeux, si profonds de désir, commencèrent à se remplir d'inquiétude et de doute.

"Rien," insistai-je, en essayant de me débarrasser de ma peur et de noyer cette petite voix minuscule alors que je l'attirais contre moi. J'étais une femme adulte, dans une relation adulte avec un homme merveilleux. Il n'avait aucune raison de mettre un terme à quelque chose qui était tout à fait normal pour un couple, me disais-je en bougeant mes lèvres contre les siennes un instant avant qu'il ne recule.

"Je lis sur ton visage, Bella. Parle-moi," m'incita-t-il, son corps me surplombant. Le fait qu'il ne s'était pas encore complètement éloigné et que ses mains soient toujours sur mes cuisses était encourageant. J'envisageai d'essayer de le distraire à nouveau. Puis je me souvins que c'était Edward et qu'il ne pouvait jamais être distrait quand il pensait que quelque chose me dérangeait. Même si c'était une toute petite chose.

"Je… je veux ça," murmurai-je, ma voix manquant de cette confiance que je voulais tellement avoir. "Je te veux. Je… je ne sais pas. Je suis juste…"

"Juste quoi ?" m'encouragea-t-il, alors que je m'interrompais encore, sa voix pleine de patience et de compréhension.

"Enervée, effrayée ? Pas par toi," insistai-je rapidement avant de continuer. "Je ne sais pas quel est mon problème. Je veux dire, nous sommes ensemble depuis deux mois et je te fais confiance, je sais que tu ne me feras pas de mal. Et j'éprouve tous ces sentiments pour toi, je ne sais pas ce qu'ils sont pour la plupart mais je sais ce que je ressens quand je suis avec toi. Je ne veux pas perdre cela et je veux vraiment être comme ça avec toi. Je devrais pouvoir le faire. Je veux dire nous sommes ensemble, nous sommes tous les deux adultes en bonne santé et consentants, dans une relation engagée donc il ne devrait vraiment y avoir aucun problème et…"

"Bella, Bella, arrête," m'interrompit-il, nous faisant rouler sur le côté, sa main continuant à caresser ma hanche. "Tout d'abord il faut que tu arrêtes de t'inquiéter de ce qui est normal et de ce que nous devrions faire. Chaque relation avance à son rythme. Peu importe ce qui fonctionne pour les autres tant que ça fonctionne pour toi et moi. Et deux mois ce n'est pas vraiment très long quand tu y réfléchis, spécialement avec tout ce que tu as dû traverser depuis que tu es arrivée ici. Je ne voudrais jamais que tu fasses quelque chose si tu n'es pas prête. Même si tu ne peux pas donner une raison, si tu as la moindre petite hésitation, nous ne ferons rien. Tant que tu en as besoin j'attendrai. Ça ? Nous ? C'est bien plus que du sexe. Et oui c'est important mais nous y arriverons et ce sera merveilleux lorsque nous serons tous les deux prêts. Parce que tous ces sentiments que tu as en toi… Et bien je les ai aussi."

Je restai allongée près de lui, le regardant intensément dans les yeux et je ne pus m'empêcher de me sentir réconfortée par ses mots. Le fait qu'il les ait dits et qu'il les pense vraiment effacèrent mon inquiétude. Le croire, avoir confiance qu'il ne me pousserait pas si je ne voulais pas. Je roulai sur lui et capturai sa bouche à nouveau, reprenant notre étreinte passionnée comme si rien ne nous avait interrompus. Tandis que mes lèvres étaient contre les siennes, je savais que j'en voulais plus. Peut-être n'étais-je pas toute à fait prête pour tout mais je voulais plus que ce que nous avions. Avec cette pensée je m'éloignai juste assez pour tirer le bas de sa chemise et commencer à l'enlever.

"Bella," haleta Edward toujours essoufflé à cause de mon assaut alors qu'il posait ses mains sur les miennes pour arrêter leur mouvement. "Nous n'avons pas à…"

"Et nous ne le faisons pas. C'est bon Edward. Je ne suis pas prête encore mais je veux plus. On peut faire plus d'accord ?"

Il fit son sourire en coin et il me remit sur le dos avant que je puisse anticiper son mouvement. "Dans ce cas… c'est moi qui veux le faire," dit-il doucement en passant ses mains sur le tissu avant de l'attraper par l'ourlet et de le tirer très lentement par-dessus ma tête, le jetant derrière lui alors que toute son attention restait sur moi.

Il déglutit et ramena ses mains sur ma taille, ses doigts légèrement tremblants au contact de ma peau. Encore une fois j'étais étonnée de pouvoir le faire trembler, lui cet homme fort et parfait.

"Puis-je…" bégaya-t-il, ses doigts passant sur mon ventre par-dessus mon jean. "Peux-tu, je…"

C'était à moi de le rassurer cette fois, comprenant ce qu'il demandait. Au lieu de parler, je me penchai, effleurant ses doigts avec les miens puis j'appuyai doucement sur le bouton de mon jean descendant la glissière, soulevant mes hanches pour qu'il puisse glisser le denim sur mes jambes. Il me découvrit centimètre par centimètre et nous nous retrouvâmes au bord du lit où il put me débarrasser du pantalon et le jeter par terre avec un bruit sourd de tissu.

Il était debout, parcourant mon corps presque nu devant lui, j'étais en soutien-gorge et shorty en coton. Quand ses yeux rencontrèrent les miens je fus époustouflée par l'intensité de son désir, incapable de faire plus que rester couchée là, le cœur battant. Heureusement ce fut tout ce qu'il sembla falloir à Edward alors qu'il posait ses mains sur le dessus de mes pieds, les faisant glisser sur mes mollets, faisant des pauses en chemin pour caresser les endroits sensibles alors qu'il se réinstallait entre mes jambes sur le lit.

Ses doigts effleurèrent la houle de mes seins, ses yeux fixés sur eux. "Tellement magnifique, putain," murmura-t-il, presque pour lui-même.

Entre ses paroles et son contact j'étais perdue, laissant échapper un léger gémissement face aux sensations qu'il me procurait. Il referma sa main plus fermement autour d'un téton doux, baissant la tête pour poser un baiser humide sur ma clavicule, m'incitant à agir. Je le voulais sur moi et tout autour de moi et je le voulais maintenant. Tirant fermement ses cheveux j'amenai ses lèvres sur les miennes, un duo de gémissements étouffés dans la bouche de l'autre alors que ses gestes devenaient moins hésitants et plus pressants.

Je fis glisser mes mains de sur son dos pour déboutonner son jean et commencer à le descendre. Je réussis à le faire avec son aide, ne me détachant jamais complètement de lui.

Puis il se mit contre moi, ferme et dur là où j'étais souple. Je fondis pratiquement à la sensation de sa peau brûlante contre moi, séparés seulement par quelques bouts de tissu. Mes doigts s'enfoncèrent dans ses fesses, le rapprochant de moi en poussant aussi mes hanches contre lui, à bout de souffle à l'intensité de cette nouvelle exploration.

"Oh mon dieu Bella," gémit-il, me poussant plusieurs fois avec force, enfouissant son visage dans mon cou où je sentis ses dents pincer ma peau un instant plus tard.

"Putain Edward !" criai-je, l'humidité et la chaleur s'accumulant entre mes jambes.

"Baby, je veux te toucher," dit-il en gesticulant, glissant sa main sur mon ventre et la posant en haut de ma culotte. "J'ai besoin de te toucher. Ça va ?"

Je hochai la tête avec ferveur ne souhaitant plus craindre d'entrer dans ce nouveau territoire. Pour souligner ma certitude et apaiser son esprit, je plaçai ma main sur la sienne, les faisant glisser toutes les deux entre mes jambes écartée jusqu'à ce que ses doigts atteignent mon sexe couvert. Je haletai brusquement, pas du tout préparée à ce que ce soit aussi bon qu'Edward me touche. Il s'éloigna comme s'il avait été brûlé, ses yeux se posant sur les miens.

"Je t'ai fait mal ?" demanda-t-il avec inquiétude.

"Non, Edward," murmurai-je, d'une voix rauque et passionnée que je ne reconnaissais pas. "C'était vraiment bien. Je ne m'attendais juste pas à ce que ce soit comme ça."

Il se détendit en entendant mon explication, l'inquiétude dans ses yeux se transformant à nouveau en désir. Je cherchai sa main et la remis là où elle était avant, les picotements inconnus revenant avec elle.

"Seigneur Bella," haleta-t-il, alors que ses doigts commençaient à me caresser doucement. "Tu es si douce, baby."

Je criai, mes doigts serrant la couette sous moi alors que son contact devenait plus vigoureux.

Il déplaça légèrement ses doigts sur le côté, s'arrêtant comme s'il attendait que je lui donne l'autorisation avant de glisser ses doigts sous le tissu pour passer sur mes plis lisses.

Ensuite ses doigts se positionnèrent, essayant d'entrer doucement. Il bougeait lentement, m'autorisant à m'ajuster à l'intrusion avant de commencer à pomper avec un doigt puis il en ajouta un autre alors que je criai de plaisir.

Puis il appuya son pouce à l'endroit le plus sensible, faisant de petits cercles fermes alors que mes hanches se soulevaient vers lui et je me demandais comment putain, je pouvais réfléchir quand sa main exécutait pareille magie. Je me sentais approcher du bord, m'élançant pratiquement vers lui.

"Est-ce que ça fait du bien, Bella ?" grogna-t-il, continuant à faire entrer et sortir ses doigts à un rythme soutenu tandis que son pouce me ravageait complètement. Je ne pouvais pas répondre, je hochai la tête continuant à faire des sons absurdes.

"Humm Bella, je veux te voir jouir sur mes mains et savoir que je suis le seul qui t'ait jamais vu ainsi," m'incita-t-il. Il retourna ses doigts à l'intérieur de façon à ce que je sente des pulsations d'électricité me traverser, pressant son pouce et le maintenant là alors que mon dos s'arquait sur le lit et que tout devint trop intense.

A ses mots je me mis à trembler, son nom étant le seul mot qui s'échappa de mes lèvres alors que je le criais, retombant sur le lit et me sentant pratiquement liquide alors que je me calmai progressivement.

Le matelas s'enfonça alors que je soupirai longuement de satisfaction, me tournant pour voir le visage d'Edward appuyé contre le matelas à côté de moi, semblant assez content de lui.

"C'était…" Je m'arrêtai, cherchant le bon mot et ne le trouvant pas.

Il fit un petit sourire et s'approcha pour embrasser le bout de mon nez avant de se mettre sur le dos, son bras croisé derrière sa tête. Je m'approchai de lui, posant ma tête sur sa poitrine et plaçant ma jambe sur la sienne. Alors que je bougeai ma cuisse l'effleura, mes yeux s'ouvrirent de surprise lorsque je réalisai qu'Edward était toujours dur. Bien sûr qu'il l'était, ce n'était pas parce que j'avais eu ma libération qu'il avait eu la sienne. Comment aurait-il pu l'avoir ? Ce n'est pas comme si j'avais fait quelque chose pour lui.

Il grogna un peu, je m'éloignai de ses hanches jusqu'à ce que je ne touche plus son érection et je réalisai qu'il ne s'attendait à rien. Il semblait juste vouloir qu'on se cajole et ne demandait pas plus, bien qu'il soit clair que son corps réclamait plus. Ça n'était pas suffisant.

Il me fallut quelques minutes pour me préparer à faire quelque chose que je n'avais jamais vraiment fait par le passé, quelque chose que j'ignorais complètement. Enfin fatiguée de mon attitude je décidai de me lancer, laissant glisser ma main sur son torse nu, m'arrêtant lorsque j'atteignis le coton de son boxer.

"Qu'est-ce que tu fais ?" demanda-t-il avec curiosité, sa voix me choquant car j'étais trop concentrée sur ma tâche. Je levai les yeux vers lui, me mordant la lèvre, me demandant si je devais l'informer de mes projets et prendre le risque de mourir d'humiliation en le disant.

Il se releva un peu sur le lit, s'appuya sur ses coudes et me fixa. Je ne savais pas si j'allais y arriver. J'étais certaine de tout foirer.

Non. Je n'allais pas avoir peur cette fois. Je n'allais pas m'éloigner. Je pouvais toucher ... quoi ? Chose ? Pénis ? Non, ça sonnait faux, comme une leçon d'anatomie ou quelque chose comme ça.

Bite. C'est ce qu'Alice et Rose disaient et c'est vraiment ce qui semblait le plus approprié pour l'appendice tendu dans le caleçon d'Edward. C'était une bite.

Soulevant ma main de son corps et ne le regardant plus, je bougeai pour chevaucher ses jambes, posant doucement ma paume sur son érection, sentant la chaleur à travers le tissu. Je savais que poser juste la main là n'allait rien lui faire, alors je frottai avec hésitation, cachant mon sourire quand il gémit en s'enfonçant plus dans le matelas.

En continuant à le caresser par-dessus le tissu, je me souvins à quel point les doigts d'Edward avaient été différents sans barrière et je me demandais si ce serait la même chose pour lui. A la prochaine caresse je mis ma main dans son boxer.

"Merde, Bella," gémit-il, poussant les hanches contre ma main. Il était chaud, ferme et grand et mon désir de le toucher ne laissait aucune place à l'insécurité ou à l'embarras.

"Est-ce que ça va ?" demandai-je.

"Ouais… juste… " Il s'arrêta, s'empêchant de dire quelque chose.

"Non, quoi ? Dis-moi ce que tu veux, Edward," insistai-je, avide d'apprendre à lui faire plaisir.

Il tendit sa main, couvrant la mienne au-dessus de lui et recourba mes doigts. "Enveloppe ta main autour." Cette fois, quand je frottai, il se mit à ronronner.

"Mmm, un peu plus serré," demanda-t-il. "Serre encore un peu ta main."

Je fis ce qu'il demandait, enroulant plus fermement mes doigts autour de lui pendant que je continuais à caresser sa longueur.

"Comme ça ?"

"Ahhh, oui. Putain, oui, juste comme ça, baby, " gémit-il, la tête tombant en arrière contre le lit, les muscles de son cou tendus. "Merde, ça fait du bien. Ne t'arrête pas."

Je n'aurais pas pu m'arrêter s'il l'avait voulu, tellement j'étais fascinée par la sensation de mes doigts sur lui et la vision de son visage tordu de plaisir par mon toucher. Je continuai à le caresser, accélérant naturellement, ses hanches poussant contre ma main.

Ses mains, qui avaient été à ses côtés et pressées fermement contre le lit, tâtonnèrent désespérément jusqu'à ce qu'il me trouve. Ses mains n'arrivaient pas à se décider quoi toucher, mes épaules, ma poitrine, mes mollets, pour finir enfin sur mes cuisses, ses doigts s'enfonçant comme s'il essayait de s'assurer qu'ils ne bougent plus. Il gémit profondément et je pouvais le sentir palpiter contre mes doigts, ses mouvements de plus en plus agités, le volume de ses gémissements ne cessait d'augmenter jusqu'à ce qu'il soit clair qu'il ne tiendrait pas beaucoup plus longtemps.

"Putain, Bella !" cria-t-il, tout son corps se raidissant alors qu'il éjaculait.

Je continuai à le pomper, plus lentement maintenant que je le regardais descendre de son apogée, les muscles de son corps se détendant peu à peu. Quand je le sentis se ramollir, je déroulai mes doigts, sortant ma main de son boxer, me détendant pour me blottir contre lui. Il tourna la tête pour poser un doux baiser sur mon front alors qu'il enroulait son bras autour de moi, me serrant encore plus et nous restâmes allongés, dérivant entre le sommeil et l'éveil.

Il soupira au bout de quelques minutes, serrant sa main contre ma hanche pendant un moment puis enleva sa main. "Je dois me lever une minute, chérie."

"Kay," dis-je, en me recroquevillant sur moi-même à la perte de sa chaleur.

Il fouilla dans la pièce pendant une minute et je ne pus m'empêcher de regarder sa silhouette glorieuse se diriger vers sa commode, sortir un caleçon du tiroir du haut. Il me vit le regarder et me fit un clin d'œil en riant quand je rougis, avant qu'il n'aille aux toilettes, fermant la porte derrière lui.

Il ne partit qu'une minute et je n'avais toujours pas eu le temps d'assimiler ce qu'il se passait avant qu'il ne soit de retour. Il sauta sur le lit, rebondissant sur ses genoux une fois avant de se retourner vers moi, m'attrapant dans ses bras pendant qu'il se tournait, étalant mon corps sur le sien.

"Hé toi !" dit-il dans un souffle, la tête enfouie dans mon cou.

Je soupirai, fondant à son contact et m'endormant alors que ses pouces frottaient le bas de mon dos, soulignant les petites fossettes.

Après m'être réveillée pour la troisième fois, je savais que si j'attendais plus longtemps, je finirais par être inconsciente.

"Je ne peux pas rester," murmurai-je à regret, pas du tout pressée de sortir de la perfection de ses bras. "Marcus me veut sur la glace tôt demain matin."

"Demain ? C'est samedi !" se plaignait-il endormi.

"Je sais, je sais. C'est pour rattraper les deux jours manqués quand on est allé à Chicago."

"J'ai un réveil," me dit-il, en me serrant doucement.

Je me penchai en arrière, posant mon menton sur sa poitrine pour le regarder. "Tu ne sais pas à quel point c'est tentant." En me penchant en avant, je l'embrassai et murmurai : "Pas ce soir. On remet ça à une autre fois, si tu me le proposes de nouveau."

"Quand tu veux, Swan," sourit-il, en frottant le bout de son nez contre le mien. "J'ai toujours un oreiller supplémentaire à ta disposition."

L'après-midi suivant, après avoir défait mes patins, Marcus me rejoignit sur le banc de touche pour notre débriefing. Tous les jours, nous avions une discussion pour résumer ce qu'il s'était passé au cours de la séance : les choses qui s'étaient bien passées, les choses qui avaient besoin d'être améliorées, des idées pour la suite. J'avais encore beaucoup de travail à faire sur mes sauts, n'ayant même pas essayé un autre triple depuis que je m'étais blessée avec Renée et Phil et il y avait toujours des choses à travailler et à améliorer mais je me sentais de plus en plus à l'aise.

"Nous devons commencer à parler des programmes, Bella," m'informa-t-il. "D'autres patineurs auront déjà commencé avec une nouvelle chorégraphie pour la saison prochaine, certains ont probablement déjà leurs programmes et vont se concentrer sur le perfectionnement du moindre geste d'ici la première compétition."

J'acquiesçai d'un signe de tête, après avoir réfléchi de la sorte au cours des dernières séances. J'avais été occupée à reprendre des forces mais il avait raison. A la même époque, la saison dernière, j'avais déjà en mémoire mes programmes long et court.

"Cela m'amène à une autre chose à laquelle nous devrons réfléchir : à quels événements veux-tu t'inscrire ?"

"Je ne sais pas, Marcus," soupirai-je, en me frottant la tempe à cause du mal de tête qui couvait. "Tu sais que ma mère s'occupait toujours de tout."

"Si tu veux, je peux te donner quelques noms de bons managers," dit Marcus, "des gens dignes de confiance qui sauraient ce qu'ils font..."

"Mais… ?" demandai-je, pensant qu'il y avait plus que ça.

"Mais, je peux comprendre que tu serais gênée de céder le contrôle à un étranger après ce que tu as traversé avec Renée. Tu n'as pas besoin d'avoir un manager, Bella. Il peut être utile mais ce n'est pas une nécessité. A nous deux, nous avons assez de connaissances pour savoir comment on devrait faire les choses… si c'est ce que tu préfères."

"Peut-être. Vous avez dit que vous connaissiez des gens. Pouvez-vous me donner quelques noms que je puisse vérifier avant de prendre une décision finale ?" demandai-je.

"Je pense que ce serait bien de faire cela. Je te les apporte tout de suite."

"D'accord. Donc, les programmes…" j'en revins au sujet initial. "Ma mère a demandé à Heidi Shapiro de passer nous voir."

"Bonté divine, non !" cracha-t-il. "C'est vraiment la direction que tu souhaites prendre ?"

"Non ! Je déteste ce qu'elle fait. Je pense que je me sentirais juste mal à l'aise d'essayer de patiner ses chorégraphies…" m'exclamai-je, alors que Marcus semblait soupirer de soulagement. "Vous croyez qu'on devrait engager quelqu'un d'autre ?" demandai-je sans enthousiasme. "Je veux dire, vous et moi les avons faits ensemble dans le passé mais si on manque de temps..."

"En fait, j'ai eu une idée à ce sujet…" déclara-t-il.

"Et ?"

"Et je pense que tu devrais essayer."

"Quoi ? Genre vous et moi ?" demandai-je, me sentant mieux à propos de cette idée que d'engager quelqu'un avec qui je n'avais jamais travaillé.

"Non. Toi, Bella. Tu fais les chorégraphies," dit-il en hochant la tête vers moi.

"Moi ?" sursautai-je. "Toute seule ? Vous êtes dingue ou quoi ?"

"J'aime penser que ma santé mentale est plutôt bonne en fait," dit-il. "Et non, pas entièrement par toi-même. Je serais là pour aider à la fignoler et m'assurer que tous les éléments appropriés sont dans le programme ... mais tu prendrais les rênes."

"Pourquoi ferions-nous ça ?" demandai-je, paniquée à l'idée d'assumer tant de responsabilités. "Je sais que j'ai aidé dans le passé mais c'est vous qui l'avez fait en grande partie, j'ai juste aidé avec des idées."

"Oui et c'était toujours de bonnes idées," expliqua-t-il d'un ton apaisant. "Tu as le coup d'œil, Bella. Tes mouvements sont fluides naturellement et tu as une grande capacité à les faire correspondre à la musique. C'est vrai que c'est prendre un risque mais je pense que cela pourrait vraiment bien payer. Si tu crées les enchainements tu seras plus à l'aise avec les programmes, bien plus que quand c'est quelqu'un d'autre qui te dit quoi faire. Et si tu es plus à l'aise, tu es plus en confiance et ça peut t'aider.

Je vais te dire… prends une semaine pour y réfléchir. Si cette idée te met trop mal à l'aise, nous referons comme par le passé. Si tu décides que c'est quelque chose que tu aimerais tenter, nous nous lancerons," proposa-t-il.

"Je ne saurai même pas par où commencer," dis-je, en agitant les mains d'impuissance.

"Commence par la musique, Bella," conseilla-t-il. "Vois si tu peux trouver quelque chose qui te convient, et sur laquelle tu te vois patiner. Tu l'as fait par le passé, Bella. Ce n'est pas nouveau mais c'est à plus grande échelle." Je hochai la tête pour lui montrer que j'avais compris et que j'y réfléchirai, hésitant toujours sérieusement. "Penses-y. Pour l'instant nous continuons l'entrainement général et nous en reparlons dans une semaine."

Je m'arrêtai à la maison pour prendre une douche et faire quelques trucs que j'avais négligés ces derniers jours depuis que j'avais dit à Edward que j'irai trainer chez lui pour la soirée. Je l'appelai avant d'y aller pour voir s'il avait pensé à quelque chose pour le diner. Il était un célibataire typique, ne cuisinait pas du tout, réchauffait ses plats au micro-onde ou se faisait livrer des plats tout prêts.

Je lui dis que je m'occupais de ça et que j'allais arriver. Je fis un détour par l'épicerie, prenant le temps de parcourir les rayons et de décider ce dont j'avais besoin. Je n'avais pas passé beaucoup de temps dans la cuisine d'Edward mais j'en avais assez vu pour avoir une idée générale de ce qu'il avait comme ustensiles. Ce n'était pas beaucoup. Je savais qu'il avait un barbecue mais les prévisions annonçaient une tempête, le ciel était déjà menaçant, alors il fallait faire autre chose.

Je pris des escalopes de poulet et des asperges, ainsi que quelques épices et du parmesan pour mettre sur les légumes. Je pensais rappeler Edward pour savoir s'il avait du vin mais je décidais de tenter ma chance. Il m'en avait offert avant alors il devait en avoir en réserve et je n'avais pas envie de m'arrêter une deuxième fois dans une cave à vin. A la dernière minute j'attrapai du pain artisanal et deux cannolis siciliens pour le dessert et je fus satisfaite de pouvoir préparer un bon repas.

Je n'avais jamais vraiment cuisiné pour Edward avant et je voulais l'impressionner. J'avais toujours aimé cuisiner. Renée n'avait jamais envie de faire la cuisine et ça m'avait permis de faire des expériences même si je devais suivre les règles strictes qu'elle m'imposait.

Quand finalement je m'arrêtai devant chez Edward, l'air s'était refroidi et le vent s'était levé mais il ne s'était pas encore mis à pleuvoir. Ça ressemblait à un bon soir pour rester dedans.

Edward vint à ma rencontre, me prenant les sacs de courses et m'embrassant rapidement pour me dire bonjour et il me poussa à l'intérieur.

"Qu'est-ce que c'est que tout ça ?"

"Voilà à quoi ressemble de la vraie nourriture avant qu'elle soit cuite, Edward," plaisantai-je. "Tu sais tous les repas ne se font pas comme par magie."

"Tu es une provocatrice, Swan," dit-il laconiquement, en me tapant sur les fesses et me suivant dans la cuisine où il m'aida à déballer.

"Que fait-on ?" demanda-t-il, en étudiant ce qu'il venait de poser sur le comptoir.

"Rien de spécial. Je sais que tu n'as pas grand-chose dans ta cuisine et c'était en fait un truc de dernière minute."

Il se mit derrière moi, repoussant mes cheveux de mon cou et enroulant ses bras autour de ma taille. "Si c'est toi qui cuisines, je suis sûr que ça va être spectaculaire," marmonna-t-il, ses lèvres contre mon cou.

"Je n'ai jamais cuisiné pour toi avant, je pourrai être aussi mauvaise que toi."

"C'est vraiment difficile à imaginer. On dirait au moins que tu sais te débrouiller dans une épicerie. Généralement je m'en tiens à la section des surgelés allant même parfois m'aventurer dans l'allée des repas ou soupes en conserve."

"Tu sais ça fait vraiment du bien de savoir que tu n'es pas parfait en toutes choses," rigolai-je, me retournant pour ébouriffer ses cheveux alors que sa tête reposait sur mon épaule. "Cela nous permet de nous rappeler que tu es humain et pas une sorte de demi-dieu."

Il rit très fort, frottant ses mains sur mon ventre et me demandant de quoi j'avais besoin. Je lui demandai quelques ingrédients, comme de l'huile d'olive ou une poêle. Il se mit à fouiller pendant que je pliais le sac vide et rangeai les cannolis au réfrigérateur et retroussai mes manches pour commencer.

Edward essaya d'aider mais il devint rapidement évident qu'il était plus un obstacle. Il finit par se lever pour s'asseoir sur le comptoir et me regarder préparer le repas. Quand il fut prêt il nous servit à chacun un verre de vin qu'il avait débouché pour la cuisson du poulet et m'aida à tout mettre en place.

Il prit une bouchée de poulet et laissa tomber sa fourchette avec un claquement fort, s'effondrant dans sa chaise et roulant des yeux. "Hum, putain c'est délicieux, Bella."

"C'est juste du poulet, Edward. Je pense que tu exagères un peu," dis-je avec ironie, levant les yeux au ciel à son cinéma.

"Eh bien c'est typiquement ce que je mangerai pour dîner, ça c'est sûr," dit-il en se réinstallant et en piochant dans son assiette.

"J'ai cuisiné pour ta mère, " lui rappelai-je. " Ce n'est pas comme si tu n'avais jamais mangé de vrais plats cuisinés à la maison avant."

"C'est vrai mais c'est maman, il faut qu'elle me gâte," dit-il quand il eut fini de mâcher. "C'est autre chose d'avoir un repas spécialement cuisiné pour moi par quelqu'un dont le travail n'est pas d'être une bonne mère."

"Quoi… aucune autre femme n'a cuisiné pour toi ?" lui demandai-je sceptique, en coupant les asperges avec ma fourchette.

"Pas que je me souvienne. Je ne suis jamais sorti avec quelqu'un qui aimait ça."

"Et bien il faut que tu commences à t'y habituer, parce que je ne suis pas une grande fan du surgelé ou des diners à emporter."

"Tu vas me gâter, Swan ?" demanda-t-il, en haussant les sourcils.

"Peut-être," dis-je amusée, en déchirant un morceau de pain et en le plongeant dans la vinaigrette.

"Je ne vais pas me plaindre," sourit-il, en se penchant au-dessus de la table pour me donner un baiser sur les lèvres.

La conversation continua tranquillement pendant que nous mangions et arriva jusqu'à l'échange avec Marcus cet après-midi. Sa suggestion était restée présente toute la journée et je ne savais vraiment pas quoi en penser.

"Pourquoi ne voudrais-tu pas le faire ?" s'enquit Edward, en repoussant son assiette vide.

"C'est beaucoup de pression. Nos programmes nous font gagner ou perdre et ça représente beaucoup de travail. C'est assez compliqué aussi," expliquai-je, en faisant tourner mon fond de vin.

"A quoi faut-il penser ?" demanda-t-il vraiment intéressé.

"Eh bien, il faut que ça soit fluide, que ça corresponde à ta personnalité, à ton style mais il faut également rester au même niveau que les autres. Il y a toujours de nouvelles techniques à apprendre, le sport progresse constamment et tout le monde essaie de repousser ses limites et bien plus encore, choisir la bonne musique et les bons costumes, assortir la bonne émotion, c'est simplement plus qu'enchainer un tas de sauts et de gestes techniques. Quand c'est bien fait la technique ne devrait plus se voir et les gens pensent regarder de l'artistique, c'est l'émotionnel qui doit ressortir."

"Et tu penses que tu ne peux pas jongler avec tout ça ? Bella je t'ai vue patiner. Cette routine que tu as faite à la patinoire quand tu remettais à peine les pieds sur la glace…? C'était magnifique et il y avait toutes ces choses."

"Edward, c'était juste une petite routine idiote d'échauffement. Je n'ai aucun des mouvements techniques requis à y mettre."

"Tu viens juste de dire que le côté technique n'est pas le plus important."

"Ça ne l'est pas mais il le faut."

"Mais tu peux y travailler," insista-t-il, prenant mes mains dans les siennes, penchant son visage d'enthousiasme. "Tu as cette capacité Bella, il faut juste que tu arrives à croire en toi-même."

"Tu le penses vraiment," demandai-je, hésitante.

"Je le sais," insista-t-il, serrant mes mains et me souriant pour me rassurer jusqu'à ce que je lui sourie à mon tour.

"J'ai dit à Marcus que j'y réfléchirais," admis-je. "Je me suis dit que je fouinerais pour trouver des idées de musique pour voir si quelque chose m'entraine."

"Ouais ? Je peux t'aider avec ça si tu veux," répondit-il avec empressement, son expression excitée tout à coup.

"Tu veux m'aider à faire une première sélection ?" lui demandai-je, avec méfiance alors que nous commencions à débarrasser.

"Oui, ce serait amusant. Allez !" demanda-t-il avec une telle excitation que ça me fit rire. Il était vraiment le frère d'Alice.

"Où allons-nous ?" demandai-je, alors qu'il m'entrainait dans le couloir.

"Ici," dit-il en m'attirant dans le salon où était son piano.

"Est-ce que tu vas jouer pour moi ?" demandai-je, soudainement aussi excitée que lui, peut-être même plus. Je savais qu'il jouait et je ne l'avais encore jamais entendu.

"Si tu veux," fit-il en haussant les épaules. "J'ai tout un tas de musique classique ici et tu peux fouiller dedans. Ce serait sûrement mieux car mon répertoire n'est pas aussi grand et il se limiterait à un seul instrument."

"Je veux t'entendre jouer. S'il te plait ?" l'implorai-je, faisant mes yeux de biche pour appuyer ma demande.

"Comme si je pouvais refuser quelque chose à ce si joli visage," soupira-t-il, passant son pouce sur ma lèvre inférieure. "Assieds-toi Swan."

Nous nous assîmes sur le banc, m'installant pour ne pas le déranger alors qu'il faisait craquer ses doigts et tapait quelques notes rapidement.

"Alors… que veux-tu entendre ?" demanda-t-il, en jouant quelques notes au hasard. Je fus distraite un instant par ses longs doigts bougeant avec agilité sur les touches blanches, remplissant l'air de musique. "Bella ?"

"Hein ? Quoi ?" bafouillai-je bêtement, me reprenant. Il me fit un sourire satisfait et reposa sa question. "Tout ce que tu veux, je suis toute ouïe."

Il soupira, se concentra et passa légèrement ses doigts sur les touches. Puis les notes changèrent entamant un morceau familier.

"J'ai déjà utilisé celui-ci," souris-je alors qu'il jouait Clair de Lune. "Il est généralement mal vu de réutiliser les mêmes…"

"Je m'échauffe, Swan," me dit-il, en reportant son attention sur les touches. "Tu es pressée ?"

"Non, non. Prends ton temps, maestro," dis-je, en me détendant et en profitant de l'air qu'il jouait.

Edward était vraiment doué, jouant facilement la composition classique sans l'aide de partition, ajoutant même ses fioritures pour améliorer les accords.

Il passait d'un morceau à l'autre sans pause, se contentant de faire le pont entre les changements de tonalités et de rythmes.

Au troisième morceau, j'étais complètement ensorcelée par la musique et l'homme à côté de moi. Il ne jouait pas juste, il embrassait la musique à fond, puisant dans l'émotion des notes, altérant le volume et la force derrière ses mains en fonction du ton et de la progression de chaque morceau. Il ne semblait même pas regarder les touches la plupart du temps, parfois ses yeux étaient fermés, tantôt regardant au loin, tantôt jetant un coup d'œil vers moi. Il semblait utiliser tout son corps pour jouer de l'instrument, se balançant sur le banc alors que ses pieds appuyaient sur les pédales et ses mains s'activaient sur les touches.

La tempête s'intensifiait dehors, le tonnerre devenant de plus en plus fort, la pluie battait contre les fenêtres mais nous continuâmes, Edward jouant, moi écoutant, enfermés dans notre petit monde.

J'aimais chaque chanson qu'il jouait, certaines familières et d'autres nouvelles. Finalement, les notes de la sonate au clair de lune se firent entendre et je sentis mes yeux se refermer lorsque la musique emplit ma tête.

Dans ma tête, je n'étais plus assise sur le banc de piano, j'étais sur la glace. Au fur et à mesure que les notes jouaient, mon corps bougeait, chaque mouvement était si sûr et clair au fur et à mesure que le morceau progressait. J'imaginais chaque pas, chaque mouvement de bras, comment je patinerai sur la glace. Je fus éjectée de la vision lorsque la musique s'arrêta soudainement.

"Pourquoi tu t'es arrêté ?" chuchotai-je, ouvrant les yeux, déroutée quand je ne vis que l'obscurité, ne pouvant même pas voir le piano ou Edward à côté de moi.

"Panne de courant," dit Edward d'une voix râpeuse.

"Oh. Je suppose que la tempête est devenue assez violente. Devons-nous faire quelque chose ? Ça fait un moment depuis mon dernier black-out."

"Attends un peu. S'il ne revient pas dans quelques minutes, on peut chercher des bougies et des lampes de poche."

J'hésitai, voulant qu'il rejoue le morceau mais me demandant si ce n'était pas stupide de ma part de lui demander puisqu'il ne pouvait pas voir les touches devant lui. Mais il jouait quelques notes au hasard dans le silence.

"Pourrais-tu ... Je ne sais pas si tu peux jouer dans le noir mais pourrais-tu finir ?"

"Mm-hmm," Il fredonna alors que le morceau reprenait là où il s'était arrêté. Cette fois-ci, je n'eus besoin de fermer les yeux pour que mon imagination me transporte. Alors que le morceau touchait à sa fin, ainsi fit la routine dans ma tête et je savais que je devais l'utiliser. Je ne pouvais pas imaginer patiner sur quoi que ce soit d'autre après avoir vu ça dans ma tête. Tandis que les dernières notes s'attardaient, mes yeux s'ajustèrent à l'obscurité et je pus discerner le vague contour de la silhouette d'Edward, les ombres profondes jouant sur son visage.

"J'aime bien cet air," chuchotai-je, souriant et m'appuyant contre lui maintenant que je n'étais pas inquiète de lui écraser le bras quand il essayait de jouer.

"Il te correspond bien," dit-il, en embrassant mon front et en enveloppant son bras autour de moi.

Il avait raison. Le morceau correspondait à mon style mais plus que cela, elle me convenait. C'est ce que je voulais et je voulais la façonner, modeler, jouer avec jusqu'à ce que soit parfait.

"Je crois que j'ai trouvé mon programme libre," chuchotai-je.

"Ouais ? Tu vas le faire ?"

Je hochai la tête contre son épaule et sentis ses mains chercher mon visage, me tenir les joues pour pouvoir trouver ma bouche dans l'obscurité et m'embrasser.

"Je suis si fier de toi, Bella."

"Je n'ai encore rien fait," gloussai-je.

"Mais tu le feras. Je peux déjà le voir."

Je souris, parce que je pouvais le voir aussi. "Eh bien, je ne vois pas grand-chose. Le courant ne revient pas et si on prenait des lampes de poche ?"

"Je suppose qu'on devrait le faire," dit-il, en reculant un peu le banc et en se levant, il me tendit la main. "Je viens d'avoir une idée."

"Quoi ?"

"Quelque chose qu'on faisait quand j'étais petit et qu'une tempête coupait le courant. Reste ici," dit-il une fois qu'on eut traversé le couloir jusqu'au salon.

"Je peux t'aider," lui proposai-je.

"Ma belle, tu finirais probablement par te cogner dans un mur ou quelque chose comme ça," il rit et je le poussai de façon enjouée, grimaçant bien qu'il n'ait pas pu le voir. "Reste ici, je vais prendre quelques affaires et je reviens dans une minute."

Ça prit plus d'une minute mais guère plus. Bientôt, je l'entendis dans le couloir et vis la lumière de sa lampe de poche. Il me la passa alors qu'il posait un panier à linge plein. Tandis que je bougeai la lumière dans sa direction, il sortit un livre dont je ne pouvais pas voir le titre, la boîte de cannoli, une petite pile de vêtements et un tas de couvertures.

"D'accord," dit-il, en allumant une deuxième lampe de poche. "Prends ça et va te changer, je m'occupe de tout ici."

"Qu'est-ce que tu veux dire ?" demandai-je.

"Eh bien, la tempête est toujours aussi forte, donc il me semble que tu ne partiras pas de sitôt, je me suis dit que tu ne serais pas très à l'aise pour dormir en jean."

"Oh, bien sûr," murmurai-je timidement en prenant le t-shirt et le pantalon de survêtement qu'il tenait dans ses bras et je réalisai que je passerais la nuit ici. "Qu'est-ce que tu vas faire ?"

"C'est une surprise. Change-toi et j'aurai fini avant ton retour," dit-il, sa lumière clignotant pendant qu'il m'embrassait et me tapotait les fesses pour m'écarter de son chemin.

Je trouvai les toilettes, en posant ma lampe de poche sur lavabo pour pouvoir faire pipi et me changer. Les affaires d'Edward étaient super grandes et je dus rouler le pantalon trois fois à la taille mais c'était bien plus confortable que mon jean et les vêtements sentaient comme lui alors je n'allais pas me plaindre.

Je pliai mes vêtements, glissant mon soutien-gorge entre eux alors que je reconsidérais ma décision de l'enlever. Ce n'était pas confortable de dormir avec mais je ne pouvais m'empêcher de me sentir un peu bizarre sans cette barrière. Peu importe. Il faisait sombre et je me sentais plus à l'aise, alors il n'y avait rien d'autre à faire. Je pris la lampe de poche sur le comptoir pour retourner dans le salon.

Ce que je vis m'étonna. En quelques minutes, la pièce avait été transformée.

Des draps avaient été suspendus au ventilateur de plafond, entourant les meubles et des oreillers repositionnés pour former une sorte de tente. Des couvertures épaisses empilées sur les coussins du canapé pour former un matelas. Quelques lampes de poche éparpillées dans la tente, nichées entre des coussins pointaient vers le haut pour éclairer.

"Qu'en penses-tu ?" demanda Edward, alors qu'il mettait la dernière lumière en place.

"Qu'est-ce que tu as fait ?" demandai-je avec étonnement.

"Fort d'oreiller. Une tradition de la famille Cullen," dit-il en souriant, et me faisant signe alors que nous rampions dans la tente. "Quand on était gosses et qu'il n'y avait plus d'électricité, on construisait une grande tente pour dormir tous ensemble et ma mère nous faisait la lecture. Emmett et moi lui faisions lire la collection 'Chair de poule' et elle lisait des contes de fées pour Alice."

"Tu vas me lire quelque chose de 'Chair de poule', Edward ?" demandai-je, en m'allongeant et en m'étirant sur les coussins, surprise de voir à quel point c'était confortable.

"Malheureusement, je n'en ai pas en ma possession."

"Tu brises une tradition là, Cullen…" dis-je.

"Je pense que nous pouvons faire quelques petits ajustements," dit-il, en me donnant un cannoli, en tapant son pied contre le mien dans une sorte de toast avant qu'il ne le dévore en quelques bouchées pendant que je savourais le mien. "D'ailleurs, la tradition voulait qu'Alice se plaigne de nos histoires affreuses. Emmett se moquait d'elle alors que mes parents essayaient de maintenir la paix. Il y a des choses dont je n'ai pas besoin pour garder la tradition."

Nous nous blottîmes contre les coussins, ma tête sur sa poitrine. Je tenais la lumière pendant qu'il lisait à haute voix Jane Eyre, sa voix calme et apaisante m'entraînant dans l'histoire. Cinq chapitres plus tard, Edward s'arrêta assez longtemps pour que je me demande s'il s'était endormi.

"Edward ?" lui demandai-je, tournant dans ses bras jusqu'à voir son visage, ses yeux sur moi, plus sérieux que je ne l'aurais cru.

"Bella, je veux te dire quelque chose," chuchota-t-il, lorsqu'il posa le livre sur sa poitrine et toucha ma joue. "Mais je ne veux pas que tu me répondes tout de suite, d'accord ?"

Je hochai la tête, confuse.

"Je t'aime," dit-il. J'avais l'impression de ne plus pouvoir respirer, de ne plus pouvoir bouger mais il n'arrêtait pas de parler. "Je suis tellement amoureux de toi. J'ai l'impression d'être amoureux de toi depuis si longtemps que je ne me souviens plus de ce que c'est de ne pas t'aimer. Je ne veux pas me souvenir, je ne veux jamais ne pas me sentir comme ça parce que c'est plus que je n'aurais jamais imaginé. Je ne savais pas qu'il était possible d'aimer quelqu'un autant."

Il caressa sa main sur ma joue et gloussa : "Respire, ma belle." Je fis ce qu'il demandait, exhalant et essayant d'absorber ce qu'il avait dit et ce que j'en pensais.

"Ecoute, Bella," poursuivit-il avant que mon esprit ne puisse dériver. "Je ne veux pas que tu dises quoi que ce soit maintenant. Je veux dire, je veux que tu me le dises et je veux l'entendre de ta part mais je ne veux pas que tu le dises parce que je l'ai dit…

Je ne veux pas que tu le dises avant de l'avoir senti ou que tu sois à l'aise de le dire. Je ne veux pas que tu t'inquiètes que ça me fasse mal si tu ne le dis pas encore. Je ne l'ai pas dit pour essayer de te mettre la pression. Je l'ai dit parce que je devais te le faire savoir. J'ai voulu te le dire tant de fois et je n'ai pas pu me retenir plus longtemps…

Ça ne change rien, Bella," insista-t-il, en jouant avec les pointes de mes cheveux. "Mes sentiments sont les mêmes qu'il y a une heure, ils sont juste dehors, à l'air libre maintenant. Peux-tu..." dit-il après un moment de silence prolongé. "J'ai besoin de savoir ce que tu penses. Dis quelque chose, s'il te plaît ?"

Qu'est-ce que je pouvais dire ? Il avait insisté qu'il ne s'attendait pas à ce que je lui réponde mais dire quoi que ce soit d'autre semblait stupide, faux.

Est-ce que j'aimais Edward ? Je savais que j'avais envie de lui. Je savais que je le voulais toujours avec moi et que ça me manquait quand il n'était pas là. Je savais que je tenais beaucoup à lui. Mais l'amour ? Je ne le savais pas encore. Je ne savais pas ce que l'amour signifiait ou comment déterminer si c'était ce que je ressentais. Ça pourrait l'être, mais avant qu'il ne me dise ces mots, je n'avais jamais pensé à ça.

Je n'avais pas un concept assez clair de l'amour dans ma tête pour être capable d'identifier si c'est ce qu'il y avait dans... mon cœur.

Mes parents avaient été amoureux une fois. Que leur était-il arrivé pour transformer cet amour en haine ? Évidemment, cela ne s'est pas produit avec tous les couples mais le divorce et les déchirements semblaient si répandus qu'il était difficile de comprendre ce qui rendait l'amour si difficile. Renée prétendait être amoureuse tout le temps.

Je comprenais maintenant qu'elle n'avait manifestement aucune idée de ce que ce mot signifiait. Ce qu'elle avait eu avec tous ces hommes était la luxure, pas l'amour. Je n'étais pas télépathe et peut-être que c'était présomptueux de ma part de spéculer mais je ne pouvais pas imaginer qu'elle ait ressenti quoi que ce soit pour l'un de ces hommes qui soit même proche de ce que je ressentais pour Edward.

Il était là devant moi, attendant et je n'avais pas encore de réponse mais je ne pouvais pas risquer de lui faire du mal en gardant le silence. Alors, j'ouvris la bouche et dis les premiers mots auxquels j'ai pu penser.

"Je ne sais pas si c'est approprié mais... merci," murmurai-je, en posant ma main sur son cœur pour essayer de lui montrer que je chérissais de les entendre, qu'ils ne m'avaient contrarié d'aucune façon.

"Tu vas me le répéter, juste une fois ?"

"Je te le dirais mille fois, Bella. Je t'aime."

Je me penchai en avant pour l'embrasser passionnément, férocement, en gardant mon corps éloigné du sien pour ne pas lui faire croire que c'était par désir. J'essayai de communiquer avec mon baiser ce que je n'étais pas sûre de pouvoir mettre en mots. Mes sentiments pour lui étaient plus profonds que tout ce que j'avais ressenti pour quelqu'un d'autre avant. Je voulais qu'il le sache, qu'il sache qu'il était tout et qu'il n'était pas seul dans ceci.

Je ne me sentais pas encore qualifié pour lui dire ces mots. Jusqu'à ce que j'aie eu le temps de tout assimiler et comprendre mes sentiments, je ne voulais pas parler. Je ne voulais pas les dire à la légère car ils étaient très importants… Jusqu'à ce que je sache, avec une certitude absolue, que je l'aimais, je ne pouvais pas les dire.

"Je suis vraiment contente que le courant ait été coupé ce soir," soufflai-je contre sa joue, ne pouvait qu'espérer qu'il en comprenne le vrai sens. J'étais contente qu'il m'ait dit, submergé par le fait, qu'il m'aimait, étourdie d'entendre les mots et remplie de chaleur. Bien que je ne sois pas prête à le lui dire ce soir, j'étais comme en apesanteur et c'était parfait.

Nous étions allongés là, avec seulement le bruit de la pluie et de nos cœurs battant à l'unisson, de temps en temps nos lèvres se rencontraient pour un tendre baiser.

Finalement, Edward me reprit dans ses bras et reprit le livre. J'en écoutais trois autres chapitres avant de ne plus pouvoir garder les yeux ouverts.

L'instant avant de m'endormir, je l'entendis chuchoter "Je t'aime" une fois de plus et je murmurai des absurdités confuses qui n'avaient même pas de sens à mes oreilles quand je m'endormis dans ses bras.